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3 ème dimanche de l`Avent - Paroisse Saint

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ème
3
Eglise Saint Eustache, Paris
Dimanche de l’Avent, 13 décembre 2015
Lectures : Sophonie, 3, 14-18 ; Philippiens, 4, 4-7
Evangile selon s. Luc, 3, 10-18
Homélie du fr. Gabriel Nissim
« Pousse des cris de joie !
Bondis de joie !
Réjouis-toi de tout ton cœur ! »
Frères et sœurs, ce dimanche, le troisième de notre calendrier de l’Avent, est le dimanche
de la joie. Aussi avons-nous demandé au Seigneur dans la prière d’ouverture : « dirige notre joie
vers la joie de Noël ».
Je ne sais ce qu’il en est pour vous, mais je sais que pour moi personnellement j’en suis encore
bien loin. Et de toute façon, la joie ne nous est pas quelque chose de fréquent, ni d’évident ni de
facile. Non seulement par les temps qui courent, mais habituellement : nous connaissons trop
rarement des moments de vraie joie.
Mais il y a juste trois jours, et dans le métro figurez-vous, il y avait un petit garçon dans sa
poussette. Il ne savait même pas encore parler, mais vous auriez vu comme il riait aux éclats, ses
cris de joie, simplement comme ça, un vrai bonheur ! Et quand sa maman est descendue avec
lui, il nous a fait de grands signes de la main pour nous dire au-revoir. Et je me dis que Jésus,
petit enfant, lui aussi, avant même de savoir parler, à Bethléem ou à Nazareth, il a dû lui arriver
de pousser ainsi des cris de joie dans les bras de Marie ou de Joseph. Cette joie de son enfance,
Jésus a su la garder, adulte, plus grave et plus profonde : elle lui venait de Dieu en lui – et c’est
alors cela, cette joie, qu’il a voulu partager et répandre jusqu’aux extrémités du monde comme à
travers les siècles, jusqu’à nous. Il nous le dit et redit : cette joie qui était sienne, elle est à notre
portée, à nous aussi.
Et ce dimanche de la joie nous dit encore bien plus étonnant.
Dieu, lui aussi, cherche et attend la joie ! Est-ce possible, et même seulement concevable ? C’est
qu’il y a une joie qu’il est loin d’avoir encore : cette joie de Dieu, c’est nous. Il y a une joie que
nous, nous allons donner à Dieu, comme un enfant fait la joie de de son papa ou de sa maman.
A Noël, nous allons essayer de nous donner de la joie les uns aux autres. En famille, avec tous les
préparatifs, les cadeaux que nous préparons : c’est pour donner de la joie ; ou ces repas que nous
préparons pour accueillir ceux qui n’ont pas de famille, comme ici à la Soupe St Eustache. Et si
alors nous nous demandions : Dieu, le Christ, comment allons-nous lui donner de la joie à Noël ?
Le prophète Sophonie nous donne une réponse dans la lecture de ce jour : la joie que nous
pouvons donner à Dieu, c’est de le laisser venir en nous. La joie de Dieu, c’est d’être « en nous »,
– le texte dit littéralement « dans nos entrailles ». « Le Seigneur est dans tes entrailles », et, là, « il
aura sa joie et son allégresse. Il exultera à cause de toi, ce sera pour lui une fête. »
Voilà la joie que nous pouvons offrir à Dieu : que nous acceptions de l’accueillir au plus profond,
au plus intime de nous-même.
Je rapproche alors cela de l’évangile de ce jour qui nous parle de notre baptême, car c’est
bien cela, le baptême : Dieu en nous.
Notre baptême, nous y pensons peu, nous n’en parlons quasi jamais, et cela se comprend car
pour la plupart d’entre vous, vous n’en avez aucun souvenir puisque vous avez été baptisés tout
petits. Or le baptême n’est pas d’abord une ritualisation de la naissance, mais la reconnaissance
et l’acceptation d’une relation intime de Dieu avec nous. Et c’est cela encore qui se prolonge et
s’actualise à chaque messe quand nous communions : le Christ vient en nous, on peut même
dire dans nos entrailles, littéralement.
Jean-Baptiste, lui, baptisait dans l’eau. Mais il nous le dit : « Il vient, celui qui baptise dans
l’Esprit saint et le feu ». Vivre notre baptême, communier à la messe, c’est recevoir en nous
l’Esprit saint qui est feu. Le mot « esprit » risque de nous tromper : nous mettons dessous
quelque chose de vague et d’inconsistant, alors que le mot original tant hébreu que grec dit très
précisément le « souffle », le « vent ».
L’Esprit est un souffle d’inspiration, au double sens du terme. Inspiration d’abord comme quand
nous inspirons à pleins poumons l’air frais pour nous oxygéner, nous revivifier, par exemple au
bord de la mer ou en forêt et que nous éprouvons le besoin de nous dilater la poitrine avec ce
bon air. Tel est l’Esprit, le souffle de Dieu : du grand air à respirer de tout nous-même. Vivre
notre baptême dans l’Esprit saint, c’est alors laisser ce Souffle de Dieu nous rafraîchir, nous
remplir la tête et le cœur, et de même quand nous communions, pour que la présence de Dieu
nous oxygène de son énergie.
Inspiration au sens figuré aussi, pour dire ce qui nous a poussé à exprimer ou à faire quelque
chose, à créer ou à aller vers les autres, comme on parle de l’inspiration d’un artiste, d’un
créateur. Ou simplement ce qui nous a fait trouver le geste, le mot qu’il fallait pour aider ou
soulager quelqu’un. Voilà l’Esprit saint en nous : une source d’inspiration. Alors, oui, quand nous
nous sommes laissé inspirer par le Souffle de Dieu, Dieu est bien là, en nous, jusqu’au profond
de nous-même. Pour notre joie de respirer largement, au souffle de Dieu. Pour la joie de Dieu de
voir que nous nous sommes laissé inspirer par lui, son énergie vitale.
Pourtant, il y a quand même un problème.
Quand Dieu va venir chez nous, que va-t-il trouver dans notre tête ? Et dans notre cœur,
nos entrailles, va-t-il pouvoir réellement s’installer à son aise ? Nous sommes tellement pleins
de nous-même qu’il risque de ne pas rester beaucoup de place pour les autres ni pour lui… Et il
va y trouver aussi tout ce mal qui naît souvent en nous envers les autres : cette façon de les juger,
de les rejeter, de les écraser parfois, comme dans les relations de travail et d’affaires, ou même
entre proches. Comment Dieu, comment l’Esprit de communion va-t-il pouvoir demeurer dans
des cœurs si individualistes, tels que nous devenons aujourd’hui, si rares à la bonté, si peu enclins
à la paix ?
Eh bien, il faut que nous le sachions : malgré tout cela, Dieu est prêt à venir chez nous.
Bien sûr, il n’aime pas tout le mal qu’il va trouver en nous, mais il nous aime, nous, il m’aime,
moi, il vous aime, chacune et chacun.
Et même, il veut d’autant plus venir chez nous si nous sommes malades de notre égoïsme et
de notre violence, justement pour nous aider à en guérir. Alors il vient – et c’est cela le message
de Noël : il vient comme la lumière qui se met à briller au milieu des ténèbres, comme le soleil
qui va dissiper la nuit. Et c’est justement la raison pour laquelle nous célébrons Noël au milieu
de la nuit, à minuit. Jésus n’a jamais hésité à entrer chez les gens, « les méchants comme les
bons ». Il n’a pas eu peur de ce qu’il allait y trouver, au contraire : il y allait comme le médecin
qui va chez son malade, pour que la santé, le salut lui revienne. Cela s’est passé si souvent au
temps de l’Evangile – et cela se passe encore aujourd’hui. Il frappe à notre porte en disant :
« aujourd’hui, il faut que je vienne chez toi ». Il suffit que moi, j’accepte d’ouvrir la porte…
Mais alors, quand même, il faudrait peut-être que, moi, de mon côté, j’essaye de faire au
moins un peu de ménage, que je lui fasse un peu de place dans ma façon de vivre…
Et cela nous ramène à notre baptême, tel que nous en parle l’évangile de ce jour : vous avez
entendu comment les gens qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « que
devons-nous faire ? » Ils avaient bien compris qu’il leur fallait sans doute changer quelque chose
dans leur façon de vivre pour préparer la venue du Christ, du Messie. Cela vaut aussi pour nous,
baptisés, pour nous, quand nous communions. C’est aussi cela que le Pape François veut pour
toute l’Eglise avec cette « année de la miséricorde » qu’il a inaugurée ce mardi 8 décembre
dernier. Alors nous, dans ces quinze jours qui nous séparent de Noël et durant toute cette année
de la miséricorde, qu’allons-nous faire pour que Dieu se sente bien chez nous, pour qu’il puisse
faire la fête chez nous ?
Une image pour terminer : celle que Rembrandt a gravée et que vous trouvez sur le livret
d’Avent de cette paroisse pour illustrer le retour du fils prodigue auprès de son père, lui qui n’en
avait plus ni nouvelles ni signe de vie depuis des années – tant de joie alors à ces retrouvailles
pour le père comme pour le fils…
Vous savez, Dieu espère tellement en nous, il nous espère, nous, infiniment… Il espère tant le
face-à-face un jour, et dès maintenant le cœur-à-cœur avec chacun d’entre nous. Comment
pourrions-nous décevoir cette espérance immense que Dieu, que le Christ a placée en chacun
de nous ?
Alors, oui, que devienne réalité pour chacun d’entre nous, pour tous nos frères et sœurs, cette
parole entendue aujourd’hui :
Le Seigneur ton Dieu est en toi, dans tes entrailles. Il t’apporte la santé, le salut.
Il aura en toi sa joie, son allégresse. Il te renouvellera par son amour.
Il dansera pour toi avec des cris de joie, et ce sera un jour de fête !
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