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apologue Forêt Brune - Blog Histoire – Géo

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La Forêt Brune
(Apologue par la classe de 3ème 3) (Projet interdisciplinaire: Français / Histoire-­‐géographie) Collège Jean Delacour, Clères 2016. 1 Dans le cadre des programmes de français et d'histoire-­‐géographie, et après avoir étudié La Ferme Des Animaux d'Orwell et les régimes totalitaires dans les années 30, les élèves de la classe de 3ème 3 du collège de Clères ont rédigé l'apologue La Forêt Brune de décembre à janvier. Ils ont utilisé l'application Framapad afin de rédiger collectivement les différentes parties du texte. Sept pads ont été crées correspondant chacun à une étape précise du récit. Les élèves n'ont découvert la totalité du texte qu'à la fin de la rédaction sur un huitième pad: le pad de synthèse. Il ne restait plus qu'à corriger les incohérences, et bâtir des transitions. Les élèves de 3ème3: Les illustrateurs: ANGER Joseph CARRAT Marie (5ème3) ANTONETTI Alexis COLLEN Maxence (6ème5) ATINAULT Maximilien DIJOUX Capucine (3ème3) BANCE Solène DJAMA Rayan (5ème3) COLLEN Emma FRESNEL Sarah (4ème2) COLNOT Thibaut HOUSSAYE Camille (5ème3) DIJOUX Capucine KARPUZ Alissande (5ème1) DONAS Anouck MARTY Thomas (6ème5) FOLLIGNÉ Gwenaelle MAUGER Cyrianne (5ème4) GOUELLAIN Lisa MONTEIRO Jade (4ème2) GRÉGOIRE Zacharia TALIDEC Léa (4ème3) HABJAOUI Mohamed HUET Mélaine JAMES Laura LECLERC Valentin LEMARIÉ Vincent LUCAS Émilie PICARD Soline PIGNÉ Lucie PREY Alexis RENARD Quentin ROZIER Carla VAILLANT Océane VICHARD Périne VIDREQUIN Simon Bonne lecture! Barbara AUZOU Lettres Pierrick AUGER Histoire/géo 2 CHAPITRE PREMIER A
cette époque, la Forêt Brune se relevait à peine de la ruine dans laquelle l'avait laissée le conflit avec l'Étang Vert. La forêt manquait de baies, d’insectes et la végétation se faisait rare. Les animaux étaient affamés et ne savaient plus où s'abriter. Les arbres étaient couchés et si ce n'était pas ça qui barrait le chemin, c'était des trous vertigineux dans le sol. Les animaux de la forêt étaient blessés physiquement et mentalement. Ils se sentaient humiliés et désorientés. Ils avaient besoin d'une réorganisation totale de toute la forêt. Même les recoins les plus animés, comme l'aire de jeu des écureuils, habituellement très dynamique, était devenue sinistre. Il en était de même pour le restaurant noisetier, déserté. Plus personne n'avait le cœur à la fête. Un jeune sanglier, nommé César, choqué par la défaite que la forêt venait de subir, projetait de devenir le sauveur de la forêt depuis son plus jeune âge. César était un animal charismatique et toujours pertinent dans ses discours. Il avait cette façon unique d'agiter sa crinière brune quand il parlait. Plus jeune, il était loin d’être la bête qu'il était maintenant : c'était un marcassin constamment humilié par son père. Il voulait devenir artiste mais son père lui prévoyait un autre destin et brisa ses rêves. Il était maintenant décidé a devenir le seul et l'unique chef respecté de tous. Depuis que son ambition avait fait surface, il avait imaginé mille et une façons de prendre le pouvoir, d'éliminer ses ennemis, et de faire de sa prise de pouvoir une réussite et en peu de temps, il réussit à convaincre un grand nombre de ses compagnons en leur promettant des richesses et une place de choix. Pendant un mois, le soir, ils se réunissaient secrètement, pour élaborer le plan qui servirait à leur action finale. Un matin, au mois de Novembre ils passèrent à l'action, le but étant d'encercler les habitations pour prendre les animaux au piège et les obliger à leur céder le pouvoir par la terreur. Les écureuils et tous les autres animaux se réveillèrent encerclés par les sangliers et quelques autres confrères qui les obligèrent à leur prêter allégeance. Au bout d'une matinée, les écureuils se révoltèrent. Étant plus nombreux et ayant l'avantage grâce aux arbres et à quelques sangliers innocents, ils réussirent à repousser l'ennemi et ils découvrirent que tous ces soulèvements avaient été décidés par César, qui fut capturé. Un procès eut lieu et on le condamna à être attaché à un arbre pendant un an. Néanmoins, au bout de six mois, il fut libéré pour bonne conduite. Il faut dire que le surveillant des enclos, un grand écureuil tout en muscles, ne cachait pas sa fascination pour la philosophie du prisonnier repenti : " Mes fautes me sont douloureuses mais elles m'ont montré un nouveau chemin..." proclamait un César anormalement calme mais furieusement décidé. Durant sa sanction, César avait eu le temps de réfléchir à sa prise de pouvoir qui 3 nécessitait une remise au point. La force et la terreur n'étaient pas la solution à son plan pour le moment. Il était trop tôt. Pour commencer, il fit un discours pour présenter ses excuses et convaincre chacun de sa bonne foi et de sa volonté de soutien. Durant plusieurs jours, il enchaîna une multitude de discours habiles clamant à la fois son innocence et persuadant de la nécessité qu'il exerce le pouvoir. Dans ce but, il racontait des histoires démontrant sa supériorité à obtenir la victoire de la Forêt Brune contre l’Étang Vert car il avait aussi su convaincre que l’Étang Vert allait revenir non satisfait de sa victoire et en demanderait encore davantage. Il avait ravivé de cette façon le traumatisme collectif. C'était une première victoire psychologique. Après quelques mois de discours puissants, il avait conquis un peu plus de la moitié des animaux de la forêt mais encore un grand nombre d'entre eux ne lui avaient pas pardonné et ne l'appréciaient guère à cause de certaines paroles mais surtout à cause de sa tentative de prise de pouvoir brutale. Il le savait très bien mais il se disait aussi qu'ils ne seraient pas assez nombreux pour les contrer. César continuait sa propagande, faisait parler de lui dans toute la forêt et faisait sculpter son portrait sur le tronc des arbres tout en élaborant méticuleusement sa prise de pouvoir. Il était maintenant escorté par deux sangliers, les plus robustes de toute la contrée. Les animaux l’appréciaient et l'écoutaient enfin. César était devenu enfin la bête qu'il voulait être. Pour les animaux, il était la perfection incarnée. Tout ce qu'il disait et faisait était juste et même si certains n’étaient pas d'accord avec lui, ils ne devaient pas le montrer. Il était partout. Les animaux étaient sous son emprise et ne pensaient plus librement. Un écureuil avait essayé de contredire César et il se fit exécuter sur le champ par des sangliers en colère. Il fallait aller à l'essentiel. Même dans les autres forêts, on parlait de ses idées et de sa façon d'agir car il faisait tout pour qu'à l’extérieur la Forêt Brune apparaisse comme un modèle inégalé. Quelques mois avant de passer au pouvoir César mettait déjà en place de nouvelles lois et prenait déjà des décisions et des initiatives, ce qui ne plut pas aux animaux en désaccord avec lui. Mais malheureusement les septiques ne pouvaient pas agir seuls et sans réflexion, ils ne pouvaient pas se rebeller. Ils savaient qu'au moindre faux pas, ça pouvait être la fin pour eux. Quelques jours avant sa prise de pouvoir, il fit un discours plus long qu'habituellement qui laissa perplexes tous les animaux y compris ses fidèles. Il s'était montré très persuasif et sa volonté de bien faire et d'affection envers la forêt était plus exaltée qu'habituellement. Le point majeur pour la réussite de son plan était le renversement des autorités pour n'avoir plus aucun obstacle devant lui ou presque... 4 CHAPITRE DEUX César décida donc de s'emparer du bois. Manipulés, les animaux étaient sous sa totale emprise. Et puis Il y avait beaucoup de restrictions de nourriture, les animaux étaient affamés. Tandis que le manque de noisettes et de baies se faisait ressentir, les feuilles de chênes disparaissaient. L'hiver était rude et les taupes et les écureuils, majoritaires dans la forêt, vivaient dans des conditions difficiles. La disparition des provisions inquiétait tous les animaux car cela restait une énigme. Alors, on attendait César comme une providence. Afin de rassurer les taupes, ce dernier, escorté de ses deux fidèles compagnons, s'employa à chercher "les coupables" et rapidement les lemmings furent accusés. Ce n'était que le début du grand plan qu'il avait élaboré... Or, peu de temps après, un crime fut commis: un grand incendie. Des flammes gigantesques s'élevaient au-­‐ dessus des arbres. Beaucoup de terriers, des arbres, des buissons et d'autres habitats partirent en fumée. César décida aussitôt d'exploiter le drame et les lemmings furent accusés pour ce crime qu'ils n'avaient pourtant pas commis. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils étaient désignés comme responsables des incidents de la Forêt Brune. La raison était simple: César devait absolument trouver une raison de se débarrasser de cette espèce car il la considérait comme responsable de tous les maux. Une fois ce jugement approuvé par ses fidèles sangliers, César pourrait enfin se débarrasser des lemmings sans que les animaux de la forêt ne crient au scandale et ainsi créer "la forêt pure" dont il rêvait tant. Un faux tribunal fut alors constitué au sein du bois pour juger "les accusés". On appela les lemmings accusés à se rassembler à la "cour du chêne" et ils furent condamnés à la peine de mort. César décida également de décréter l'état d'urgence. Il fallait tout connaitre de la vie des animaux pour des raisons de sécurité mais surtout pour contrôler la forêt toute entière. Il recruta des loups dans le but officiel de protéger la forêt, mais très vite on oublia leur existence : ils se fondaient dans la masse, seul les yeux les plus aiguisés les remarquaient. Le temps passant, de nombreux sangliers de la Forêt Brune s'opposaient de plus en plus aux idées de César, sauf le" Dauphin" qui buvait les paroles du chef... Une nuit sans lune tous les sangliers dormaient paisiblement. Les loups ratissaient la forêt, pénétrant chez eux. Ils leurs sautèrent dessus par surprise et les mordirent. Subitement réveillés et totalement hébétés ils ne comprenaient pas ce qu'il leur arrivait. Ils essayèrent de se débattre de toutes leurs forces mais c'était impossible. Tous les autres animaux furent réveillés par des cris déchirants. Les sangliers arrivaient de moins en moins à se défendre tant les loups étaient déchaînés et sans pitié. Plusieurs 5 étaient déjà morts dans d'affreuses souffrances. Le lendemain, tous les animaux de la Forêt Brune se réunirent pour parler des cris qu'ils avaient entendus. Certains n'avaient rien entendu. Les animaux s'interrogèrent longuement. Puis ils trouvèrent un fourré de ronces totalement éventré, alors ils décidèrent d'y pénétrer. Au début, ils n'osaient pas trop et puis quelques taupes eurent du courage et passèrent devant tout le monde. Au fur et à mesure, les autres taupes les suivirent. Elles découvrirent les sangliers du fourré, morts. Elles virent du sang partout, les sangliers étaient en "morceaux". Au début, prises de panique, les taupes repartirent en courant. Personne n'avait vu de sangliers ce matin là, donc elles décidèrent toutes de se rendre systématiquement chez eux. Elles se mirent d'accord pour répartir des groupes. Chaque groupe allant dans un coin de la forêt pour fouiller les fourrés, trouver des indices et voir si certains étaient encore vivants. Ils étaient tous morts, éventrés. En fin de matinée, les taupes au grand complet se réunirent pour parler de leurs découvertes. Toutes arrivèrent à la même conclusion: tous les sangliers avaient été attaqués pendant la nuit. Oui, mais par qui? Elles commençaient à craindre pour leur vie! Et si venait leur tour la nuit suivante? On constata pourtant que tous les sangliers étaient morts sauf trois: "César et son fidèle bras-­‐droit:" Le Dauphin " ainsi que Cléopâtre, une jeune et très belle laie qui notait les ordres de César pour les transmettre aux autres animaux. Elles pensèrent comme une seule âme que c'était encore un coup des lemmings. Mais comment avaient-­‐ils pu faire le poids contre les sangliers? Et si les lemmings avaient trouvé un moyen de s'adapter à leurs "adversaires" ? Le doute tomba. Certains racontaient qu'ils se seraient déguisés afin de pouvoir affronter les sangliers sans problème de taille ou bien de force. Mais si ce n'était pas les lemmings, qui les aurait assassinés ? Telle était la question! Pourquoi tous les sangliers étaient-­‐ils morts sauf trois, César, Cléopâtre et Le" Dauphin"? Qui pouvait en vouloir aux sangliers puisqu'ils les protégeaient des lemmings? Toutes ces questions se posaient en boucle dans la tête des taupes. Elles rentrèrent chez elles sans réponse cependant. Le lendemain après midi, on vit patrouiller dans la forêt les remplaçants officiels des sangliers. C'était maintenant les loups, aussi féroces que zélés, qui assuraient la sécurité des taupes contre les lemmings. Dans l'immédiat, les taupes ne pouvaient pas savoir si ils faisaient bien leur travail et ne pouvaient pas connaître leurs intentions. Mais cela ne les inquiétait pas plus que ça car si César était d'accord et leur faisait confiance alors 6 elles aussi lui faisaient confiance. Au bout de quelques jours, aucune taupe ne pensait plus aux sangliers, ni même aux intentions des loups. Leur vie était entre les mains du charismatique César qui, pour renforcer son pouvoir ,avait recruté un parfait orateur en la personne d'un grand cerf. Une cloche sonna, résonnant entre les arbres. Après quelques secondes où tout sembla figé, on vit soudain tous les animaux de la forêt courir vers la place de rassemblement. C'était désormais fréquent et tout le monde répondait à l'appel. Même les taupes se hâtaient, sortant de leurs trous de leur démarche malhabile, faisant craquer les feuilles des grands chênes sur le sol. Au milieu de celle-­‐ci se trouvait la souche du conseil qui servait aux discours. Une fois que tous les animaux furent rassemblés, le cerf avança. C'était l'impressionnant Brâme-­‐Babil, chargé des discours de César. Il était majestueux. Ses bois luisaient au soleil et l'ombre des feuilles laissait apparaître quelques taches marron sur son pelage brillant. C'était un subtil orateur et un harangueur de génie. De sa voix rauque et puissante, il prit la parole: "Vous êtes affamés, fatigués, vos côtes saillantes percent votre peau trop fine ! Oh oui, vous souffrez ! Oh oui, nos réserves sont épuisées ! Et à qui la faute ?! Qui fait mourir nos enfants comme le feu fait mourir les arbres ? Qui ?! Le Grand César, je devrais dire notre Sauveur, l'Alpha, lui seul a su répondre à cette question ! Les coupables, ce sont ces vermines, ces gros rats, sales, malades, ce sont eux qui nous affament ! Ce sont eux qui nous apportent la famine, la souffrance et les maladies ! Eux qui se nourrissent de notre long et dur travail et nous pillent sans vergogne ! « A cet instant, même ces pauvres taupes, dont la myopie était pourtant légendaire, eurent une vision très claire de ce qu'elles devaient accomplir pour protéger les leurs. Totalement enivrées par le discours d'un Brâme-­‐Babil ruisselant de convictions, elles sortirent de leurs terriers et l'acclamèrent en cœur. A l'unisson, elles se retournèrent vers les rares lemmings qui avaient jusque-­‐là écouté le discours, recroquevillés dans les racines d'un bouleau, qui comme un serpent, sortaient de terre. Les insultes plurent mais les lemmings n'osèrent répliquer. Ils ne savaient comment réagir. Fallait-­‐ il avoir peur ? être en colère ? Fuir ? La plupart d'entre eux étaient en colère, leurs petites pattes étaient fermées, serrées comme s’ils voulaient rentrer leurs griffes dans leur paume. Une fois leur rage apaisée dans les clameurs collectives, tous les animaux rentrèrent tranquillement chez eux, comme s'il ne s'était rien produit. Le soleil se leva doucement, réveillant, d'un rayon orangé et chaud tous les animaux de la forêt. Tout le monde se rassembla autour d'un grand bouleau, où était gravées chaque matin par Picassaut les nouvelles du jour, celles que César avait minutieusement sélectionnées. 7 Picassaut était un pivert au long bec jaune, délavé, abîmé par l'écorce des arbres qu'il sculptait à la force de sa haine contre les lemmings. Ses plumes noires faisaient ressortir le cercle rouge autour de ses yeux qui coulait jusque sous son bec comme la sève des arbres qui coule sur leur écorce. Depuis quelques semaines déjà, des dessins étaient gravés, des caricatures de lemmings qui prenaient désormais tout leur sens avec les événements de la veille. Par ailleurs, aucun d'eux n'était présent. Mais aujourd'hui, pas de caricature, seulement un nouvel arrêt gravé au cœur de l'écorce et déclarant : " Peuple de la forêt, en vertu des édits de la forêt et en raison des accusations qui leur sont portées, il est interdit aux lemmings de s'adonner aux occupations suivantes: -­‐Récolter et user de toute plante à fin curative -­‐Propager toute opinion par quelque moyen que ce soit -­‐Défendre à la souche du conseil -­‐Garder les enclos -­‐Patrouiller dans la forêt -­‐Jongler avec des noisettes -­‐Chanter avec les pies Est considéré comme appartenant à la race des lemmings tout animal ayant trois ou quatre grands-­‐parents d'origine lemming, indépendamment de ses convictions. Il est, en outre, interdit à tout lemming de s'accoupler avec une taupe". Mais ces nouvelles lois semblèrent vite insuffisantes à César... 8 CHAPITRE TROIS Une nuit froide de novembre, le vent faisait danser les feuilles et plier les branches. Malgré le sifflement perçant du vent on entendait des grognements. Des bruits lourds faisaient résonner le sol. Personne n'osait sortir de son terrier. À travers les déformations des arbres qui donnaient vers l'extérieur, pourtant, on pouvait les voir, eux, de gros loups, mal léchés. Leur fourrure était crasseuse, leur démarche déterminée et leurs grands yeux verts reflétaient la mort ! Ils étaient serrés, tassés, tantôt à se marcher dessus, tantôt à se mordiller mutuellement. Celui qui guidait cette marche était gris, son poil était hérissé sur son dos. Il semblait boiter mais ses babines retroussées laissait entrevoir ses crocs. Une de ses canines était cassée. Elle accentuait pourtant ce caractère guerrier et effrayant qui hantait le corps de ce vieux loup: c'était Dendacier. De leurs griffes tranchantes et de leurs crocs acérés, ils déchirèrent les arbres jusqu'à ce que la sève colle à leur pelage, ils creusèrent d'énormes trous, retournant la terre. Une fois les chemins saccagés, ils sautèrent tour à tour dans les buissons, cassant les branches en écrasant les baies accrochées sur celles-­‐ci. Ils arrivèrent jusqu'aux terriers des lemmings. Ils s'agenouillèrent de façon à pouvoir passer leurs grosses pattes à travers les petits trous dans lesquels vivaient les rongeurs. Ils sortirent des familles de lemmings entières de leurs trous. D'un coup de pattes ou deux, ils les lançaient sur les arbres, comme le vent lance son souffle à travers les plaines, mais certains connaissaient un sort pire encore...Ils leur arrachaient les griffes, les dents. C'étaient les plus vieux loups, ceux avec une plus grande expérience, qui se chargeaient de leur tordre le cou d'un coup sec. On entendait seulement un "cric-­‐ crac" avant que les jeunes loups ne leur décrochent la tête. Ils rebouchaient les trous qu'ils avaient creusés un peu plus tôt dans la nuit avec les corps démembrés des lemmings. Puis on récupérait les dents et la fourrure et on mettait les corps des lemmings dans des trous qui servaient de fosses communes. Ils étaient entassés là sans aucune sépulture. Et en peu de temps, la forêt fut calme, comme de longues minutes de silence pour la mort des lemmings qui à cette heure n'étaient plus que des boules de poils ensanglantées pleines de terre. Heureusement, la nuit n'avait pas été totalement destructrice. La violence des combats avait effrayé toute la population mais il restait tout de même beaucoup de lemmings. Toujours trop aux yeux d'un César plus que jamais déterminé à les faire disparaître. Toutefois, chaque famille lemming portait le deuil d'un de ses membres. Suite à l’arrêt du grand bouleau, ils étaient petit à petit exclus de la société. Tous les objets de la culture lemming étaient jetés en place publique. On voyait d'anciens jongleurs de noisettes faire l'aumône. Ils cherchèrent à se réfugier dans la forêt voisine. Certains réussirent à passer en travestissant leur apparence. D'autres échouèrent, et furent alors emprisonnés sur le champ. Parfois, on entendait un "cric-­‐ crac". On savait alors qu'on ne les reverrait jamais. Ceux qui essayaient, tant bien que mal, de changer d'apparence pour pouvoir ensuite rester dans la forêt étaient démasqués et alors dénoncés puis tués ou déportés dans des fosses. 9 Ce furent d'abord les plus forts et les plus grands des lemmings, puis progressivement tous les autres qui furent encadrés par des loups puis emmenés dans ces endroits d'où nul ne ressortait... C'était de grandes fosses dans lesquelles on les faisait dormir, grignoter très peu et travailler beaucoup au service de César... Ils étaient entassés les uns sur les autres, parqués sans l'hygiène ni la nourriture les plus élémentaires. Certains devaient trier des noix et des noisettes, un supplice de Tantale! Ils avaient de la nourriture sous les yeux mais inutile d’essayer d'en manger. Ceux qui osaient y toucher étaient égorgés ou pendus pour l'exemple, ceux qui les dénonçaient étaient récompensés. Impossible de s'échapper. Les abords étaient gardés par de grands loups musclés à l'air menaçant. C'était donc dans ces endroits terribles que la quasi-­‐totalité des lemmings dépérissait lentement, mourant à petit feu, de faim, d'épuisement ou tout simplement exécutée froidement sans même l'honneur d'un dernier repas. Mais cela les taupes l'ignoraient, pensant que les lemmings étaient seulement isolés car dangereux. Quand une taupe croisait un lemming, elle empruntait un autre chemin et le regardait avec dégoût. Sortir dans la rue était impossible pour ces pauvres animaux, sans récolter au moins un regard de travers. Les lemmings n'existaient plus, on les effaçait peu à peu de la surface de la terre et des souvenirs des autres animaux, quitte à les enterrer vivants. Picassaut , plus inspiré que jamais, prenait un malin plaisir à les dessiner tantôt avec des dents de travers et les yeux qui louchent, tantôt dévorant les réserves de noix et de noisettes en cachette. A l'école, on apprenait aux animaux à haïr les lemmings, à les considérer comme des menaces. Quelques personnes ne croyaient pas en César, souvent des amis des lemmings. Ils étaient alors emmenés à l'écart et "cric-­‐ crac”: jamais ils ne revenaient. Des murmures qui coulaient entre les arbustes racontaient que César formait de terribles soldats arracheurs de têtes. Un jeune lapin qui avait osé demander la confirmation de cette annonce auprès de César fut pendu par les oreilles à la cime d'un arbre sous les yeux de sa famille pour l'avoir accusé de meurtre et de trahison. La forêt devenait sombre, elle n'avait jamais mieux porté le nom de Forêt Brune. Les feuilles devenaient sombres, le sol humide, le visage des animaux triste, strict. Plus personne ne souriait, tout le monde marchait droit, on ne se regardait plus, on s'évitait car chaque animal ayant un contact avec les lemmings était sévèrement puni et la récompense de César était si alléchante que certains allaient jusqu'à dénoncer leur anciens amis. Dans les temps qui suivirent, les taupes adoptèrent plusieurs attitudes différentes. Encouragées par les discours rageurs de Brâme-­‐Babil, certaines ne supportaient plus 10 la vue des lemmings. C'étaient, pour la plupart, de jeunes taupes, encore à moitié enfant et incapables de s'affranchir de ce qu'on leur apprenait. Elles voyaient dans le peuple des lemmings la cause de tous leurs malheurs, la raison de leur défaite humiliante face à l'Étang Vert, le bouc émissaire idéal. En César, elles voyaient un dieu, le Sauveur de leur nation. D'autres ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir. Elles aimaient César de loin mais n'éprouvaient aucune haine particulière envers les lemmings, un simple dégoût, issu des discours de propagande. Lorsqu'elles voyaient un lemming sur le chemin, elles se contentaient de changer de trajectoire. Elles ne s'impliquaient dans rien, vivant simplement comme si rien ne se produisait. C'était bien sûr des taupes assez fortunées, à la limite de la vieillesse. Et enfin, il y avait les taupes qui avaient autrefois un ami lemming. Celles-­‐là étaient les pires car elles n'étaient pas motivées par la propagande mais par la volonté de survivre. En effet, si quelqu’un découvrait qu'elles avaient été proches d'un lemming, elles risquaient d'être arrêtées. ..Elles surveillaient les moindres faits et gestes de leurs proches pour les dénoncer et étaient prêtes à commettre toutes les atrocités pour survivre. Un renard auparavant exclu de la forêt aurait été accusé du meurtre d'un lapin dans la forêt brune. D'ailleurs, les habitants virent disparaître ainsi quelques-­‐ uns des leurs de la même manière. On s’inquiétait puis on finissait par comprendre qu'ils étaient sans doute des traîtres et qu'il fallait qu'ils disparaissent...Les taupes n'avaient rien vu comme à leur habitude mais elles étaient d’accord. Résolu à mener à bien ses projets, César créa une école pour écureuils qui correspondait à ses idéaux et plaça l'un des meilleurs de ceux-­‐ci à sa tête : on l'appelait "La Mâchoire". C'était un écureuil des plus imposants, autoritaire et presque sans pitié. Celui-­‐ la même qui avait surveillé César lors de sa captivité. Il imposait aux jeunes de son espèce des exercices rudes et dangereux : ils s’entraînaient dans les arbres, autour des branches et sur des équipements prévus à cet effet. Ils s'exerçaient avec ardeur sur l'air de "casse noisette" que les pies sifflaient en chœur. Ils devaient faire des pompes, des tractions, tourner inlassablement autour des branches, faire du tir sur cibles avec des noisettes. Ils les mettaient dans leur bouche et tiraient sur des ennemis en bois. On n'avait jamais vu un tel déploiement de force et de beauté dans la forêt... Cela eut d'ailleurs beaucoup d'effets sur le rythme biologique des chouettes et des hiboux qui devinrent finalement une population diurne car après avoir craint pour leur équilibre lors de ces exercices forcenés qui secouaient les branches rageusement, ils finirent par oublier leur manque de sommeil, fascinés qu'ils étaient par cette démonstration unanime de vigueur et de beauté rousse. Ils devinrent donc les plus grands admirateurs des rigoureux écureuils dont le regard, fixe, ne quittait plus, hypnotisé, la grâce aérienne et la hargne belliqueuse et synchronisée des jeunes recrues. Pourtant, un jour, après trois heures d’entraînement, un écureuil manqua son vol et 11 s'écrasa lourdement sur le sol. Les autres le regardèrent avec mépris et l'abandonnèrent à son triste sort. César, qui assistait à la scène, annonça que les plus faibles n'avaient pas leur place et que seuls les plus forts méritaient de rester; donc des combats seraient organisés pour garder la seule élite.. Le soir même César réunit les écureuils au grand chêne puis en sélectionna deux pour se battre. On voyait bien qu'un écureuil était plus fort que l'autre. Le combat commença immédiatement et très rapidement le grand écureuil emporta largement le combat. Après une semaine de combats acharnés, César obtint enfin son armée d’élite mais on remarqua que les plus faibles avaient tous disparu : La loi du plus fort prenait tout son sens. Les jeunes écureuils sélectionnés voyaient aussi leurs sœurs aînées , les plus belles, les plus rousses, emmenées à l'écart dans un coin tranquille de la forêt afin d'assurer la pureté de la race. Les taupes comme toujours ne voyaient rien alors que plusieurs nids d'écureuils étaient désormais vides. D’ailleurs, on comprit vite qu'il valait mieux ne pas poser de questions à ce sujet. Certains animaux disparaissaient s'ils se plaignaient que leurs amis s'étaient mystérieusement volatilisés. Les loups entraient chez les animaux, les espionnaient : ils étaient partout. Les rapports à César se multipliaient. Ceux qui se plaignaient du régime de César étaient arrêtés et personne ne les revoyait ni ne savait ce qu'il leur était arrivé. Les loups étaient partout dans la forêt et ceux qui disaient du mal ou pensaient du mal de César finissaient par disparaître et personne ne voulait le voir. Ce matin-­‐là, encore une fois, on invita les animaux à se rassembler à la souche du conseil. Tous les animaux se réunirent autour du grand chêne. Brâme-­‐babil, le magnifique, sous les yeux attentifs de César, monta sur une souche surélevée et prit la parole: "Camarades, il y a des traîtres parmi nous. Assurément, camarades, des traîtres! Ils veulent mettre à mal la société instaurée par César. Nous, habitants de la Forêt Brune, sans César , nous ne serions rien! C'est lui qui nous protège, qui nous nourrit, c'est lui qui fait régner l'ordre en imposant des lois et en nous surveillant constamment et c'est pour cela que nous avons décidé de mettre en place une police spéciale pour que les traîtres soient rapidement découverts. Si vous connaissez des traîtres dénoncez les: ils veulent causer notre perte et vous ne voudriez sûrement pas que le chaos règne? " La nuit tombée, les animaux de l'est de la Forêt Brune entendirent du bruit, des grognements, suivis de cris. Toutes les taupes sortirent excepté une famille. Les autres animaux ne le remarquèrent pas puis on vit les loups foncer vers leur terrier. Ils rentrèrent leurs griffes dedans et décapitèrent les cinq taupes qui s'y trouvaient sans 12 autre forme de procès. Le lendemain, les animaux découvrirent leurs corps et les enterrèrent. A compter de ce jour, chacun commença a se méfier de son voisin et une pluie de dénonciations s'abattit sur une Forêt Brune méconnaissable. Ce fut alors une nuée d’exécutions. La véracité des propos n'était même plus prouvée, ni simplement vérifiée : c'était une terreur aveugle qui tenait désormais lieu de justice. Comme à son habitude, la propagande continuait de diffuser des propos soutenant et justifiant sans cesse les idées et les actions dirigées par César et ses fidèles. Brâme-­‐Babil, connu pour son éloquence sans pareille, son ton et ses paroles envoûtantes, montait de plus en plus souvent sur la souche, qui curieusement avait gagné en hauteur, pour proférer les idées d'un César désireux d'atteindre les sommets. Le peuple des taupes, bien qu'apeuré par ces constantes dénonciations et ces jugements, ne voyait rien d'autre en César qu'un héros qui les protégeait et leur assurait la paix. Les plus faibles, les menteuses, les perdantes, celles qui renâclaient à ce que le gouvernement de César leur imposait n'avaient pas leur place. Et les taupes, toujours sous l'emprise du charme des mensonges presque rassurants de Brâme-­‐Babil, croyaient à ces idées que certaines à l'esprit plus délié trouvaient absurdes. Celles-­‐ci étaient huées et exécutées quand le désaccord persistait . César ne toléra plus jamais le moindre désaccord. CHAPITRE QUATRE Soucieux de détourner l'attention des taupes et des autres animaux, César commanda à Brâme -­‐babil un nouveau discours. Une grande fête fut organisée lors de laquelle toutes les forêt voisines avaient été invitées. La fête commença par un grand défilé militaire des écureuils pendant lequel Brâme -­‐babil prit la parole sur la souche qui avait maintenant gagné une hauteur vertigineuse : " Nous sommes serrés, nous sommes compressés. Nous comptons aujourd'hui des milliers d’habitants dans la forêt. On ne pourra considérer notre survie comme assurée que si, rapidement, nous passons à des millions d’animaux qui peuvent vivre dans cette forêt. Vous réclamez légitimement de l'espace ! Eh bien je vous réponds que nous l'obtiendrons assurément ! Mieux encore je vous l'affirme! Et oui car aujourd'hui nous accueillons de charmantes bêtes qui sont venues des forêts voisines et qui souhaitent nous rejoindre !" Les invités désignés par ces mots étaient surpris des dernières paroles de Brâme-­‐
Babil mais ils ne manifestèrent pas leur mécontentement car quand ils tournèrent la tête vers le défilé bien ordonné, ils comprirent qu'ils n'avaient pas le choix. Alors sous les applaudissements des taupes qui recouvraient subitement la vue, ils signèrent le Traité de l'Union des Forêts. 13 Mais les habitants de la Forêt Blanche n'avaient pas répondu à l'invitation de César. Aussi celui-­‐ci décida-­‐t-­‐il de les attaquer. Les corbeaux, commandés par Toutenpiké, devenu leur grand chef après avoir brillé dans les airs pendant la grande guerre, transportèrent les écureuils à grande vitesse vers Larbredevienne , la capitale de la Forêt Blanche. Arrivés sur la place, les écureuils larguèrent sur l'ordre de César une centaine de noisettes que Bistouri, médecin attitré et grand sorcier de la mutilation, avait sournoisement empoisonnées. Malgré leur méfiance, les habitants très affamés par deux mois de siège finirent par manger les noisettes. Voyant les habitants tomber gravement malades. Le maître de la Forêt Blanche décida de se rendre lui même chez César pour capituler. Deux mois plus tard, malgré l’extension de son territoire, César n'était toujours pas satisfait. Il commanda à Brâme-­‐Babil la rédaction d’un nouveau discours. Le bois frémissant d'orgueil et de plaisir, ce dernier s'exécuta sur le champ : " Chers camarades, nous avons un problème! Nous devons encore faire appel à nos voisins car une fois de plus notre espace vital s'est avéré trop petit. Eh oui, mais comme toujours le grand César a eu pour vous, en votre nom, une grande idée. Nous allons demander de nouveaux territoires à l'Étang Vert et, en échange, nous leur assurerons la paix ! » Alors sous les applaudissements frénétiques des taupes, on entendait des "vive César" "vive la Forêt Brune". L’orgueil de César en remonta d'un cran. Et seulement quelques secondes après on pouvait remarquer un escadron de cent corbeaux accompagnés du "Dauphin "et de quelques lieutenants de César qui partaient en direction de l'Étang Vert. Arrivés sur place, une grande réunion fut organisée et, une fois encore, pris de peur, le vieux chef de l'Étang Vert céda contre l'avis de ses habitants quelques parcelles des forêts voisines. Mais tout en acceptant les territoires proposés," Le Dauphin" qui avait reçu de César des ordres précis réclama aussi une partie de la Foret de l'Étang Vert elle-­‐même. Cette fois-­‐ ci, le maître ne se laissa pas faire et la demande fut refusée. Humilié," Le Dauphin" prit la parole pour affirmer que César se souviendrait de cette réponse et énervé, il retourna à la Forêt Brune accompagné de ses gardes du corps. Quand" Le Dauphin" eut mis César au courant de cet échec cuisant, ce dernier ordonna d'étouffer l'information. Personne ne devait connaître le revers qu'il venait de subir! Une semaine plus tard, pour réaffirmer sa puissance, César rassembla ses loups et ils partirent vers la forêt de l'Étang Vert pour y asseoir leur autorité, sous le prétexte qu’une partie de ce territoire se trouvait en plein dans les antiques limites de la Forêt Brune. Comme la forêt de l'Étang Vert voulait à tout prix la paix et ne s'était pas 14 préparée au conflit, il ne faudrait donc que quelques jours à son armée pour conquérir cette terre. Mais comme le coup des noisettes ne marcherait pas deux fois, il commença par faire catapulter de gigantesques rochers sur la place centrale de la forêt de l'Étang Vert. Constatant l'inefficacité de ses catapultes sur les habitants qui continuaient à se battre, César eut une idée encore plus diabolique que d'habitude. Il ordonna de faire écrouler un barrage pour noyer une partie de la population, ce qui ferait céder leur gouvernement. Ricanant, César ordonna d'exécuter l’ordre. Peu après, quand le barrage s'écroula, voyant l'horreur de la situation, les habitants commencèrent à fuir leurs habitations. Mais malheureusement c'était déjà trop tard ! Les derniers survivants furent faits prisonniers. Parmi les victimes, on dénombra une famille de lynx venue en vacances. A ce moment, César ne mesura pas l'importance de cette découverte morbide. D'autre part, les grenouilles de l 'Étang Vert, ayant logiquement survécu à l'inondation, se réfugièrent chez leurs voisins faisans. Pour poursuivre dans sa lancée, César brisa d'un coup sec tous les traités et décida d'envahir la forêt de l'Aigle d'Argent. Toutes les troupes furent mobilisées pour cette invasion car la Forêt de l'Aigle d'Argent était un point stratégique pour obtenir l'espace vital. Mais il y avait un autre objectif caché : César voulait se débarrasser des lemmings qui étaient très nombreux là encore. CHAPITRE CINQ Les dirigeants de la Forêt aux Etoiles, mis au courant de la mort de leurs congénères lynx lors de l'attaque contre l'Étang Vert, décidèrent de se venger en attaquant la forêt Brune. -­‐ "Œil pour œil, dent pour dent !" annoncèrent-­‐ils à leur troupe. Ayant besoin d'alliés ailés, les lynx discutèrent avec les faisans qui avaient peur de laisser bientôt des plumes contre César et acceptèrent aussitôt, signalant la présence sur leur territoire des grenouilles rescapées de l'Étang Vert qui connaissaient bien la forêt. Les caribous, voisins des lynx, se joignirent à eux en souvenir d'anciennes relations avec l'Étang Vert. L'œil perçant des lynx, les ailes agiles des faisans, les cuisses infatigables des grenouilles et la force tranquille des caribous assureraient la victoire des Alliés. Le ciel était gris et les écureuils promenaient leur regard sur l'autre coté de la route. En effet la frontière était déserte; la brume matinale ajoutait une difficulté supplémentaire aux écureuils qui, même du haut des arbres, ne voyaient rien. Un silence de mort planait sur le front . Derrière la frontière se trouvait le néant. Pas un animal ne pouvait se distinguer des feuilles. Seule une rangée de vesse-­‐de-­‐loup fantomatique se dressait comme une sentinelle. À quelques kilomètres de là, les objectifs avaient été donnés aux troupes alliées : 1. détruire les défenses ennemies 2. détruire l'arbre de contrôle des corbeaux 3. empêcher toutes les communications 4. faire traverser la route aux deux régiments de grenouilles 5. s'emparer des plans des armes secrètes de César 6. faire un maximum de prisonniers 15 C'est donc des centaines de milliers d'animaux qui se préparaient à cet assaut de La Forêt Brune. Un lynx fut envoyé en tant qu'éclaireur et revint quelques minutes plus tard sans avoir évalué correctement le danger. Les chefs lancèrent donc l'assaut. Le matin pointant son bec, les faisans s'envolèrent jusqu'à la frontière, suivis de l'infanterie. Des pierres furent lancées sur les champignons qui dégagèrent leur fumée aveuglante et nauséabonde si bien que les écureuils furent pris de court. A peine s'étaient-­‐ils rassemblés qu'ils furent assaillis de noisettes, de pommes de pins, de bogues et de glands que les faisans prenaient plaisir à lancer. Les caribous et les lynx arrivèrent en premier; les premières grenouilles suivirent. La plupart furent très vite écrasées par des voitures. Le premier groupe de caribous fit alors demi tour et forma un barrage escortant les grenouilles restantes pour limiter les pertes sous les roues des voitures, tandis que le deuxième régiment décida d'emprunter les tunnels souterrains des taupes. Soudain le ciel s'obscurcit dans un battement d'ailes. Des milliers de corbeaux se jetèrent alors sur les caribous, les faisans essayant en vain de briser l'assaut. Plus de la moitié des participants restèrent à terre ou furent faits prisonniers lorsque la retraite sonna. L'assaut était un véritable échec pour les alliés et à la fin du combat, plus aucune trace de l'attaque n'était visible sauf pour les armes et les équipements abandonnés là. La vie reprit normalement dans la Forêt Brune et César ricana : « C'est la première fois que les faisans ont l'amabilité de traverser la frontière pour nous offrir un échantillonnage complet de leurs nouvelles armes ! » Les rares animaux de retour souffraient de graves blessures. Les chefs de chaque forêt alliée se réunirent pour parler de cet échec. Un silence glacial venait de se poser sur l’ensemble des combattants. Mêmes les plus grands blessés qui souffraient affreusement ne laissaient entendre que le grincement de leurs dents. Les chefs, eux, avaient déjà passé plus d'une heure dans une salle de réunion improvisée à leur retour en urgence. Les soldats devenaient impatients. Cette impatience dura en tout plus de dix heures. Tout à coup une grenouille à la stature impressionnante sortit de la foule. On ne l’avait pas vue entrer et pourtant tout le monde semblait la connaître. Cette impression fut vite vérifiée quand elle se mit à parler. Cette voix puissante et précise semblait plus forte que l'armée toute entière et annonçait qu'elle était le maître de la victoire et qu'elle avait "compris"! Les blessés se dressaient pour mieux voir cette imposante personne. Le seul son de sa voix couvrait le moindre bruit. Même les généraux alliés ne parlaient pas. On pouvait lire à présent sur chaque visage l'espoir et à la suite l'envie de repartir au combat. A la fin de son discours, tous les régiments et tous les grades confondus acclamèrent le général grenouille avec un respect évident. Il gardait la tête haute et était fier de lui: il les avait "compris"! Suite à cela, les troupes recevaient de nouveaux ordres de leurs généraux et étaient de nouveaux prêtes pour une attaque avec cette fois-­‐ci, le sentiment d'être invincibles face à l'ennemi. Une envie de victoire, de libération et de protection échauffait les esprits et tous les cœurs, celui des grenouilles, des caribous, des lynx ou bien des faisans! Leur seul désir était de vaincre l'armée de la Forêt Brune. Les grenouilles gonflèrent leur gorge et coassèrent, les faisans déployèrent leurs plumes comme des boucliers et les lynx dressèrent leurs petites oreilles. Pour eux, tous ces petits écureuils et leur chef "La Mâchoire", tous ces corbeaux, et 16 cet arrogant sanglier ainsi que son plus fidèle lieutenant devaient mourir. Les grenouilles repartirent donc au combat, armées d'algues empoisonnées cachées dans leur estomac, afin d'intoxiquer les ennemis. Elles avaient pris soin de prélever ces algues dans la mare brune puis de confectionner le poison avec des plantes avec l'aide des faisans. Les faisans avaient sorti leur plus belle parure qui brillait de mille feux composée de rouge, de orange et de jaune afin d'éblouir l'ennemi. Les lynx ainsi que les caribous portaient la réserve d'algues empoisonnées, des pierres avec des bâtons en guise de missiles et entre les bois des caribous se tenait un lance-­‐grenouilles. Ce dernier lançait des grenouilles afin qu'elles puissent projeter leurs algues empoisonnées sur l'ennemi. Ce fut efficace puisque bientôt tout le premier rang d'écureuils fut anéanti; le deuxième régiment de grenouilles fut alors lancé grâce à cette fabuleuse invention. Cela laissa le champ libre aux lynx et aux faisans pour passer. Les caribous suivirent entourés de faisans qui s'armaient et repartaient à l'attaque face aux corbeaux. Les cailloux, les bogues et les bâtons eurent bientôt raison des corbeaux qui furent faits prisonniers. Pendant ce temps, les grenouilles avançaient à saut de géant. Les prisonniers étaient de plus en plus nombreux et de plus en plus difficiles à gérer. A tel point que bientôt les ordres furent modifiés: à présent il ne devait plus y avoir de prisonniers! Il fallait donc tuer chaque ennemi. Les grenouilles, les faisans, les lynx et les caribous redoublèrent d'efforts et renversèrent les écureuils, seuls obstacles entre les animaux alliés et le maître de la Forêt Brune caché quelque part au sein de celle-­‐ci. César, voyant l'imminence de la victoire des alliés sur ses troupes, décida de s'enfermer dans sa souille avec l'intention de ne plus en sortir. La souille était une mare de boue de trois mètres de profondeur permettant d'accéder à plusieurs salles en bois au plafond renforcé. La plus grande salle était la salle de réunion qui ne mesurait que dix mètres carrés. Tous les murs en bois étaient nus et les pièces étaient sommairement meublées comme les quartiers qu'occupaient César et Cléopâtre, la laie avec laquelle il s'était accouplé quelques temps plus tôt. Auparavant, César fut contraint d'annoncer publiquement que les munitions manquaient et que la Forêt Brune ne résisterait pas plus de deux jours. Puis il donna secrètement un ordre aux loups restés fidèles jusqu'au bout : les lemmings survivants devaient être immédiatement mis à mort. Pris par le temps, les loups eurent l'idée de précipiter les pauvres bêtes dans le vide depuis une falaise non loin des fosses. Les lemmings encore valides préférèrent se battre plutôt que de sauter mais ils ne réussirent que rarement à échapper aux mâchoires des loups. Le reste des lemmings, 17 très affaiblis par des années de mauvais traitements, sautèrent dans le vide vers une fin parfois désirée. Après son aveu d'impuissance qui lui avait déchiré les entrailles, César rejoignit donc ses quartiers avec Cléopâtre pour mettre en scène leur mort imminente. D'un commun accord, ils décidèrent de stocker quelques amanites phalloïdes en cas de besoin. Quatre jours plus tard, au petit matin, les animaux alliés arrivèrent jusqu'à la souille. Cléopâtre, la première, goba une amanite. César l'imita aussitôt mais pour plus de sûreté actionna aussi le levier raccordé à un tronc attaché au plafond qui les écrasa tous les deux. Après la victoire, la fête immense préparée pour les vainqueurs eut cependant un goût amer à cause de la découverte de l'horreur des fosses à lemmings. On en avait bien entendu parler mais personne n'y croyait véritablement. Cela dépassait tellement l'imagination! Au départ, les alliés découvrirent des fosses vides, sommairement rebouchées, mais bientôt ce furent des fosses remplies de lemmings aux yeux immenses et à la peau sur les os qui s'imposèrent eux... Ceux-­‐là avaient survécu aux sauts de la mort car ils étaient trop faibles pour aller jusqu'à la falaise. Lorsque les Alliés libérèrent la fosse de Gigan, le plus grand trou de mise à mort et d'entassement, ils découvrirent des effets personnels de lemmings entassés en d’immenses monticules plus hauts que certains caribous. Enfin, les animaux victorieux parvinrent au bord de la falaise et contemplèrent avec effroi les corps des lemmings qui s'étaient fracassés en contrebas. L'espèce des lemmings avait presque cessé d'exister dans les territoires dominés par la Forêt Brune ! Après la guerre, la Forêt Brune fut occupée par les alliés afin de poursuivre tous les loups de César. Les forêts offraient un visage affaibli à cause des pertes en habitants, des pertes matérielles et des incendies. Un tiers de la la Forêt Brune était détruit, les habitants n'avaient presque plus de logements et ils devaient se débrouiller tout seuls pour trouver de quoi se nourrir. Le règne total de la Forêt Brune rêvé par César s'était mué en cauchemar de ruines, de désolation, et de massacres sans précédent. 18 
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