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Augmentation mammaire avec prothèses en silicone: To do or not to

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HIGHLIGHTS 2015
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Chirurgie plastique, reconstructive et esthétique
Augmentation mammaire
avec prothèses en silicone:
To do or not to do?
Reto Wettstein a, b , Dominique Erni c , Dominik Schmid a, d , Dirk J. Schaefer a , Barbara M. Ling a , Yves Harder e
Abteilung für Plastische, Rekonstruktive, Ästhetische und Handchirurgie, Universitätsspital Basel
W Plastic Surgery, Luzern
c
Erni Plastische Chirurgie, Küssnacht am Rigi
d
Plastische und Ästhetische Chirurgie St. Gallen
e
Chirurgia plastica, ricostruttiva e estetica, Ente Ospedaliero Cantonale, Lugano
a
b
Une histoire mouvementée
Dans les années 1990, la rumeur d’une augmentation de
l’incidence de maladies autoimmunes liées à l’utilisation
de prothèses mammaires remplies de silicone circula et
les médias s’emparaient de l’affaire. La pression est montée jusqu’à l’interdiction de ces dernières aux Etats-Unis.
Les prothèses mammaires en silicone remplies de solutions salines ou les autres implants en silicone étant toujours autorisés! Les industriels ont été priés de se justifier
et de nombreuses études ont été lancées. Un lien direct
entre les implants incriminés et les maladies autoimmunes n’a jamais pu être démontré. Depuis peu, les implants remplis de silicone sont à nouveau autorisés aux
Etats-Unis; en Suisse, ils n’avaient jamais été retirés du
marché. Le scandale fut que la FDA (Food and Drug Administration) ne s’est pas basé sur les standards scientifiques habituels dans cette décision et ont angoissé des
centaines de milliers de femmes. Ce qui aboutit à de
nombreuses interventions chirurgicales ayant pu être
évitées ainsi qu’une avalanche de procédures de justice.
En 1995, les prothèses mammaires remplies d’huile de
soja sont apparues sur le marché puis en 1999 retirées,
suite aux conclusions des instances médicales britanniques stipulant que les produits de desintégration de
l’huile de soja pouvant diffuser à travers la paroi de silicone pourraient constituer un risque pour la santé.
Des conséquences néfastes n’ayant pourtant pas été
mises en évidence.
En 2010, les prothèses de la marque française Poly Implant Prothèse ont été mises en examen en raison d’un
nombre accru de cas de rupture. Il fut alors démontré
Reto Wettstein
nitaires ne soient intervenues. Un risque pour la santé
à long terme lié à l’incidence accrue de cas de rupture
de ces prothèses n’a à ce jour pas pu être démontré. La
marque a fait faillite et les responsables ont été inculpés. En automne 2015 est parue une recommandation
de non-usage des prothèses de la marque brésilienne
Silimed. Il s’agit là d’une mesure de précaution, en raison
de la découverte fortuite d’impuretés lors du procédé de
fabrication. Selon swissmedic, il n’y a à ce jour aucun cas
déclaré d’incident lié à un risque pour la santé.
Les faits cités sont surprenants et montrent que, malgré les réglementations très strictes dans le domaine, il
a été possible à l’échelle internationale de tromper
les utilisateurs sur la qualité des produits pendant de
longues années. Le chirurgien plasticien n’est pas en
mesure de reconnaître par lui-même ces lacunes et
s’en remet aux autorités compétentes et aux contrôles
de qualités rigoureux en vigueur.
Un des effets positifs de ces «scandales» fut toutefois le
nombre d’études menées par la suite. En effet, il a été
montré non seulement l’absence de lien avec des maladies rhumatismales mais aussi que l’augmentation
mammaire n’est liée à aucune augmentation voire à
une réduction du risque de cancer du sein, ce qui a été
revisé récemment [1]. Aussi, un potentiel cancer du
sein peut être diagnostiqué de manière tout aussi fiable en présence d’un implant mammaire, et sans retard
au diagnostic. Autre résultat intéressant: que la capacité
d’allaiter n’est pas diminuée.
De nombreuses modifications
Idéalement, un implant devrait être intégré biologi-
que du silicone industriel de premier prix a été em-
quement et entièrement toléré. Ceci n’est pas le cas et
ployé dans la fabrication de ces prothèses à la place du
les nombreuses évolutions et modifications apportées
silicone médical. Les instances responsables de la certi-
aux prothèses en sont le témoin. Alors que les premiers
fication ont réagi seulement après que le autorités sa-
implants mammaires étaient de surface lisse, dans les
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Figure 1: Exemple d’augmentation mammaire avec des prothèses en silicone «sur mesure» chez une patiente ayant des seins
de petite taille et relâchés.
années 1980 des prothèses à surface texturée et
taux bien inférieurs, avec 5% [4]. Théoriquement un im-
rugueuse ont été mises au point, afin de diminuer
plant mammaire pourrait rester implanté plusieurs siè-
l’incidence des capsulites contractiles. Cette dernière
cles, si aucune des complications citées ne se présen-
étant initialement très haute [2].
taient. Il est cependant recommandé de toujours
La recherche fondamentale à ce sujet s’est intensifiée
informer la patiente sur le fait qu’une réopération est
ces dernières années notamment dans l’étude des types
possible.
de surfaces – texture ou revêtement – ainsi que sur les
propriétés viscoélastiques des gels de silicone et apporte
constamment de nouveaux résultats et connaissances.
A tel point que de nouvelles générations d’implants
Risque de développement d’un ALCL
En 1997, un premier cas de lymphome anaplastique à
mammaires prometteurs émergent sur le marché,
grosses cellules (ALCL) lié à une prothèse mammaire
avec la promesse ou l’espoir de réduire de manière sig-
a été décrit. L’entité de ALCL-ALK-négative liée à un im-
nificante l’incidence des capsulites contractiles, repré-
plant mammaire est typiquement indolente, se déve-
sentant toujours et encore la principale complication
loppe à partir de la capsule et est de bon pronostic,
redoutée.
contrairement aux ALCL-ALK-négatifs systémiques.
Les complications aigues liées aux implants mam-
Cliniquement il s’agit d’un «late seroma», c’est-à-dire
maires comme les hématomes ou les infections sont
d’un gonflement du sein, survenant plus d’un an après
assez rares, mais nécessitent alors une prise en charge
l’augmentation mammaire. Pour le diagnostic, il est
chirurgicale. A long terme peuvent survenir des com-
recommandé de réaliser une échographie du sein
plications comme la dislocation de la prothèse ou les
concerné et une ponction du sérome pour examen mi-
déformations visibles principalement au niveau du
crobiologique et cytologique. En cas de staging négatif,
pole supérieur ou des capsulites contractiles, qui peu-
le traitement curateur recommandé est le retrait de
vent elles aussi induire une prise en charge chirurgi-
l’implant avec capsulectomie totale. Dans de rares cas,
cale. Le taux de complications et de réopération dans
cette entité se présente sous la forme d’une masse
les 6 années suivant l’augmentation mammaire atteint
tumorale ou d’une affection systémique avec atteinte
les 30% [3], quelques séries isolées rendant compte de
des ganglions lymphatiques, qui en général, en plus de
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l’ablation de la prothèse, nécessite une chimiothérapie.
été implantées, et si l’on observe le grand nombre de
Dans ces cas, le pronostic est plus sombre. L’origine de
patientes concernées il s’agit de manière indéniable
cette affection n’est à ce jour pas encore connue et pro-
d’un grand succès. Ce succès fut cependant entaché de
bablement de genèse multifactorielle, bien que la tex-
quelques obstacles, qui sont pour une part toujours
ture des implants et certaines bactéries semblent être
présents de nos jours.
impliquées. Mais des travaux de recherches sont abso-
L’information et la planification précise ainsi que
lument nécessaires dans ce domaine avant de pouvoir
l’expérience du chirurgien sont aussi importantes que
établir un lien.
les connaissances des possibles complications et
Jusqu’à présent, il y a moins de 200 cas d’ALCL-ALK-né-
des possibilités techniques à disposition [7]. A l’aide de
gatifs liés à un implant mammaire connus et décrits
techniques d’imagerie tridimensionnelle moderne, il
à l’échelle mondiale [5]. Chaque lien entre l’usage
est possible de conseiller les patientes de manière en-
d’implant mammaire et le cancer est préoccupant, ce-
core plus précise et d’améliorer encore la sélection des
pendant il est important de faire attention au risque
patientes. Les prothèses fabriquées «sur mesure» sont
potentiel. En l’état actuel des connaissances, la Société
d’une aide précieuse pour corriger des asymétries de
suisse de chirurgie plastique, reconstructive et esthé-
forme des seins ou du thorax et ainsi obtenir de meil-
tique recommande d’informer toutes les patientes
leurs résultats qu’avec les prothèses jusqu’à présent à
sujettes à une augmentation mammaire à l’aide d’im-
disposition – ovale, ronde, ou anatomiques. La connais-
plants sur ce risque. Comme mesure de sécurité sup-
sance des différentes possibilités et de leurs limites
plémentaire, toutes les prothèses mammaires seront
permet aux patientes de prendre la bonne décision,
inscrites dans un registre anonymisé et centralisé par
afin de combler leur désir d’avoir une poitrine plus belle.
la Société de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. Il est cependant important de préciser que se-
Disclosure statement
lon cette dernière, les implants mammaires sont tou-
DE est co-propriétaire de custimplant GmbH. Les autres auteurs n’ont
déclaré aucun lien financier ou personnel en rapport avec cet article.
jours et encore considérés comme sûrs, et ce en accord
avec les résultats de travaux actuels sur les effets à long
terme des implants mammaires sur la santé [1]. Dans
Références
1
cette revue systématique, un manque de qualité d’un
certain nombre des études listées est toutefois à noter.
Il reste encore quelques obstacles
à surmonter
2
3
4
L’augmentation mammaire est l’une des interventions
chirurgicales esthétiques les plus fréquentes, voire
même la plus fréquente dans certains pays. Il a été
5
montré que cette dernière améliore de manière signifiCorrespondance:
PD Dr Reto Wettstein
University Hospital Basel
Spitalstrasse 21
CH-4031 Basel
reto.wettstein[at]hin.ch
cante le bien-être général, psychosocial et sexuel [6].
Aux Etats-Unis, en 2014, plus de 280 000 patientes ont
subi cette intervention. L’histoire de la méthode moderne d’augmentation mammaire débuta au Texas en
1962, lorsque les premières prothèses de silicone ont
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