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au boulot - l`Étage

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Chabane Naït
Dessins Zodanzo
O
h, un “O ” c’est un ovale, pas un rond – les témoins
n’ont souvent pas un rond – ni le cercle vicieux du
jugement qui exclut. Le regard porté par Chabane
sur ceux qu’il rencontre jour après jour à l’Étage tourne
résolument le dos au misérabilisme.
Sur un mode un peu décalé, mais combien sensible, “O ” oui !,
il évoque les trajectoires chaotiques des Anissa, Johnny,
Cindy, Fred, Hakim, Dimitri, Mamadou, Julie et autres...
Une poésie réaliste et tendre naît de ces rencontres.
Balade au bord de l’eau
au boulot
www.etage.fr
L’Étage
– 5 € –
L’équipe
de l’accueil de jour
est là, au complet ou presque :
Salut les cocos !
L’équipe, c’est Christine, E’ lise,
Riad, StE’ phane, ainsi que
ois de Femmes de paroles,
Pauline et Franc
’
sans oublier Margot.
JE’ rE’ my,
De bon matin, à l’Étage on vient toujours à vélo.
Le lieu d’accueil n’est ni un centre socioculturel ni un bistrot.
C’est ouvert de 8 h 45 jusqu’à 20 h. On est présent, frais et dispos.
Il y a du café gratuit. Le petit-déjeuner est payant et bien garni de gâteaux.
Le type de public accueilli au Resto ?
Des précaires de différents âges :
des chômeurs, des jeunes adultes et des ados,
Ainsi que des retraités, des sortants de prison ou de l’hosto.
Les personnes sont de Strasbourg, Sélestat, Molsheim, Obernai et Haguenau.
Elles viennent de Paris, Marseille, Nancy, Metz, Mulhouse et Bordeaux.
Elles viennent de loin également : d’Asie, d’Afrique et du Kosovo.
C’est beaucoup d’écoute dans ce lieu, mais sans jouer à Dolto.
De la présence, de l’attention, de la patience et de la distance, il en faut.
Discuter, rassurer, conseiller mais pas trop.
Dire, redire, expliquer, réexpliquer.
Bref, des mots et encore des mots.
Leurs histoires, c’est pas rigolo.
Il y a du léger mais aussi du costaud.
Il n’est pas toujours facile de distinguer le vrai du faux,
Car, parfois, elles nous mènent en bateau,
Elles nous racontent consciemment
ou inconsciemment du pipeau.
1
En tout cas,
des problèmes il y en a.
Il y en a à gogo.
D’ailleurs, dans ce lieu,
se confirme la pyramide de Maslow.
Il y a des demandes et des besoins.
Et ça, ce n’est pas des ragots.
Le matin, les personnes débarquent, le moral à zéro :
Bonjour, je m’appelle Selma, Mamadou, CE’ line,
Sabrina, Marc, Sandra, Momo…
- « Moi, je suis sans toit, j’ai pas de sous, pas de boulot. »
- « Moi, mes parents m’ont mis à la porte parce que je suis homo. »
- « Moi, je suis enceinte, je n’ai pas de suivi maternité, pas de gynéco. »
- « Moi, il fait froid dehors, je veux juste rester au chaud. »
- « Moi, je suis endetté, l’huissier de justice me harcèle sans repos,
Je ne suis pas bénéficiaire des minima sociaux,
Alors que certains chefs d’entreprise se permettent des retraites-chapeau,
Et d’autres placent leur fric dans des paradis fiscaux. »
- « Moi, je travaille mais je gagne peu.
Je n’ai pas grand-chose dans mon frigo,
Je suis à découvert et ma banque me prélève beaucoup d’agios. »
- « Moi, j’ai des loyers impayés
et je risque d’être expulsé bientôt. »
2
- « Moi, je suis encore mineur.
Je ne suis pas là pour faire mon numéro,
Mais pour savoir si vous pouvez faire quelque chose
pour moi. »
- « Nous, c’est la BAC, on cherche M. Hulot ;
Il a des lunettes et un grand chapeau,
Été comme hiver, il porte toujours un manteau,
C’est louche. Et en plus, il vient d’Ajaccio,
Selon nous, il n’est pas là par hasard : il doit être un mafioso. »
- « Moi, ma demande de logement n’a pas abouti malgré la loi Dalo. »
- « Moi, je dois appeler le 115 et en plus j’ai des travaux d’intérêts généraux. »
- « Moi, je veux m’en sortir, je sais à peine lire et écrire. J’ai un faible niveau,
Mon rêve c’est d’être musicien. Je veux apprendre le piano,
Et devenir un jour le maestro,
Je veux faire plein de choses mais on me prend toujours pour un idiot. »
- « Moi, j’étais légionnaire. J’ai participé à des opérations commando,
Aujourd’hui, retour à la case départ ; je repars à zéro. »
- « Moi, je suis venu avec Jean, c’est mon frère jumeau ;
Depuis la fin du contrat jeune majeur, on est dehors.
Notre requête auprès du Conseil général est restée sans écho »…
Alors on oriente ces personnes vers la permanence
d’accueil pour un FAJ, pour des cartes Resto,
Ainsi que pour une demande
d’hébergement via le SIAO.
3
Au service de midi
et du soir c’est top chrono.
C’est le moment du coup de feu,
alors on met le turbo,
Le travail d’équipe doit être synchro ;
Donner une entrée et un dessert,
servir le plat à table avec brio.
Pour ce midi, cuisine italienne : c’est spaghetti bolo.
Et pour le soir, il y a du riz basmati avec du cabillaud.
Certains préfèrent deux entrées au lieu du plat :
fromage, tomate et poireau.
Et en plus de tout cela, servir des cafés, du thé, du soda et du cacao.
Ici on mange bien. Ce n’est pas du fast-food, rien à voir avec le Mac Do.
Pour les familles accueillies au repas du soir, l’Étage c’est l’Eldorado.
Notre Resto est chic même s’il n’y a pas les bobos.
Toute la journée, il y a du passage pour des renseignements ou le courrier,
on explique le fonctionnement du lieu et le règlement aux nouveaux.
On les inscrit, on leur attribue une carte avec un numéro.
Les tarifs des repas sont affichés :
6 euros pour ceux qui travaillent ; c’est plein pot ;
1,50 ou 2,50 euros pour les SDF, chômeurs, étudiants et pour les prolos ;
3 euros seulement pour les membres de l’asso !
L’après-midi, place aux jeux : le rami, le poker, les échecs,
le jeu de dames et le scrabble sans dico.
Certains vont sur internet à la pêche aux infos.
La cotisation pour le cyber,
à l’année c’est 3 euros.
4
Farid veut
aller sur le site Le bon coin
pour trouver un studio. Il a besoin
du téléphone pour contacter le proprio.
Julien recherche un stage
ou une formation de mécano.
Didier épluche les offres d’emploi,
il voudrait travailler à Auchan ou chez Peugeot.
Lucie veut refaire son CV et remplir sa déclaration d’impôts.
Sarah veut imprimer des documents et faire des copies recto-verso.
Paul, il veut parler coûte que coûte. Il a le cœur gros.
« Je ne suis pas bien. Dans ma tête, y a quelqu’un. Je crois que je suis schizo,
Je suis intelligent et doux comme un agneau,
Mais les gens se moquent de moi. C’est pas cool, je trouve ça ballot. »
Karim veut faire du sport, se défouler, travailler ses abdos,
Il hésite entre la musculation ou faire de l’aïkido.
Cindy veut écrire à son copain Vincent. Il lui faut une feuille et un stylo.
Le verbe c’est son truc. Elle aime les mots, alors elle y va franco.
Son langage est raffiné bien qu’elle maîtrise le verlan et l’argot.
Elle écrit tranquillement, tout en buvant un expresso.
Elle commence souvent par des mots doux et poétiques.
On dirait du Rimbaud,
Et termine ses lettres par des mots bleus mais pas sots ;
« Coucou Vincent, c’est Cindy alias Juliette.
Comment va mon Roméo ? ».
Elle est sans nouvelles de lui,
depuis qu’il est à l’Elsau.
Selon elle, c’est grave.
5
Il doit être au cachot.
Cela fait deux mois qu’il est derrière
les barreaux.
Samuel n’arrête pas de parler de sa fille.
Elle lui manque trop.
« Regarde, c’est ma fille. La vie m’a offert le plus beau des cadeaux. »
Dans sa poche, il garde soigneusement sa photo.
Puis, il se met à fredonner Mistral gagnant ; la chanson de Renaud.
Fred a de gros soucis de santé. Au shit, il est accro,
« J’ai commencé à fumer quand j’étais ado,
C’est vrai ce que je dis, je ne suis pas un mytho. »
Quant à Philippe, un jour il est speed, un jour il est KO,
Il touche au crack. Il a connu ça dans un festival techno.
Il voit notre psychologue Arlette, pour tenter de recoller les morceaux,
Pour guérir les blessures de l’âme et renaître de nouveau.
Pour nous, la prévention est le meilleur remède contre ce fléau.
Hakim veut laver ses fringues. Il est complètement crado.
Il fait la manche de temps en temps, même si ça ne rapporte pas gros.
Il préfère mendier seul, sans son alter ego,
Car il a essayé mais ça ne fonctionne pas en duo.
Fabien a fait deux ans de prison. Il a honte.
Cette image lui colle à la peau.
« J’ai beaucoup morflé, c’est déshumanisant.
Je ressemble à un crapaud,
Je porte sur mes épaules un lourd fardeau,
L’incarcération a fait de moi un zombi, un blaireau,
On était plusieurs en cellule, on se croyait
dans un zoo. »
6
Quant à Damien,
il dit toujours : « Ça va, no problemo ! »
Il aime parler de la vie,
de tout et de rien, du retour de Sarko,
Il sourit toujours quand il entend
« l’homme qu’il faut à la place qu’il faut »,
« Les hommes politiques sont à l’image de Pinocchio,
Pour l’instant aucun ne sort du lot,
Ils considèrent le peuple comme un troupeau,
Leur mauvaise gestion des affaires de l’État a conduit le pays au chaos. »
Mais son véritable domaine de prédilection c’est la philo :
Il aime évoquer Socrate, Nietzche, Averroès, Avicenne, Michel Foucault.
Il a étudié La République de Platon et Du contrat social de Rousseau,
« Les origines du totalitarisme de Hannah Arendt est un véritable joyau. »
Il dit qu’il s’est penché sur le nazisme, très tôt,
Car son grand-père, qui a grandi dans un ghetto,
Il a été emmené à Auschwitz, puis assassiné par la Gestapo.
« Mon grand-père était un résistant, pas un collabo. »
Quant à Dimitri c’est un rêveur, il aimerait un jour être un oiseau.
Peu importe si c’est un rossignol ou un corbeau,
Et quelles que soient les conditions météo,
Il veut voler au-dessus des îles et des hameaux,
Traverser tout le Sahara plus vite qu’un chameau,
Voir les Aborigènes d’Australie et les esquimaux,
Connaître les Amérindiens et les descendants de Geronimo,
Découvrir la faune et la flore, parcourir le monde,
de Paris jusqu’à Tokyo.
Il en a ras-le-bol de sa situation,
il en a marre du statu quo,
Il aimerait voyager,
partir d’ici illico.
7
En amour, à chaque fois
il se prend un râteau.
Pour se consoler, il écoute souvent du fado.
Il dort sous les ponts, il a un sac de couchage
et une radio.
« On m’appelle le Vagabond, c’est mon pseudo,
Là où je suis, il n’y a ni douche ni lavabo,
Cela fait des années que je vis ainsi. Le temps qui passe me fait courber le dos,
Je ressemble de plus en plus à Quasimodo,
Mais soit, je suis encore là, debout comme un roseau,
Je connais tous les ponts de Strasbourg ; toute la ville c’est mon château.
Aujourd’hui, je suis invité. Je pars, c’est le moment de l’apéro. »
Quant à SE’ bastien, il revient de l’agence intérim Adecco,
Il est encore en arrêt de travail à cause d’un lumbago.
Il bosse dans le bâtiment. Lui aussi est sans toit. Il dort dans son auto.
Il relativise car, contrairement à d’autres, heureusement qu’il a sa Twingo.
Anissa est de bonne humeur aujourd’hui. Elle nous a offert du coquelicot.
« J’ai enfin mon logement ! Je vous ramènerai demain un beau gâteau. »
Antoine est tout feu tout flamme, il a reçu un texto.
Après l’avoir lu et relu, il a hurlé « Bingo ! »
« Je suis très content. Je viens de décrocher un contrat de travail. Cocorico !
Du travail de nos jours, c’est une aubaine, c’est la cerise sur le gâteau »
Pour lui, ce contrat c’est le jackpot,
c’est comme s’il a gagné au loto.
Demain, il se lèvera de bonne heure
pour aller signer son CDD, tout de go.
Johnny, lui, est blasé. Il sort avec
une black, mais son père est facho.
8
Quant à Julie,
elle veut qu’on lui garde
sa grosse valise et son sac à dos.
Et au moment où elle a fini sa phrase,
elle éclate en sanglots ;
Son ex l’a mise à la porte. Autour d’elle le monde
s’écroule, c’est le chaos.
Son projet familial part en fumée.
Pour elle, c’est la fin des haricots.
Elle vit au jour le jour, elle dit que sa vie est un fiasco.
Mamadou est sans-papiers, il a peur des flics. Il veut rester incognito.
Il est hors de question de retourner d’où il vient. Alors il se tient à carreau.
Il espère être régularisé, mener une vie simple et travailler comme matelot.
Mais quand ?…Il cite souvent la phrase de Beckett : « En attendant Godot ».
Sa situation est bloquée ; il est entre l’enclume et le marteau.
Soudain, le téléphone sonne : Dring ! Dring ! « Oui, allô… »
La bijoutière panique : « Il y a devant ma boutique des chiens et des alcoolos »,
« Ils provoquent les passants, ils gueulent comme des barjots. »
Alors on sort. Et c’est vrai que parfois c’est tendu, c’est chaud.
La danse avec les loups commence. Ça danse le mia, ça danse le tango,
Ça swingue, ça titube, ça tangue.
Et le parterre est plein de mégots.
Ils sont effectivement là devant son magasin.
Et l’alcool coule à flots.
Ils sont là, soit avec leurs bouteilles de vodka,
de whisky ou de porto,
Soit avec des bouteilles
en plastique,
9
nous faisant croire
qu’ils boivent du sirop.
Ils sont assis ou debout, fumant leur bedo.
Certains commencent à faire leur show,
En se comportant comme des machos.
Ils se prennent pour JoeyStarr ou Léonardo Di Caprio.
D’autres voient en chaque femme qui passe, Brigitte Bardot.
On se croirait dans un film ou au théâtre d’impro.
Il manque juste une caméra pour tourner une vidéo.
Dès qu’ils touchent à l’alcool ou une autre substance,
alors commence le rodéo.
La mayonnaise prend, ça monte crescendo.
C’est comme si une transformation génétique s’opère dans leur cerveau.
Alors on intervient, on leur demande de modérer leurs propos,
On calme le jeu, on rassure la bijoutière et on revient au galop,
Parfois, ce n’est qu’une tempête dans un verre d’eau.
Dur, dur d’être confronté à des post-ados,
La réactivité c’est important même si, avec eux, il faut y aller mollo.
De l’humour ça marche en général, sans forcément jouer à Charlot,
C’est comme un médicament à effet placebo.
Certes, avec eux, il ne faut pas mettre la barre trop haut,
Mais pas d’assistanat. Et avec le cadre et les limites,
il s’agit d’être réglo.
Alors de la fermeté, des rappels à l’ordre et des sanctions, il en faut,
Car il faut toujours prendre par les cornes le taureau,
Ne rien laisser passer sinon tout notre travail avec eux,
tombe à l’eau.
Le lien avec
le service social est permanent :
tchat, mails et réunions
pour échanges d’infos.
À la réunion de la plateforme d’accueil,
il y a du propos.
Et au vu de l’ordre du jour, le chef de service donne le tempo,
C’est beaucoup d’échanges :
on ne se contente pas de dire « Yes » or « No »,
On ne se contente pas non plus de dire : « C’est vrai » ou « C’est faux ».
On parle des situations. Et parfois, c’est de l’imbroglio.
On débat, on décide avec fair-play et sans quiproquo.
Le travail transversal est privilégié ainsi que le travail en réseau.
On évoque également les actions collectives, mais parfois c’est à huis clos :
- Atelier cuisine, pour apprendre à manger équilibré et bio.
- Actions ponctuelles : foot, théâtre, ciné, pique-nique et rando,
Et aller en ville visiter tel musée ou voir telle expo,
- Scène ouverte à préparer : place au chant, danse, magie, rap et griot.
Il y a des styles différents et variés, avec une seule scène
et plusieurs micros.
- Et en juillet, c’est canoë ;
les jeunes passent un agréable week-end, sur l’eau.
On y va chaque été, qu’il fasse moche ou beau.
- On organise des séances de vaccination
contre la grippe, la diphtérie, le tétanos et la polio.
- Ainsi que le bus dentaire de la Ville
pour sensibiliser, détecter les petits bobos.
On y tient fortement car les personnes
ont une santé qui va à vau-l’eau.
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Et face aux IST,
il y a des préservatifs
en libre-service pour éviter le caveau.
Il y a aussi des cartes de douche
pour aller aux bains municipaux,
Pour prendre soin de son corps, de sa peau.
Dans ce lieu collectif, des livres sont à portée de main,
pour bouquiner : Jack London, Agatha Christie, Proust, Kafka,
Amélie Nothomb, Albert Camus et Victor Hugo…
Les chiens sont admis, en laisse, avec leurs maîtres. Ces derniers
se sentent bien ici car, en ville, ils en ont marre d’être traités de clodos.
Les règles de l’accueil de jour sont les règles du savoir-vivre ;
respect, altérité, solidarité, dialogue et courtoisie sont les maîtres-mots.
Dans ce lieu, il y a du lien, des rencontres.
Un lieu qui n’est pas sacré mais où les choses se créent.
C’est de l’accompagnement informel, grosso modo.
L’important est de repérer les fragiles et de remonter les choses en haut,
Aider l’autre à voler de ses propres ailes tel un petit moineau,
Donner sa place à chacun,
quelles que soient sa condition et sa couleur de peau.
Une place dans la cité pour exister,
donner, recevoir, partager, aimer la vie,
se relier aux autres sans être ni victime ni bourreau.
Tout ça est au centre de notre travail quotidien ; c’est le pivot.
Et quant aux stagiaires accueillis, ce lieu leur est formateur,
leurs diagnostics sont réfléchis, ils posent
des questions à la Columbo.
Nous sommes
plusieurs professionnels,
et l’esprit d’équipe prévaut.
C’est un espace de travail
où tu ne peux la jouer perso.
Par moments, il y a des bas
mais aussi et surtout, des hauts.
Certaines personnes nous interpellent :
« Comment faites-vous pour rester des heures durant à côtoyer
la misère et la souffrance ? Rassurez-moi sur le fait que vous n’êtes pas des robots. »
Nous ne sommes ni des gourous ni des Zorro,
Nous ne sommes ni des sots ni des intellos.
Parfois c’est pénible, conscients que ce n’est pas un métier de tout repos.
Quoi qu’il en soit, nous sommes une équipe aguerrie, mais pas des héros.
Nous sommes une équipe unie, mais pas des dévots.
« Aider l’autre est la moindre des choses », c’est notre credo.
L’accueil inconditionnel, la libre adhésion, l’écoute confidentielle
et la présence bienveillante, c’est ce qui nous guide au Resto.
On entend partout que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt,
Et que ceux qui viennent tard à table ne trouvent plus que des os.
Mais les jeunes ont choisi la lenteur,
ils préfèrent la marche de l’escargot.
Il est inconcevable de leur mettre sous la gorge, le couteau.
Rien n’est jamais perdu car qui va piano va sano.
Ils avancent à leur rythme,
et ça, ce n’est pas un défaut.
Dans ce lieu collectif, nous ne travaillons
jamais en solo,
12
13
Le soir, au moment
de la fermeture du lieu d’accueil,
sur une table il y avait cet écriteau :
Tomber puis se relever.
Toucher le fond, puis rebondir et vibrer.
Connaître la descente aux enfers puis rayonner,
Vivre la traversée du désert puis illuminer,
Passer de l’ombre à la lumière et décider,
Être debout, être « sujet ».
Transcender sa condition, s’élever.
Croire en ses ressources, en ses capacités.
Aller à la rencontre de soi/de sa propre humanité, se relier.
Accueillir la vie, recevoir et donner.
Garder cette soif d’apprendre : on ne sait jamais assez.
Puis transmettre un jour, devenir un Jardinier.
Mais méfiance envers celui qui dit : « Tel livre, c’est la Vérité. »
Prendre son temps, respecter sa propre cadence, désirer.
Reculer pour mieux sauter, ne pas se précipiter.
Aller vers les gens, apprécier le silence, savourer.
Entendre le cri des oiseaux, admirer.
Écouter le bruit d’un ruisseau, rêver.
Éviter l’irréparable et vivre avec l’inévitable, l’accepter.
Traverser les moments difficiles, résister.
Se remettre en question, se réinventer.
Aller de l’avant, grandir, cheminer.
Donner du sens à sa vie, réaliser ses projets.
Vivre et laisser vivre, pardonner.
Regarder autour de soi, s’émerveiller.
Garder le sourire, se faire plaisir, partager.
Être dans l’instant présent, oser.
14
Prendre sa place,
saisir les opportunités.
Choisir sa voie, tracer son chemin, exister.
Assumer ses choix, s’affirmer.
Revendiquer son originalité/sa singularité, continuer.
Briser la solitude, créer du lien, aimer.
Changer de regard, abandonner ses certitudes, douter.
Voir le verre à moitié plein, relativiser.
Positiver l’échec, voir plus loin que le bout de son nez.
Faire appel à son intelligence sans trop intellectualiser.
Faire appel à ses cinq sens, à son intuition, à sa maturité.
Lâcher prise, se sentir léger.
Rester centré, posé, bien ancré.
Harmoniser le corps et l’esprit, méditer.
Peser ses mots puis parler, semer ;
« Ce qui sort de ta bouche me maintient en vie » disait Bob Marley.
Demain est un autre jour, avancer ;
« L’impossible arrive » dit un proverbe tsigane, alors espérer.
Ne pas baisser les bras c’est la clé du succès.
Le soleil brille pour tout le monde, autant en profiter.
La chance c’est comme la Terre, elle tourne. Merci Copernic ! Merci Galilée !
L’école de la vie y a rien de mieux, c’est du concret.
Alors la vie vaut la peine d’être vécue, foncer.
Ce document incite à la réflexion, il contient du matériau.
Est-ce la sagesse d’un fou ou la folie d’un sage qui s’exprime ?
Pas toujours évident de faire le distinguo.
15
Bref, il est 20 heures,
l’accueil de jour ferme ses portes.
Il est temps de rentrer chez soi,
décompresser, faire le vide, ne penser à rien,
puis faire dodo.
Marguerite, Christine, E’ lise,
Alexandra, Noufissa, Pauline, NadÈge,
HE’ lÈne, StE’ phane, JE’ rE’ my, Riad,
ainsi que Pauline et Franc
ois de Femmes de paroles :
'
Quelle bande de salauds !!!
Dalo
FAJ
Femmes de paroles
IST
SIAO
Droit au logement opposable
Fonds d’aide aux jeunes
Service du Home protestant qui propose à son public
des actions de l’accueil de jour de l’Étage (et réciproquement)
Infections sexuellement transmissibles
Service intégré d’accueil et d’orientation
Ce texte décrit le travail de l’équipe de l’accueil de jour au Resto-c@fet,
qui accueille notamment des jeunes de 18 à 25 ans en galère.
Il a été rédigé à l’occasion d’un séminaire de l’Étage,
puis lu par son auteur lors de l’assemblée générale 2014.
Livret édité par l’association l’Étage
19 quai des Bateliers 67000 Strasbourg
Textes Chabane Naït / Dessins Zodanzo
Texte en couverture Jean Michel Hitter
Mise en pages Sylvie Pelletier
Impression Ott imprimeurs (Wasselonne)
4e trimestre 2015
www.etage.fr
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