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Bien-être

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Le bien-être au travail chez les
médecins dans un monde en
changement
Réunion de la Société Régionale de Médecine et
d’Hygiène du Travail
Montpellier 5 décembre 2014
Professeur Michèle MAURY
Comment les médecins vivent-ils
la pratique de la médecine
aujourd’hui?
« Pour chacun de vous, la pratique
de la médecine dépendra
beaucoup de ce que vous en
ferez, pour l’un un souci, un soin,
un perpétuel ennui , pour l’autre
une joie quotidienne et le
sentiment d’une vie heureuse et
utile … » W. Osler (1849-1919)
L’évolution des conditions de la pratique
médicale au cours du 20ème siècle

L’âge d’or des années 50 à 80
«..Les patients de mon père le considéraient
comme un dieu.
Aujourd’hui les patients vous considèrent
comme quiconque et attendent des
miracles.. »
R.Bhargava 2001

Le poids de nouveaux facteurs
Les contraintes réglementaires et
managériales
Les nouvelles exigences des patients
La féminisation du métier(58% des
nouveaux inscrits à l‘Ordre en 2013 sont des
femmes)
L’évolution de la satisfaction


Augmentation du taux d’insatisfaits
Augmentation des regrets sur le choix professionnel: de
15% à 40% entre 1973 et 2000
A.Zuger 2004

Augmentation du projet de quitter la profession
Critères du choix de carrière
aujourd’hui

Evolution récente des critères de choix
La maitrise de l’équilibre entre vie privée et professionnelle prévaut sur les
motivations traditionnelles(remuneration,prestige,longueur de la formation)
Zinn 2001,Dorsey 2003,Woodworth 2000


Enquête française à l’issue de l’ECN auprès de 2588 étudiants(1780
réponses) des 39 facultés
47% optent pour une spécialité médicale ou chirurgicale,20% pour la médecine
générale,11% pour l’anesthésie-réanimation,8,9% pour la gynécologie,8,2%
pour la pédiatrie,4% pour la psychiatrie,1% pour la santé publique
88% des futurs pédiatres ,82% des futurs gynecologues,77% des futurs
généralistes sont des femmes (62% de l’échantillon)
Les principaux facteurs de motivation incluent:les maladies
« intéressantes »,les facilités pour une pratique privée,et le contact avec le
patient.
A contrario,une pauvre qualité de vie,une pratique exclusivement
hospitalière,et un faible contact avec le patient sont des facteurs pesant
négativement sur le choix
J.Lefevre 2010
Le bien-être au travail: De quoi parle-t-on?

Bien-être : ensemble complexe associant la santé
physique, psychique, émotionnelle, incluant aussi la
motivation à relever des défis et à réussir dans différents
aspects de sa vie professionnelle et personnelle.
Shanafelt 2003,Wallace 2009

Le risque de déni du problème: les médecins sont à
risque de ne pas prendre en considération cette
question(les concernant au premier chef) ce qui donne
lieu à différents comportements: auto prescription,
automédication, réticence pour arrêt de travail, pour
consulter un confrère, conspiration du silence " leur
bonne santé serait un indicateur de leur compétence
médicale… ".
Thomson 2009
Le bien-être au travail: De quoi parle-t-on?

Les motifs psychologiques sous-jacents à ce déni
- valorisation de l’invulnérabilité et de la force
- dénigrement de la dépendance aux autres
-déni de la détresse personnelle
- extension des rôles de l’enfance ..ont appris que s’occuper
des autres est beaucoup plus important que de s’occuper de
soi…
Le bien-être au travail: De quoi parle-t-on?
La formation médicale risque
d’encourager une telle attitude
" les meilleurs médecins ont peu de
besoins, ne font pas d ’erreurs et ne sont
jamais malades "
Dunn 2007,Eckleberry 2009,Roberts 2005
Importance des liens entre médecins
en formation et seniors formateurs.
Bennet 1987,Sinclair 1997
Ce qui reste immuable: la pratique du métier
est génératrice de satisfaction et de stress

Les facteurs de stress
- charge de travail, situations émotionnellement lourdes, conflit vie privée/vie
professionnelle
- exigences des patients, conflits, crainte de l’erreur ,de la judiciarisation.
- exigences de la politique de management des soins, consommatrices en
temps et réductrices de l’autonomie décisionnelle
Edwards 2002, Zuger 2004

Les facteurs de satisfaction au travail
-qualité des soins prodigués, qualité du travail d’équipe
-faible score de crainte de l’erreur, soutien psychologique au travail, soutien
de la hiérarchie
-faible score de conflit travail/famille
Estryn Behar 2010
Ce qui reste immuable: la pratique du métier est
génératrice de satisfaction et de stress

Un stress chronique (28% des médecins vs 18% de la population
générale active) génère des troubles:
- fatigue, insomnie, irritabilité, perturbations de la concentration
- troubles relationnels,burn-out (25%à 60% des médecins)
- consommation de produits calmants ou excitants (abus de substances
chez 8 à 12% des médecins)
ou des altérations de la santé:
- dépression, états anxieux, suicide(2 fois plus qu’en population générale)
troubles cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques..
Maslach 2001,Scott 2009,Sirrieh 2010 Esler2008
Le mal-être au travail chez les médecins affecte la
qualité des soins et le système de santé


Impact personnel: santé mentale, survenue de burn-out,
Le mal-être des médecins affecte la qualité des soins et le système
de santé
- indicateurs du lien entre satisfaction au travail et qualité des
soins : moindre compliance,moindre satisfaction des patients, erreurs
de traitements ou de médication non dues à l’inexpérience ou à la
méconnaissance….ce qui renforce le cercle du stress.
Wallace 2009,Shanafelt 2002,Firth-Cozens 2006,West 2006
- pénurie dans certaines specialités,difficultés de recrutement,
intention de quitter la profession.
Estryn-Behar 2009
Qu’en est-il en France ?

La promotion de la thématique par la HAS(2010, 2011)




Qualité de vie au travail et santé des professionnels.
Qualité de vie au travail et qualité du travail
Démarche qualité » et souffrance au travail
Quelques enquêtes d’opinion auprès des praticiens hospitaliers
-Fédération hospitalière de France(2005)
-Enquête SESMAT(2007/2008)
-Enquête CNG(2011)
Concordance globale des résultats


Eléments de satisfaction
-le travail en équipe
-la responsabilité ,l’autonomie
-le cœur du métier:guerir,soulager,soigner
-les techniques
-la discipline(enseignement, recherche)
Eléments d’insatisfaction
-la lourdeur des taches administratives
-les conditions de travail difficiles
-le manque de reconnaissance
-l’agressivité des patients
-les conflits entre collègues
-la fatigue liée aux gardes
Travaux Montpelliérains

Travaux récents au CHRU, à l’UFR Médecine à Montpellier, au Conseil
Régional de l’Ordre des médecins
-Thèse de Médecine sur Burn-out des internes en 2008
-Plusieurs thèses de Médecine générale sur le thème depuis 2012
-Création d’un dispositif (EIAS) au CHRU en 2012
-Association d’entraide(M.O.TS.)par Conseil de l’ordre des Médecins en 2011

Le Projet de sensibilisation des médecins du CHRU de Montpellier

Constitution d’un groupe de praticiens de différentes spécialités médicales
intéressés :groupe BEAT (Octobre 2012)
Travaux du groupe BEAT au CHRU de
Montpellier


2012/2013: 120 entretiens confraternels
Octobre 2013: 117 questionnaires remplis par les CCA et
assistants et enquête auprès de plusieurs médecins ayant
quitté le CHU

29 Novembre 2013:1ére Journée d’Etudes

Janvier 2014: 24 interviews de directeurs

En 2014:Evaluation du partenariat médecins/administratifs
dans plusieurs dossiers

19 décembre 2014:2ème Journée d’Etudes

Partenariat avec les médecins du travail à propos de
situations individuelles
Travaux du groupe BEAT

Que disent les jeunes médecins?
10 questions posées aux 215 chefs de clinique et
assistants du CHU de Montpellier en 2013

Evaluant

Les motivations ayant conduit à choisir cette profession

L’évolution de la motivation et de l’envie de rester ou
non à l’hôpital



Au fil de l’internat
Puis du clinicat
Zones de commentaires libres au fil du questionnaire
117 réponses
50%
117 réponses
3,4%
7,7% 2,6%
12%
38,5%
8,55%
6%
21,4%
Pourquoi avez-vous souhaité être
médecin?
Recommenceriez-vous vos études de
médecine en connaissance de cause?
70%
30%
30% ne referaient pas leurs études
médicales

Parmi eux et comparés aux 70% autres,
+ de choix de la médecine par l’influence d’un proche(40% vs
20%)

Internes: Moins sont attachés au système public (23% vs 46%)

CCA: moins sont intéressés par la diversité des pratiques(26% vs
51%)

Plus de mauvaises expériences médicales ou administratives
Travailler à l’hôpital…
Que regretteriez-vous si vous quittiez l’hôpital? (une réponse
possible)
Dans les commentaires libres, tous regretteront les internes et le
compagnonnage.
Travaux du Groupe Beat

Quelques données issues des 120
entretiens confraternels

Quelques données chiffrées
Répartition des praticiens rencontrés par pôles
Os
Articulations
Biologie
Psychiatrie
URGENCES
Urgences 18,2%
COEUR
POUMON 12,7%
Cœur Poumons
Urgences
Enfant
NEUROSCIENCES
Neurosciences 12,7%
DIGESTIF
Digestif 10%
CLINIQUES
CliniquesMED
médicales 10%
Naissance
Cœur Poumons
Femme
EMMBRUN
Emmbrun 9,1%
NAISSANCE
NaissanceFEMME
Femme 8,2%
ENFANT
Enfant 6,4%
Emmbrun
Neurosciences
Cliniques
médicales
Digestif
PSYCHIATRIE
Psychiatrie 4,5%
OS
OsARTICULATIONS
Articulations 4,5%
BIOLOGIE
Biologie 3,6%
n = 110
Répartition des praticiens rencontrés par titres
CCA
PUPH
MCU
CCA 11,8%
CCA
PHU
MCUPH
MCU 3,6%
PH 65,5%
PH
PHU 0,9%
PHU
PH
PUPH 18,2%
PUPH
n = 110
Répartition par sexe
Hommes
Femmes
n = 110
Impact respectif des
3 groupes
deaspects
facteurs
définissant le métier
Impact
des différents
du métier
sur le bien être et le mal-être au travail
80,00%
Facteurs organisationnels
70,00%
60,00%
Facteurs techniques
% des médecins
50,00%
40,00%
Facteurs relationnels
30,00%
20,00%
10,00%
0,00%
Bien être
Mal-être
Bien être
Mal-être
Bien-être
et mal-être
au travail
Bien être
Mal-être
Impact de quelques aspects du métier sur
le bien être et le mal-être au travail
70,00%
60,00%
% des médecins
50,00%
40,00%
30,00%
20,00%
10,00%
0,00%
D
i
a
g
n
o
s
t
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s
T
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Temps
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g
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Relations
R
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s
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n
t
s
Relations
collègues
Bien être au travail
a
d
m
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t.
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o
n
Espace
de
Activité
travail
univ.
Bien être
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a
v
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i
l
C
a
r
r
i
e
r
e
Espace
de
travail
Mal-être au travail
Relations
collègues
Formations
Etats émotionnels souvent et très souvent éprouvés
80
Plaisir
70
% des médecins
60
50
Inquiétude
40
Sentiment
d'impuissance
30
Colère
Soulagement
20
Tristesse
10
Culpabilité
Peur
0
Etats
émotionnels
Etats
émotionnels
Enthousiasme
Satisfaction
Conciliation vie professionnelle/ vie personnelle/ vie familliale
Non renseigné
OUI
NON
Mitigé
MITIGÉ
Oui
NON
RENSEIGNÉ
n = 110
Non
Répartition des scores des médecins sur l'échelle du bien-être au travail
40
35
Nombre de médecins
30
25
20
15
10
5
0
0
1
2
3
4
5
6
Echelle de bien-être (0 - 10)
7
8
9
10
Non
NR
renseigné
Qu’en disaient quelques intéressés en 2012?




« Au gré des réorganisations successives certains médecins souffrent de frustration,
de manque de reconnaissance.. il y a un risque de démotivation, de chute
d’efficience,.. il faudrait du temps pour écouter les médecins..; mettre en place un
outil d’accompagnement des changements de la vie hospitalière au quotidien.. »
« ..Le métier nous expose à des souffrances émotionnelles fortes qu’on ignorait
quand on l’a choisi…nous n’avons pas de soutien formalisé pour partager ce vécu et le
réguler.. »
« Nous sommes souvent désarmés quand un conflit entre médecins s’installe…les
médecins peuvent se faire du mal entre eux… »
« Les PH se sentent souvent non considérés, non reconnus..; se vivent comme
n’ayant pas la parole…pour améliorer les choses il faut écouter les gens..; lever certains
tabous..; on peut faire bouger les choses en y mettant beaucoup d’énergie.. »

« Une conception communautaire des soins est encore présente.. »

« Il y a beaucoup d’intelligence collective.. »

« On a de vrais moments de bonheur dans ce métier.. »
34
Où en est on aujourd’hui?



Dans la mesure où l’occasion leur est donnée d’en parler dans le
cadre d’entretiens confraternels,(120 en 6 mois) tous les
praticiens ont accepté de se confronter au «déni
ancestral » La démarche est perçue
comme moderne...innovante… à propos… indispensable…
fondamentale… originale… enfin!
Ils sont passionnés par leur métier.
Ils souffrent d’un défaut de reconnaissance et de soutien, en
particulier dans le partenariat entre médecins et entre médecins et
directeurs.

Les plus jeunes sont les plus exposés.

Ils souhaitent voir évoluer cette non reconnaissance mais restent
dubitatifs, pour la plupart, sur l’idée que cela soit réalisable.
35
En parler ensemble est déjà une
stratégie facilitatrice

Se mettre à plusieurs pour « attaquer » le déni de la problématique:
On ose en parler

Découvrir le plaisir d’échanger avec un grand nombre: On découvre
que c’est intéressant d’en parler

Partager largement les points de vue sur la lourdeur du métier et la
passion qu’il peut susciter en même temps: On ose dire tout haut, ce
que le métier pratiqué aujourd’hui à l’hôpital, nous fait vivre

Ce faisant, on expérimente l’une des 5 clés facilitatrices du bien-être,
préconisées par l’Association Nord Américaine des Professeurs de
Médecine


« .. Develop a sense of connexion with colleagues..Reflect on and
share about the emotional and existential aspects of being a
physician » Shanafelt,2003
On reste cependant tous, facilement envahis par le doute et le
scepticisme sur une suite réaliste et efficiente possible
36
Quelques solutions

Comment s’adapter au monde moderne dans des conditions
humanisées? L’intérêt de « jouer collectif »




Une organisation optimale des conditions ergonomiques (locaux,
plannings) facilitant les échanges entre confrères et autres
professionnels de santé à l’hôpital
Nouvelles modalités d’exercice en libéral(associations, organisation
en pôles de santé, mixité des pratiques…)qui permettent un
partage à différents niveaux, matériels, techniques, émotionnels.
Programmes de gestion du stress ou d’amelioration du bien-être
renforçant l’identité professionnelle et réduisant le sentiment de
solitude (groupes réguliers d’échange et de soutien)
La combinaison d’approches visant à un changement individuel et à
l’optimisation des organisations est la plus efficace
Arnetz B.2005; Klejdmand D.2008; Goetz K.2011;Maslach C. 2001
Les dispositifs de soutien


Mise en place d’Associations dans plusieurs régions françaises
soutenues par le Conseil de L’Ordre de Médecins
En Languedoc –Roussillon: Association MOTS
Les dispositifs de soutien







A l’Hôpital et à l’Université
Association Régionale des Internes
Médecine du Travail
UM1:Point Ecoute-Santé. Institut de Biologie: lundi et
jeudi :11h30-13h30
Direction des Affaires Médicales
Commission Médicale d’Etablissement
Commission de conciliation avec les usagers
Les dispositifs de soutien au CHU de
Montpellier

Dispositif EIAS
Les dispositifs de soutien au CHU de
Montpellier
Groupe BEAT
Un changement pour demain
Sensibiliser les
médecins, les
personnes-clés du
dispositif hospitalouniversitaire, mais
aussi les usagers, à
l’importance du
bien-être au travail
chez les médecins
« A shift in the culture of care
and wellness of physicians is
necessary » Wallace,2009
«Leadership support,a
designated advocate,creative
collaboration,patience and
persistence are essential in
changing to a wellness culture
in medical éducation »
Eckleberry, 2009
Bulletin de l’Ordre des Médecins
Sept-Oct. 2014
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