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Actualité scientifique n°494

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Actualité scientifique
L’histoire des hautes terres revalorisée
Février 2016
N°494
Village rmet au nord-ouest du Laos. (© IRD / O. Evrard)
En Asie du Sud-Est, les zones de montagne concentrent souvent pauvreté et
moindre développement. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Des chercheurs de
l’IRD et leurs partenaires ont en effet découvert deux anciens ateliers
métallurgiques dans les hautes terres au nord-ouest du Laos, en activité jusqu’au
9e siècle de notre ère. La découverte de ces vestiges archéologiques et les récits qui
leurs sont associés dans la tradition orale des Rmet, qui vivent désormais sur ce
territoire, permettent de réécrire en partie l’histoire de la région. Avant
l’émergence des principautés tai dans la vallée du Mékong, les hautes terres, loin
d’être isolées comme aujourd’hui, s’inscrivaient dans un continuum culturel,
économique et technologique sur les deux rives du fleuve.
Bon à savoir
Le peuple des Rmet demeure peu connu des ethnologues et des historiens. Les Rmet comptent environ
20 000 personnes vivant dans les hautes terres du nord du Laos. Ils vivent de la culture du riz sur
brûlis et de l’émigration temporaire pour travailler en ville, généralement en Thaïlande.
Leur tradition est exclusivement orale, car ils n’ont pas d’écriture propre, mais la plupart des villageois
connaissent le script lao.
Contact / Abonnement – fichesactu@ird.fr
Direction de la communication et du partage de l’information – Institut de recherche pour le développement (IRD)
Une découverte archéologique
Et si les populations des montagnes en Asie du Sud-Est n’avaient pas toujours été pauvres et isolées
comme aujourd’hui ? Et si elles avaient aussi été des centres économiques importants il y a plusieurs
siècles ? Ce sont les nouvelles hypothèses que permettent de poser des travaux qui viennent d’être
publiés dans la revue Journal of Southeast Asian Studies, suite à la découverte de traces de fours à
métaux au nord-ouest du Laos. Les fouilles archéologiques, menées en 2010 puis en 2013 par une
équipe de l’IRD et de ses partenaires, confirment l’existence de deux anciens ateliers métallurgiques.
La datation à la thermo-luminescence des outils mis au jour lors de ces fouilles montre qu’ils sont
restés en fonction jusqu’au 9e siècle de notre ère.
Deux sites mythiques de production
Qui étaient ces métallurgistes ? Pour qui produisaient-ils du fer ? Et pourquoi leur activité s’est-elle
arrêtée il y a environ 1 200 ans ? Pour le comprendre, les ethnologues ont interrogé la tradition orale
des Rmet, qui vivent aujourd’hui sur ce territoire. Ceux-ci font référence à une population ancienne,
appelés les Chueang Lavè, qui produisait des objets en bronze (bien que seule une production de fer
puisse être attestée par les fouilles menées) tels que des colliers, des bracelets et les tambours de
bronze rituels d’Asie. Ils désignent deux sites majeurs : l’un, près d’un abri sous roche, où étaient
fabriqués les objets ; l’autre à la confluence de cours d’eau, où avaient lieu les échanges commerciaux.
Un héritage non revendiqué
L’héritage de cette ancienne production métallurgique a entièrement disparu aujourd’hui chez les
Rmet, même si l’on observe encore, comme chez d’autres groupes ethniques, des activités liées à la
forge telles que la fabrication ou la réparation d’outils. Les Rmet rejettent toute filiation avec les
Chueang Lavè, qui, disent-ils, pratiquaient les sacrifices humains et le cannibalisme… Les mythes
racontent que les Chueang Lavè auraient quitté le pays par une porte magique dans l’abri sous roche
près de leur atelier. Cette trame mythologique se retrouve par bribes chez d’autres peuples
montagnards, et elle est associée plus largement à un ensemble de mythes relatifs au métal et aux
fameux tambours de bronze. On observe également chez les Rmet des éléments tels que des
mégalithes ou des pratiques funéraires spécifiques aux anciennes zones de production de métal.
Le déclin des Chueang Lavè
Les chercheurs ont une autre interprétation pour expliquer le déclin des Chueang Lavè. Il serait lié à
des facteurs techniques, tels que l’épuisement du minerai ou du bois, démographiques et sociaux,
entraînant un manque de main-d’œuvre, ou encore économiques et géopolitiques, comme la
modification des routes commerciales ou l’accès à du minerai de meilleure qualité ou de meilleur
marché… Cette période correspond en effet au développement d’une production massive de fer en
provenance de Chine, ainsi qu’à l’émergence des principautés tai le long du Mékong, modifiant
l’équilibre entre les hautes terres et les plaines pour les siècles suivants.
Mettre en commun les données des archéologues et des ethnologues contribue ainsi à réécrire
l’histoire de l’Asie du Sud-Est du point de vue des hautes terres. Jusqu’à présent, les seuls
témoignages historiques provenaient des écrits des Tai, à partir des 12e et 13e siècles de notre ère.
Partenaires
Références
CNRS, Lao Academy of Social Sciences, Heidelberg
University.
Evrard Olivier, Pryce T. O., Sprenger G.,
Chiemsisouraj C. Of myths and metallurgy:
archaeological and ethnological approaches to upland
iron production in 9th century CE northwest Laos.
Journal of Southeast Asian Studies, 2016, 47 (1), p.
109-140. DOI: 10.1017/S0022463415000491
Contact scientifique
Olivier Evrard, chercheur à l’IRD T. +33 (0)6 31 73 68 71 ; olivier.evrard@ird.fr
UMR PALOC (IRD / Muséum National d'Histoire Naturelle)
Contact / Abonnement – fichesactu@ird.fr
Direction de la communication et du partage de l’information – Institut de recherche pour le développement (IRD)
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