close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

00 PAGE UNE 2 - POI Comité de Vitrolles

IntégréTéléchargement
L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes
386
INFORMATIONS
OUVRIÈRES
nouvelle série
du 28 janvier
au 3 février 2016
1,5 euro (soutien 2 euros)
N0
(2780)
ISSN 0813 9500
INFORMATIONS
OUVRIÈRES
5
521
abonnés reçoivent
ce numéro.
Et vous ?
(page 16)
POI
Photos AFP
TRIBUNE LIBRE DE LA LUTTE DES CLASSES H E B D O M A D A I R E D U PA R T I O U V R I E R I N D É P E N D A N T
26 JANVIER, EN PLEIN ÉTAT D’URGENCE
Des centaines de milliers
en grève, dans la rue,
contre la politique
du gouvernement
Pages 2, 3 et 4
À LA UNE
2011-2016
Le 25 janvier,
la commission Badinter
a remis au gouvernement
son projet de destruction
du Code du travail.
Page 3
TUNISIE, ÉGYPTE
CINQ ANS APRÈS…
DR
Photo AFP
Abonnez-vous à
Informations ouvrières
Pages 10 et 11
Photos AFP et correspondants
2
À LA UNE
INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 386
Semaine du 28 janvier au 3 février 2016
Dans les manifestations du 26 janvier
Dans les cortèges parisiens de la manifestation du 26 janvier.
“Ce gouvernement a dépassé
les bornes ; ensemble, public, privé,
il faut le faire plier !”
● 25 janvier :
Badinter remet
son rapport
de destruction
du Code du travail.
Photo JMP
● 26 janvier :
des centaines
de milliers
en grève et
en manifestations.
C
Avec nos correspondants
e 26 janvier, malgré et
contre l’état d’urgence, que
le gouvernement veut prolonger de trois mois, ils
étaient plusieurs centaines
de milliers en grève et en
manifestations dans 120 villes de France.
La grève a été massive dans de très nombreux secteurs de la fonction publique,
comme, par exemple, chez les instituteurs, où 100 000 d’entre eux s’étaient
déclarés grévistes.
Rappelons qu’au point de départ les syndicats enseignants du secondaire avaient
appelé à la grève le 26 janvier pour l’abrogation de la réforme des collèges. Puis les
fédérations de la fonction publique CGT,
FO et Solidaires, se saisissant de cette date,
ont également appelé à la grève et à manifester ce jour-là.
Il y avait, par exemple, les contrôleurs
aériens en grève pour leurs revendications.
Mais, ce même 26 janvier, à l’appel de leurs
syndicats, des milliers et des milliers de
taxis étaient également en grève et manifestaient dans toute la France contre la
déréglementation et la destruction de leur
métier.
Ce sont tous les aspects de la politique du
gouvernement qui dressent contre lui les
différentes catégories de travailleurs. La
politique de destruction de ce gouvernement au compte des patrons s’attaque à
tout le monde, public comme privé. Il est
d’ailleurs à noter que les fédérations FO et
CGT de la Sécurité sociale (organisme de
droit privé, comme celui de l’action sociale,
dont les agents ne sont pas des fonctionnaires) appelaient à la grève et aux manifestations le 26 janvier
Dans de très nombreux départements, des
unions départementales CGT ou FO soutenaient la grève des fonctionnaires et
appelaient à les rejoindre. Dans plusieurs
manifestations, des délégations syndicales
du privé sont présentes. « On est tous
concernés par les attaques du gouvernement ! », déclare un métallo. Plusieurs de
ces unions départementales soulevaient
dans leurs appels la question de la suite à
donner à la journée du 26. Par exemple,
dans une déclaration commune, les
UD FO et CGT de Haute-Savoie écrivent :
« Dans ces conditions, la grève du 26 janvier dans la fonction publique est un élé-
ment important du rapport de force que
nous devons construire pour porter un coup
d’arrêt aux mesures prises contre les
conquêtes ouvrières (réforme du Code du
travail, loi Touraine contre la santé, réforme
territoriale, réforme des collèges). Elle prépare les conditions du “tous ensemble”
public-privé qui permettra de faire aboutir nos revendications. »
Partout, dans toute la France, les cortèges
des enseignants qui exigent l’abrogation
de la réforme des collèges, des instituteurs, des hospitaliers, des territoriaux,
des fonctionnaires des autres secteurs qui
crient « Non à l’austérité ! Augmentation
des salaires ! Augmentation du point d’indice ! ».
Un syndicaliste de la fonction publique,
dans le cortège parisien, explique : « Avec
le gel du point d’indice, nous avons perdu
8 à 10 % de notre salaire en cinq ans. »
Dans tous les cortèges, s’est exprimée l’indignation face à la condamnation des huit
salariés de GoodYear. A Rouen, le cortège
s’arrête devant le palais de justice, et un
membre de l’UD CGT, au nom de la CGT
et de FO, Solidaires et FSU, lit un communiqué exigeant la relaxe pour les huit de
GoodYear. Un militant syndicaliste territorial explique : « Pour les huit de GoodYear,
il faut être plus actifs, plus déterminés. L’attitude des confédérations est trop légère. »
Dans la manifestation de l’Oise, lors de la
prise de parole FO et CGT, il est affirmé
l’exigence de la relaxe immédiate des salariés de GoodYear. Un militant CGT réagit :
« Une pétition pour GoodYear, c’est un coup
de chapeau. Ce gouvernement a choisi son
camp. Ils veulent aller jusqu’au bout. J’ai
vu Badinter remettre son rapport pour
détruire le Code du travail. Tout bloquer,
c’est la seule solution ! »
Dans toutes les manifestations, une question se pose : et maintenant ? Un responsable syndical de l’hôpital de La Rochelle
explique : « On ne peut pas continuer
comme ça ! Avec la loi Touraine, ce sont
56 lits supprimés à l’hôpital de La Rochelle.
Le 1er octobre, il y avait un appel d’une organisation syndicale, et le 8 c’était une autre…
Pourquoi pas le même jour ? Au congrès de
mon syndicat, j’ai dit : il faut arrêter les journées saute-mouton. Pour la grève d’aujourd’hui, il y avait un appel commun
FO-CGT. Alors maintenant, c’est tous
ensemble qu’il faut y aller pour stopper la
politique de ce gouvernement ! »
Dans la manifestation parisienne, un syndicaliste des Finances publiques : « Il faudrait faire comme à Vierzon, où mes
collègues sont en grève reconductible. Reconduire la grève pour un mouvement de
longue durée pour bloquer la politique du
gouvernement. Le 26, c’est bien, c’est important, car, face à l’union nationale voulue
par ce gouvernement, on est là, les travailleurs, avec nos propres revendications. »
Un autre fonctionnaire des Finances
publiques, syndiqué à une autre confédération, l’approuve et ajoute : « Les agents
n’en peuvent plus. Je pense sincèrement que
ce qu’il faut, c’est que tous les fonctionnaires,
les salariés du privé, se mettent en grève. Le
gouvernement a dépassé les bornes, il faut
le faire plier. »
C’est la question qui est sur toutes les lèvres,
après la réussite de la grève et des manifestations du 26, quelle suite donner, au
moment où le gouvernement multiplie les
attaques, comme, par exemple, la remise
du rapport Badinter, qui prévoit la destruction du Code du travail, la veille de la
“Après
le 26 janvier, manifestation du 26.
ce militant dans l’Oise qui explique :
ce qu’il faut C’est
« Ce gouvernement qui s’attaque à tous nos
construire,
acquis ne comprend que l’épreuve de force.
c’est la
Après le 26, dès maintenant, ce qu’il faut
mobilisation construire, c’est la mobilisation de tous les
salariés, public, privé. »
■
du public
et du privé”
Dans de nombreux départements, des
UD CGT ou FO ont appelé les salariés du
privé à se joindre aux manifestations.
Dans plusieurs départements, ce sont des
appels communs CGT, FO, Solidaires et
FSU qui ont été lancés, cherchant à donner à cette mobilisation une dimension
interprofessionnelle. Citons, par exemple,
l’Eure, la Gironde, la Haute-Loire, la LoireAtlantique, le Maine-et-Loire, la Manche,
le Puy-de-Dôme, la Seine-Maritime (avec
l’Unef), les Deux-Sèvres, la Vienne, les
unions régionales d’Ile-de-France.
Dans d’autres départements, ce sont des
appels communs CGT, FO et Solidaires,
comme dans les Bouches-du-Rhône, l’Essonne et l’Ille-et-Vilaine. Ailleurs, ce sont
des appels communs CGT et FO, comme
dans l’Ain, l’Oise et la Haute-Savoie.
Des fédérations ne faisant pas partie de la
fonction publique ont appelé à la grève et
à la manifestation, ainsi les fédérations CGT
et FO de la Sécurité sociale ou les fédérations CGT, FO et SUD de l’action sociale.
À LA UNE
INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 386
Ils veulent détruire
le Code du travail
Semaine du 28 janvier au 3 février 2016
Badinter a remis son rapport au Premier ministre
L
ÉDITORIAL
é
L’offensive gouvernementale pour dynamiter toute l’architecture de la législation
du travail et des garanties collectives des travailleurs s’accélère.
Une gigantesque opération d’enfumage l’accompagne. Yan Legoff
« Les Nouveaux
Monstres » (1)
Claude Brochard,
membre du bureau national du POI
M
Photo AFP
e rapport Badinter, comprenant « 61 principes » pour
un « nouveau Code du trava i l » , a é t é p r é s e n t é l e
25 janvier. Pour certains
commentateurs, on aurait
évité le pire. Ce rapport sera suivi, le
9 mars, par le projet de loi de la ministre du Travail, Myriam El Khomri. S’il
faut en croire la une du journal Le Monde
(26 janvier), « Badinter remet les droits des
salariés au cœur du Code du travail ».
« Valls retoque l’offensive de Macron sur les
heures sup’ et les 35 heures », titre aussi
l’Agence France-Presse, après que le Premier ministre a reçu le rapport Badinter.
Le mécanisme de l’enfumage est le suivant :
– d’un côté, le ministre Macron qui, parmi
les P-DG de multinationales réunis à Davos,
a déclaré la semaine dernière vouloir supprimer toute majoration pour le paiement
des heures supplémentaires, pour mettre fin
« de facto », dit-il, aux 35 heures ;
– de l’autre, le rapport Badinter, appuyé par
Valls et la ministre El Khomri, qui permettrait, dit-on, d’éviter le pire et de conserver
l’essentiel des garanties collectives.
« Badinter remet les droits des salariés au
cœur du Code du travail » ? « Valls retoque
l’offensive de Macron » ? Le pire est évité,
nous dit-on, grâce au bon rapport Badinter,
face aux mauvaises propositions de Macron.
Vraiment ?
« Et si Macron servait Valls ? », lance Cécile
Cornudet, éditorialiste du journal du capital Les Echos. Cette dame sait de quoi elle
parle, et à qui elle s’adresse, quand elle écrit,
ce 26 janvier :
« Comment aurait été perçu le discours de
Manuel Valls sur le Code du travail si Emma-
Le 25 janvier, Robert Badinter remettait son rapport au Premier ministre.
nuel Macron n’avait lancé en fin de semaine
l’Economie (…). Le ministre défriche les sujets
dernière l’une de ses offensives habituelles
et effraie les gardiens du temple socialistes,
contre les 35 heures ? Il n’aurait
rendant toute réforme finalepas eu la possibilité d’affirmer, “Et si Macron
ment décidée par un autre plus
contre son ministre de l’Econodouce et plus acceptable. Emmaservait Valls ? nuel
mie, que “les heures suppléMacron, dans le rôle de
mentaires seront toujours ma- Dans le rôle
l’épouvantail utile. Adepte de la
jorées”. Et donc de rassurer la
terre brûlée idéologique : après
d’épouvantail
gauche (…). Il n’aurait pas non
son passage, semer quelques
plus pu rester flou sur l’idée utile”
graines devient possible. »
d’une baisse du plancher de
De quelles « graines » s’agit-il ?
(Les Echos)
10 % de majoration des heures
De la pire offensive contre le
supplémentaires. Et donc laisCode du travail jamais tentée
ser ouverte une possibilité de réforme, sur un
par un gouvernement. Nous en donnons citerrain préparé par son même ministre de
dessous quelques éclairages.
■
Parmi les 61 principes du rapport Badinter,
qui sont censés être le préambule du futur Code du travail...
■ LE CAS DU CDI
Prenons l’exemple du CDI. Le principe n° 13
du rapport Badinter édicte que « le contrat
de travail est à durée indéterminée ». Mais
c’est pour ajouter aussitôt : « Il ne peut être
conclu pour une durée déterminée que dans
les cas prévus par la loi. » Mais, au passage,
disparaît la précision fondamentale de l’actuel article L.1242-1 : « Le CDD ne peut avoir
pour effet ou pour objet de pourvoir durablement à un emploi lié à l’activité permanente de l’entreprise. » Un détail ? L’article
L.1242-1 est à la base de tout le combat pour
la requalification des CDD en CDI !
■ LE PRINCIPE DE LA NORME
LA PLUS FAVORABLE
MIS SENS DESSUS DESSOUS
Le principe n° 55 touche à une question fondamentale, celle de la « hiérarchie des
normes », qui prévoit actuellement que le
contrat de travail doit avoir des dispositions
égales ou plus avantageuses que l’accord
d’entreprise, lequel doit être égal ou supérieur à l’accord de branche (convention collective), qui ne peut qu’être égal ou plus
avantageux que le Code du travail. Badinter
met cela sens dessus dessous. Selon le principe n° 55 : « La loi détermine les conditions
et les limites dans lesquelles les conventions
et accords collectifs peuvent prévoir des
normes différentes de celles résultant des lois
et règlements ainsi que des conventions de
portée plus large. » C’est la porte ouverte à
tout ! Le principe n° 56 édicte que « en cas
de conflits de normes, la plus favorable s’applique au salarié »… Pour ajouter aussitôt :
« Si la loi n’en dispose pas autrement. » Donc,
l’application de la norme la plus favorable
peut ne pas s’appliquer !
Badinter réalise des tours de passe-passe
similaires pour la définition du temps de
travail, le paiement des heures supplémentaires (principe n° 33)… Nous y reviendrons.
■ UN “SYSTÈME DE RÉFÉRENCE”…
POUR GÉNÉRALISER LES DÉROGATIONS
Dans l’esprit de Badinter, ces 61 principes
« constitueront un système de référence pour
ceux qui auront pour mission d’interpréter
les règles et de les appliquer ». Et cela à tous
les niveaux : dans les branches, comme dans
les entreprises.
Mais dans leur généralité, dans leurs formulations contradictoires, ils ne peuvent
qu’ouvrir la voie à une atomisation généralisée, sous le chantage du patronat. La dérogation deviendrait la norme. Et les mesures
concrètes que prépare le gouvernement,
dans le cadre du prochain projet de loi de la
ministre El Khomri, vont le confirmer très
vite.
L’actuelle campagne médiatique, visant à
faire croire que ce rapport nous préserve du
pire, n’a pour objet que de tenter d’accrocher les syndicats à cette opération.
■ VOUS AVEZ DIT “ÉTHIQUE” ?
Dans son introduction, Robert Badinter se
prévaut de « la volonté d’assurer le respect
des droits fondamentaux de la personne
humaine au travail ». Est-ce seulement une
manière un peu pompeuse de désigner le
travailleur ou le salarié ? Pas seulement : cette
appellation fait disparaître le rapport d’exploitation, dont la reconnaissance est à la
base du Code du travail. Le contrat de travail n’est pas un contrat conclu en deux parties égales. Le Code du travail est fait pour
protéger l’une des parties (le travailleur)
contre l’autre (le patron qui l’emploie).
Dans la même veine, Badinter parle de
« dimension éthique ». Que vient faire
« l’éthique » là-dedans ? Le droit du travail,
ce n’est pas de la morale, ce n’est pas du
« sociétal » : le Code, c’est, en quelque sorte,
de la lutte de classe cristallisée dans des
textes, donc dans des lois, des normes, avec
ses avancées et ses reculs. C’est cela qui est
en jeu.
■
ois après mois, HollandeValls... et les autres cassent les
bases du droit social érigé, loi
après loi, depuis Germinal.
1945, après guerre, notre pays,
ruiné, a élaboré et financé une Sécurité
sociale de haut niveau. On nous rabâche que
c’est folie au XXIe siècle.
Les « décideurs » PS, embourgeoisés, tombent d’un parti dit socialiste dans un socialréformisme peu social, pour finir en libéralisme
impérialiste-colonialiste.
Depuis quarante ans, tous les pouvoirs servent le même menu usé. Enfler les aides aux
entreprises pour réduire les dépenses publiques. On voit le degré de chômage. 2014, les
dividendes spéculatifs ont été de 131 milliards,
l’évasion fiscale de 60.
La politique du « tout-compétitivité » n’apporte aucun progrès, sape notre organisation
sociale, à laquelle les usagers sont si attachés.
Les fermetures de services publics rendent
leur accès ardu aux usagers. Le mouvement
du 26 janvier ouvre des perspectives pour un
secteur public à la hauteur.
Hollande rêve de « redéfinir le modèle économique et social ». Sa réforme démolira le
Code du travail, qui ne sera plus la source de
la protection des salariés. On dérogera aux
35 heures, y compris pour le paiement des
heures supplémentaires. Macron martèle sur
le décès de « facto » des 35 heures.
Pour « adapter notre droit aux réalités des
entreprises », ils exigent d’inverser la hiérarchie des normes. Un nouveau et « beau » droit
du travail : la loi-code ne fixera que des principes. Le reste sera soumis à la « négociation »
dite collective. Avec un temps de travail audelà de l’année !
Le CICE, crédit d’Etat restitué aux boîtes,
sera transformé en allégement définitif des
cotisations sociales patronales, brisant la protection sociale.
Dans « un monde en mutation », le compte
personnel d’activité (CPA) suppléera aux acquis
collectifs avec les prétendus droits individuels.
Vous bâtirez seul votre avenir professionnel !
Cela montre l’actualité de la conférence de
défense des acquis de 1936 et 1945.
Hollande, général en chef, et Valls, copiécollé de Sarkozy, adepte de la « guerre intérieure » et du coup d’état d’urgence permanent,
cherchent à sortir du guêpier de leur dossier
sur la déchéance de la nationalité, oubliant la
référence à l’Etat de droit.
La crise s’amplifie avec une Ve République
bonapartiste rejetée par les citoyens, un « non »
de gauche perverti (2005), le verrou d’une Union
européenne usée.
De tous côtés, la pression du capital vise à
l’union sacrée. Rassemblons les combats, pour
une vraie sécurité, contre la guerre, pour sauver le socle des conquêtes politiques et sociales,
dans l’unité.
(1) Film d’Ettore Scola.
3
À LA UNE
INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 386
POLITIQUE
On aura rarement vu mieux
dans l’art de brouiller
les pistes…
U
n président de la République qui annonce
qu’il va prolonger l’état d’urgence et qui
« consulte » toutes les formations politiques, avec un seul objectif : dire à chacune une
partie de ce qu’elle veut entendre pour contribuer
à les disloquer toutes un peu plus, afin de réaliser les conditions de sa réélection en 2017.
Un ministre de l’Economie qui s’est appliqué, dans
son show à Davos, à contredire la ministre du Travail.
Un Premier ministre « contraint », de ce fait,
de recadrer de toute urgence son ministre de l’Economie.
Bref, un jeu de rôle où il a fallu faire donner le grand
« humaniste » Badinter, pour présenter sous les
meilleurs auspices le texte de loi qui sera soumis
par la ministre du Travail au Conseil des ministres
du 9 mars, qui est censé ouvrir les deux ans de travaux de « réécriture » du Code du travail.
A Davos, les représentants du monde de la finance
se sont pris à rêver : « Et si la France, se sont-ils
laissés aller à avouer, pouvait profiter des actes de
guerre perpétrés sur son territoire, si elle pouvait
profiter de l’état d’urgence pour réussir enfin à
s’engager derrière l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie… et ouvrir la voie à une précarisation totale du
travail ? »
A leur corps défendant, les représentants de la
finance mondiale ont parfaitement résumé la
façon dont la situation politique se noue aujourd’hui en France. S’il ne fait aucun doute que l’état
d’urgence et la réforme constitutionnelle représentent une attaque frontale contre la démocratie, l’ensemble de cet arsenal, s’il veut avoir une
chance de s’installer, doit éviter de se heurter dans
un avenir immédiat à un obstacle de taille.
Il lui faut à tout prix éviter d’être soumis à l’épreuve
de vérité que constituerait une mobilisation massive des salariés, rassemblés avec leurs organisations, contre une loi qui ouvre la voie – n’en
déplaise à ceux qui la trouvent plutôt positive
(CFDT) – à une véritable contre-révolution. Une
mobilisation qui défierait le dispositif législatif
antidémocratique et les apprentis sorciers qui
s’abritent derrière lui pour s’attaquer à la destruction du socle de tous les acquis sociaux arrachés depuis la guerre.
En ce sens, la grève et les manifestations appelées dans l’unité par la CGT, la CGT-FO et Solidaires le 26 janvier, dans un pays soumis à l’état
d’urgence, revêtent la plus grande importance.
Cette journée de grève et de manifestations – quel
que soit le nombre de participants (un nombre
qui sera disséqué, n’en doutons pas, par le chroniqueur du Monde, Michel Noblecourt) – exprime
l’aspiration profonde des travailleurs à se saisir,
en dépit des obstacles, de leurs organisations de
classe pour rassembler leurs forces face à l’offensive de ce gouvernement.
Cette journée indique que, délaissant les succès
de la pêche miraculeuse de dizaines de milliers
de signatures en ligne, les militants et responsables des organisations ayant appelé à la journée du 26 janvier ont, dans cette période troublée,
continué à resserrer les contacts entre eux pour
surmonter les réticences et les freins à l’action
interprofessionnelle et permettre à une fraction
de la classe ouvrière de dire ce qu’elle a sur le cœur.
Un premier jalon a été posé dans la voie de la préparation d’une riposte réelle. Il appelle une suite.
Notre journal s’engage à ouvrir ses colonnes, comme
c’est sa vocation, à tous ceux qui préparent cette
suite.
■ Marc GAUQUELIN
Grève massive des taxis
ardi 26 janvier, toutes les organisations syndicales et associations de taxis ont appelé à la
grève dans toute la France
contre la « concurrence déloyale » des
VTC (voiture de tourisme avec chauffeur)
qui proposent des forfaits bon marché,
en concurrence directe avec les tarifs de
taxis fixés et plafonnés par l’Etat. Une
mobilisation qui s’annonce d’ampleur,
avec des blocages aux abords des grandes
villes et à Paris, autour des aéroports et
près du ministère des Finances.
En juin dernier, après une forte mobilisation, les chauffeurs de taxis avaient obtenu
l’interdiction par le Conseil constitutionnel d’Uber-Pop, service « low cost » du géant
américain Uber, activité permettant à des
non-professionnels de s’improviser occasionnellement chauffeurs de taxis.
M
Pour les organisations de taxis, rien n’a
changé. Elles dénoncent l’incapacité du
gouvernement « à appliquer et faire respecter » la loi Thévenoud de 2014, loi qui
devait notamment permettre de poursuivre
pénalement les personnes ou entreprises
qui organisaient cette activité illégale.
« C’est la jungle. Les VTC continuent à faire
des maraudes sur la voie publique, alors
que ça leur est interdit », déclare le responsable CGT.
« Si le gouvernement ne fait rien, ce sont
55 000 entreprises de taxis qui vont disparaître », affirme la Fédération nationale du
taxi. Tous dénoncent des conditions de travail dégradées et intenables. Pour les chauffeurs de taxis, « c’est une question de survie ».
Leur chiffre d’affaires a baissé de 20 à 30 %
en six mois, selon les organisations professionnelles.
■
La mobilisation paysanne s’étend
près les actions menées la semaine
dernière, la mobilisation des agriculteurs bretons, dénonçant « les
prix agricoles au plus bas », a repris,
lundi 25 janvier, et doit se poursuivre
mardi avec de nouveaux barrages routiers. Mais ils ne seront pas seuls.
Des actions seront menées dans toute la
Bretagne, mais aussi en Pays de la Loire,
A
Normandie, Auvergne, Poitou-Charente.
Plusieurs manifestations sont prévues,
mardi 26 janvier.
« Ce mouvement est la seule façon de se faire
entendre et de montrer le désarroi de nos campagnes », explique le président de la FDSEA
du Morbihan, poursuivant : « La situation
financière de nombreuses exploitations devient
critique avec de plus en plus d’exploitations
qui ne dégagent plus de revenus. » En Bretagne, par exemple, l’agriculture représente
40 % des emplois directs et indirects. « Elle
est le pilier de l’emploi, alors que nous
sommes désespérés face à une situation que
je n’ai encore jamais connue dans ma carrière, déplore le vice-président de la FDSEA.
Nous avons l’impression d’avoir un mur
devant nous. »
■
“Relaxe pour les huit de GoodYear !”
ans les grèves et manifestations du 26 janvier, une question, une revendication était rappelée sur de nombreuses pancartes, autocollants… « Relaxe pour les huit
militants de GoodYear ! ». Rappelons que ces militants,
malgré l’abandon de la plainte de la direction, ont été poursuivis par le parquet, donc par le gouvernement, et condamnés, le
12 janvier, à vingt-quatre mois de prison, dont neuf ferme.
Jamais, un gouvernement, sous la V e République, n’avait osé
condamner des militants syndicaux à être emprisonnés ! « Ça
nous révolte ! » La peine prononcée par le tribunal d’Amiens a
été perçue comme une provocation de plus contre les tra-
D
vailleurs de la part de ce gouvernement. Par centaines, syndicats, unions locales, départementales, ont, les jours précédant
le 26, adopté appels, motions, communiqués, souvent dans
l’unité, exigeant la relaxe pure et simple.
« La situation est devenue intolérable et inacceptable, comme
l’est la proclamation de l’état d’urgence par le gouvernement,
utilisée pour criminaliser l’action syndicale (comme chez Air
France, GoodYear…) et bloquer l’expression des revendications »,
déclarent en commun, parmi tant d’autres syndicats dans tous
le pays, les unions départementales CGT, FO et Solidaires des
Bouches-du-Rhône.
■
Photo AFP
CHRONIQUE
Du 28 janvier au 3 février 2016
Photo AFP
4
NON À L’ÉTAT D’URGENCE
Communiqué de la Ligue des droits de l’homme
“Déclarations de Manuel Valls sur l’état d’urgence : la tentation du pire”
« Manuel Valls vient de déclarer, à l’occasion d’une interview accordée à la BBC, concernant la reconduction de l’état d’urgence en
France : “Tant que la menace existe, nous devons employer tous
les moyens dont nous disposons dans notre démocratie, dans le
cadre de l’état de droit, pour protéger les Français.” Il semble également ressortir de ses propos qu’il souhaite maintenir cet état
d’exception “jusqu’à ce qu’on en finisse avec Daech”.
Ainsi, si on tire les conséquences des propos du Premier ministre,
les craintes des citoyennes et des citoyens et des organisations
de la société civile, mobilisés contre le maintien de l’état d’urgence, sont confirmées. Le gouvernement et son Premier ministre
semblent s’engager dans la volonté de faire vivre notre pays dans
un état d’exception en s’accordant des pouvoirs considérables en
dehors de tout contrôle du juge judiciaire.
Ne nous y trompons pas, renvoyer le retour au fonctionnement
normalement démocratique de notre société à une hypothétique
victoire aux contours incertains contre le terrorisme international,
c’est prendre le chemin de l’arbitraire et de l’atteinte aux droits
fondamentaux.
La LDH s’insurge contre de telles perspectives qui semblent se
préciser dans les discours de nos gouvernants et s’engagera toujours plus résolument pour un retour au plein exercice de nos
droits et de nos libertés.
C’est le message qu’elle portera, avec plus d’une centaine
d’autres organisations, lors des nombreuses manifestations qui
se dérouleront un peu partout en France, le samedi 30 janvier. »
Le 23 janvier 2016
Auteur
Документ
Catégorie
Без категории
Affichages
5
Taille du fichier
930 Кб
Étiquettes
1/--Pages
signaler