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Comment UBS a organisé une fraude fiscale massive en

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Jeudi 18 février 2016 ­ 72e année ­ No 22112 ­ 2,40 € ­ France métropolitaine ­ www.lemonde.fr ―
Fondateur : Hubert Beuve­Méry ­ Directeur : Jérôme Fenoglio
LE « BREXIT »
SE JOUE À
BRUXELLES
Comment UBS a organisé une
fraude fiscale massive en France
▶ La banque suisse, pour­
▶ La justice a mis la main
▶ UBS démarchait
▶ La banque a payé 1,1 mil­
suivie pour « blanchiment
de fraude fiscale », est
accusée d’avoir dissimulé
entre 13 et 23 milliards
d’euros au fisc français
sur un listing de 38 300
comptes, discrètement
ouverts par des Français,
dont beaucoup sont en
voie de régularisation
clandestinement grosses
fortunes, footballeurs,
héritiers ou industriels,
avec des méthodes
« dignes de James Bond »
liard d’euros de caution.
Premier volet d’une enquête
hors normes, sur la base
de documents exclusifs
→ LIR E
PAGE S 1 0 - 1 1
▶ Un conseil européen
décisif se tient jeudi à
Bruxelles entre Londres et
ses partenaires européens
▶ La campagne du réfé­
rendum sur la sortie de
l’Union démarrera aussitôt
en Grande­Bretagne
→ LIR E
PAGE S 2 - 3
Le candidat
Sarkozy fragilisé
par la justice
MEXIQUE
▶ Nicolas Sarkozy est mis
FINANCE
LE PAPE DANS
L’ANCIENNE
CAPITALE DU CRIME
→ LIR E
2016 INQUIÈTE LES
BANQUES FRANÇAISES
en examen pour financement
illégal de la campagne
présidentielle de 2012
▶ Déjà mis en cause pour
corruption, l’ex­chef de l’Etat
part affaibli pour
la primaire des Républicains
→ LIR E
PAGE 5
→ LIR E
LE C A HIE R É CO PAGE 3
PRUD’HOMMES
PLAFONNEMENT
DES INDEMNITÉS
DE LICENCIEMENT
PAGE 7
→ LIR E
LE C A HIE R É CO PAGE 5
EDF : LA FIN
D’UNE ÉPOQUE
Le 13 février, lors du conseil
national des Républicains.
ALAIN GUILHOT/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
13 NOVEMBRE
BLESSURES,
DROGUES ET
ROCK’N’ROLL
I
ls sont venus terminer le concert. Mardi 16 fé­
vrier, les Eagles of Death Metal ont rempli
l’Olympia pour reprendre leur représentation là
où ils l’avaient laissée, le 13 novembre, au Bataclan.
Tous les survivants de cette funeste soirée étaient
invités, un peu plus de la moitié d’entre eux ont ré­
pondu présent. Des survivants qui sont venus avec
leur histoire, leur peur, leur deuil. Ils sont nombreux
à vérifier les issues de secours, certains se confient à
la trentaine de psychologues et psychiatres venus
soutenir le public à l’Olympia. Mais, finalement, le
concert prend, le rock l’emporte. « Il y a un début de
restauration, confie le psychiatre Didier Cremniter,
sur les lieux mardi soir, même si on ne voit pas ici les
personnes les plus en souffrance. »
Face à ces commémorations collectives, ceux qui
ont été blessés lors des explosions du Stade de
France se sentent oubliés et seuls. Zorica, Jackie,
Bora et leurs proches racontent leur 13 novembre et
leur combat pour survivre, entre médicaments à
haute dose et angoisses au quotidien.
→ LIR E
→ LI R E P A G E 22
ET LE CA HI ER ÉCO P A G E 4
Gallimard
présente
PAGE S 1 3 E T 1 7
TAHAR BEN JELLOUN
de l’A
’ cadémie Goncourt
Boutros
Boutros-Ghali,
ex-secrétaire
général de l’ONU
Photo Catherine Hélie © Gallim
G
ard
LE REGARD DE PLANTU
LE MARIAGE
DE PLAISIR
rom a n
GALLIMARD
DISPARITION
Tahar
L’ex­secrétaire général des Na­
tions unies, le premier Africain à
ce poste, est mort, mardi 16 fé­
vrier, à l’âge 93 ans. Arabe, fran­
cophone, chrétien, les multiples
identités de Boutros Boutros­
Ghali le destinaient à la diploma­
tie. Il fut ministre des affaires
étrangères de Sadate puis de
Moubarak, avant d’accéder à la
tête des Nations unies, en 1992.
Son mandat aura été entaché par
le fiasco somalien et les deux
drames que furent la guerre de
Bosnie et le génocide rwandais.
→ LIR E
Ben Jelloun
de l’Académie Goncourt
Le mariage de plaisir /roman/
De part et d’autre du Sahara, l’histoire d’une passion
entre un homme blanc et une femme noire,
contrariée par les traditions,
le racisme et la violence de la société.
Une plongée dans le Maroc d’hier et d’aujourd’hui.
gallimard.fr
I
facebook.com/gallimard
PAGE 1 5
Algérie 200 DA, Allemagne 2,80 €, Andorre 2,60 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,40 €, Cameroun 2 000 F CFA, Canada 4,75 $, Côte d'Ivoire 2 000 F CFA, Danemark 32 KRD, Espagne 2,70 €, Espagne Canaries 2,90 €, Finlande 4,00 €, Gabon 2 000 F CFA, Grande-Bretagne 2,00 £, Grèce 2,80 €, Guadeloupe-Martinique 2,60 €, Guyane 3,00 €, Hongrie 990 HUF,
Irlande 2,70 €, Italie 2,70 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg 2,40 €, Malte 2,70 €, Maroc 15 DH, Pays-Bas 2,80 €, Portugal cont. 2,70 €, La Réunion 2,60 €, Sénégal 2 000 F CFA, Slovénie 2,70 €, Saint-Martin 3,00 €, Suisse 3,60 CHF, TOM Avion 480 XPF, Tunisie 2,80 DT, Turquie 11,50 TL, Afrique CFA autres 2 000 F CFA
2 | international
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
L E R OYA U M E - U N I E T L’ U E
« Brexit » :
ballet européen
pour un accord
sur mesure
Les consultations entre Londres
et l’UE se sont multipliées avant
un conseil européen décisif
A la Commission européenne, mardi 16 février. GEERT VANDEN WIJNGAERT/AP
bruxelles, londres correspondants
L
a négociation entre Londres et ses vingt-sept partenaires de l’Union européenne (UE) touche au
but. Si le conseil européen des
jeudi 18 et vendredi 19 février parvient à un accord, la campagne
pour le référendum sur la sortie
ou non de l’UE débutera immédiatement au Royaume-Uni en
vue d’un vote probablement fixé
au 23 juin. David Cameron a prévu
de réunir son gouvernement dès
vendredi afin de lui présenter le
« deal » qu’il compte avoir obtenu
la nuit précédente.
Le premier ministre britannique devrait alors se lancer luimême dans la bataille en faveur
du vote « in » (maintien dans l’UE)
et constater que certains membres de son gouvernement feront
campagne dans le camp opposé.
Presque au même moment, les
partisans du « out » tiendront leur
premier meeting juste en face du
Parlement de Westminster.
Le sentiment qui prévaut, tant à
Bruxelles qu’à Paris, est qu’un accord est en vue lors de cette réunion de l’ensemble des chefs
d’Etat et de gouvernement. « On a
tous envie d’en finir, pour pouvoir
entièrement nous consacrer à la
crise des migrants », confient des
diplomates européens. Tout aura
été fait depuis que, le 2 février, le
président du Conseil européen,
Donald Tusk, a publié sa proposition de compromis pour permettre à M. Cameron de repartir à
Londres avec un « paquet » de réformes aptes à convaincre les Britanniques de demeurer dans
l’Union. « Nous sommes parvenus
à résoudre la quadrature du cercle : préserver l’essentiel des lignes
rouges des pays membres, respec-
ter les principes de l’UE et éviter les
changements de traité », résume
un diplomate bruxellois.
Pourtant, « le processus reste fragile » et inachevé, a prévenu M.
Tusk, mardi 16 février, alors qu’il
poursuivait une ultime et étourdissante tournée de « déminage »
passant par Athènes, Paris, Bucarest, Prague et Berlin. « Il reste encore un mile à parcourir », a-t-il
précisé pour signifier que certaines exigences britanniques passaient encore mal.
« Ligne rouge »
Tous les différends n’ont pas été
aplanis par les « sherpas » des gouvernements, qui se sont réunis
deux fois à Bruxelles début février.
S’exprimant à Prague, M. Tusk n’a
pas caché que des « problèmes non
résolus » subsistaient dans les
principaux domaines où M. Cameron réclame des réformes :
droit de regard de Londres sur les
décisions de la zone euro, possibilité de priver pendant quatre ans
d’allocations les migrants européens, exemption de la clause prévoyant la construction d’une
« Union toujours plus étroite »,
modification des traités pour sceller ces changements.
Sur le dossier de la zone euro
comme sur celui des migrants,
Paris et Berlin sont au diapason,
mais se sont partagé les rôles. La
demande britannique destinée à
défendre les intérêts de la City en
permettant un droit de regard britannique sur la zone euro a été
discutée directement avec le président Hollande. M. Cameron a assuré qu’il ne réclamait pas de veto
sur les décisions de la zone euro.
Mais si, lors du Conseil, il insiste pour que la City puisse se
soustraire aux organes de régulation du marché unique des services financiers, les Français pour-
François Hollande et le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l’Elysée, lundi 15 février. JACQUES DEMARTHON/AFP
raient monter au créneau. Paris a
une « ligne rouge », la City ne doit
pas jouir à l’avenir d’un traitement spécifique.
Berlin se veut vigilant sur les
principes de libre circulation et de
non-discrimination. Mais les pays
du sud et de l’est de l’Union, qui
comptent le plus de migrants
parmi leurs ressortissants, restent
les plus inquiets à propos de la demande de privation de certaines
prestations sociales formulées par
Londres. Jeudi, le Conseil devrait
tailler sur mesure pour le Royaume-Uni une réforme des règles régissant la mobilité des travailleurs
dans l’Union. En cas de pression
« On est dans
un vaste théâtre
d’ombres, il faut
faire semblant
de donner un
super-accord
à Cameron »
PHILIPPE LAMBERTS
eurodéputé belge
du groupe des Verts
« exceptionnelle » sur son système
social, un pays membre pourrait
actionner le « frein d’urgence » en
suspendant les allocations.
Les vingt-huit chefs d’Etat devraient approuver une déclaration certifiant que Londres se
trouve d’ores et déjà dans cette situation. Ce procédé, peu orthodoxe, est destiné à donner satisfaction à M. Cameron. Mais la Pologne reste vigilante sur la restriction des allocations familiales
versées pour les enfants restés
dans le pays d’origine. D’autres
Etats exigent que le « frein d’urgence » soit très difficile à actionner, afin d’éviter que des pays
autres que le Royaume-Uni en
usent aux dépends de leurs ressortissants.
« Pas de veto »
Le Parlement européen, qui devra
approuver la législation découlant de ces réformes bien après le
référendum britannique, pourrait aussi les entraver. « Le Parlement européen n’a pas de veto », a
assuré mardi son président,
Martin Schulz, après avoir rencontré David Cameron. Ce dernier, qui répète que l’accord sera
juridiquement aussi contraignant qu’un traité, pourrait exiger un engagement ferme du Par-
Bruxelles soutient Cameron mais s’agace d’une crise inutile
A la Commission, de nombreux diplomates déplorent de se trouver embarqués dans une périlleuse campagne de politique intérieure
bruxelles - bureau européen
A
Bruxelles, tout le monde
veut « aider David » à obtenir les concessions de
ses partenaires qui permettront
au premier ministre britannique
de faire campagne pour le oui au
référendum sur le maintien du
Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE). Tout le monde estime qu’un « Brexit » serait « catastrophique », qu’il signerait « le
début de la désintégration » de
l’UE. Mais quand on gratte un peu
le vernis, les critiques surgissent.
Les Britanniques sont accusés
de rajouter une crise « dont on se
serait bien passés », « au plus mauvais moment », alors que l’Europe, très mal en point, n’en finit
plus de se diviser à cause des migrants. Beaucoup de diplomates
et de fonctionnaires européens
déplorent de devoir « perdre tant
de temps » pour une histoire de
« politique intérieure », relève un
dirigeant européen de haut rang.
David Cameron avait promis son
référendum, en 2013, pour calmer l’aile eurosceptique de son
parti, les Tories.
Certaines concessions sont surtout symboliques. Sur le renoncement – partiel – à la mention
« ever closer union » (« union sans
cesse plus étroite ») dans les traités de l’Union, qu’exige Londres,
« on se répète, on surligne, on est
dans la tautologie », souligne un
diplomate.
Enfants gâtés
A contrario, les « cadeaux » jugés
sérieux à Cameron inquiètent.
Comme la restriction de l’accès
aux droits sociaux pour les travailleurs non britanniques. Les
critiques relèvent avec amertume « l’erreur » commise par
Londres, qui avait refusé, lors de
l’élargissement de l’Union, de
profiter des mesures de restriction à leur marché d’au maximum sept ans alors prévues. « A
l’époque, à Londres, ils se moquaient de nous, disaient que l’immigration, c’était bien », soulèvent plusieurs diplomates.
Beaucoup ont l’impression de
travailler en pure perte. « On a le
sentiment de ne participer qu’à un
vaste plan com, juste pour aider
Cameron à faire gagner le oui »,
soupire une autre source européenne. Au Parlement européen,
les élus sont de plus en plus nombreux à dénoncer une Europe blo-
Les Britanniques
sont accusés de
rajouter une crise
« au plus mauvais
moment »
quée par la question « brit » :
« Tout est gelé, le débat sur le budget de l’Union, sur la directive travailleurs détachés. »
Surtout, beaucoup considèrent
que les Britanniques sont des enfants gâtés de l’Union, qui bénéficient déjà de quatre exceptions
notables. Le Royaume-Uni n’appartient pas à l’espace de libre circulation Schengen ni à l’union
économique et monétaire.
Il n’a pas ratifié la charte des
droits fondamentaux de l’UE, et,
en juillet 2013, a exercé la possibilité que lui offre le traité de Lisbonne de se retirer de 133 instruments de coopération dans le domaine de la police et de la justice
pénale (il en a finalement retenu
une trentaine).
Londres bénéficie aussi d’un
traitement particulier concernant sa contribution au budget de
l’Union, un « rabais », en vigueur
depuis 1984, au motif que le
Royaume-Uni bénéficie moins
que d’autres pays de la politique
agricole commune. « Beaucoup de
collègues pensent : les Britanniques n’ont jamais cessé de critiquer
l’Union, malgré tous les efforts
qu’on a faits pour eux. S’ils veulent
partir, qu’ils partent ! », résume un
fonctionnaire européen.
« Parfois emmerdants »
L’attitude des Britanniques à
Bruxelles est aussi montrée du
doigt : ils seraient de moins en
moins investis dans le fonctionnement de la machine communautaire. « Le Royaume-Uni se vit
encore comme insulaire et tourné
vers le large », relève le spécialiste
du droit de l’UE Jean-Claude Piris.
« N’étant pas dans l’euro, ils se sont
mis en retrait pendant la crise financière. En ce moment, ils sont
peu présents sur la crise des migrants, car hors de Schengen », se
lamente un diplomate.
L’eurodéputé travailliste Richard
Corbett relativise les critiques.
« Neuf pays bénéficient d’exemptions à Bruxelles, cela n’a pas empêché l’Union de fonctionner. » Et
d’ajouter : « La France aussi a fait
du chantage à l’UE [de juin 1965 à
janvier 1966], durant la politique
de la chaise vide du général de
Gaulle. Elle aussi, elle a beaucoup
agacé, avec son exigence que le
Parlement européen soit à Strasbourg ou quand ses citoyens ont
rejeté, en 2005, la Constitution
européenne ! »
M. Piris nuance aussi : « Les Britanniques sont parmi ceux qui travaillent le plus en profondeur les
dossiers. » L’euro ? « Ils ont étudié
attentivement le pour et le contre
et ont préféré s’abstenir, considérant que c’était trop risqué. » Idem
pour Schengen : « Les Britanniques
sont parfois emmerdants à Bruxelles. Mais ils ont souvent raison. » p
c. du.
international | 3
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
«Nous voulons quitter le train fou
de l’Union européenne»
A Olney, au nord de Londres, les partisans de la sortie de l’UE
sont très actifs, tandis que les pro-européens sont absents
REPORTAGE
olney (royaume-uni) envoyé spécial
P
David Cameron et Martin Schulz, président du Parlement, à Bruxelles, le 16 février. Y. HERMAN/AP
Dans un bureau du groupe de pression « Leave.eu » à Londres, le 12 février. NEIL HALL/REUTERS
lement à valider au plus vite les
changements actés par le Conseil.
L’atterrissage politique, lui non
plus, n’est pas garanti. Les dirigeants européens ont bien conscience que M. Cameron doit montrer à ses concitoyens qu’il se bat
comme un lion avec Bruxelles et
proclamer qu’il a arraché d’importantes concessions.
Mais les mêmes dirigeants veulent se ménager la possibilité d’affirmer dans leurs pays respectifs
qu’ils n’ont pas cédé un pouce de
terrain, pour prévenir les critiques. D’où, ces derniers jours, les
montées au créneau répétées, notamment des Français sur la zone
euro, les uns et les autres surjouant l’affrontement avec Londres. « On est dans un vaste théâtre d’ombres, il faut faire semblant
de donner un super-accord à Cameron. On est plus dans la com
que dans le débat de fond », reconnaît l’eurodéputé Verts belge Philippe Lamberts.
Réformes taillées sur mesure,
engagement du Conseil préemptant le vote du Parlement, mise en
scène du « combat » de M. Cameron… Le Royaume-Uni, qui prétend œuvrer pour le bien commun, pourrait donc obtenir de
nouvelles exemptions de fait aux
règles communes pour prix de
l’engagement de son premier ministre contre un « Brexit » considéré comme catastrophique.
Alors que les sondages successifs prédisent un résultat incertain au référendum, David Cameron a abattu une nouvelle carte,
princière celle-là. La capacité du
Royaume-Uni à « agir de façon
commune avec les autres pays est
essentielle » et constitue le « fondement » de sa sécurité et de sa prospérité, a déclaré mardi le prince
William. « Il n’était pas question de
l’Europe », a commenté sans rire le
porte-parole du prince. p
cécile ducourtieux
et philippe bernard
49 %
des Britanniques en faveur d’un maintien dans l’UE
Le dernier sondage, publié le 14 février, donne 49 % de « in »
(pour le maintien dans l’Union européenne) contre 41 % de
« out » (pour la sortie de l’UE) et 10 % d’indécis. Mais deux enquêtes précédentes, après la publication du préaccord avec
l’UE, ont donné vainqueur le vote « out ».
lus facile de trouver une
crêpe au citron chaud
qu’un partisan de l’Europe, ce matin de Mardi gras sur la
grand-place d’Olney, un bourg
cossu niché dans le verdoyant
Buckinghamshire, à 100 kilomètres au nord de Londres. La tradition de la « Pancake Race », où les
enfants des écoles courent, une
poêle garnie d’une crêpe à la
main, bat son plein. La tradition
remonte à 1445, et les partisans de
la sortie de l’Union européenne
(UE) ont choisi cette fête populaire pour l’une de leurs premières initiatives militantes. Ils y
sont fort bien accueillis.
« Je n’aime pas que l’UE mette le
nez dans nos affaires. On n’est plus
britanniques », déplore David
Mellor, un retraité qui contemple
un tract avec satisfaction. La feuille
est divisée en deux : en haut, un
cliché en noir et blanc représentant un nid-de-poule non réparé
sur une route ; en bas, un superbe
pont suspendu sur fond de ciel
azuréen. « Il y a 35 millions de nidsde-poule en Grande-Bretagne.
Mais votre argent part dans des
ponts comme celui-ci en Grèce. »
Liz St Clair, militante du parti
conservateur et coordonnatrice
régionale de la campagne « Vote
Leave », une des organisations qui
milite contre le « Brexit », veut
mettre à l’aise le reporter étranger.
« Nous sommes européens… », assure-t-elle. Puis elle lance dans la
foulée : « Mais nous voulons quitter
le train fou de l’UE. » En 1975, elle
avait 17 ans et a manqué de justesse
le référendum sur le maintien de
l’adhésion à la CEE. Quarante ans
après, elle compte bien se rattraper. « A l’époque, on a accepté un
accord commercial. On a payé la
facture, mais on a été embarqués
ailleurs : vers une structure politique où nous n’avons pas notre mot
à dire », assène la quinquagénaire.
« Démocratie, souveraineté ». A
Olney, où les immigrés sont quasi
inexistants, point n’est besoin de
tonner contre la libre circulation
des travailleurs ou les « frontières
passoires » de l’UE. Il suffit de
quelques expressions magiques
comme « reprendre le contrôle de
nos lois » ou « prérogatives de
Westminster » pour déclencher le
« Le référendum,
c’est
l’establishment
politique
et financier
contre le peuple »
GEORGE HARLOCK
responsable local de l’UKIP
réflexe anti-EU des passants. Ressassé, l’argument du coût de l’Europe (les subventions de Bruxelles ne sont jamais mentionnées)
fait mouche. « Appartenir au club
“UE” est hors de prix. Tout cet argent perdu pour se faire dicter notre loi ! », fulmine George Harlock,
responsable local du Parti pour
l’indépendance du Royaume-Uni
(UKIP) et organisateur local de la
campagne « Leave. EU », rivale de
« Vote Leave ».
« Je ne suis pas un excité d’extrême
droite, mais je crois que les citoyens
doivent se faire davantage entendre dans tous les pays, même en
France », déclare David Pibworth,
un écrivain local venu faire son
marché, qui « penche pour le
“out” ». « J’aime l’Europe et je veux
continuer à passer mes vacances
au soleil, admet Nigel Birrell, un
ancien pilote de ligne. Mais je veux
que le Royaume-Uni reprenne le
contrôle de ses frontières. »
Turbulences d’état-major
A Londres, les milieux politiques
et les médias s’excitent sur la
guerre fratricide à laquelle se livrent « Leave. EU » et « Vote
Leave », en compétition pour être
labellisées « campagne officielle »
par la commission électorale et
percevoir les 600 000 livres sterling (776 000 euros) de subventions publiques. Bataille d’ego
pour le leadership, fossé idéologique… La chronique de cette précampagne référendaire fait son
miel de cette rivalité présentée
comme très handicapante pour le
camp pro- « Brexit » (« British
exit », sortie de l’Union
européenne).
« Leave. EU », proche du UKIP,
met en avant la défense des frontières et l’hostilité aux migrants
d’Europe de l’Est, tandis que « Vote
Leave », financée elle aussi par des
hommes d’affaires, est proche des
Tories eurosceptiques et insiste
sur les arguments économiques.
Le Royaume-Uni, bridé par l’UE,
serait bien plus prospère s’il sortait de ce carcan et redevenait la
grande puissance commerciale
planétaire qu’il a été, argue cette
dernière campagne.
Mais à Olney, les militants ignorent les turbulences d’état-major.
Sans rencontrer le moindre contradicteur, ils distribuent indifféremment les tracts les uns des
autres et le public ne fait guère la
différence entre leurs emblèmes
et leurs arguments. Que Nigel
Farage, le chef du UKIP, hostile à
l’immigration, anime « Leave.
EU », tandis que Douglas Carswell,
l’unique député du même parti,
favorable à la main-d’œuvre étrangère sur une base ultralibérale,
soit une figure de « Vote Leave »,
n’intéresse pas les partisans du
« Brexit » sur le terrain.
« Le référendum, c’est l’establishment politique et financier contre
le peuple », synthétise George Harlock, en qualifiant de « farce » les
concessions négociées par David
Cameron avec l’UE.
Le premier ministre s’apprête à
mettre toutes ses forces dans la
bataille du « in ». Mais dans un
pays où les journaux populaires
tiennent depuis des années la
chronique des turpitudes de l’UE,
il sera difficile pour lui d’entraîner
autant d’énergie militante que le
camp du « out ». Déjà, plusieurs
ministres de M. Cameron sont positionnés dans le camp opposé du
sien. Certes, aucune grande figure
de son parti n’a encore franchi le
pas, alors que les sondages donnent un léger avantage aux partisans du « Brexit » et annoncent un
scrutin serré.
Un homme pourrait bouleverser cet apparent équilibre. Le très
eurosceptique Boris Johnson,
maire de Londres jusqu’en mai,
multiplie ces derniers jours les signes d’agacement publics vis-àvis de l’UE. L’engagement de ce
bateleur hors pair dans le camp
du « out » pourrait faire basculer
la campagne. Jusqu’à présent,
M. Cameron l’a « tenu » en lui faisant miroiter un poste de ministre comme récompense d’un
futur ralliement. Mais chacun sait
que « Boris », qui brigue la succession de M. Cameron, n’a qu’un impératif : se trouver dans le camp
des vainqueurs du référendum. p
ph. b.
Bataille indécise sur les allocations sociales des Européens
La suppression des avantages pour les nouveaux arrivants de l’UE est le point le plus sensible des négociations
C’
est l’exigence la plus
controversée et la plus
politiquement sensible
formulée par David Cameron : la
suppression des avantages sociaux pour les nouveaux « migrants européens » pendant les
quatre premières années de leur
séjour au Royaume-Uni. La mesure a été conçue pour répondre
au discours du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP,
antieuropéen) qui demande la
sortie de l’Union européenne (UE).
Pour le premier ministre, « les migrants européens doivent contribuer [en payant des impôts] avant
de percevoir des allocations ».
Un système non contributif Les
prestations visées concernent
principalement le tax credit. Il
s’agit non pas d’un crédit d’impôt,
mais d’un complément de salaire
versé par l’Etat à des travailleurs
au bas revenu, pour les inciter à
prendre ou à conserver un emploi
(l’équivalent de la prime d’activité
en France, dont les travailleurs
européens peuvent bénéficier). Le
gouvernement conservateur souhaite aussi priver, pendant quatre
ans, d’allocations-logement et
d’allocations familiales les Européens arrivant, en alléguant de
leur caractère non contributif. A la
différence du système français, où
l’on doit cotiser pour bénéficier de
prestations, le modèle social britannique repose sur l’universalité
des prestations financées par l’impôt et non liées à des cotisations,
même si le modèle français a tendance à rejoindre le britannique.
Au Royaume-Uni, le versement
des allocations familiales à des travailleurs européens dont les enfants sont restés dans leur pays
d’origine est très impopulaire.
Alors que M. Cameron avait promis de le supprimer, il a accepté le
principe d’un versement réduit,
proportionnel au niveau de vie du
pays en question. Ce qui fait grincer des dents à l’est de l’Europe et
chez les eurosceptiques de son
parti, qui dénoncent une reculade.
Efficacité limitée L’efficacité
même de ces mesures pour réduire les flux de travailleurs en
supprimant un facteur d’attraction est largement contestée. « Il
est peu probable qu’une modification du système d’allocations ait
un gros impact sur les flux », estime le respecté Centre pour la responsabilité budgétaire. Surtout,
les chiffres mis en avant par M. Cameron pour justifier sa demande
– 148 000 Européens, soit 40 % des
récents arrivants percevraient les
allocations concernées – se sont
révélés tendancieux. En réalité, ils
ne seraient que 84 000 (sur
2,7 millions d’Européens vivant au
Royaume-Uni) à être touchés. Des
économistes font remarquer que
c’est le niveau des salaires et non
celui des prestations qui attire
d’abord les étrangers. Et que la
promesse du gouvernement Cameron d’augmenter le salaire minimum de 6,50 livres (8,31 euros) à
9 livres l’heure en 2020 sera une
incitation plus forte.
Les « migrants européens » sont
d’ailleurs des contributeurs net de
l’économie britannique : un rapport d’University College London
évalue à 20 milliards de livres leur
apport au Trésor. Au niveau européen, d’autres données montrent
que les chômeurs britanniques résidant dans certains Etats de l’UE
perçoivent plus d’allocations que
les ressortissants de ces pays vivant au Royaume-Uni, où les allocations-chômage sont moins généreuses (trois fois moins qu’en
France, par exemple).
M. Cameron entaille le principe de
non-discrimination et pourrait
donner des arguments à d’autres
dirigeants de l’Union. Des représentants de la droite allemande
ont ainsi réclamé une modulation
des allocations familiales en fonction du pays d’origine en 2014, en
assurant que l’Allemagne payait
200 millions d’euros par an pour
des enfants basés à l’étranger, notamment en Pologne. En France,
3 544 travailleurs européens perçoivent des allocations pour des
enfants demeurés à l’étranger. La
législation européenne prévoit
que les prestations versées dans le
pays d’origine peuvent être retranchées de celles versées par le pays
d’accueil. Pour restreindre ces allocations, « il faudra changer les règlements européens », prévient Antoine Math, de l’Institut de recherches économiques et sociales. p
Risques de contagion En obtenant de restreindre les prestations,
jean-baptiste chastand
et philippe bernard (à londres)
4 | international
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Manœuvres et
coups de théâtre
au Parlement
ukrainien
Le premier ministre, Arseni
Iatseniouk, a sauvé sa place, mardi,
à la faveur d’étranges tractations
D
e son ancien travail de
journaliste, Sergueï
Lechtchenko a conservé un sens certain
de la formule. Mardi 16 février, à
la nuit tombée, le jeune député
du Bloc Petro Porochenko (le parti
présidentiel), entré en politique
dans la foulée de la révolution de
Maïdan, livre, sur son blog de la
Oukrainskaïa Pravda, son commentaire désabusé des événements de la folle journée qu’a
connue le Parlement : « Félicitations, vous venez d’assister à un
spectacle à gros budget dans lequel les premiers rôles ont été
joués par le président du plus
grand pays d’Europe, son premier
ministre et ses élus. »
LE PROFIL
Arseni Iatseniouk
Ancien banquier central et
ex-ministre de l’économie,
Arseni Iatseniouk, 41 ans, a été
désigné chef du gouvernement
ukrainien le 27 février 2014, au
lendemain de la révolution de
Maïdan, dont il fut l’un des meneurs. Aux élections législatives
d’octobre 2014, son parti, le Front
populaire, est arrivé en tête.
M. Iatseniouk a engagé des réformes importantes, notamment
dans les secteurs de la banque et
de l’énergie, et évité au pays la
faillite financière, mais il est très
critiqué pour sa pusillanimité
face à la corruption et les réseaux opaques dont il s’entoure.
L’amertume de M. Lechtchenko
est compréhensible. Toute la journée, le jeune élu a couru les travées
de la Rada, le Parlement ukrainien,
en quête de son Graal : obtenir la
chute du premier ministre, Arseni
Iatseniouk. Depuis plusieurs mois,
M. Lechtchenko et l’ensemble du
camp réformateur l’accusent d’entretenir des réseaux de corruption
et de saboter les réformes promues par certains ministres.
Ce 16 février, les astres semblent
favorables. En quelques semaines,
M. Iatseniouk a vu sa popularité
s’effondrer à des niveaux proches
du néant et plusieurs ministres
d’envergure le quitter bruyamment. Même ses soutiens occidentaux, friands de ce premier
ministre tiré à quatre épingles et
parfait anglophone, commencent à lui faire les gros yeux.
Coup de tonnerre
A la mi-journée, Sergueï Lechtchenko et ses amis ont réuni les
150 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure. A la
tribune, les débats s’engagent lorsque intervient un coup de tonnerre : dans un communiqué,
Petro Porochenko demande, lui
aussi, la démission de M. Iatseniouk. « La thérapie n’est plus suffisante pour restaurer la confiance, il
est temps de pratiquer la chirurgie », écrit le président, enjoignant
ses troupes à voter la défiance.
L’intervention du président est
une surprise : longtemps rivaux
pour la domination du camp
proeuropéen, les deux hommes
ont fini par trouver un terrain d’entente. En échange de son
Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, au Parlement de Kiev, mardi 16 février. GLEB GARANICH/REUTERS
effacement, M. Iatseniouk peut
conserver son poste et le contrôle
d’une partie de l’économie étatique. Pour donner un nouveau
souffle à son mandat, M. Porochenko semble donc prêt à un
grand ménage. En même temps
que la démission de M. Iatseniouk,
il demande celle d’un allié de longue date, le controversé et puissant
procureur général Viktor Chokine.
Celui-ci s’exécute sans broncher.
Forte de ce soutien de poids, l’offensive des anti-Iatseniouk paraît
sur le point de réussir. A 19 h 50,
247 députés votent une résolution qualifiant le travail du gouvernement d’« insatisfaisant ».
Mais quinze minutes plus tard, à
20 h 05, nouveau coup de théâtre :
ils ne sont plus que 194 – la majorité est fixée à 226 – à se prononcer en faveur de la destitution du
premier ministre. Le compte n’y
est pas, Arseni Iatseniouk a sauvé
sa place, au moins jusqu’à la fin de
la session parlementaire, cet été.
Passé la stupeur, vient l’heure de
l’exégèse. La peur de l’instabilité
ne suffit pas à expliquer le sauvetage de M. Iatseniouk. Un constat
s’impose : le premier ministre a
« La thérapie n’est
plus suffisante
pour restaurer
la confiance,
il est temps
de pratiquer
la chirurgie »
LE PRÉSIDENT POROCHENKO
reçu le soutien de la cinquantaine
de députés que contrôlent deux
des principaux oligarques ukrainiens, Rinat Akhmetov et Ihor Kolomoïsky, avec lesquels il s’est toujours montré accommodant. A la
télévision, l’inusable Ioulia Timochenko tonne : « Chaque voix pour
Iatseniouk a été achetée jusqu’à un
million de dollars ! »
Mais que dire des 22 députés du
Bloc Petro Porochenko qui ont,
eux aussi, voté contre la démission ou se sont abstenus ? C’est là
qu’intervient l’explication de Sergueï Lechtchenko et de nombre
d’observateurs, celle d’une mise
en scène destinée à donner du
temps et de l’air au gouvernement.
L’explication est même reprise
dans la soirée par la vice-présidente de la Chambre, Oksana
Syroïd, qui évoque une « conspiration » entre les deux têtes de l’exécutif. « Il est impossible d’imaginer
que ces députés aient voté sans l’accord du président, confirme la journaliste Kristina Berdynskykh,
habituée des coulisses de la
Rada. Sur un sujet aussi lourd, il n’y
a pas de vote “en conscience”. »
« En réalité, Porochenko ne voulait pas du départ de Iatseniouk,
explique le politologue Volodymyr Fessenko. Pas avant d’avoir
sécurisé le versement d’une nouvelle tranche d’aide du FMI, et tout
simplement parce qu’il n’y a pas,
pour l’heure, d’alternative. Mais la
manœuvre lui permet de prétendre, devant les Ukrainiens et devant les Occidentaux, qu’il aura au
moins tenté quelque chose. Ainsi
va la politique ukrainienne, faite
d’intrigues et de coups tordus. »
Cette mise en scène risque de
coûter cher aux deux hommes,
qui ressortent terriblement affaiblis de cette journée. Aux yeux de
l’opinion publique, Petro Poro-
chenko apparaît incapable de tenir ses troupes ou d’obtenir le départ du premier ministre. Quant à
ce dernier, il sera « plus dépendant
que jamais des oligarques », estime le politologue Mikhaïl
Minakov, et devra composer avec
un Parlement profondément divisé et des ministres en rébellion
ouverte. « Au nom de la stabilité et
pour obtenir un répit de courte durée, Porochenko et Iatseniouk
prennent le risque d’accentuer la
crise politique latente », tranche la
journaliste Kristina Berdynskykh.
Le spectacle offert mardi par le
Parlement risque aussi d’entamer
plus encore la faible crédibilité
dont jouissent les responsables
ukrainiens. Après avoir renoué
avec les arrangements de couloir
et les pratiques de l’ancien régime,
l’exécutif aura du mal à convaincre
de sa volonté d’assainir le système
politique ukrainien. « Toutes les
collusions se paient, écrit Sergueï
Lechtchenko dans l’amertume de
la nuit. Et le jour où la colère populaire demandera des comptes, des
élections anticipées nous paraîtront une solution bien douce. » p
benoît vitkine
Vastes manifestations anti-Modi sur les campus indiens
C HI N E
L’arrestation d’un étudiant accusé de « sédition » a provoqué des troubles dans tout le pays
La Chine a déployé une batterie de missiles sol-air sur l’île
de Yongxing, dans un secteur
de mer de Chine du Sud
revendiqué à la fois par Pékin,
Taïwan et le Vietnam, ont déclaré mercredi 17 février les
autorités taïwanaises et américaines. Pékin a démenti ces
informations.
L’île de Yongxing, ou Woody
Island (« île boisée ») en anglais, appartient à l’archipel
des Paracels. L’initiative chinoise a été dévoilée au moment où se tenait en Californie un sommet entre le
président américain, Barack
Obama, et les dirigeants des
dix pays de l’Association des
Nations de l’Asie du Sud-Est
(Asean) justement consacré à
la sécurité maritime dans la
région. – (Reuters.)
new delhi - correspondance
L
e premier ministre indien,
Narendra Modi, est aux prises avec une contestation
étudiante sans précédent depuis
vingt-cinq ans. L’arrestation, vendredi 12 février, de Kanhaiya Kumar, le leader d’un syndicat étudiant de l’université Jawaharlal
Nehru (JNU) de Delhi, accusé de
« sédition », a provoqué des manifestations dans une vingtaine de
campus universitaires du pays.
Les autorités lui reprochent
d’avoir organisé un rassemblement à l’occasion du troisième anniversaire de l’exécution d’un militant séparatiste cachemiri. Un
ancien professeur de l’université a
également été arrêté, tôt dans la
matinée du mardi 16 février. Syed
Abdul Rehman Geelani est accusé
d’avoir organisé un événement similaire dans la capitale où des slogans « anti-indiens » auraient été
entendus, selon la police, qui ne
donne pas davantage de détails
sur la nature de ces slogans.
« Si quiconque chante des slogans anti-indiens et remet en
question l’unité et l’intégrité de
l’Inde, il ne sera pas épargné », a
justifié, samedi 13 février, le ministre indien de l’intérieur,
Rajnath Singh, ajoutant, sur la foi
d’un tweet qui s’est révélé être un
faux, que les manifestants de JNU
avaient le soutien de Hafiz Saeed,
le leader d’un groupe terroriste
pakistanais. Lequel a répondu,
mi-surpris, mi-amusé, qu’il
n’avait rien à voir avec des manifestations sur un quelconque
campus en Inde.
« Accusations sans fondement »
La colère est montée d’un cran,
lundi 15 février, lorsque des hommes se présentant comme étant
des avocats, s’en sont pris à des
journalistes, étudiants et professeurs, venus au tribunal pour assister à l’audience, finalement
ajournée, de Kanhaiya Kumar. Un
député du parti nationaliste hindou au pouvoir, O.P. Sharma, a
même été filmé en train d’attaquer l’un d’eux, au motif qu’il
était justifié de « battre » celui qui
chantait des slogans « anti-indiens ». Les victimes, dont plusieurs ont été hospitalisées, dénoncent la passivité de la police.
La Cour suprême a accepté,
mardi en fin d’après-midi, d’examiner « en urgence » la plainte déposée par l’une d’entre elles pour
« violences subies » et « inaction de
la police ». « C’est une campagne
« C’est une
campagne
orchestrée par
le gouvernement
pour faire taire
toute critique »
SHREYA GOSH
étudiante de l’université
Jawaharlal Nehru
orchestrée et minutieusement préparée par le gouvernement et ses
alliés fondamentalistes hindous
pour faire taire toute critique et liberté d’expression sur les campus,
explique Shreya Gosh, une étudiante de JNU. Les accusations de
sédition sont sans fondement. Elles ne servent qu’à bâillonner les
étudiants par la menace. »
La loi contre la sédition invoquée par le gouvernement date de
la fin du XIXe siècle, lorsque les
colons britanniques s’inquiétaient de la « nervosité affective
des Indiens ». Cette même loi,
aujourd’hui utilisée par le gouvernement d’une Inde libre et indépendante, avait été invoquée par
les Britanniques pour arrêter le
Mahatma Gandhi en 1922. Lequel
avait eu ce commentaire peu
amène à son propos : « Elle est
sans doute la reine des articles du
Code pénal destinés à supprimer la
liberté du citoyen. » Ce qui n’a pas
empêché les gouvernements successifs, après l’indépendance de
1947, d’user de cet article de loi
pour faire taire les critiques.
« C’est plutôt cette section 124-A
qui est “anti-indienne”, puisqu’elle
s’oppose à l’idée de la légitimité
d’un Etat libéral et démocratique »,
estime l’avocat Suhrith Parthasarathy dans les colonnes du quotidien The Hindu.
« Tyrannie »
Jamais, depuis que M. Modi est arrivé au pouvoir, des arrestations
ont provoqué une telle indignation dans le pays. « Le patriote », a
titré en « une », mardi 16 février, le
quotidien indien The Telegraph
pour illustrer la photo d’un étudiant à terre, battu par des partisans de M. Modi, au-dehors d’un
tribunal de Delhi. « La réponse disproportionnée du gouvernement
sent à plein nez la tyrannie du plus
haut niveau », écrit Pratap Bhanu
Mehta, le directeur du think tank
Center for Policy Research (CPR),
basé à Delhi, dans une tribune
d’une rare véhémence publiée par
The Indian Express. « C’est une déclaration ouverte du gouvernement contre toute dissidence qu’il
ne tolérera pas », précise M. Mehta,
accusant les autorités de « vouloir
écraser toute opinion ».
L’université de JNU, un foyer historique de la contestation étudiante dans le pays, est aussi célèbre pour avoir formé une bonne
partie de l’élite du pays. Plus de
450 universitaires du monde entier, issus de Yale, Columbia, Harvard ou encore Cambridge, ont signé une pétition dans laquelle ils
disent suivre « avec préoccupation » les manifestations des étudiants et de leurs professeurs.
« JNU symbolise un imaginaire vital de l’espace universitaire – un
imaginaire qui embrasse la pensée
critique, la dissidence démocratique, le militantisme étudiant et la
pluralité des opinions politiques,
écrivent les signataires. C’est cet
imaginaire critique que le pouvoir
actuel cherche à détruire. »
L’audience de Kanhaiya Kumar,
devant un tribunal de Delhi, est
prévue mercredi. En attendant,
des professeurs de JNU organisaient, mardi en fin d’après-midi,
des cours en plein air sur le thème
du « nationalisme ». p
julien bouissou
Pékin déploie
des missiles dans
les îles Paracels
R USS I E
Moscou veut vendre
des bombardiers à l’Iran
La Russie a déclaré, mardi
16 février, à l’occasion de la visite du ministre de la défense
iranien à Moscou, Hossein
Dehghan, qu’elle pourrait
conclure de nouvelles ventes
d’armement à l’Iran, dont des
chasseurs bombardiers
Soukhoï Su-30SM, des avions
de combat polyvalents et des
missiles. – (AP.)
international | 5
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Le pape visite Ciudad Juarez, ex-capitale du crime
Au terme de sa visite au Mexique, François devait célébrer, mercredi, une messe dédiée aux victimes de la violence
ciudad juarez (mexique) correspondance
S
ur la rive droite du Rio
Bravo, qui sépare le Mexi­
que et les Etats­Unis, le pape
François devait célébrer, mercredi
17 février, une messe dédiée aux
victimes de la violence. C’est à Ciudad Juarez que le souverain pontife achèvera sa visite de cinq jours
au Mexique. Point de passage de la
drogue et des clandestins vers les
Etats-Unis, Ciudad Juarez est devenue, en 2010, la ville la plus dangereuse au monde. Six ans plus tard,
VERBATIM
“
Ce n’est pas vrai que la
seule manière de vivre,
de pouvoir être jeune, ce soit
de remettre sa vie entre les
mains du narcotrafic ou de tous
ceux qui ne font que semer
la destruction et la mort. (…)
Jésus ne vous demanderait
jamais d’être des tueurs à gages.
(…) Il est possible que vous
n’ayez pas la dernière voiture
à la porte, que vous n’ayez pas
les poches pleines d’argent ;
mais vous aurez une chose que
personne ne pourra jamais vous
arracher : l’expérience de vous
sentir aimés, embrassés et
accompagnés. »
Le pape François s’adressant
à la jeunesse, mardi 16 février,
à Morelia (Etat du Michoacan).
un calme relatif est revenu dans
les rues de cette agglomération industrielle de 1,3 million d’habitants, qui a longtemps été le théâtre des affrontements entre deux
cartels rivaux. Cette paix semble
pourtant fragile.
Mercredi, 3 000 proches de victimes sont les invités d’honneur
de la messe pontificale. Parmi
eux, Luz Helena Ramos, 40 ans, a
les traits tirés par un deuil qu’on
lui a volé : « Mon fils de 17 ans a disparu en 2012, après avoir été arrêté
par des policiers. Depuis, je suis
comme un zombie. » Dans l’Etat de
Chihuahua, dont Ciudad Juarez
est le fleuron industriel, 1 663 disparitions sont recensées. Dans
tout le pays, les disparus atteignent le nombre record de
27 000 ! « Les proches des victimes
mènent leur propre enquête, car
les autorités étouffent des affaires
qui impliquent souvent des policiers ripoux », dénonce Patricia
Galarza, psychologue au centre
des droits de l’homme Paso del
Norte, qui précise que 99 % des
délits restent impunis.
« Crimes de genre »
Près du consulat des Etats-Unis,
un mémorial rappelle que le cycle
de la terreur a débuté à Ciudad Juarez en 1993, quand les premiers
corps de femmes et de fillettes ont
été retrouvés avec des traces de
torture. Depuis, 442 « féminicides » ont été recensés dans la ville,
plus de 2 300 dans l’Etat de Chihuahua. « Ces crimes de genre continuent, mais sont éclipsés par ceux
des narcos », précise Mme Galarza.
ÉTATS-UNIS
El Paso
Ciudad Juarez
CHIHUAHUA
NUEVO LEON
MEXIQUE
Golfe
du Mexique
Mexico
OCÉAN PACIFIQUE
500 km
C’est dans le quartier pauvre de
Bellavista, au cœur de la ville, que
la guerre des mafias a débuté
en 2007, entre le cartel de Juarez et
celui de Sinaloa, dirigé par
Joaquin « El Chapo » Guzman.
Certaines baraques en parpaings
arborent encore des croix blanches, marques funèbres des affrontements qui ont fait
11 000 morts en neuf ans à Juarez,
plus de 100 000 au niveau national. A l’époque, La Linea, bras
armé du cartel de Juarez, épaulé
par le gang des Aztecas, lutte sans
merci contre Artistas Asesinos et
Los Mexicles, deux gangs à la
solde du cartel de Sinaloa, pour le
contrôle de cette zone stratégique
du narcotrafic.
Pour tenter de rétablir l’ordre,
l’ancien président Felipe Calderon
a fait appel, en 2008, à près de
10 000 militaires et policiers fédéraux. Mais, pour le psycho-sociologue Hugo Almada, spécialisé
dans la violence à l’université de
Ciudad Juarez, « l’infiltration de la
police et l’armée par le crime organisé accentue vite la violence ». Résultat : avec 3 057 homicides
en 2010, la ville décroche le titre de
capitale mondiale du crime. Cinq
ans plus tard, le nombre de meurtres chute pourtant à 312, divisant
le taux d’homicides par dix (230 à
21 meurtres pour 100 000 habitants). « Retirer l’armée et la police
fédérale a été très efficace, raconte
le maire, Javier Gonzalez. La police
municipale a aussi exclu ses agents
corrompus, le budget de sécurité a
doublé [1,2 milliard de pesos
en 2015, 56,7 millions d’euros] et
des programmes de prévention de
la délinquance ont été mis en
place. » Dans le commissariat est,
le pick-up du chef de patrouille,
Fernando Pulido, est rutilant :
« Les agents sont mieux payés
[11 900 pesos, 560 euros] et mieux
formés », assure ce policiermodèle.
Même succès dans le pénitencier de Cereso, planté au sud de la
ville. Mercredi, le souverain pontife rencontre 700 de ses 3 000 prisonniers. En 2010, 300 meurtres
avaient été perpétrés dans cette
prison qui n’en compte pas un
seul cinq ans plus tard. Une exception dans un pays où la surpopulation carcérale fait toujours des ravages. Le 11 février, dans une prison de l’Etat de Nuevo Leon (nordest), un affrontement entre deux
cellules rivales du même cartel de
Los Zetas a fait 49 morts, dont cinq
retrouvés calcinés.
Ciudad Juarez est devenue une
vitrine séduisante pour le gouver-
nement. Mais M. Almada a une
autre explication : « Les cartels de
Juarez et de Sinaloa ont conclu un
pacte de non-agression avec l’aval
des autorités. » Les causes de la
violence, elles, restent les mêmes.
Les maisons délabrées de Ciudad
Juarez contrastent avec les coquettes villas de la ville jumelle
d’El Paso, de l’autre côté de la frontière. Ciudad Juarez est l’ultime
étape pour les migrants rêvant
d’un avenir meilleur, perceptible
à travers le grillage frontalier.
Marché des passeurs dopé
Le soir, les clandestins affluent
vers la Casa del Migrante, l’un des
60 refuges que l’Eglise catholique
a ouverts au Mexique pour héberger les migrants. « De plus en plus
de Centraméricains, certains mineurs, fuient la misère et la violence », constate le père Javier
Calvillo. A la tête de ce refuge, situé
à l’ouest de la ville, le religieux a
accueilli plus de 6 300 clandestins
en 2015. Dans la cour, où trône une
« Les cartels
de Juarez
et de Sinaloa ont
conclu un pacte
de non-agression
avec l’aval
des autorités »
HUGO ALMADA
psycho-sociologue
spécialisé dans la violence
statue de la Vierge métisse, deux
Nicaraguayens de 25 et 27 ans racontent leurs épreuves : « On s’est
fait dépouiller par des agents à
Mexico, après avoir échappé à des
narcos qui voulaient nous enlever.
Maintenant, on n’a plus un sou
pour payer notre passage. »
La sécurité accrue à la frontière
dope le marché des passeurs,
contrôlé par le crime organisé :
« Le prix va de 700 dollars
[625 euros] pour passer juste le
mur jusqu’à 7 000 dollars pour aller d’Amérique centrale jusqu’aux
Etats-Unis », confie l’un des deux
jeunes, décidés à tenter seuls la
traversée au risque de leur vie.
Efrain Chavez, 33 ans, s’est réfugié en 2013 aux Etats-Unis, après
avoir été témoin de l’assassinat de
son frère jumeau par des policiers
véreux. « J’ai passé vingt-six mois
dans un centre de détention américain », soupire-t-il. Efrain a été libéré le 16 décembre 2015. Mais sa
situation migratoire reste incertaine. « La plupart des demandes
d’asile sont rejetées par le gouvernement américain », déplore
Carlos Spector, l’avocat de
M. Chavez, qui dénonce une responsabilité binationale : « D’un
côté, le Mexique maquille les chiffres de la violence en laissant des
crimes impunis. De l’autre, les
autorités américaines minimisent
le fléau en refusant les demandes
d’asile. » Pourtant, le temps
presse : dans l’Etat de Chihuahua,
l’homicide est devenu la première
cause de mortalité des jeunes de
moins de 17 ans. p
frédéric saliba
6 | planète
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Ségolène Royal devient présidente de la COP21
La ministre de l’environnement, qui a récupéré le climat dans son portefeuille, succède à Laurent Fabius
S
égolène Royal a annoncé,
mercredi 17 février, qu’elle
allait prendre la présidence de la COP21 jusqu’au passage de flambeau au
Maroc, pays hôte de la prochaine
conférence internationale sur le
climat, le 7 novembre à Marrakech. La ministre de l’environnement va succéder à Laurent Fabius, qui a confirmé lundi, dans
une lettre adressée au président
de la République, qu’il renonçait à
cumuler les présidences du Conseil constitutionnel et de la COP.
L’ex-ministre des affaires étrangères avait suscité une vive polémique sur la compatibilité juridique
de ce cumul. Surtout, Ségolène
Royal, qui, à l’issue du remaniement, s’est vu attribuer les « relations internationales sur le climat », entend reprendre la « totalité du dossier climatique ».
« Le président de la République
m’a proposé hier [mardi] de prendre la présidence de la COP et j’ai
accepté, déclare au Monde
Ségolène Royal, confirmant des
propos qu’elle a tenus sur i-Télé. Je
conçois ma présidence comme active, efficace et dans la continuité,
puisque j’étais déjà chef de la délégation française pour la COP21. »
L’Elysée confirme la nouvelle
sans pour autant préciser le moment auquel l’annonce officielle
sera faite.
Face à la volonté de Laurent
Fabius de poursuivre son travail à
la tête de la COP21 malgré sa prochaine entrée au Conseil constitutionnel, Mme Royal avait demandé
l’arbitrage du chef de l’Etat et une
clarification des règles du jeu. « Un
débat a lieu actuellement. Peutêtre Jean-Louis Debré peut-il donner un avis et dire si les fonctions
peuvent être cumulées ou non
puisqu’il est l’actuel président du
Conseil constitutionnel. J’attends
qu’on me dise exactement comment cela va se passer », avait-elle
déclaré vendredi 12 février après
une réunion des ministres européens de l’environnement à Paris.
Ségolène Royal tient sa revanche sur son vieil adversaire Laurent Fabius. Car malgré son ambition, durant les deux ans de la préparation de la COP21, Mme Royal
avait été reléguée à un second rôle
dans les débats. Le président de la
République lui avait confié « la
construction d’une position européenne ambitieuse » et « la mobilisation de la société civile », tandis
que M. Fabius assumait « la res-
LE CONTEXTE
ACCORD DE PARIS
Le 30 novembre 2015, les représentants de 195 Etats se sont
retrouvés à la conférence
mondiale sur le climat (COP21),
au Bourget (Seine-Saint-Denis),
pour tenter d’aboutir à un engagement collectif de réduction
des émissions de gaz à effet de
serre. Après treize jours d’intenses négociations, le 12 décembre,
l’assemblée réunie sous l’égide
de l’ONU se congratulait et
acclamait Laurent Fabius, alors
président de la COP21, pour
avoir permis l’adoption de cet
accord historique. Il s’agit du premier texte universel destiné à
contenir « l’élévation de la
température moyenne de la
planète nettement au-dessous de
2 °C ». Il entrera en vigueur une
fois que 55 Etats l’auront ratifié
et que les signataires représenteront 55 % des émissions
globales. La mise en œuvre des
premières mesures concrètes devrait intervenir à partir de 2020.
La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, sur le site d’Airbus aux Mureaux (Yvelines), le 5 février. KENZO TRIBOUILLARD/AFP
ponsabilité globale de la négociation multilatérale ». Le 12 décembre 2015, au moment où avait été
scellé au Bourget le premier accord universel sur le climat, le
chef de la diplomatie française
avait été salué par la presse internationale comme « le cerveau » de
cet accord.
Agir plus vite
Mais beaucoup reste à faire pour
transformer le texte de Paris en
véritable instrument de lutte
contre le réchauffement climatique. « Les trois priorités sont de
faire en sorte que l’accord de Paris
se concrétise, que les contributions
nationales soient effectivement
appliquées par les pays et que
l’agenda des solutions soit mis en
œuvre afin que l’action se poursuive entre aujourd’hui et 2020 »,
détaille Ségolène Royal.
La nouvelle présidente de la
COP21 va copiloter tout au long de
l’année des réunions de travail
avec le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur
Durant les
deux ans de la
préparation de la
COP21, elle avait
été reléguée à un
second rôle dans
les négociations
les changements climatiques (CCNUCC), l’instance chargée des négociations multilatérales sur le
climat. Laurent Fabius avait défini, avec Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, une série
de rendez-vous cruciaux, avant la
COP22 de Marrakech.
Elle devra aussi délivrer des
messages pour pousser la communauté internationale à intensifier la lutte contre le réchauffement qui affecte la planète. Le
traité ne rentrera en vigueur
qu’en 2020. Or, il faut agir plus
vite et convaincre notamment les
195 Etats membres de la CCNUCC
de hausser leur ambition en matière de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Le
compte n’y est pas pour le moment : si les Etats restaient sur la
trajectoire annoncée, la hausse
des températures atteindrait 3 °C,
beaucoup plus que ce que la planète peut supporter, selon les
scientifiques.
La tâche de la nouvelle présidente n’a rien de symbolique.
Depuis le 12 décembre 2015, de
très mauvais signaux ont été donnés : la suspension par la Cour suprême des Etats-Unis du plan climat de Barack Obama, qui visait à
réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à la production
d’électricité ; les coupes sévères
opérées en Australie, l’un des gros
pays pollueurs, dans la recherche
sur le climat.
« Pendant la conférence de Paris,
elle a appris le rôle, observe l’expert pour les questions énergétiques et climatiques Pierre
Radanne. Le moment difficile pour
elle commence maintenant. Elle va
devoir s’impliquer dans le dossier
complexe de la répartition [des efforts de réduction des émissions
de gaz à effet de serre] entre les
Etats de l’Union européenne. » Les
pays membres de l’UE avancent
pour le moment en ordre dispersé dans ce domaine.
Dès l’élargissement de son portefeuille lors du remaniement,
Mme Royal indiquait ses priorités :
« La dimension européenne est essentielle, il faut que l’Europe garde
un temps d’avance sur l’accord »,
expliquait-elle, ajoutant qu’« elle
voulait clarifier la situation avec
les Etats-Unis » après le vote de la
Cour suprême américaine.
La difficulté de la tâche sera
aussi d’organiser la session de novembre avec une présidence
montante qui n’est pas en position de force. En raison du conflit
sahraoui, « le Maroc n’est pas
membre de l’Union africaine,
pointe Pierre Radanne. Cela pose
un problème de représentativité
pour le continent africain, quelle
que soit la qualité de son travail
pour la COP22 ».
Mme Royal va devoir concilier la
charge de la présidence de la COP
avec l’achèvement des deux
grands chantiers nationaux qu’elle
a ouverts. D’une part, la loi sur la
transition énergétique pour la
croissance verte, promulguée en
août 2015, mais dont la plupart des
décrets d’application restent encore à prendre. D’autre part, la loi
pour la reconquête de la biodiversité, qui arrivera en première lecture devant le Sénat en mars. Deux
dossiers sur lesquels beaucoup
reste à faire et qui, à eux seuls,
auraient pu suffire à un ministre
ordinaire. La ministre de l’environnement a également pris en charge
le dossier de l’aéroport de NotreDame-des-Landes, sur lequel elle a
diligenté une expertise censée permettre au gouvernement de sortir
d’un blocage vieux de plusieurs dizaines d’années. p
sophie landrin,
pierre le hir,
et simon roger
Très en retard, Paris se lance dans une stratégie « zéro déchet »
Les immeubles parisiens seront dotés d’une nouvelle poubelle de tri pour collecter les biodéchets, d’origine animale ou végétale
L
a Mairie de Paris doit prendre le taureau par les cornes. Et elle le sait. Le plan
pluriannuel de renforcement de
la propreté de la capitale, soumis
mardi 16 février au conseil municipal, doit lui permettre de rattraper le fort retard qu’elle accuse
dans la collecte sélective et le recyclage des déchets.
Selon une enquête publiée en
novembre 2015 par la Commission européenne sur l’état de la
collecte sélective des déchets
dans les vingt-huit capitales de
l’Union, Paris se situe dans le dernier tiers en termes de performances, devant Madrid, mais
derrière Amsterdam et même
Athènes.
Aujourd’hui, 84 % des déchets
de la capitale sont encore incinérés ou enfouis en décharge. Seulement 16 % sont recyclés. Il n’y a
guère que le verre qui soit à 65 %
recyclé.
A l’instar d’autres grandes agglomérations, comme San Francisco ou Milan, et même de quel-
que quatre-vingt-dix villes françaises déjà, Paris veut désormais
s’inscrire dans une stratégie
« zéro déchet ». « L’objectif est de
ramener le plus vite possible, d’ici
à la fin de la mandature, la mise en
décharge ou en incinérateur audessous de 50 % de la collecte des
déchets. Et d’être à 20 % d’ici une
quinzaine d’années », affirme Mao
Peninou, adjoint d’Anne Hidalgo
chargé de la propreté et du traitement des déchets.
Des composteurs dans les parcs
Pour permettre ce saut quantitatif et qualitatif, Paris va mettre en
pratique la collecte des « biodéchets » – déchets d’origine végétale ou animale que sont épluchures, restes de repas, produits périmés, fleurs fanées, etc. –, qui représentent plus d’un tiers des
ordures ménagères.
Dans les immeubles, une troisième poubelle de tri destinée à
recevoir tous ces déchets de table
et de cuisine sera mise à disposition des ménages, en plus de la
poubelle jaune (matériaux recyclables secs) et de la poubelle
blanche (verre). Chaque logement
se verra doté d’un « bio-seau »,
avec sacs biodégradables. La Ville
commencera dès cette année par
équiper les 2e et 12e arrondissements, avant de généraliser cette
collecte.
« Triés dès la cuisine et collectés
séparément, les biodéchets peuvent être valorisés en biogaz ou en
compost pour le jardinage et l’agriculture, explique Mao Peninou.
Nous voulons notamment travailler avec les agriculteurs d’Ilede-France et leur proposer un compost de meilleure qualité que les
engrais chimiques. »
La Ville n’a pas la compétence
directe du traitement des déchets,
mais elle travaille étroitement
avec le Syctom, l’agence métropolitaine des déchets ménagers. Recourant aujourd’hui à des prestataires privés pour le traitement de
ce type de déchets, celle-ci réfléchit déjà à se doter, au fil de la
montée en charge, de ses propres
équipements de méthanisation
ou de compostage.
« Ce pas que franchit Paris en se
lançant dans la collecte des biodéchets est d’autant plus décisif que
dans les collectivités ayant engagé
cette collecte, on observe une amélioration du tri des emballages ménagers et autres matières recyclables, se félicite Laura Chatel, chargée du programme Territoires
chez Zéro Waste France. Or, à Paris, même ce tri est loin d’être satis-
« Les biodéchets
peuvent
être valorisés
en biogaz ou
en compost
pour le jardinage
et l’agriculture »
MAO PENINOU
chargé de la propreté
et du traitement des déchets
faisant. » La moitié du contenu de
la poubelle verte (qui contient le
tout-venant) d’un ménage parisien est composé de déchets recyclables secs.
Une vaste campagne de communication va être lancée. Les
consignes de tri des cartons et
plastiques seront simplifiées et
les moyens pour trier multipliés.
Alors qu’aujourd’hui, neuf mille
immeubles n’ont toujours pas de
poubelle jaune et vingt et un
mille pas de poubelle blanche, la
Ville va déjà accroître le nombre
de bacs. Cent quatre-vingt-dix
nouvelles colonnes à verre seront
installées dans l’espace public
d’ici à 2020. Des composteurs seront installés dans tous les parcs
et jardins. Et une quarantaine de
« Trilib’» seront posés sur la voie
publique, à la place de stationnements automobiles.
Ce nouveau module de collecte
et de tri des matériaux recyclables, constitué de plusieurs bacs
spécifiques (papiers, cartons,
plastiques, verre, textiles…), sera
expérimenté dès 2016, en partenariat avec Eco-emballages, dans
les 2e, 4e, 13e, 18e et 19e arrondissements. Et à partir de 2017, il sera
généralisé à toute la ville.
« Nous voulons donner plus de
place à la gestion des déchets dans
l’espace public pour inscrire l’évidence du tri dans le quotidien des
Parisiens », insiste Mao Peninou.
De la même façon, d’ici à 2020,
dans chaque arrondissement sera
ouverte une « ressourcerie » où
les Parisiens pourront déposer
des objets dont ils n’ont plus l’utilité, mais bons au réemploi. La
Ville créera dix nouvelles déchetteries, dont une boulevard de Ménilmontant en 2018 et une autre
porte de Pantin dès cette année.
Une déchetterie en vis-à-vis de la
Philharmonie : tout un « symbole » pour Anne Hidalgo, qui
veut que sa « ville ne tourne plus le
dos à ses déchets pour les exporter
en dehors de ses frontières, mais
intègre leur gestion dans son tissu
urbain ». p
laetitia van eeckhout
france | 7
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Comptes de campagne : Sarkozy mis en examen
A dix-huit mois de la présidentielle, la décision judiciaire fragilise un peu plus le président des Républicains
C’
est un obstacle de
plus qui vient de se
dresser sur la route
de Nicolas Sarkozy
vers 2017. L’ancien chef de l’Etat a
été mis en examen, mardi 16 février, pour avoir dépassé le plafond légal des dépenses engagées
lors de sa campagne présidentielle de 2012, après avoir été entendu pendant douze heures par
le juge financier Serge Tournaire.
Révélée par Le Point et Libération, l’enquête s’était d’abord concentrée sur le rôle de la société
Bygmalion, qui organisait les
meetings de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle
de 2012 et dont plusieurs anciens
dirigeants, proches du secrétaire
général de l’UMP de l’époque,
Jean-François
Copé,
sont
aujourd’hui mis en examen.
Pendant de longs mois, deux hypothèses se sont affrontées pour
interpréter les surfacturations
réalisées par l’entreprise. La thèse
d’une comptabilité visant à maquiller le dépassement du plafond
légal des dépenses du candidat
Nicolas Sarkozy a peu à peu pris le
pas sur celle, défendue par le camp
sarkozyste, d’un enrichissement
personnel des cadres de Bygmalion, voire de la constitution d’un
trésor de guerre copéiste.
En novembre 2015, l’enquête
s’était en effet élargie à des dépenses du parti sans lien avec la société Bygmalion. Des documents
comptables issus du budget 2012
de l’UMP, retrouvés par les enquêteurs, laissent penser que le parti
avait dépensé au moins 10 millions d’euros pour la campagne
présidentielle sans les inscrire
dans le compte de campagne. Un
montant qui venait s’ajouter aux
18 millions d’euros que Bygmalion aurait surfacturés.
Le code électoral est clair. Il prévoit ainsi que « tout candidat »
ayant « dépassé le plafond des dépenses électorales » – fixé à
22,5 millions d’euros – est « puni
d’une amende de 3 750 euros et
d’un emprisonnement d’un an, ou
de l’une de ces deux peines ».
« Une infraction formelle »
Entendu le 4 septembre 2015 par
la police, l’ancien chef de l’Etat
s’était défendu d’être impliqué
dans le système de fausses factures. « Si on peut penser que je peux
dépenser 18 millions d’euros en
neuf jours utiles de campagne sans
que cela se remarque, on ne doit
pas vivre dans le même pays. »
Toutefois, comme en attestent
plusieurs notes retrouvées par les
enquêteurs et émanant des experts-comptables de la campa-
Nicolas Sarkozy, à la sortie du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris, le 16 février. GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
gne, l’alerte sur le dépassement
avait été donnée dès le 7 mars au
directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert.
Ce dernier avait ensuite dit aux
policiers avoir informé le président-candidat des risques de dépassement du plafond.
Des mises en garde dont
n’aurait pas tenu compte Nicolas
Sarkozy et qui ont conduit le magistrat instructeur à le mettre en
examen pour financement illégal
de campagne électorale. « Une infraction formelle », a tenté de minimiser son avocat, Thierry Herzog, à l’issue de l’audition, mardi
soir, allant même jusqu’à exprimer sa « satisfaction ».
L’ancien président a en effet été
placé sous le statut de témoin assisté des chefs d’usage de faux, escroquerie et abus de confiance,
l’enquête n’ayant pas permis de
démontrer qu’il aurait donné l’ordre de cacher certains de ses frais
de campagne ou qu’il ait été informé d’une fausse comptabilité.
Me Herzog a par ailleurs indiqué
qu’il allait contester la mise en
examen de son client.
Aujourd’hui, quatorze personnes sont mises en examen, parmi
lesquelles des cadres de l’UMP, des
responsables de la campagne et les
anciens dirigeants de Bygmalion.
Avec la mise en examen de
M. Sarkozy, le parti Les Républicains (LR) se retrouve dans une situation qui confine à l’absurde.
Partie civile dans l’enquête judiciaire, il est désormais dirigé par celui dont la justice considère qu’il
existe des indices graves et concordants laissant penser qu’il lui a
porté préjudice, en se faisant rembourser indûment des frais liés à sa
campagne présidentielle de 2012.
Pour Nicolas Sarkozy, cette nouvelle mise en examen constitue
un rude coup politique dans son
projet de reconquête de l’Elysée,
car elle intervient au plus mauvais moment. Largement distancé dans les sondages par Alain
Juppé, ouvertement défié par ses
rivaux pour la primaire, lâché par
plusieurs de ses anciens fidèles, le
président de LR n’a jamais semblé
en aussi mauvaise posture depuis
son retour en politique, à
l’automne 2014. Au point que
beaucoup, à droite, doutent désormais de ses chances d’amener
son camp à la victoire en 2017.
L’annonce de sa mise en examen
vient fragiliser un peu plus sa position car elle contribue à le faire apparaître comme un candidat risqué, pas à l’abri d’une condamnation l’empêchant de se présenter à
la présidentielle. Elle peut instiller
un peu plus le doute chez les sympathisants de droite sur sa capacité
à l’emporter et en pousser certains
à soutenir M. Juppé, qui apparaît
L’ancien chef
de l’Etat est déjà
poursuivi pour
corruption dans
une affaire de
trafic d’influence
mieux placé dans les sondages. Un
élu LR résume le sentiment ambiant à droite : « Pour ceux qui
aiment Sarkozy, sa mise en examen
dans Bygmalion ne changera rien,
car ils penseront que c’est de
l’acharnement. Ceux qui ne
l’aiment pas auront une raison de
plus de ne pas l’aimer. Chez les électeurs de droite indécis, même si certains apprécient Sarkozy, beaucoup peuvent se dire : “Il vaut mieux
assurer la victoire avec Juppé que de
risquer la défaite avec Sarkozy.” »
Epées de Damoclès
D’autant que l’ancien chef de
l’Etat est déjà poursuivi dans un
autre dossier. En juillet 2014, il a
été mis en examen pour corruption dans une affaire de trafic d’influence à la Cour de cassation : il
est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir, début 2014, auprès d’un
haut magistrat, des informations
couvertes par le secret dans une
procédure judiciaire. Dans ce dossier, les juges d’instruction ont notifié la fin de leurs investigations
et le président de LR risque un renvoi au tribunal correctionnel.
Ces deux enquêtes judiciaires
constituent autant d’épées de
Damoclès pouvant éventuellement le disqualifier de la course à
l’Elysée. Comment se présenter à
la primaire et installer sa candidature tout en étant dépendant d’un
agenda judiciaire qu’il ne maîtrise
pas ? Et s’il était élu à la primaire et
condamné ensuite pendant la
campagne présidentielle ? Le voir
effectuer une sortie de route à
cause des affaires : c’est l’espoir de
ses rivaux, même s’ils ne le disent
pas publiquement.
Pas question de donner l’impression de vouloir enfoncer
M. Sarkozy, au risque d’être perçu
comme un traître par les militants.
Alain Juppé l’a compris. Mardi soir,
le favori de la primaire a écrit sur
Twitter : « Je souhaite pour nous
tous que Nicolas Sarkozy fasse prévaloir son bon droit. Amitiés dans
les moments difficiles. » p
alexandre lemarié
et simon piel
Une affaire qui nourrit le désir de revanche de Jean-François Copé
Placé sous le statut de témoin assisté, le député LR de Seine-et-Marne, depuis peu candidat à la primaire, se pose désormais en victime
P
olitiquement, ils rêvent de
2017, mais c’est la présidentielle de 2012 qui mine leur
relation. Depuis des mois, l’affaire
Bygmalion a installé un climat de
haine profonde entre Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy.
En moins de huit jours, les juges
leur ont réservé des sorts différents. Lundi 8 février, le premier
n’a pas été mis en examen mais
placé sous le statut de témoin assisté. Il n’est pas blanchi, mais son
avenir judiciaire s’est considérablement éclairci. Mardi 16 février,
trajectoire
inverse
pour
M. Sarkozy. L’ancien président de
la République a, lui, été mis en
examen, un obstacle de plus dans
sa reconquête de l’Elysée.
Jean-François Copé, secrétaire
général de l’UMP à l’époque des
faits et candidat à la primaire
depuis dimanche, ne s’en réjouira
jamais en public. Mais il considère
que cette évolution judiciaire est
une victoire pour lui. « Cela ne
s’oriente plus chez moi… », déclaret-il au Monde dans son bureau de
l’Assemblée. Désormais, il espère
rétablir son honneur, son image et
se pose en victime : « La vérité
commence à émerger. Chacun a
acté mon innocence et compris que
j’étais le coupable idéal. Mon image
va se reconstruire petit à petit. Je
suis un honnête homme et pas
l’horreur qu’on a voulu décrire. »
Depuis l’irruption des premières
informations sur cette affaire, au
printemps 2014, M. Sarkozy a toujours déclaré qu’il n’avait jamais
eu connaissance des dépassements de ses comptes de campagne. En privé, il estimait que le système de fausses facturations avait
servi à enrichir M. Copé et ses
amis, Bastien Millot et Guy Alvès,
fondateurs de Bygmalion. Devant
les policiers, le 4 septembre 2015,
l’ancien chef de l’Etat avait mis en
cause l’ex-secrétaire général de
l’UMP. « Partout où est passé Copé,
il a pris Bygmalion », expliquait-il.
Grand brûlé de la politique
Cette audition avait rendu fou de
rage M. Copé. « C’était inélégant »,
se contente-t-il de commenter
aujourd’hui. Depuis, les deux
hommes ne se parlent plus en
privé. Leurs oppositions animent
les bureaux politiques.
Par un effet de balancier, la nonmise en examen de M. Copé a renforcé sa version des faits et gâté
celle de M. Sarkozy. Politiquement, elle lui a enlevé une « épée
de Damoclès au-dessus de la tête »,
selon ses termes. « Dans le contexte de notre pays, être mis en
examen a une connotation médiatique qui n’est pas la même que
lorsqu’on ne l’est pas », confie-t-il.
Après avoir mis en scène pendant dix-huit mois sa traversée du
désert et observé un jeûne médiatique, le député de Seine-et-Marne
a montré qu’il n’avait rien perdu
de son appétit politique. Dès le lendemain de son audition avec les
juges, le 9 février, il a réuni la vingtaine de parlementaires qui l’entourent pour tester la façon d’annoncer sa candidature. Le 13 février, il a pris la parole au Conseil
national de son parti, Les Républicains, en évoquant son « émotion », son besoin de « résilience »,
son envie de « se reconstruire ». Le
discours d’un grand brûlé de la
politique qui aurait changé.
« Ce qui compte, ce n’est pas le
prochain sondage, ce n’est pas le
prochain “20 heures”, (…) ce qui
compte, c’est de sortir de l’immédiateté pour s’intéresser au long
terme », avait-il lancé… avant d’annoncer sa candidature à la primaire dès le lendemain au journal
de 20 heures de France 2.
Mais que va faire Jean-François
Copé dans cette primaire ? Depuis
2012 et son affrontement avec
François Fillon, puis avec l’affaire
Bygmalion, son image s’est profondément ternie et il est au plus
bas dans les sondages. Son livre,
Le Sursaut français (Stock, 350 pages, 20 euros), ne s’est vendu qu’à
un peu plus de 3 000 exemplaires.
Se présente-t-il pour se venger de
Nicolas Sarkozy, qui arpente la
même ligne idéologique que lui ?
M. Copé jure que non.
L’inventeur de la « droite décomplexée » affirme vouloir parler des 50 000 policiers, gendarmes et magistrats qu’il faudrait
embaucher, du référendum en
entreprise généralisé, de sa volonté de gouverner par ordonnance au début du prochain
quinquennat pour éviter de diriger « avec la main qui tremble »
comme en 2007-2012…
« Il y a eu beaucoup de demimesures. Sur les retraites, pourquoi n’est-on allé que sur 62 ans,
alors que toute l’Europe faisait
65 ans ? Ce fut une erreur d’avoir
baissé les effectifs des forces de
l’ordre, de ne pas avoir supprimé
les 35 heures », commente-t-il. La
haine entre M. Sarkozy et
M. Copé n’est pas près de
s’éteindre. p
al. le. et matthieu goar
8 | france
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Des solutions « négociées » sur la laïcité à l’hôpital
A Chalon-sur-Saône, pédagogie et dialogue sont utilisés pour faire face aux demandes d’ordre religieux
LE CONTEXTE
chalon-sur-saône
(saône-et-loire) - envoyé spécial
S
on absence est sans doute
passée inaperçue des centaines de patients et de
soignants qui franchissent chaque jour les portes de
l’hôpital William-Morey de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire),
un immense parallélépipède de
verre et de béton posé depuis 2011
à l’entrée de la ville, entre la Saône
et l’autoroute A6. Dans le hall
d’entrée ou sur les murs de l’accueil des urgences, aucune
« charte de la laïcité » ne vient rappeler les limites de la religion dans
l’enceinte de ce service public.
« On a fait le choix de ne pas l’afficher car cela aurait pu paraître
comme ostentatoire et faire figurer comme un problème ce qui n’en
est pas un », comme l’explique
Philippe Hubert, le directeur de la
qualité, du risque et de la clientèle.
L’Observatoire de la laïcité a
adopté, mardi 16 février, un guide
pratique sur la question du fait religieux à l’hôpital. « De façon générale, hors situation d’urgence,
sur cette question, le système public s’adapte, poursuit M. Hubert.
On se doit de donner satisfaction
aux demandes des patients dans la
mesure où cela ne trouble pas le
bon fonctionnement de l’hôpital. »
« Rarissimes »
Si la ville de Chalon-sur-Saône a
fait parler d’elle cet automne lorsque son maire, Gilles Platret (Les
Républicains), a mis fin au menu
de substitution au porc dans les
cantines scolaires au nom de la
« neutralité de l’organisation du
service public », la polémique n’a
pas concerné l’hôpital. Les plaintes liées à des atteintes graves à la
laïcité sont « rarissimes », assure
Bruno Legourd, le directeur. En
admettant aussitôt que « certaines
situations pourraient devenir explosives sans dialogue et pédagogie ». Des incidents liés pour la
plupart à des demandes de prise
en charge par des femmes uniquement ou à la pratique de certains
rites funéraires par des personnes
de confession musulmane.
Situé dans un département
semi-rural, loin des grandes agglomérations, l’hôpital de Chalonsur-Saône serait-il un « sanc-
GUIDE PRATIQUE
Que faire lorsque des personnels
hospitaliers portent des signes
religieux ? Comment réagir en
cas de prosélytisme de la part
des usagers ou des personnels ?
Quelle réponse apporter en cas
de refus d’un médecin de procéder à une IVG ? Après avoir publié des guides à destination des
collectivités locales, des entreprises privées et des structures
socio-éducatives, l’Observatoire
de la laïcité a adopté, mardi
16 février, un « guide pratique de
la laïcité à l’hôpital ». Il est censé
apporter des réponses concrètes
aux personnels et aux patients
des établissements hospitaliers
dans une vingtaine de situations.
Une patiente
et une infirmière
de l’hôpital
de Chalon-sur-Saône,
le 8 février.
CLAIRE JACHYMIAK POUR « LE MONDE »
tuaire » peu représentatif de la situation des autres établissements
publics de santé en France ? Une
enquête a été menée En juin 2015,
la commission des usagers de la
Fédération hospitalière de France
(FHF), le lobby des hôpitaux publics, a interrogé 1 200 établissements. Seuls 172 questionnaires
étaient exploitables et sur ce total,
plus des deux tiers (68 %) des établissements publics de santé et
médico-sociaux français n’avaient
constaté aucune « situation problématique » avec des usagers en
matière de laïcité et, de façon générale, le nombre de problèmes
liés à cette question était « faible ».
« Nous avions été interpellés par
certains faits divers et leur résonance après les attentats de janvier 2015, explique Frédéric Valletoux, le président de la FHF. Au vu
des résultats de l’enquête, même
s’il y a des territoires où la pression
PR ÉC I SI ON
Paris Habitat
A la suite de notre article
« Salaire mirobolant
chez Paris Habitat », dans
l’édition du Monde datée
est plus forte, globalement le sujet
est géré. L’hôpital n’est pas un lieu
permanent d’affrontement autour
de la question de la laïcité. »
Dans les faits, relevait la commission des usagers de la FHF,
beaucoup d’établissements et de
services trouvent des solutions
« négociées » entre les différents
acteurs. Un « pragmatisme », fait
de pédagogie et de dialogue, que
l’on retrouve à Chalon. A la maternité, qui réalise environ 2 000 accouchements chaque année, les
cas en lien avec des demandes
d’ordre religieux s’avérant « un
peu compliqués » se comptent sur
les doigts d’une main. Même si
des hommes de confession musulmane demandent « régulièrement » que leur épouse soit prise
en charge par une femme, « beaucoup de petites situations se dénouent lors de l’entretien du quatrième mois de grossesse », ra-
du mercredi 3 février,
Gilles Romano, directeur
général adjoint de l’office
HLM Paris Habitat, précise
que « le logement du parc aidé
intermédiaire dont il bénéficie
lui a été attribué en 2000 en
tant qu’agent
de la Ville de Paris, et non
en tant que directeur général
adjoint de Paris Habitat
qu’il a rejoint en 2011 ».
Les incidents
sont liés pour
la plupart à des
demandes de
prise en charge
par des femmes
ou à la pratique
de certains rites
funéraires
conte Annie Burnet, cadre de
santé du pôle mère-enfant. A la
maternité de Chalon, sur quarante sages-femmes, trois sont
des hommes. Côté médecins, cinq
sur neuf sont des hommes.
« Nous expliquons que nous sommes tenus à la neutralité et qu’il n’y
a pas de différence de sexe ou de
Vous avez développé une innovation remarquable
dans le domaine de l’habitat, de la mobilité, des technologies
de la ville, de l’énergie ou de la démocratie participative ?
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Partenaires :
« On ne va pas aller au clash »
A la maternité, Mme Brunet confirme. « Je ne veux pas qu’on leur
gâche ce moment-là, dit-elle. On
porte nos valeurs mais on ne va
pas aller au clash. Avec les refus de
françois béguin
Perquisitions tous azimuts
dans les rangs du Front national
Jean-Marie Le Pen et une dizaine d’autres personnes ont été visés
par la police dans l’affaire des assistants au Parlement européen
E
Les prix de l’innovation
race dans la façon dont nous traitons les patients, raconte Mme Burnet. La plupart du temps, cette pédagogie fonctionne. Si ça ne marche pas, on leur demande de s’en
remettre à leur imam, pour qu’il
leur accorde une dérogation. » Car
si la loi prévoit que le patient a le
droit de choisir librement son soignant, cette liberté s’arrête aux situations d’urgence et aux contraintes liées à l’organisation d’un
service. « Si ça ne gêne pas, on va
accéder à la demande, témoigne le
Dr David Corege, qui dirige le pôle
des urgences. Mais quand il n’y a
pas de médecin femme de garde, je
dis : “C’est un homme ou rien.” »
sages-femmes hommes, j’insiste
pour que la réponse à la demande
n’apparaisse pas comme allant de
soi. On les arrange mais on ne les
conforte pas. »
Au rez-de-chaussée du bâtiment, au funérarium, les règles de
fonctionnement de l’hôpital doivent régulièrement être rappelées lors des toilettes rituelles
mortuaires de personnes de confession musulmane. Soit environ
quinze à vingt fois par an. Ce sont
alors 100 à 150 proches qui peuvent se presser aux portes de la
petite salle d’attente de la chambre mortuaire ou de la salle de départ des convois mortuaires. « On
a fait valoir les problématiques de
sécurité auprès de l’imam du centre hospitalier et on arrive maintenant à ce qu’ils soient moins nombreux », raconte Sylvie Cordier, cadre au SAMU-SMUR et à la chambre mortuaire.
Pour mieux gérer toutes ces situations, minoritaires mais régulières, la Fédération hospitalière
de France appelle à « mieux recenser les situations délicates afin de
mieux les anticiper », à valoriser
les bonnes pratiques, à mettre en
place des référents laïcité dans
chaque établissement et enfin à
renforcer la formation initiale et
continue des acteurs. p
ncore une. Déjà perquisitionné en novembre 2015
dans le cadre d’une plainte
du fisc pour fraude fiscale aggravée, Jean-Marie Le Pen a vu ses
bureaux de la villa de Montretout, sur les hauteurs de SaintCloud (Hauts-de-Seine), à nouveau visités par la police, mardi
16 février.
Cette fois, la perquisition a été
menée dans le cadre de l’enquête
ouverte par la justice sur les assistants parlementaires des députés européens du Front national (FN).
Le statut de vingt-neuf d’entre
eux, travaillant pour vingt-trois
parlementaires, est visé par les
enquêteurs : ils sont soupçonnés
d’œuvrer au bénéfice exclusif du
FN en France, alors qu’ils sont rémunérés par l’institution européenne.
Enquête circonscrite
L’ancien président du FN, exclu
du parti d’extrême droite par sa
fille Marine Le Pen, s’est em-
pressé de rapporter la nouvelle
aux oreilles de la presse, pour
mieux mettre en avant une supposée persécution judiciaire à
son encontre. « C’est très personnel, il y a un concours d’infractions, a déclaré Jean-Marie Le Pen
au Monde. Le domicile de mon assistant personnel Gérald Gérin a
lui aussi été visé. » Mais il n’est
pas le seul.
Le siège du Front national, à
Nanterre, a également fait l’objet
d’une perquisition, mercredi
17 février. De source judiciaire, on
Le Carré,
le siège
du Front national,
à Nanterre,
a également
fait l’objet d’une
perquisition,
mercredi 17 février
apprend par ailleurs qu’une dizaine de perquistions au total ont
été menées dans la journée de
mardi.
Alerté par le Parlement européen, le parquet de Paris avait ordonné, en mars 2015, l’ouverture
d’une enquête préliminaire visant le FN pour abus de confiance. L’Office européen de lutte
antifraude, qui s’est saisi le premier de ces faits, avait répertorié
vingt cas potentiellement litigieux de personnes présentes
dans l’organigramme du Front
national et salariés dans le même
temps par l’entremise du Parlement.
L’enquête a été élargie dans un
premier temps par la justice française à une quarantaine de personnes, avant d’être circonscrite.
Une grande partie des membres
du cabinet de Jean-Marie Le Pen,
mais aussi de celui de Marine Le
Pen, travaillent comme assistants parlementaires, à Strasbourg ou en circonscription. p
olivier faye
france | 9
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
A Calais, les associations
alertent sur la situation
des mineurs isolés
Plusieurs adolescents déposent des recours en justice
pour rejoindre leur famille en Grande-Bretagne
et s’opposer à la destruction de la « jungle »
La procédure s’allonge
Le règlement de Dublin III, qui
régit la demande d’asile en Europe, précise pourtant que « si le
demandeur d’asile est un mineur
non accompagné, l’Etat responsable de sa demande est celui
dans lequel un membre de la famille ou les frères et sœurs du mineur non accompagné ou un proche se trouvent ». La Grande-Bretagne devrait donc « prendre en
charge les mineurs qui introduisent une demande en France en
ayant un père, une mère, un frère
ou un oncle dans l’île », insiste
Marie-Charlotte Fabié, l’avocate
de Hanna et Ahmed. Ce qui est le
cas de la majorité des mineurs
isolés de Calais.
Pour la sœur et le frère, la procédure s’allonge car la mère n’a
pas déclaré ses enfants dans son
dossier de réfugié. La France leur
avait déjà fait perdre beaucoup
de temps, le ministère de l’intérieur français semblant avoir découvert cet article 8 du règlement de Dublin III à l’automne
2015. « Aucune demande d’admission de mineur isolé n’avait été
faite depuis cinq ans ; avant celles
de Hanna, Ahmed et trois autres
adolescents de la “jungle”, ces derniers jours », rappelle Lou-Salomé
Sorlin, l’avocate qui a assigné
l’Etat en référé le 3 février sur ce
manquement, avec Marie-Charlotte Fabié, le référé-liberté étant
appuyé par Médecins du monde
et le Secours catholique.
La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, explique cette lacune par « une arrivée récente des
mineurs à Calais, surtout après
l’été ». Quoi qu’il en soit, le phénomène est aujourd’hui massif :
« plus de 400 mineurs vivraient
dans la partie sud de la “jungle”,
selon un comptage opéré mardi
dans chaque abri de cette zone
que la préfète demande d’évacuer
pour la fin de la semaine », plaide
Marianne Humbersot, de la permanence juridique de la « jungle ». « Plus de la moitié sont des
mineurs isolés », ajoute l’avocate
Orsane Broisin, qui en a vu passer « 150 en consultations juridiques depuis le 11 janvier. »
Grâce au collectif d’avocats bénévoles, une bonne partie de ces
adolescents devaient déposer
mercredi une lettre chez le juge
pour enfants « pour demander
une prise en charge immédiate
par l’aide sociale à l’enfance, puisque l’éviction du bidonville où ils
résident crée pour eux un état de
péril imminent », rappelle Orsane
Broisin. L’Etat devrait d’ailleurs
les protéger depuis le 23 novembre 2015, puisque le Conseil d’Etat
avait requis sous huitaine leur
prise en charge.
ASSEMBLÉE N AT I ON ALE
L’état d’urgence
prolongé jusqu’au
26 mai
L’Assemblée nationale a voté
à une large majorité la prolongation jusqu’au 26 mai de
l’état d’urgence instauré
après les attentats du 13 novembre 2015. Le projet de loi
de prorogation de ce régime
d’exception a été adopté par
212 voix (contre 31 et 3 abstentions) par un hémicycle
à moitié vide. Ce scrutin est
beaucoup moins massif que
les 551 votes favorables
(6 contre) du 19 novembre.
I MMI GRAT I ON
Le Sénat rejette
le projet de loi sur
le droit des étrangers
Le Sénat a rejeté mardi 16 février, avant tout débat, le projet de loi « droit des étrangers ». Toute la droite a
soutenu une motion préalable de rejet avant son examen
en deuxième lecture. Cette assemblée, à majorité de droite,
qui avait modifié le texte en
première lecture, estimait que
le gouvernement n’en avait
« Si on rase
le bidonville,
les mineurs vont
s’évaporer dans
la nature »
MAYA KONFORTI
membre de l’association
L’Auberge des migrants
pas tenu compte. L’instauration de titres de séjour pluriannuels était notamment
un point d’achoppement avec
le gouvernement. L’Assemblée nationale, qui aura le
dernier mot, a voté en janvier
en deuxième examen un projet de loi proche de la version
initiale.
J UST I C E
En parallèle, toujours sous
l’égide de la permanence juridique, aidée par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), plusieurs mineurs
dont Samiula, un Afghan de
14 ans, contesteront le même jour
leur expulsion devant le juge
pour enfants et demanderont
eux aussi à rejoindre leur famille
en Grande-Bretagne. Mercredi
midi devait être aussi le moment
où Liz Clegg, une bénévole britannique qui a ouvert un lieu pour
les femmes, invite symboliquement tous les mineurs sous le
Les bijoux de la grand-mère
« Hanna et Ahmed ont grandi à
Mossoul. Quand leur père est mort
dans un attentat, ils se sont réfugiés en Turquie avec leur mère et
leur grand-mère paternelle », raconte Nadine Rubanbleu. Puis la
mère est partie vers la Grande-
« Plus de 400
mineurs vivraient
dans la partie sud
de la “jungle”,
que la préfète
veut évacuer »
MARIANNE HUMBERSOT
de la permanence juridique
de la « jungle »
Bretagne avec le plus jeune des
enfants, et la grand-mère est décédée au printemps 2015. Alors
Ahmed a décidé d’emmener sa
petite sœur en Grande-Bretagne.
« Ils ont vendu les bijoux de la
grand-mère pour payer les passeurs, et se sont lancés au début de
l’été. Ils ont été expulsés de Bulgarie puis ont avancé avant de se retrouver dans la “jungle” début septembre 2015, à courir après
les camions pour rejoindre leur
mère », ajoute M. Mégard.
Marie-Charlotte Fabié et LouSalomé Sorlin, deux avocates bénévoles, convainquent les enfants qu’ils ont droit à un laissezpasser mais que pour cela ils
doivent demander l’asile en
France. Une demande que la
sous-préfecture de Calais refuse
d’enregistrer jusqu’à la veille de
l’audience au tribunal administratif de Lille, le 3 février. Là, la
sous-préfecture enregistre en urgence les deux demandes et va
même chercher en pleine nuit un
autre des cinq mineurs plaignants laissé dans le campement, pour l’héberger en foyer et
éviter une nouvelle condamnation de l’Etat, après celle du Conseil d’Etat du 23 novembre.
La condamnation a effectivement été évitée. Mais le juge des
référés a reconnu, dans son ordonnance du 11 février 2016, « la
carence de l’administration, qui a
pour conséquence de rendre impossible la mise en œuvre des demandes d’admission légale au
Royaume-Uni pour tous les mineurs y ayant des proches ». Il déplore que « les services de l’Etat
aient attendu d’être saisis d’une
requête en référé-liberté pour
prendre contact avec ces mineurs
et enregistrer leur demande de
protection internationale ». Les
procédures engagées mercredi
vont dans le même sens mais
s’appuient sur d’autres leviers juridiques. L’idée est que le droit
s’applique aussi en France aux
mineurs isolés de Calais. p
maryline baumard
PUBLICITÉ
Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine,
Ministre des Affaires sociales et de la Santé.
Madame la Ministre,
Notre profession de santé ne doit pas être exercée comme un commerce !
Imposer des options thérapeutiques pour des raisons de rentabilité abuse les patients et pervertit
la pratique médicale. Dans notre domaine, cette perversion peut prendre les noms
de surtraitements et de mutilations : une aberration thérapeutique, un scandale médical,
un camouflet à l’éthique que l’Ordre ne peut accepter.
Depuis plusieurs années, l’Ordre National des Chirurgiens-Dentistes alerte les Autorités d’une
possible catastrophe sanitaire due aux dérives, dont nous constatons, hélas, les effets aujourd’hui.
En effet, la loi Bachelot, en ôtant tout contrôle préalable à la création des centres de santé,
a permis leur accroissement sous forme associative régie par la loi de 1901.
Or ces associations dites à but non lucratif sont, en réalité, le bras armé de groupes financiers
plus ou moins puissants dont le profit est le seul objectif. Cette situation met déjà en péril
la santé bucco-dentaire de centaines de patients (sous réserve d’inventaires en cours),
laissés pour compte, aux soins suspendus, voire en situation de délabrement, mais ayant
payé par avance la totalité des soins à venir. Tel que cela leur a été exigé par ces Centres,
contre nos règles, auxquelles ces Centres disent n’être pas assujettis.
Il n’est plus possible de laisser les soins bucco-dentaires aux mains de financiers qui prônent
une approche mercantile décomplexée et s’affranchissent des règles applicables à la profession
de chirurgien-dentiste (en matière de déontologie et de publicité notamment).
Notre devoir est d’alerter les Autorités compétentes car il est à craindre
que cela ne se reproduise. Et d’exiger que les repreneurs de ces Centres
donnent des garanties afin que les patients en situation de grand désarroi
soient soignés.
La protection du patient, le maintien de la confiance collective, l’accès aux soins pour tous sont les
impératifs qui nous poussent à faire de la lutte contre les dérives mercantiles une priorité absolue.
Pour y parvenir, mais aussi pour aller plus loin dans la révision de certains des textes qui sont
détournés et favorisent ces dérives, nous avons besoin de votre soutien et de votre implication.
Le prêtre de Saint-Lizier
condamné pour
détournement de fonds
Madame la Ministre, nous souhaitons vous rencontrer pour, ensemble, écrire une nouvelle page
de la santé bucco-dentaire dont nous n’aurons pas à rougir.
Le tribunal correctionnel de
Foix a condamné, mardi
16 février, l’abbé René
Heuillet, 80 ans, à dix-huit
mois de prison avec sursis et
50 000 euros d’amende pour
le détournement de
666 246 euros de dons de fidèles de la paroisse de SaintLizier. Le prêtre avait expliqué
ces détournements, pendant
vingt-six ans, « par peur de
manquer ». Il devra aussi verser 15 000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral à l’Association
diocésaine de Pamiers, partie
civile, et lui restituer l’ensemble des sommes détournées.
Gilbert Bouteille, Président du Conseil National de l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes.
Les Influenceurs - Publics & Relations - RCS Paris B523495554
L
undi 15 février au soir, les
larmes ont encore coulé
sur le visage de Hanna.
L’adolescente irakienne
a pris conscience que le moment
où elle retrouverait sa mère
s’éloignait une nouvelle fois, sauf
à franchir la Manche, cachée
dans un camion. Difficile de
chasser cette obsession de sa tête
et de celle de son frère Ahmed
(les prénoms ont été modifiés),
tant rejoindre la Grande-Bretagne par la voie légale est un parcours du combattant pour les
deux jeunes Irakiens bloqués à
Calais.
Hanna (13 ans) et Ahmed (17 ans)
ont traversé l’Europe avec la seule
motivation de rejoindre leur
mère. Lundi, ils ont senti Birmingham s’éloigner encore quand
elle leur a annoncé par téléphone
l’éventualité d’un test ADN pour
l’obtention des laissez-passer. Les
enfants n’en peuvent plus de savoir leur mère à la fois si proche
et inaccessible. « On est à l’arrêt »,
répète Hanna, anéantie.
dôme qui sert de salle de cinéma.
Parce qu’« il faut donner un coup
de projecteur sur ceux qui seront
les premières victimes d’une éviction du lieu. Si on rase le bidonville,
ils vont s’évaporer dans la nature,
s’inquiète Maya Konforti, de
l’Auberge des migrants. Le système français a échoué avec eux »,
insiste-t-elle.
Les faits lui donnent raison :
« En 2015, nous avons accueilli
1 400 mineurs isolés dans nos
structures des environs de Calais,
mais n’en avons stabilisé que 90 »,
regrette Pierre Henry, le directeur
de France Terre d’asile. Beaucoup
s’y reposent avant de fuguer pour
passer en Grande-Bretagne. Hannah et Ahmed ont refusé cette solution leur imposant un foyer différent. Ne les imaginant pas repartir sous la tente, Dominique
Mégard et Nadine Rubanbleu, un
couple de Calaisiens retraités, les
ont alors accueillis chez eux, où
ils résident depuis fin novembre.
10 | france
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
UBS
Fraude fiscale :
les secrets
du « système UBS »
« Le Monde » a eu accès aux documents qui
détaillent comment la banque suisse a incité
des milliers de Français à échapper à l’impôt.
Premier volet d’une plongée dans une vaste
entreprise d’évasion fiscale
C
inq ans après son déclenchement, l’enquête judiciaire sur
la banque suisse UBS est quasiment bouclée. Le Monde a eu
accès aux milliers de documents révélant un vaste système de fraude fiscale généralisée. L’opération SwissLeaks, concernant HSBC Private
Bank, dévoilait une fraude à l’échelle planétaire. Un an après, il s’agit, cette fois, d’illustrer à quel point la France fut dans les années
2000 le terrain de chasse privilégié des banquiers suisses, qui ont soustrait des milliards
d’euros à la comptabilité publique et aux
recettes fiscales du pays.
Même si les fraudeurs sont rarement poursuivis au pénal, dissimuler son argent au fisc
est un délit. Inciter à le faire aussi : UBS AG,
numéro un mondial de la gestion de fortune,
est poursuivie par les juges Guillaume Daïeff
et Serge Tournaire pour « blanchiment
aggravé de fraude fiscale » et « démarchage
illicite », pour des faits commis entre 2004 et
2012, et trois de ses anciens salariés sont visés par un mandat d’arrêt.
La banque devrait être renvoyée dans les
mois qui viennent devant le tribunal correctionnel de Paris. Elle encourt une amende de
plusieurs milliards d’euros, soit la moitié du
montant global des valeurs dissimulées.
C’est toute son économie et sa santé financière qui pourraient être bousculées.
Le juge Daïeff évaluait en 2014 les actifs
français occultes d’UBS entre 13 et 23 mil-
Ce qu’il faut savoir
L’enquête Démarrée le 1er mars 2011, l’enquête pour « blanchiment aggravé de
fraude fiscale » et « démarchage illicite »,
pour des faits commis entre 2004 et
2012, a conduit à la mise en examen de
la banque suisse UBS AG, de sa filiale
UBS France et de sept de leurs dirigeants. La banque risque une amende
de plusieurs milliards d’euros.
L’affaire La France a été, dans les années
2000, un terrain de chasse privilégié
pour UBS, dont les « chasseurs » parcouraient le pays en toute illégalité pour convaincre moyennes et grandes fortunes
d’ouvrir un compte occulte en Suisse.
Plus de 38 300 comptes français auraient
ainsi été ouverts chez UBS en Suisse.
Les fraudeurs Sportifs, artistes, grands
patrons, commerçants, médecins, aristocrates… Les listings UBS dessinent un
portrait de la fraude fiscale en France,
avec des comptes affichant 1,1 million
d’euros d’avoirs en moyenne.
Les régularisations La mise en place à
Bercy, dès 2009, d’un dispositif de
« dégrisement » des fraudeurs au fisc a
permis la régularisation de plus de 4 200
clients d’UBS, parmi d’autres clients des
banques suisses. Déjà plus de 3 milliards
d’euros d’avoirs ont été régularisés.
La défense d’UBS « Il n’y a pas eu de
comptabilité occulte. Si procès il y a, nous
avons matière à obtenir une relaxe. UBS
a toujours été prête à trouver un accord
via une transaction avec le fisc français »,
assure le président du directoire d’UBS
France, Jean-Frédéric de Leusse.
liards d’euros. Chiffre contesté par la banque,
qui a pourtant déjà dû s’acquitter d’une caution judiciaire record de 1,1 milliard d’euros.
Montant vertigineux, d’autant que la France
ne représente que 7,5 % des valeurs collectées
par la banque – d’autres enquêtes sont en
cours en Belgique et en Allemagne.
Côté français, l’enquête l’atteste : jusqu’en 2012, UBS AG, la maison mère, a organisé en France un vaste système de fraude
fiscale. Les fraudeurs ont des profils très divers. Des motivations différentes aussi, qui
ont poussé Bercy à établir une distinction
entre eux. L’ex-footballeur Bixente Lizarazu
a rapatrié sur des comptes français déclarés
9,2 millions d’euros en 2014, mais il est considéré du point de vue de Bercy comme un
fraudeur « passif ».
Un fraudeur passif est pour le fisc une personne ayant un compte suisse non déclaré, à
la suite par exemple d’un héritage, mais qui
n’a pas nécessairement cherché à frauder.
C’est aussi le cas de l’actrice Valeria Bruni
Tedeschi et ses 1,8 million d’euros revenus de
Suisse. Ou de la famille de la couturière Sonia
Rykiel, et ses 3,3 millions d’euros cachés dans
une fondation au Liechtenstein, par le biais
des services d’UBS.
Alors que l’ex-entraîneur de football Guy
Roux, qui a fini par rapatrier en France une
somme de 3,1 millions d’euros, a eu, selon le
fisc, un rôle « actif » dans la dissimulation,
puis l’alimentation régulière de ses avoirs.
Contactés par Le Monde, tous disent être
désormais en règle avec le fisc français. On y
trouve aussi les plus riches familles de l’aristocratie française.
Ces fraudeurs ont, pour certains d’entre
eux, cédé aux avances des chargés d’affaires
d’UBS, qui géraient en moyenne 130 millions
d’euros chacun. De fait, ces salariés du géant
bancaire sont les vraies stars de la profession, eux qui se surnommaient les « chasseurs ». Ils sont aussi les acteurs principaux
de ce dossier nourri de listings secrets et de
mails confidentiels, d’ordinateurs saisis, de
mandats d’arrêt, sur fond d’enquêteurs trop
curieux aussitôt congédiés et d’administration helvétique rétive.
Les bureaux d’UBS, à Zurich.
MARK HENLEY/PANOS-REA
Les chargés
d’affaires
du groupe
sont les acteurs
principaux
de ce dossier,
eux qui se
surnommaient
les « chasseurs »
tés de l’Allemagne, de l’Italie et de la GrandeBretagne. En ces années de fraude fiscale généralisée, le ticket d’entrée était fixé à
250 000 euros. A ce montant, on fait alors partie du service Core Affluent. A partir de 3 millions d’euros d’avoirs, on entre dans le segment préférentiel, dit HNW (High Net Worth).
Pour être vraiment gâté et bénéficier de toutes les attentions de la banque, il fallait apporter plus de 30 millions d’euros : on pénètre
alors dans le saint des saints, le secteur Key
Clients – les clients-clés.
Une expression, à elle seule, résume l’état
d’esprit des cadres UBS à l’époque : « Simple
money ». C’est ainsi que les banquiers
qualifient, dans leurs écrits internes, les
comptes cachés aux fiscs européens et
réfugiés en Suisse. L’argent simple… car
non déclaré.
Toute enquête a une origine. Pour démarrer celle-ci, il ne fallait pas compter sur la
bonne volonté d’UBS AG, ni sur sa filiale en
France. Les enquêteurs ont par exemple saisi
un manuel interne, intitulé « Règles à suivre
en cas d’enquête ». Cinquième commandement : « Ne pas montrer trop de déférence. Les
pouvoirs des enquêteurs ne sont pas illimités ». Le juge Daïeff pourrait le confirmer. Il
s’est heurté – il en a l’habitude – aux réticences des autorités helvétiques.
FAIBLES REVENUS S’ABSTENIR
Heureusement, les enquêteurs français ont
pu s’appuyer sur un quintette d’ex-employés
d’UBS France. Nicolas Forissier, Stéphanie
Gibaud, Olivier Forgues, Thomas Le Forestier
et Serge Huss, mus par des intérêts divers
mais convergents, qui en veulent à leur hié-
La banque « considère avoir fait son travail légalement »
« SIMPLE MONEY »
L’enquête a démarré le 1er mars 2011, sur
saisine de l’autorité de contrôle prudentiel
(ACP) de la Banque de France. Les chiffres
sont confondants. Au 30 septembre 2015,
4 206 fraudeurs français, effrayés par la levée
du secret bancaire suisse, avaient déjà rapatrié leurs avoirs en France, grâce aux trois
« cellules de dégrisement » successives mises
en place à Bercy, pour un montant global
d’au moins 3 milliards d’euros. Joli pactole
pour le fisc hexagonal, qui récupère au passage des droits et pénalités.
On reste pourtant loin du compte. En effet,
le 3 juillet 2015, la justice allemande remettait au fisc français un CD agrémenté de divers documents. Le fruit d’une pêche miraculeuse : une perquisition dans les dossiers
d’une collaboratrice d’UBS AG basée à Francfort. Selon le rapport de transmission de l’enquêteur allemand Peter Beckhoff, point de
doute sur la véracité des chiffres : « Les listes
de comptes sont indubitablement à rattacher
à des clients français » et « les montants listés
sont authentiques ».
Selon un décompte opéré le 30 juillet 2015
par l’assistant spécialisé du juge Daïeff sur la
base des documents allemands, 38 330 comptes avaient été ouverts par des clients français
chez UBS en Suisse au 30 novembre 2008,
pour un montant global de 8,4 milliards
d’euros d’avoirs. La France, entre 2004 et 2012,
était bien une cible privilégiée d’UBS, aux cô-
le président du directoire d’UBS
France, Jean-Frédéric de Leusse, a
accepté de recevoir Le Monde. Il
conteste les conclusions de l’enquête judiciaire, qui devrait valoir
en 2016 à l’établissement suisse
UBS AG et à sa filiale française un
renvoi devant le tribunal correctionnel.
« Nous avons pleinement collaboré avec la justice, en effectuant
un important travail de reconstitution des reconnaissances d’affaires
sur la période 2004-2013, indiquet-il. Aucune n’a révélé le moindre
caractère illicite. Il n’y a pas eu de
comptabilité occulte. »
Concernant la mise en examen
de la banque en tant que personne
morale, notamment pour « démarchage illicite », il affirme qu’il
« n’y a plus eu d’événements organisés conjointement avec la Suisse
depuis 2007. Par ailleurs, inviter des
gens à Roland-Garros, ce n’est pas
du démarchage illicite, relève-t-il.
Ce n’est pas dans ce type de lieu
qu’on va leur faire signer des contrats. UBS, via des procédures internes, a depuis longtemps pris des
mesures significatives quant à
l’exercice de l’activité transfronta-
lière. Dès 2003, des “country papers” [des fiches rappelant la législation en vigueur dans chaque
pays] réglementaient le travail des
chargés d’affaires ».
Accusations mensongères
De même, les accusations portées
par d’ex-salariés d’UBS – tels que
Bradley Birkenfeld, Stéphanie
Gibaud, Nicolas Forissier – lui semblent mensongères : « La parole
d’un chargé d’affaires exclusivement responsable de la clientèle
nord-américaine tel que M. Birkenfeld ne peut être jugée crédible,
puisqu’il n’a pas à l’époque respecté
les règles strictes d’UBS qui, pour
cette raison, l’a licencié, dit M. de
Leusse. Nicolas Forissier et Stéphanie Gibaud ne sont pas des lanceurs
d’alerte. Ils n’ont pas cessé de porter
des accusations très graves et mensongères, leur démarche n’est pas
éthique mais intéressée. »
Enfin, le président du directoire
d’UBS France réagit aux accusations de blanchiment de fraude fiscale retenues à l’encontre de la banque. « Tant en France qu’en Suisse,
depuis la mi-2012, tous nos clients
ont dû justifier qu’ils étaient en règle
dans leurs déclarations fiscales ou
étaient entrés dans un processus de
régularisation, explique-t-il. A défaut, leurs comptes sont fermés et
un chèque de banque traçable remis. La sortie d’argent en espèces en
Suisse a été limitée à 10 000 euros
par mois. Par ailleurs, UBS AG considère avoir fait son travail légalement, puisque c’est une banque
suisse qui applique la loi de son
pays. Une banque suisse, pas plus
qu’une banque française, n’avait à
demander à son client s’il était en
conformité avec la législation fiscale
de son pays d’origine. »
Le dirigeant affirme attendre sereinement un éventuel procès. « Si
procès il y a, nous avons matière à
obtenir une relaxe. UBS a toujours
été prête à trouver un accord via une
transaction avec le fisc français,
pour une somme significative, comparable aux accords passés dans
d’autres pays. Cette solution a été refusée », rappelle-t-il. A titre personnel, il ajoute ceci : « Je suis un banquier, et je paie mes impôts en
France, je n’apprécie pas ceux qui
vont cacher leur argent de manière
illégale, en Suisse ou ailleurs. » p
g. da. et f. lh.
france | 11
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Patrons, artistes, médecins :
portrait des fraudeurs français
Titulaires de comptes en Suisse hérités ou ouverts volontairement,
les clients d’UBS détiennent 1,1 million d’euros d’avoirs en moyenne
A
rarchie. Ils adressent des courriers fin 2010 à
l’ACP, après avoir dénoncé un « harcèlement
moral » aux prud’homme. Ils y révèlent
l’existence d’une comptabilité parallèle, les
« carnets du lait », un nom de code désignant
une pratique écrite des cadres d’UBS visant à
enregistrer dans un fichier informatique
(nommé « Vache ») les flux d’argent et le partage des commissions entre chargés d’affaires français et helvétiques. Ces derniers franchissent allègrement les frontières pour obtenir auprès de riches Français l’ouverture de
comptes occultes en Suisse.
Dans un rapport de synthèse du 12 juillet
2012, les enquêteurs observent que « le démarchage illicite des chargés d’affaires suisses d’UBS AG en France était établi par les investigations ». Ces fameux « chasseurs » se
baladent de réception en événement sportif,
à l’affût des « prospects », les clients potentiels. Faibles revenus s’abstenir, ils traquent
le gros gibier. Les autres, les collègues moins
offensifs, sont appelés en interne les « fermiers », ou les « assis ». Ils ne quittent pas
leur bureau.
UBS AG ne dispose pas de « passeport européen » l’autorisant à démarcher en France,
elle n’a pas non plus de licence bancaire française. Qu’à cela ne tienne, ainsi qu’en atteste
un « chasseur », répertorié dans la procédure
comme le « témoin 119 » – il a témoigné
sous X devant le juge Daïeff –, le chargé d’affaires suisse parcourait la France avec, dans
ses bagages, un précieux manuel intitulé
« Security risk governance ».
Le livret est destiné à minimiser les risques : pas de nom de client sur soi, nécessité
de faire disparaître les données en cas de
contrôle, d’utiliser des hôtels différents de
ceux des employés classiques UBS, d’être imprévisible, d’utiliser des ordinateurs cryptés,
etc. Des techniques dignes de James Bond,
confirme l’ex-salarié d’UBS Olivier Forgues.
« RATISSAGE NAUSÉABOND »
Nombre d’employés d’UBS France, interrogés
par les enquêteurs, ont raconté les visites des
« petits hommes verts », ainsi qu’ils qualifiaient
leurs collègues suisses. Hervé d’Halluin, ancien patron de l’agence de Lille, raconte aux
enquêteurs, en garde à vue, qu’ils « étaient en
démarchage de clients avec l’art et la manière
suisse, (…) forcément pour du offshore ».
En langage bancaire, cela signifie « illégal
ou non déclaré », selon M. d’Halluin, mis en
examen dans ce dossier, et qui évoque un
« ratissage nauséabond » du territoire fran-
çais par UBS. Les « chasseurs » suisses ? Pas
des « marrants » ni des « chauffeurs de salles », d’après lui…
Mais ils sont diablement efficaces. Ils se déplacent même avec leurs propres imprimantes. « Les chargés d’affaires suisses avaient des
consignes de précautions pour effacer le contenu de leur téléphone, se souvient Anne
Longin, ex-manageur chez UBS France. L’essentiel était, pour les Suisses, de capter des
fonds (…). Ils n’étaient pas là pour venir nous
voir. » Le grand patron suisse, Dieter Kiefer,
responsable des activités internationales
d’UBS AG, objet d’un mandat d’arrêt délivré
par le juge Daïeff, a édicté des consignes strictes : « Tout mettre en œuvre pour détecter les
Français qui souhaitaient se délocaliser en
Suisse pour qu’ils aillent chez UBS Suisse », se
souvient Mme Longin. Mais sans laisser de
traces, surtout.
près cinq ans d’enquête,
des dizaines d’auditions
et plus de 4 000 dossiers
fiscaux individuels passés au crible, les données amassées au
cours de l’enquête sur UBS permettent de révéler les multiples
visages des contribuables fraudeurs. Et de dresser un portrait
impressionniste de cette France
qui élude, ou a éludé, l’impôt jusqu’au début des années 2010.
Dates de naissance, professions,
situations familiales, adresses,
toutes ces données sociologiques
sont renseignées sur plusieurs
centaines de pages. Au vu du travail effectué par les services fiscaux sur réquisition des juges,
une large majorité des fraudeurs
n’ont pas ouvert de compte euxmêmes mais ont hérité d’une situation fiscale irrégulière : des
comptes non déclarés, ouverts
par leurs parents à Genève, Zurich
ou Bâle dans les années 1970, 1980
ou 1990, voire avant, à une époque où le secret bancaire suisse
était parfaitement étanche.
La Suisse, alors coffre-fort inviolable, refusait de répondre aux demandes d’information de l’administration ou de la justice françaises sur les contribuables suspectés de fraude. Ayant reçu ces
comptes lors de successions, les
héritiers ont « omis » d’en déclarer
l’existence ou tardé à les régulariser. C’est le cas pour trois quarts
des avoirs régularisés à ce jour, depuis 2009, dont les bénéficiaires
ont été rangés dans la catégorie
« comptes hérités ou passifs » par
Bercy. Ainsi de cette femme qui a
reçu l’argent de la vente du chalet
de sa grand-mère à Verbier, en
Suisse, ou ce propriétaire d’une
grande maison de Champagne à
la marraine très généreuse.
Quant aux fraudeurs « actifs »
– selon la classification du ministère des finances –, les agents du
fisc sont catégoriques : ces personnes ont volontairement
ouvert un compte illégal ou versé,
en toute connaissance de cause,
des revenus non déclarés sur un
compte préexistant.
Qu’ils soient fraudeurs actifs ou
passifs, les clients français d’UBS
Dans les listings,
une ancienne
figure de la
métallurgie
côtoie le patron
d’une grande
librairie
parisienne
détiennent en moyenne 1,1 million d’euros sur leur(s) compte(s).
Les comptes à plusieurs dizaines
de millions d’euros ne sont pas rares, mais les livres d’UBS recèlent
une majorité de portefeuilles de
quelques centaines de milliers
d’euros.
L’âge des titulaires et leur profession disent beaucoup sur la société française et du consentement – ou non – à l’impôt. Deux
générations sont largement représentées. La première, née dans
l’entre-deux-guerres, a autour de
80 ans. La seconde, au lendemain
de la seconde guerre mondiale, a
la soixantaine environ.
« Pas de conseiller fiscal »
Du côté des catégories socioprofessionnelles, les entrepreneurs,
grands patrons ou chefs d’entreprises, forment l’un des gros bataillons. Ainsi, dans les listings, cet
ancien PDG d’un grand groupe du
CAC 40, aujourd’hui retraité, côtoie l’actuel patron d’un groupe familial champion de la fabrication
de câbles. Le premier a hérité d’un
compte caché bien garni de plus
de 1 million d’euros, régularisé
avant 2011. Le second a dissimulé
en Suisse un confortable magot de
5,6 millions d’euros, rattaché à
une société offshore et régularisé
bien plus tardivement, mi-2014.
Il y a aussi cet ancien président
d’une chambre de commerce de
l’est de la France, figure locale de
la métallurgie. Ou encore ce patron d’une grande librairie parisienne, qui avait caché chez UBS
plus de 4 millions d’euros et ne
s’est résolu à régulariser sa situation qu’en décembre 2014.
Devant les inspecteurs du fisc,
certains de ces décideurs économiques ont plaidé leur bonne foi
et la fraude par omission. Tel ce
cadre dirigeant d’un gros groupe
industriel français, épinglé pour
ne pas avoir fait état de stock-options perçues en tant qu’expatrié,
versées sur un compte suisse
pour sa part dûment déclaré. « Je
n’avais pas l’intention de frauder le
fisc français. Mais je n’avais pas de
conseiller fiscal et j’ignorais que
j’aurais dû déclarer ces stock-options », a-t-il fait valoir au Monde.
On trouve aussi des chirurgiens,
des avocats, un psychanalyste, un
horloger-bijoutier du nord de la
France sur les listes de Bercy. Mais
aussi un lot d’artistes et de sportifs
fortunés. Cette clientèle figurait
d’ailleurs parmi les cibles de choix
des chargés d’affaires de la banque
helvétique. Une division spéciale
leur était réservée chez UBS.
Le travail du fisc sur cette population n’a pas été facile. Car, à l’exemple des stars du football, bon nombre de ces personnalités ont embrassé des carrières internationales qui les ont conduites à changer
de résidence fiscale. Parmi les vedettes repenties, ce chanteur de
variété très populaire dans les années 1980, qui a reconnu, en
juin 2014, avoir soustrait au fisc un
pactole de 2,4 millions d’euros.
L’aristocratie française ressort
largement de ces fichiers. « J’ai hérité, comme mes frères et sœurs,
mais aussi mes cousins, cousines,
d’un de ces comptes en Suisse », raconte au Monde un membre d’une
grande famille. « Je n’ai jamais su
d’où venait l’argent, maman ne le
savait pas non plus, ça doit provenir
de la fortune des grands-parents.
On n’avait rien demandé, on l’a reçu
dans le bec, comme on dit. On a tout
régularisé vers 2008-2009, quand il
y a eu la cellule de régularisation.
Une avocate fiscaliste nous a aidés
pour la signature. » Cette Parisienne aurait voulu « faire les démarches bien plus tôt ». « Mais,
alors, je faisais tomber tout le
monde », plaide-t-elle. p
émeline cazi, gary dagorn,
mathilde damgé, anne michel
et simon piel
RÉPARTITION DES COMMISSIONS
Un activisme forcené qui n’est pas sans provoquer des heurts avec les chargés d’affaires
français. La répartition des commissions ne
va pas de soi. Les « carnets du lait » permettent alors de savoir qui a fait quoi. Selon Omar
Berkouk, ancien patron de l’agence UBS de
Cannes, « le but était pour partie de faire de
l’évasion fiscale ». François Almaleh, autre
ancien salarié UBS, précise : « Cette pratique
était une mesure de discrétion pour des opérations illégales liées à des transferts d’argent. »
Car des sommes considérables quittent
alors l’Hexagone pour la Suisse. Certains
chargés d’affaires prennent une place envahissante. Caroline Duret, par exemple. Cette
Française, rétribuée par les Suisses, s’occupe
notamment des sportifs, célèbres – donc
riches – si possible. Elle démarche à tout-va,
ses « prospects » favoris sont les stars du ballon rond, que du haut de gamme. « Caroline
Duret avait une activité opaque », se rappelle
sa supérieure d’alors, Anne Longin. Elle
compte jusqu’à 70 à 90 clients.
Ancien président d’UBS France, Jean-Louis
de Montesquiou a notamment décrit aux enquêteurs le système mis en place. Tout en
prenant ses distances avec ses anciens « chasseurs ». Caroline Duret ? « On n’a pas réussi à
la virer », affirme-t-il. Lui, en revanche, n’est
pas resté longtemps en place. « Les Suisses se
méfiaient de moi », se souvient-il, amer. Il a
dû quitter ses fonctions, las, au bout de deux
ans. UBS, cet univers impitoyable. p
gérard davet, fabrice lhomme
et simon piel
Le flux des régularisations ne tarit pas
Près de 3 milliards d’euros d’avoirs ont déjà été relocalisés en France
D
éjà 2,6 milliards d’euros
d’avoirs régularisés et
relocalisés en France fin
2014 selon les chiffres du dossier
judiciaire, autour de 3 milliards
d’euros désormais selon l’estimation admise par les enquêteurs. Et
un compteur qui continue de
tourner.
De peur de voir leur fraude découverte, plus de 4 200 clients de
la banque suisse UBS ont choisi de
se dévoiler auprès de l’administration fiscale, afin de mettre leur
situation en règle. La mise en
place, par l’Etat, à partir de 2009,
dans le cadre de sa politique de
lutte contre la fraude fiscale, de
« cellules » de régularisation des
avoirs dissimulés à l’étranger, en
Suisse ou dans des paradis fiscaux
plus exotiques, les a encouragés
dans leur démarche.
Certains fraudeurs se sont déclarés relativement tôt, en 2009,
lors de la mise en place, pour une
année environ, de la toute première « cellule de dégrisement »,
dite « cellule Woerth », du nom du
ministre du budget de l’époque.
Recettes fiscales opportunes
La plupart se sont toutefois manifestés tardivement, après l’ouverture d’un deuxième mouvement
de régularisation et la création, par
la gauche en juin 2013, d’un nouveau dispositif de régularisation
baptisé STDR (Service de traitement des déclarations rectificatives) ou « cellule Cazeneuve »,
ex-ministre du budget de JeanMarc Ayrault. Ceux-là ont attendu
que l’étau judiciaire se resserre
autour d’UBS et que soit officiellement annoncée la décision de la
Suisse de renoncer à son secret
bancaire, à l’horizon 2018.
Alors que l’opacité de la cellule
Woerth avait été critiquée, le fonctionnement de la cellule Cazeneuve, toujours ouverte, a cette
fois été strictement encadré par
une circulaire. Les régularisations
s’effectuent dans des conditions
de droit commun, permettant à
l’Etat de récupérer les impôts dus
et les intérêts de retard majorés
d’amendes et de pénalités. Des recettes fiscales opportunes en période de disette budgétaire.
Selon les informations recueillies par les enquêteurs auprès
de l’administration fiscale, les
clients d’UBS représentent une
part importante des repentis fiscaux pris en charge par la cellule
Cazeneuve. Le flux de candidats à
la régularisation ne devrait pas se
tarir. Sur les 45 000 demandes de
régularisation parvenues au
ministère des finances depuis
2013, 8 800 ont été déposées
en 2015 et moins du tiers a pu être
traité par les services fiscaux. Les
agents de Bercy n’en ont pas fini
avec le dossier UBS. p
a. mi.
12 | campus
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
L’université veut la crème des bacheliers
La loi « égalité et citoyenneté » prévoit d’étendre le dispositif « meilleur bachelier » aux licences sous tension
L’
une des dispositions du
projet de loi « égalité et
citoyenneté » porté par
Patrick Kanner, le ministre de la ville, de la jeunesse et
des sports, prévoit une extension
du dispositif en faveur des
« meilleurs bacheliers ». Avant
même sa transmission au Conseil
d’état, prévue dans les prochains
jours, et sa présentation en conseil des ministres en mars, cette
disposition, révélée par l’AEF,
agence d’information spécialisée
dans l’éducation et la recherche,
vendredi 12 février, fait déjà polémique.
En effet, il s’agit de faciliter l’entrée des élèves ayant obtenu les
meilleures notes au bac dans les
filières universitaires dites « à capacité d’accueil limitée » : les doubles licences, d’ores et déjà sélectives, mais aussi certaines filières,
notamment les Sciences et techniques des activités physiques et
sportives (Staps), très demandées,
où le tirage au sort des candidats
était jusqu’à présent la seule manière de trancher entre les différents candidats.
Reconnaissance
Le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche
(Cneser), dont l’avis est purement
consultatif, s’est prononcé contre
cette extension (22 voix contre 5),
lundi 15 février. En toute logique,
la totalité des organisations étudiantes (UNEF, FAGE, PDE) ainsi
que nombre d’élus représentant
les enseignants-chercheurs –
Snesup, CFDT ou encore FO – et
les personnels s’opposent à cette
extension, dénonçant une introduction insidieuse de la sélection
à l’université. En revanche, la
Conférence des présidents d’université (CPU) et le syndicat Sup
Recherche UNSA ont voté pour.
Ils se réjouissent de l’élargissement du dispositif vers les filières
que l’université réclamait au moment de sa création. Ils y voient
une reconnaissance de l’excellence de la formation universitaire.
La loi dite Fioraso sur l’enseignement supérieur, du 22 juillet
2013, prévoyait jusqu’ici que les
10 % de lycéens dans chaque filière (terminale S, ES, L, techno ou
pro) ayant obtenu les meilleurs
résultats au baccalauréat dans
leur établissement puissent accéder à des filières publiques dites
« sélectives » (BTS, DUT, classes
prépa) même si ces inscriptions
leur avaient préalablement été
Défendant
l’accès de tous
à l’enseignement
supérieur,
l’UNEF a appelé
le gouvernement,
mardi 16 février,
à « renoncer
à cette mesure »
refusées par le biais de la procédure Admission postbac (APB). A
charge pour les rectorats de les
contacter après les résultats de
l’examen, afin de vérifier que leur
inscription leur convenait bien et
éventuellement leur en proposer
une autre. Le dispositif a démarré
poussivement en 2014 : seuls 223
bacheliers en ont bénéficié. Mais
il est fortement monté en puissance en 2015, concernant cette
fois « près de 2 000 » bacheliers,
selon le ministère.
En s’ouvrant à d’autres filières
que les prépas, les BTS et les IUT,
« dans lesquelles les capacités
d’accueil sont insuffisantes au regard du nombre de candidatures »
selon le projet gouvernemental,
le mécanisme « meilleurs bacheliers » pourrait prendre plus
d’ampleur dès la rentrée 2016.
D’autant qu’une mesure complémentaire d’égalité des chances a
été proposée dans le texte et soumise au vote du Cneser, selon laquelle « la qualité d’élève boursier
est prise en compte pour l’inscription dans ces formations », même
s’ils ne font pas partie des 10 % les
meilleurs de leur établissement.
Les modalités de ces aménagements seront fixées par décret, si
la loi « égalité et citoyenneté » est
votée telle que prévue par le gouvernement… et malgré l’opposition qu’elle suscite.
Encouragement
« En réalité, ce système concerne
peu de monde et il est inefficace
pour faire réussir les bacheliers ou
les faire accéder à l’enseignement
supérieur, déplore Cassandre Bliot,
responsable des questions universitaires à l’UNEF. L’étendre à l’université consiste à acter et à inscrire
dans la loi les licences sélectives et
les licences à capacités limitées,
ainsi que la dichotomie avec les
autres filières. C’est un non-sens car
ces capacités d’accueil restreintes
sont purement un problème bud-
YASMINE GATEAU
gétaire. » Défendant l’accès de tous
les bacheliers à l’enseignement supérieur, l’UNEF a appelé le gouvernement, mardi 16 février, « à renoncer à ce dispositif ». Lors de la
discussion au Cneser, les syndicats
Snesup, CFDT ou FO se sont opposés aussi à la logique de cette mesure, ce dernier soulignant que s’il
manque 2 000 places pour les
meilleurs bacheliers, il est de la
responsabilité du gouvernement
de les créer.
Mais pour Jean-Loup Salzmann,
président de la CPU, là n’est pas la
question. « Dire que ce dispositif
va rendre le système sélectif, c’est
prendre le problème à l’envers. Son
but n’est pas de résoudre la question des capacités limitées qui dépendent du manque de moyens
mais aussi du manque de débouchés. Et la solution n’est pas d’augmenter les capacités dans toutes
les filières. »
Depuis la création de cet encouragement aux « meilleurs bacheliers », les universités se considéraient dévalorisées : elles estimaient que leurs filières d’excel-
lence devaient pouvoir attirer les
meilleurs étudiants alors que
seuls les classes prépas, les BTS et
les IUT étaient mis à l’honneur.
« Ce système d’égalité des chances
inspiré par un dispositif en vigueur à l’université du Texas est
bon mais il souffrait d’un vice de
départ : il ne s’appliquait qu’à des
filières sélectives, et il avait très
peu de succès », estime ainsi
M. Salzmann.
Pour Stéphane Leymarie, secrétaire général de Sup Recherche
UNSA, l’élargissement du système
« meilleurs bacheliers » répond
aussi aux observations qui
avaient été faites par le Cneser lors
de sa création, sans pour autant
introduire de sélectivité dans les
licences : « Il ne faut pas y voir malice : ce n’est pas parce qu’on est
pour l’accès le plus large possible à
l’enseignement supérieur qu’on est
contre l’encouragement des élèves
méritants et les aider à accéder à
une filière à capacité limitée à laquelle ils n’auraient pas pensé. » Le
débat n’est pas clos. p
adrien de tricornot
Un emploi étudiant, oui, mais à petite dose
Au-delà de treize heures trente par semaine, travailler durant les études supérieures risque de compromettre la réussite
L
e gouvernement intensifie
les dispositifs pour favoriser le travail des étudiants.
Depuis le 1er janvier, les étudiants
salariés gagnant plus de
890 euros par mois – pendant
trois mois – sont en effet éligibles
à la nouvelle « prime d’activité ».
Et le ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur a clairement annoncé que
le plan d’ouverture des bibliothèques universitaires en soirée, le
samedi matin et pendant les pé-
46,8 %
riodes de révisions, à partir de la
rentrée 2016, « reposera à titre
principal sur le recours à des vacataires étudiants ».
Aujourd’hui, environ un étudiant sur deux travaille – 45 % selon la dernière enquête de l’Observatoire de la vie étudiante parue
en 2013 –, notamment les boursiers. Mais travailler pour financer ses études ne rime pas toujours avec réussite. « La question
se pose tout particulièrement en licences générales, où, pour ne pas
des étudiants travaillent plus de six mois par an
Selon l’enquête triennale publiée en 2013 par l’Observatoire national
de la vie étudiante, 29,6 % des étudiants exerçant une activité rémunérée le font à temps plein. Les étudiantes sont plus nombreuses à
avoir un job (47,3 %) que leurs camarades masculins (43,3 %). Enfin,
38 % des boursiers travaillent contre 49,2 % pour les non-boursiers.
être pénalisant, le travail doit rester à petite dose et compatible avec
le suivi des cours, explique Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM) et spécialiste
de l’insertion professionnelle.
« Pour schématiser, un bon emploi étudiant a les caractéristiques
contraires d’un bon emploi non
étudiant : il doit offrir peu d’heures
de travail, être occasionnel, flexible
et temporaire, explique M.
L’Horty. Les moins présents aux
cours magistraux sont ceux qui
décrochent », prévient-il.
Philippine Ader, ex-conseillère
de vente dans une chaîne de magasins et étudiante en droit à Poitiers, en a fait l’expérience difficile. Elle travaillait une dizaine
d’heures, les mercredis et vendredis après-midi, mais parfois on lui
demandait d’effectuer jusqu’à
trente-cinq heures. « Même si ça
devenait très handicapant, c’était
difficile de refuser car, quand on
trouve un job, on voudrait bien le
garder… »
Pour dessiner le portrait-robot
d’un « bon job », M. L’Horty a été
l’architecte d’un projet-phare
baptisé « Améliorer la qualité des
emplois exercés par les étudiants ». Près de 500 étudiants en
licence de sciences, lettres, droit
et sciences économiques de l’université du Maine y ont participé,
de septembre 2010 à fin 2012.
Jobs de qualité
Les compétences acquises en
cours par les étudiants ont été recensées, les employeurs potentiels de la région ont été démarchés pour faire émerger de nouvelles offres d’emploi de qualité,
et les étudiants ont été accompagnés dans la rédaction de CV et de
lettres de motivation. Leurs résultats ont été observés.
« A l’issue de cette expérimentation, nous avons conclu que la durée hebdomadaire d’un “good job”
ne doit pas être trop longue, même
si elle dépend un peu des étudiants.
De fait, la limite maximale à ne pas
dépasser est entre douze et
quinze heures mais il est généralement recommandé de ne pas aller
au-delà de treize heures à
treize heures trente », souligne
Loïc du Parquet, maître de conférences en sciences économiques
à l’université du Maine et porteur
du projet sur le campus sarthois.
L’idée étant qu’un emploi étudiant doit se limiter à un complément de revenu.
Autre enseignement de cette
étude : lorsqu’un étudiant accède
à des offres d’emploi de qualité, « il
réussit dans ses études de la même
manière que celui qui ne travaille
pas », affirme M. du Parquet.
Zoé Raluy, étudiante en
deuxième année de droit à l’université de Bordeaux, qui occupe
un poste de vendeuse quinze heures par semaine dans une enseigne de luxe, est plutôt satisfaite.
« Même si c’est fatigant, j’ai de la
chance car l’université est assez
compréhensive pour que je puisse
concilier ce travail avec mon emploi du temps. »
Au Mans, M. du Parquet cite
aussi comme exemples de « good
jobs » ceux de l’événementiel,
tels que son université en offre
lors de rencontres sportives, de
journées portes ouvertes, ou encore des jobs d’assistants pédagogiques proposés par l’inspection
académique.
M. L’Horty recommande aussi
de donner des cours particuliers,
dont la rémunération est plutôt
élevé et les horaires sont plus
flexibles. En revanche, il vaut
mieux proscrire les offres de la
grande distribution ou des fastfoods, qui proposent des heures
mal réparties. Ainsi que les emplois de nuit où l’on cumule fatigue et désorganisation de sa vie
quotidienne. p
a. de t.
enquête | 13
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Zorica, Jackie, Bora
et leurs proches
à leur domicile,
en Seine-Saint-Denis.
BRUNO FERT/PICTURETANK
patricia jolly
E
lle parle comme si elle souffrait
d’une maladie honteuse. « Je
vais être hospitalisée en psychiatrie, vous vous rendez compte.
Comme les fous ! » Sur la table de
la salle à manger de son pavillon
de Seine-Saint-Denis, Jackie, prisonnière
d’une minerve, étale des dizaines de boîtes
de médicaments tirées d’un carton à chaussures. « Depuis les attentats du 13 novembre,
je suis un légume, affirme cette formatrice
spécialisée dans la réinsertion des adolescents. J’ingurgite dix-sept remèdes différents
dans la journée – morphine, Valium, etc. –, je
vois le psy une fois par semaine, je marche et je
parle comme une automate et j’ai peur de finir
paralysée. »
Pour preuve de sa déchéance physique et
psychologique, elle brandit une photo d’elle,
prise voilà quatre mois. On y voit sourire une
coquette jeune femme blonde. Aujourd’hui,
Jackie, 39 ans, qui élève seule un fils de 18 ans
et une fille de 12 ans, a « les vertèbres cervicales
bloquées », des « névralgies » au niveau des
épaules, des douleurs « atroces » dans les bras
et les jambes. Son état résulte de la dernière
des trois explosions survenues aux abords
du Stade de France, qui ont coûté la vie à une
personne et dans lesquelles trois kamikazes
se sont donné la mort. Au-delà des atteintes
physiques, Jackie vit par-dessus tout dans la
terreur que les terroristes frappent à nouveau
et de manière ciblée. Au point qu’elle s’est
teint les cheveux en brun et refuse que son
identité soit divulguée. « Ne donnez aucun
nom, supplie-t-elle en boucle, ou leurs complices vont nous retrouver et nous tuer ! »
Le 13 novembre 2015, soir de rencontre amicale France-Allemagne au Stade de France,
Jackie, ses parents, ses enfants, ses frères et
belles-sœurs, ses cousins et cousines et leurs
enfants, faisaient une pause au McDonald’s, à
Saint-Denis, entre deux ventes aux supporteurs d’écharpes et de drapeaux. Dans ce clan
d’origine serbe, on pratique le futsal (football
d’intérieur) en famille, tous les week-ends, et
le ballon rond est une religion. Adolescent,
Bora, le père de Jackie, aujourd’hui âgé de
70 ans, jouait « attaquant » pour l’Etoile rouge
de Belgrade, club mythique de la capitale
serbe. Quand il s’est établi en France, au début des années 1980, cet éboueur retraité
s’est lancé dans une activité parallèle d’« ambulant » à laquelle il a converti ses proches et
qui garantit un revenu d’appoint bienvenu.
« On commande nos articles à des grossistes
d’Aubervilliers et on les vend à l’entrée et à la
sortie les soirs de gros match de foot ou de
rugby, explique-t-il. Quelques centaines
d’euros, ça met du beurre dans les épinards, et
ça nous permet de nous retrouver en famille et
avec les amis pour manger. »
« MORCEAUX DE CHAIR »
Le soir des attentats, la petite troupe s’est
mise à l’ouvrage dès 19 heures, puis est allée
dîner, car les affaires étaient plutôt calmes. A
la première détonation, vers 21 h 15, les Big
Mac leur sont « tombés des mains », raconte
Jackie. Ils ont d’abord pensé à un accident de
camion sur l’autoroute A86 toute proche. A la
deuxième détonation, dix minutes plus tard,
ils ont commencé à s’inquiéter. Certains sont
sortis se renseigner. « Une bouteille de gaz a
explosé », leur a-t-on affirmé. C’est alors que
des policiers sont arrivés pour procéder à
l’évacuation du fast-food.
« On nous a ordonné d’aller sur le trottoir
d’en face, dit Zorica, 33 ans, la cousine de Jackie. La police avait l’air d’être là pour une interpellation. » La petite vingtaine de membres
de la famille avaient les yeux « braqués sur le
McDo » quand une troisième explosion assourdissante a déchiré l’air. Tous se sont alors
mis à courir au milieu du nuage de fumée,
des morceaux de plastique et des projectiles.
« C’est à ce moment-là qu’on a vu tomber quelque chose devant nous, poursuit Zorica. Une
tête sectionnée, mais intacte, a atterri à nos
pieds sur le bitume. C’était celle d’un homme
Les oubliés
du 13 novembre
carton », expliquent-elles. Pendant des semaines, Zorica n’a pu fermer l’œil sans mettre le volume de la télévision à fond. Son
cœur a tendance à s’emballer. Elle est toujours incapable de conduire, trop angoissée.
L’arrière du monospace familial a, de toute
façon, été détruit par l’explosion. « J’étais confiante et je suis devenue bizarre, confesse-telle. Je regarde tout le monde des pieds à la tête
et j’observe surtout la taille des gens pour voir
s’il n’y a pas de masse anormale. »
VICTIMES CIVILES DE GUERRE
Zorica, Jackie, Bora et leurs proches, une famille d’origine
serbe, se trouvaient aux abords du Stade de France
le soir des attentats. Aujourd’hui, ils témoignent
de leurs blessures et de leurs angoisses au quotidien et se
débattent pour que leurs traumatismes soient reconnus
d’une vingtaine d’années. Il portait une
écharpe rouge, comme celle de mon mari. J’ai
cru que c’était lui. Je hurlais en serrant notre
fils de 11 ans. »
Zorica et les siens ont pris pour rempart des
poubelles et leurs voitures mal garées dans
une impasse, avant de fuir en escaladant une
grille de plus de deux mètres de hauteur.
Bora et sa femme, Slavica, 60 ans, choqués
d’avoir été projetés au sol par le souffle de
l’explosion, ont grimpé aussi, tirés et poussés
par les plus jeunes. Le groupe a ensuite marché sans but avant de trouver refuge chez un
épicier auquel il a acheté de l’eau pour se
« nettoyer ». « On s’examinait les uns les
autres, on était couverts d’un sang qui n’était
pas le nôtre et de morceaux de chair du gars
qui s’était fait sauter, lâche Jackie, au bord de
la nausée. On en avait sur le visage, dans les
cheveux, sur les vêtements. Je suis sûre d’en
avoir avalé. »
Mais tout le monde n’a pas réussi à fuir.
Propulsée du trottoir vers la chaussée plusieurs mètres en arrière, Tina, 35 ans, la sœur
de Zorica, gisait au sol, incapable de se relever.
La doudoune criblée par les impacts de projectiles, Tina a été transportée en urgence à
l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-SaintDenis) avec des plaies thoraciques et pulmonaires et une fracture ouverte de l’humérus.
Entre ses côtes brisées, on a décelé la présence de « corps étrangers ». Le 14 novembre,
la police technique et scientifique est venue
recueillir dans un flacon six boulons que les
médecins venaient d’extraire de son corps.
Un scellé susceptible de révéler des traces
biologiques et papillaires permettant d’identifier le kamikaze.
Tina souffre d’une paralysie partielle de la
main gauche, car un nerf a été touché lors de
l’explosion, et elle a développé un psoriasis
« ON N’A MÊME
PAS EU DROIT À UNE
RECONSTITUTION
DE LA PART
DES AUTORITÉS.
ÇA NOUS AIDERAIT
POURTANT
À COMPRENDRE,
À AVANCER »
ZORICA
présente au Stade
de France le 13 novembre
rhumatoïde sur le dos qui contrarie sa cicatrisation. Des boulons se sont également incrustés dans le dos et les bras de son compagnon, Paulo. Ouvrier dans le bâtiment, il ne
peut plus travailler, mais a dû sortir au plus
vite de l’hôpital pour s’occuper de leur
fillette, Angelina, indemne, aujourd’hui âgée
de 5 mois. Au moment de l’attentat, le couple,
le bébé, et les filles de 18 et 14 ans, issues de
deux unions précédentes de Tina, vivaient en
hébergement social. Un frère de Tina les accueille temporairement.
Depuis le drame, les membres de la famille
se retrouvent régulièrement dans la petite
maison « avec jardin » que Jackie – incapable
de travailler – craint de ne pouvoir conserver.
Après les attentats, pendant plusieurs jours,
ils ne sont pas quittés, s’allongeant tous ensemble par terre, le soir, sur des matelas « collés les uns aux autres ». Il fallait bien « se rassurer ». Cette proximité leur a permis de se convaincre qu’ils étaient bien vivants, qu’ils
n’avaient vécu qu’un mauvais rêve. Slavica, la
mine creusée par le manque de sommeil, se
chargeait alors de préparer les repas. Avec
Bora, qui s’efforce de donner le change en lançant des plaisanteries auxquelles plus personne ne rit, cette femme – agente d’entretien intérimaire – tient la famille à bout de
bras. Depuis le 13 novembre, tous deux soignent leur fille, veillent sur leurs petits-enfants et accompagnent neveux et nièces en
consultation chez le médecin ou à l’hôpital
pour rendre visite aux membres de la famille
toujours alités. « Un cousin ou une cousine,
pour nous, c’est comme un frère ou une sœur »,
explique Jackie.
Conviées à l’hommage rendu aux Invalides,
Jackie et Zorica ont fait demi-tour devant l’entrée. « On a eu peur que les terroristes profitent
de l’occasion pour recommencer et faire un
Tous, dans la famille, s’acquittent tant bien
que mal des démarches nécessaires aux indemnisations et à la reconnaissance de leur
statut de victimes civiles de guerre. Mais
quand les nouvelles sont alarmantes, on préfère ne pas envoyer les enfants en classe, et la
désagréable impression d’être « invisibles »
domine. « C’est dur d’entendre toujours parler
des morts et des blessés des terrasses parisiennes et du Bataclan, dit Jackie. Bien sûr, ce qui
leur est arrivé est terrible, il y a eu beaucoup de
morts et on compatit, mais on a le sentiment
d’avoir été oubliés. » Sa belle-sœur, Snezana,
26 ans, mère d’un garçonnet de 4 ans qui a
reçu treize boulons dans les bras et les jambes et a passé plusieurs semaines à l’hôpital,
éprouve la même amertume.
Chez Bora et Slavica, le souci quotidien c’est
de s’acquitter des factures. Chacun s’en arrange avec ses moyens : salaires modestes,
maigres retraites ou, le plus souvent, indemnités de chômage. Le terme d’« attentat manqué » utilisé par les médias pour qualifier les
explosions aux abords du Stade de France au
motif qu’il n’y a eu « qu’un mort » – hormis les
trois kamikazes – ulcère le clan familial. Car
l’explosion a conduit à l’hôpital cinquantequatre personnes.
« Personne n’a parlé de nous ni des autres
blessés du Stade de France, renchérit Zorica.
Alors que les médias ont donné tous les détails
du scénario des attaques de Paris, nous, on n’a
même pas eu droit à une reconstitution de la
part des autorités. Ça nous aiderait pourtant à
comprendre, à avancer. » Sa seule consolation est la visite que l’ambassadeur de Serbie
en France a rendue dans les hôpitaux aux
blessés de la famille, « même s’ils sont tous
français ».
Jackie, Zorica et les leurs ressassent les tragiques événements qu’ils ont traversés. Faute
d’informations fiables, ils se livrent à leurs
propres interprétations. « Pourquoi nous at-on parqués en face du McDo, là où le kamikaze s’est fait exploser ? », interroge Jackie,
suspicieuse. Tina, elle, jure qu’après la
deuxième explosion elle a entendu « un
homme brun de taille moyenne, en jean et
manteau de cuir, et portant un béret, se tenant
près d’une voiture noire » prononcer au téléphone ces mots « colis posé ». Elle ajoute que,
juste avant l’explosion qui l’a blessée, un
autre individu aurait lancé : « C’est loin d’être
fini, vous allez tous cramer. Ce soir, Paris va
brûler. » Dans son landau, sa petite Angelina
ne bronche pas. Comme soucieuse de ne pas
ajouter aux tourments de ses aînés. p
14 | éclairages
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Faut-il vraiment croire à la faiblesse du Front national ?
ANALYSE
françoise fressoz
Service Politique
L’EFFICACITÉ
DU FRONT
RÉPUBLICAIN,
QUI A PRIVÉ LE FN
DE TROIS
VICTOIRES
POSSIBLES AUX
RÉGIONALES,
A ANESTHÉSIÉ
LA MENACE
L
e doute qui s’est emparé des responsables du Front national (FN), le plafond
auquel ce parti s’est heurté au second
tour des élections régionales de 2015,
crée un étrange climat politique. Deux mois
après le coup de semonce du 6 décembre, c’est
comme si la poussée continue de l’extrême
droite aux différentes élections intermédiaires
avait perdu de sa consistance : alors que Marine Le Pen cherche à adoucir son image, sa formation, réunie en séminaire du 5 au 7 février,
s’interroge sur la pertinence de sa ligne.
Brusquement, le FN apparaît plus vulnérable.
Oubliés les 27,8 % réalisés au niveau national le
soir du premier tour des régionales, amorti le
choc de voir Marine Le Pen dépasser les 40 %
dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Marion
Maréchal-Le Pen faire de même en ProvenceAlpes-Côte d’Azur. Gommé le fait que, dans ces
deux régions, la gauche ne soit plus représentée. L’efficacité du front républicain qui a privé
le parti de Marine Le Pen de trois victoires possibles dans le nord, le sud et l’est de l’Hexagone
a eu l’effet d’une ouate, il a anesthésié la menace et fait resurgir à droite et à gauche les
vieux réflexes, ceux du temps où le FN était
beaucoup moins haut.
A gauche, le débat sur la primaire est une nostalgie du combat présidentiel de 2012, qui avait
été marqué par un classique affrontement gauche/droite : François Hollande, crédité de 3 %
dans les sondages, avait su créer une dynamique à travers cette procédure alors totalement
inédite en France. La primaire lui avait donné
le coup de boosteur nécessaire pour s’imposer
face à Nicolas Sarkozy, après trois échecs successifs de la gauche à la présidentielle.
Avec 17,4 % des suffrages exprimés, Marine
Le Pen n’avait pesé que marginalement. Ceux
qui, aujourd’hui, à gauche, revendiquent le
même type d’exercice invoquent l’impérieuse
nécessité de retrouver un minimum d’allant
d’ici à 2017, alors que l’exécutif est embourbé
dans des difficultés de toutes sortes. Ils
oublient simplement de dire que la candidate
du Front national pèse aujourd’hui 10 points
de plus qu’il y a quatre ans, qu’elle est en mesure de se qualifier pour le second tour de
l’élection présidentielle, qu’il existe, comme
en 2002, un risque d’élimination pour le candidat de gauche à l’issue du premier tour et qu’à
tout prendre mieux vaudrait serrer les rangs
derrière le président sortant.
LA TRANSGRESSION DE TROP
L’impossibilité éprouvée par François Hollande de réaliser l’unité nationale autour de la
déchéance de la nationalité pour les terroristes, au lendemain des attentats meurtriers du
13 novembre 2015, a cependant démontré sa
fragilité. La mesure était empruntée au Front
national et bénéficiait d’une très forte adhésion des Français. Elle était conçue pour muse-
ler la surenchère. Elle a cependant été interprétée comme la transgression de trop : une partie du camp du président, qui avait déjà du mal
à se reconnaître dans sa politique économique, s’est trouvé heurtée dans ses valeurs. Ils
vont jusqu’à prôner une primaire qui exclurait
de facto François Hollande.
Au lieu de la dynamique revendiquée, la gauche présente tous les signes du désaccord
avancé tandis que Marine Le Pen risque, une
nouvelle fois, de marquer des points sur les
cendres d’une révision constitutionnelle devenue de plus en plus incertaine.
A droite, un homme semble lui aussi, minimiser le danger : « Je veux aller vous chercher ! »,
a lancé, jeudi 4 février, un Nicolas Sarkozy plein
d’espoir à un électeur qui avait voté FN en 2012
et l’interpellait sur France 2. Entré en précampagne de la primaire fin janvier avec le lancement de son livre La France pour la vie (Plon,
260 p., 18,90 €), le président du parti Les Républicains (LR) se fait fort de rejouer le match gagnant de 2007, celui où il était parvenu à asphyxier l’extrême droite, dès le premier tour
de la présidentielle. Il avait alors promis des
gains de pouvoir d’achat avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et une valorisation de l’identité nationale à travers la création
du « ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement ». Jean-Marie Le Pen s’était trouvé marginalisé, avec 10,4 % des suffrages exprimés.
Aujourd’hui, dans son opération de reconquête, Nicolas Sarkozy utilise exactement les
mêmes recettes – le choc fiscal d’un côté, l’extrême fermeté sur l’immigration de l’autre –
avec cependant le double handicap d’un bilan
contesté et d’un Front national beaucoup plus
haut qu’il y a neuf ans. Dans le dernier sondage
disponible, réalisé du 22 au 31 janvier par Ipsos/Sopra Steria pour le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et
Le Monde, Marine le Pen obtient, si Nicolas
Sarkozy est candidat, 26 % des intentions de
vote au premier tour de la présidentielle et devance son ancien adversaire de 5 points. Seul
Alain Juppé semble en mesure de dépasser la
candidate du FN, avec respectivement 31 % des
suffrages exprimés contre 25 %.
Depuis des mois, le maire de Bordeaux a la
caractéristique de faire campagne autour du
rassemblement. Dans la foulée du front républicain qui s’est produit dans le Nord-Pas-de
Calais-Picardie et en PACA, il revendique aussi
de vouloir recomposer le paysage politique à la
faveur du second tour de la présidentielle en
faisant sauter le traditionnel clivage gauche/
droite ; ceux qui auront voté pour lui par conviction ou pour faire barrage à l’extrême droite
appartiendront de facto à sa majorité. M. Juppé
ne sous-estime en rien le danger FN. Il a, au
contraire, pleinement intégré le phénomène
de tripartition, au point d’en faire une composante essentielle de sa stratégie : être capable
d’engranger, dès le premier tour, un maximum de soutiens transpartisans. p
fressoz@lemonde.fr
LETTRE DE MOSCOU | par isab el l e mandr aud
Une « bombe à retardement » nommée Lénine
L
e centenaire de la révolution d’octobre 1917 approche et la question demeure : que faire de Lénine ? Quatrevingt-douze ans après sa mort, le chef
de la révolution bolchevique reste incontournable à chaque coin de rue en Russie, dans le
métro de Moscou, et, bien sûr, sur la place
Rouge où son corps embaumé repose dans un
mausolée de granit. Lénine est partout.
En 2011, Russie Unie, le parti au pouvoir, a
bien tenté de fédérer les partisans de son enterrement en lançant un site Internet baptisé
Good Bye Lénine. Mais à ce jour, malgré
620 648 réponses positives, l’initiative a fait
un flop. Aucun dirigeant russe n’est parvenu à
déboulonner la stature de Vladimir Illitch
Oulianov, premier chef de l’Etat soviétique.
Pis, l’acteur américain Leonardo DiCaprio se
verrait bien incarner son rôle. Aussi les déclarations de Vladimir Poutine ont-elles créé la
surprise lorsque, devant le Conseil de la
science et de l’éducation réuni le 21 janvier au
Kremlin, le président russe n’a pas hésité à accuser Lénine d’avoir mené l’URSS à son « effondrement ». « Il a posé une bombe atomique
sous la maison Russie qui par la suite a explosé », a-t-il déclaré, provoquant la fureur du
Parti communiste, première force d’opposition parlementaire en Russie. « Critiquer [Lé-
LES INDÉGIVRABLES PAR GORCE
nine], c’est porter atteinte à la sécurité de
l’Etat », a tranché, mardi 2 février, Guennadi
Ziouganov, premier secrétaire du PC russe,
cité par l’agence Interfax.
« J’ai honte des absurdités du dirigeant de notre pays dites sur son grand prédécesseur, vitupère Roman Kobizov, élu de la région Amour,
dans l’extrême est du pays, dans un long texte
affiché sur le site du parti, ajoutant : « Ceux qui
éreintent leur pays comme le font les nationalistes ukrainiens de Secteur droit [formation
ultranationaliste] sont une réincarnation de
Bandera. Le nom de Poutine est Bandera. »
Bigre, le président comparé au nationaliste
ukrainien, qui collabora avec l’Allemagne nazie ? L’affaire est sérieuse. Lors d’un congrès
politique à Stavropol, M. Poutine a donc tenté
peu après d’adoucir son propos. « Comme des
millions de citoyens soviétiques, j’ai été membre du Parti communiste, a-t-il lancé en faisant
des digressions sur son passé d’agent du KGB.
Mais, à l’opposé de nombreux fonctionnaires
du Parti, je n’ai pas jeté ma carte du Parti, je ne
l’ai pas brûlée (…). Elle doit toujours traîner
quelque part. »
« J’ai toujours bien aimé les idées communistes et socialistes, a poursuivi le chef de l’Etat. Si
l’on considère le code des fondateurs du communisme (…), il ressemble très fortement à la
Bible. Ce n’est pas une blague. Cela parle de
bonnes choses, d’égalité, de fraternité, de bonheur… » A ce stade, les communistes avaient
repris leur souffle.
Mais la suite les a fait déchanter : « Cependant, la réalisation concrète de ces idéaux a
bien peu à voir avec les utopies socialistes de
Saint-Simon [philosophe français du
XIXe siècle] ou Owen [Robert Owen, théoricien socialiste britannique]. » Et de citer en
exemple l’assassinat de la famille du dernier
tsar de Russie par les bolcheviques : « Je suppose qu’ils avaient quelques raisons idéologiques pour éliminer leurs héritiers, mais pourquoi avoir tué le docteur Botkin [dernier médecin de la famille impériale] ? Pourquoi tuer
les domestiques, des prolétaires ? Pour couvrir
le crime. »
DROIT D’INVENTAIRE
Dans la foulée, M. Poutine a dénoncé le rôle
du parti bolchevique durant la première
guerre mondiale – « Nous nous sommes retrouvés perdants face à une nation perdante
(…), un cas unique dans l’Histoire » –, avant
d’en venir au cœur de son propos : oui, Lénine
a bien planté « une bombe à retardement »
sous les fondations de la Russie. Pour une raison très simple, comme l’a expliqué le chef du
Kremlin : l’autonomie que l’ancien dirigeant
avait accordée aux « sujets » de l’URSS « sur la
base d’une égalité totale avec le droit, pour
chacun, de quitter l’union », était une erreur.
M. Poutine a ainsi qualifié d’« absurde » la décision de céder le Donbass à l’Ukraine…
« Les frontières ont été établies arbitrairement, sans beaucoup de raison. Pourquoi ontils fait du Donbass une partie de l’Ukraine ? »
Alors que les discussions se poursuivent laborieusement sur la mise en œuvre des accords
de Minsk, censés apaiser la situation dans l’est
de l’Ukraine, où un conflit meurtrier oppose
des séparatistes prorusses, soutenus par Moscou, aux forces de Kiev, cette réflexion en dit
long sur l’intégrité territoriale du voisin vu du
Kremlin… Elle n’étonnera pas ceux qui se souviennent que M. Poutine avait qualifié de
« plus grande catastrophe » du XXe siècle la
disparition de l’URSS.
Mais il y a sans doute plus derrière ce droit
d’inventaire intenté à Lénine. Obnubilé par
les « révolutions », ces véritables bombes à retardement, M. Poutine voit sans doute se profiler d’un mauvais œil le centenaire de
l’œuvre d’un des plus grands révolutionnaires de tous les temps. p
« SI L’ON
CONSIDÈRE
LE CODE DES
FONDATEURS
DU COMMUNISME,
IL RESSEMBLE
TRÈS FORTEMENT
À LA BIBLE »
VLADIMIR POUTINE
président russe
mandraud@lemonde.fr
Calais, un enfer
LIVRE DU JOUR
maryline baumard
P
ar la magie des mots, Sara l’Ethiopienne retrouve vie. Croquée par Damien Roudeau, racontée par MarieFrançoise Colombani, voilà ressuscitée la jeune femme qu’un camion percute une
nuit de novembre 2014 sur une rocade de Calais. Sara avait 26 ans et rêvait d’Angleterre. Un
rêve partagé par tous les résidents de la « jungle », auxquels les deux auteurs de Bienvenue
à Calais ont voulu rendre hommage. Leur écrit
pose des prénoms et des visages sur un problème politique qui occupe les instances nationales et internationales depuis des mois.
La journaliste et le dessinateur ont écrit ce livre après des semaines d’immersion dans
l’enfer français. Lui a dessiné, elle a mis en
mots ce no man’s land de sable et de boue, où
plusieurs milliers de Syriens, d’Afghans, d’Irakiens et de Soudanais survivent sous des tentes, au milieu de ce qu’eux-mêmes appellent la
« jungle ». Ce livre, tout petit format, aide à
comprendre la grande épopée des femmes,
des hommes et des enfants qui ont pris la
route au péril de leur vie, pour fuir les bombes
et la terreur. Rejetés par la Grande-Bretagne,
relégués par la France sur une ancienne décharge, partiellement classée Seveso, inondable et venteuse, ils sont là en attendant mieux.
Un lieu de non-droit où la violence, le racket, la
prostitution se sont installés, transformant
des victimes de l’exil en victimes de violences.
SOUFFRANCE SILENCIEUSE
L’opuscule aurait pu s’appeler « bienvenue en
enfer ». Les deux auteurs ont préféré Bienvenue à Calais car ils ont aussi croisé là des porteurs d’espoir. Calaisiens souvent, britanniques aussi, parfois, ces bénévoles apportent
réconfort et écoute à ces grands blessés de la
vie. Chaque jour, ils apportent un brin d’espoir
à ce lieu. En silence, ils pallient le manque
cruel de prise en charge étatique. Ce petit
ouvrage les raconte, les montre dans toute
leur générosité.
Il y a Lise, arrivée à l’été 2015 pour livrer du
bois et restée. Il y a aussi Dom Dom et Nana
dont « M, le magazine » racontait l’engagement en décembre 2014. Il y a Mariam, du Se-
cours catholique, au parcours cabossé mais au
dynamisme intact.
Beaucoup de femmes traversent ces pages
parce que Marie-Françoise Colombani sait entendre la souffrance silencieuse de ces victimes des migrations. Pour s’être investie pour
la cause féminine – elle a travaillé sur une
école de filles en Afghanistan et dénoncé le
traitement fait aux petites bonnes d’Essaouira–, elle rappelle que, à Calais comme
ailleurs, elles « sourient pour ne pas pleurer ».
Les bénéfices et droits d’auteur des ventes
seront versés à une association qui œuvre à
Calais depuis de longues années. De leur côté,
les auteurs rêvent que ces pages servent à attirer les regards sur cette lande oubliée. « Ne
laissons pas s’inscrire aux frontières de la
France la devise qui orne l’entrée de l’Enfer de
Dante : “Toi qui entres ici, abandonne toute espérance” », plaident-ils. p
Bienvenue à Calais, les raisons
de la colère
de Marie-Françoise Colombani
et Damien Roudeau
Actes Sud, 48 p., 4,90 €
disparitions | 15
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Boutros Boutros-Ghali
Diplomate égyptien, ancien
secrétaire général des Nations unies
A
fricain, arabe, francophone, chrétien : les
multiples identités de
Boutros
BoutrosGhali le destinaient probablement à la diplomatie. Ancien ministre des affaires étrangères de
l’Egypte (1977-1991), ancien secrétaire général des Nations unies
(1992-1996), puis secrétaire général de la Francophonie (19972002), Boutros Boutros-Ghali est
mort mardi 16 février, au Caire, à
l’âge de 93 ans.
Né en 1922 au Caire, Boutros
Boutros-Ghali était issu de la
grande bourgeoisie copte égyptienne, lettrée et polyglotte. Son
grand-père, Boutros Ghali pacha,
premier ministre de l’Egypte au
temps de l’occupation britannique, mourut assassiné sous les
balles d’un nationaliste en 1910.
Son petit-fils aurait pu connaître
un sort identique lorsque le président Anouar El-Sadate décida de
se rendre à Jérusalem en 1977 pour
faire une offre de paix à Israël. Le
ministre des affaires étrangères
de l’époque ayant démissionné, le
raïs nomma à sa place un professeur de droit et de relations internationales inconnu du grand public, Boutros Boutros-Ghali, diplômé des universités du Caire et
de Paris, ainsi que de Sciences Po.
Il rédigea le discours historique de
Sadate à la Knesset et prit une part
active à la rédaction des accords
de Camp David avec son homologue israélien, Moshe Dayan.
« Sphinx »
A la mort de Sadate, en 1981,
Hosni Moubarak le reconduisit
jusqu’en 1991 à la tête de la diplomatie égyptienne, avant son accession au secrétariat général des
Nations unies, le 1er janvier 1992.
Premier secrétaire général d’origine africaine, son entrée en fonctions devait coïncider avec le début d’une ère radieuse, enfin permise par la fin de la guerre froide.
Il n’en fut hélas rien. Le fiasco mi-
litaro-humanitaire de l’opération
« Restore Hope », en Somalie, la
guerre de Yougoslavie et enfin le
génocide au Rwanda ont assombri son mandat et dégradé ses relations avec les Etats-Unis.
Washington misait pourtant
beaucoup sur ce diplomate réputé
pro-occidental et sans tabou.
Mais, rapidement, la relation
tourna à l’aigre, notamment parce
que la jeune administration Clinton cherchait un bouc émissaire à
sa désastreuse équipée en Somalie, brutalement achevée par le
lynchage de dix-neuf marines à
Mogadiscio, en octobre 1993.
Boutros Boutros-Ghali, courtois
mais cassant, concevait son rôle
comme celui d’un diplomate, et
non d’un simple administrateur.
« Il a incarné l’indépendance des
Nations unies par rapport aux
grandes puissances, explique Alain
Dejammet, qui a côtoyé Boutros
Boutros-Ghali en Egypte, puis à
l’ONU, où il a été ambassadeur.
Cela a été l’occasion de tensions assez vives avec les Etats-Unis. Voilà
ce qu’il a représenté, et c’est précisément ce qui doit être l’essence d’une
organisation internationale… »
John Hirsh, adjoint de l’envoyé
spécial américain en Somalie, lors
de « Restore Hope », porte un regard plus sévère : « C’était peutêtre un empêcheur de tourner en
rond, mais il était surtout convaincu que ses idées étaient les
bonnes et que les autres devaient
suivre ses positions. Or le Conseil
de sécurité est un organe indépendant et les cinq membres permanents y ont un pouvoir très large.
Peut-être que Boutros BoutrosGhali aurait dû être plus ouvert à
leurs idées. » « Les diplomates lui
donnaient le surnom de “Sphinx”,
ajoute-t-il, car Boutros-Ghali était
convaincu d’avoir raison et qu’il ne
les consultait pas assez. »
Le fiasco somalien n’a été qu’un
prélude aux deux grands drames
qui ont entaché le mandat de
Boutros-Ghali au secrétariat gé-
néral. D’abord la guerre de Bosnie,
qu’il qualifia dédaigneusement
de « guerre pour riches » : son refus
des bombardements de l’OTAN et
l’impuissance pitoyable des casques bleus, symbolisée par la tragédie de Srebrenica, où quelque
8 000 hommes et adolescents
musulmans de Bosnie furent raflés sous les yeux des « soldats de
la paix » néerlandais et massacrés, en juin 1995, lui furent violemment rapprochés.
« J’ai échoué, c’est un scandale »
Quant au génocide de 800 000
Tutsi et opposants hutu au
Rwanda, en 1994, les critiques reprochent à Boutros-Ghali d’avoir
pris des positions trop proches de
celles de la France, lui qui avait
soutenu et armé le régime hutu
alors qu’il était le chef de la diplomatie égyptienne, et d’avoir été
largement absent de New York,
alors que se déroulaient les massacres. Il s’est défendu en reprochant aux grandes puissances, et
principalement aux Etats-Unis,
leur inertie et leur refus d’intervenir. Le 25 mai, dans un appel à
l’aide resté dans les mémoires, il
employa le mot – « génocide » –
que refusait d’utiliser l’administration Clinton, par crainte d’être
obligée, conformément au droit
international, d’intervenir. « Plus
de 200 000 personnes ont été
tuées. Et la communauté internationale continue à discuter de ce
qu’il conviendrait de faire ! » Le secrétaire général admit sa propre
responsabilité : « Je le dis avec
grande humilité. J’ai échoué. C’est
un scandale. »
En 1996, l’ambassadrice des
Etats-Unis aux Nations unies, Madeleine Albright, excédée par son
caractère cassant et à la recherche
d’un bouc émissaire, mena activement campagne contre la reconduction du diplomate égyptien
pour un second mandat de cinq
ans, fait sans précédent dans l’histoire de l’ONU. « Il a été injuste-
En 1992.
JEAN-PIERRE COUDERC/ROGER-V
ment traité par les Etats-Unis »,
s’indigne le diplomate algérien
Lakhdar Brahimi. « Il disait : “Leur
problème, c’est que je dis yes, mais
pas yes sir.” » Il attribuait également l’hostilité américaine à ses
critiques de l’intervention israélienne au sud du Liban en 1996,
durant laquelle se produisit le
massacre de Cana, et à son insistance pour que Washington paie
ses arriérés à l’ONU.
Il fut remplacé par le Ghanéen
Kofi Annan, alors chef des opérations de maintien de la paix. Pendant ses cinq années à la tête de
l’ONU, Boutros Boutros-Ghali a
lancé un cycle de grandes confé-
rences internationales – sur la population au Caire, sur les femmes
à Pékin, sur l’environnement à
Rio –, qui ont ouvert la voie à
l’agenda du millénaire et aux conférences sur le climat.
Après son départ de l’ONU, la
France soutint sa candidature au
poste de secrétaire général de la
francophonie, qu’il occupa de
1997 à 2002. Ces deux dernières
années, il affichait son soutien au
régime du président Sissi, qu’il
présentait comme un gage de
« stabilité » en Egypte. p
14 NOVEMBRE 1922
Naissance au Caire
1977-1991 Ministre
des affaires étrangères
de l’Egypte
1992-1996 Secrétaire
général des Nations unies
1997-2002 Secrétaire
général de la Francophonie
16 FÉVRIER 2016 Mort
au Caire
christophe ayad
avec marie bourreau
et corine lesnes
Antonin Scalia
Juge à la Cour suprême des Etats-Unis
E
nnuyeux, le droit ? Lugubre, le juriste ? Esotériques, ses arrêts ? A ces
idées reçues, le doyen de
la Cour suprême des Etats-Unis,
Antonin Scalia, décédé brutalement le 13 février à l’âge de 79 ans, a
toujours opposé le plus vigoureux
des démentis.
Il naît le 11 mars 1936 dans le New
Jersey. Son père, sicilien, est passé
seize ans plus tôt par Ellis Island, la
porte d’entrée de millions d’immigrés, à New York. Fils unique particulièrement entouré, élève doué,
le jeune Antonin Scalia connaît
une trajectoire brillante qui
s’achève dans la prestigieuse école
de droit de Harvard. Il y rencontre
également sa future femme, Maureen McCarthy, également enfant
unique, également catholique. Le
couple aura neuf enfants, dont un
rejoindra les ordres, un nombre
respectable que le juriste expliquera d’une formule assez crue
renvoyant à sa foi : « La roulette vaticane. »
Après plusieurs postes dans des
administrations républicaines,
sous les présidences Nixon et Ford,
Antonin Scalia rejoint en 1976 l’enseignement, à l’université de Chicago. Le retour d’un républicain à
la Maison Blanche, en 1980, lui
ouvre les portes, deux ans plus
tard, de la cour fédérale d’appel du
District of Columbia, véritable pas
de tir pour la Cour suprême.
En 1986, nommé à vie, comme
c’est la règle, par Ronald Reagan, il
accède d’ailleurs à la plus haute
instance juridique après un vote
unanime du Sénat, alors contrôlé
par les démocrates. Le futur viceprésident Joe Biden, alors sénateur
du Delaware, considérera plus tard
son vote favorable comme son
plus grand regret, compte tenu de
« l’efficacité » du Justice Scalia.
Originalisme
Ce dernier prend en effet à bras-lecorps l’institution, au risque de
froisser ses huit collègues. Lors de
l’une des premières audiences
auxquelles il assiste, alors qu’il
monopolise la parole, Lewis
Powell demande discrètement à
Thurgood Marshall : « A votre avis,
est-ce qu’il sait que nous sommes là
aussi ? », rappelle le Washington
Post. Avec le juge Scalia, la forme
renvoie au fond, c’est-à-dire à l’originalisme. Cette école de la pensée
juridique taille à vif dans les corpus d’interprétation de la Constitution. Elle conduit le juge Scalia à
exprimer les plus vives réserves
vis-à-vis d’arrêts anciens, comme
celui invalidant la ségrégation scolaire (Brown v. Board of Education), et à défendre pied à pied une
lecture plus textuelle. Cette dernière lui permet d’échapper au
biais de l’air du temps qui pollue
selon lui le jugement de ses confrères.
Ses critiques ont beau jeu de lui
répliquer que l’originalisme est
aussi un moyen commode de défendre ses convictions personnelles, comme la défense du
deuxième amendement relatif à la
possession d’armes à feu, l’opposition à toute normalisation de l’homosexualité, ou encore les doutes
sur la discrimination positive. Sur
ce dernier point, le juge Scalia avait
encore fait preuve de provocation
en décembre 2015 en jugeant publiquement contre-productive
l’intégration volontariste d’AfroAméricains dans des universités
sélectives dont ils seraient incapables de suivre la cadence.
Ses convictions sont exposées
dans des arrêts ciselés, dans le sens
où leurs contours sont étudiés
pour infliger les plus grands dégâts. Dans ceux qu’il rédige pour
exprimer un point de vue minoritaire, « il ne fait pas de prisonniers »,
rappelle le New York Times. Le juge
Anthony Kennedy, nommé aussi
En 2012.
PAUL MORIGI/AFP
11 MARS 1936 Naissance
à Trenton (New Jersey)
1982 Juge à la cour d’appel
du district de Columbia
1986 Nommé juge à la Cour
suprême des Etats-Unis par
Ronald Reagan
13 FÉVRIER 2016 Mort
à Shafter (Texas)
par Reagan mais qui rejoint régulièrement l’aile progressiste de la
Cour, le vérifiera à ses dépens, notamment comme rédacteur de
l’arrêt légalisant le mariage gay
(Obergefell v. Hodges), en 2015.
« Un style aussi prétentieux que le
contenu est égoïste », tranche « Antonin le Terrible ».
Sa longévité et sa personnalité finissent par en faire une source
d’inspiration pour les auteurs.
D’autant que son amitié profonde
avec la juge la plus à gauche de la
Cour suprême, Ruth Bader Ginsburg, et celle qu’il noue autour de
sa passion pour la chasse avec une
autre juge nommée par un président démocrate, Elena Kagan,
ajoutent un peu de complexité à ce
juriste à angles droits. Une pièce de
théâtre le met en scène en 2015 à
Washington, peu avant la première d’un opéra qui est consacré
à son improbable duo avec la Justice Ginsburg.
En 2009, Antonin Scalia avait nié
tout aveuglement idéologique au
cours d’un entretien accordé à la
chaîne C-SPAN. « Très souvent,
quand on est un bon juge et qu’on
ne se fie qu’au droit, avait-il assuré,
on n’apprécie pas vraiment le résultat auquel on aboutit. » p
gilles paris
16 | disparitions & carnet
Militante féministe
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En 2011.
STÉPHANE GRANGIER/REA
T
hérèse Clerc, féministe et
figure de la ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis), a succombé à un
cancer foudroyant et s’est éteinte
paisiblement, mardi 16 février, entourée, comme elle le souhaitait,
de sa « tribu », enfants et amis. Elle
avait 88 ans. « Thérèse est, pour
moi, le symbole de la liberté, d’un féminisme joyeux, convivial, aimant
la bouffe, l’amour, l’amitié », raconte sa « fille spirituelle », Danielle Michel-Chich, auteure de
Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs (Des Femmes, 2007).
L’histoire de Thérèse Clerc, née le
9 décembre 1927 à Paris, est celle de
la libération d’une jeune fille tôt
mariée – « amoureusement et viergement », dira-t-elle –, en 1947, à
20 ans à peine et sans un diplôme
en poche, avec un homme de onze
ans plus âgé qu’elle, Claude Fonbonne, patron d’une petite entreprise de nettoyage industriel. Le
couple emménage dans le 11e arrondissement. Thérèse ne travaille
pas et a quatre enfants : « Nous
étions une famille classique, bourgeoise, chrétienne, avec des enfants
baptisés et une mère qui venait
nous chercher, chaque jour, à
l’école, à 16h30 », confie sa troisième fille, Agnès Fonbonne.
C’est au contact des prêtres
ouvriers, rentrés de leur service
militaire en Algérie, racontant la
torture, que le regard et la vie de
Thérèse vont changer. « J’ai rencontré Marx à l’église de la rue de Charonne », dira-t-elle à sa biographe.
Ses premiers combats sont pacifistes, contre les guerres d’Indochine
et d’Algérie. Elle commence à participer à des manifestations et à des
réunions, en cachette de son mari.
Mai 68 est vite là, mais elle ne participe pas au mouvement, « un peu
comme Fabrice del Dongo loupe
Waterloo », suggère Danielle Michel-Chich.
« Elle attirait la lumière »
Elle fréquente de plus en plus les
milieux féministes, le Mouvement de libération des femmes
(MLF) et ses réunions passionnées
à la faculté de Jussieu, où l’on parle
violence, injustice, patriarcat mais
aussi plaisir… Sa vie s’écarte beaucoup de celle de son mari, dont elle
se sépare en 1969. Elle devient vendeuse dans un grand magasin. A
40 ans, elle est une femme divorcée, qui travaille et explore tous les
recoins de sa liberté.
Elle adhère au Mouvement pour
la liberté de l’avortement et de la
contraception (MLAC). Dans son
petit appartement de 50 mètres
carrés, acheté en 1974 à Montreuil
et qu’elle ne quittera plus, elle pratiquera, jusqu’à la promulgation
de la loi Veil, le 17 janvier 1975, des
avortements militants, bien sûr
clandestins, pour aider des femmes en détresse. « C’est vrai que ma
9 DÉCEMBRE 1927
Naissance à Paris
2000 Ouverture de la Maison
des femmes
2008 Chevalier de la Légion
d’honneur
2013 Inauguration
de la Maison des babayagas
16 FÉVRIER 2016 Mort
à Montreuil
mère n’était pas très souvent avec
nous, mais la vie ensemble était rigolote, se souvient Agnès Fonbonne. Le dimanche, c’était table
ouverte avec beaucoup de gens qui
allaient et venaient, des militants
communistes ou du PSU [Parti socialiste unifié, animé par Michel
Rocard], des intellectuels… »
Les derniers combats de la vie de
Thérèse Clerc sont ancrés à Montreuil, sa ville. Elle y crée, en 2000,
la Maison des femmes, « lieu incontournable de la vie sociale, culturelle, citoyenne et militante de notre
ville », écrit Patrice Bessac, maire
de Montreuil, qui, le 15 janvier,
baptisait le lieu du nom de Thérèse
Clerc, en sa présence, lors de l’une
de ses dernières sorties publiques.
« On m’a souvent dit que mes chevilles enflaient, ce qui est
aujourd’hui vrai pour des raisons
médicales mais aussi parce que
mon nom est écrit en gros sur la façade », commentait-elle, ce jour-là.
« Elle était volontiers cabotine, attirait la lumière, ce qui lui a valu de
solides inimitiés dans le milieu associatif, mais elle s’en amusait », raconte Danielle Michel-Chich.
S’occuper durant cinq ans de sa
mère grabataire lui inspire sa dernière œuvre, la Maison des Babayagas, lieu autogéré pour
« vieillir ensemble en citoyens indépendants, libres et utiles » et hébergeant une vingtaine de colocataires femmes, âgées de 60 à
80 ans. Le projet, très novateur,
commencé en 1999, semé d’embûches et de conflits, mettra
quinze ans à éclore. Et par un beau
raccourci de l’histoire, à l’instigation de Jean-Pierre Brard, maire
de Montreuil de 1984 à 2008, Thérèse Clerc rencontre, en 2007,
Christine Boutin, alors ministre
du logement : « Thérèse était fébrile à l’idée de rencontrer “le
grand Satan”, mais le courant est
passé entre ces deux femmes que
tout opposait et, l’après-midi
même, instruction était donnée de
débloquer 400 000 euros pour
amorcer le financement des Babayagas », se souvient M. Brard.
Filmée, en 2012, par Sébastien
Lifshitz, Thérèse Clerc prend encore la liberté de livrer un témoignage émouvant et audacieux sur
son amour pour une femme (Les
Invisibles, 2012). Selon ses vœux, sa
famille et ses amis se réuniront, fin
mars, pour « faire la fête ». p
isabelle rey-lefebvre
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AU CARNET DU «MONDE»
Naissance
Brigitte Berthelot
et José Barbosa Gonçalves,
François et Corine Berthelot,
Frédérique et Eric Berthelot-Tessier,
ses enfants,
Alexandre, Raphaël, Jérémie, Charlotte,
Valentin,
ses petits-enfants
Et toute sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Michèle BERTHELOT,
née COHEN-SOLAL,
docteur en chirurgie dentaire,
survenu le dimanche 14 février 2016.
Les obsèques auront lieu au cimetière
du Montparnasse, Paris 14e.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mmes Suzette Fourmentraux
et Jeanine Leclère,
ses sœurs,
Sa famille
Et ses amis,
ont la grande tristesse de faire part
du décès de
Mme Jacqueline BRUNETEAU,
née OUGIER,
survenu à Paris, le 12 février 2016,
à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
Elle rejoindra son mari,
Claude BRUNETEAU,
décédé le 22 juin 2015.
Les obsèques auront lieu en l’église
de Jasney (Haute-Saône), ce mercredi
17 février, à 14 h 30.
15, rue Sarrette,
75014 Paris.
Les familles Lostis, Kerros
et Boullier-Caraes
font part du décès de
Marie-Claude CHOUBLIER,
Margaux
est fière d’annoncer la naissance
de son petit frère,
Justin,
née BOULLIER,
créatrice
de la « Bibliothèque de Décoration »
de l’ORTF,
survenu le dimanche 7 février 2016,
dans sa quatre-vingt-septième année.
né le 13 février 2016,
pour la plus grande joie de
Caroline et Jérôme FENAILLON,
ses parents,
et de
Bernadette et Dominique VINCENT,
Sylvie et Jean-Claude FENAILLON,
ses grands-parents.
Anniversaire de naissance
Dix-huit ans !
L’inhumation a eu lieu le mardi
16 février, à Lannilis (Finistère).
Armand Karsenti,
son époux pendant soixante-dix ans,
Jean-Claude Karsenti,
Michèle Karsenti-Johnson,
ses enfants,
Benjamin, Nicolas et Sébastien,
ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants,
Les familles parentes et alliées,
ont la tristesse de faire part de la disparition
de
Jacqueline KARSENTI,
La liberté de s’exprimer !
née BENICHOU,
survenue le 13 février 2016,
dans sa quatre-vingt-dixième année.
Mamijo.
Décès
Jacques Audoir,
son mari,
Vincent et Yannick,
ses ils,
Marie-Aude Donsimoni
et Katharine Swarney,
ses belles-illes,
Marien, Hippolyte, Philémon, Éva,
Louise et Théodore,
ses petits-enfants,
Madeleine Audoir,
sa belle-sœur,
Ses neveux et nièces,
Ses cousins et cousines
Et tous ses nombreux ami-e-s,
ont l’immense tristesse de faire part
du décès de
Annick AUDOIR,
née BESCOND,
survenu le samedi 13 février 2016.
Sa famille remercie le professeur Adès
et le docteur Raffoux, ainsi que leurs
équipes, pour leur compétence et leur
dévouement.
L’inhumation a eu lieu ce mercredi
17 février, à 11 heures, au cimetière
du Montparnasse, entrée 3, boulevard
Edgar-Quinet, Paris 14e.
Josée de Félice,
son épouse,
Jacqueline Koseleff,
sa sœur,
Pierre-Vincent,
Arnaud et Yves-André,
ses neveux,
leurs conjointes et leurs enfants,
Jean-Marc et Emmanuel de Félice,
ses beaux-ils
et leur famille,
Emile Cattelin,
Ses amies et ses amis,
ont la très grande tristesse de faire part
du décès de
Daniel LACOMBE,
mathématicien, logicien, linguiste,
professeur émérite
à l’université Diderot Paris 7,
survenu le 2 février 2016.
Selon sa volonté, ses obsèques
ont eu lieu dans la plus stricte intimité
familiale.
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Mme Jacqueline Meunier,
son épouse,
Laurence et Claire,
ses illes,
Paul, Hector et Aya,
ses petits-enfants,
Frédéric,
son gendre,
en vente
actuellement
ont la tristesse de faire part du décès de
K En kiosque
HORS-SÉRIE
André MEUNIER.
UNe vie, UNe ŒUvRe
Les obsèques civiles ont eu lieu
dans l’intimité familiale, le mardi
16 février 2016.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Franço�s
M�tt�rrand
Le pouvoir
et la séduction
71, rue Victor-Hugo,
24000 Périgueux.
ÉdItIOn
2016
Le centenaire de la naissance de l’ancien président
Philippe et Marie-Sophie Vincent,
son ils et sa belle-ille
et leurs enfants, Pauline et Thomas,
Denis et Christine Vincent,
son ils et sa belle-ille
et leurs enfants, Antoine, Aude et Laure,
Anne Vincent-Salomon,
sa ille
et ses enfants, Lucien, Clara et Olivier,
Yvette Courtil,
sa belle-sœur,
Michel et Geneviève Vincent,
son frère et sa belle-sœur,
Nathalie Vincent
et ses enfants,
Pascale Vincent,
Hors-série
LE BILAN DU MONDE | 0123
Thérèse Clerc
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
ÉDITION 2016
0123
H O R S - S É R I E
LE BILAN
DU MONDE
▶ GÉOPOLITIQUE
▶ ENVIRONNEMENT
▶ ÉCONOMIE
+ A T L A S
Anne-Sophie et Pierre-Damien Félicité
D E
1 9 8
P A Y S
Hors-série
et leurs enfants,
Nicole Eysseric,
Les familles Blanc, Clémot-Stréliski,
Salomon, Bou,
sont unis dans une profonde tristesse
et font part du décès de
M. Robert VINCENT,
ancien chef de service
à Gaz de France,
chevalier de l’ordre nationale du Mérite,
survenu le 14 février 2016,
dans sa quatre-vingt-dixième année.
Une cérémonie sera célébrée en l’église
Saint-Médard, Paris 5 e , ce mercredi
17 février, à 14 h 30.
L’inhumation aura lieu au cimetière
d’Orange (Vaucluse), le vendredi
19 février, à 11 heures.
Hors-série
Collections
EGYPTOMANIA
Une collection pour découvrir la vie
et les mystères de l’Egypte des pharaons
Dans le souvenir de son épouse,
Madeleine VINCENT,
EGYPTOMANIA
LES TRÉSORS DE L’ÉGYPTE ANCIENNE
qui nous a quittés le 17 février 2015.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le Conte de Sinouhé
Les Textes des sarcophages
La palette de Narmer
Les prêtres, majordomes
des divinités
Anniversaires de décès
Jacques BAUMEL,
secrétaire général
des Mouvements unis de la Résistance,
cofondateur de l’Union démocratique
et socialiste de la Résistance (UDSR),
ancien ministre,
député honoraire des Hauts-de-Seine,
maire honoraire de Rueil-Malmaison,
fondateur de l’Alliance Villes Emploi,
créateur de la première
Maison de l’Emploi, en 1989,
Dès jeudi 18 février, le vol. n°6
Le Conte de Sinouhé - Les Textes des
sarcophages - La palette de Narmer Les prêtres, majordomes des divinités
Décembre 1944
- Janvier 1945
La Bataille des
Bastogne
nous quittait il y a dix ans,
le 17 février 2006.
Homme de consensus, il a mis son
intelligence au service de ses concitoyens,
il nous a fait aimer la politique, polis, vie
de la cité.
Précurseur des politiques territoriales de
l’emploi, dès 1978, il avait le pressentiment
que les maires devaient s’impliquer dans
les politiques de lutte contre le chômage.
Mars 1942
(2)
Ardennes
L’Attaque du port
Le raid des com
Ken Ford
Steven J. Zaloga Gerrard et Peter Dennis
Howard
Illustrations de
de St-Nazaire
mandos britanniq
Illustrations de
ues
Howard Gerrard
Actuellement en kiosque, le n°10
2 LIVRES : LA BATAILLE DES ARDENNES(2)
et L’ATTAQUE DU PORT DE ST-NAZAIRE
Il ne s’est pas trompé.
Ne l’oublions pas.
Alliance Villes Emploi.
Il y a un an que
Pedro MECA
s’est éteint.
Les lumières qu’il a allumées au cours
de son long chemin de travailleur social
militant continuent d’éclairer le nôtre.
Association Compagnons de la nuit,
15, rue Gay-Lussac,
75005 Paris.
Souvenir
Pour ceux et celles qui l’ont aimée.
Vingtième anniversaire déjà.
Dès mercredi 17 février,
le volume n°25
SUD DE LA FRANCE
Nos services
Lecteurs
K Abonnements
Nicole DEVAUX,
18 février 1996.
Communication diverse
L’Espace culturel et universitaire juif
d’Europe : grande leçon « La nouvelle
solitude des juifs de France ? », jeudi
3 mars 2016, à 19 h 30, avec Alain
Finkielkraut.
Réservation sur
www.centrecomparis.com
119, rue La Fayette, Paris 10e (PAF).
www.lemonde.fr/abojournal
K Boutique du Monde
www.lemonde.fr/boutique
K Le Carnet du Monde
Tél. : 01-57-28-28-28
culture | 17
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
TÉMOIGNAGE
“
Pour sa venue à l’Olympia, mardi
16 février au soir, à Paris, Matthew n’a
pas mis le tee-shirt rouge qu’il portait le
13 novembre 2015 au Bataclan. Maculé de
sang, noirci par le bitume et déchiré par
tous ceux qui tentaient de s’agripper à lui
pendant la fusillade, le tee-shirt a été jeté au
feu, ainsi que tous les habits que Matthew
portait ce soir-là quand, aidé d’un autre
homme, je l’ai mis à l’abri dans le hall de
l’immeuble où nous nous sommes réfugiés,
lui blessé aux jambes, moi au bras. « You are
my angels », avait-il murmuré. Pour ce nouveau concert des Eagles of Death Metal, il a
choisi d’arborer un tee-shirt de The Big Lebowski, le film des frères Joel et Ethan Coen,
où, après une funeste confusion, Lebowski
change d’identité. Pourtant, trois mois
après la fusillade, Matthew n’a pas changé.
« Je suis un miraculé, dit-il. J’ai dû simplement tout refaire, réapprendre à marcher et
vivre avec la douleur. » C’est la première fois
qu’il vient à l’Olympia. « Je suis venu voir la
fin du concert ! » Grand fan du groupe et de
ses deux leaders, le chanteur Jesse Hugues
et le batteur Josh Homme, il les a déjà vus
quatre fois sur scène, dont deux fois aux
Etats-Unis. Dans la fosse de l’Olympia, Matthew se sent à l’aise au milieu des rescapés
et de la foule. « Je n’ai pas peur. J’ai dissocié
le massacre du Bataclan et le hasard que
l’on ne peut pas contrôler. » Aussi, lorsque
Hugues, aidé par l’alcool, hurle dans son micro : « Vous n’avez pas idée combien je vous
aime ! », ponctué par un « Mother Fucker ! »,
Matthew n’est pas le dernier à lui répondre,
en écho : « Fuck you ! » Comme un bras
d’honneur à tous ceux qui veulent les empêcher de vivre, à leur manière.”
Le chanteur et guitariste, Jesse Hughes, et le batteur, Josh Homme, des Eagles of Death Metal, mardi 16 février, à l’Olympia, à Paris. JOEL SAGET/AFP
Daniel Psenny, journaliste au Monde
Le premier concert du reste de leur vie
REPORTAGE
E
t si Josh Homme et Jesse Hughes, les fondateurs des Eagles
of Death Metal, avaient raison :
et si le rock’n’roll pouvait nous
sauver ? Le groupe de rock stoner – légèreté West Coast, posture punkoïde et rythmique lourde du Sud –,
qui jouait au Bataclan le 13 novembre 2015
lors des attaques djihadistes meurtrières,
n’avait cessé de le répéter : il reviendrait terminer le concert. La réouverture de la salle
étant prévue pour décembre, ils n’ont pas eu
la patience d’attendre et ont, mardi 16 février, rempli l’Olympia. Tous ceux qui
étaient là le 13 novembre ont été invités. Un
peu plus de la moitié d’entre eux ont répondu présent.
« C’est le premier concert du reste de ma
vie », murmure Emilie (qui préfère taire son
nom) de sa voix douce. Elles étaient trois copines au Bataclan, elles sont toutes les trois
ici ce soir… Dans la file d’attente pour passer
les barrages de sécurité sur le boulevard des
Capucines et à l’entrée de la salle, béquilles et
chaises roulantes rappellent la violence qui
s’est déchaînée là-bas.
Laurent Lafont-Battesti n’aurait pas dû être
au Bataclan. Un ami lui avait donné sa place
et conseillé de se mettre au balcon. « Lorsque
cela a commencé à tirer, on a d’abord pensé à
un jeu de scène ou à un imbécile qui jouait
avec des pétards. L’odeur de la poudre, c’est ce
qui nous a fait comprendre… » Il va réussir à
se cacher dans un appartement au-dessus de
la salle. Sauvé. « J’ai vécu l’après de façon assez
solitaire. Quand j’ai vu l’annonce du concert, je
n’ai pas hésité. Ne pas y aller eut été comme
rater un rendez-vous. »
Les Eagles of Death Metal ont rempli l’Olympia, mardi
16 février, à Paris, devant des victimes et des rescapés
du Bataclan. Deux heures de catharsis rock’n’roll
Des histoires comme celle de Laurent, il y
en a autant qu’il y avait de personnes dans
la salle. Des histoires de peur, de corps qui
se traînent, de sursaut. Des deuils impossibles. Sur la moquette rouge de l’Olympia,
les regards se cherchent et se fuient, pleins
de ces souvenirs tout proches. Quatrevingt-dix morts, des dizaines de blessés
dont, trois mois après, douze sont encore
hospitalisés.
Il y a cette famille. Ils sont cinq. Au Bataclan,
ils ont pu partir très vite, le père, les filles,
cette fois-là, la mère n’était pas là.
Aujourd’hui, ils se serrent près de la sortie de
secours. « C’est la première question que les
gens nous posent : où sont les sorties de secours », témoigne une des trente psychiatres
et psychologues qui se sont mobilisés pour
venir soutenir le public à l’Olympia. Sur l’escalier, devant le bar, J. (qui souhaite garder l’anonymat), un casque sur les oreilles, est plongée
dans un roman graphique de Derf Backderf :
Punk Rock & Mobile Homes (Editions Ça et là,
2014). Elle a 26 ans. Au dernier moment, le
13 novembre, elle a décidé de ne pas aller au
concert. « Ma bonne étoile ? », demande-t-elle
tristement. Aujourd’hui, elle a racheté une
place, pas osé demander celle à laquelle elle
avait droit. « Je me sens une intruse. Jusqu’au
dernier moment, jusque sur le boulevard, là devant, j’ai hésité à faire demi-tour. »
Quelle drôle d’idée que ce concert. Ne
LE PUBLIC S’ATTEND
À TOUT, QUELQUE
PART ENTRE
LA PROMESSE D’UNE
GRAND-MESSE,
LA RECONSTITUTION
D’UNE SCÈNE
DE CRIME ET UNE
THÉRAPIE DE GROUPE
vient-il pas trop tôt ? Ne risque-t-il pas d’être
traumatogène pour les personnes qui ont été
prises en otages, comme l’expliquait la psychologue Hélène Romano, auteure, avec
Boris Cyrulnik, de Je suis victime (éditions
Philippe Duval, 2015) ? « Quand on tombe de
cheval, il faut remonter », m’a soufflé Emilie,
sans y croire… Là, avant le concert, en descendant des bières, le public s’attend à tout, quelque part entre la promesse d’une grandmesse cathartique, la reconstitution d’une
scène de crime et une thérapie de groupe. La
vérité, c’est qu’on aura droit à un concert de
rock. Ni plus, ni moins.
Eagles of Death Metal est un groupe qui
fonctionne à l’énergie brute, pas au pathos
ou au sens. Jesse Hughes, son chanteur, n’est
pas Charles de Gaulle quand il prend la parole. Mis à part « Bande d’enculés, qu’est-ce
que je vous aime », il ne multiplie guère les registres. Voilà qui nous évite les dégoulinadeš
de tristesse. Le groupe a simplement préparé
son entrée : sur un enregistrement de
Dutronc chantant Il est 5 heures, Paris
s’éveille…, un face-à-face complice où l’on
sent la nécessité, autant pour le groupe que
pour le public, de s’absoudre de cette culpabilité d’être ici et vivant.
Et c’est ce que seront ces deux heures de
concert. Une célébration de la vie. Ça sent le
pétard, une fille montre son torse nu, un
couple s’embrasse goulûment. Dans la ten-
FRANCE CULTURE PAPIERS N°17
La première radio à lire
Chicago : de la prohibition à la ville futuriste
disponible en kiosque et en librairie à partir du 18 février
tative de minute de silence qui dure vingttrois secondes, un homme crie : « A poil ! »,
l’éternel Breton sort son drapeau de façon
incongrue, le hipster fraternise avec l’alcoolo, Jack Lang est au balcon, les béquilles
sont au rencard. Un concert rock. 100 % pur
rock. Une forme aussi de transcendance. Et
un groupe sur scène qui a l’air de s’amuser
autant que ce public qui n’en demandait
pas tant.
ÉLANS FRANCOPHILES DE JESSE HUGHES
« Ce n’est pas plus mal », se félicite le psychiatre Didier Cremniter du centre d’urgence
médico-psychologique installé à Necker,
venu prêter main-forte au bataillon de psys.
« Même si on ne voit pas ici les personnes le
plus en souffrance, qui ont préféré ne pas venir, on sent bien qu’il y a le début d’une restauration… » Quelques personnes viennent
dans les espaces aménagés partager leur angoisse, et alors que le spectacle touche à sa
fin, une jeune femme aux larmes intarissables finira par se décider à vider son sac…
Mais déjà, la salle frappe du pied pour les
rappels. Encouragé par les élans francophiles
de Jesse Hughes, qui s’est enveloppé tout à
l’heure d’une écharpe bleu, blanc, rouge en
tricot que des mains anonymes lui ont tendue depuis la fosse, et par cette guitare tricolore qu’il a sortie pour son dernier morceau,
la foule réclame La Marseillaise. Ce sera
Brown Sugar, des Rolling Stones. Pour qui rêvait du « premier concert du reste de [sa] vie »,
c’est une valeur autrement plus rock’n’roll.
Dans la nuit, sur le boulevard où la foule
s’écoule, les paroles profondes de Jesse Hughes résonnent comme un mantra : « Enculés de votre mère, personne ne m’empêchera
de continuer ce truc. » p
laurent carpentier
18 | culture
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Sarah Murcia et toutes ses cordes
Contrebassiste, compositrice et arrangeuse, la musicienne vient de sortir
un album hommage au groupe punk anglais Sex Pistols
MUSIQUE
Q
uelque part dans le
ciel des musiques actuelles, Sarah Murcia,
bientôt 40 ans, est une
étoile filante du rock,
de la chanson, de la pop, des musiques improvisées, et de quoi
d’autre encore ? On l’aperçoit à
peine qu’elle disparaît, dans ce
paysage musical frileux. Femmeorchestre, contrebassiste, compositrice, arrangeuse, et aussi chanteuse, elle multiplie les projets
dans un présent fragile, celui de
tous les artistes qui n’entrent
dans aucune case. La brune à la
longue frange est souvent penchée sur sa contrebasse, mais
rarement là où on l’attend.
Les programmateurs n’ont pas
toujours l’audace de l’inscrire
dans leur saison. Pourtant, s’ils
savaient… « Sarah Murcia est
dans la recherche permanente.
Ses créations sont d’une haute
intelligence musicale », siffle,
admiratif, le patron de la Maison
de la poésie, à Paris, Olivier Chaudenson, qui a programmé l’artiste mercredi 17 février, en
deuxième partie d’une lectureperformance de Fanny de Chaillé
et Grégoire Monsaingeon.
Sarah Murcia présente son dernier album, Never Mind the Future
(Ayler Records, sorti le 10 février),
en hommage au sulfureux Never
Mind the Bollocks, Here’s the Sex
Pistols du groupe britannique
punk rock Sex Pistols. Sur scène,
« J’aime
me mettre
en danger,
monter sur scène
sans savoir ce qui
va se passer »
SARAH MURCIA
contrebassiste
et compositrice
elle est entourée de son groupe
Caroline – Franck Vaillant (batterie), Olivier Py (saxophone, homonyme du directeur du festival
d’Avignon), Gilles Coronado (guitare) – auquel s’ajoutent deux invités, le pianiste Benoît Delbecq
et le chorégraphe et crooner
Mark Tompkins.
Ovni musical
Sorti en 1977 chez Virgin Records
(Barclay en France), l’album des
Sex Pistols avait suscité un scandale – les titres God Save the
Queen et Anarchy in the UK
étaient vus comme une attaque
contre la reine Elizabeth II. Et ce
disque rageur s’était hissé au sommet des ventes britanniques… Ce
paradoxe de « l’énorme machine
commerciale qui prêchait l’inverse » a intéressé Sarah Murcia.
Elle en a tiré un ovni musical, coproduit avec Philippe Teissier du
Cros, un complice de longue date :
« J’ai étiré les trente-quatre minu-
tes de l’album des Sex Pistols à plus
d’une heure. Parfois, j’ai juste
gardé la mélodie des voix », explique-t-elle. Lipstick Traces, une histoire secrète du vingtième siècle
(Allia, 1998), l’ouvrage du critique
de rock américain Greil Marcus,
l’a aussi inspirée. L’auteur rapproche le chanteur Johnny Rotten des
Sex Pistols du situationniste Guy
Debord (1931-1994) ou des hérétiques médiévaux. « Comme si dans
l’histoire un souffle dada revenait
à travers tous ces individus », résume-t-elle.
La compositrice aime toujours
se plonger dans les livres, comme
du temps de son enfance studieuse, entourée de parents professeurs. Ils l’avaient inscrite au
conservatoire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), pour
qu’elle apprenne le piano.
Elle aurait pu devenir ethnomusicologue, après ses études à
la Sorbonne, à Paris. Mais, après
avoir vu un concert d’Henri
Texier, sur la scène jazz, elle décide de devenir contrebassiste.
A 18 ans, au milieu des années
1990, elle embarque avec Charlélie Couture pour une longue
tournée de trois ans. A cette époque, elle a déjà rencontré dans le
quartier Barbès, où elle vit toujours, ceux qui font encore partie
de sa bande : Franck Vaillant,
Gilles Coronado, ainsi que
l’auteur et chanteur Fred Poulet,
avec lequel elle revisite des tubes
– de Serge Gainsbourg à Jean-Jacques Goldman (groupe Beau Cat-
cheur). Du moment que « la musique est bonne, bonne, bonne »…
Suit la période Magic Malik, « dix
ans et 500 concerts » : Sarah Murcia s’immerge dans les compositions complexes du flûtiste de
jazz originaire de la Côte d’Ivoire.
« Il écrit une musique sur un bout
de papier et peut tenir cinq heures
sur scène avec », raconte-t-elle.
Magic Malik sera son « dernier
mentor ». Depuis, elle construit
sa musique « populaire et savante » : « J’aime me mettre en
danger, monter sur scène sans savoir ce qui va se passer, au côté du
saxophoniste Sylvain Cathala, ou
m’intégrer dans la musique spacieuse de Rodolphe Burger. »
Depuis 2011, Sarah Murcia a
monté divers projets avec la
chanteuse palestinienne Kamilya
Jubran (Nhaoul, Wasl), en ajoutant trois musiciennes à leur duo.
Au printemps, elle accompagnera le groupe new-yorkais
Elysian Fields, dont elle est fan. Et,
maintenant, voici qu’elle joue
avec les ténors de la scène « jazz
impro », le clarinettiste Louis
Sclavis, le guitariste Marc Ducret.
Cette fille est un lierre grimpant.
Ne lâche jamais, vit au présent
sans verser dans le No future. « On
n’est pas des punks », dit-elle. p
clarisse fabre
Soirée Sex Pistols,
à partir de 19 heures,
à la Maison de la poésie,
157, rue Saint-Martin, Paris 3e.
Maisondelapoesieparis.com
Paris Photo et la FIAC
renoncent à leur rêve
américain
L’organisateur Reed Expositions a annulé
les deux événements prévus à Los Angeles
ART
L’
aventure californienne
tourne court pour les
deux grandes foires artistiques parisiennes : la 4e édition
de Paris Photo Los Angeles, programmée dans moins de trois
mois (du 29 avril au 1er mai), est
annulée, de même que le lancement de la Foire internationale
d’art contemporain (FIAC) de
Los Angeles. Cette double décision a été annoncée, lundi 15 février, par Reed Expositions, organisateur des deux événements.
En 2013, Paris Photo, leadeur des
foires consacrées à la photo, s’offrait une visibilité hollywoodienne en s’installant dans les
studios de la Paramount. Restait à
pérenniser l’opération de prestige. Jean-Daniel Compain, directeur général du pôle culture, luxe
et loisirs de Reed Expositions
France, fait l’aveu d’un échec
commercial : « Si les collectionneurs sont nombreux à Los Angeles et en Californie, et s’ils figurent
souvent parmi les acheteurs remarqués des foires internationales, le niveau des ventes sur les
stands des galeries pendant Paris
Photo Los Angeles n’est pas assez
au rendez-vous pour soutenir sur
la durée une telle foire et permettre d’offrir à nos exposants les
meilleures conditions de retour
sur investissement. »
C’est « le manque de maturité du
marché, en termes de grandes foires » qui explique cette situation,
« malgré une formidable mobilisation de la ville, des galeries, des institutions et des collectionneurs ».
« Explorer d’autres pistes »
Reed avait déjà abandonné Photo
London, après une seule édition,
en 2007. Ces nouveaux renoncements soulignent les limites de la
politique de développement international du groupe, alors
même que l’installation de la FIAC
à Los Angeles (initialement prévue pour 2015) était envisagée
comme une réponse au succès
des éditions internationales d’Art
Basel (Bâle, Miami et Hongkong)
et de Frieze (Londres).
Jean-Daniel Compain se veut
pourtant confiant : « Nous continuons à explorer d’autres pistes »,
tant pour Paris Photo que pour la
FIAC, « sur les marchés porteurs de
demain ». Reed avait souhaité
créer une extension de la FIAC à
Saint-Pétersbourg en 2015, avant
de mettre ce projet en suspens en
raison des tensions politiques. Le
groupe évoque la possibilité de
s’installer en Asie du Sud-Est.
Après une dernière édition
écourtée par les attentats, en novembre 2015, Paris Photo fêtera sa
20e édition au Grand Palais, du 10
au 13 novembre. p
emmanuelle jardonnet
La Berlinale soutient « Chi-Raq »,
la tragédie musicale de Spike Lee
Le film, qui mêle guerre des gangs chicagoans, références antiques
et chorégraphies hip-hop, a emporté l’adhésion des festivaliers
CINÉMA
berlin - envoyé spécial
Nicolas, 19 ans, étudiant, Bordeaux
Inscrivez-vous sur
lemonde.fr/academie
0123
I
l n’est, pour l’instant, pas question de voir Chi-Raq en France.
Le trait d’union et le « q » final
ne relèvent pas de l’erreur typographique, le dernier long-métrage de
Spike Lee, présenté, mardi 16 février, hors compétition à la Berlinale, qui se termine le 21 février, n’a
rien à voir avec l’ancien président
français. « Chi-Raq » est l’appellation que donnent les habitants du
South Side de Chicago à leur ville,
une contraction de Chicago et Iraq,
pour rappeler que certains quartiers, en proie aux gangs, sont devenus des zones de guerre. Aux
Etats-Unis, Chi-Raq est sorti fin
2015 dans quelques salles et est disponible sur la plate-forme Amazon. En France, les distributeurs,
qui considèrent avec circonspection les films afro-américains,
n’ont, pour le moment, pas acheté
les droits du long-métrage, pourtant le meilleur réalisé par le cinéaste depuis des années.
Comme son titre l’indique, ChiRaq est un film de guerre. Les quartiers sud et ouest de Chicago sont
devenus les plus dangereux des
Etats-Unis. Comme l’a rappelé Lee
lors de la conférence de presse qui
a suivi la projection, 53 personnes
y ont été tuées par balles en janvier. A partir de cette réalité tragique, et sans jamais la trahir,
l’auteur de Do the Right Thing
(1989) a réalisé un film drôle, sensuel, qui doit autant au hip-hop
qu’à la dramaturgie grecque.
Les dialogues sont rimés avec
virtuosité et l’argument est emprunté à Aristophane, ce que l’on
comprendra en apprenant le nom
de l’héroïne. Lysistrata (Teyonah
Parris, vue dans Dear White People,
Lee parvient
à maintenir
le cap de son film
entre burlesque,
militantisme
et sensualité
de Justin Simien, sorti en 2014) est
la compagne dévouée du leader
des Spartans (la Lysistrata originelle voulait mettre un terme à la
guerre du Pélonoponèse), un des
gangs qui ravagent le South Side,
avec les Trojans et les Cyclops. Elle
finit par le quitter après un énième
accrochage, pour s’installer chez
une femme d’une grande sagesse,
Miss Helen (Angela Bassett), qui attire son attention sur la grève du
sexe entamée par les femmes libériennes au début du XXIe siècle,
pour mettre un terme à la guerre
civile qui ravageait le pays.
Une distribution étonnante
Mettant ses pas dans ceux des modèles antiques ou africains, la Lysistrata de Chi-Raq entraîne toutes
les femmes de Chicago dans une
abstinence active, qui jette un
trouble général dans la cité. Ce
combat est conté en séquences
burlesques, musicales ou mélodramatiques, qui font intervenir
un maire de Chicago tout à fait ridicule (Rahm Emanuel, le modèle,
a fait part de son mécontentement
à Spike Lee, lorsqu’il a appris quel
titre le réalisateur voulait donner à
son film), un général de la garde
nationale dont les sous-vêtements
sont frappés du drapeau confédéré
et des francs-maçons afro-américains désespérés par la grève de
leurs compagnes.
Contre toute logique, Spike Lee
parvient à maintenir le cap de son
film entre burlesque, militantisme et sensualité. Il affirme la
force vitale contre celle de la mort
et alterne cours de science politique et chorégraphies érotiques. Il
est servi par une distribution
étonnante, qui réunit des vétérans comme Samuel L. Jackson et
Wesley Snipes et des nouveaux
venus comme John Cusack (qui
joue un étonnant personnage de
prêtre catholique irlandais devenu leader de la communauté
noire), Nick Cannon ou Jennifer
Hudson.
Peut-être parce qu’il a été diffusé
par Amazon, Chi-Raq est absent
des nominations aux Oscars,
comme presque toutes les productions et performances d’artistes issus des minorités. Spike Lee a
annoncé qu’il ne se rendrait pas à
la cérémonie de remise des trophées, le 28 février. A Berlin, il a
rappelé les raisons de cette décision : « Chaque année, vingt acteurs et actrices sont nommés
dans quatre catégories. Pour la seconde année de suite, aucun acteur
issu des minorités n’a été retenu. En
termes sportifs, ça se dirait : les
blancs quarante, les autres, zéro. »
Le réalisateur a tenu à préciser
qu’il n’appelait pas au boycottage
des Oscars : « Chris Rock va les présenter, et c’est un grand garçon, ce
n’est pas à moi de lui dire s’il doit y
aller ou pas. » Mais il a remarqué
que sa prise de position et celle
d’autres artistes afro-américains
avaient déjà amené l’Academy of
Motion Pictures Arts and Sciences à réformer ses règles de recrutement. « S’il n’y avait pas eu de
boucan, il n’y aurait pas eu de
changement », a-t-il observé. p
thomas sotinel
culture | 19
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JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Un vent libertin
souffle
sur le Louvre
De Lens à Paris, le musée national
met en avant la licence de la
création artistique au XVIIIe siècle
ARTS
lens
L
a saison 2016 du Louvre,
consacrée au XVIIIe siècle,
a été lancée au LouvreLens (Pas-de-Calais). L’occasion de voir ou de revoir Le Pèlerinage à l’île de Cythère, d’Antoine
Watteau (1684-1721), qui clôt l’austère fin de règne du Roi-Soleil.
Peint en 1717, il illustre le souffle libertin et libertaire qui va accompagner le siècle.
Watteau fait vibrer la lumière
des roses poudre, blancs nacrés,
ors, dont il costume les couples en
partance pour l’île d’Aphrodite.
Regards, attitudes, hésitation,
abandon, le jeu de la séduction
tient dans cette scène rondement
brossée. Cette fête galante officialise un genre dont l’Europe s’entiche en peinture, sculpture, porcelaine, ébénisterie, orfèvrerie, musique, opéra et théâtre, comme
l’illustrent les extraits filmés pro­
jetés de La Méprise, de Marivaux,
et des Noces de Figaro, de Mozart.
« Cette période de hardiesse, de
gaieté, de fantaisie, voire de licence, a aussi été, pour les arts, un
temps de nouveauté, qui a irradié
l’ensemble du XVIIIe », souligne
Xavier Salmon, le commissaire,
directeur du département des
arts graphiques au Louvre.
Comme en témoigne la diversité
des deux cents pièces exposées,
porcelaines de Sèvres (Hauts-deSeine) et de Meissen (Allemagne)
ou costumes de Pierrot, provenant de Bohême. Watteau meurt
à 36 ans, en laissant quantité de
dessins. Toute son œuvre est gravée à l’eau forte par ses compatriotes et réunie dans le Recueil
Jullienne, du nom du riche marchand et collectionneur d’art, ami
et mécène du peintre. « Les modèles circulaient avec la plus grande
facilité, en particulier grâce à l’estampe dont le commerce était florissant », souligne M. Salmon.
« Le pasteur
complaisant »,
de François
Boucher
(vers 1738).
RMN-GP
Le visiteur est accueilli par un
théâtre d’ombres, couples qui dansent sur une comptine populaire :
« Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés. Entrez dans la
danse, voyez comme on danse, sautez, dansez, embrassez qui vous
voudrez. »
La marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, aurait adapté
cette ronde du XIIIe siècle pour les
enfants de La Madeleine-l’Evêque,
hameau voisin de l’hôtel d’Evreux
(actuel palais de l’Elysée) où elle
est logée par le roi. Une manière,
pour la marquise, de dire qu’elle
n’a plus de relations sexuelles avec
le souverain : au Moyen Age, les
lauriers signalaient les maisons de
prostitution.
Le double langage du XVIIIe siècle fera sauter les verrous, jusqu’à
Les chefs-d’œuvre des Lumières au V&A, à Londres
les lumières sont à l’honneur, à Londres,
au Victoria and Albert Museum (V&A)
dans la galerie Europe (1600-1815), entièrement rénovée, et dont la prestigieuse
enfilade du rez-de-chaussée montre, sur
1 500 mètres carrés, plus d’un millier
d’objets.
Pour la scénographie, pas de period
rooms, reconstitution de décors à l’anglosaxonne. Le V&A a préféré la mise en valeur de chacun des objets exposés, du plus
petit au plus imposant, parfois dans des
vitrines sans reflets, autour desquelles on
tourne à l’affût du moindre détail.
La collection est remarquable, tant par la
qualité des pièces que par leur rareté, mais
aussi par la cohérence des ensembles de
l’art de vivre européen – peinture, sculpture, costumes, instruments de musique,
littérature, vaisselle, parures, etc.
Les quelque vingt conservateurs du département ont réuni une sélection de
deux cents chefs-d’œuvre, sous la direction de Lesley Miller, qui leur avait demandé de dresser « la liste des objets les
plus importants pour raconter des histoires ». « On a eu dix-huit mois de débats, reconnaît-elle, le département est riche de
90 000 pièces de cette période. »
Riches cabinets
Au total, les 1 100 objets retenus – 300 français, 800 européens – proviennent pour la
plupart de la donation John Jones, un collectionneur de la fin du XIXe siècle, fan absolu de l’art décoratif du XVIIIe.
La kyrielle de riches cabinets de tout gabarit laisse sans voix. Qu’ils soient napolitains, comme ce meuble de Iacopo Fiamengo, en ébène et bois de rose incrusté
d’ivoire ; allemands, comme celui de Jacob
Arend et Johannes Wittalm, en noisetier,
ébène et marqueterie de tortue, ivoire et
cuivre ; ou français, tel celui signé Boulle,
aux incrustations métalliques : ce sont des
merveilles à admirer des heures entières.
Il faut en ouvrir les battants sculptés de
motifs complexes pour découvrir le plus
précieux : des casiers enrichis d’incrustations en étoile ou damier d’os, de miroirs,
de pierres dures et d’écaille de tortue. A la
manière de ce cabinet de voyage façonné
au Mexique en 1700-1750, tous racontent
l’Amérique, l’Asie, l’Afrique, où les Européens s’aventuraient avant de coloniser
les terres conquises. p
fl. e. (à londres)
V&A, Cromwell Road, Londres, tous les
jours, de 10 heures à 17 h 45, entrée libre.
L’« Orfeo » de Rossi remonte des enfers
A
près le triomphe d’Artaserse, de Vinci, qui avait
notamment révélé le
contre-ténor argentin Franco Fagioli, l’Opéra national de Lorraine
peut s’honorer d’une nouvelle résurrection en baroquie, avec l’Orfeo de Luigi Rossi (1597-1653). Le
premier opéra italien jamais joué
en France, enregistré et joué en
version de concert par William
Christie et ses Arts florissants,
en 1990 (Harmonia Mundi),
n’avait pas été remonté en version scénique depuis le
2 mars 1647, au Palais-Royal.
Si la longueur de l’œuvre – quelque six heures d’un faste inouï
avec castrats, machineries, orchestres français et italien, ballets
de cour à la française – n’avait pas
été sans provoquer quelque somnolence au futur Roi-Soleil alors
âgé de 8 ans, la version proposée
par Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion nous garde trois
heures durant dans une attention
passionnée.
Délestée de la moindre tentation historicisante, la metteuse
en scène néerlandaise Jetske Mi-
sit l’une de ces pochades dont il a
le secret, Vénus de boulevard, mégère et court vêtue, aux aigus
aussi piquants que ses talons
aiguilles.
A ses côtés, le Momus petite
frappe de Marc Mauillon – aussi
réjouissant qu’effrayant. Un plateau vocal homogène avec des
chœurs de rêve, un orchestre
gorgé de couleurs et de sève, une
reconstitution intelligemment
recentrée sur la dramaturgie (élimination du prologue allégorique et du chœur final, des ballets)
par Raphaël Pichon et Miguel
Henry : l’ensemble Pygmalion,
qui fêtera ses 10 ans en avril, a,
d’ores et déjà, tenu ses belles promesses. p
Fraîcheur lumineuse
Entre violence et passion, la soprano Francesca Aspromonte
(une révélation) prête sa fraîcheur
lumineuse à une Eurydice envoûtante, au point que le personnage
semble vouloir prendre le pas sur
l’émouvant Orphée de Judith van
Wanroij, tenir en lisière la brûlante Giuseppina Bridelli, Aristée
dont le chemin amoureux mène
du dépit à la folie meurtrière.
Du côté de la vis comica, le contre-ténor Dominique Visse réus-
marie-aude roux
Orfeo, de Luigi Rossi. Jetske
Mijnssen (mise en scène),
Ben Baur (décors), Gideon Davey
(costumes), Bernd Purkrabek
(lumières), Chœur et orchestre
de l’ensemble Pygmalion,
Raphaël Pichon (direction).
Opéra national de Lorraine.
A l’Opéra royal de Versailles,
les 19 et 20 février, à 20 heures.
De 45 € à 120 €.
Chateauversailles-spectacles.fr
TÉLÉRAMA
METRONEWS
Écrit et Réalisé par
©2015 GRAVIER PRODUCTIONS,INC.
nancy - envoyée spéciale
jnssen a transposé les noces d’Orphée et d’Eurydice dans une
grande famille plus ou moins
bourgeoise, où coexistent à égalité hommes et dieux, alliances et
rivalités.
Contrairement à l’Orfeo de Monteverdi, la descente aux enfers
d’Orphée n’est plus un acte fondateur. Scéniquement fantasmé,
musicalement édulcoré, c’est un
rêve compensateur du deuil, celui
d’un homme qui a perdu l’objet
aimé et ne s’y peut résoudre. Car
Eurydice a été sacrifiée sur l’autel
du jaloux Aristée, berger psychopathe qui préférera la tuer plutôt
que de la voir dans les bras d’un
autre.
« Antidote en situation morose »
« Exposer un XVIIIe siècle galant,
amoureux, un peu sucré, explique
M. Salmon, c’est aussi l’occasion de
véhiculer un message critique, celui d’une société qui s’abîme dans
le plaisir, alors que le gouffre se
creuse. »
Pourquoi cet engouement pour
le XVIIIe ? Après Fragonard au Musée du Luxembourg, Vigée
Le Brun au Grand Palais, le Louvre
exposera, en 2016, Hubert Robert,
Bouchardon, Le Brun. « C’est un
grand moment de la peinture, de la
sculpture, des arts décoratifs, avec
un degré de perfection très élevé,
souligne Sébastien Allard, directeur du département des peintures du Louvre. Une espèce d’anti-
dote en situation morose. Une part
de rêve avec ses faux-semblants,
un moment de réflexion sur le
monde et sa recomposition. Bousculées par la barbarie, les valeurs
de la raison qui vont fonder le
XIXe siècle sont requestionnées. »
Une manière aussi, pour le Louvre, d’inviter le public à redécouvrir ses propres collections. Une
priorité pour Jean-Luc Martinez,
son président. Après le département des objets d’art du XVIIIe,
rouvert en 2014 avec éclat, la peinture française des Lumières vient
d’être réinstallée dans vingt salles
rénovées. C’est la collection la
plus importante au monde, des
centaines d’œuvres d’art, dont les
ensembles de Jean Siméon Chardin, Watteau, Jean-Baptiste
Greuze et les reconstitutions de
villes antiques imaginées par Hubert Rober Les tableaux sont accrochés à la hauteur des yeux. Un
régal pour le visiteur. p
florence evin
Dansez, embrassez qui vous
voudrez : fêtes et plaisirs
d’amour au siècle
de Madame de Pompadour,
Musée Le Louvre-Lens, jusqu’au
29 février. De 10 heures à
18 heures, sauf le mardi.
De 5 à 10 euros. Louvrelens. fr.
“Brillant, cynique, “Un cru “Joaquin Phoenix “Emma Stone
intelligent”
savoureux” est sensationnel” est lumineuse”
Reprise, à Versailles, du premier opéra italien joué à la cour de France
LYRIQUE
la royauté elle-même. Dans les tableaux, le myosotis signifie
l’amour ; la cage, le mariage contraint ; la cruche brisée, la perte de
la virginité ; la flûte, le pénis ; l’escarpolette, le jeu érotique. Goya
s’approprie, en 1779, le sujet pour
un carton à tapisserie destinée au
palais du Pardo (Espagne). Il peint
un groupe de paysans moqueurs,
affalés à proximité de la balançoire des enfants de l’aristocratie
enrubannés : la fracture sociale illustrée dix ans avant la Révolution
française.
En DVD, BLU-RAY
et VOD sur
et
PREMIERE
WOODY ALLEN
LE MONDE
20 | télévisions
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
La radio, ce miroir de la société
VOTRE
SOIRÉE
TÉLÉ
Stéphane Meunier offre une passionnante traversée historique et sociologique d’un média qui continue de séduire
LCP
JEUDI 18 – 20 H 32
DOCUMENTAIRE
O
n peut, au travers de
l’évolution du formidable média qu’est la
radio, dresser un tableau sociologique de la France.
C’est ce que prouve le documentaire de Stéphane Meunier, riche
en archives sonores, mais aussi visuelles. Il commence avec l’abbé
Pierre, au début des années 1950,
et se termine dans un grand studio de la Maison de la radio, à Paris, avec Jérôme Garcin, qui anime,
depuis 1989, chaque dimanche
soir, l’une des émissions radiophoniques françaises les plus emblématiques, « Le Masque et la
Plume » (à l’antenne du service
public depuis novembre 1955 !).
Comme le résume le journaliste
littéraire : « De temps en temps,
une émission devient une petite
mythologie nationale. Les Français
se reconnaissent là-dedans. »
L’incidence de la radio peut être
aussi rapide que massive. A l’hiver
1954, alors que des gens meurent
de froid dans les rues de Paris,
l’abbé Pierre lance son célèbre appel sur Radio-Luxembourg. Un
grand moment d’émotion. L’onde
de choc est réelle et la mobilisation, exceptionnelle.
Dans les années 1950, Paris-Inter diffuse chaque semaine « La
Les journalistes d’Europe 1 et RTL arrivent boulevard Saint-Germain, à Paris,
pour couvrir la manifestation du 6 mai 1968. PHILIPPE JOHNSSON/SIPA
Tribune de Paris », une émission
dans laquelle les journalistes parlementaires, très influents à l’époque de la IVe République, s’expriment librement et souvent de
manière virulente. Le concept est
nouveau, il connaît un succès
phénoménal. La radio devient rapidement un espace de liberté
pour les journalistes, mais le pouvoir politique, conscient de son
influence, va tout faire pour interdire d’antenne les voix hostiles,
qui peuvent aller des communistes aux gaullistes du RPF.
Mobile, souple et efficace
Avec la révolution que représente
l’arrivée du transistor, la radio devient mobile, souple et plus efficace encore. Toujours aussi vigilant, le pouvoir politique surveille
de près les ondes. Lorsque des généraux putschistes tentent de
prendre le pouvoir à Alger, le général de Gaulle renoue avec une
vieille habitude prise à Londres
en 1940… Il lance, en 1960, un appel à destination des troupes présentes en Algérie : « Tous les soldats
français doivent m’obéir ! » Le message est clair, efficace et entendu.
Les événements de Mai 68 font
les jours fiévreux et les folles nuits
de RTL et d’Europe 1, pendant que
l’ORTF est en grève. L’arrivée du
Nagra, magnétophone portable et
véritable couteau suisse du journaliste radio, donne encore plus de
portée, de rapidité et de fluidité
aux reportages.
En 1974, l’éclatement de l’ORTF et
la disparition du ministère de l’information marquent une nouvelle
étape. La radio française en dit
aussi beaucoup sur les mœurs de
ses citoyens.
Arrivée à l’antenne de RTL juste
après Mai 68, Ménie Grégoire
(1919-2014) y travaillera jusqu’en 1982. Ses émissions vont
permettre à des millions de femmes de témoigner de leurs situations sociales et familiales, souvent peu enviables dans une société encore très patriarcale.
Sur France Inter, durant trois
ans, les chroniques de Françoise
Dolto, célèbre pédiatre et psychanalyste, bouleverseront aussi des
centaines de milliers d’auditeurs.
Aujourd’hui, le média radio, qui a
bénéficié de multiples évolutions
techniques, continue de séduire
les foules. Et il n’y a aucune raison pour que cette histoire
d’amour se termine. p
alain constant
Les Temps de la radio,
de Stéphane Meunier
(France, 2015, 52 min).
La vie rêvée d’Alejandro Jodorowsky
Le pape de l’underground psychédélique met en scène son histoire, exubérante et fantasmée
CINÉ + CLUB
JEUDI 19 – 18 H 10
FILM
D
e la boîte de Pandore cinématographique des
années 1970, quelques
fléaux d’une radicalité qu’on
croyait éteinte reviennent nous
hanter. Après Werner Herzog ou
Terrence Malick, voici Alejandro
Jodorowsky. Autant annoncer le
retour de l’Antéchrist.
Zoom sur le pedigree : naissance
en 1929, au Chili, en provenance de
l’URSS stalinienne et d’un ju-
daïsme russe pogromisé par l’Empire tsariste. L’enfant se mue en
voyageur chronique et en provocateur : clown, mime, auteur de BD,
romancier, performeur, maître du
tarot. Le cinéma (sept longs-métrages en quarante-cinq ans, dont
les mythiques El Topo, en 1970, et
La Montagne sacrée, en 1973) aura
fait de lui le pape de l’underground
psychédélique.
Certains, pour se débonder, écrivent Les Mémoires d’outre-tombe
ou A la recherche du temps perdu.
« Jodo », La Danse de la réalité,
adapté d’une biographie paru
en 2001. Il s’agit de sa propre histoire, ce qui contribue à rendre ce
film le plus émouvant de tous
ceux qu’il a commis. Pourtant, la
part du fantasme se révèle aussi
importante que celle du réel.
Tableaux hauts en couleur
L’histoire est celle d’un frêle garçonnet élevé à l’ombre d’un père
d’une virilité vociférante, bloc
communiste à lui seul, qui élève
son fils dans le culte de l’héroïsme
stalinien. Sara, la mère, est une
matrone qui se rêve cantatrice. Les
deux géants ont élu résidence
dans leur boutique de lingerie. Sur
cette base déjà spectaculaire, le
film avance par succession de tableaux hauts en couleur.
Quelques exemples : l’attaque
de leur commerce par une bande
d’estropiés christiques ; la séance
de masturbation des lycéens avec
phallus en bois ; le projet avorté du
père d’assassiner le président chilien, fasciste sauvé par sa ressemblance avec Staline…
Galerie de monstres, parades
douloureuses, abîmes de la subjectivité, grand cirque convulsé de
l’Histoire : Jodorowsky ne quitte ja-
mais la ligne de crête du cinéma visionnaire. L’homme multiplie Fellini par cent, et règle ses comptes
avec son père en le faisant interpréter par son propre fils. C’est
trop, bien sûr. Mais on le sent désireux d’un apaisement, d’une délivrance. Ils viennent à la fin du film,
jetant une lumière tendre sur le
sombre tumulte de sa création. p
jacques mandelbaum
La Danse de la réalité,
d’Alejandro Jodorowsky. Avec
Brontis Jodorowsky, Pamela
Flores (Chili, 2013, 130 min).
J E UD I 1 8 F É VR IE R
TF1
20.55 Section de recherches
Série créée par Steven Bawol
et Dominique Lancelot. Avec Xavier
Deluc, Chrystelle Labaude
(Fr., saison 10, ép. 5/13 ; S9, ép. 4
et 5/12 ; S7, ép. 11/16).
France 2
20.55 Envoyé spécial
Présenté par Guilaine Chenu
et Françoise Joly.
22.40 Un œil sur la planète
« Syrie : le grand aveuglement »
Présenté par Samah Soula.
France 3
20.55 Thor
Film fantastique de Kenneth
Branagh. Avec Chris Hemsworth,
Natalie Portman (Fr., 2011, 110 min).
23.25 Jérôme Cahuzac
Documentaire de Gérard Miller
et Anaïs Feuillette (Fr., 2014, 55 min).
Canal+
21.00 Homeland
Série créée par Gideon Raff et
Howard Gordon. Avec Claire Danes,
Mandy Patinkin (EU, S5, ép. 5 et 6/12).
22.35 The Affair
Série créée par Sarah Treem et Hagai
Levi. Avec Dominic West, Ruth Wilson
(EU, S1, ép. 3 et 4/10).
France 5
20.45 La Grande Librairie
Animé par François Busnel. Invités :
Kéthévane Davrichewy, Martin
Winckler.
22.15 Duels
« Guevara/Castro : faux semblables »
Documentaire d’Anne-Charlotte
Gourraud (Fr., 2015, 55 min).
Arte
20.55 Trepalium
Série créée par Antarès Bassis, Sophie
Hiet. Avec Léonie Simaga, Pierre
Deladonchamps (Fr., S1, ép. 4 à 6/6).
23.25 Eka & Natia
Drame de Nana Ekvtimishvili
et Simon Gross. Avec Lika Babluani
(Géorgie, 2013, 100 min).
M6
20.55 Once Upon a Time
Série créée par Edward Kitsis
et Adam Horowitz. Avec Jennifer
Morrison, Ginnifer Goodwin
(EU, S4, ép. 21 à 23/23).
23.30 Nouveau Look
pour une nouvelle vie
0123 est édité par la Société éditrice
HORIZONTALEMENT
1
2
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II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
SOLUTION DE LA GRILLE N° 16 - 040
HORIZONTALEMENT I. Conversation. II. Oléoduc. Orna. III. Men. Impact.
IV. Panetière. Lu. V. Agités. Enfer. VI. Ci. Eues. Tu. VII. TNT. Rouf. Tel.
VIII. Aéras. Soc. Dl. IX. Guis. Usurpée. X. Exécuterions.
VERTICALEMENT 1. Compactage. 2. Oléagineux. 3. Nenni. Trie. 4. VO. Eté.
Asc (sac). 5. Editeurs. 6. Ru. Iseo. Ut. 7. Scie. Susse. 8. Mre (mer). Four.
9. Topent. Cri. 10. Ira. Fût. Pô. 11. Oncle. Eden. 12. Naturelles.
I. A emporté Gambetta de Paris à
Beauvais. II. Bien disposer. Coup de
fer. III. Peuple du Nigeria. Semoule de
blé dur. Quel plaisir de rouler dessus.
IV. Suivi par les bons marcheurs.
Ferme et résolu. V. Quand le vieux
donne du goût. Met des conditions.
Allemande sur le Danube. VI. Ni su ni
connu. Défait à Appomattox. VII. Démonstratif. Pas toujours facile à gagner. Croix de Saint-Antoine. VIII. Clamées dans la fureur. Transmis aux
suivants. IX. Peut inir dans un fauteuil. Hirondelle de mer. X. De Wellington ou d’Auckland.
VERTICALEMENT
1. Fait moins envie que pitié. 2. Se
froisse facilement. 3. Fait du neuf. En
panne. Grande en Amérique. 4. Encadrent le témoin. Liquidez les stocks.
5. Remporter une victoire. Grande
page d’histoire. 6. Monstre de notre
enfance. Partie avec le premier venu.
7. Personnel. Peintre et poète
japonnais. 8. Risque de ne pas durer
longtemps. Au cœur de l’Etna. 9. Arturo sur les planches. Fait la lumière
d’aujourd’hui. 10. Assure la liaison.
Tendra la main. 11. Elu roi de France.
Dieu du feu monté sur un bélier.
12. Récupèrent le meilleur.
La reproduction de tout article est interdite
sans l’accord de l’administration. Commission
paritaire des publications et agences de presse
n° 0717 C 81975 ISSN 0395-2037
Au cœur de l’actualité
Hors-série
Novembre-décembre 2013
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Février-mars-avril 2016
8,50 €
la France
D’après
La presse étrangère débat
des valeurs d’un pays déboussolé
EmilE lorEaux
GRILLE N° 16 - 041
PAR PHILIPPE DUPUIS
du « Monde » SA
Durée de la société : 99 ans
à compter du 15 décembre 2000.
Capital social : 94.610.348,70 ¤.
Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
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de l’étranger : (33) 1-76-26-32-89 ;
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Courrier des lecteurs
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Le Monde sur microilms : 03-88-04-28-60
SUDOKU
N°16-041
Document exclusif :
la fabrique de terroristes
Enquête sur les dérives du système judiciaire français
En partenariat
avec
Présidente :
Corinne Mrejen
Un numéro
exceptionnel
PRINTED IN FRANCE
80, bd Auguste-Blanqui,
75707 PARIS CEDEX 13
Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26
L’Imprimerie, 79 rue de Roissy,
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Toulouse (Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)
styles | 21
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
NEW YORK | PRÊT-À-PORTER AUTOMNE-HIVER 2016-2017
Rodarte.
ANDRES KUDACKI/AP
Rag & Bone.
JP YIM/AFP
Coach.
FERNANDO
LEON/AFP
une certaine
idée de
l’amérique
SI LA FAMILLE
TENENBAUM
DE WES ANDERSON
ET LES JETSON
ORGANISAIENT UN DÎNER
DE THANKSGIVING, ILS
S’HABILLERAIENT CHEZ
OPENING CEREMONY
Les créateurs qui défilent
à New York œuvrent à exprimer
leur vision idéale du pays
MODE
new york
E
n panne d’invention
pure, la mode du
XXIe siècle oblige les designers à constituer autrement leur langage : ils compilent,
filtrent, retravaillent, avec le plus
de distance possible, les références esthétiques passées. Cet exercice de remix est calibré idéalement pour une nouvelle génération de consommateurs éternellement connectés à Pinterest ou à
Instagram, et donc très au fait des
références utilisées par leurs créateurs favoris.
La mode américaine est à l’aise
avec cette configuration : relativement jeune par rapport aux cultures créatives européennes, elle
partage, avec le cinéma, la musique, les arts visuels en général,
une imagerie universellement séduisante : celle de l’Amérique,
terre de toutes les promesses. Les
designers n’ont qu’à puiser dans
ce vivier pour s’attirer les faveurs
d’une clientèle mondiale.
Et la voie la plus directe n’est pas
la moins efficace : le décor de paquebot transatlantique du défilé
Tommy Hilfiger est éloquent. Les
manteaux et capes d’officiers navals, les galons or posés sur les
grands pantalons marine et les
rayures qui réveillent les vestes en
mouton retourné ne manquent
pas de charme. En revanche, les
robes à épaules bouffantes, portées avec des chaussettes dorées
volantées et une tiare en strass
évoquent davantage le vêtement
de poupée qu’un glamour transatlantique. Le message, en tout cas,
est clair : l’Amérique selon Hilfiger
est celle des films de Frank Capra.
Chez Coach, l’Amérique de
« Happy Days » est passée au filtre
du designer londonien Stuart Vevers. Le gang de filles qui occupent le podium associe style américain millésimé années 1950 avec
un goût du rock et du vintage très
anglais. Blouson de college américain couvert de patchs, minirobe
aux imprimés composites, manteau de cuir aux textures assouplies, motifs de cartoon futuriste,
bottines western en cuir Lurex,
besaces cloutées : le styliste invente un vestiaire cool et frais, habilement saturé de références attachantes et consensuelles.
C’est, d’ailleurs, une image saine
de l’Amérique qui domine les collections. Inspirée par le film d’Eric
Rohmer, L’Amour l’après-midi
(1972), Tory Burch imagine ainsi
le vestiaire d’une Américaine
aisée fascinée par la bourgeoisie
française. Jupe mi-longue en cuir,
tailleur-pantalon porté avec une
blouse à col cravate, robe en soie à
motifs équestres, pantalon façon
jogging et haut à losanges rebrodés, robe djellaba en soie Lurex
pour le soir : cet ensemble très années 1970 renvoie à une femme
cultivée qui se rêve en Delphine
Seyrig, laissant un sillage de rive
gauche dans un appartement au
décor pompidolien éclectique.
Rag & Bone parle d’une Amérique plus concrète : celle de la rue et
du sportswear, qui fascine le reste
du monde. Rien de révolution-
naire ici, juste de belles pièces :
grand pull asymétrique, longue
chemise de soie à carreaux, bottines vernies zippées à gros talons,
blouson en Nylon kaki et mouton
retourné, pantalon de motard en
cuir. L’Amérique cool et athlétique
est là, avec un sens de la démocratie vestimentaire ultra-efficace.
Jean Touitou a amené un peu
du easy chic à la française à New
York avec sa collection A.P.C., présentée ici pour marquer sa collaboration avec la marque de vêtements de sport Outdoor Voices,
le temps d’une ligne capsule. Si sa
mode ne parle pas directement
de l’Amérique, elle parle à l’Amé-
rique (où la première boutique
A.P.C. a ouvert en 1993). Les jupes
mi-longues, les blouses à col Mao
et manches arrondies, les robes
chemises en velours milleraies et
salopettes chinées portées avec
des bottes en cuir naturel sont
prêtes à séduire un public cool et
francophile qui n’aime pas se
faire remarquer.
Chez Opening Ceremony, l’humeur est plus underground. Si la
famille Tenenbaum, de Wes Anderson, et les Jetson organisaient
un dîner de Thanksgiving, ils s’habilleraient sans doute comme
cela. Ce mélange vintage années
1970, rétro futuriste et décalé, est
la drogue vestimentaire favorite
d’une Amérique intello branchée
arty. Les parkas ceinturées serrées
sur des cuissardes extra-montantes, les jacquards à motifs panthère op art ou paysage, les ensembles pyjamas en brocart de
velours argent ou les mailles zippées habillent des femmes excen-
triques, mais socialement intégrées.
Fils spirituel « fashion » de John
Waters, Jeremy Scott cultive un
goût pour le kitsch populaire et
l’esthétique Barbie. Bienvenue
dans un monde trash et coloré.
Microjupe en cuir Lurex portée
avec des bottes de cow-boy en
plastique, robes chemises à motifs guitare, micropull en mohair,
jean à poches PVC fluo : toute la
panoplie d’un mauvais goût assumé est là. Car, dans ce pays, les
contre-cultures peuvent aussi
s’exprimer en liberté.
Celle de Rodarte est plus raffinée, proche de la haute couture.
Coauteures de ce label californien,
les sœurs Mulleavy sont obsédées
par les matières et les textures et
possèdent une culture kaléidoscopique. Avec leurs longues robes incrustées de dentelles, de cuir, de
paillettes, leurs souliers volantés à
talons mi-pic à glace mi-bijou, les
marqueteries de fourrure, maille
et soie aux broderies savantes, les
grappes de fleurs naturelles et métalliques, les mannequins aux
bouches d’un rouge presque noir,
elles imaginent un monde entre
conte gothique et production délicate du Songe d’une nuit d’été.
Cette vision unique dans la mode
états-unienne est celle d’une
Amérique onirique et cinématographique : Kate et Laura Mulleavy viennent de réaliser un
long-métrage, Woodshock. Et puis,
ici, comme ailleurs, ce qui compte
c’est de stimuler l’imagination. p
carine bizet
Les dessous de la technologie textile au Metropolitan Museum
on s’interroge beaucoup sur la façon
dont la technologie numérique bouleverse
la mode, mais assez peu sur les rapports du
vêtement lui-même avec ces nouvelles
technologies. Dans ce domaine, une forme
d’évidence semble s’être imposée : le travail
manuel, celui des ateliers qui maîtrisent les
meilleurs savoir-faire, est supérieur à
l’œuvre des machines.
C’est à cette dichotomie acceptée que s’intéresse la nouvelle exposition mode du Metropolitan Museum of Art, présentée lundi
15 février à la presse, à l’occasion de la
Fashion Week de New York. Plus de cent tenues, de 1800 à 2015, sont rassemblées pour
cette exposition. Ici, le prêt-à-porter
d’avant-garde (Iris Van Herpen, Hussein
Chalayan, Alexander McQueen) est confronté à la haute couture dite classique (Yves
Saint Laurent, Chanel, Christian Dior), afin
de montrer combien cette opposition est
bien moins manichéenne qu’il n’y paraît.
Fibre de verre et pigments d’or
Si la naissance de la haute couture au
XIXe siècle s’est faite main dans la main
avec l’arrivée de la machine à coudre, c’est
l’industrialisation et la standardisation du
prêt-à-porter qui a scellé ce divorce. Mais
l’inventivité de certains couturiers et créateurs les a vite poussés à utiliser des technologies singulières et avant-gardistes (impression 3D, lumières LED, lasers…).
De la robe sculpture d’Hussein Chalayan
en fibre de verre et pigments d’or à la robe à
traîne Chanel dont les broderies ont été
réalisées dans les ateliers Lesage, mais avec
des cristaux de verre et de la gélatine dorée,
sur fond de tissu de plongée blanc, les pistes sont brouillées et le spectacle attise la
curiosité. Cette exposition est aussi l’occasion de souligner qu’il est vain d’ériger des
barrières et d’établir des hiérarchies entre
les techniques ou les registres de travail au
sens large. p c. bi.
Manus × Machina :
Fashion in an Age of Technology,
du 5 mai au 14 août au Costume Institute
du Metropolitan Museum of Art
de New York. Metmuseum.org.
22 | 0123
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
EUROPE | CHRONIQUE
par ar naud l e par m e nt ie r
EDF : LA FIN
D’UNE ÉPOQUE
Sauver les dahus
européens
P
eut-être un jour comparera-t-on le destin de
l’Europe à celui des dahus de notre enfance.
Oui, ces créatures de légende, qui
avaient les pattes plus courtes
d’un côté pour pouvoir se tenir à
flanc de coteau. Las, les dahus disparurent parce que, les femelles
ayant les pattes plus courtes à
droite et les mâles à gauche, ils furent séparés par les montagnes et
ne se rencontrèrent jamais plus.
L’Europe, c’est pareil : elle ressemble à un troupeau de dahus. De
beaux animaux dont une des jambes est trop courte et dont les rabat-joie prédisent la disparition.
Comme le résume le secrétaire
d’Etat chargé des affaires européennes, Harlem Désir, « l’Europe
est lacunaire, inachevée ». « On a
fait une union monétaire sans gouvernement économique ; un marché intérieur sans harmonisation
fiscale et sociale ; un espace de libre
circulation [Schengen] sans contrôle des frontières extérieures. »
Ajoutons que l’Europe est une
puissance mondiale sans armée.
Voici une Europe qu’il faut s’efforcer de compléter pour la sauver.
On peut bien sûr se complaire
dans la déliquescence européo-parisienne au risque de se retrouver
tel Michel Simon dans Drôle de
drame, de Marcel Carné : « A force
d’écrire des choses horribles, elles finissent par arriver. » Prédire la fin
de l’euro, l’enterrement de Schengen, l’arrivée au pouvoir des populistes. Et l’on fait quoi ensuite ? On
se retire sur le Larzac avec José
Bové ou on émigre aux Etats-Unis
pour y trouver d’autres populistes ? Rétablir les frontières nationales de sorte à empêcher les terroristes d’entrer, c’est recréer le
mythe de la ligne Maginot ; sortir
de l’euro, c’est reprendre le cycle
des dévaluations compétitives et,
à terme, la destruction du marché
unique. Même le Front national
s’en est aperçu.
Plaine prospère
Il faut donc réagir. En bon darwiniste, examinons préalablement
pourquoi les « dahus européens »
ont pu prospérer. Tout simplement parce que l’environnement
de l’époque leur était favorable : un
espace de paix et de quiétude, protégé par la guerre froide et qui
semblait éternel après la chute du
mur de Berlin. L’euro sans gouvernement économique ? Il aurait pu
fonctionner si les gouvernements
européens s’étaient comportés en
bons pères de famille. Le marché
intérieur sans harmonisation fiscale ni sociale ? Il devait forcer les
Etats à maigrir grâce à une saine
concurrence. Mais c’était avant
l’élargissement de 2004 aux pays
de l’Est, qui a introduit une concurrence salariale socialement difficile à gérer. Et c’était avant la dématérialisation de la production,
qui a permis aux multinationales
de faire évaporer leurs profits au
Luxembourg ou en Irlande.
Schengen sans police fédérale ni
politique d’immigration : tout
roulait tant que les migrants ne
frappaient pas à notre porte par
centaines de milliers. Enfin, l’Europe n’avait pas besoin de défense
tant que Washington s’en char-
PRÉDIRE LA FIN
DE L’EURO
ET DE SCHENGEN,
L’ARRIVÉE
AU POUVOIR
DES POPULISTES.
ET L’ON FAIT
QUOI ENSUITE ?
IL FAUT SE
DÉBARRASSER
D’UN MYTHE :
CELUI D’UNE
EUROPE ACHEVÉE
geait. C’était avant que les Américains ne mettent l’Irak à feu et à
sang et ne désertent l’Europe pour
mieux pivoter sur le Pacifique.
Tout cela ne disqualifie par l’Europe. Simplement, elle a été construite comme une plaine prospère, sans défense, sans prévoir
qu’elle aurait à subir d’immenses
chocs externes : la mondialisation
dangereuse, l’immigration, la
guerre. Pour la sauver, il faut la
réarmer, la protéger sans la transformer en forteresse.
« Paradoxe de Zenon »
Commençons par l’euro. D’immenses progrès ont été accomplis,
avec les mécanismes de solidarité,
le contrôle budgétaire et l’union
bancaire. Il faut continuer avec un
budget fédéral et un parlement de
la zone euro. Le marché unique
doit être relancé, mais il est incompréhensible que l’on tergiverse depuis trois décennies sur
l’harmonisation de l’impôt sur les
sociétés et du socle social de base.
Sur Schengen, la recette est connue, avec des quotas d’immigration et une police fédérale des
frontières. Ceux qui le refusent
sont invités à prendre congé de
Schengen. Enfin, sur la défense, il
faut réinvestir. Même les Allemands ont commencé à le faire.
Le programme de travail est
clair. Pourtant perdure le sentiment que rien n’avance et que
l’Europe n’est jamais au bout du
chemin. D’abord, l’Union européenne est une construction de
droit, lente et laborieuse, fondée
sur la force du consensus. Rien à
voir avec un Etat national forgé
par le fer et le sang cher à Bismarck. Il est vrai qu’elle n’a plus le
temps, soumise à des chocs de
plus en plus fréquents et lancée
dans une course de vitesse avec les
populistes qui veulent la détruire.
Résultat, elle n’avance que par àcoups, dans l’urgence lorsque la
crise devient existentielle, comme
on le voit pour l’euro et Schengen.
S’y ajoute ce que l’économiste
Jean Pisani-Ferry appelle le « paradoxe de Zenon ». L’Europe avance,
sans cesse, mais il lui reste, sans
cesse, la moitié du chemin à accomplir. On croyait l’union bancaire achevée, et l’on découvre
qu’il faut mettre en place un fonds
fédéral européen pour stopper les
faillites bancaires et imaginer un
système pour ratiboiser des dettes
devenues impossibles à rembourser. On croyait le marché intérieur
créé en 1957 et achevé en 1992 par
Jacques Delors. Tout est à reprendre dans une économie désormais
fondée sur les services et l’émergence du numérique. Enfin, l’Europe espère endiguer dans l’année
le flot de migrants venus de Syrie.
Ce n’est rien à côté de ce qui nous
attend, avec une Afrique dont la
population sera deux fois celle de
la Chine en 2050.
Il faut se débarrasser d’un mythe, celui d’une Europe achevée,
dont la finalité serait atteinte. L’erreur la plus cocasse fut celle de Valéry Giscard d’Estaing qui assurait
que la Constitution européenne
qu’il avait rédigée était là pour durer cinquante ans. Au fond, ce n’est
pas que l’Europe n’avance pas,
c’est que sa cible sans cesse bouge
et s’éloigne. Elle s’appelle l’Histoire. p
leparmentier@lemonde.fr
Tirage du Monde daté mercredi 17 février : 242 609 exemplaires
E
lle est bien révolue, l’époque où EDF
et son armée d’ingénieurs du nucléaire, véritable Etat dans l’Etat,
dictaient aux gouvernements la politique
énergétique de la France. Affaibli par la
concurrence des autres fournisseurs, les
surcapacités de production et l’effondrement des prix de l’électricité sur le marché
européen, tombés à des niveaux inférieurs à ses coûts de production, l’ex-monopole n’a désormais plus le choix : s’il
veut éviter de se déliter progressivement
et devenir un acteur de seconde zone du
monde de l’énergie, il lui faut se réformer
en profondeur.
L’entreprise n’est pas aux abois. Elle a annoncé, mardi 16 février, un bénéfice net de
1,2 milliard d’euros en 2015 et un résultat
d’exploitation de 17,6 milliards, qui devrait
se maintenir au même niveau cette année.
Malgré les déboires et les ratés de la filière
française ces dernières années, qui a
perdu de grands contrats à l’exportation
en raison de ses divisions, EDF reste une
« marque » prestigieuse dans le secteur de
l’atome civil : depuis quarante ans, l’électricien français a su exploiter le plus grand
parc de centrales du monde sans accidents
majeurs, comme ceux de Three Mile Island (Etats-Unis), Tchernobyl (Ukraine) ou
Fukushima (Japon). Et son expertise est réclamée par de nombreux pays désirant se
lancer dans l’énergie nucléaire.
Mais ce colosse, qui traîne le boulet
d’une dette de 37,4 milliards d’euros, se
trouve moins au bord d’un gouffre financier que devant un mur d’investissements.
Il se chiffre en dizaines de milliards
d’euros pour les quinze prochaines années : 100 milliards pour moderniser et sécuriser les 58 réacteurs français, selon la
Cour des comptes ; 16 milliards pour relancer immédiatement le nucléaire britannique, une « précipitation » très contestée en
interne ; au moins 5 milliards pour déployer le compteur « intelligent » Linky ;
plus de 1 milliard pour acquérir l’activité
réacteurs d’Areva ; des sommes importantes pour doubler ses capacités dans l’éolien et le solaire…
EDF ne pourra franchir ce mur sans
l’aide de trois acteurs. Des investisseurs
français et étrangers d’abord. Tôt ou tard,
des industriels chinois, des fonds de pension américains ou des fonds souverains
moyen-orientaux entreront dans le capital des centrales d’EDF – perspective inimaginable quand le programme électronucléaire des années 1970-1990 était
100 % français.
L’Etat actionnaire, si piètre stratège, va
également devoir changer d’attitude. Il
s’est trop longtemps payé sur la bête, au
point qu’EDF devait s’endetter pour lui
verser un dividende de 2 milliards par an,
le plus conséquent de toutes les sociétés
publiques. Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a compris l’absurdité de
la situation et a décidé qu’il se ferait payer
en actions, laissant ainsi 1,8 milliard dans
les caisses du groupe.
Mais ce sont finalement les consommateurs eux-mêmes qui devront faire le plus
gros de l’effort. Les tarifs de l’électricité ont
baissé dans les années 1990-2000 et ne
sont repartis à la hausse que depuis quelques années. C’est le prix à payer pour prolonger les centrales et maintenir l’avantage compétitif de la France, où les particuliers payent leur courant 30 % moins
cher que leurs voisins. Et ce sera aux gouvernements, actuel et futurs, d’avoir le
courage politique de donner à EDF, à travers les tarifs réglementés, les moyens de
son développement. Et de sa survie. p
Un an après « Charlie » et huit semaines après les attaques de Paris, Le Monde
et France info reviennent sur ces événements qui ont ensanglanté la France.
Ce nouveau hors-série a pour ambition d’expliquer le djihadisme, ce phénomène
qui frappe, de Paris à Los Angeles, de Lagos à Bruxelles, d’Ankara à Tunis.
Ben Laden et Al-Qaida avaient déclaré la guerre au monde entier en théorisant
le djihad global. L’organisation « Etat » islamique va plus loin, avec l’idée de califat,
machine de guerre contre le monde musulman mais aussi sanctuaire en Irak
et en Syrie pour exporter le terrorisme à travers la planète.
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Marc Trévidic, Jean-Pierre Filiu, Olivier Roy, Marcel Gauchet ; les éclairages
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françaises s’inquiètent des taux bas
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▶ Les banques ont misé
▶ L’année 2016 s’annonce
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sements bancaires ont
présenté des résultats 2015
en progression. Crédit
agricole a vu son bénéfice
augmenter de 23 %
sur la conquête de
nouveaux clients et sur
des plans de réduction des
coûts, avec notamment
des fermetures d’agences
plus compliquée, du fait
notamment de la
persistance des taux bas,
voulue par la Banque
centrale européenne
également que Bruxelles
leur impose de nouvelles
réglementations,
plus contraignantes
→ LIR E
PAGE 3
Vers un plafonnement des indemnités aux prud’hommes
▶ Une disposition
de l’avant-projet
de loi porté par
la ministre de
l’emploi, Myriam
El Khomri, limite
à quinze mois
de salaire
le montant de
l’indemnisation
▶ Si le patronat y
voit une mesure
pouvant « lever
la peur d’embaucher », les syndicats dénoncent
un recul
préjudiciable
aux salariés
→ LIR E
Matteo Renzi
orchestre son
« risorgimento »
L
e 17 février 2014, Giorgio Napolitano, le président de la
République
italienne
(2006-2015), convoquait Matteo
Renzi, le leader du Parti démocrate (centre gauche), pour lui demander de former un gouvernement. Le nouveau président du
Conseil formulait alors une promesse : moderniser le pays à marche forcée, afin d’enrayer son déclin économique et politique.
Deux ans plus tard, il a réussi à réformer la Constitution, la loi électorale, la justice, le secteur bancaire et le marché du travail…
« Après vingt années de paralysie
et d’engagements politiques non
tenus, c’est une petite révolution »,
juge Francesco Giavazzi, économiste à l’université Bocconi, à Milan. « M. Renzi enchaîne les lois à
un rythme qui ne laisse pas le
temps à ses opposants de construire une contre-proposition »,
ajoute Sergio Fabbrini, professeur
de sciences politiques à Rome.
Parfois surnommé « il Rottamatore » (« le démolisseur »), en référence à sa volonté de se débarrasser de la vieille classe politique italienne, le chef du gouvernement
bouscule les codes.
Certains Italiens s’agacent de
son activisme, mais beaucoup
voient en lui la dernière chance
offerte à l’Italie de sortir du marasme. Une mutation s’opère en
dépit des nombreux handicaps de
la Péninsule. p
→ LIR E PAGE 2
0,7 %
PAGE 5
Médailles portées
par les conseillers
prud’homaux lors
des audiences et
des cérémonies
publiques.
LA PROGRESSION DU
PRODUIT INTÉRIEUR BRUT
DE L’ITALIE EN 2015
G.BASSIGNAC/FEDEPHOTO
ÉNERGIE
EDF : LES LOURDES
HYPOTHÈQUES
DE L’EPR
D’HINKLEY POINT
→ LIR E
PAGE 4
CONJONCTURE
LES FAILLITES
D’ENTREPRISES
POURSUIVENT
LEUR REFLUX
→ LIR E
PAGE 4
j CAC 40 | 4 129 PTS + 0,45 %
j DOW JONES | 16 196 PTS + 1,39 %
J EURO-DOLLAR | 1,1163
J PÉTROLE | 31,99 $ LE BARIL
J TAUX FRANÇAIS À 10 ANS | 0,62 %
VALEURS AU 17/02 - 9 H 30
PERTES & PROFITS | TELECOM ITALIA
Convergence d’intérêts
O
n connaissait la barre des 4 000
points, celle que le CAC 40 passe régulièrement dans les deux sens,
celle des 10 millions d’abonnés mobiles, franchie allègrement par Free en 2015,
voici celle du… zéro. L’inventeur du concept est
Marco Patuano, le patron de l’opérateur transalpin de téléphonie Telecom Italia. L’événement
s’est produit au quatrième trimestre 2015, et
l’entreprise « l’attendait depuis plusieurs années ». M. Patuano voulait dire que la société
avait enfin renoué avec la croissance.
Ce passage du « cap zéro » était l’une des rares
bonnes nouvelles dans sa besace. Car, pour le
reste, résultats et ventes plongent. Optimiste,
M. Patuano a mis en avant une reprise des investissements qui grèvera un peu plus l’endettement du groupe.
Le grand vent de la consolidation
Et, comme si cela ne suffisait pas, Telecom Italia
a dû accueillir, lundi 15 février, de nouveaux administrateurs dont il se serait bien passé. Le
français Vincent Bolloré débarque en force dans
son conseil, plaçant les deux patrons de Vivendi
– Arnaud de Puyfontaine et Stéphane Roussel –
au très stratégique comité de nomination et de
rémunération, et Félicité Herzog au comité de
contrôle des risques. Il n’y a désormais plus de
doutes sur la motivation du raider français d’influer sur la stratégie de l’opérateur italien dont il
détient 20 % des droits de vote. Le grand vent de
la consolidation des télécommunications s’est
donc levé sur l’Europe. En Italie, le hongkongais
Cahier du « Monde » No 22112 daté Jeudi 18 février 2016 - Ne peut être vendu séparément
HORS-SÉRIE
UNe vie, UNe ŒUvRe
Hutchison est en cours de fusion de sa filiale
« 3 » avec Wind pour former le premier opérateur mobile du pays. Le même Hutchison, après
avoir fait ses emplettes en Autriche et en Irlande, tente la grande fusion au Royaume-Uni
avec son concurrent O2. Aux Pays Bas, Vodafone se marie avec le câblo-opérateur Liberty
Global. Reste la France, toujours dans l’attente
d’une éventuelle union entre Bouygues Telecom et Orange.
Partout, le moteur est la convergence entre
les services de téléphonie fixe et mobile. Les offres couplées (Internet, télévision, fixe, mobile)
fidélisent les clients et assurent de meilleures
marges. C’est la raison de l’activisme de Hutchison, pur acteur mobile en voie de marginalisation dans tous les marchés où il est présent. Et
c’est pourquoi son équivalent en France, Bouygues Telecom, cherche une porte de sortie.
C’est enfin pourquoi le géant britannique Vodafone se rapproche à grands pas de Liberty Global. C’est aussi la faiblesse de Telecom Italia.
Sur cette bataille de la « convergence épisode 1 », la France est en pointe et les couteaux
sont sortis. Orange fera le ménage dans l’Hexagone, SFR pourrait viser le néerlandais KPN en
mauvaise posture et Free joue sa carte en Italie.
Quand à Vincent Bolloré, il se prépare pour
l’épisode 2, la convergence entre les médias et
les télécoms, avec l’idée de multiplier les platesformes de distribution de ses contenus à
l’étranger. Et, dans ce feuilleton, on connaît déjà
le nom des vainqueurs et des victimes. p
philippe escande
François
Mitterrand
Le pouvoir
et la séduction
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0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Depuis deux ans,
le président du conseil,
Matteo Renzi, a engagé
tambour battant
la modernisation
de son pays, réformant
la Constitution,
la loi électorale et
le marché du travail.
Une mutation s’opère
en dépit des handicaps
de la Péninsule
Le premier ministre Matteo Renzi, à Buenos Aires, lundi 15 février. MARCOS BRINDICCI/AFP
Le fragile
« risorgimento »
de l’Italie
REPORTAGE
belavicqua, milan, rome - envoyée spéciale
C
haque fois qu’il entre dans son
usine, Alessandro Riello s’arrête devant l’immense portrait
sépia de son arrière-grandpère, Ettore, dressé devant les lignes de production. « Tout a
commencé avec lui, dans les années 1920, explique ce quinquagénaire affable, en saluant
au passage deux ouvriers. Depuis, nous avons
mis un point d’honneur à conserver notre production en Italie. »
Aermec, sa société, est le plus gros fabricant
transalpin indépendant de climatiseurs. Son
siège est installé à Bevilacqua, au cœur de la
Vénétie, là où les champs de kiwis et les rizières de la plaine du Pô disputent la terre aux
PME typiques du tissu industriel du nord de la
Péninsule. Comme beaucoup d’entreprises
du pays, Aermec et ses 600 salariés ont pris de
plein fouet la crise de 2008. « Un désastre :
nous avons tenu bon, mais beaucoup de nos
partenaires ont été rachetés par des groupes
asiatiques », se désole M. Riello.
Au bout de l’entrepôt, il désigne avec fierté le
ventilo-convecteur géant qui équipera bientôt une tour de bureaux londoniens. Et, juste
derrière, la nouvelle chambre de tests qu’il
vient d’inaugurer. Aermec a recommencé à
investir. En 2015, les ventes de la société sur le
marché italien, atones depuis dix ans, ont rebondi de plus de 10 %. « Depuis quelques mois,
nos clients reprennent confiance en l’avenir, et
nous aussi », se réjouit-il. Avant de conclure :
« Tout ça, c’est grâce à M. Renzi. »
Le 17 février 2014, le président de la République, Giorgio Napolitano (2006-2015), convoquait Matteo Renzi, le leader du Parti démocrate (centre gauche), pour lui demander de
former un nouveau gouvernement. A 39 ans,
l’ancien maire de Florence prit alors la présidence du conseil. Avec une promesse : moderniser la Péninsule tambour battant, afin d’enrayer son déclin économique et politique.
Deux ans plus tard, il a réussi à réformer la
Constitution, la loi électorale, la justice, le secteur bancaire et le marché du travail…
« Après vingt années de paralysie et d’engagements politiques non tenus, c’est une petite révolution », juge Francesco Giavazzi, économiste à l’université Bocconi, de Milan.
« M. Renzi enchaîne les lois à un rythme qui ne
laisse pas le temps à ses opposants de construire une contre-proposition », ajoute Sergio
Fabbrini, professeur de sciences politiques à
Rome. Parfois surnommé « il Rottamatore » –
« le démolisseur » –, en référence à sa volonté
de se débarrasser de la vieille classe politique
italienne, le chef du gouvernement bouscule
les codes. Certains Italiens s’agacent de son
activisme, parfois teinté de démagogie. Mais
beaucoup voient en lui la dernière chance offerte à leur pays de sortir du marasme.
De fait, aujourd’hui, l’Italie va mieux. Un
peu. Après deux décennies de stagnation et
trois ans de récession, le pays a renoué avec la
croissance en 2015, avec une progression de
0,7 % de son produit intérieur brut (PIB). « La
reprise est là, mais elle est poussive et fragile »,
résume Luca Paolazzi, chef économiste de la
Confindustria, l’équivalent transalpin du Medef français. En outre, ce dynamisme retrouvé
est bien plus fort au nord du pays, très industriel, qu’au sud, structurellement plus pauvre.
« Il est encore trop tôt pour que les mesures
de M. Renzi fassent pleinement effet sur la
croissance », ajoute M. Paolazzi. Mais elles
profitent déjà à de nombreuses entreprises.
Et modifient sensiblement certains pans de
l’économie.
UN « CONTRAT RENZI »
A commencer par le marché du travail. « Jusqu’ici, il était très “divisé” entre les contrats
à durée indéterminée [CDI] ultraprotégés et
qui décourageaient les embauches car quasiment impossibles à rompre, et les contrats ultraprécaires auxquels les jeunes étaient cantonnés », résume Raffaella Cagliano, professeure à l’école de management de Polytechnique de Milan. Le « Jobs Act », instauré
depuis le printemps 2015, a créé un nouveau
contrat unique, à durée indéterminée, désormais réservé aux nouvelles embauches.
Plus facile à rompre que l’ancien CDI, accompagné de baisses de charges, il est aussi plus
protecteur qu’un CDD classique et offre sur-
« L’ÉNERGIE DE
MATTEO RENZI
A EU L’EFFET
D’UN ÉLECTROCHOC »
EUGENIO PUGLIESE
chef d’entreprise à Milan
tout des droits au chômage qui croissent avec
l’ancienneté.
Le bilan ? « Pour moi, il est très bon : je suis
enfin sorti du cercle infernal des contrats
courts », se réjouit Valerio Mondavio, 26 ans,
qui habite près de Rome. Après cinq années
passées à enchaîner les places d’intérimaires
et les CDD d’ouvrier qualifié, ce jeune
homme au look branché s’est vu offrir, en
août 2015, un « contrat Renzi » au sein du
groupe pharmaceutique américain Johnson
& Johnson. Il est aussitôt allé voir sa banque
afin de solliciter un prêt immobilier. « Avant,
elle ne jetait même pas un œil à mon dossier :
trop précaire, raconte-t-il. Désormais, je vais
pouvoir fonder une famille. »
Les entreprises apprécient aussi ce nouveau contrat. Sicamb, une PME de 400 salariés installée à Latina, près de la capitale italienne, et qui œuvre dans le secteur de l’aéronautique, en a signé trente en quelques semaines. Sur ce total, vingt correspondent à
d’anciens CDD qui ont ainsi été « reconvertis » ; les dix autres correspondent à de nouveaux postes. « Nous ne les aurions jamais
créés sans le “Jobs Act” », affirme Giorgio
Klinger, le directeur général de l’entreprise.
De fait, les économistes estiment que cette
réforme a contribué à la baisse du chômage,
passé de 12,4 % à 11,4 % de la population active entre décembre 2014 et décembre 2015.
Une analyse que partagent fort peu les syndicats, dont M. Renzi outrepasse régulièrement l’avis. « Changer les règles du marché du
travail ne crée pas des emplois ; seule la croissance le peut », juge Annamaria Furlan, secrétaire générale de la Confederazione italiana
sindacati lavoratori (CISL), le deuxième syndicat du pays, d’inspiration catholique. « Le
“Jobs Act” est inutile contre le travail au noir,
qui fait des ravages dans nos campagnes »,
dénonce pour sa part Susanna Camusso, à la
tête de la Confederazione generale italiana
del lavoro (CGIL), la CGT italienne.
Reste que les réformes de M. Renzi ont un
autre effet bien concret : elles contribuent au
retour de la confiance. Lassés des frasques de
Silvio Berlusconi – le président de Forza Italia
fut président du conseil de juin 2001 à
mai 2006 puis de mai 2008 à novembre 2011
– et des scandales médiatiques à répétition,
les Italiens n’attendaient plus grand-chose
de leur classe politique. Avec « il Rottamatore », l’espoir du changement est de nouveau permis.
D’autant que M. Renzi s’est mis en tête de
mettre un terme à l’instabilité gouvernementale qui paralyse le pays. Dès son arrivée, il a
réformé la Constitution et la loi électorale. Un
changement majeur, que ses concitoyens devront valider lors d’un référendum qui doit se
tenir à l’automne. « C’est un peu comme lorsque la France est passée de la quatrième à la
cinquième République », explique M. Fabbrini.
Désormais, détaille-t-il, la majorité au pouvoir
sera vraiment en mesure de gouverner, dans
la stabilité.
Stabilité : voilà un mot qui plaît aux investisseurs. Dans leur cabinet cossu du centre de
Milan, les associés de Gattai, Minoli, Agostinelli & Partners, spécialistes des fusions-acquisitions, se frottent les mains. Depuis un an,
des entreprises et des financiers internationaux se bousculent à leur porte. « Auparavant,
beaucoup considéraient l’Italie comme un
pays figé à éviter, expliquent-ils. Désormais, ils
y voient des opportunités. »
Le géant américain General Electric (GE)
vient ainsi d’annoncer qu’il allait investir en
Toscane plus de 500 millions d’euros sur cinq
ans dans un projet de recherche et de développement.
LA SOLIDITÉ DES BANQUES MISE EN DOUTE
Un vent nouveau souffle aussi parmi les créateurs d’entreprises, désireux de mettre en
avant le savoir-faire traditionnel. Eugenio Pugliese, 28 ans, vient de lancer Quattrocento,
une marque de lunettes, en travaillant avec
des artisans locaux. « L’énergie de M. Renzi a eu
l’effet d’un électrochoc pour ma génération,
dit-il. Il nous a rappelé que malgré les difficultés il est possible d’agir dans ce pays. »
Cet optimisme durera-t-il ? Les handicaps de
la Péninsule – la natalité déclinante, le fossé
entre le Nord et le Sud, la dette publique colossale (134 % du PIB) – seront difficiles à lever. De
plus, l’issue de certaines réformes, notamment celle visant à rendre l’administration
publique plus efficace, est incertaine. « Les résistances locales sont puissantes, l’application
des réformes sur le terrain a toujours été délicate dans notre pays », résume Franco Bassanini, ministre de la réforme de l’Etat entre
1996 et 2001.
Reste, surtout, la question des banques italiennes. Trop nombreuses, trop petites, elles
sont plombées par un important montant
de créances douteuses (200 milliards
d’euros). Leur solidité a été récemment violemment mise en doute par les marchés. « Si
elle dure, cette tempête financière pourrait
mettre la reprise en péril », redoute M. Paolazzi, de Confindustria. Pour solidifier le secteur, le gouvernement a lancé une réforme
des établissements populaires et coopératifs, visant à accélérer leur fusion et leur restructuration. Une consolidation vitale, jugent les économistes. Mais qui pourrait
prendre plusieurs mois – voire des années.
Rome ne s’est pas faite en un jour… p
marie charrel
économie & entreprise | 3
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
En forme, les banques
françaises craignent 2016
Une chute en Bourse décorrélée des performances économiques
RÉSULTATS 2015, EN MILLIARDS D’EUROS
CHIFFRE D’AFFAIRES
RÉSULTAT NET
et évolution par rapport à 2014
et évolution par rapport à 2014
54,85
6,7
Les bons résultats enregistrés l’an dernier
ne suffisent pas à rassurer les marchés
42,9
+ 9,6 %
COURS DE L’ACTION en euros
40,46
+ 4 168 %*
BNP
PARIBAS
– 26 %
1ER JUIN 2015
16 FÉVR. 2016
Action CASA
13,51
C
ontrairement à l’image
donnée par la dégringolade boursière de ces
dernières
semaines,
2015 n’a pas été un millésime catastrophique pour les banques
françaises. Ce sont les années à
venir qui sont plus incertaines.
Mercredi 17 février, le groupe
Crédit agricole a publié un bénéfice net de 6 milliards d’euros, en
hausse de 22,7 % pour l’année
2015. Des résultats parmi « les
meilleurs historiques », mais « exceptionnellement
normaux,
comme ceux que le Crédit agricole
savait fabriquer avant la crise,
grâce à ses nombreux clients, sa
densité commerciale et relationnelle », a modéré Philippe Brassac, le directeur général de CASA,
l’entité cotée du groupe.
Une semaine auparavant,
l’autre grande banque mutualiste
française avait également dépassé les attentes. BPCE, qui regroupe les banques populaires,
les caisses d’épargne et des filiales
comme la banque de financement et d’investissement Natixis,
a publié, mercredi 10 février, un
résultat net en hausse de 11,6 %, à
3,2 milliards d’euros pour 2015.
De même, si la Société générale
a vu son action plonger de 12 % en
Bourse, jeudi 11 février, après
avoir prévenu qu’elle pourrait ne
pas atteindre son objectif de rentabilité en 2016, son résultat net a
augmenté de presque 50 %
en 2015, pour atteindre 4 milliards d’euros, grâce à « une bonne
dynamique commerciale notamment en France ». Quant à BNP Paribas, elle a tourné la page de son
amende américaine, avec un bénéfice net de 6,7 milliards d’euros
en 2015.
Des résultats honorables si l’on
souligne que l’activité des banques reflète la santé de l’économie : lorsque la croissance et la
consommation sont faibles, les
ménages et les entreprises empruntent moins. Par ailleurs, la
baisse prolongée des taux d’intérêt, due à la politique monétaire
de la Banque centrale européenne (BCE), pèse sur la marge
que réalisent les banques grâce à
leur activité de crédit. Les nouveaux prêts sont accordés à des
taux plus bas, et les prêts existants sont renégociés.
Faire du volume
Ainsi, la banque de détail en
France de BNP Paribas a vu ses revenus d’intérêt, c’est-à-dire ceux
tirés de son activité de prêt, reculer de 3,8 % en 2015, « compte tenu
de l’impact des taux bas persistants [diminution de la marge sur
les dépôts, ainsi que sur les crédits renégociés ou remboursés
par anticipation] ». Chez BPCE, le
président du directoire, François
Pérol, a mis en garde : « Nous
nous attendons à des pressions
fortes sur les revenus de la banque
commerciale, qui se manifesteront en 2016 et en 2017. »
Face à la baisse structurelle des
revenus que dégage l’activité de
prêt, cœur de leur métier, les banques ont opté pour différentes solutions. D’abord, faire du volume.
« En deux ans,
la moitié du
crédit habitat
a soit changé
de mains, soit été
renégociée »
OLIVIER LENDREVIE
directeur financier de la BRED
La BRED, plus grosse des banques
populaires de BPCE, a calculé qu’à
volume constant sa marge nette
d’intérêts aurait reculé de 34 millions d’euros en 2015 avec l’effet
de baisse des taux. Mais, « grâce à
l’effet de volume, cette marge a
progressé de 13 millions d’euros
l’an dernier », se félicite Olivier
Klein, directeur général de la
BRED.
Autre banque populaire, moins
connue, la Casden, jusque-là réservée aux fonctionnaires de
l’éducation, de la culture et de la
recherche, est partie à la conquête du reste de la fonction publique.
Pour conquérir ou garder leurs
clients, les banques ont également joué sur des taux de crédits
immobiliers attractifs. « En deux
ans, sur la totalité du marché, la
moitié du crédit habitat a soit
changé de mains, soit été renégociée », estime Olivier Lendrevie,
directeur financier de la BRED. Si
bien que « le secteur des particuliers est un peu saturé », souligne
Alain Laurin, directeur associé
chez Moody’s. Ceux qui avaient
un emprunt l’ont déjà renégocié,
et ceux qui ne s’étaient jamais endettés ont profité des opportunités permises par les taux bas.
« Vue la forte activité de l’année
dernière, je doute qu’il y ait une
croissance similaire cette année »,
poursuit M. Laurin.
Deuxième axe, réduire les
coûts, grâce à l’optimisation des
réseaux et aux gains de productivité permis par le numérique. La
Société générale prévoit de supprimer 20 % de ses agences d’ici à
2020. BPCE va procéder à des rapprochements entre certaines
Caisses d’épargne et Banques populaires.
La banque de financement et
d’investissement de BNP Paribas
vise un milliard d’euros d’économies de coûts d’ici à 2019. Au Crédit agricole, M. Brassac souhaite
« baisser les coûts fixes en réalisant des synergies entre les caisses
régionales, car [ils font] l’hypothèse que les marges qui ont
baissé ne vont pas remonter ».
Enfin, les banques françaises
ont cherché à développer les revenus qu’elles tirent des commissions et frais imputés aux clients.
La majorité facture désormais la
tenue de compte. Mais leur
marge de manœuvre est limitée :
les pouvoirs publics ont déjà plafonné plusieurs lignes de frais,
comme le dépassement de découvert autorisé. Les établissements misent aussi sur d’autres
activités productrices de commissions : la gestion d’actifs, la
banque privée, les services financiers. Elles vendent également de
plus en plus de produits d’assurance.
L’année
2016
sera-t-elle
meilleure ? Même si elles parviennent à relever tous ces défis,
les banques françaises craignent
l’incertitude autour de nouvelles
contraintes réglementaires, dont
les contours définitifs n’ont pas
encore été arrêtés par Bruxelles.
Mais elles ont aussi un motif
d’espoir : « la légère reprise du crédit pour les professionnels », note
Gabriella Serres, analyste chez
Aurel BGC. En 2015, BPCE a octroyé près de 20 % de prêts supplémentaires aux entreprises.
Reste à savoir si cela va durer… p
jade grandin de l'eprevier
6
31,8
+ 5,3 %
8,36
+ 22,7 %
CRÉDIT
AGRICOLE
– 38 %
1 JUIN 2015
16 FÉVR. 2016
ER
42,20
25,64
29,62
4
+ 8,8 %
+ 49,3 %
SOCIÉTÉ
GÉNÉRALE
– 30 %
1ER JUIN 2015
23,8
+ 4,5 %
3,2
+ 11,6 %
16 FÉVR. 2016
Banque populaire Caisses d’épargne
n’est pas cotée en bourse
BPCE
* BÉNÉFICE 2014 : 157 MILLIONS D’EUROS, EN RAISON D’UNE AMENDE DE 6,6 MILLIARDS VERSÉE AUX ÉTATS-UNIS
SOURCES : SOCIÉTÉS ; BLOOMBERG
RÉSULTATS ANNUELS 2015
NOS IDÉES
CRÉENT DE
LA VALEUR SUR
LE LONG TERME
Solide performance 2015 : nouvelle hausse du chiffre d’affaires,
de la marge opérationnelle et du résultat net
Signature de l’accord pour l’acquisition d’Airgas
« Le Groupe réalise une performance solide avec une nouvelle hausse
du chiffre d’affaires, de la marge et du résultat net, dans le contexte
d’une croissance mondiale ralentie en 2015. La croissance des ventes
Gaz & Services s’est améliorée trimestre après trimestre.
La croissance de l’activité est portée par le dynamisme des secteurs
Santé et Electronique, et dans la Grande Industrie par les volumes liés aux
nouveaux contrats ; sur le plan géographique, elle est tirée par la reprise
progressive de l’Europe et par les économies en développement.
L’Europe bénéicie du bon développement de la Santé et d’une amélioration
de certains secteurs industriels au 2e semestre. En Amérique du Nord,
l’année est marquée par un ralentissement dans les secteurs liés à la
production pétrolière et gazière et à la fabrication métallique. La progression
de l’activité en Asie-Paciique est portée par la bonne tenue du Japon et
une croissance toujours soutenue en Chine.
Au global, le Groupe réalise une croissance supérieure à celle de son
marché, dans un contexte de taux de change favorable dont l’effet positif a
ralenti en cours d’exercice, et de baisse des prix de l’énergie.
Sur l’année, grâce à des eficacités proches de 300 millions d’euros et
à des décisions d’investissement de 2,4 milliards d’euros, le Groupe
améliore sa compétitivité et nourrit sa croissance. Dans le même temps, la
signature de l’accord pour l’acquisition d’Airgas aux États-Unis et la mise
en place d’une stratégie d’innovation renforcée, avec la création de l’activité
Marchés globaux & Technologies, constituent des étapes majeures dans le
développement et la transformation du Groupe.
Hors impact de l’acquisition d’Airgas et de son inancement, et dans un
environnement comparable, Air Liquide est coniant dans sa capacité à
réaliser une nouvelle année de croissance du résultat net en 2016. »
Benoît Potier, Président-Directeur Général
Chiffres-clés 2015
CHIFFRE D’AFFAIRES GROUPE
RÉSULTAT NET
DIVIDENDE EN HAUSSE
+6,7%
+5,5%
2,60€
16 380 Me
1 756 Me
par action
Proposé à l’Assemblée Générale du 12 mai 2016
Le Crédit agricole se restructure
Le Crédit agricole a lancé, mercredi 17 février, une lourde opération de simplification de sa structure capitalistique afin de rassurer les investisseurs et les régulateurs sur la solidité et la rentabilité de son entité cotée, Crédit agricole SA (Casa). Cette
transaction intragroupe à 18 milliards d’euros prévoit le rachat par
les trente-neuf caisses régionales de la participation de 25 % détenue par Casa dans ces dernières. « Nous voulons mettre fin à ce paradoxe assez insupportable qui consiste à être un grand groupe
bancaire très capitalisé mais qui souffre régulièrement sur sa structure cotée d’une sorte de doute sur la fragilité de son capital », a déclaré à la presse Philippe Brassac, le directeur général de Casa.
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4 | économie & entreprise
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
En 2015, les entreprises ont moins fait faillite
La part des défauts est revenue à son niveau d’avant-crise, selon l’assureur Coface. Les TPE restent très touchées
C’
est un autre signe
que la reprise économique a atteint les
rivages
hexagonaux. En 2015, le nombre de défaillances d’entreprises (liquidations ou redressements judiciaires, hors autoentreprises) a reculé
de 2,1 % à 60 800 cas, selon une
étude de l’assureur-crédit Coface,
publiée mercredi 17 février. C’est
la deuxième année consécutive
de repli sur le front des faillites.
Certes, le rythme de baisse est
moins rapide qu’en 2014 (– 2,8 %),
et, en valeur absolue, le nombre
d’entreprises concerné reste bien
supérieur à son niveau d’avantcrise (50 300 cas en 2007). « Mais
le nombre total d’entreprises en
France ayant nettement augmenté depuis, en raison de la dynamique des créations d’entreprises, seules 1,3 % des sociétés tricolores ont fait défaut l’an dernier. C’est
moins qu’au pic de 2009 et autant
qu’en 2008, avant la crise » indique Guillaume Baqué, économiste chez Coface, qui y voit « un
signal encourageant ». La taille
moyenne des entreprises en difficulté a également reculé, reflet
d’un certain retour à la normale,
où ce sont les sociétés de un à
trois ans d’existence qui présentent le plus de risques de disparaître. Le nombre de salariés victimes de faillites a aussi a baissé de
12 % en un an, à 161 000.
L’automobile, secteur gagnant
Les raisons de cette embellie ? La
fameuse conjonction des astres,
qui a porté l’économie tricolore
l’an dernier : chute du prix du pétrole, recul de l’euro et faible coût
de l’endettement grâce aux taux
d’intérêts bas. « Le pacte de responsabilité et le crédit d’impôts
compétitivité emploi [CICE] ont
également contribué à un rebond
des marges des entreprises, qui disposent de davantage de ressources
La chute du prix
du pétrole,
le recul de l’euro
et le faible coût
de l’endettement
sont responsables
de l’embellie
Défaillances, une deuxième année de baisse
NOMBRE DE DÉFAILLANCES D’ENTREPRISE EN FRANCE
64 000
Construction
vrier, lors de la présentation des
résultats 2015, en expliquant que
les négociations avec China General Nuclear, cofinanceur du projet
à hauteur de 8 milliards d’euros,
ne sont toujours pas achevées.
Depuis quelques semaines,
M. Lévy a sur son bureau le rapport sur les risques industriels et
organisationnels d’Hinkley Point,
qu’il a commandé à Yannick d’Escatha, ancien patron du Commissariat à l’énergie atomique. Les administrateurs se plaignent de n’en
avoir eu qu’une synthèse, rédigée
par l’auteur du rapport. L’un d’eux
indique que M. d’Escatha, ex-numéro deux d’EDF, n’y préconise
pas formellement le report du lancement d’Hinkley Point, mais souligne les risques à lever au préalable pour que l’on ne réédite pas les
erreurs ayant conduit aux dérives
d’Olkiluoto et de Flamanville
(Manche), dont le devis initial a été
multiplié par plus de trois.
Sommet franco-britannique
Londres est-il prêt à accepter un tel
report ? Le dossier pourrait être
évoqué lors du sommet francobritannique prévu le 3 mars, à
Amiens. Pour les partisans d’une
décision rapide, tout retard serait
lourdement préjudiciable à EDF, à
la filière nucléaire française et
même aux relations entre les deux
pays. Il y a urgence, selon eux. Le
Royaume-Uni va avoir besoin de
remplacer de nombreuses centrales nucléaires à l’horizon 2025-
9 051 0,6
60 000
58 000
2010
2011
2012
2013
2014
2015
+ 20 %
+ 10 %
SOUS CETTE LIGNE,
LES DÉFAILLANCES
RECULENT PAR
RAPPORT À 2012
– 10 %
5 513
Agroalimentaire
4 469 1,7
Textile
CA inférieur
à 500 000 euros
0
Distribution
Automobile
et transport
TAUX DE VARIATION DES DÉFAILLANCES SELON LE CHIFFRE D’AFFAIRES (CA),
BASE 100 EN JANVIER 2012
CA supérieur
à 10 millions d’euros
2012
2013
2014
Electronique
1 541 0,9
Chimie
2015
2 195 1,5
1 597 1,1
Métaux
1,2
3 680 1,6
Papier,
bois
– 20 %
1 079 1,4
EN NOMBRE
D’ENTREPRISES
EN %
DU TOTAL DES
ENTREPRISES
DU SECTEUR
543 0,8
SOURCE : COFACE
fin de l’année un rebond de ses
défaillances, plombées par les
déboires du textile et de la restauration en Ile-de-France. « Il y a
peut-être un effet des attentats du
13 novembre. Les consommateurs
ont aussi arbitré avec des dépenses de biens manufacturés », explique M. Chollet.
Surtout, ce sont désormais les
très petites entreprises (TPE) qui
constituent les principales victimes. « Pour les entreprises de
moins de 10 salariés, la situation
reste très compliquée, notamment
dans le commerce de détail, le BTP
et l’hôtellerie-restauration », indi-
que Fabrice Pesin, le médiateur du
crédit aux entreprises, qui voit défiler des petits patrons auquel
leur banquier a refusé un découvert ou un réaménagement de
dette. « Pour une proportion importante des TPE, le principal
souci est leur structure financière
très dégradée (un tiers d’entre elles
ont des fonds propres nuls ou négatifs), mais aussi le manque de
pilotage de l’activité par les dirigeants. Ces derniers découvrent
souvent très tardivement leurs difficultés financières, par manque
de temps ou de capacité d’anticipation. Dès lors, il suffit d’un
La construction des deux réacteurs pèsera lourdement sur le bilan de l’énergéticien
I
11 508 1,8
Autres
services
pour se refinancer », explique Paul
Chollet, économiste France chez
Coface. Le secteur de l’automobile, porté par la bonne santé de
ses marchés d’Europe du Sud, ou
la chimie, dopée par le pétrole bas,
sont les grands gagnants de l’année écoulée.
Cette amélioration est confirmée par le cabinet d’analyse Trendeo, qui comptabilise les ouvertures et fermetures d’usines.
En 2015, la France a connu 190
suppressions de sites industriels
pour 146 ouvertures, soit un solde
négatif de 44 usines. Il faut remonter à 2011 (– 32) pour trouver
un meilleur score dans l’Hexagone. « L’amélioration du solde reflète une baisse continue du nombre de fermetures de sites, mais des
créations d’usines également en léger recul. Autrement dit, la reprise
est moins forte en 2015 que celle
que nous avions connue en 20102011 », nuance toutefois David
Cousquer, le fondateur de
Trendeo.
En matière de faillites, cette reprise est aussi plus molle que
chez nos voisins européens, qui
ont enregistré des améliorations
allant jusqu’à 25 % en Espagne ou
24 % aux Pays-Bas en 2015. « En
Italie, le recul des faillites s’est accéléré au dernier trimestre 2015
car les exportations de ce pays, à
faible valeur ajoutée, sont très
sensibles à la dépréciation de
l’euro », note M. Baqué. A l’inverse, l’Hexagone a connu sur la
2,1
19 658
Services aux
particuliers
62 000
Le coût de l’EPR britannique d’Hinkley Point
inquiète, jusqu’au sein d’EDF
l y a déjà le « bourbier d’Olkiluoto », ce chantier titanesque et ruineux du réacteur
EPR de troisième génération, où
Areva s’enlise depuis dix ans en
Finlande. Il ne faudrait pas que la
filière nucléaire française y ajoute
le « bourbier d’Hinkley Point », si
d’aventure les dirigeants d’EDF
décidaient trop rapidement la
construction de deux EPR au
Royaume-Uni.
C’est la crainte qu’ont
aujourd’hui les six administrateurs salariés (CGT, FO, CFDT, CFECGC) de l’entreprise, mais aussi
des membres du comité exécutif,
de nombreux cadres et jusqu’aux
techniciens et aux ouvriers. Si tous
sont favorables à la relance du nucléaire britannique, ils refusent
toute précipitation sur un projet
de 24,5 milliards d’euros – plus que
la valorisation de 21,6 milliards
d’EDF en Bourse. C’est la « survie »
même du géant de l’électricité qui
est en jeu.
Une chose est sûre : le projet pèsera lourdement sur le bilan.
Avant le retrait d’Areva, qui devait
en financer 10 %, cet investissement n’était pas consolidé dans
les comptes. EDF doit désormais le
faire et alourdir ainsi son endettement de 37,4 milliards d’euros.
Pour l’heure, son PDG est partisan
d’une décision rapide, mais il reste
évasif sur le calendrier. « Je crois
que la décision d’investissement se
rapproche », a simplement assuré
Jean-Bernard Lévy, mardi 16 fé-
DÉFAILLANCES PAR SECTEUR EN 2015
2030, même si EDF a annoncé,
mardi, la prolongation de la durée
d’exploitation de deux réacteurs
jusqu’en 2024 et de deux autres
jusqu’en 2030.
Urgence ? Ceux qui plaident la
cause d’un report de quelques années estiment que le pays n’a pas
besoin de cette électricité au cours
de la prochaine décennie : la consommation de courant y stagne,
comme partout en Europe, les
parcs éoliens offshore se développent et les interconnexions aux
frontières avec quatre pays voisins, dont la France, permettront
de disposer, à partir de 2020-2021,
d’une capacité de plus de 6 000
mégawatts (MW), l’équivalent de
quatre EPR.
La question se pose aussi, selon
eux, de la pertinence de l’EPR proposé. Au départ, ce devait être le
« copier-coller » de Flamanville.
Mais la prise en compte des exigences de l’Office de sûreté nucléaire britannique a fait de cet EPR
une nouvelle « tête de série », et
donc porteuse de tous les risques
industriels et financiers inhérents
à ce type de projet, affirment les
opposants. Le calendrier de construction retenu (soit soixante-huit
mois en moyenne par réacteur) est
irréaliste, puisque les Chinois euxmêmes auront besoin de quatrevingt-dix mois pour les deux EPR
de Taishan. De plus, soulignent-ils,
le prix de l’électricité garanti sur
trente-cinq ans – soit 120 euros le
mégawatt/heure (MWh) – n’est
chantier qui tourne mal ou d’un
client qui ne paie pas pour que ces
entreprises se retrouvent en liquidation judiciaire », souligne
M. Pesin.
Pour 2016, l’exercice de prévision s’avère périlleux. Coface prévoit un nouveau recul de 3,5 % des
défauts cette année. Mais la récente tempête boursière et le ralentissement économique en
Chine et dans les pays émergents
pourraient changer la donne.
« Aujourd’hui, les risques sont plus
importants qu’il y a un mois », concède M. Chollet, qui assure toutefois « que les indicateurs avancés –
chiffres du crédit et incidents de
paiement – restent bien orientés ».
« De nombreuses TPE-PME ont reconstitué leurs marges et accumulé de la trésorerie. De plus, la
politique monétaire de la banque
centrale européenne reste très accommodante. Il n’y a donc pas globalement de problème d’accès au
crédit pour l’économie française,
mais plutôt un risque de baisse de
compétitivité des entreprises si les
turbulences actuelles venaient à
miner la confiance et à décourager
l’investissement », juge pour sa
part M. Pesin. p
audrey tonnelier
L’HISTOIRE DU JOUR
La « cafetière-urne funéraire »,
le dernier clin d’œil de Bialetti
I
pas compétitif au moment où il
s’établit à 28 euros le MWh en
Europe.
Et comment lancer un EPR alors
qu’EDF n’a aucun retour d’expérience de ceux de France, de Finlande et de Chine ? Des cadres dirigeants, mais aussi la CGT, FO et la
CFE-CGC, plaident donc pour un
moratoire. Le temps qu’EDF et
Areva NP mettent au point leur
« EPR nouveau modèle », qu’ils espèrent construire pour 6 milliards d’euros avec un prix de
l’électricité de 60-70 euros le
MWh, explique un cadre dirigeant. Ce réacteur étant encore
sur la planche à dessin et non certifié par les autorités nucléaires
britanniques, son entrée en service n’interviendrait pas avant la
fin de la prochaine décennie.
EDF ne peut courir tous les lièvres à la fois, alors que le marché de
l’électricité restera déprimé pendant plusieurs années. Mieux
vaut, selon les partisans du report,
faire porter l’effort financier sur la
modernisation du parc actuel, qui
doit déjà absorber 51 milliards
d’euros d’ici à 2025. D’autant qu’au
sein du groupe, raconte un cadre
supérieur, des secteurs comme le
commerce ou les services à l’énergie (Dalkia), engagés dans la bataille des parts de marché avec la
concurrence, se sentent les parents pauvres d’une « maison » où
tous les investissements seraient
captés par le nucléaire. p
l avait fait de sa vie une légende ; il a fait de sa mort un clin
d’œil. Mort jeudi 11 février, à l’âge de 93 ans, l’industriel
Renato Bialetti, l’homme qui restera à jamais comme le visage de la cafetière du même nom, dite aussi cafetière à moka,
avait fait de ses longues moustaches l’emblème de cet indispensable ustensile qui ne doit manquer dans une aucun foyer italien ou dans celui de tout amoureux (ou amoureuse) de l’art de
vivre made in Italy. Son usage est simplissime : de l’eau et du
(bon) café. L’entendre glouglouter sur le gaz est en soi la promesse d’une matinée qui démarre bien.
Renato Bialetti aimait raconter que cette cafetière – inventée
par son père en 1933 – devait son succès à Aristote Onassis en
personne. Alors que l’entrepreneur expliquait le fonctionnement de son modèle au patron d’un hôtel de Monte-Carlo, l’armateur grec, prenant le vendeur en sympathie, aurait déclaré
pour convaincre l’acheteur sceptique :
« Salut Renato, comment vas-tu ? Tu
L’INDUSTRIEL ITALIEN sais que je n’ai jamais bu un café aussi
bon que celui qui sort de tes cafetièRENATO BIALETTI, LE res ? » Les belles histoires sont trop
pour être démenties.
PÈRE DE LA CAFETIÈRE rares
La cafetière à moka était lancée. A la
fin des années 1980, Renato Bialetti
À MOKA, EST MORT
avait vendu sa société à une entreprise
JEUDI 11 FÉVRIER
qui l’a à son tour cédée à une famille
italienne de Brescia (Lombardie). De
quoi vivre heureux et prospère à Ascona, en Suisse, où il est
mort. Mais il était dit que cet homme malicieux le resterait
aussi dans l’au-delà.
Mardi 16 février, lors de ses obsèques, qui se sont déroulées
dans le village de Casale Corte Cerro (Piémont), les cendres de
l’« omino coi baffi » (l’homme à moustaches) ont été portées à
l’église dans une cafetière rutilante de type hyperfamilial (12 à
14 tasses à vue d’œil) transformée en urne funéraire. Bénie par
le prêtre, elle a ensuite été mise en terre dans la tombe familiale
où repose Elia, l’épouse de Renato.
Cette mise en scène aurait été voulue par les enfants du
défunt qui semblent avoir hérité, en plus de sa fortune, du sens
de l’humour et de la dérision de leur père. A ce jour, il s’agit de
l’usage le plus déroutant de la cafetière à moka dont les modèles
se déclinent aujourd’hui dans des tons acidulés ou aux couleurs
de son équipe de football préférée. Pensez désormais à Renato
en entendant glouglouter votre Bialetti. p
jean-michel bezat
philippe ridet (rome, correspondant)
économie & entreprise | 5
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
PriceMinister : la greffe japonaise n’a pas pris
Racheté par Rakuten en 2010, le site est en perte de vitesse et ne vaut plus que 70 millions d’euros
L’
annonce a sidéré le microcosme des start-up
parisiennes. Rakuten a
révélé, vendredi 12 février, avoir divisé par presque
trois la valeur de sa filiale PriceMinister, site de vente en ligne qu’il a
racheté en 2010 pour un montant
de 200 millions d’euros. « Ce n’est
pas la meilleure des nouvelles »,
convient son président, Olivier
Mathiot. Désormais, la société ne
vaut plus que 70 millions d’euros
environ dans les comptes du
groupe japonais. Hiroshi Mikitani,
fondateur et PDG de Rakuten,
l’avait achetée pour l’équivalent
de cinq fois son chiffre d’affaires
(39,9 millions d’euros en 2009).
Mais les temps changent. Créée
en 2000, la pépite PriceMinister
ne présente plus aujourd’hui le
potentiel tant vanté lors de sa
vente par Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur de l’enseigne,
avec Olivier Mathiot, Justin Ziegler, Pierre Krings et Nathalie Gaveau. Le marché français du ecommerce est devenu une nasse.
Plus de 180 000 sites y grouillent,
selon les chiffres de la Fédération
des entreprises de vente à distance (Fevad). Fin 2016, ils devraient être 200 000. Et tous se
frottent à une croissance ralentie :
Le Bon Coin
a fait beaucoup
de tort à la pépite
cofondée
par Pierre
KosciuskoMorizet
le marché devrait afficher « seulement » 10 % de croissance
en 2016, selon la Fevad, après +
13,5 % en 2015.
« Le marché français est plus concurrentiel », résume Rakuten dans
un communiqué. Depuis 2010,
PriceMinister affronte de nouveaux venus. Sur le marché de la
vente entre particuliers, Le Bon
Coin lui fait beaucoup de tort :
plus de 23 millions de personnes
se connectent chaque mois au site
de petites annonces fondé
en 2006. De même, l’activité de
place de marché, celle des vendeurs professionnels qui s’abonnent à un site en ligne pour vendre
à des particuliers, s’est généralisée. De Cdiscount à la Fnac en passant par La Redoute et Amazon, les
vendeurs pros ont aujourd’hui
l’embarras du choix pour mettre
en vente leurs produits.
Résultat : PriceMinister se range
dorénavant au quatrième rang des
plates-formes préférées par les
commerçants, loin derrière eBay,
Amazon et Cdiscount, selon le
dernier baromètre Oxatis KPMG.
Or, le « B to B to C » (« business to
business to consumer ») est désormais son premier métier. « Depuis
2010, nous avons multiplié par
quatre notre volume d’activité sur
la place de marché », explique
M. Mathiot. Il représente 70 % de
ses recettes, contre 30 % pour la
vente entre particuliers. PriceMinister s’est recentré sur ce métier
jugé fort rentable en revendant
ses filiales A vendre à louer aux
Pages jaunes en 2011 et VoyagerMoinsCher à Liligo fin 2015.
Pour rattraper son retard, PriceMinister a embauché une armée
de commerciaux, qui ferraillent
pour vendre les abonnements
aux vendeurs pros. Afin de les attirer, le site a baissé son taux de
commission « à 9 %, contre 15 %
en 2010 », précise M. Mathiot. La
rentabilité s’est du coup érodée,
sans toutefois plonger le site dans
le rouge, assure le dirigeant, qui
refuse de dévoiler chiffre d’affaires et marge d’exploitation. « Les
projections de revenus sont inférieures à ce qui était prévu
en 2010 », reconnaît seulement le
président de PriceMinister.
Dernier élément pour expliquer
cette dépréciation surprise : en
France, les ratios de valorisation
ne sont plus ceux d’antan. « Le
secteur de la vente en ligne est
aujourd’hui quasiment valorisé
comme celui de la distribution, soit
1 à 1,5 fois le chiffre d’affaires », explique Nicolas Celier, ancien partenaire du fonds Alven Capital.
Gel des embauches
Cette dévalorisation comptable
fait basculer PriceMinister dans
une nouvelle ère. Rue Réaumur,
dans les locaux investis en 2012
pour loger près de 200 salariés,
l’esprit start-up n’a plus cours. Depuis Tokyo, Rakuten impose son
rythme, son monitoring « heure
par heure », sa fierté de groupe
coté et de leadeur indétrônable –
il détient plus de 40 % du e-commerce japonais. Le comité exécutif de PriceMinister a dû se faire à
ce nouveau tempo. Certains s’en
sont lassés. Justin Ziegler, cofondateur et directeur technique, est
en congé sabbatique. Un nouveau
directeur administratif et financier doit être recruté après le dé-
Aux prud’hommes, les indemnités devraient
être plafonnées à quinze mois de salaire
La mesure figure dans l’avant-projet de loi porté par la ministre du travail, Myriam El Khomri
C’
est une mesure de nature à satisfaire les organisations patronales.
Les indemnités accordées par les
prud’hommes aux travailleurs du
privé victimes d’un licenciement
abusif devraient, à l’avenir, s’élever à quinze mois de salaire, au
maximum. Cette disposition figure dans l’avant-projet de loi
porté par la ministre de l’emploi,
Myriam El Khomri, indiquent
deux sources au sein de l’exécutif,
confirmant une information révélée par Le Parisien du mercredi
17 février. Elle vise à donner une
plus grande visibilité aux employeurs et à les mettre à l’abri de
décisions octroyant des dédommagements jugés exorbitants.
Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, avait inscrit une
mesure similaire dans son projet
de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », mais le Conseil constitutionnel l’avait invalidée, en
août 2015, car elle se traduisait par
des règles différentes suivant la
taille de l’entreprise, ce qui était
contraire au principe d’égalité devant la loi.
Le dispositif mis au point dans
le texte de Mme El Khomri est
construit différemment. Il repose
sur un seul critère : celui de l’ancienneté du salarié. Si ce dernier
est employé depuis moins de
deux ans dans son entreprise, il
percevra, au maximum, trois
mois de salaire en cas de licenciement « sans cause réelle et sérieuse ». La somme montera à six
mois de salaire s’il s’y trouve depuis deux à cinq ans ; à neuf mois
de salaire s’il y est depuis cinq à
dix ans ; à douze mois de salaire si
son ancienneté est comprise entre dix et vingt ans ; à quinze mois
de salaire au-delà de vingt ans de
présence dans l’entreprise.
Des exceptions
Toutefois, précise Le Parisien, un
tel barème ne pourra pas s’appliquer dans certaines situations :
par exemple si le salarié mis à la
porte a été victime de harcèlement moral ou de traitements
discriminatoires de la part de sa
hiérarchie.
Les plafonds prévus dans
l’avant-projet de loi « ne sont pas
éloignés de ce que nous souhaitions », réagit François Asselin,
président de la Confédération générale des petites et moyennes
entreprises (CGPME). « C’est une
mesure qui peut contribuer à lever
la peur d’embaucher en contrat à
durée indéterminée chez de nombreux chefs d’entreprise, confie
une autre source patronale. Mais
nous nous demandons si certains
employeurs ne seront pas enclins à
se séparer plus vite de leurs collaborateurs. Il faudrait peut-être que
la première case du barème porte
sur une ancienneté de moins de
cinq ans et non pas de moins de
deux ans. »
Les commentaires, du côté des
syndicats, sont très acides. « Nous
sommes opposés à un tel dispositif, car il retire aux juges leur pouvoir d’appréciation pour évaluer le
préjudice subi, affirme Eric Aubin
(CGT). Ce n’est pas à la loi de fixer à
l’avance ce qui doit être versé. » Le
salarié n’est plus considéré
« comme un être humain, mais
comme une variable d’ajustement
financière », renchérit Joseph
Thouvenel, vice-président de la
CFTC.
Le dispositif
repose sur un
seul critère : celui
de l’ancienneté
du salarié
« Le barème, en soi, n’est pas une
mauvaise chose, observe une magistrate spécialisée en droit du
travail. Mais il faut voir quelles
sont les modalités retenues. Or, le
texte instaure des plafonds et non
pas des fourchettes à l’intérieur
desquelles la juridiction pourrait
décider. En outre, les cas où celle-ci
peut s’affranchir du barème sont
très restreints. »
Quant aux montants de dédommagements prévus, sont-ils en
rapport avec ce qu’octroient les
juges, à l’heure actuelle ? Une
étude du ministère de la justice,
fondée sur 401 arrêts de chambres sociales de cours d’appel rendus en octobre 2014, donne des
éléments de réponse.
Selon cette enquête, les travailleurs employés depuis deux à
cinq ans dans une entreprise de
plus de onze personnes ont reçu
en moyenne « près de huit mois
de salaire » au titre des indemnités pour « licenciement sans
cause réelle et sérieuse ». La
somme grimpe jusqu’à 15,1 mois
de salaire s’ils se trouvaient en
poste depuis plus de vingt ans.
Mais il s’agit de moyenne, ce qui
signifie que certains ont touché
davantage. p
bertrand bissuel
part de Philippe Favrot pour
Wonderbox en novembre. Et,
après douze ans de maison, Odile
Szabo, directrice marketing, s’apprête à rejoindre Vestiaire Collective, le site de produits de luxe
d’occasion, qui vient de lever
33 millions d’euros. Tous disent
vouloir, c’est selon, « se mettre en
danger » et « retrouver l’esprit entrepreneurial » des débuts.
« C’est un tournant important »,
reconnaît simplement M. Mathiot.
Toutefois, jure le dirigeant, l’heure
n’est pas à une réduction des effectifs. Rakuten pourrait-il céder le
site ? Son résultat net est en chute
de 37 % sur le dernier exercice. Vendredi 12 février, il a annoncé plusieurs cessions d’actifs en Asie. PriceMinister ne fait pas partie de la
short-list, répond M. Mathiot. Le
gel des embauches et des investissements a cependant été décrété.
L’année sera aussi celle de la relance de l’activité de vente entre
particuliers. La manœuvre est censée servir l’écosystème PriceMinister, où l’acheteur de produits neufs
le revend d’occasion. Le tout sera
entrepris en « dépensant moins »,
explique celui à qui on doit le slogan culte de PriceMinister : « Devenez radin. » p
H O R S - S É R I E
220 PAGES
12 €
ÉDITION 2016
C’est le chiffre d’affaires, en
euros, de Rakuten, maison mère
de PriceMinister, en 2015.
6,6 MILLIONS
Nombre de visiteurs uniques par
mois en 2015 sur PriceMinister,
contre 10,9 millions en 2009, selon Médiamétrie.
70 %
Volume d’activité réalisé par le
biais de vendeurs professionnels
sur la plate-forme.
100
C’est le montant, en millions d’euros, du fonds de solidarité pour la filière porcine auquel les enseignes Leclerc, Carrefour, Casino, Auchan,
Cora, Intermarché, Lidl et Système U vont participer.
Monté sous l’égide du gouvernement, ce fonds transitoire couvrira des
versements aux éleveurs de porcs durant un semestre. Il devrait renchérir le prix d’achat au kilo de près de 10 centimes (le cours est à
1,09 euro). Les enseignes réclament, par ailleurs, la levée des blocus des
éleveurs et des agriculteurs.
COMMER C E EN LI GN E
Showroomprivé
est affecté
par sa mise en Bourse
Le site Showroomprive.com,
spécialisé dans la vente événementielle d’articles de
mode, a annoncé, mardi
16 février, une croissance de
28 % de son chiffre d’affaires
global, à 433,2 millions
d’euros en 2015.
Le résultat net s’affiche en repli de 12,4 %, à 5,1 millions
d’euros, notamment en raison des coûts associés à l’entrée en Bourse de l’entreprise,
intervenue le 30 octobre
2015.
T RAN S PORT AÉR I EN
Air Méditerranée,
en liquidation,
remboursera ses clients
Air Méditerranée, société placée lundi 15 février en liquidation judiciaire par le tribunal
de commerce de Tarbes, a annoncé, mardi 16 février, que
les billets et réservations de
LE BILAN
DU MONDE
► GÉOPOLITIQUE
► ENVIRONNEMENT
► ÉCONOMIE
+ UN ATLAS DE 198 PAYS
5,5 MILLIARDS
juliette garnier
ANALYSEZ 2015 // DÉCHIFFREZ 2016
0123
LES CHIFFRES
ses clients seront remboursés
« dans les plus brefs délais ».
Faute de repreneur, les avions
de cette compagnie de 220 salariés, ont été cloués au sol
lundi, empêchant 130 passagers de décoller vers Tarbes
depuis Roissy-Charles-deGaulle.
Les pratiques tarifaires
de compagnies
aériennes sur le gril
La Direction générale de la
concurrence, de la consommation et de la répression des
fraudes va demander des
« clarifications » à plusieurs
compagnies aériennes sur
leurs pratiques tarifaires, en
raison de soupçons sur une
« forme d’entente » sur les
prix, a indiqué, mardi 16 février, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron.
Il a demandé à Air France
« des clarifications des pratiques tarifaires » sur « l’île de la
Réunion et sur d’autres
liaisons ».
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idées | 7
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
VU D’AILLEURS | CHRONIQUE
par mart in wol f
En attendant la prochaine récession
Q
ue pourront faire les banques
centrales si la prochaine récession survient alors que les
taux d’intérêt sont toujours à
un niveau bien inférieur à ce qu’ils
étaient avant 2008 ? Elles doivent se
préparer à cette éventualité. Et surtout
convaincre l’opinion qu’elles sauront
quoi faire…
Aujourd’hui, huit ans et demi après
les premiers signes de la crise financière, le taux directeur à court terme le
plus élevé appliqué par la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne
(BCE), la Banque du Japon (BOJ) et la
Banque d’Angleterre est de 0,5 %, et
rien n’indique une prochaine hausse.
La BCE et la BOJ appliquent même des
taux négatifs.
Les chances d’une récession significative d’ici à 2025 au Royaume-Uni,
aux Etats-Unis, dans la zone euro et au
Japon sont très élevées. Les déséquilibres de l’économie chinoise, ajoutés
aux difficultés de nombre d’économies émergentes, rendent le risque
réel dès maintenant. Et tout porte à
croire que les économies à haut revenu devront affronter la prochaine
récession alors que leur marge de
manœuvre pour procéder à un assouplissement monétaire conventionnel
sera bien moindre qu’avant les récessions précédentes.
Dans ces conditions, quelles pourraient être les options disponibles ?
L’une serait de ne rien faire. Beaucoup
appelleront de leurs vœux la récession
purificatrice dont ils estiment que le
monde a besoin. Je pense que c’est
une idée insensée en raison des dégâts
qu’elle causerait au tissu social.
Une deuxième possibilité consisterait à opter pour des objectifs de croissance, au niveau du produit intérieur
brut nominal, et d’augmentation du
taux d’inflation. Il aurait sans doute
été plus sage de tendre depuis un certain temps vers un niveau d’inflation
plus élevé. Mais le modifier alors que
les banques centrales sont incapables
d’atteindre le faible niveau visé
aujourd’hui pourrait déstabiliser les
attentes tout en n’améliorant pas les
résultats. De surcroît, en l’absence
d’instruments plus efficaces, un objectif plus ambitieux pourrait passer
pour une vaine prétention.
La troisième possibilité serait de
changer ces instruments, ou d’utiliser
avec plus de fermeté ceux qui existent.
L’un de ces instruments, pour l’instant guère évoqué, serait d’organiser le
désendettement des économies. Cela
pourrait exiger une conversion forcée
de la dette en fonds propres. Mais si
cette mesure était souhaitable dans
des circonstances extrêmes, sa mise
en œuvre pourrait s’avérer difficile.
« LARGAGE D’ARGENT »
Un autre instrument consisterait à
procéder à un assouplissement quantitatif encore plus important. A la fin
du troisième trimestre 2015, le bilan
de la BOJ atteignait 70 % du PIB, contre moins de 30 % pour la Réserve fédérale, la BCE et la Banque d’Angleterre. Les trois dernières pourraient
imiter l’exemple de la première. De
plus, les actifs qu’elles achètent pourraient être élargis, par exemple aux
obligations en devises étrangères.
Mais cela serait provocateur et inutile : la Banque du Japon et la Banque
d’Angleterre ont procédé à d’importantes dépréciations de leur monnaie
sans rendre cette opération aussi visible.
Un autre instrument pourrait être le
recours aux taux d’intérêt négatifs,
aujourd’hui appliqués par la BCE, la
BOJ et les banques centrales danoise,
suédoise et suisse. Grâce à d’astucieux
mécanismes, il est possible d’imposer
aux réserves bancaires des taux marginaux négatifs, ce qui génère des
taux d’intérêt négatifs sur les marchés
mais sans les imposer aux déposants.
Il est cependant difficile de savoir
dans quelle mesure cela peut être efficace tant que la liquidité reste une alternative. A partir d’un certain point,
les gens préféreront se tourner vers
des récépissés de dépôts adossés à des
liquidités, à moins qu’une taxe pénale
soit instaurée sur les retraits bancaires ou que les liquidités soient tout
bonnement supprimées. Par ailleurs,
il est difficile de déterminer quelle serait l’efficacité économique des taux
négatifs, hormis de déprécier la monnaie.
Le dernier instrument serait le « largage d’argent par hélicoptère » –
autrement dit une émission monétaire permanente dans le but de doper
les achats de biens et services par les
ménages et les gouvernements. D’un
point de vue monétaire, cela équivaut
à un assouplissement quantitatif permanent, comme cela semble être le
cas au Japon. Si l’argent est directement consacré à des dépenses publiques supplémentaires, s’il permet
une baisse des impôts ou alimente les
comptes bancaires des particuliers, il
aurait incontestablement un effet. Le
point essentiel est de laisser aux banques centrales le contrôle de la quantité d’argent à émettre. Personnellement, ma préférence va à ce dernier
instrument.
Mais à ce stade il faut bien admettre
que, à la prochaine récession, il est
plus que probable qu’il faudra recourir à des mesures encore moins conventionnelles. Il convient donc de
préparer le terrain, sans attendre
qu’elle arrive. p
Traduit de l’anglais par Gilles Berton
¶
Cette chronique de Martin Wolf, éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le « Financial
Times » © FT
Un « code de la personne
au travail » pour tous
Unedic : pour un bonus-malus
sur les cotisations patronales
En écartant la diversité
des formes d’activité,
l’actuel code du travail,
même réformé, entrave la
création d’emplois. Trois
principes simples peuvent
libérer les entreprises
et protéger les salariés
Les contributions versées par les entreprises
pour les salariés en CDD et en intérim devraient
être modulées en fonction de leur coût
pour l’Unedic, et inversement
par denis terrien
et stéphane marchand
P
our réfléchir de manière
pragmatique et solidaire à la
meilleure façon de réformer
le travail, penchons-nous
d’abord sur tous ceux qui n’en ont pas.
Notre taux d’emploi, à 64,2 %, est bien
inférieur à celui du Royaume-Uni
(71,9 %) ou de l’Allemagne (77,7 %). Entre
juillet 2013 et septembre 2015, la France
n’a créé que 57 000 emplois, six fois
moins que l’Espagne. Les statistiques
dessinent un tableau désastreux de
notre capacité collective à transformer
l’activité économique en emplois marchands. Le taux d’emploi des salariés
du privé n’a pas évolué depuis 2001. Si
la France était simplement dans la
moyenne des pays européens, elle
abriterait 1,4 million d’emplois de plus.
En considérant les demandeurs
d’emploi de toutes catégories, les contrats uniques d’insertion et les emplois d’avenir, 5,9 millions de personnes recherchent un emploi. Rapportons ce chiffre, comme vient de le faire
l’Institut de recherches économiques
et fiscales (IREF), à la population active
exposée au risque de chômage (en enlevant donc les 5 430 000 employés
des fonctions publiques) : 25,6 % des
actifs du secteur exposé ne travaillent
pas à la hauteur de leurs besoins.
Ce gâchis, immense et injuste, n’a
que trop duré. Compte tenu de l’état
des finances publiques et au vu des
difficultés des entreprises publiques,
la solution ne peut venir que des entreprises privées. La question n’est
plus de savoir si elles sont la meilleure
solution. Elles sont la seule solution.
¶
Denis Terrien et Stéphane
Marchand sont respectivement président et délégué
général d’Entreprise
et Progrès.
L’urgence nationale s’exprime donc
très simplement : faire tout, absolument tout, pour que les entreprises
privées naissent et créent des emplois.
La réforme du travail doit être un instrument au service exclusif de cet objectif, jusqu’au retour du plein-emploi,
qui n’est nullement une chimère. A
l’avenir, le travail sera trop ouvert, trop
multiple, pour être géré par le code actuel, même réformé. A côté des salariés, il y aura toujours plus d’indépendants, de temps partiel, de télétravail,
et d’autres modes d’activité rémunérée. Pour que cette pluralité ne soit pas
vécue comme une menace, pour que la
fragmentation du marché du travail ne
disloque pas la société, pour que l’autonomie et l’intermittence ne dégénèrent pas en précarité, accomplissons
une révolution copernicienne. Au centre de notre système social, plaçons la
« personne au travail », c’est-à-dire la
personne envisagée tout au long de
son parcours d’activité, et défendons-la
sur le long terme, au lieu de nous arcbouter sur des emplois parfois
condamnés et des statuts si cadenassés
qu’ils sont devenus des privilèges.
RISQUES ET FORMATION
La réforme doit s’articuler autour de
principes simples. Premier principe :
les règles du travail doivent inciter les
entreprises à prendre des risques, condition sine qua non de la croissance,
c’est-à-dire à investir et à embaucher.
Elles doivent donc pouvoir licencier
en cas de retournement. Deuxième
principe : quand il quitte l’entreprise,
le salarié doit se voir garantir une formation au meilleur niveau, pour pouvoir retrouver vite une activité dans
une économie en mutation accélérée.
Renforcer en permanence l’employabilité de chacun est le devoir à la fois
de chaque entreprise et de la collectivité. Troisième principe : l’entreprise
est l’échelon pertinent de décision et
l’accord d’entreprise, éventuellement
par voie de référendum, doit devenir
un levier décisif du dialogue social.
A mille lieues de ces principes, notre
code actuel reflète une conception du
travail héritée d’un âge de production
industrielle révolu. Il dessert l’avenir
en refusant sa diversité. Alors qu’il devrait libérer et protéger, il complique
et fragilise les entreprises. Humanistes, pragmatiques et optimistes, les dirigeants d’Entreprise et Progrès savent
que le « code de la personne au travail » reste à écrire, pour que le nouveau travail, dans toute sa complexité
et sa richesse, devienne un levier de
croissance pour tous. p
qui ont le plus recours à des CDD
courts, comme l’intérim ou les emplois saisonniers, sont exonérés. Les
CDD d’usage sont majorés à un taux
nettement plus faible, de 0,5 point.
UNE GOUTTE D’EAU
collectif
L’
assurance-chômage suscite
des inquiétudes légitimes.
Ce régime est en déficit
sans discontinuer depuis
2009. Sa dette s’élève aujourd’hui à
plus de 25 milliards d’euros, avec un
déficit annuel de plus de 4 milliards.
Rien ne laisse présager un redressement des comptes pour les années à
venir si ses règles restent inchangées.
La discussion qui s’ouvre le 22 février
pour renégocier la convention d’assurance-chômage est une opportunité qu’il faut saisir.
Une partie des propositions consiste à réduire la générosité de l’indemnisation chômage, en diminuant
son niveau et sa durée, en la rendant
dégressive, ou en intensifiant le contrôle des demandeurs d’emploi. Ces
propositions méritent réflexion,
mais elles ne sauraient être suffisantes, car elles font peser l’ajustement
budgétaire uniquement sur les travailleurs, en laissant entendre qu’ils
sont seuls responsables du déficit de
l’assurance-chômage.
RESPONSABILITÉ DES ENTREPRISES
Pourtant, il faut savoir le dire, les entreprises ont aussi leur part de responsabilité. Celles qui embauchent principalement en contrats à durée déterminée (CDD) cotisent peu par rapport
aux dépenses qu’elles induisent du
fait des indemnités versées à leurs salariés devenus demandeurs d’emploi
après la fin du CDD ou de l’intérim. En
revanche, les entreprises qui embauchent en contrat à durée indéterminée
(CDI) versent généralement des cotisations bien plus importantes que le
montant des indemnités de chômage
perçues par leurs ex-salariés. Or, les
NOMBRE D’ENTREPRISES
EXPLOITENT AU MIEUX
LES AVANTAGES DE
L’ASSURANCE-CHÔMAGE,
POUR UN COÛT
DEVENU EXORBITANT
pratiques de gestion des ressources
humaines des entreprises ont une incidence forte sur les dépenses de l’assurance-chômage : dans bien des cas,
plusieurs CDD successifs sur un même
poste pourraient être remplacés par
un CDI. Tous les contrats courts ne
sont pas dus à la nature saisonnière de
l’activité, à des imprévus ou au remplacement de salariés absents.
En fait, nombre d’entreprises exploitent au mieux les avantages offerts par l’assurance-chômage :
aujourd’hui, plus d’une embauche
sur deux en CDD est une réembauche
dans la même entreprise. Le coût de
l’instabilité des emplois est devenu
exorbitant : les cotisations chômage
pour les seuls salariés en CDD et en
intérim sont de 11 milliards inférieures aux allocations qu’ils perçoivent.
Et les contrats courts ne sont pas
seuls en cause : l’usage de la rupture
conventionnelle, notamment pour
les seniors, alimente aussi le déficit de
l’assurance-chômage.
Pour résoudre ces problèmes, il faut
instituer une modulation de la cotisation chômage employeur en fonction
du coût réel mis à la charge de l’assurance-chômage par les entreprises.
Dans ce système, le taux de cotisation
est modulé en fonction du solde entre les contributions payées par l’entreprise et les allocations versées à
ses ex-salariés. L’entreprise qui coûte
peu à l’assurance-chômage payerait
moins que celle qui l’alimente plus.
Les entreprises seraient ainsi incitées
à un comportement vertueux de stabilisation de l’emploi. Un tel système
existe déjà pour les accidents du travail en France et il constitue on le sait
un puissant levier pour inciter les entreprises à réduire accidents et maladies professionnelles. L’assurancechômage aux Etats-Unis a mis en
place un tel système de bonus-malus
depuis les années 1930.
Un premier pas a déjà été franchi à
l’initiative des partenaires sociaux
pour infléchir le comportement des
entreprises : depuis le 1er juillet 2013, le
taux de la contribution patronale
d’assurance-chômage est majoré de
trois points pour les CDD de moins
d’un mois et de 1,5 point pour les CDD
de un à trois mois. Mais ce dispositif
est loin d’être cohérent : les secteurs
Au total, cette majoration ne rapporte
que 70 millions à l’Unedic ; une goutte
d’eau dans les 33 milliards de cotisations. En outre, il n’y a aucun lien entre le coût d’utilisation des contrats
courts pour l’assurance-chômage et la
modulation de la cotisation. Ainsi, un
CDD court est taxé même s’il concerne un salarié qui, ultérieurement,
ne consomme pas ses droits à l’indemnisation du chômage. La taxation
des contrats courts ne permet pas de
cibler les pratiques d’alternance organisée par la même entreprise entre
chômage indemnisé et emploi, coûteuses pour l’assurance-chômage. Les
cotisations ne sont donc pas systématiquement majorées pour les entreprises dont la gestion de la
main-d’œuvre coûte le plus cher à l’assurance-chômage.
Pour atteindre cet objectif et stabiliser l’emploi, il faut mettre en place un
véritable système de bonus-malus sur
les cotisations patronales. Son adoption pourrait améliorer la situation
financière de l’assurance-chômage en
réduisant la précarité grandissante du
travail, véritable fléau que connaît
notre pays. p
¶
Pierre Cahuc (professeur,
CREST-ENSAE, Ecole polytechnique) et Jean-Christophe
Sciberras (DRH France Solvay,
ex-président de l’ANDRH), avec :
Stéphane Carcillo (professeur,
Sciences Po) ; Marc Ferracci
(professeur, université Paris-II) ;
François Fontaine (professeur,
université Paris-I, Ecole d’économie de Paris) ; Jean-Olivier
Hairault (professeur, université
Paris-I, Ecole d’économie de
Paris) ; Francis Kramarz
(professeur, CREST-ENSAE, Ecole
polytechnique) ; François Langot (professeur, GAINS-TEPP
université du Mans) ; Yannick
L’Horty (professeur, université
Marne-la-Vallée) ; Franck Malherbet (professeur, université
de Rouen) ; Radu Vranceanu
(professeur, Essec) ; André Zylberberg (directeur de recherche émérite, CNRS, Ecole d’économie de Paris)
8 | MÉDIAS&PIXELS
0123
JEUDI 18 FÉVRIER 2016
Jeuxvideo.com, les trublions du Web français
Rendu célèbre par ses forums de discussion, ce site a rediffusé la vidéo du footballeur Serge Aurier
C
haque polémique est un
trophée accroché au
mur virtuel de Jeuxvideo.com. Et, du point de
vue de ses membres, le choc suscité par la vidéo dans laquelle le
latéral droit du club de football du
Paris-Saint-Germain Serge Aurier
insulte son entraîneur, Laurent
Blanc, ainsi que certains de ses
coéquipiers, samedi 13 février,
constitue incontestablement un
« grand » moment de l’histoire de
ce site. C’est en effet un utilisateur
de ce forum qui a enregistré et rediffusé la vidéo Periscope de
Serge Aurier.
Comme son nom l’indique,
Jeuxvideo.com (diminué en JVC
ou JVCOM) est, à l’origine, un portail consacré à l’actualité des jeux
vidéo. C’est l’un des sites les plus
visités du Web français, mais
aussi un précurseur puisqu’il est
né en 1997, à Aurillac. Il propose
aussi bien des articles d’information que des tests de jeu, des vidéos ou des podcasts.
Mais ce qui l’a rendu célèbre, ce
sont ses forums de discussion, des
espaces où chaque internaute peut
créer un sujet ou participer à ceux
déjà en cours. Il en existe des dizaines de milliers : un pour chaque
jeu répertorié sur le site. Ce qui explique que la plupart des forums
soient très peu actifs, voire inertes,
lorsqu’ils concernent des titres
obscurs vendus à quelques milliers d’exemplaires, alors qu’à l’inverse les forums des jeux les plus
populaires, comme Grand Theft
Auto V ou FIFA 2015, rassemblent
un grand nombre d’internautes.
D’autres forums sont consacrés
à la politique, à la bande dessinée,
au sport ou à la musique, et des
« Blabla », par tranches d’âge, sont
là pour parler de tout et de rien.
Chaque salle de discussion fonctionne dans une forme d’autogestion. Un peu moins de 200 000
messages y sont postés chaque
jour. Le site compte six salariés
chargés de gérer les communautés, et plus de quatre cents modérateurs bénévoles. « On essaye de
proposer un panel d’espaces, explique Gwendal Lerat, gestionnaire de communauté pour le site
depuis 2009. Chaque forum est à
part. »
Fin 2015,
des utilisateurs
ont volé
des photos de nu
publiées
sur un forum
privé
Le forum qui a fait entrer JVC
dans la petite histoire du Web
français se nomme « Blabla
15-18 ans », ou « 15-18 ». « Dans
l’histoire du site, il y a toujours eu
un forum hyperactif par rapport
aux autres », dit Gwendal Lerat.
Le « 15-18 » était celui-là. Il a
commencé à prendre de l’ampleur en 2008 et l’a conservée
pendant plusieurs années.
En 2013, on comptait plusieurs
millions de sujets, et près d’un
million de comptes avaient déjà
participé au « 15-18 ».
Messages haineux
Mais le « 15-18 » est également devenu un réservoir à mauvaises
blagues et polémiques. C’est lui
qui avait inventé la mort de l’acteur Jean Dujardin, puis celle de
l’ancien président Jacques Chirac.
En 2011, il fut le premier espace à
divulguer avant l’examen un
exercice de l’épreuve de mathématiques du baccalauréat scientifique, son plus grand « coup
d’éclat ». Son auteur, qui l’avait signé du pseudonyme Chaldeen,
avait été interpellé puis avait
avoué être l’auteur du message.
Aucune charge n’avait finalement
été retenue contre lui.
Tout comme les forums américains Reddit et 4chan, Jeuxvideo.com a également un côté plus
sombre. Les propos racistes,
homophobes et sexistes y fleurissent. « On est tributaire de l’actualité et de la société », dit Gwendal
Lerat, qui admet que la modération est très difficile. Plusieurs dizaines de modérateurs bénévoles
gèrent le « 15-18 » et son grand
frère, le « 18-25 ans ». « Des problèmes graves, on en a toujours eu, et
il y a toujours eu des histoires glauques », ajoute Gwendal Lerat. Il
estime néanmoins qu’il y a un
« changement » dans les contenus
à modérer. « On est passé du spam
et du porno à davantage de contenus haineux depuis quelques
années. »
Fin décembre 2015, des utilisateurs ont volé des photos de nus
publiées sur un forum privé du
site madmoiZelle et les ont temporairement publiées sur des
forums de Jeuxvideo.com, provoquant des menaces de poursuites
de l’éditeur de madmoiZelle.
Les usagers du site sont très
majoritairement des hommes, et
la prolifération de messages
sexistes n’encourage pas les femmes à participer aux discussions.
En 2014, le site a dû publier un
article pour répondre à de nombreux commentaires haineux de
lecteurs visant une chroniqueuse
et joueuse professionnelle transgenre, DamDam. Ce manque de
diversité concerne également les
personnes issues des minorités,
confrontées à des messages racistes. « Personnellement, je pense
qu’il y a du progrès, et on travaille
là-dessus », assure Gwendal Lerat.
Des liens bien réels
Mais pourquoi ce forum est-il devenu aussi important et source
récurrente de polémiques ?
« En 2008, le forum s’est retrouvé
sans modérateur pendant quelques semaines, c’était le chaos, se
rappelle Gwendal Lerat. Le modérateur qui est enfin arrivé a essayé
de reprendre la main, mais c’était
trop tard. »
Des milliers d’utilisateurs y
avaient trouvé un espace d’ex-
Loi sur le renseignement : des « boîtes
noires » très complexes à mettre en place
Ce dispositif-clé de la loi du 24 juillet 2015 fait face à des difficultés techniques de conception
L
a loi sur le renseignement,
adoptée en grande partie le
24 juillet 2015, promettait,
pour répondre efficacement à la
menace terroriste, la mise en
place rapide de nouveaux outils
techniques. Certains d’entre eux
ne sont pourtant toujours pas
opérationnels.
Parmi ceux-ci les « boîtes noires » : ces dispositifs techniques
d’interception automatique installés chez les opérateurs télécoms et les hébergeurs Internet et
qui devaient permettre de repérer
au sein du flux massif de données
de communication circulant, notamment, dans les câbles optiques, ce que les spécialistes appellent « les signaux bas ».
Ces données ou métadonnées
(les informations d’un message
qui ne sont pas son contenu :
noms, numéros de téléphone ou
encore adresses IP) doivent permettre d’identifier, par voie électronique, des comportements
éventuellement suspects. Derrière cette typologie se cachent ce
que les autorités appellent des
« loups solitaires » ou des cas de radicalisation isolés échappant aux
radars traditionnels des services
de renseignement et aux techniques de surveillance classique.
La loi sur le renseignement de
juillet 2015 vise précisément
cette technique dans son article
L 851-3. Mais encore faut-il disposer de l’algorithme idoine
permettant d’effectuer le tri adéquat au sein des centres de données des opérateurs ou des
hébergeurs. Ce travail est toujours en cours.
Gigantesque masse
La direction technique de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) est, parmi d’autres,
associée à ce travail de conception. Ce n’est pas une surprise car
c’est vers la DGSE que sera dirigé le
fruit de la collecte effectuée par
ces « boîtes noires », qui n’ont toujours pas vu le jour. Interrogées
par Le Monde, les autorités gouvernementales chargées de contrôler les interceptions administratives ont confirmé que ces dispositifs « n’étaient pas encore opérationnels ».
La conception d’un dispositif de
ce type est en effet particulière-
ment complexe. Le logiciel doit
être capable de repérer, dans une
gigantesque masse de données,
des modèles de comportements
suspects. Mais pour ce faire, il faut
d’abord définir les modèles, les
tester, et s’assurer qu’ils ne génèrent pas trop de « faux positifs »
– des comportements jugés suspects par le programme mais qui
s’avèrent en réalité anodins.
C’était d’ailleurs l’un des arguments fréquemment opposés,
lors des débats sur le projet de loi,
à ses défenseurs : un algorithme
avec une fiabilité de 99 % identifierait jusqu’à 600 000 suspects
par erreur.
Autre difficulté, ce logiciel devra être validé par la Commission
nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR).
Or, pour examiner son fonctionnement, la CNCTR devra vraisemblablement analyser des milliers
de lignes de code informatique,
un travail long et ardu. Malgré la
présence, au sein de la CNCTR,
d’un ingénieur en informatique
au titre de « personnalité qualifiée », l’analyse représente un travail d’ampleur. La mise en place
effective du dispositif ne semble
donc pas pour demain.
Dernier point complexe, les
« boîtes noires » elles-mêmes,
censées collecter les informations directement sur les réseaux
pour alimenter l’algorithme de
tri, présentent d’importants défis
techniques. Pour fonctionner
efficacement, elles devront être
en capacité d’analyser de gigantesques quantités de données, et
de transmettre le résultat de manière sécurisée – ce qui nécessite
d’énormes capacités de calcul et
de bande passante – faute de quoi
ces dispositifs ralentiront le fonctionnement des réseaux qu’ils
sont censés surveiller.
Dernière difficulté : le gouvernement a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’une analyse pratiquée « à la volée », c’està-dire en temps réel, sans
stockage des données. Un traitement informatique plus complexe qu’une analyse a posteriori, à la fois dans la conception
du logiciel et dans sa mise en
œuvre. p
jacques follorou
et damien leloup
pression et, à partir de 2007-2008,
une certaine « culture » y est née.
Fictions, mèmes (détournements
d’images), sites Internet… pendant des années ont émergé de
cette marmite des dizaines de références.
Tel le « noelisme », une « religion » surréaliste et potache
vouant un culte à une émoticône,
dont les adeptes ont créé de multiples sites et services, tels un outil
de partage de fichiers ou d’images,
un site hébergeant des récits de fiction ou encore une encyclopédie.
Il s’agit en réalité d’un groupe d’internautes qui avaient trouvé là un
prétexte pour se rassembler derrière une culture commune.
A l’époque, ces internautes pouvaient également « pirater » des
comptes Skyblog (une plate-
forme de blog alors extrêmement
populaire chez les jeunes) pour
faire parler de leur « mouvement ». Les noelistes sont également devenus célèbres au fil d’escarmouches numériques avec le
rappeur Morsay. A la manière de
son cousin Reddit, la communauté de Jeuxvideo.com peut
aussi se passionner pour des histoires et des enquêtes anodines.
Si le forum est toujours extrêmement actif, pour certains utilisateurs il a un peu perdu de son
âme. « Il y a moins de liens entre les
sujets », regrette Gwendal Lerat,
moins de culture commune. Mais
Jeuxvideo.com rappelle qu’aux
côtés des réseaux sociaux les forums de discussion trouvent toujours des adeptes. p
florian reynaud
2,2
C’est le montant de l’enchère, en millions d’euros hors frais, atteint par
une sculpture en bronze du Baiser, d’Auguste Rodin, datée de 1927,
vendue mardi 16 février, à Paris, sous le marteau de l’étude Binoche et
Giquello. Il s’agit d’un record mondial pour l’hôtel Drouot.
L’acquéreur est un collectionneur privé américain, qui a aussi acheté
une copie de L’Eternel Printemps pour 693 000 euros, soit plus du
double du prix estimé.
MUS I QU E
Spotify creuse l’écart
Le suédois Spotify serait proche des 30 millions d’abonnés payants pour son service
de musique en ligne, selon le
Financial Times du mercredi
17 février, après avoir atteint
28 millions de clients au
31 décembre 2015. Les derniers chiffres officiels fournis
par la société étaient de
75 millions d’utilisateurs,
dont 20 millions payants. De
son côté, Apple, avec son service Apple Music, lancé il y a
huit mois, a désormais
11 millions d’abonnés
payants.
MÉD I AS
Webedia se renforce
dans l’univers
du jeu vidéo
Le groupe de médias propriété de Fimalac, la société
de l’homme d’affaires Marc
Ladreit de Lacharrière, a annoncé, mardi 16 février, l’ac-
quisition de 3DJuegos, éditeur de contenus consacrés
aux jeux vidéo. Ce site
compte 4,5 millions de visiteurs uniques mensuels et
rassemble la première communauté de fans de jeux vidéo en langue espagnole.
Webedia se positionne ainsi
comme « le leader européen
de l’édition de contenus
gaming ».
Deuxième jour de grève
à « L’Equipe »
Les salariés du groupe de
presse L’Equipe ont reconduit, mardi 16 février, le mouvement de grève entamé
contre des suppressions de
postes, ce qui a empêché la
sortie du journal pour le
deuxième jour d’affilée, ont
annoncé les syndicats dans
un communiqué. Cela fait
plus de vingt-cinq ans que le
quotidien n’avait pas connu
deux jours de grève
de suite.
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