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1 er dimanche de l`Avent - Paroisse Saint

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Eglise Saint Eustache, Paris
1 Dimanche de l’Avent, 29 novembre 2015
er
Lectures : Jérémie, 33, 14-16 ; 1Thessaloniciens, 3,12 – 4,2 ;
Evangile selon s. Luc, 21, 25-28.34-36
En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le
soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de
la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au
monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir
dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront,
redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »
« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries,
l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un
filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en
tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir
debout devant le Fils de l’homme. »
Homélie du fr. Gabriel Nissim
« Quand les hommes mourront de peur, vous, redressez-vous et relevez la tête, car votre
rédemption approche ! »
Voilà, frères et sœurs, ce que le Christ vient de nous dire – à nous, aujourd’hui, nous qui
sommes encore dans le deuil, à nous qui, pour beaucoup, sommes dans la peur. Comment
entendre ces paroles, en vivre ?
La première chose à souligner, c’est que ceux auxquels Jésus s’adresse ici, son peuple, le
peuple juif, ils sont alors sous la botte des occupants romains. Jésus s’inscrit là dans lignée du
prophète Jérémie : « Voici venir des jours de bonheur… En ces jours-là, en ce temps-là, Jérusalem
habitera en sécurité ». Car de même quand Jérémie dit cela, lui-même est en prison, à
Jérusalem – Jérusalem, alors assiégée par les Chaldéens et qui va connaître la première grande
catastrophe de son histoire. Nous sommes en 587 avant J.C. La ville dans quelques jours, va
tomber aux mains de Nabuchodonosor et d’une armée de soudards qui ne lui épargneront
rien : pillages, incendies, viols et massacres, déportation. Et les auditeurs de Jérémie n’y
échapperont pas. Alors, quand Jérémie annonce « en ces jours-là », Jérusalem habitera en
sécurité, pour « ces jours-ci », ce sera désastre et ruine.
Nous-mêmes, aujourd’hui à Paris, nous avons peur, comme combien de celles et ceux qui,
depuis des années, vivent à Alep ou à Mossoul, à Bangui ou au Nord-Nigeria. Car nous vivons
dans une humanité de violence – tant de formes de violence.
Violence des attentats de ces derniers jours.
Mais violence aussi, et tout autant, faite à notre Terre, la COP 21 qui se réunit nous le dit :
notre planète bleue, notre belle Terre menacée par notre façon irresponsable de l’exploiter sans
retenue.
Violence en réalité surtout en chacun de nous : si je descends en moi-même, est-ce que je n’y
trouve pas aussi cette violence ? Nous arrivons souvent à la maîtriser, nous avons aussi la
chance de vivre dans un pays où elle est encadrée par des lois et un état de droit. Mais cela ne
suffit jamais : la violence ressort sans cesse tant que chacun de nous, nous n’avons pas fait le
travail sur nous-même pour que sur le terrain, dans le quotidien, face à l’autre, ce soit le
respect qui l’emporte. Et la source en sera toujours là, prête à rejaillir : rien ne déracinera la
violence de notre cœur tant que nous vivrons sur cette terre.
Et pourtant, c’est justement là, par rapport à notre société et à nous-même que Jérémie peut
nous annoncer : « en ces jours-là, Jérusalem habitera en sécurité » et que le Christ nous dit :
« relevez la tête, car votre rédemption approche ».
S’ils nous disent cela, à nous encore aujourd’hui, c’est pour nous ouvrir à notre tour à quelque
chose de fondamental : l’Espérance. Là même où nous avons peur, là même où nous
vivons la violence, nous sommes appelés à l’espérance. Et c’est précisément ce temps de
l’Avent – de la venue du Christ parmi nous – qui chaque année nous est donné pour renouveler
notre espérance.
Qu’est-ce que l’Espérance ?
La clef pour la comprendre, c’est qu’elle n’est pas d’abord un contenu – des choses à
espérer – c’est d’abord un mouvement. Pas d’abord l’espoir de jours meilleurs, mais une
dynamique qui nous fait sans cesse aller de l’avant et qui va nous entraîner bien au-delà de nos
espoirs. Des espoirs, nous en avons plein chaque jour : j’espère qu’il fera beau demain, j’espère
réussir ce travail, j’espère que mes enfants auront un bel avenir, j’espère que notre planète
retrouvera son équilibre… Très étonnant, quand on y réfléchit, cette capacité d’espérer qui est
la nôtre, alors que si souvent nos espoirs sont déçus – et pourtant, indéfectiblement, nous
continuons à espérer…
Eh bien, je vois là quelque chose de très profondément humain : une tendance inscrite dans
notre être même et qui nous vient de Dieu, qui nous apparente à Dieu. Notre Dieu est un Dieu
de promesses, un Dieu d’avenir : « je serai qui je serai », tel est son Nom. L’espérance, c’est
alors cette capacité d’espoir qui est la nôtre, mais élargie à l’horizon de Dieu. Il nous faut
dépasser infiniment notre horizon terrestre, ces quelques années que nous avons à vivre,
l’horizon de cette terre et de notre univers. Car Dieu est en train de préparer pour nous
quelque chose d’inouï : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas
monté au cœur de l’homme, voilà tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » nous dit s.
Paul (1 Corinthiens, 2, 9).
Et bien plus encore ! Ce que nous espérons, c’est rien moins que Dieu lui-même : qu’il y
ait Dieu, que Dieu soit, réellement. Notre foi est par elle-même espérance car nous n’avons
aucune évidence de Dieu. Croire, prier, c’est espérer, au sens très fort, que Dieu est là, que je
peux établir une relation avec lui, qu’il est réellement « notre Dieu », « mon Dieu ». Si souvent
nous employons cette expression « mon Dieu ! », « my God ! » sans même penser à ce que nous
disons. Or c’est là le cœur même de notre foi : Dieu non pas seulement dans son ciel,
indifférent et splendide, mais Dieu comme mon Dieu, mon Père, notre Père. Dieu avec moi,
Dieu avec nous – « Emmanuel » : c’est l’autre nom de Jésus, et le nom que nous allons
justement fêter à Noël. Dieu avec moi, parce qu’il veut que moi, je naisse enfin à moi-même
dans ma vérité, ma beauté originelle. Dieu avec nous pour une humanité debout, devant Dieu,
dans la lumière de la justice et de la fraternité. Voilà notre Espérance.
Mais alors attention ! Le propre de cette espérance c’est qu’elle peut commencer,
qu’elle doit commencer à se réaliser ici et maintenant. Trop souvent on a prêché le paradis
pour nous consoler à peu de frais de nos souffrances présentes. Trop souvent l’Eglise – et les
puissants de ce monde – en ont usé et abusé de concert pour maintenir l’injustice établie. Tout
au contraire le Christ nous invite, dès maintenant, à nous redresser et à relever la tête pour
faire advenir cet « à-venir ».
A nous donc d’y travailler ou plutôt de le laisser germer dans nos existences et autour
de nous.
En nous appuyant d’abord sur le Christ : lui-même il a été, il est parmi nous « Germe de
justice », selon l’expression de Jérémie. A sa suite, cela peut germer aussi en nous, naître en
nous, naître de nous. A la condition de le vouloir et pour cela d’accepter de changer nos
priorités, notre échelle de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de ne pas nous laisser prendre par
les « beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie », mais de prendre une distance critique par
rapport à ce qui prime dans notre société, aux opinions et pratiques courantes, qui sont loin
d’être orientées vers la justice, vers la fraternité et le partage. Que privilégions-nous
réellement dans notre façon de vivre ? Ce que nous, nous avons à privilégier, nous disait s. Paul
à l’instant, c’est de nous mettre sur la longueur d’onde du Christ : « Que le Seigneur vous donne,
entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant ! »
Entre vous, et aussi à l’égard de tous les hommes, si nous voulons effectivement préparer ce
repas qui, lui, réunira « tous les peuples ».
Sacré travail, au double sens du terme ! Mais pas impossible, si nous nous appuyons
aussi sur l’Esprit saint, l’Esprit d’Amour. Nous ne nous en rendons peut-être pas compte, mais
cet Esprit est déjà en train de nous travailler au corps et au cœur, chacun. Il s’agit là pour nous
de rien moins que d’une nouvelle naissance. A Noël, Jésus est né au sein de notre humanité :
c’est pour que nous, nous naissions à ce monde nouveau qu’il vient inaugurer – ce monde de
justice et de paix, d’amour de plus en plus intense et débordant. La naissance, en nous, d’un
homme nouveau pour ce monde nouveau. Dès à présent, nous sommes enfants de Dieu, nous
dit s. Jean, (1 Jean, 3, 1-3) mais cela ne se voit pas encore. Pourtant, le jour où le Christ viendra,
nous apparaîtrons tels que nous serons devenus invisiblement, au fil de nos années :
réellement enfants de Dieu, rayonnants comme lui d’un amour intense, d’un amour débordant.
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