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(Bulletin de fév. 2016)... - Genève

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Genève-Energie
Association
Genève-Energie
Bulletin No 70 Février 2016
Association genevoise pour une politique rationnelle de l’énergie
Membre de la Fédération romande pour l’énergie (FRE)
www.geneve-energie.ch
QUELQUES PROBLÈMES LIÉS À LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
Grégoire Bosson
Administrateur de BOSSON Combustibles SA et président de SWISSOIL Genève
Le 12 décembre dernier à Paris, un accord sur le climat était adopté à l’unanimité des 195 pays
réunis au sein de la COP 21 (21ème Conférence des « Parties »). Son président Laurent Fabius
se gargarisait : l’accord était juste, durable, dynamique et (paraît-il) juridiquement contraignant.
Les pays signataires se sont donc engagés à contenir l’augmentation de la température moyenne
« bien en deçà de 2˚C », et à s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5˚C d’ici 2100 ». Et
dans la crousille, 100 milliards de dollars promis par les pays du Nord à ceux du Sud pour
financer leur politique climatique.
Le rideau est tombé et si l’on peut saluer ce consensus global, qui traduit bien les inquiétudes
relatives à la dégradation du climat, on en reste pas moins dans un épais brouillard s’agissant
des mesures à prendre, tant la question est complexe au plan des filières de substitution, ellesmêmes par ailleurs tributaires des ressources et des intérêts économiques en jeu. En d’autres
termes, le diable reste caché dans les détails.
LA SUISSE, DÉJÀ BONNE ELEVE EN MATIERE D’EMISSIONS DE CO2
L’idée de base est donc de stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre
en bannissant petit à petit les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), mais sans le dire
expressément. On leur substituerait progressivement des sources renouvelables (solaire, éolien,
force hydraulique, biocarburants, biogaz, géothermie, etc.), avec en point de mire pour plus tard
(et même bien plus tard !), les graals de la fusion et de l’hydrogène.
En Suisse, nous aimons briller modestement comme il sied à tous les premiers de classe de
petite taille. Dans le concert des nations, nous ne contribuons aux émissions mondiales de CO2
que pour 0,2 %. Depuis le Protocole de Kyoto de 2008, nous nous sommes bardés d’un arsenal
législatif conséquent, visant principalement les émissions de CO2, car il y a d’autres malfaiteurs.
Le système passe tout naturellement par une ponction dans les porte-monnaie.
Comme le dit Berne,
il s’agit d’une « taxe
incitative
prélevée
sur les combustibles
fossiles qui sont
ainsi
renchéris,
encourageant une
consommation
parcimonieuse (sic !)
et un recours accru
aux agents énergétiques générant peu ou pas du tout de CO2». La taxe est redistribuée aux
entreprises et à la population (par l’assurance maladie), 379 millions en 2015. Cela dit, les
émissions de CO2 font l’objet d’un souk par le biais de droits d’émission négociables et/ou
échangeables entre pays.
En ce qui concerne notre pays, nous nous sommes engagés à réduire de 20 % nos émissions de
gaz à effet de serre par rapport à celles de 1990. L’incitation pour y parvenir a commencé à 36.frs la tonne de CO2. Au premier janvier de cette année, elle a passé à 84.- frs et peut encore
grimper à 120.- frs selon la Loi sur le CO2.
LES ENERGIES FOSSILES : DES PILIERS INDISPENSABLES DE NOTRE APPROVISIONNEMENT
Comme principal émetteur de ce dernier gaz, le secteur des produits pétroliers (gaz « naturel »
inclus) n’a pas fini de cracher au bassinet. Promis à une mort lente, c’est un peu comme si l’on
surtaxait la consommation de pommes de terre au motif que les frites conduisent
immanquablement à l’obésité.
Rappelons ici que ces mêmes produits pétroliers aujourd’hui honnis contribuaient, en 2014, pour
près de 6,2 milliards aux finances de la Confédération, soit plus de 9% d’un budget total de
quelques 67 milliards. Au fur et à mesure de l’effet attendu de transition vers de nouvelles
sources d’énergie, il y aura donc des pertes de recettes fiscales à compenser d’une manière ou
d’une autre. Gageons que nos élus sauront planter leurs seringues là où ça fait mal …
Le méthane de nos collègues gaziers, auquel ils ont brillamment réussi à coller l’étiquette de gaz
« naturel » pour l’habiller de vert, est parfois présenté comme énergie de transition. Il est vrai que
ce dernier dispose d’un mince avantage écologique sur les huiles minérales (elles aussi tout
aussi naturelles), mais il est corseté dans son réseau et manque donc de flexibilité. Cette
énergie, dont l’effet délétère sur le climat est bien supérieur au CO2, laisse par ailleurs planer
une menace écologique redoutable. Il en existe en effet des quantités colossales au fond des
mers sous forme solidifiée. Avec les modifications climatiques, ce méthane pourrait une fois
quitter les fonds océaniques et se volatiliser dans l’atmosphère de manière incontrôlable. Et ce
n’est pas tout : des chercheurs viennent de montrer que des quantités phénoménales de ce
même méthane sont piégées sous forme gazeuse dans les étendues marécageuses gelées du
permafrost sibérien. Au rythme du réchauffement actuel, ce méthane pourrait lui aussi être libéré,
avec des effets catastrophiques sur le climat. Enfin, le gaz de schiste est en train de ternir la
réputation proprette de toute la filière gaz.
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L’offre de substitution comprend d’autres agents. Par exemple, la Confédération porte un regard
bienveillant sur le renouvelable du type biogaz, huiles végétales ou animales (même usagées),
bioéthanol ou méthanol, biocarburants synthétiques, biogaz liquéfié et biodiesel. Pour eux, impôt
écologique zéro. Il y a naturellement des conditions : mais alors que par exemple, l’industrie
alimentaire fait ses choux gras sans taxe d’huile de palme produite sur d’énormes surfaces
défrichées au détriment de la biodiversité, cette même huile devient taxable comme carburant si
elle « nuit à l’environnement de façon notablement plus élevée que l’essence fossile », ou si sa
production « met en danger la conservation des forêts tropicales ou la diversité biologique ».
Deux poids deux mesures, même si l’on peut argumenter en disant qu’il faudra sans doute une
armée de fonctionnaire pour faire la démonstration d’un « bilan écologique global positif », sur la
base de x paramètres probablement non maîtrisables. Et l’on ne parle pas des tonnes de CO2
produites par le transport de ces combustibles vers nos usines.
L’éolien a fait chez nous une entrée relativement discrète. Mais les inconvénients ont été vite
débusqués. Bruit insupportable, atteinte à la beauté des sites, danger pour la faune aviaire; nous
n’avons probablement pas les espaces suffisants pour des implantations à grande échelle. Par
ailleurs, toutes les infrastructures doivent être mises en place à grands frais.
Le solaire est promis à un avenir lumineux, mais pas tout de suite. Certes, cette énergie est
inépuisable et non polluante (sauf à la production des panneaux), puisqu’elle ne dégage pas de
gaz à effet de serre. Mais les coûts d’investissement sont élevés, le soleil est une source
intermittente, le rendement est assez faible (20 %) et le stockage problématique. En outre, les
panneaux ont une durée de vie limitée d’une vingtaine d’années et il faut leur trouver une filière
de recyclage efficace.
Le nucléaire occupe quant à lui une position parfaitement ambiguë. D’un côté, certains l’aiment
parce qu’il est relativement propre au niveau du CO2. Mais la problématique des accidents
(Tchernobyl, Fukushima) et de l’élimination des déchets le rend infréquentable pour d’autres. La
Suisse a décidé de s’en passer, mais à une échéance prudemment non fixée …
Autre casse-tête, l’électricité « propre » de nos barrages se met à coûter bien plus cher que les
kWh offerts sur le marché européen. Que souhaite le peuple : payer moins l’électricité étrangère
provenant de centrales nucléaires ou au charbon ou payer le prix de notre production locale ?
Contre toute attente, c’est peut-être le charbon qui pourrait refaire surface comme alternative
acceptable de transition. D’ailleurs, il couvrait encore en 2012 près de 30 % des besoins en
énergie de la planète, contribuant en particulier aux 40 % de la production d’électricité. Comme
les autres agents, il a sa face sombre.
Au cours des 19ème et 20ème siècles,
les coups de grisou et les
effondrements de galeries de mines
ont causé la mort de plus d’un million
d’hommes. Mais il a le vent en poupe
dans certains pays, notamment
l’Allemagne. Le fait que les réserves
existantes,
énormes,
soient
disséminées dans quelque 70 pays
crée aussi moins de dépendance
économique entre Etats, ce qui est un
atout non négligeable.
N’oublions pas non plus les huiles de
chauffage, l’essence et la cohorte de
produits dérivés du brut sur lesquels
on a tapé dur au nom de l’écologie.
Bien sûr, cette énergie produit du
CO2, mais en attendant mieux, elle
reste un pilier indispensable de notre
3
approvisionnement qui ne saurait être exclu comme énergie de transition. En outre, des progrès
techniques considérables ont amené sa composition tout comme sa combustion à un niveau
remarquable de propreté. Les domaines de la mobilité ou du bâtiment illustrent très bien ces
propos, le développement de leur technologie permettent en effet d’obtenir des résultats bien
plus probant que toute auto restriction ou renchérissement au niveau national. Enfin, le
consommateur bénéficie réellement des prix du marché, mieux que tous les autres agents, et les
conditions actuelles du marché rendent cette énergie particulièrement attractive et compétitive.
CONCLUSION
On le voit, la préservation du climat de la terre est une équation qui a tant d’inconnues
scientifiquement non maîtrisables que l’on ne peut faire de pronostic exact en ce qui concerne les
énergies qui, à l’avenir, éclaireront et chaufferont les générations futures. Nulle ne doute que des
solutions seront trouvées d’une manière ou d’une autre et le politique n’est pas en reste pour
faire des propositions. Les Verts suisses ont par exemple lancé, en automne 2012, une initiative
populaire visant à réduire, d’ici 2050, notre empreinte écologique d’un tiers par la revalorisation,
l’économie circulaire, l’emploi de matériaux renouvelables ou biodégradables. On devrait voter à
ce propos cette année. D’autres mouvements préconisent le retour à une économie de proximité,
voire carrément une « décroissance » économique. On pointe aussi du doigt l’obsolescence
programmée, qui conduit effectivement à un intense gaspillage énergétique. Bref, on assiste à
une prise de conscience populaire intéressante, mais les solutions proposées devront être mise à
l’épreuve des cultures, des habitudes sociales et des structures politiques. Affaire à suivre !
Impressum :
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C/o CCIG – Case postale 5039 – 1211 Genève 11
Tél. +41 (0) 22 819 91 11 – Fax. +41 (0) 22 819 91 00
info@geneve-energie.ch
Bulletin trimestriel envoyé aux membres et amis de notre Association
CCP Genève-Energie: 12-12301-9
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