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article - Bruno Gérard, lampiste

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J’arrive à peine
chez Bruno Gérard,et
je suis déjà éblouie
par son talent!
Partout dans son
appartement, des
meubles incroyables,
en plus de ses
fabuleuses lampes!
TEXTE SYLVIE LABERGE
PHOTOS LOUISE BILODEAU
LE LUMINEUX
L’environnement dans lequel vit Bruno est infiniment
inspirant : une petite forêt de plantes exotiques en pots
à même le sol, de grandes fenêtres qui laissent filtrer
une abondante lumière, des murs de brique d’une
épaisseur révolue, une tuyauterie apparente, des poutres
gigantesques… Le décor est celui d’une ancienne usine
que les propriétaires du bâtiment ont judicieusement
choisi de mettre en valeur, et qui convient à merveille
à ce patenteux qu’est Bruno. Ce qualificatif, loin d’être
péjoratif, je le tiens de lui : « Quand j’étais enfant, les
jouets réguliers ne m’intéressaient pas. Moi, je ramassais
des trucs, et je fabriquais mes propres jouets », raconte-til avec plaisir. Cette habitude de récupérer l’irrécupérable
pour en faire autre chose, il l’a eue toute sa vie, et il en a
plus tard fait un métier. Mais pas avant d’avoir travaillé en
tant que cuisinier à travers le monde…
Nourrir son futur Le jeune Bruno n’est pas à
son aise à l’école, et l’on désespère de faire quelque
chose de lui. Un peu contre son gré, il est poussé à
embrasser la formation de cuisinier. « J’ai adoré ça! »
lance-t-il, emballé par l’histoire qu’il s’apprête à me
raconter. Ses premières armes, il les fait en France, son
pays d’origine. Ses employeurs l’amènent rapidement à
voyager à travers le monde, et il devient ambassadeur de
l’Hexagone dans le domaine de la restauration. Un jour,
pourtant, à son retour d’un périple, il en a ras-le-bol :
« Je ne supportais plus le mode de vie qui dominait en
126
Sofadéco | Volume 11 n° 1 — Mars 2016
Du micro au macro Aussi étonnant que cela
puisse paraître, c’est grâce à la joaillerie que Bruno
fabrique aujourd’hui des lampes. Après sa formation,
il ouvre une petite boutique. Presque sans le sou, il
n’a pas les moyens d’acquérir de coûteux meubles
de présentation. Débrouillard, il décide donc de les
fabriquer lui-même. Petit à petit, la clientèle s’enquiert
de la provenance du mobilier et des lampes, manifestant
un intérêt grandissant pour ces objets uniques et
personnalisés. De fil en aiguille, Bruno laisse de côté la
confection de bijoux pour se concentrer sur la fabrication
de lampes. Il conclut la plupart de ses ventes par
téléphone, et ce, sans que le client ait vu un croquis
ou un prototype. « Comme je [les] fabrique à partir de
matériaux récupérés, je ne peux pas dessiner mes
lampes à l’avance », explique-t-il.
Les ferrailleurs et les marchés aux puces n’ont
plus de secret pour Bruno, qui connaît chacune des
personnes avec lesquelles il traite. Il rapporte de ses
visites des bouts de métal et des outils anciens. Une fois
dans le sous-sol de son appartement, où il a aménagé
un atelier digne des contes de Jules Verne, il les nettoie
et les trie. Il pige ensuite consciencieusement les
morceaux qu’il utilisera parmi les pièces hétéroclites
disposées en tas. Après un long et minutieux travail,
une lampe émerge, stupéfiante, souvent très grande et
d’allure futuriste. De véritables œuvres d’art, uniques
et incroyables!
Pour Bruno, la création est souvent accompagnée de
précarité, d’incertitude. « C’est le prix à payer », dit-il,
philosophe. La liberté est une valeur non monnayable…
brunogerard.com
ARTISTE ET ARTISAN
France à cette époque », se souvient-il, évoquant une
certaine forme de snobisme. Jeune, libre et aventurier,
Bruno décide de tenter sa chance ailleurs. De
nombreuses possibilités s’offrent à lui, dont l’Australie
et le Venezuela, mais il y a un obstacle : la langue!
Son premier arrêt se fait donc au restaurant du
Concorde, à Québec. Il n’y demeure pas longtemps :
il est mal à l’aise avec la taille des cuisines, où pas
moins d’une quarantaine d’employés s’entrecroisent.
Mais, surtout, il veut voir le reste du Québec. « J’ai
donné mon nom dans un restaurant à la Baie-James,
et j’ai été engagé tout de suite », raconte-t-il avec
un clin d’œil. Comble de malchance, une grève est
déclenchée par les employés à quelques heures de
son départ! Pendant un moment, il se promène de
petit restaurant en petit restaurant dans la capitale. Il
habite une commune en ville et, avec des amis, profite
de l’arrivée massive des touristes en saison estivale
pour aménager une petite vitrine où il expose et vend
des colliers de coquillages aux visiteurs. Ceux-ci sont
charmés par l’allure sympathique et bohème des
jeunes vendeurs échevelés. « Des coquillages! Ça
ne représente tellement pas le Québec! » s’exclame
Bruno en riant, presque étonné du succès fracassant
que le petit commerce remporte alors. Au cours de
cette période, un homme remarque son travail, puis
l’incite à s’inscrire à un cours de joaillerie. Et revoilà
notre aventurier parti sur une autre lancée!
Mars 2016 — Volume 11 n° 1 | Sofadéco 127
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