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bachir est et n `est plus à la fois

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BACHIR EST ET N’EST PLUS À LA FOIS !
J’étais d’humeur chafouine, allez savoir pourquoi ? Le mauvais temps, la digestion des
lendemains de fête. Le chat me regardait la tête légèrement penchée sur le côté, c’était mauvais
signe. Inquiet, j’ai tout de suite voulu prendre rendez-vous chez le toubib, y reçoit pas pendant les
fêtes. Voyant mon dépit, le chat s’est installé doucement sur mes cuisses, s'allongeant de tout son
long pour faire la seule chose en son pouvoir pour me redonner le moral : ronronner. La bouteille
d’armagnac était presque à portée de main. Je me penche en avant en faisant de mon mieux pour ne
pas gêner l’animal, mais monsieur est susceptible. Partager son amour avec une bouteille, qui plus
est d'à peine 15 ans d’âge, ce n’est pas dans ses cordes. Le désarroi de ce genre de bestiole étant ce
qu'il est, il a planté ses griffes dans ma chair et s’en est allé voir dans la cuisine si les croquettes de
noël n'étaient pas arrivées. Il croit dur comme fer au père Noël. Par contre, il ne met pas les souliers.
J’en étais à remplir délicatement le petit verre en faisant attention de ne pas verser à côté et voilà
que le téléphone sonne. La moitié du liquide se répand sur la petite table du salon, je maugréé
contre l’inconnu qui vient perturber ma quête de vérité. La vérité est souvent au fond de la bouteille.
Enfin, il paraît. Je me lève, me prends les pieds dans le matou qui revenait de la cuisine, dépité par
l’absence des croquettes. Miaou d'indignation, et le restant du verre renversé sur la moquette. Je
décroche avec un « oui » appuyé qu’on peut traduire approximativement par « toi qui téléphones, tu
tombes plutôt très très mal ! ».
- Salut, c’est moi, je te dérange ?
- Pas le moins du monde, j’en étais à maudire la terre entière, tu tombes à pic !
- Je rappelle plus tard si tu veux ?
Il avait sa voix des mauvais jours, on ne peut décemment pas laisser un ami dans cet état. Et puis à
part finir une bouteille pour noyer ma déprime, j’avais rien d’autre à faire.
- T’es sûr ?
- Oui ! Alors ? Premier mot prononcé de manière abrupte, le deuxième sur un ton plus doux.
Il voulait m’expliquer qu’il travaillait avec un asticot et qu’il allait beaucoup mieux. L’enfant était
complètement transformé, un autre môme. Il m’en avait déjà parlé une fois, comme ça, entre deux
bières, c’est un petit gars d’une huitaine d’années, qui était agité quelque chose de bien. Par
exemple, un jour que le Bachir prenait des notes sur un bout de papier, voilà-t-y pas que notre
zébulon se détend comme un ressort, et hop debout sur la table. Il tripote la tête de l'ami de la
psychopéda comme si c’était un jouet « j’suis pas une marionnette » qu’y z’y dit l’Bachir. En même
temps à force de jouer aux marionnettes, on finit par en être une CQFD. Il venait de faire une
séance de castagne avec les « poupées ». C’est drôle cette expression : « poupées », chez certains
psychopéda, non ? Moi, je trouve cela drôle. Bref, ça tapait dur au point d’en arriver à dire stop : «
Dans la marionnette, c’est ma main ! Ça fait mal. » Bachir a un sens du sacrifice limité. Mais
Zébulon n’avait pas l’air convaincu, alors il a vérifié avec la tête à Bachir. Une autre fois Ressortman s’était intéressé au porte-plume. Bonne nouvelle, enfin un enfant qui veut écrire ! En plus avec
un côté « dans le temps, c’était mieux, revenons aux bonnes vieilles traditions de l’entre-deuxguerres et la discipline qui va avec. C’est vrai quoi, comment vous voulez que les enfants
apprennent sinon ! ». Bref, il trempe la plume dans l’encrier sous le regard inquiet du Bachir. Notre
petit gars de contente de faire des pâtés en écrivant son prénom puis deux ou trois autres trucs.
Bachir est heureux, l’enfant aussi, du coup, il asperge Bachir avec le restant d’encre contenu dans la
plume. Y a un petit côté phallique, mais j’y ai pas dit au Bachir, parce que le phallique, ça sert à rien
de le nommer, y a redondance ! Et puis Œdipe par-ci, Œdipe par-là, on finit par voir des quéquettes
partout. C’est des coups à devenir parano ! Une autre fois, le Zébulon s’était dit que ce serait
amusant de cracher sur le bonhomme. Là, le Bachir, il en a eu assez de la phallus-cratie et il a dit
non. Se faire traiter de « patate » passe encore, mais se faire encrer à la salive, non ! Pour compléter
ce tableau idyllique, Zébulon est aussi un adepte de la course à pied. A peine la séance finie, il fout
le camp à tout berzingue (ou à toute berzingue, on peut dire le deux ! Ça c’est pour l’ami Jean-
Yves.). Il retrouve son beau-père dans la salle d’attente, lequel commente l’arrivée d’un « Encore
bien agité ! » C’est énervant les papas qui font des commentaires genre « Tu pourrais bosser un peu
faignant et faire que mon enfant se comporte normalement » ou alors du genre « Tu vois, môssieur
le spécialiste de la psychokêkchose, tu t’en sors pas mieux que moi ! ». Mais tout ça c’est dans la
tête de Bachir, parce que le papa, il dit rien de plus que son fils est toujours agité et que c’est quand
même pour ça qu’il vient au CPMP. Même en Bordurie occidentale les enfants sont agités. On n’a
toujours pas d’explications très limpides, mais il semblerait que ce soit dans la nature des enfants
d’être chiants. Ce qui n’est pas dans leur nature, c’est quand ils ne le sont plus. Y-a anguilles sous
roche !
Donc notre Bachir en vient à m’expliquer que depuis quelques séances, le Zébulon à ressort s’est
calmé. Il veut lire, écrire, il est sage comme une image. Bon, il a encore un peu de mal à se laisser
raccompagner, faut toujours qu’il se sauve. J’ai envie dire, heureusement, mais je ne le dis pas, ou
alors pas fort. Revenons à Zébulon. Il respecte même la règle des jeux, c'est vous dire ! Hé, vous
n’allez pas en croire vos oreilles, vous avez à quoi qui joue l’agité du bocal ? A Karambolage, un
jeu où qu’il faut dégommer des pastilles en bois avec un lanceur sans dépasser les limites. Ou
encore à « Rapidos », un jeu énervant où il faut aller à toute berzingue (C’est pour l’ami JeanYves !) pour mettre des souris dans leur logement pendant que l’autre lance les dés pour arriver
avant. Bachir, il a le sens de la provocation non ? Ah oui, il joue aussi aux raquettes. Zébulon, son
camp, c’était grand comme un mouchoir à carreaux et celui du Bachir, c’était le mur entier. Mais ça
c’était avant. Maintenant le Zébulon sous trangsen, il joue en adaptant la difficulté pour faire
comme Bachir, parce que Bachir, c’est un grand ! Au jeu de Kems, un nouveau jeu qu’il ne
connaissait pas, notre enfant parfait fout même une ratatouille à Bachir. Bon, Bachir aux cartes, il
joue comme un pied. A la belote, c’est toujours moi qui gagne. C’est vrai que je triche, mais je le
fais bien, il ne voit que du feu !
A quoi est dû ce changement, vous allez me dire ? Au travail du Bachir ? Et bien non ! C’est grâce
aux amphétamines. Mais si, les petites pilules pour les hyper actifs, vous voyez un peu de quoi je
parle. Au départ, je ne comprenais pas pourquoi l’ami Bachir faisait une tronche de cent-pieds de
long, alors je lui dis « Tu devrais être fier de ton boulot, pourquoi tu fais cette tête ? », c’est là qu’il
me parle du truc magique qui change les enfants en petit ange au point qu’ils sont méconnaissables.
Le pauvre, il croyait qu’il y était pour quelque chose et hop, on lui prend son jouet pour lui en
remettre en autre que c’est plus le sien. Alors, c’est pas beau l’égo du psychopédagogue ! Parce que,
au final, ce môme, il va beaucoup mieux. A l’école, il apprend à lire alors qu’il venait de perdre une
année entière à regarder passer les sons sans les intégrer dans les syllabes qui vont avec. Et l’ami
Bachir est tout triste parce qu’il a l’impression d’être inutile. Qu’y a-t-il de pire que de se sentir
inutile, rien mes amis et c’est peut-être au nom de l’utilité qu’on est prêt à tout faire, même
n’importe quoi. Aider un aveugle qui n’en a pas besoin, raconter se vie pour soutenir la dépression
d’un autre qui n’en a que faire, courir à la place du cul-de-jatte pour qu’il aille plus vite.
Là-dessus, mon Bachir me dit que ça lui fait penser à une amie à lui qui bosse dans la même boîte
à bonbons. Elle travaillait avec une gamine qui s’acharnait à rester neuneu malgré toutes les aides
mises en place. Et voilà que notre idiote de service ne l’ait plus. La collègue accompagne cette
enfant vers la lumière, cette dernière progresse de manière manifeste pendant une dizaine de
séances. La copine à Bachir trouve là une satisfaction et une récompense bien méritée dans le
regard rayonnant de l’enfant qu’elle accompagne sur la voie de la réussite. Puis voilà que lors des
deux dernières séances, crises clastiques, agression, régression, hurlement et cris stridents.
Dépossédez de son utilité, la pauvre thérapeute se retrouve toute dépitée. Le roi était nu, mais ne le
savait pas. Quand on travaille avec de l’humain, ne pas réussir, tout comme réussir, à un prix à
payer qu’il faut bien percevoir. Voilà comment on peut se faire déposséder de ce qui nous rend
humains, et ça fait mal. S’y préparer n’a pas de sens. Comment peut-on se préparer à être notre nonhumain ! Sauf à devenir pote avec Machiavel ou copine avec la Justine du marquis de Sade dans ses
malheurs. Par contre il faut se préparer à regarder en face nos propres failles.
Je lui ai dit tout ça à l’ami Bachir, il m’a dit merci, parce qu’il est bien élevé, mais la seule façon
de s’en tirer, ce sera de retourner au charbon, avec humilité et continuer d’accompagner son zébulon
dézébulé. Et notre très chère collègue, d’accompagner son patient dans sa régression, la peur au
ventre.
Excusez-moi, mais il y a un chat qui trouve le temps long et que le père Noël, c’est bien joli, mais
que les croquettes du sac, c’est encore mieux. Tiens ça me rappelle la fois où j’avais acheté une sole
pour bibi et un maquereau pour le matou. Devinez qui a mangé le maquereau ? C’est bien
l’autodétermination et l’égalité, mais y a des limites ! Faut faire attention avec les chats, ce sont des
anarchistes. Tiens ! C’est comme mon fils, sa souris ne marche plus très bien pour ses jeux
d’ordinateur que je comprends rien. Et bien maintenant, il a la mienne et moi, j’ai la sienne qui
marche un coup sur deux ! Anar jusqu’au bout des ongles… Y a des fois, je demande si je n’ai pas
été un peu trop humain !
Peut-être un dernier truc, sinon ça va rester. Quand Zébulon zébulait gaiement au jeu du
Karambolage, son truc s’était aussi de compter les points jusqu’à 100 à l’aide d’additions à retenue
posées les unes à la suite des autres. « Qu’importe la façon, pourvu qu’on est les maths ! » qu’y dit
Bachir. Ah oui ! Une petite précision, c’est Bachir qu’a perdu. Il est aussi nul qu’au jeu de raquettes
avec le but grand comme un mouchoir de poche !
Écrit par Olivier ISSAURAT
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