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24 Ces start-up qui bousculent l`Eglise catholique

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La Croix -mercredi 20 janvier 2016
RELIGION
24
Ces start-up qui bousculent
l’Eglise catholique
tHébergement de
pèlerins, chaînes de prière
ou nouvelle façon de suivre
la messe, les applications à
destination des catholiques
se multiplient ces dernières
années.
tElles sont le plus souvent
le fruit du travail de jeunes
entrepreneurs qui n’hésitent
pas à professionnaliser leurs
services et à casser les codes
classiques de l’Église.
Dans les locaux d’AngelTech,
dans le 18e arrondissement de Paris, il y a de tout. À l’entrée de cet
ancien local commercial, encore
pourvu d’une vitrine, un canapé
de deuxième main et une table
basse accueillent le visiteur. D’immenses fresques ornent les murs,
l’une emprunte à l’imaginaire de
Star Wars, l’autre représente un
coq bariolé (symbole de l’esprit
« made in France » ?) Une « amie
blogueuse » a réalisé de petits dessins humoristiques sur les parois
restées blanches. Sur les bureaux,
des MacBook recouverts d’autocollants et, derrière, quelques jeunes
en tenue décontractée, écouteurs vissés sur les oreilles. Pas de
doute, c’est bien une start-up, avec
son ambiance de collocation étudiante et ses rêves de success-story
à la Mark Zuckerberg, le fondateur
de Facebook. À un détail près : ici,
tous sont de jeunes cathos. Et les
applications mobiles qu’ils développent sont bien destinées aux
catholiques.
Ce créneau, ces jeunes entrepreneurs – malgré leurs convictions – ne l’avaient pas forcément
envisagé dès le départ. « Surtout
pas, même ! s’amuse François Pinsac, 24 ans, cofondateur d’AngelTech. Jusqu’à récemment, qui disait “catho”, disait “non rentable”,
et “pas professionnel”. » Mais cela
a changé, assure-t-il. Avec son associé, Guillaume Holsteyn, 37 ans
– de loin le doyen du lieu –, ils
s’apprêtent désormais à lancer
GeoConfess, une application de
confession à la demande, sur le
modèle d’Uber, celle qui met en
contact transporteurs et voyageurs. Tous deux se sont rencontrés dans l’église où ils se retrouvent chaque matin pour les laudes.
Et ils hébergent dans leurs locaux
les deux cofondateurs de l’application La Quête, qui se propose de
digitaliser l’offrande dominicale.
Ces dernières années, ces projets « cathos 2.0 » se sont multipliés (1). Ils s’appellent Hozana, le
Petit déjeuner de travail dans les locaux de l’agence digitale AngelTech, fondée par Guillaume Holsteyn (à gauche) et Francois Pinsac.
À droite, Paul Tréhard, co-fondateur de l’application La Quête. jean-matthieu gautier/ciric
« Facebook de la prière », Credofunding, la plate-forme chrétienne
de dons en ligne, ou Ephatta, une
application d’hébergement gratuit
chez l’habitant… Des projets qui
« Longtemps les
innovateurs cathos
et la conférence des
évêques ont eu peur
les uns des autres. »
commencent à susciter de l’intérêt aussi à l’extérieur du monde
catholique. Exemple avec Adhémar Autrand, 24 ans, à l’origine du
projet Awoun, une plate-forme de
recensement des retraites spirituelles. Avec ce projet religieux,
cet étudiant en dernière année
à HEC vient de remporter deux
mois et demi d’incubation dans
l’école de développement « 42 » de
Xavier Niel, une référence pour les
« start-uppers » français. « J’ai été
très surpris de leur enthousiasme,
je m’attendais à beaucoup de méfiance, se souvient Adhémar Autrand. Non seulement ils trouvent
que c’est un beau projet du point
de vue de l’innovation, mais ce qui
leur plaît, c’est aussi la passion
qu’on y met. » Il espère une sortie
de l’application en mars. Sa seule
inquiétude, c’est la réaction des
lieux de retraite. « J’ai peur que les
monastères aient peur, trouvent
cela compliqué… »
De manière générale, les relations entre ces entrepreneurs et
les responsables de l’Église semblent à peine sortir d’une phase
d’observation. « Longtemps les
innovateurs cathos et la conférence des évêques ont eu peur les
uns des autres », reconnaît François Pinsac. « En même temps, à la
CEF (Conférence des évêques de
France, NDLR), il faut parfois faire
preuve de beaucoup de patience »,
sourit son associé, avant de se
revendiquer fièrement du pape
François : « C’est lui qui nous a dit
de mettre la pagaille ! »
Du côté de l’Église de France, on
assure voir d’un très bon œil ce foi-
paroles
« Le risque
d’une privatisation
de la pastorale »
P. Éric Salobir
Responsable de la communication
des dominicains
« Ces projets qui naissent à la
marge de l’institution ont besoin d’accompagnement ecclésial. Il faut éviter que ces
sonnement d’initiatives. D’autant
que « cette génération reconnaît
très naturellement l’autorité de
l’Église institutionnelle », souligne
Vincent Neymon, directeur de la
communication de la CEF, pour
qui « l’Église doit accepter d’être
bousculée dans ses traditions et ses
habitudes. Les évêques sont prêts
à prendre à bras-le-corps cette réflexion », assure-t-il. Sans nier qu’il
entrepreneurs catholiques pensent pouvoir faire mieux sans
l’Église, sinon on irait vers une
privatisation de la pastorale.
Il faut aussi prendre garde à la
monétisation des projets qui
peuvent mener à des conflits
entre stratégie d’entreprise
et intérêt pastoral, et à ne pas
avoir une approche utilitariste du prêtre. Mais voir des
laïcs lancer ces projets, cinquante ans après Vatican II,
c’est extrêmement positif. »
Recueilli par Gauthier Vaillant
y a parfois « des idées géniales, mais
impossibles à mettre en œuvre du
point de vue juridique et même
théologique ».
Gauthier Vaillant
(1) Jeudi 28 janvier à 20 h 30, la paroisse
Saint-Honoré d’Eylau à Paris,
accueillera une soirée « Église et
innovation numérique », avec des acteurs
de ce secteur.
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