close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

Chine – Conjoncture Entre dépréciation du yuan et contrôle des

IntégréTéléchargement
N°16/052 – 19 février 2016
Chine – Conjoncture
Entre dépréciation du yuan et contrôle des capitaux…
 Les réserves de change ont baissé de 20%
au cours des dix-huit à vingt derniers mois,
en raison d’un compte financier (de la balance des paiements) nettement déficitaire.
 Elles restent pour le moment à un niveau
substantiel. Mais il ne faudrait pas que cela
dure.
 Aucun des outils à disposition de Pékin
(taux d’intérêt, taux de change, contrôles
des capitaux) n’est pleinement satisfaisant.
 Tout l’enjeu porte en fait sur la confiance.
Mais la regagner s’annonce difficile. Ou
autrement dit, la trajectoire future du yuan
est incertaine, et le risque de contrôle des
capitaux certain.
USD entre le premier et le troisième trimestre
l’an passé) ;
Le poste erreurs et omissions, qui cache
probablement en grande partie des fuites de
capitaux, est également important. Sans oublier
la valorisation en dollars des actifs en euros,
qui a évolué de concert avec la parité de la
devise européenne contre le billet vert, marquée par une dépréciation certaine l'an passé.
Chine : balance des paiements
200
1,6
mds USD
100
1,4
0
Forte baisse des réserves
Les réserves de change ont diminué de presque
513 Mds USD l’an passé et d'encore 99,5 Mds
USD en janvier ; ce, en dépit d'un excédent
courant en hausse de 73 Mds USD par rapport à
2014 (à 293 Mds USD, soit 2,7% du PIB).
Derrière, il y a :
 Moins d'entrées nettes d'investissements
directs étrangers (d'un montant inférieur de
près de 132 Mds USD sur l’ensemble de 2015
par rapport à l’année précédente ; avant tout en
raison d’une hausse des investissements
directs réalisés par les entreprises chinoises à
l’étranger) ;
 Des sorties nettes d'investissements de portefeuille (d’un peu plus de 41 Mds USD durant les
trois premiers trimestres de 2015, lorsqu'il y
avait eu des entrées nettes de 60,5 Mds au
cours de ces mêmes neuf mois en 2014) ;
 Et encore le désendettement externe des
entreprises chinoises (à hauteur de 143 Mds
Études Économiques Groupe
http://etudes-economiques.credit-agricole.com
1,2
-100
-200
Q1 2011
Source : NBS
1,0
Q3 2012
Q1 2014
Q3 2015
autres invest. nets
invest. de portefeuille nets
IDE nets
solde courant
réserves (t/t)
EUR / USD (dr.)
Les réserves en devises de la Chine restent
confortables. Elles représentent encore près de
vingt mois d'importations de biens et services et
permettent de couvrir largement le besoin de
financement externe à court terme. Autrement dit,
le risque de liquidité en devises est très faible à
court terme, voire inexistant. Néanmoins, l'hémorragie est importante (les réserves ont diminué d’un
cinquième depuis leur plus haut à 3 993 Mds USD
en juin 2014) et cela ne peut continuer ainsi trop
longtemps (même si certains capitaux sortent pour
des raisons a priori positives, comme les acquisitions des entreprises chinoises à l’étranger)...
Chine – Conjoncture :
Entre dépréciation du yuan et contrôle des capitaux…
Sylvain LACLIAS
sylvain.laclias@credit-agricole-sa.fr
Des outils pour l’endiguer
Une question de confiance
De quels outils disposent les dirigeants chinois ?
Augmenter les taux d’intérêt ? Cela irait à l’encontre de leur volonté de soutenir l’activité
économique et pénaliserait les agents économiques endettés en monnaie locale, assez nombreux
à l’être lourdement. Sans compter que le succès
d’une telle action n’est pas garanti. Lâcher
complètement la bride sur le yuan ? Certes, les
tensions sur la devise chinoise se sont apaisées
ces derniers jours ; celle-ci a même enregistré sa
plus forte appréciation journalière contre le dollar
depuis plus d’une décennie après que le
gouverneur de la Banque centrale a déclaré qu’il
n’y a aucune raison de dévaluer et qu’il s’est
montré satisfait du niveau actuel du yuan,
conforme aux fondamentaux. Mais le risque existe
que la monnaie chinoise se déprécie fortement et,
in fine, que l’hémorragie s’aggrave et/ou que la
Banque centrale soit forcée de remonter
brutalement ses taux d’intérêt. Pékin n'est pas prêt
à le prendre, craignant justement cette instabilité,
mais aussi de provoquer une guerre des
monnaies.
Plusieurs possibilités donc, mais aucune de
pleinement satisfaisante. La situation est complexe
à gérer. Toutefois, face à cette problématique aux
causes multiples, un réel enjeu semble se dégager
autour de la question de la confiance. C’est en fait
le nerf de la guerre.
Chine : yuan/renminbi
6,8
6,7
Cette confiance passe par une meilleure communication. Les récents propos du gouverneur de
la PBoC et leurs répercussions sur le yuan
(évoqués plus haut) en témoignent. Pékin commence à reconnaître ses erreurs en la matière.
Mais il y a encore du chemin à faire avant que sa
communication ne s’améliore nettement. Sans
oublier que le pouvoir du PCC tient en partie au
contrôle de l’information et qu’il y a sans doute là
une limite à toute éventuelle amélioration.
La confiance passe aussi par plus de clarté sur la
trajectoire future de l'économie chinoise, à court
comme à moyen terme. L’ampleur du ralentissement en cours risque cependant de nourrir des
discussions passionnées pendant encore quelque
temps. Au-delà de la question de la fiabilité des
chiffres officiels, il est vrai que la soutenabilité de
l’endettement domestique interroge. Le risque
d'instabilité financière suivie d'un hard landing est
réel.
6,6
Chine : financements à l'économie
6,5
100%
6,4
80%
6,3
60%
6,2
40%
6,1
févr.-15 avr.-15 juin-15 août-15 oct.-15 déc.-15 févr.-16
USD/CNH
USD/CNY
Source : WMR
20%
Des contrôles de capitaux ? Les autorités
chinoises ont exprimé leur souhait de ne pas
retourner en arrière, après l’intégration récente du
yuan au panier de DTS du FMI sur fond
d’ouverture progressive du bas de la balance des
paiements (et de volonté affichée de poursuivre
dans cette direction à l’avenir). Ce qui ne les a
néanmoins pas empêchées de prendre un certain
nombre de mesures contraignantes ces dernières
semaines (limites ponctuelles sur les achats de
dollars imposées à plusieurs banques, renforcement des contrôles administratifs sur les
transactions en dollars des entreprises, restrictions
sur les achats de produits d’assurance à Hong
Kong…). Mais une action plus systématique/généralisée risque, quoi qu’il en soit, d’envoyer un
mauvais signal, d’affecter la confiance des
investisseurs et d’avoir un effet inverse de celui
recherché.
220
200
180
0%
-20%
160
févr.-11 févr.-12 févr.-13 févr.-14 févr.-15 févr.-16
obligations
acceptations bancaires
trust loans
entrust loans
crédits en devises
crédits en yuan
total en % du PIB (dr.)
Source: PBoC
Puis, la transition vers un nouveau modèle de
croissance, sujet aujourd’hui partiellement éclipsé
par le précèdent, soulève beaucoup de questions... et d'incertitudes. De l'investissement à la
consommation, de l'industrie aux services, il n'y a
pas de raccourcis. Et encore moins lorsque la
réalité économique varie parfois fortement d’une
ville à l’autre, d’une région à l’autre, ou au sein
d’un même secteur. Cette hétérogénéité complique
sérieusement le pilotage de la transition par Pékin.
Et elle crée le risque que se renforce une
économie duale, faite d'inégalités criantes, que la
forte croissance passée masquait en partie. En
N° 16/052 – 19 février 2016
-2 -
Chine – Conjoncture :
Entre dépréciation du yuan et contrôle des capitaux…
Sylvain LACLIAS
sylvain.laclias@credit-agricole-sa.fr
effet, malgré l’excès d’investissement au niveau
national, certaines régions ont toujours besoin
d'investissements d'infrastructure et de capacité.
Mais toutes ont besoin d'investissements de
productivité et de qualité, c'est-à-dire rentables,
pour une montée en gamme de la production
manufacturière. C'est peut-être le meilleur moteur
imaginable du développement et de la consolidation des services.
Que penser, par ailleurs, du système éducatif ?
Les jeunes diplômés du supérieur sont, certes,
nombreux. A priori un avantage pour éviter à la
Chine de tomber dans la trappe des pays à revenu
intermédiaire et sortir de cette transition par le
haut. Mais ils sont peu opérationnels. Du coup, ils
sont régulièrement sous-employés, et c'est une
source de frustration importante. (Mieux) adapter
les cursus scolaires et universitaires aux besoins
des entreprises et développer la formation professionnelle s'imposent. Une évolution des comportements au travail aussi. De longs et délicats
processus.
Afin de faciliter tous ces changements, le déblocage des forces du marché, même progressif,
apparaît lui aussi nécessaire. Pour une allocation
plus efficace, au plus proche du « juste » prix, des
ressources utiles à toute production. La réforme
financière s'inscrit dans cette logique. Celle des
entreprises publiques aussi ; avec cette interro-
gation, comment la mener à bien sans détruire
massivement des emplois, ni bousculer les avantages acquis de hauts responsables économiques
et politiques ? Dans tous les cas, qui dit marché,
dit perte de contrôle direct de l'État sur l'économie
et, surtout, transparence et libre circulation de
l'information (ainsi que pouvoir judiciaire indépendant, cela va souvent de pair). Retour au dilemme
évoqué plus haut : le PCC peut-il se le permettre
lorsque son pouvoir et sa légitimité reposent
notamment sur la maîtrise du cycle économique et
de l'information ?
Donc cette transition s’annonce compliquée, faite
de contradictions, d’intérêts divergents, risquée,
sur les plans économique, politique et social, et
susceptible de peser durablement sur la confiance.
Peu de visibilité
Dans ce contexte où le politique domine, il est
finalement difficile de dire comment vont évoluer
les flux de capitaux au cours des prochains mois et
derrière, les réserves, les taux d'intérêt, le yuan et
la règlementation encadrant ces flux. Mais le
risque est réel qu'ils demeurent sortants, jusqu'à
éroder un peu plus les réserves et contraindre
Pékin, par une approche habituelle, pragmatique,
empreinte de modération, à laisser la devise
chinoise se déprécier un peu plus et à user de
contrôles de capitaux supplémentaires. 
Crédit Agricole S.A. — Direction des Études Économiques
12 place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex
Directeur de la Publication : Isabelle Job-Bazille
Rédacteur en chef : Armelle Sarda
Documentation : Dominique Petit - Statistiques : Robin Mourier
Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty
Contact: publication.eco@credit-agricole-sa.fr
Consultez les Études Économiques et abonnez-vous gratuitement à nos publications sur :
Internet : http://etudes-economiques.credit-agricole.com
iPad : application Etudes ECO disponible sur App store
Android : application Etudes ECO disponible sur Google Play
Cette publication reflète l’opinion de Crédit Agricole S.A. à la date de sa publication, sauf mention contraire (contributeurs
extérieurs). Cette opinion est susceptible d’être modifiée à tout moment sans notification. Elle est réalisée à titre purement informatif.
Ni l’information contenue, ni les analyses qui y sont exprimées ne constituent en aucune façon une offre de vente ou une sollicitation
commerciale et ne sauraient engager la responsabilité du Crédit Agricole S.A. ou de l’une de ses filiales ou d’une Caisse Rég ionale.
Crédit Agricole S.A. ne garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité de ces opinions comme des sources d’informations à partir
desquelles elles ont été obtenues, bien que ces sources d’informations soient réputées fiables. Ni Crédit Agricole S.A., ni une de ses
filiales ou une Caisse Régionale, ne sauraient donc engager sa responsabilité au titre de la divulgation ou de l’utilisation des
informations contenues dans cette publication.
N° 16/052 – 19 février 2016
-3 -
Auteur
Документ
Catégorie
Без категории
Affichages
4
Taille du fichier
300 Кб
Étiquettes
1/--Pages
signaler