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Baptiste de la salle au Frère Pierre Le Doré

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Mot d'adieu du frère Joël Palud, visiteur Auxiliaire des Frères de saint JeanBaptiste de la salle au Frère Pierre Le Doré
Pierre est brestois d'origine. Né en 1928, il rejoint l'Institut des Frères des Ecoles
Chrétiennes à moins de 17 ans, comme c'était souvent l'usage à l'époque. Il fait sa
première profession en 1946. Ses années de formation initiale de frère lui laisseront
un sentiment mitigé : adorant dessiner, il doit produire un grand effort de patience et
de discipline pour se consacrer à ce que ses formateurs considèrent comme sérieux
: la régularité, le catéchisme... mais sûrement pas le dessin ! Il acceptera de laisser
de côté, pendant un temps, ce talent artistique qu'il développera amplement dans les
années qui vont suivre.
Après son scolasticat à Hérouville (près de Caen), de 1946 à 1949, il fait un bref
passage au Faouët puis part au service militaire. En, 1952, il entame une étape qui
va compter dans sa carrière d'enseignant, puisqu'il arrive au Likès à Quimper, où il
restera pendant 33 ans (seulement entrecoupés d'une année de formation à Paris en
1968-1969). Professeur de lettres et histoire géo en 5ème, puis en 4ème et 3ème, il
sera, un temps, responsable du niveau des 3èmes.
Comme enseignant, il est rigoureux et maintient une certaine distance avec les
jeunes, mais on le sent pourtant proche, soucieux de connaître les raisons des
difficultés rencontrées par chacun. De temps en temps, son sens de l'humour le
dispute à son art de comédien : les élèves sentent que leur prof a du mal à garder
son sérieux devant une réponse cocasse... S'il respecte scrupuleusement les
programmes et prépare sérieusement ses élèves au BEPC, il innove, fait appel à la
créativité, suscite des exposés d'élèves, introduit l'audio-visuel dans son
Enseignement. En dehors de la classe, la liste de ses engagements est
impressionnante : - Pendant une dizaine d'années, il forme les enfants de choeur,
- Rédacteur en chef de la revue du Likès, il supervise la rédaction et l'impression des
69 numéros qui se publieront de 1969 à 1985. Il réalise également les «palmarès»,
ces albums de photos de classes que tous les likésiens de l'époque collectionnent.
- Succédant au Frère Louis Le Roux, il anime la troupe des scouts du Likès. D'autres
jeunes profiteront de ses talents de découverte de la nature: à l'occasion de sorties, il
initie volontiers des élèves à la descente en rappel. Cet attrait pour la nature, il le
partage aussi avec un de ses confrères qu'il accompagne souvent, François le Bail,
et pour qui il a réalisé de nombreuses photos pour illustrer ses publications
scientifiques.
- Photographe émérite, il crée le laboratoire où travailleront des générations d'inscrits
au club photo. Ces jeunes collégiens et lycéens, que Pierre sait responsabiliser, sont
souvent embauchés comme reporters pour prendre les photos qui illustreront le
journal du Likès.
- Projectionniste attitré de la salle des fêtes, il a également une formidable culture
cinématographique.
Comme si l'année scolaire ne suffisait pas, Pierre, avec plusieurs autres frères (Henri
le Du, Jean Hascoët, Michel Alain...), prépare des séjours à l'étranger pendant les
vacances d'été. Ensemble, ils sillonneront tout ce qui est à portée d'autobus en
Europe et jusqu'en Egypte. Ils permettront à de nombreux jeunes de s'ouvrir à
l'étranger. Lors des visites, les commentaires de Pierre sur l'architecture ou les
œuvres d'art sont toujours judicieux et adaptés. Son souci est constant : former les
regards pour comprendre et admirer. Ses talents artistiques se diversifient, au
dessin, à la photo, il ajoute l'aquarelle, l'encre de chine. Ses productions, comme ses
reportages, sont souvent consacrés aux paysages, à l'architecture ou aux coutumes
locales. Ses albums de clichés et ses aquarelles sont aujourd'hui une mémoire
précieuse de ces instants ou de ces lieux parfois transformés depuis.
Ses qualités artistiques amènent évidemment Pierre à travailler pour son Institut :
participant à la préparation du rassemblement du tricentenaire à Parménie en 1980, il
en réalise l'affiche (qui sera même reprise pour le rassemblement de 1985), en
publie le livret de compte-rendu illustré par nombre de ses photos, organise une
exposition à Beauvais pour l'assemblée du District. A la fin des années 70, il s'était
lancé dans l'art des Icônes au cours de stages à Valloire, dans les Alpes. Nous en
gardons la remarquable icône de Jean-Baptiste de La Salle qui se trouve aujourd'hui
dans la maison du fondateur à Reims. Il sera également appelé pour donner des
conseils avisés sur l'aménagement d'oratoires dans nos communautés, comme à St
Denis.
En 1985, il rejoint la communauté du Sacré-Coeur de St-Brieuc. Il continue à
accompagner des jeunes à l'étranger, notamment les petits chanteurs de Binic. Il
continue également à enseigner quelques années, puis prend une retraite
débordante d'activités comme on l'imagine. Il partagera, de 1998 à 2001, la mission
de la communauté de Landévennec où les frères accueillaient les visiteurs et leur
faisaient découvrir le patrimoine, en particulier de l'ancienne Abbaye. Revenu à StBrieuc, Pierre est sollicité pour travailler à la Commission Diocésaine d'Art Sacré,
dont il sera un pilier jusqu'à ce que sa santé ne lui permette plus de se déplacer. Il
continuait, cependant, jusqu'à ces derniers jours, à donner des avis sur des oeuvres
dont on lui faisait parvenir les photos, ou continuait à écrire des articles, par exemple
sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains locaux. Il me redisait
récemment combien la confiance placée en lui, et la formation à Paris que lui avait
offerte le Diocèse de St Brieuc, l'avaient conforté et valorisé.
Avant de conclure, je vais me permettre d'évoquer le tempérament de Pierre et ses
relations, parfois difficiles, avec ses frères. Pierre ne me pardonnerait pas de faire de
lui cet éloge trop lisse et finalement sans relief.
Pierre était incontestablement un homme de foi, à la prière bien enracinée. Cela se
ressentait dans l'enseignement religieux qu'il a longtemps dispensé à ses élèves. Il
était discret, secret même sur certaines périodes de sa vie ou sur ses sentiments. En
communauté, ce n'était pas un leader, préférant la discrétion ou le retrait. Autant les
quelques uns qui ont partagé avec lui un projet en petite équipe ont pu apprécier sa
cordialité, son humour, sa disponibilité, autant il donnait peu sa mesure dans un
grand groupe. Il en a parfois souffert. Il a pu sesentir blessé, surtout au moment des
changements de communauté, comprenant mal les décisions des supérieurs de
l'envoyer ici ou là.
Un autre événement va peser sur ses relations avec les frères, comme ce fut le cas
pour bien d'autres de sa génération. A St Brieuc, il renoue, plus que pendant ses
années de formation et le temps passé à Quimper, des relations familiales qui l'ont
profondément marqué. Quitter sa famille à 16 ans n'est jamais simple, même si
c'était la coutume dans les années 40. Il a retrouvé à St Brieuc ses frères, neveux et
nièces, petits neveux et petites nièces et tisse des liens qui comptent énormément
pour lui.
Du coup, avec le départ des frères de Saint-Brieuc, son cœur est partagé. Sans
doute y a-t-il la commission d'art sacré où il travaille avec l'énergie que l'on sait, mais
il redoute par dessus tout un nouveau départ, une nouvelle rupture familiale. Il
restera en lien avec la communauté de Kerplouz, qu'il appréciait beaucoup, où il
passera souvent le week-end tant que sa santé lui permettra de faire le voyage.
Se retrouver finalement coupé de sa communauté ne va jamais remettre en cause le
profond attachement que Pierre avait pour son Institut. Le matin même de son décès,
il téléphonait à Kérozer pour souhaiter son anniversaire à un frère qu'il a connu.
Ces derniers jours, il avait pour livre de chevet la dernière lettre pastorale de notre
Supérieur Général, et il m'avait confié combien cette lecture avait été stimulante, lui
donnant l'idée d'un dynamisme des frères qu'il ne soupçonnait plus, ou qui ne
s'exprimait pas assez, selon lui, sur ce ton mobilisateur et plein d'espérance. Il
m'avait même demandé des nouvelles de notre noviciat, soucieux de savoir si de
nouveaux jeunes reprendraient le flambeau et continueraient cette aventure.
Comme nous l'évoquera l’Évangile, tout à l'heure, pour toi, Pierre, le Maître est rentré
et t'a trouvé avec ta lampe allumée : bienheureux es-tu maintenant de participer au
banquet auquel Dieu t'invite.
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