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Appel à candidature - Journées Cinématographiques de Carthage

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Appel à candidature
Littérature et cinéma
Regards croisés et intertextualité
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Qui se rappelle du film Mokhtar de Sadok Ben Aïcha? En voici le synopsis :
Mokhtar, jeune lycéen, parvient à faire éditer, par l'Union des Femmes de
Tunisie, son premier roman dans lequel il parle des problèmes de la jeunesse
tunisienne, de la nouvelle génération d’après la décolonisation et de la libération
de la femme. C’est un succès et il accorde de nombreuses interviews. Mais il est
mécontent de l’interprétation de son œuvre par les critiques. Il décide d’écrire
son deuxième roman qui a pour héroïne une jeune fille en rupture de passé.
Nouveau succès. On lui propose même d’adapter son premier roman au cinéma.
Déception, son œuvre subit une modification supplémentaire, plus profonde
encore. Un jour, brusquement, Mokhtar disparaît. Accident, suicide… ?
Ce synopsis résume la problématique de notre colloque. Et qui se rappelle de
cette boutade de Hitchcock quand il parlait de son premier film américain,
Rébecca ? Hitchcock comptait sur la popularité du roman afin de promouvoir
son premier film américain. Un slogan disait : « You loved the novel, you'll live
the film» (Vous avez aimé le roman, vous vivrez le film). Il répondait à propos
de ce slogan : « vous connaissez sûrement l'histoire des deux chèvres qui sont en
train de manger les bobines d'un film adapté d'un best-seller. Et une chèvre dit à
l'autre : "Moi je préfère le livre" (Hitchcock à propos de l'adaptation de Rebecca,
Le cinéma selon Hitchcock, p. 144). Rappelons-nous du générique du film de
Visconti, l'Innocent. Lorsque Visconti adapte L'innocent de D'Annunzio, c'est sa
familiarité avec l'oeuvre qu'il indique dès le générique en filmant sa main vieillie
feuilletant son exemplaire personnel du livre dont une page est même trouée de
ses cendres de cigarettes. Et cette scène du film Le Moineau de Youssef Chahine
quand Cheikh Ahmed traverse le patio de la Mosquée Al Azhar avec un tas de
bouquins disant : « moi les livres, je les écris, je les lis, je les vends...»,
hommage de Lotfi El-Khouli, scénariste, aux écrivains. L'autodafé dans le
film de Youssef Chahine, Le Destin et celui de Fahrenheit 451 de
François Truffaut sont des exemples de la présence du livre même à l'écran.
Texte et image. L'Icône et la lettre. Littérature et cinéma Roman et film. Des
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binômes qui semblent répéter une chanson culte écrite par Serge Gainsbourg
pour Brigitte Bardot : " Je t'aime, moi non plus". Joseph Conrad écrivit :" le but
de la fiction est donner à voir". François Truffaut appelait de ses voeux
l’avènement du « véritable écrivain de cinéma ». De même, le fameux «
manifeste » d’Alexandre Astruc, animé de quelques jolies formules qui ont
assuré sa prospérité, est simultanément intoxiqué par ces jolies formules. Dans «
Naissance d’une nouvelle avant-garde : la caméra-stylo », le critique et cinéaste
fait basculer les possibilités du cinéma du côté du langage, constatant que, dans
certains films, « le langage cinématographique donne un équivalent exact du
langage littéraire ». Point d’appui et point de rupture, il s’agit bien de penser le
cinéma contre, avec et par opposition à la littérature. Certes, en tenant la
comparaison ou en filant la métaphore de l’écriture de manière assez rigoureuse,
Alexandre Astruc est récompensé par quelques symétries assez heureuses d’un
point de vue rhétorique lorsqu’il en vient à cette conclusion célèbre : "La mise
en scène n’est plus un moyen d’illustrer ou de présenter une scène, mais une
véritable écriture : l’auteur écrit avec la caméra comme un écrivain écrit avec un
stylo". Texte et image. L'Icône et la lettre. Littérature et cinéma Roman et film.
Malgré une synergie continue, une symbiose de hasard et souvent de nécessité,
une sorte de prédation réciproque, celle des instruments de l'un par l'expressivité
de l'autre, le texte et l'image avancent à travers le siècle de leur existence en tant
que fictions parallèles, une coexistence dans un rapport tendu et une interférence
truffée de malentendus : dialogue, conflit, fusion entre l'écrit et l'image qui
dominent notre siècle. Dialogue de coquetteries croisées. Pourtant, s'il est encore
besoin de le répéter, « les écrivains ont souvent emprunté la grammaire du
cinéma pour leurs propres usages. Inversement, le cinéma a puisé dans la
littérature, non seulement des sujets, mais des modes de récit ». Entre le cinéma
et la littérature, le roman et le film, la circulation a été intense. Beaucoup
d'écrivains ont écrit pour le cinéma ; c'est encore écrire.
Beaucoup de cinéastes ont publié des romans, sinon des essais, des textes. Notre
colloque s'intéresse essentiellement à la double migration : des créateurs qui
sont réellement passés derrière la caméra. Des cinéastes qui ont échangé la
caméra pour la plume, la machine à écrire ou aujourd'hui le clavier. Ceux aussi
qui ont vécu l'ubiquité de la création, ceux qui se sont adonnés à l'art de la
fiction par la lettre et l'icône : les « cinécrivains ».
Sujet inépuisable, notre colloque se veut le lieu de l'analyse de la rencontre des
deux mondes - du cinéma et de la littérature - avec l'objectif de dresser un bilan,
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par-delà les pays, les langues, les courants littéraires ou les écoles
cinématographiques, afin de suivre les canaux de la circulation de la sève
créatrice entre littérature et le cinéma. Non seulement sur le plan de
l’intertextualité, mais à la recherche du croisement entre ces deux arts qui se
complètent en faisant semblant de se tourner le dos alors qu'ils se regardent les
yeux dans les yeux. Chacun tenant à ses spécificités en réponse à la phrase
célèbre d'André Bazin : « l'art est une affaire de vision ». Ce que propose ce
colloque est de faire le point autour d'une tétralogie du rapport délicieux et
douloureux à la fois entre le texte et l’image, l'icône et la lettre, le roman et le
film, donc de la littérature et le cinéma. Le tout justifie la co-organisation du
colloque entre un Festival de cinéma, Les Journées cinématographiques de
Carthage (qui abandonnent lors d’une session des sujets professionnels,
techniques, de diffusion de films et d'autres..) et un haut lieu de la littérature et
des arts, La Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba à
travers ses trois départements d'Arabe, de Français, et d'Anglais.
Voici les quatre axes:
A - L'adaptation
Retour à l'incontournable André Bazin qui affirme: « Un cinéaste qui se
contente de traiter un roman comme un synopsis poussé restera médiocre
quelle que soit l'oeuvre choisie ». Pourtant, les chiens de garde de la
littérature traitent souvent l'adaptation cinématographique sous le seul aspect
de ses écarts avec l'oeuvre d'origine, de ses manquements par rapport à la
matière romanesque, de son incapacité à en retrouver le style. Le but de
l'artiste est pourtant rarement de retranscrire l'oeuvre littéraire, mais bien
plutôt d'en donner sa propre vision. Face à un tel investissement l'on ne peut
faire l'économie d'un résumé des enjeux de l'œuvre littéraire avant de le
confronter à l'œuvre cinématographique. C'est enjeux contre enjeux, moyens
contre moyens et enfin séquence contre séquence que devrait se faire
l'analyse de l'adaptation. Plusieurs colloques et numéros de revues en ont fait
leur sujet, proposant un corpus cohérent et multiforme dans l'approche et les
conclusions. Mais le débat est encore ouvert. Une fois passé en revue ce
corpus, nous sommes en mesure de nous demander à propos de ce sujet
polémique : le cinéma a-t-il influencé les modes de narration littéraires ?
Pour ce faire, un atelier d'analyse sera installé à La Faculté de la Manouba.
En confiant à des doctorants la tâche d'analyser des binômes Roman/Film.
Nous en avons choisi six. Ces étudiants présenteront leurs travaux à la
clôture du colloque devant les intervenants. Ainsi nous assurons la synergie
lancée par notre projet : Les JCC à l'Université que nous inaugurons cette
année avec La Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba,
qui assurera la publication des actes du colloque.
B- les Écrivains devenus cinéastes
(critiques, poètes, bdéistes compris)
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Nous présenterons ici les problématiques lancées par la Revue critique de
fiction française contemporaine dans son n° 7 : Écrivains-cinéastes ? Avenir
d’une figure amphibie. Dans le dialogue entres arts, les figures de passeurs
sont fort nombreuses, mais beaucoup plus rares celles de créateurs
appartenant à égalité à deux sphères différentes. À ce titre, les écrivainscinéastes excèdent le simple dialogue entre littérature et cinéma et donnent à
imaginer qu’il existe une zone de recouvrement grâce à laquelle ces deux arts
partagent, en partie du moins, une histoire commune. Au cours de cette
histoire, vieille à présent de plus d’un siècle, on distingue en effet deux
grands moments, aisément repérables à l’apparition de ces figures amphibies.
Tout d’abord les années 1930 où avec l’arrivée du parlant des dramaturges
(Pagnol ou Guitry) et des romanciers (Giono ou Malraux) développent une
double compétence. Puis les années 1960 où Marguerite Duras et Alain
Robbe-Grillet (unis tous deux par la figure tutélaire d’Alain Resnais)
amorcent un processus de lente fusion entre les genres ou les pratiques, qu’ils
poursuivent jusqu’à la fin. Les années 2000 et suivantes sont-elles le
troisième temps de cette histoire épisodique ? Et dans quelle mesure ce temps
s’inscrit-il dans le paysage européen ? Car le phénomène, s'il est manifeste en
France, est palpable un peu partout. Que ce soit en Allemagne, en Angleterre
ou en Belgique, partout des écrivains s’approprient la caméra pour y trouver
un nouvel outil d’expression. (Revue critique de fiction française
contemporaine : n° 7 Écrivains-cinéastes ? Avenir d’une figure amphibie).
C- Ces films devenus romans.
Ces cinéastes s'auto-adaptant en publiant leurs films en textes (Godard dixit)
ou ces cinéastes reconnus après leurs romans ?
D- Deux cas originaux du arabo-africain.
Nous consacrerons un axe à trois cinéastes « bigames de la création »,
comme se définit Ousmane Sembène : l'algérienne Assia Djebbar, le
sénégalais Ousmane Sembène et le Syrien Mohammed Malass. Notamment
Sembène qui pratiquait ce qu'il refuse d'appeler « adaptation de ses
romans » ; il parlait de « reprise ».
E- L'écrivain comme personnage de fiction à l'écran.
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Un domaine vierge devant l'analyse, mais très porteur. Depuis les biopics de
grands écrivains jusqu'aux interrogations des cinéastes du Nouveau roman
sur leur ubiquité, comme dans le film Mokhtar qui a proposé très tôt ce
thème.
F- Une voie lactée de sujets peut s'adjoindre.
Écrire des dizaines de nouvelles pour le cinéma comme le fit Najib Mahfouz,
jamais publiées et jetées à la poubelle une fois transformées en scénarios. Ces
scénarios syriens dits "scénarios littéraires" publiés dans des revues. Ces
scénarios jamais réalisés devenus romans. Ou ces romans qui ont fait de leurs
auteurs des cinéastes pour abandonner la littérature comme pour Mehdi
Charef. Les remakes dans le cinéma égyptiens, souvent adaptés de films
occidentaux, eux-mêmes adaptés de romans célèbres. Enfin la présence du
cinéma dans la littérature comme chez Philippe Toussaint, Georges Perec et
Najib Mahfouz. Une forêt de directions. Nous attendons des contributions qui
s'inscrivent sur cette plateforme voulue vaste dont les communications
proposées délimiteront les contours.
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