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(A. Stern) : il regarde les enfants dessiner

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AUTREMENT DIT
24
PORTRAIT
ARNO STERN Ce pédagogue qui ne ressemble à personne tisse une œuvre très personnelle
en observant les enfants dessiner dans son atelier parisien et aux quatre coins du monde
Il regarde les enfants dessiner
PROD DB © PRISMA FILM
C’est un beau vieillard
à la chevelure blanche,
comme tiré d’un conte.
Arno Stern, 91 ans, pourrait être l’oncle Drosselmeyer de l’opéra CasseNoisette, celui par qui la
magie opère. Il est aussi
un éternel enthousiaste,
« porté par l’émerveillement de chaque jour ». Il
nous ouvre la porte du
Closlieu, cet atelier de
peinture unique en son
genre niché en plein Paris.
Ici, depuis cinquante ans,
les enfants pratiquent le
« jeu de peindre », avec
pour seule consigne de se
faire plaisir, sans jugement ni compétition.
De leur observation,
Arno Stern a tiré une
science, la « sémiologie
de l’expression » qu’il enseigne dans le monde
entier. Pour lui, en effet,
le dessin d’enfant n’est
souvent pas celui que l’on
croit. Il n’est ni une œuvre
d’art, ni une fenêtre sur le
psychisme. Il est une Arno Stern a observé lors de ses voyages les similitudes entre les dessins des enfants d’ici et d’ailleurs.
trace de la mémoire universelle du monde, rien de moins. Elle est authentique, explique-t-il, souvenir profond et universel. Ils maté et des attentes trop fortes des
Cette conviction est la grande elle n’est pas destinée à être belle représentent la mémoire “orga- adultes, prompts à évaluer, analyhistoire d’Arno Stern. Il lui consacre ni à être montrée.
nique”, celle du corps depuis l’origine ser. « Cela montre que les enfants
Commence un long voyage aux de la vie. »
ont perdu leur spontanéité. Ce
sa vie depuis 1946. Il travaillait alors
dans une maison pour orphelins origines de ce trait. Au fil de
constat est très grave car cette sponde guerre en Suisse. « Nous étions voyages aux quatre coins de la pla- « ’’Au commencement
tanéité est primordiale. Elle permet
dans un dénuement total. Je n’avais, nète, un constat s’impose à Arno étaient le ciel
à l’enfant d’être en contact avec luipour occuper les enfants, que des Stern : les traces sont « rigoureuse- et la terre.’’ On sait
même. Sans ces racines, l’enfant ne
bouts de crayon et de vieilles feuilles ment superposables », qu’elles aient
peut pas trouver sa place dans le
de papier. Je les ai fait dessiner sans été faites à Paris, ou à Kaboul ou que ça ne s’est pas
monde. Il devient un être virtuel.
attentes particulières. Je ne suis ni au fin fond de la forêt vierge. « J’en passé comme cela,
De la même façon que nos glaciers
artiste, ni professeur. C’est sans ai conclu que les dessins d’enfant mais les enfants
sont en train de fondre ou que des
doute pour cela que j’ai regardé ce ne sont pas la représentation maespèces disparaissent, l’écologie de
qu’ils faisaient avec un œil neuf. » ladroite de ce qu’ils voient. Ils ne dessinent toujours
l’enfance est aujourd’hui en danger.
Et ce qu’il voit l’émeut. Ce qu’il sont ni un moyen d’expression ni le ciel et la terre
Nous devons les aider à retrouver
appelle « trace » n’est pas un dessin. une œuvre d’art mais la trace d’un en premier. »
leur mémoire organique ou, sinon,
nous pouvons nous inquiéter des
Arno Stern observe aussi une conséquences pour l’humanité. »
correspondance entre les traces
Ce qui n’empêche nullement
ON INSPIRATION
enfantines et les récits bibliques Arno Stern de rester confiant.
de la création du monde : « Les « Quand je parle du ”jeu de peindre”,
textes disent : ”Au commencement explique-t-il, le public qui vient
étaient le ciel et la terre.” On sait m’écouter est beaucoup plus récep« Nous travaillons ensemble tous les quatre : ma femme, mes deux
que ça ne s’est pas passé comme tif qu’il y a quelques années. Beauenfants et moi-même. Mon fils s’est marié et a un fils de 5 ans. Il a une
cela, mais les enfants dessinent tou- coup d’émotion passe. Les jeunes
grande place pour nous. Il est en effet prodigieux de le voir évoluer et
jours le ciel et la terre en premier. parents commencent à se rendre
se développer.
Ces histoires sont donc ancrées au compte que la raison d’être du jeu
La foi de mon père aussi m’a beaucoup marqué. Il était très croyant.
plus profond de l’homme. Il y a est l’accomplissement de la perbeaucoup d’autres exemples du sonne. »
Il se laissait conduire par son ange gardien. Nous avons fui l’Allemagne
nazie quand j’avais 9 ans. Il a alors tout laissé sans un regret car il n’était
même type. »
EMMANUELLE LUCAS
pas attaché aux choses matérielles. De là, nous avons vécu dans une
La trace serait donc constitutive
précarité inimaginable, qui me rend proche de ce que vivent les réfude l’homme. Le pédagogue fait Le Closlieu, 61 rue Falguière, Paris 15e.
pourtant un triste constat : « Ils TÉL. : 01.45.48.75.55.
giés d’aujourd’hui. Mais mon père, lui, croyait tellement fort en Dieu
qu’il n’avait peur de rien. Et il s’est produit dans sa vie des choses
arrivent et me posent une question Deux ouvrages récents parus en français : Le
inimaginables. Par exemple, il s’est rendu à la Gestapo, ce qui était
très triste : ”Qu’est-ce que je dois Jeu de peindre (Actes Sud, 2011), et L’Âge d’or
pourtant inimaginable à l’époque. Mais il l’a fait. Et là, le chef, un de
faire ?” Leurs traces ont moins de de l’expression (DDB, 2014).
ses anciens amis d’enfance, l’a laissé repartir. Mon père savait sans
couleurs, sont devenues abstraites,
Sur lacroix.com : notre reportage
réfléchir car il se laissait conduire par son ange. »
sans vie. » Arno Stern y voit l’impact
video sur Arno Stern
de l’enseignement artistique for-
S
« Ma famille »
jeudi 31 décembre 2015,
vendredi 1er janvier 2016
LE BILLET
ALAIN
RÉMOND
Du réveillon
Eh bien voilà, nous y sommes :
aujourd’hui, 31 décembre, c’est
bel et bien le dernier jour de
l’année 2015, commencée et
finie dans l’horreur. Et ponctuée par la montée du repli sur
soi, de la peur de l’autre. Sans
doute y penserons-nous, ce soir
lors du réveillon, pour fêter, au
douzième coup de minuit, la
nouvelle année, en l’espérant
plus belle, plus douce, plus fraternelle. Paradoxalement, j’entends dans le mot « réveillon »,
dont le résultat est de nous faire
nous endormir très tard, les
mots « réveillons-nous ! ». Je
me dis que ce serait un joli mot
d’ordre, un beau programme,
pour 2016 : « Réveillons-nous ! »
Jadis, nous apprend le Dictionnaire historique de la langue
française, le mot « réveillon »
avait deux autres sens, auj ou rd ’ hu i ou bl ié s . Au
XVIIIe siècle, un réveillon voulait dire « une gifle ». Et c’était
aussi, dans le vocabulaire des
arts, « une touche lumineuse
qui ”réveille” une toile ». Une
bonne gifle pour nous réveiller,
provoquer en nous un grand
sursaut. Et une touche de lumière pour nous illuminer. Quoi
de mieux, je vous le demande,
pour passer de 2015 à 2016 ?
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