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AUSSI ATTRAYANTS quE nÉcESSAIRES

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DOSSIER
AnImAux En mAgASIn
Réalisé par Éric Leforestier
aussi attrayants
quE nÉcESSAIRES
DOSSIER
Marque de fabrique d’une animalerie, la présence de poissons,
d’oiseaux et de rongeurs en magasin est de moins en moins
fréquente. Vendre un animal, c’est désormais prendre un risque.
Il faut être, bien sûr, irréprochable quant au bien-être de l’animal
vendu, mais aussi veiller à la rentabilité de son point de vente.
Q
u’il soit de rente ou de
compagnie, la place de
l’animal dans la société
a bien changé. Nous
nous préoccupons davantage de
son bien-être. Les images d’actes
de cruauté envers des animaux
commis dans un abattoir d’Alès,
dans le Gard, à l’automne dernier
ont ainsi suscité un tel émoi dans
toute la France que l’entreprise incriminée a dû fermer. L’animal est
désormais reconnu par notre Code
civil comme « un être vivant, doué
de sensibilité », une avancée importante pour sa protection et pour
le respect qui lui est dû. Sa maltraitance est d’ailleurs lourdement
punie. Par sa contribution à notre
qualité de vie, l’animal de compagnie, qui vit désormais au plus
près de nous, représente une valeur incontournable. Il n’a plus besoin d’être utile, il lui suffit d’être
présent.
Même s’il est toujours difficile d’associer cet animal de compagnie, en
tant qu’être vivant, à un acte financier, il faut pourtant bel et bien
l’acheter quelque part si l’on veut
s’en procurer un. Le commerce animalier est un de ces lieux d’achat.
Une offre qui se réduit
Dès ses débuts en graineteries
puis dans les premières animaleries implantées dans les galeries
marchandes des hypermarchés, le
La demande d’animaux exotiques a pâti de certaines crises sanitaires, comme ce fut le
cas dans l’oisellerie en période de grippe aviaire.
commerce animalier a toujours
vendu des animaux exotiques. Oiseaux et poissons ont constitué le
socle de cette offre exotique. Plus
tard, sont arrivés les reptiles. Il propose aussi des animaux domestiques, à commencer par les rongeurs, auxquels sont venus s’ajouter
les poules et, dans une moindre mesure, les chiens et les chats, ceux-ci
étant d’abord disponibles chez les
éleveurs canins et félins. Cette distinction entre animaux exotiques
et animaux domestiques est importante puisque la juridiction concernant leur vente dans le commerce
animalier diffère en fonction de ce
statut, attribué par le législateur. Le
ministère de l’Environnement légifère sur les animaux exotiques et
le ministère de l’Agriculture sur les
animaux domestiques. Une distinction qui peut constituer un « cassetête » pour les magasins.
Si elle a été pendant longtemps le
point d’attraction de nombreuses
Une médiatisation
souvent à charge Beaucoup moins nombreux
mais plus médiatisés que
les bonnes animaleries qui
soignent leur approvisionnement en animaux, les détaillants peu soucieux du
bien-être animal ont malheureusement donné une
mauvaise image de ce commerce. Les choses ont bien
changé, mais cette image
négative du « vendeur »
d’animaux a laissé des traces
tenaces dans l’esprit du public. Le meilleur moyen de
l’effacer est de communiquer le plus clairement possible sur l’ensemble de son
processus d’approvisionnement, que ce soit en animaux exotiques ou domestiques. La moindre zone
d’ombre est à bannir.
Janvier 2016 . 17
DOSSIER
moins tendu et à la recherche d’une
rentabilité bien légitime, il s’est davantage préoccupé de son offre de
produits inertes, en particulier le pet
food, plus facile à vendre et générateur de marges.
Des ventes
à deux vitesses
L’animal est désormais reconnu par
notre Code civil comme « un être
vivant doué de sensibilité ».
La demande
d’espèces originales
est encore bien là
et les magasins
les plus spécialisés
cherchent
à y répondre.
Le commerce animalier a toujours
vendu des animaux exotiques.
18 . PETMARKET N°251
animaleries et jardineries, l’offre
d’animaux exotiques s’est fortement réduite ces dernières années.
Moins de demande de la clientèle
donc moins d’offre dans les magasins ou moins d’offre dans les magasins donc moins de demande de
la clientèle ? C’est un cercle vicieux. La demande s’est bel et bien
émoussée ces dernières années, eu
égard à de graves crises sanitaires,
comme dans l’oisellerie lorsque des
cas de grippe aviaire ont été détectés. Mais les clients sont aussi de
plus en plus nombreux à ne pas apprécier de voir des animaux enfermés dans une surface de vente.
Par ailleurs, le commerce animalier
ne s’est peut-être pas donné tous les
moyens pour relancer son offre de
Vivant de façon qualitative. Dans
un contexte économique pour le
Résultante logique de la diminution
de l’offre, la vente d’animaux dans
le commerce spécialisé ne représente plus désormais que 2 % des
ventes totales des magasins (1). C’est
peu. Ces ventes montrent désormais un visage différent en fonction
du type de commerce qui les réalise. Un réseau sous enseigne, qu’il
s’agisse de jardineries, d’animaleries ou de libres-services agricoles,
va se concentrer sur les espèces les
plus communes (les 80/20 (2)), à la
fois de poissons, d’oiseaux et de
rongeurs. Le référencement des
éleveurs ou des importateurs s’y effectue à l’échelle nationale, sollicitant des structures d’approvisionnement capables de répondre à une
demande importante.
De leur côté, les animaleries indépendantes et en particulier les boutiques d’aquariophilie ont plus de
latitude dans la constitution de leur
offre de Vivant. Fort heureusement,
la demande d’espèces originales est
encore bien là et les magasins les
plus spécialisés cherchent à y répondre. C’est le cas aujourd’hui de
l’aquariophilie récifale (les aquariums peuplés de coraux). Si l’offre
Les animaux non vendus
Nombre de clients s’inquiètent du sort des animaux qu’ils retrouvent à chaque passage dans leur magasin pendant une
longue période. La question est des plus légitimes, en particulier quand le détaillant a décidé de vendre des chiots et
des chatons, dont la présence prolongée sur une surface de
vente se remarque plus que celle d’un poisson ou d’un oiseau.
Plusieurs solutions peuvent faciliter la cession d’un animal qui
ne trouve pas acquéreur : la transmission à un autre magasin
quand le détaillant concerné travaille dans un réseau d’enseignes, une réduction de prix ou encore un don à une association locale ou à un refuge. Quelle que soit l’option choisie,
il faut bien sûr en informer clairement le client qui s’inquiète du
bien-être des animaux concernés.
est de qualité et originale, elle
trouve son public et les ventes fonctionnent bien, même sur des coraux
aux prix conséquents. Grâce au professionnalisme de vendeurs confirmés, ces boutiques peuvent se permettre de commander en direct
auprès de fournisseurs locaux et se
concentrer sur les bonnes conditions d’acclimatation des invertébrés et poissons. Le concept fonctionne et pourrait sans nul doute
s’étendre à tous les autres animaux
exotiques qui sont, eux, en perte de
vitesse, à commencer par les oiseaux, pour lesquels il existe encore
une demande d’espèces atypiques,
en dehors des traditionnels canaris,
mandarins ou perruches. Si le commerce spécialisé ne cherche pas à
répondre à cette demande plus qualitative, il se verra de plus en plus
concurrencer par les clubs d’éleveurs de poissons ou d’oiseaux
exotiques, dont les membres créent
leurs propres bourses d’échange.
C’est déjà le cas de nombreuses espèces de poissons exotiques d’eau
douce, pour lesquels les amateurs
privilégient l’achat dans leur club
plutôt qu’en magasin.
Un législateur impartial ?
Dans toutes les enseignes, cette réduction de l’offre d’animaux est le
résultat d’une rentabilité difficile à
maintenir, mais aussi d’une législation de plus en plus contraignante.
S’il est juste quand il vise, par
exemple, à limiter le prélèvement
des animaux exotiques dans la nature par l’application de la convention de Washington sur les espèces
menacées d’extinction, le législateur peut aussi paraître moins équitable quand il impose coup sur coup
deux augmentations de la taxe sur la
valeur ajoutée concernant la vente
d’animaux vivants dans les magasins. En effet, en 2014, ce taux est
d’abord passé de 7 % à 10 % au
1er janvier, puis de 10 % à 20 % au
1er juillet. Même si elle a été restreinte, l’augmentation du prix des
animaux qui a suivi cette hausse
spectaculaire de la TVA n’est pas
DOSSIER
faite pour relancer les ventes. Elle
peut en revanche favoriser le développement de circuits parallèles
dans lesquels les acteurs n’ont pas
forcément le bien-être des animaux
comme préoccupation première.
Les sites de vente en ligne entre particuliers et les petites annonces dédiées à la vente d’animaux se sont
multipliés, concurrençant de façon
déloyale, étant donné qu’elles
échappent aux taxes, l’activité des
magasins.
Pour limiter les cessions de chiots
et de chatons par petites annonces,
le ministère de l’Agriculture et de
l’Agroalimentaire définit désormais comme éleveur toute personne vendant au moins un animal
issu d’une femelle reproductrice
lui appartenant (3). À ce titre, il doit
se déclarer à la chambre d’agriculture pour obtenir un numéro de Siren
et ses ventes sont alors soumises au
régime des bénéfices non commerciaux, ce qui est une bonne nouvelle
pour les professionnels. Reste toutefois à légiférer, du côté du ministère
de l’Environnement cette fois, sur
tous les autres animaux exotiques
vendus par le biais de particuliers
ou de pseudo-éleveurs, dans la nébuleuse du commerce parallèle.
Un rayon exposé
Vendre un animal de compagnie
en magasin ne peut plus s’effectuer de façon désinvolte. La plupart des magasins l’ont bien compris et clarifient au maximum leurs
sources d’approvisionnement ou
développent de plus en plus, en ce
Parmi les espèces originales, toujours très prisées, l’agame barbu ou pogona
est un des plus populaires.
Dans les autres pays
L’offre d’animaux vivants dans les magasins spécialisés décroît dans la plupart des pays européens. L’Allemand
Fressnapf, numéro un des enseignes
d’animalerie en Europe, a clairement
Le rayon rongeur d’une
segmenté ses concepts de boutiques
animalerie Kölle Zoo
en fonction de son offre de Vivant. Ses
magasins de facture classique, les plus nombreux, se cantonnent aux espèces d’animaux les plus communes alors que les
magasins « XXL » proposent aussi des reptiles et un plus grand
nombre d’oiseaux, de poissons et de rongeurs. Et dans ses magasins d’enseigne Kölle Zoo, le distributeur a choisi de multiplier l’offre d’animaux, tout en travaillant leur mise en valeur.
qui concerne les grandes enseignes
nationales, leur propre filière.
Quelques mauvais élèves sévissent
toujours, mais ils font désormais
exception. Les autres se préoccupent de bien faire et, en particulier,
d’éviter les pertes d’animaux qui,
bien que rares et bien sûr involontaires, subsistent tout de même.
Certains détaillants tâtonnent toujours en ce qui concerne la manière
d’acclimater les animaux qu’ils reçoivent et de les entretenir dans les
meilleures conditions. En formant
mieux les vendeurs, parfois peu
préparés à ces tâches d’acclimatation, nombre de pertes, surtout à
l’arrivée des animaux, pourraient
sans doute être évitées, de même
qu’en ne vendant qu’un nombre limité d’animaux, mais dont on maîtrise parfaitement l’approvisionnement, l’acclimatation et la façon de
les vendre au public.
Car mieux vendre ne s’imrovise pas.
Il est nécessaire, par exemple, d’éviter la surenchère de promotions sur
les animaux. En effet, le prix n’est
pas le critère déterminant dans
l’achat d’un animal. Il est sans doute
plus judicieux de se ménager une
marge en limitant la démarque liée à
la perte, avec une équipe bien formée, plutôt qu’en baissant leur prix.
« Il faut cesser de vendre du prix. La
clé est dans la qualité et l’accompagnement des enseignes et des animaleries », soulignait récemment un
éleveur de poissons exotiques dans
une revue spécialisée. Le conseil est
bon : la qualité de la relation unissant
l’éleveur ou l’importateur d’animaux avec le magasin est la clé d’un
meilleur fonctionnement du rayon
Vivant. Les pertes d’animaux seront
moindres, ils seront vendus en
bonne santé et s’intégreront ensuite
facilement à leur nouveau foyer, et
c’est bien là l’essentiel. n
(1) Enquête Prom’animal 2014 sur les ventes en
animaleries indépendantes et sous enseignes,
jardineries, libres-services agricoles et grandes
surfaces de bricolage avec rayon animalerie.
(2) La règle des 20/80 signifie ici que 20 % des
espèces génèrent 80 % du chiffre d’affaires.
(3) Voir article paru dans Petmarket Magazine
n° 250, décembre 2015, rubrique Juridique,
p. 29 à 31.
La vente d’animaux ne représente
aujourd’hui que 2 % des ventes totales
du commerce animalier spécialisé.
La qualité de
la relation unissant
l’éleveur avec le
magasin est la clé du
bon fonctionnement
du rayon Vivant.
En 2014, le taux de TVA appliqué à la
vente d’animaux en magasins est passé
de 7 % à 20 %.
Les promotions doivent être utilisées
avec parcimonie dans le rayon Vivant.
Janvier 2016 . 19
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