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C
Ministre de l’énergie
Empalé
Architecte
Aspergé d’acide
Urbaniste
Enfermé dans les égouts
Normand Duquet
Théogène Desmarchais
Soldat
Fusillé
Félicien D’Astous
Vend Prêtre
terrain Crucifié
Juge
Pendu
Verdict
Hugues Papineau
Églantine Gallichand
Promoteur immobilier
Défenestré
Propriétaire de cabaret
Violée
Prêt
Beau-père
Avocate
Guillotinée
Constructeur
Coulé dans du ciment
Campagne
Anatole Crépeault
Horatio Berthiaume
Médecin
Disséqué
Affichiste
Projeté dans un panneau
Modèle
Lauretta Hallé
Artiste
Empaillée
Alcide Giasson
Commissaire
Brûlé par une explosion
Louis Bilodeau
Propriétaire de cinémas
Vend Carbonisé
terrain
Pierre Saint-Gelais
Pyromane
Enflammé
Mes documents architectoniques
Première édition, version électronique
© Julien Poitras. Tous droits réservés.
Les éditions Moelle graphique/Graphic marrow
www.moellegraphique.com
www.graphicmarrow.com
ISBN : 978-2-923701-07-3 (PDF)
Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2008
Dépôt légal - Bibliothèque et Archives Canada, 2008
Journaliste
Assaillie
Chauffeur d'autobus
Écrasé
Hector Méthot
Chef pompier
Noyé
Courtise
Appuie
Ferme les yeux sur expulsions
Évangéline Fontaine
Antoine Guillemette
Marié à sa fille
Banquier
Poignardé
Sauve sa
résidence
Sauve
Onésime Pelchat
Épouse
Vend terrain
Laurent Gagnon
Contrat
Blanche Quirion
Laisse chapelle brûler
Ingénieur
Écrasé par un escalier
Liaison
Pamphile Boudrias
Habille
Restaurateur
Dépecé
Témoigne en faveur
Cadre à l’Englo Pulpe
Asphyxié
Anatole Pednault
Défend
Encourage
Appuie
Cyrille Minguy
Éduardo Fabrini
Professeur d’architecture
Plâtré
Engage
Alexandre Sabourin
Directeur de cie électricité
Électrocuté
Bertin de la Sablonnière
Appuie
candidature
Échevin
Écrasé par les passants
Prêt
Ernest de la Durantaye
Actionnaire Antonin Robitaille
Fourreur
Écorché
Emploie sa
scupture
Ambroise Robidoux
Appuie projet
Nazaire Bluteau
Léopold Méthot
Syndicaliste
Étouffé
Incendie installations
Épargne
Protège
« Monsieur Onésime Pelchat, banquier à la Loyal Bank of Canada, a rendu l’âme la nuit dernière. Monsieur
Pelchat avait fait abondamment parler de lui au cours des dernières semaines, après qu’il eut endossé de façon
expéditive un prêt contracté par Monsieur Ambroise Robidoux, architecte de la ville de Québec et principal
promoteur d’un projet de déboisement et d’aménagement d’unités d’habitation sur les plaines d’Abraham.
Certains journalistes ont évoqué dans le passé la possibilité que Monsieur Pelchat ait trempé dans des
affaires à tout le moins louches. On a également émis l’hypothèse que des pots-de-vin lui aient été versés dans
l’affaire actuelle. On se rappellera également que sa résidence cossue de la Grande Allée avait été menacée
d’expropriation, il y a un an, en raison d’un projet de développement routier déposé à l’hôtel de ville. À la suite
des vertes protestations du banquier, un devis entièrement différent avait été présenté par Monsieur Anatole
Pednault, urbaniste à la ville de Québec, et le projet initial avait été abandonné. »
« Le banquier, poignardé à maintes reprises à l’abdomen, a été retrouvé baignant dans son sang. Il semble,
en dépit de la grande quantité de billets que Monsieur Pelchat portait sur lui, qu’aucun vol n’ait été commis.
Les billets ont plutôt été insérés dans la cavité abdominale de l’homme, à travers les nombreuses perforations
produites par les coups de couteau. »
« Monsieur Pamphile Boudrias, honorable juge à la Cour supérieure du
Québec, est décédé dans des circonstances tragiques au début de la nuit. Le
rôle récent joué par Monsieur Boudrias dans l’affaire de l’expropriation de
Monsieur Eustache Tremblay de la Pointe-à-Carcy laisse perplexe quant
aux motifs de son assassinat. On se rappellera que Monsieur Boudrias
avait tranché carrément en faveur du promoteur immobilier impliqué
dans l’affaire, lequel avait pu entreprendre dans la semaine suivante la
construction de ses logements « modernes », tant décriée par le comité de
quartier, qui voit dans ce projet une « insulte au caractère culturel de la ville
de Québec ». Il faut dire que l’utilisation abondante de métal et de verre
proposée est en quelque sorte une première à Québec. »
« Monsieur Boudrias a été retrouvé pendu à un lampadaire d’une ruelle du
quartier St-Roch. Il semble, d’après les empreintes relevées par les autorités
policières, que l’agresseur ait assommé Monsieur Boudrias, pour ensuite le
traîner sur une distance de quelques verges et le hisser à un lampadaire à
l’aide d’une corde de chanvre enroulée autour de son cou. Progressivement
étouffée, il est probable que la victime se soit éveillée et débattue avant de
rendre l’âme dans d’atroces souffrances. »
« La presse de toute la province est en deuil à l’annonce du meurtre sordide de Madame Évangéline Fontaine,
journaliste à la Nouvelle patrie de Québec. Madame Fontaine avait été au centre d’un débat public, il y a
quelques mois, suite à une prise de position hors du commun en faveur du mouvement syndicaliste et de la
grève des éboueurs de la ville de Québec. Les lecteurs se rappelleront qu’on avait alors saccagé une partie
du réseau d’aqueducs de la ville et incendié criminellement certaines installations. Madame Fontaine y avait
vu l’opportunité d’entreprendre une réfection en profondeur de ce système « désuet et grotesque » qui, à ses
dires, aurait pu être remplacé par un modèle de conception plus moderne et fonctionnelle. Les obsèques de la
journaliste auront lieu demain en l’église Saint-Sauveur. Elle rejoindra dans le tombeau familial son époux
décédé l’an dernier, Monsieur Bertin de la Sablonnière, un professeur émérite de l’École d’architecture de
l’Université Laval. »
« Madame Fontaine, qui avait également longtemps milité pour l’obtention du droit de vote pour les femmes,
a été sauvagement agressée et violée. Son corps portait les signes de moult contusions résultant probablement
de sa lutte contre son agresseur. Des traces d’urine ont été retrouvées sur ses vêtements déposés plus loin, Il
semble que le maniaque ait farouchement tenu à souiller la mémoire de sa victime, poussant l’infamie jusqu’à
la couvrir de déjections. »
« Monsieur Eduardo Fabrini, restaurateur de la Grande Allée, est décédé dans de macabres circonstances hier.
On se souviendra du fait que la salubrité du commerce de Monsieur Fabrini a été à maintes reprises remise en
question par les autorités municipales. En outre, le mois dernier, son permis aurait été révoqué, si ce n’avait
été de l’intervention d’un des membres du Bureau des ingénieurs de la ville. Mentionnons qu’au printemps, le
restaurateur d’origine sicilienne avait uni en justes noces son fils Émilio à maître Blanche Quirion, avocate à
la Cour du Québec. »
« Le corps de Monsieur Fabrini, ou plutôt ce qui en restait, a été retrouvé dans une ruelle de la basse-ville. Il
semble que celui-ci ait été dépecé et que certains « quartiers » aient été livrés en pâture aux animaux errants
du secteur. Une cuisse à demi cuite portant des traces de mastication aurait été retrouvée près d’un réchaud et
de pièces d’argenterie, ce qui porte également à croire que M. Fabrini aurait été victime de cannibalisme. On
pense bien sûr à l’œuvre d’un maniaque. »
« Madame Blanche Quirion, avocate bien connue de la ville de Québec,
est morte hier dans des circonstances dramatiques. L’avocate s’était
retrouvée sur la sellette récemment lorsqu’elle avait défendu feu Monsieur
Anatole Pednault, urbaniste et membre de la Commission d’urbanisme de
Québec. Celui-ci était accusé d’avoir accepté des pots-de-vin relativement à
l’approbation de la démolition d’habitations centenaires de la Grande Allée
en vue de la construction d’un édifice à appartements de cinq étages. Madame
Quirion avait réussi à faire acquitter Monsieur Pednault en invoquant un
vice de procédure. Elle laisse dans le deuil son époux, Monsieur Emilio
Fabrini, qui a également perdu son père, il y a quelques semaines. »
« La tête de Madame Quirion a été retrouvée au pied de la Côte de la
Montagne et le reste de son corps aux abords du palais de justice, sur la rue
Saint-Louis. Il semble que Madame Quirion ait été décapitée à l’aide d’une
guillotine de fortune et que son agresseur ait voulu donner une symbolique
particulière à cette « exécution » en positionnant le corps de sa victime à
proximité de son lieu de travail. C’est une ménagère matinale qui a retrouvé
la tête de l’avocate, alors qu’elle sortait ses ordures. L’objet en question
s’était arrêté au pied de l’escalier de son logement. Affolée, elle a prestement
alerté les autorités. »
« Un individu bien connu des milieux policiers, Pierre Saint-Gelais, a péri par les flammes en soirée hier. SaintGelais, un ancien soldat d’infanterie, a été incarcéré à de nombreuses reprises pour des actes de pyromanie qui
ont causé des dégâts sévères à notre ville au cours des dernières années. Il était reconnu pour procéder à des
crimes « calculés » et planifiait de façon méticuleuse ses méfaits. À peu près tous les marchands de fourrure de
Québec ont été victimes du pyromane, ce qui avait permis à Monsieur Antonin Robitaille, peu avant son décès,
de mettre la main sur une bonne partie du marché de la ville. »
« Le corps de Saint-Gelais a été retrouvé atrocement et complètement carbonisé, si bien que ce n’est qu’avec
les éléments de son dossier dentaire militaire qu’une identification formelle a pu être réalisée. Notons que la
silhouette de son corps s’est imprimée sur la cloison d’une maison avoisinante dans ce qui semble être l’ultime
effort du pyromane de mettre le feu à un bâtiment, alors que sa propre chair était la proie des flammes. Des
contenants à essence vides ont été retrouvés sur les lieux, sans qu’on puisse y déceler les empreintes du défunt,
laissant présumer qu’il s’agit d’un homicide. Le motif du crime demeure inconnu, quoiqu’il semble que le
meurtrier ait désiré servir à Saint-Gelais sa propre sauce. »
« Monsieur Normand Duquet, 93 ans, ancien ingénieur pour le gouvernement
du Québec et membre honoraire du Bureau des ingénieurs de la ville de
Québec, est décédé hier en soirée. Monsieur Duquet, amateur bien connu
de spécialités italiennes, avait fait les manchettes, il y a quelques semaines,
alors qu’il était intervenu pour défendre, à l’aide d’une étude « menée
personnellement sur le terrain », Monsieur Eduardo Fabrini, restaurateur
de la Grande Allée, qui a récemment péri dans des circonstances tragiques.
Le permis d’exploitation de l’établissement de Monsieur Fabrini était une
fois de plus remis en question suite à des accusations de menace à l’hygiène
publique. L’intervention de Monsieur Duquet avait permis de laver
l’établissement de Monsieur Fabrini de tout soupçon. »
« Le corps du vénérable vieillard a été retrouvé enseveli sous plusieurs
tonnes de débris, suite à l’écroulement d’un escalier reliant la haute à la
basse-ville, et dont Monsieur Duquet avait été un des artisans. Au moment
de l’incident, le vieil homme prenait sa marche de santé quotidienne, selon
un parcours bien défini et duquel il ne dérogeait qu’en de rares occasions.
La découverte de matériel explosif à proximité du drame laisse planer peu
de doutes quant au fait que le décès de Monsieur Duquet ait été prémédité et
que l’agresseur se soit auparavant bien documenté sur les allées et venues du
vieillard. Les obsèques se tiendront en la cathédrale de Québec et le cercueil
de la victime sera clos. La date et l’heure des funérailles seront précisées
ultérieurement. »
« Monsieur Hugues Papineau, promoteur immobilier prolifique de la région de Québec, a succombé hier à un
assaut sauvage. On sait que Monsieur Papineau était un homme puissant et controversé. On citera l’expropriation
litigieuse de la Pointe-à-Carcy, mais surtout l’affaire du cinéma Capitale, alors que la compagnie de feu Monsieur
Louis Bilodeau, exploitant plusieurs salles de cinéma à Montréal, obtenait pour une bouchée de pain un terrain
jusque-là convoité par le gouvernement fédéral. »
« Monsieur Papineau a été assailli en soirée dans sa demeure de deux étages, alors que l’agresseur a entrepris de
littéralement démolir les lieux avec le corps de sa victime. Il semblerait que l’homme ait d’abord été défenestré
à maintes reprises, faisant en sorte de fracasser la plupart des vitrines de la maison. Par la suite, on pense que
le corps (encore vivant ?) de Monsieur Papineau a été utilisé comme « bélier humain », de manière à défoncer
plusieurs portes de sa demeure. Cette hypothèse est soutenue par les nombreuses fractures du crâne qu’a
signalées le médecin-légiste. Il apparaît ensuite que le corps, dont à peu près tous les os ont été fracturés ou
disloqués, ait servi à plusieurs actes de démolition tels la destruction de chaises, l’éventration d’étagères et
l’enfoncement de murs. Les pathologistes de l’Hôtel-Dieu de Québec ont mentionné n’avoir jamais vu un tel
éventail de lésions rassemblées chez un même cadavre. »
« Monsieur Horatio Berthiaume, affichiste bien connu à Québec, est passé de vie à trépas dans la soirée.
Bien qu’en pleine expansion, la compagnie de Monsieur Berthiaume avait subi les critiques véhémentes du
public de Québec dans le cadre de l’importante campagne de promotion menée l’an dernier pour le compte de
l’entreprise de construction Gagnon & fils. On s’en souvient, toute la ville, dont plusieurs sites historiques, fut
littéralement placardée d’affiches vantant les qualités de l’entreprise de Monsieur Gagnon, et cela en période
de fort achalandage touristique. Mentionnons que la présence sur ces affiches de la défunte artiste sculpteure
Lauretta Hallé, qui dévoilait une partie de ses charmes, avait eu aussi de quoi susciter l’intérêt des touristes et
des citadins. »
« Le corps de Monsieur Berthiaume a été électrocuté au contact d’une des grandes enseignes ayant fait la
fortune de l’affichiste. Il semble que le meurtrier se soit servi de câbles pour projeter sa victime dans cet
amas d’ampoules et de fils, la foudroyant ainsi d’une décharge électrique mortelle. Le corps de Monsieur
Berthiaume a été également lourdement lacéré par des éclats de verre. Son visage calciné était déformé par un
rictus d’extrême frayeur, laissant présumer de ses horribles souffrances. »
« Le capitaine Théogène Desmarchais, un membre du Royal 22e Régiment
installé dans des fonctions honorifiques à la Citadelle de Québec depuis
déjà quelques années, est mort dans la nuit. Le capitaine Desmarchais avait
défrayé les manchettes, il y a quelques années, lorsqu’il avait pris la défense
de Pierre Saint-Gelais, un soldat ayant servi sous ses ordres et accusé d’avoir
mis feu à plusieurs magasins et habitations du Vieux-Québec. L’officier avait
également joué un rôle de premier plan dans la construction sur les plaines
d’Abraham de nombreux commerces aux abords de la Citadelle. »
« Le corps du capitaine Desmarchais a été retrouvé ligoté à un poteau et
troué de balles dans un terrain vague de la basse-ville. Les yeux du capitaine
étaient bandés. Le tout porte à croire que la victime a été « exécutée » selon
une mise en scène conforme à la tradition militaire. Mentionnons également
que l’arme utilisée était une carabine d’infanterie et que l’assassin a achevé
sa victime en plantant une baïonnette au travers de ses côtes, perforant net
les cavités cardiaques. »
« Le docteur Anatole Crépeault, personnage bien connu de la ville de
Québec et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval, est
passé de vie à trépas la nuit dernière dans des circonstances horribles. Le
docteur Crépeault était également bien connu dans le milieu des affaires de
la ville de Québec. Il était un des principaux actionnaires de la compagnie de
construction Gagnon & fils et était soupçonné d’avoir conduit un puissant
lobby en faveur de cette compagnie lors de l’attribution du controversé
contrat d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu de Québec. Grand admirateur
de l’architecte Bertin de la Sablonnière, le docteur Crépeault avait joué un
rôle important dans son recrutement à l’École d’architecture de l’Université
Laval. »
« Le docteur Crépeault a été retrouvé en quelque sorte « disséqué » sur le
trottoir d’une ruelle attenante à l’Hôtel-Dieu. Il semble que le meurtrier
ait eu quelques notions médicales, puisque le corps a été incisé avec grand
art. Les principaux organes de la victime éviscérée ont été disposés sur
la chaussée de façon ordonnée, en respectant une certaine « authenticité
anatomique » : le cerveau, le cervelet et les globes oculaires siégeant « audessus » des organes thoraciques – cœur et poumons – eux-mêmes coiffant
les intestins et disposés en un juste rapport avec le pancréas, l’estomac, le
foie, les reins et la rate. Ajoutons que le fait que la victime ait été bâillonnée
et attachée laisse supposer qu’une partie de l’ « intervention » ait pu être
réalisée avant que le pauvre homme n’ait rendu l’âme. »
« L’honorable Nazaire Bluteau, député de Montmorency et ministre fédéral
de l’Énergie, s’est éteint ce matin dans des conditions abominables. On
retient que Monsieur Bluteau avait été récemment accusé d’ingérence
provinciale après avoir favorisé publiquement l’implantation d’une centrale
thermique alimentée au charbon dans le Vieux-Port de Québec. Un projet
mis de l’avant par la compagnie Quebec Energy Inc. malgré un tollé de
protestations soulevé par le risque d’émanations nauséabondes et l’impact
potentiel de la poussière de charbon sur les édifices historiques de la ville.
On se souviendra également que Monsieur Bluteau avait échappé de peu à
une mort accidentelle lors d’une tournée électorale, il y a quelques années,
et qu’il avait été sauvé in extremis par le commissaire Alcide Giasson, alors
policier à la ville de Québec. »
« Monsieur Bluteau a été retrouvé au petit matin, empalé sur un fer de
lance de l’enceinte de l’Assemblée nationale. Le criminel semble avoir
bien préparé son coup : il avait choisi un coin isolé à l’ouest de l’édifice et
soigneusement bâillonnée et immobilisée sa victime. On présume, par le degré
de pénétration du métal, que Monsieur Bluteau a passé une bonne partie de
la nuit dans d’horribles souffrances. Cette forme de châtiment, répandue à
l’époque médiévale, entraîne chez le sujet un supplice s’échelonnant sur de
longues heures. Les organes digestifs de la victime sont lentement perforés
et ce n’est qu’après d’indicibles tourments que des viscères plus nobles sont
finalement « embrochés », procurant alors une mort salvatrice. »
« Monsieur Léopold Méthot, syndicaliste et éboueur à la ville de Québec,
est décédé au matin. L’homme avait mené un combat féroce, il y a quelques
mois, contre les autorités municipales. Il a été l’instigateur de la grève des
éboueurs qui paralysa pendant cinq semaines le système de cueillette des
ordures de la ville et qui s’accompagna de nombreux gestes de vandalisme
contre le système d’aqueducs et d’égouts. On se rappellera comment
ces semaines d’été furent pénibles : odeurs nauséabondes, rongeurs qui
débouchent des toilettes et terrorisent les appartements chics de la hauteville, ordures qui s’empilent sur les trottoirs, etc. Depuis le règlement du
conflit en faveur des éboueurs, leurs conditions salariales sont maintenant
décriées comme étant scandaleuses par la plupart des autres corps de
métier de la ville. De plus, la qualité de leur travail, aux dires de plusieurs,
a décliné de façon inversement proportionnelle. Le célébre éboueur avait
récemment fait part de ses intentions d’étendre son expertise syndicale à
d’autres « professions ». On l’a vu entre autres se lier d’amitié avec le chef
des pompiers de la ville. »
« Monsieur Méthot a été retrouvé gisant au milieu d’un tas de poubelles,
peu après le début de sa ronde matinale d’ordures. Il a été étouffé par
un sac fermement attaché autour de son cou. Le sac en question était en
partie rempli de déchets et de purin, lesquels ont souillé et obstrué les voies
respiratoires de la victime, l’asphyxiant progressivement. »
« Monsieur Bertin de la Sablonnière, français d’origine et professeur
depuis quelques années à l’École d’architecture de l’Université Laval, a
été retrouvé sans vie au matin. Monsieur de la Sablonnière, souvent perçu
comme un visionnaire, était un disciple inconditionnel de Le Corbusier. Il
dispensait un enseignement totalement imprégné de l’esprit de son maître.
Critiqué par certains, adulé par d’autres, il avait acquis une popularité
certaine auprès de plusieurs étudiants qui s’apprêtaient à « changer la face
de l’architecture à Québec », tel que proclamé dans un manifeste publié il y
a quelques semaines. L’influence de Monsieur de la Sablonnière commençait
déjà à se faire sentir dans des constructions récentes, dont certains projets
de Monsieur Hugues Papineau, promoteur immobilier, qui avait retenu les
services de l’architecte à titre de conseiller. »
« Monsieur de la Sablonnière a été retrouvé sur la façade de l’édifice de
l’Assemblée nationale. Le corps de la victime a été recouvert d’une épaisse
couche de plâtre et « séché » dans une pose classique, puis placé dans une
des niches vides de cet édifice de style néo-classique. Le choix du site a été
perçu par l’entourage de Monsieur de la Sablonnière comme une insulte à
sa mémoire. »
« Monsieur Alcide Giasson, un haut gradé des forces policières de Québec, a péri par les flammes hier peu après
dix heures. Rappelons que la carrière de Monsieur Giasson avait été compromise, il y a quelques mois, alors que
des groupes d’entraide aux sans-logis avaient demandé la suspension du commissaire, après que l’on ait mis à
jour certaines pratiques douteuses des forces de l’ordre sous son commandement. Celles-ci auraient fermé les
yeux sur l’éviction manu militari de familles à faible revenu du quartier St-Roch. Leurs logements avaient été
remplacés par un cabaret, « Le joli sort », un établissement maintenant fort achalandé de la basse-ville. »
« Monsieur Giasson a été incinéré dans sa voiture après que celle-ci ait explosée. Il venait de prendre place dans
le véhicule, justement stationné près du cabaret susmentionné. Il appert que l’assassin avait placé une bombe
reliée au contact de la voiture. Celle-ci a explosé puis s’est consumée pendant plusieurs minutes avant que les
pompiers ne puissent mettre fin à l’incendie. Monsieur Giasson sera exposé dans un cercueil fermé à l’église
Notre-Dame-des-Victoires. »
« Madame Eglantine Galichand, propriétaire du cabaret « Le joli sort », a
trouvé la mort dans des circonstances dramatiques la nuit dernière. Madame
Galichand avait été récemment impliquée dans une affaire de mœurs avec
Monsieur Ernest de la Durantaye, échevin de la ville de Québec. Cette
histoire avait soulevé bien des commentaires, surtout au regard de l’octroi
il y a quelques mois par la ville de Québec d’un permis d’exploitation pour
l’établissement de Madame Galichand, alors que celui-ci avait été décrié par
plusieurs groupes sociaux, dont la « Ligue des femmes contre la prostitution
et autres actes immoraux ». Ces groupes voient dans l’établissement de
Madame Galichand le signe d’une dégradation du tissu social de notre ville
et des mœurs de notre époque. »
« Madame Galichand a été retrouvée sans vie dans des circonstances qui
demeurent encore partiellement obscures. Les forces policières ont déployé
moult efforts pour masquer les faits aux journalistes. Il s’avère que la victime
aurait été introduite de nuit contre son gré dans l’aile à sécurité maximale de
la prison de Québec (d’une manière que nous ignorons). Les quelques trente
prisonniers de l’aile auraient alors été « libres » d’agresser un à un Madame
Galichand. Celle-ci n’aurait pas survécu à leurs mœurs brutales. »
« Monsieur Hector Méthot, chef des pompiers de la ville de Québec, a péri
noyé dans la nuit. Bien qu’ayant mené une brillante carrière, Monsieur
Méthot avait été accusé formellement, il y a quelques mois, d’avoir laissé
se consumer une chapelle de la communauté des pères jésuites. En effet,
le pompier, qui était à son poste le jour de l’incident, aurait, après avoir
pris connaissance de l’incendie, attendu une quinzaine de minutes avant
de donner l’alerte, permettant ainsi aux flammes de terminer leur ouvrage.
Malgré sa grande valeur historique, cette chapelle plus que centenaire
n’était plus utilisée par les prêtres. Un permis de démolition avait quelques
mois auparavant été demandé par l’ex-supérieur de la communauté, le père
Félicien D’Astous, mais la requête avait été rejeté par l’Hôtel de Ville. La
communauté avait l’intention de construire sur le site une résidence pour
les jeunes novices. Le chef des pompiers fut soupçonné d’être de mèche avec
les autorités ecclésiastiques, puis relaxé faute de preuves. »
« Au cours de la nuit, Monsieur Méthot a été noyé par une main criminelle,
alors qu’on l’a enfermé dans un tronçon condamné du système d’aqueduc
de la ville et que des vannes souterraines ont été ouvertes, produisant une
élévation progressive du plan d’eau. Monsieur Méthot, ligoté et bâillonné,
a été lentement et froidement noyé, une grille d’égout scellée lui donnant
suffisamment d’air pour respirer, jusqu’à ce qu’elle soit à son tour
submergée. »
« Tôt ce matin, le père Félicien D’Astous a été retrouvé sans vie dans des
circonstances terribles. Le prêtre jésuite avait acquis une notoriété publique
importante, il y a quelques années, alors qu’il avait agi comme maître
d’œuvre dans une transaction immobilière fortement décriée. C’est en effet
suite à son initiative que la communauté s’était départie de terrains boisés
considérés parmi les plus beaux de la haute-ville, en les vendant à la ville
de Québec par l’entremise de Monsieur Normand Duquet, alors directeur
du Bureau des ingénieurs. C’est sur ces mêmes terrains que la municipalité
a entrepris la construction de bâtiments administratifs, il y a quelques
semaines. »
« Un frère de la communauté qui s’adonnait à ses prières matinales a
retrouvé le père D’Astous crucifié dans la cour du séminaire. La victime,
avait été attachée la tête en bas et les bras écartelés. La chair de ses mains et
de ses pieds a été transpercée par des clous enfoncés avec peine dans la pierre
de l’enceinte. C’est un coup de lame à son côté droit qui est venu libérer le
prêtre de son agonie, dans une mise en scène qui rappelle la crucifixion de
Jésus. »
« Monsieur Ambroise Robidoux, éminent architecte de la ville de Québec, a succombé à de cruelles blessures hier
dans la soirée. Monsieur Robidoux a été mêlé à de nombreux scandales qui ont secoué le paysage architectural de
la ville ces dernières années. Mentionnons entre autres que celui-ci avait causé tout un tapage en intégrant dans
une de ses dernières réalisations publiques une œuvre sculptée par l’artiste Lauretta Hallé. La représentation
d’un couple nu avait offusqué plusieurs personnes de la haute société qui appréhendaient un effet malsain sur
la jeunesse de notre ville. »
« La dépouille de Monsieur Robidoux, atrocement brûlée par un acide puissant, gisait dans une ruelle du
Vieux-Québec. La victime a été enveloppée dans un de ses plans, puis aspergée d’acide, ce qui a eu comme
effet de tatouer le plan sur le corps de l’architecte et sur la chaussée. On a fait également ingérer de l’acide à la
victime, ce qui a déformé horriblement ses traits, révélant les structures osseuses sous-jacentes et dissolvant sa
trachée et son œsophage au point d’entraîner sa mort. »
« Mademoiselle Lauretta Hallé, artiste sculpteur renommée de la région
de la Capitale, a été retrouvée morte dans son atelier du Vieux-Québec
ce matin. Célèbre pour ses représentations de dignitaires de la ville de
Québec et pour son recours fréquent au nu, Mademoiselle Hallé avait été
liée sentimentalement ces derniers mois à Monsieur Horatio Berthiaume,
affichiste également bien connu. Ce dernier s’était servi de la représentation
photographique du corps de l’artiste dans le cadre d’une promotion
publicitaire importante pour les entreprises Gagnon & fils. Bien des voix
s’étaient élevées en raison des tenues légères affichées par l’artiste. »
« Il semble que quelques jours se soient écoulés entre le meurtre et la
découverte de la victime par sa femme de chambre. En effet, la dépouille
de Mademoiselle Hallé avait de quoi passer inaperçue. Le meurtrier avait
« empaillé » l’artiste dans une pose académique et l’avait installée parmi ses
propres statues. Son cadavre se confondait ainsi aux autres sculptures de
l’atelier, dans une entreprise qui paraît avoir eu comme but de déshumaniser
le corps de l’artiste. La dépouille avait été vidée de ses entrailles et de ses
chairs et l’appareil cutané de la victime soumis au travail d’un taxidermiste
dénotant un art consommé. »
« Monsieur Louis Bilodeau, bien connu dans le milieu du cinéma québécois et
propriétaire de plusieurs salles de cinéma à Montréal, a été retrouvé sans vie
la nuit dernière à Québec. Monsieur Bilodeau y possède une salle, le Capitale,
décriée par plusieurs en raison de son architecture baroque pompeuse
tranchant avec l’environnement plus sobre du Vieux-Québec. C’est aussi
par ses relations avec la direction d’une compagnie de papier bien connue de
la ville de Québec que l’homme a fait dernièrement les manchettes. Certains
terrains du centre-ville, initialement destinés à la construction de cinémas et
acquis par l’entremise du promoteur Hugues Papineau, ont été revendus par
Monsieur Bilodeau à la compagnie Englo Pulpe Inc., dans une transaction
frôlant l’illégalité. Cette affaire inquiète en raison de l’atteinte potentielle
à la salubrité de notre ville qui, aux dires de plusieurs, comporte déjà plus
que son lot de cheminées industrielles qui déversent quotidiennement des
masses de produits toxiques sur les citoyens. »
« Monsieur Bilodeau a été retrouvé mortellement brûlé après que son corps
ait été enroulé dans plusieurs verges de pellicule. On connaît la nature très
inflammable de celle-ci. Une seule allumette aura probablement suffi à
y mettre feu et à faire périr la victime dans un insoutenable brasier. Les
yeux de Monsieur Bilodeau, énucléés, ont par ailleurs été retrouvés dans les
boîtes de films d’où l’on avait extrait la pellicule. On note au registre de ces
films dont s’est servi l’assassin des classiques tels que Faust et Le voleur de
bicyclette. Curieusement, une boîte contenant The Phantom of the Opera a
été retrouvée intacte. »
« Monsieur Alexandre Sabourin, directeur de la compagnie Quebec
Energy Inc., s’est éteint dans des circonstances abominables hier en soirée.
Monsieur Sabourin avait été récemment à l’origine d’un changement
inattendu de position de la direction de la compagnie électrique, laquelle
s’était prononcée en faveur de l’implantation dans la ville de Québec d’un
système d’autobus à moteur à gazoline. Cette prise de position a de quoi
surprendre lorsqu’on connaît le penchant démontré dans le passé par la
compagnie en faveur du tramway et les subventions qu’elle a accordées
à ce mode de transport. Certains ont vu plus qu’une coïncidence dans le
synchronisme entre cette décision et la formation d’une commission pour
étudier le Projet d’implantation d’une centrale électrique au charbon dans
le Vieux-Port de Québec, projet soumis par la compagnie électrique aux
autorités municipales, il y a quelques mois. »
« Monsieur Sabourin est mort hier en soirée, affreusement électrocuté à la
sortie de son bureau. Son agresseur l’a assommé puis entraîné à proximité
d’un transformateur électrique de la compagnie. Des électrodes ont été
introduites dans tous les orifices de son corps : sous les ongles des pieds
et des mains, dans sa bouche, sa cavité nasale, son anus et son urètre. Le
bourreau a même poussé le supplice jusqu’à introduire une longue aiguille
dans la colonne vertébrale de la victime, avant de déverser des milliers de
volts dans ces électrodes, reliées entre elles par un complexe système de
fils et de transformateurs. Lorsqu’il a été retrouvé quelques minutes plus
tard, raidi et grillé aux points d’insertion des éléments métalliques, le corps
montrait encore de faibles signes de convulsion. »
« Monsieur Cyrille Minguy, cadre à la compagnie Englo Pulpe Inc., a
poussé en soirée son dernier souffle dans ses appartements de la Grande
Allée. Monsieur Minguy avait été mis récemment sur la sellette en relation
à la consolidation d’un prêt à l’Hôtel-Dieu de Québec pour son projet
d’agrandissement. Il semble en effet que Monsieur Minguy, ancien confrère
de classe du docteur Anatole Crépeault, soit intervenu auprès de feu
Onésime Pelchat de la Loyal Bank of Canada pour garantir une partie de
l’emprunt nécessaire aux travaux de réfection. Depuis, certains auront noté
l’atténuation du discours du corps médical quant aux émanations toxiques
produites par les usines de la basse-ville et leurs effets sur les nouveaux-nés
de ces quartiers, qui détiennent les plus hauts taux de malformations et de
morts-nés de la province. »
« Monsieur Minguy a été retrouvé dans ses appartements, après que les
pompiers eurent été appelés sur les lieux. S’étant frayés un chemin à travers
une épaisse fumée, ceux-ci n’ont pu que constater le décès par asphyxie de la
victime, trouvée pieds et poings liés à son lit, alors qu’un appareil à moteur
était en marche dans l’appartement et produisait, entre autres, des vapeurs
de monoxyde de carbone. Il semble que l’agresseur attendait Monsieur
Minguy à son retour du bureau pour l’immobiliser et démarrer sa machine
infernale, après avoir calfeutré la plupart des voies de ventilation. Le moteur
en question était un Ford, dont le carburateur avait été remanié en vue de
produire un maximum d’émanations. La victime affichait un visage rouge
cerise et une grotesque expression de terreur. »
« Monsieur Laurent Gagnon, constructeur bien connu de Québec,
est passé dans l’autre monde au cours de la nuit, et cela d’une manière
sordide. Monsieur Gagnon avait fait la première page, il y a quelque
temps, suite à l’obtention par sa compagnie du contrat d’agrandissement
de l’Hôtel-Dieu de Québec, un agrandissement fort mitigé, puisqu’il met
en rapport un édifice à étages multiples avec les coquettes habitations du
Vieux-Québec. Il semble que ce contrat ait été obtenu malgré le fait que la
soumission du constructeur fut la plus élevée. Comme cet agrandissement
crée un précédent, plusieurs craignent qu’il ouvre la porte à un ensemble de
constructions à étages qui viendront modifier en profondeur – et en hauteur
– le paysage architectural de notre ville. »
« Monsieur Gagnon a été retrouvé « coulé » dans du béton dans un des
secteurs de la ville où la chaussée est en réparation. Son meurtrier a précipité
la victime ligotée dans du ciment à prise rapide en la laissant s’y noyer.
Il semble que l’agresseur ait cependant désiré que le corps soit facilement
retrouvé, puisque les quatre membres attachés de Monsieur Gagnon
émergeaient de la surface bétonnée. Imaginez la surprise des ouvriers qui ont
découvert ce matin cette paire de mains et de pieds surgissant d’une section
de la chaussée fraîchement repavée. De grands efforts ont dû être déployés
afin d’extraire le corps de Monsieur Gagnon, dont les voies digestives autant
que respiratoires étaient gorgées de ciment, laissant croire que son bourreau
lui en ait fait ingurgiter de grandes quantités avant de le noyer. »
« Monsieur Antoine Guillemette, chauffeur d’autobus et propriétaire de la compagnie Guillemette Inc., a
succombé ce matin à ses blessures. On se rappelle que les autobus de Monsieur Guillemette, le premier à
exploiter de façon commerciale ce mode de transport dans la ville de Québec, sont forts critiqués en raison de
leur masse, du côté imprévisible de leurs déplacements latéraux et du danger qu’ils font courir aux enfants qui
traversent les rues. D’autres mettent la population en garde contre la menace que les autobus font peser sur
le tramway, dont ils pourraient sonner le glas. L’homme laisse une famille nombreuse dans le deuil, dont son
épouse Félixine, la fille de feu Alcide Giasson, commissaire à la police de Québec. »
« Monsieur Guillemette a été atrocement écrasé hier, alors qu’un de ses employés démarrait un autobus de la
compagnie. Monsieur Guillemette avait été bâillonné et attaché solidement par un agresseur inconnu. Celuici a positionné la tête de la victime contre les roues arrières de l’autobus. Lorsque l’employé, beau-frère de
Monsieur Guillemette, a embrayé en première, l’autobus est venu écraser le crâne de la victime. Sentant une
résistance au déplacement de son véhicule, le chauffeur est descendu et a pris connaissance de la scène horrible.
La victime respirait encore, malgré une boîte crânienne horriblement déformée. L’employé ne put reconnaître
son beau-frère qu’à sa tenue vestimentaire. Monsieur Guillemette a rendu l’âme en soirée à l’hôpital. »
« Monsieur Anatole Pednault, urbaniste à la ville de Québec et membre de la Commission d’urbanisme, a été
retrouvé sans vie à l’aube, alors que l’on avait signalé sa disparition il y a plus de deux semaines. Monsieur
Pednault avait été récemment impliqué dans une histoire de pots-de-vin relativement à la construction du
Saint-Buis, un édifice de cinq étages. Cette construction avait entraîné la démolition de plusieurs habitations
centenaires de la Grande Allée. Monsieur Pednault, accusé d’avoir accepté des sommes d’argent de la firme de
construction Gagnon & fils, avait été acquitté grâce à maître Blanche Quirion qui avait brillamment relevé un
vice de procédure. »
« Le corps de Monsieur Pednault a été retrouvé ce matin dans le système d’aqueducs de la ville, alors que des
ouvriers ont été attirés par une nouvelle cloison qui bloquait l’accès à un des tunnels principaux. Le cadavre de
la victime se trouvait derrière la cloison, sur laquelle le mourant avait gravé les mots suivants : « c’est ici que
se trouve la sortie ». Il semble que Monsieur Pednault ait été emprisonné dans un labyrinthe de canalisations
dont la seule issue avaient été préalablement bloquée par son bourreau. Sa grande connaissance du système
d’aqueduc n’a donc pu servir à la victime qui s’est retrouvée devant un mur de briques infranchissable là où la
sortie aurait dû se trouver. L’urbaniste a probablement erré pendant quelques jours avant de mourir d’inanition.
La dépouille, soumise à l’humidité et aux rats, était dans un état lamentable lors de sa découverte. »
« Monsieur Ernest de la Durantaye, échevin à la ville de Québec, s’est éteint dans des circonstances tragiques
dans la journée d’hier. Ces derniers mois, l’homme politique avait vu sa carrière ternie alors qu’on avait remis
en question son intégrité. Il semble qu’il ait joué un rôle important dans l’appui donné par la ville au verdict
du défunt juge Pamphile Boudrias, qui avait tranché en faveur de Monsieur Hugues Papineau dans l’affaire de
l’expropriation d’Eustache Tremblay de la Pointe-à-Carcy. Ses déboires sentimentaux avec Madame Eglantine
Galichand, décédée dans des circonstances encore obscures il y a quelques semaines, avaient également fait la
manchette. »
« Monsieur de la Durantaye a succombé hier, littéralement écrasé sous le poids de ses concitoyens. Son assaillant,
voulant sans doute donner un sens symbolique à son geste, a bâillonné et ligoté Monsieur de la Durantaye et
l’a placé sous un panneau de bois servant à assurer la circulation piétonnière sur un trottoir en réfection de la
rue St-Jean. Il a habilement fait porter le poids du panneau sur le corps de sa victime. Ainsi, toute la journée,
des centaines de personnes ont emprunté ce passage bruyant, sans se douter qu’à chaque fois, elles venaient
comprimer la tête, la cage thoracique, l’abdomen et les membres de Monsieur de la Durantaye, entraînant des
blessures mortelles. »
« Monsieur Antonin Robitaille, propriétaire de plusieurs magasins de
fourrure à Québec, a été la victime d’un maniaque hier dans la nuit.
L’homme d’affaire, grand amateur de chasse et de pêche, était perçu comme
un original par plusieurs. Il n’hésitait pas à s’engager dans de grandes
opérations de charité tout en démontrant beaucoup d’agressivité en affaires.
On se rappellera, il y a quelques années, le don fait à la garnison stationnée
à la Citadelle : l’homme avait vêtu de fourrure l’ensemble de l’état-major.
Mentionnons que Monsieur Robitaille était également actionnaire de la
firme d’architecture de Monsieur Ambroise Robidoux, avec lequel il avait
annoncé publiquement la construction sur les plaines d’Abraham d’un
entrepôt de fourrure géant visant à desservir tout l’Est du Canada, advenant
que le projet de développement des plaines soit entériné par les autorités
municipales. »
« Monsieur Robitaille a été retrouvé entièrement dépouillé. Il apparaît que
son agresseur lui ait arraché la peau de son vivant, comme on enlève la
fourrure aux animaux. D’après la reconstitution conduite par les autorités
policières le criminel aurait entraîné Monsieur Robitaille dans un quartier
peu fréquenté de la ville et l’aurait attaché. L’homme d’affaire aurait alors été
scalpé, puis on aurait pratiqué sur toute la surface de son corps des incisions
au bistouri. Par la suite, un autre instrument aurait servi à dégager les tissus
sous-cutanés. Monsieur Robitaille auraient alors été détaché et relâché. En
cette nuit d’automne, l’homme écorché n’a pu parcourir que quelques coins
de rue en semant la panique chez les badauds. Il s’est rapidement écroulé,
achevé par l’exposition de ses tissus internes au froid mordant. »
Monsieur Xavier Delangis a été reçu
officiellement membre de l’Académie
nationale des Architectes le mois dernier.
Qualifié du « plus brillant diplômé sorti
de l’École d’Architecture de l’Université
Laval », Monsieur Delangis avait présenté
en tant qu’étudiant de nombreux travaux
qui, en raison de leur grande qualité et
de leur originalité, avaient été achetés par
diverses firmes d’architecture de la ville de
Québec, dont celle de Monsieur Ambroise
Robidoux.
Coup d’éclat à Québec !
Monsieur Xavier Delangis, brillant
architecte au service de la firme de
Monsieur Ambroise Robidoux, a quitté le
bureau de son employeur en claquant la
porte la semaine dernière. Il a accusé celuici de promouvoir une architecture politisée
et de bas niveau. Cette démission survient
après que Monsieur Robidoux ait rendu
public plusieurs projets de développements
résidentiels et commerciaux.
Monsieur Delangis n’a pas dévoilé quels
étaient ses plans.
Hier en fin d’après-midi un terrible drame
s’est produit sur un des sites de fouilles
archéologiques du Vieux-Québec. Monsieur
Xavier Delangis, architecte, a été retrouvé
horriblement mutilé après que son véhicule
ait fait une embardée. Lorsque la voiture a
basculé, le corps de la victime s’est retrouvé
coincé entre la voiture et un mur de pierres.
Circulant à haute vitesse, le véhicule ne s’est
immobilisé que plusieurs verges plus loin.
Actuellement, la victime repose dans un état
grave à l’Hôtel-Dieu de Québec. Bien qu’on
ne craigne plus pour sa vie, les chairs du
visage de Monsieur Delangis ont été arrachées
jusqu’à la charpente osseuse. L’homme
restera à jamais horriblement défiguré et l’on
craint que la brillante carrière de l’architecte
ne soit compromise.
Rappelons que la victime effectuait à l’emploi
des autorités municipales une évaluation
des travaux de réfection de cette partie des
vieux murs. C’est le bureau d’architectes
de Monsieur Ambroise Robidoux, dont
Monsieur Deslangis est un ancien employé,
qui détient le contrat de rénovation du site,
laquelle doit s’effectuer en parallèle avec les
fouilles archéologiques. Certaines rumeurs
affirment que Monsieur Robidoux est
davantage intéressé à exploiter l’emplacement
pour la construction de logements de luxe
qu’à respecter les découvertes historiques
mises à jour par les fouilles.
Quebec,
o toi ma ville,
je veillerai sur toi
coute que coute !
Des fantômes dans l’édifice Price !
Monsieur
Xavier
Delangis,
architecte de métier, a été
officiellement porté disparu
la semaine dernière par les
autorités policières de la
ville de Québec. Il y a déjà
plusieurs mois que Monsieur
Delangis
n’a
plus
donné
signe de vie à sa famille et
qu’il demeure introuvable.
On se souviendra qu’il avait
été victime d’un tragique
accident qui avait mis fin
à sa carrière et entraîné sa
réclusion à l’écart de toute
activité publique.
Depuis quelques semaines des rumeurs
pour le moins étranges circulent sur cet
édifice emblématique. On aurait aperçu
la nuit à plusieurs reprises des lueurs à
l’étage supérieur. Rappelons que cette
section est inhabitée depuis que des
travaux de réfection ont été amorcés.
Quelques employés auraient également
signalé des bruits inexpliqués et de
mystérieux déplacements d’objets dans
certains appartements. Finalement,
une des femmes de chambre aurait
été victime d’une crise d’hystérie la
semaine dernière après avoir, à ses
dires, « contemplé le visage même de
la mort ». Elle était retournée le soir
dans les appartements en question afin
de récupérer une boîte à lunch oubliée.
Aucune de ces rumeurs n’a été confirmée
par la direction de l’établissement.
ISBN 978-2-923701-07-3
9 782923 701073
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