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Aérien - Journal du Mali

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dossier Transport aérien : le mali déploie ses ailes
Spécial 12 pages
Journal
du
Mali
L’hebdo
www.journaldumali.com
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
FINAGRI
FINANCER L’AGRICULTURE
MÉNINGITE
L’ÉPIDÉMIE QUI INQUIÈTE
TAXI TIGUI
CHRONIQUES BAMAKOISES
IBK À MI-MANDAT
LE TEMPS DE
L’ACTION
GRATUIT
Ne peut être vendu
Le Président aborde le tournant
de son mandat avec des acquis,
mais encore nombre de défis.
Qu’il est temps de relever.
Focus
2
l’Événement
Journal du Mali - l’Hebdo
Politique
Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Afrique & Monde
Le combat continue
A
près un numéro 100% féminin paru la semaine dernière, pour cause de journée internationale des droits de
la Femme, l’auteur de ces lignes
a retrouvé son fauteuil d’éditorialiste, victime d’un intermède
au cours duquel les femmes de
la rédaction avaient pris le pouvoir. L’ordre « constitutionnel »
est désormais rétabli, la nature
a repris ses droits, et Journal du
Mali redevient normal. « Quoi ??
Quel macho !! », ne manqueront
pas d’éructer les plus féministes
d’entre vous. Et même les autres.
Pourtant, au risque de perdre
des lectrices, c’est assumé ! Car
reconnaissez qu’une fois passée
la journée du 8 mars, ses grands
rassemblements et événements
folkloriques, ses traditionnels discours qui varient peu d’une année
à l’autre, et ses pagnes hauts en
couleurs (celui de cette année
était d’ailleurs particulièrement
réussi), le soufflet retombe, et que
pas grand chose ne se passe…
Jusqu’à la prochaine édition. Perfides, les hommes maliens l’ont
bien compris, et c’est pour cela
qu’ils souscrivent si facilement,
voire même avec enthousiasme,
à financer et participer aux célébrations annuelles, conscients
que leurs mères, épouses, sœurs
et filles se contentent finalement
de bien peu : une seule journée
par an, alors que c’est tous les
jours que leurs droits devraient
être affirmés et respectés. Voilà,
c’est dit ! Certains penseront désormais que je suis un vendu, un
traitre prêt à sacrifier certaines
valeurs sociétales maliennes sur
l’autel de l’égalitarisme à l’occidentale. Décidemment, il est bien
difficile de plaire à tout le monde...
Société
Économie
Politique
l’Événement
Focus
10 000
c’est le nombre d’enfants non accompagnés qui ont disparu parmi les réfugiés et
migrants en Europe sur les 18 à 24 derniers mois, dont environ la moitié en Italie
selon Europol.
ILS ONT DIT...
RENDEZ-VOUS
• « Il y a là je le pense, une opportunité historique, à bien des égards, pour
concrétiser, accélérer encore cette dynamique positive, fragile bien sûr, mais
positive que nous voyons à l’œuvre dans
l’ensemble des domaines. ». Ambassadeur François Delattre, co-président
du Conseil de Sécurité, à l’issue d’une
mission au Mali.
1 10 mars 2016 :
« Le médecin malgré lui » ou « Diagoya
dokôtôrô » de Molière - Par la Compagnie Anw jigi Art à l’Institut français de
Bamako à partir de 20h30.
• « Une femme, pour qu’on la reconnaisse, doit travailler. Quand on ne travaille pas, il ne faut pas demander ce
qu’on ne mérite pas ». Colonel Néma
Sagara, à l’occasion du 8 mars.
• « Ali Farka Touré est parti de la musique
traditionnelle et a trouvé le moyen de la
communiquer à ceux qui sont en dehors
de sa tradition ». Nick Gold de World
Circuit Records, le label de ses débuts,
à l’occasion des 10 ans de son décès.
2 12 mars 2016 :
Finale du Concours Mathlogique organisé par le Collège Horizon - Hôtel Radisson Blu – Bamako.
3 24 au 30 mars 2016 :
Festival international artisanal culturel de
Sikasso - Stade municipal de Sikasso.
4
27 au 30 mars 2016 :
Rencontre quadripartite à Kidal en
présence du Premier ministre Modibo
Kéïta.
Un jour, une date
12 mars 2011 : Marche de soutien du parti SADI à Khadafi à Bamako.
John Dramani Mahama, le président ghanéen, a levé le visa
pour les ressortissants des 54 pays africains se rendant au
Ghana.
Lacine Diawara, président du BIPREM, une association fabriquée de toutes pièces qui a fait un “coup de com” en déposant une plainte irrecevable contre le Président IBK devant
la Haute Cour de Justice.
LA PHOTO DE LA SEMAINE
© Sébastien Rieussec
édito
UP
Sports
DOWN
Culture
Mahamadou Camara
mcamara@journaldumali.com
La Place Ali Farka Touré à Lafiabougou a été inaugurée lundi 7 mars, dix ans après le décès de l’artiste.
Journal du Mali - l’Hebdo
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Focus
l’Événement
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Société
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Culture
mi-mandat : des acquis et de nomb
« Maliennes et Maliens ! J’ai compris votre message. Il m’est allé
jusqu’au fond de l’âme. Je prends
l’engagement de le traduire désormais au quotidien, pour l’honneur du Mali, pour le bonheur des
Maliens ! » Alors qu’il entame la
seconde moitié de son mandat, ces
mots prononcés par Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), lors de son discours d’investiture en septembre
2013, semblent aujourd’hui éloignés du vécu quotidien d’une
bonne partie de la population.
Même si des efforts conséquents
ont été faits pour relancer l’économie, remettre l’armée à niveau, et
poursuivre le programme de développement des infrastructures, les
attentes des Maliens sont encore
loin d’être comblées.
Une opinion publique insatisfaite
À
deux ans et demi de la prochaine élection présidentielle,
trois Premiers ministres, six
gouvernements et deux déclarations
de politique générale plus tard, la déception a gagné une partie de la population, y compris dans la majorité,
comme l’atteste une enquête d’opinion effectuée en septembre dernier
par l’institut de sondage GISSE. Elle
révèle une insatisfaction populaire,
avec une note de 4,58/10 décernée
à la gestion globale du pays. Du côté
de l’opposition, on est beaucoup
plus catégorique : « la gouvernance
du président IBK n’a pas apporté de
solutions aux préoccupations légitimes de la population malienne », explique Maître Demba Traoré, responsable de la communication à l’Union
pour la République et la démocratie
(URD). Le principal parti de l’opposition fustige un « pilotage à vue du
pays, sans aucun cap défini au préalable et sans aucune réforme sérieuse
en matière de politique publique pour
les populations ». Le Kankelentigui,
(« l’homme de parole »), comme le
surnomment encore ses partisans, à
fait campagne sur des thèmes forts
et fédérateurs : règlement de la crise
4
Journal du Mali - l’Hebdo
Le Présidenrt Ibrahim Boubacar Kéïta, investi le 4 septembre 2013, dispose de 30 mois pour donner envie aux
du Nord, lutte contre la corruption, res- paix et la réconciliation issu du procestauration de l’autorité de l’État. L’insatis- sus d’Alger a certes été laborieuse, mais
faction relayée par l’opposition est donc elle a eu le mérite de faire taire les armes.
corollaire à l’immense espoir soulevé au « Pendant deux ans et demi, le Président
moment de son élection en 2013. Seule- de la République a préservé l’unité natioment, « les problèmes du pays dont nous nale, la forme laïque et républicaine du
avons hérité ne pouvaient nous permettre Mali », explique Racine Thiam, directeur
de réaliser des miracles à
de la communication et des
court terme », tempère l’un
relations publiques à la pré« Son bilan à mi-mandat
des ses proches collaborasidence. Toutefois, la mise
est en demi-teinte, mais
teurs. L’état de l’armée, huen œuvre lente de l’accord
il ne faut pas céder au
miliée à plusieurs reprises,
peut compromettre les espessimisme, et se tourla démobilisation de l’admipoirs de voir la paix s’insner vers ce qu’il reste
nistration, l’affaissement de
taller sur le long terme. Le
à faire pour la suite du
l’autorité de l’État, la ganrisque est en effet grand de
mandat »
grène de la corruption, les
voir les combattants des
contraintes budgétaires, et
groupes armés rejoindre
la crise du Nord, sont des
à nouveau les terroristes,
réalités qui viennent logiquement atté- voire même de repartir en rébellion,
nuer les jugements parfois sévères.
faute d’alternative. Surtout quand Iyad
Ag Ghaly, leader d’Ançar Dine, ne cesse
La sécurité et le Nord, des épines dans de menacer la paix, comme il vient de le
le pied d’IBK
faire concernant le forum devant se tenir
fin mars à Kidal, en présence du Premier
« Son bilan à mi-mandat est en demi- ministre. Les récents attentats au Niger
teinte, mais il ne faut pas céder au pes- et au Burkina Faso ont eu pour consésimisme, et se tourner vers ce qu’il quence de mettre à jour les critiques de
reste à faire pour la suite du mandat », ces voisins qui, anxieux à l’idée de voir
décrypte une éditorialiste de la presse les terroristes du Nord du Mali débarquer
écrite. Depuis la crise de 2012, les auto- chez eux, pointent du doigt « l’immobirités maliennes doivent faire face à deux lisme malien ».
chantiers majeurs : le retour de la paix et Comme exprimé dans l’enquête « Malil’amélioration de la sécurité sur tout le Mètre » publiée en juillet 2015 par la Fonterritoire. Sur le premier point, des avan- dation Friedrich Ebert, 71,7% des sondés
cées majeures sont à noter. La signature considèrent que l’insécurité est le prinen mai et juin 2015 de l’Accord pour la cipal défi auquel le gouvernement doit
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Sports
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Société
Économie
Politique
mbreux défis
x Maliens de lui accorder un nouveau bail.
REPÈRES
11 août 2013 : Ibrahim Boubacar
Keïta remporte le second tour de la
présidentielle avec 77% des voix.
4 septembre 2013 : Investiture
officielle.
5 septembre 2013 : Nomination
de Oumar Tatam Ly au poste de
Premier ministre.
5 avril 2014 : Moussa Mara succède à Oumar Tatam Ly.
8 janvier 2015 : Modibo Keïta
devient le 3ème chef du gouvernement.
Mars 2016 : Signature de l’Accord
pour la paix et la réconciliation.
Mai et juin 2015 : Signature de
l’Accord pour la paix et la réconciliation.
Juillet 2018 : Date prévisionnelle
du premier tour de la prochaine
présidentielle au Mali.
Journal du Mali - l’Hebdo
faire face. « La situation sécuritaire s’est
dégradée, pour preuve les nombreuses
attaques perpétrées dans le nord.
Bamako qui était une ville plutôt sûre
n’échappe plus au terrorisme », ajoute
le correspondant d’un média étranger.
L’adoption d’une loi d’orientation et de
programmation militaire au début 2015,
une première dans le pays, a été un début de réponse. Elle prévoit 1 230 milliards de francs CFA sur cinq ans pour
faire passer les effectifs de 10 000 à 20
000 hommes et acquérir du matériel. Des
blindés et semi-blindés, six hélicoptères
Super Puma, six avions légers d’attaque
de fabrication brésilienne, et un avion de
transport de troupes ont été ou sont en
cours de commande. Des efforts à saluer, même si de vastes zones échappent
à tout contrôle, notamment hors des
principales villes, ce qui permet au banditisme, aux conflits entre communautés
et au djihadisme de prospérer. Pour Racine Thiam, « le rééquipement des forces
armées nationales a atteint un niveau
satisfaisant leur permettant d’assurer
leur mission régalienne ». La lutte contre
la grande criminalité, et notamment le
trafic de drogue, n’a pourtant pas donné
de résultats probants, au point de gangréner l’État, comme l’a reconnu IBK
lors de la cérémonie des vœux 2016.
« Le Mali n’est jamais tombé aussi bas,
même sous la gouvernance de ses prédécesseurs. Il n’y a plus d’autorité, alors
qu’IBK était considéré, quand il était
Premier ministre, comme un partisan de
l’ordre et de l’autorité », déplore Moriba
Dabo, en charge de la communication de
Jamaa, un parti membre de la majorité.
« Le président est trop gentil. Pour que
ça bouge, il faut du sang sur les murs »,
commente un diplomate de la place.
« Nul ne sera au-dessus de la loi »
Selon beaucoup, l’autorité de l’État
aurait dû faire son retour en 2014, qui
devait être, selon le président, « l’année
du combat contre la corruption ». Les
attentes étaient fortes, tant la corruption
s’est incrustée dans la gestion publique
depuis longtemps. Pourtant, les rapports
annuels du Vérificateur général pointent
publiquement les dysfonctionnements
de l’administration. « Le mode de gouvernance du Président IBK est le point
l’Événement
Focus
3 QUESTIONS À
Souleymane DE
Professeur de droit constitutionnel
à l’Université de Bamako
JDM-L’hebdo : Quel bilan
1 faites-vous à la moitié du
mandat d’IBK ?
Le mi-mandat est une échéance
importante. Elle permet de jauger
l’action du pouvoir et déterminer si
celle-ci va dans le sens de ce qui
est attendu. Si l’on considère le
programme proposé en 2013 et ce
qui a été réalisé, on peut effectivement être dubitatif quant à la direction prise par le pouvoir IBK. Il y a
quelques avancées, noyées dans un
océan de contestation. Et c’est malheureusement le ressenti général à
ce terme. Mais il reste encore une
moitié de mandat pour mieux faire
et peut-être engranger les fruits de
ce qui a été entamé.
2
Qu’est-ce qui doit être amélioré ?
Des efforts de communication,
d’explication de la gestion de l’État
seraient bénéfiques. Les choses
bougent un peu de ce côté-là, mais
sans réellement rencontrer le succès attendu. La gouvernance est
également un défi majeur, surtout en
ce qui concerne la transparence de
l’action gouvernementale.
3
À quoi s’attendre pour cette
deuxième partie de mandat ?
Il est clair que le travail commence
pour la réélection. C’est bien
l’échéance qui est en ligne de mire
et le Président n’a pas caché son
ambition de rempiler. Tout ira donc
dans ce sens, avec certainement
de nombreuses annonces et les
dividendes des projets lancés. Mais
il faut s’attaquer, maintenant que
les pas vers la paix se précisent, à
l’amélioration des conditions de vie
des Maliens.
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Focus
l’Événement
Politique
qui soulève le plus de questions.
Après les scandales dits de l’achat
des équipements militaires, de l’acquisition de l’avion présidentiel et des
engrais frelatés, l’image de l’exécutif
est sérieusement écornée. D’autant
qu’il n’y a eu aucun procès anti-corruption depuis le début du mandat »,
explique Ramata Diaouré, journaliste
au bi-hebdomadaire le 22 septembre.
Le salut par l’économie ?
Sur le plan économique, le pouvoir
peut se targuer d’avoir fait repartir
la croissance, qui a dépassé 7% en
2014 et 5,4% en 2015, contre seulement 2,1% en 2013. La bonne tenue
de la production agricole y est pour
beaucoup, notamment grâce à la décision du président de porter le budget de ce secteur à 15%. Quant au
budget global de l’État, il est passé
de 1 465 milliards de francs CFA en
2013, à plus de 2 000 en 2016, dont
500 milliards prévus pour les investissements. Selon Racine Thiam, « des
résultats encourageants ont été enregistrés dans la mobilisation des
ressources internes, et les services
de l’assiette (douanes et impôts) ont
mobilisé pour la première fois plus
de 1 000 milliards de francs CFA en
2015 ». Cette gestion macro-économique a été saluée par les bailleurs de
fonds, après la brouille de 2014, et a
Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
redonné au gouvernement des marges de Quant à l’éducation nationale, en crise
manœuvre, grâce à la relance de la coo- depuis des décennies, elle attend encore
pération internationale. La conférence de la grande réforme qui permettra au Mali
l’OCDE tenue en octobre 2015, où 3 mil- de former des cadres, des employés et
liards d’euros d’appui ont été annoncés, des ouvriers capables de s’insérer dans
en est l’une des illustrations. Cela dit, le tissu économique.
ces résultats n’ont pas encore permis de
créer massivement des emplois, même si Pour réussir tout cela, beaucoup
le gouvernement affichait un total de 78 conviennent que le premier « chantier»
000 créations à fin 2015, ni comblé les est celui de la présidence elle-même. « attentes des populations en matière de Le président est de bonne foi et veut réuspouvoir d’achat, malgré la hausse signi- sir. Mais tout dépend des hommes et des
ficative du salaire minimum, passé à 40 femmes avec qui il va gouverner », com000 francs CFA au 1er janvier 2016, et les mente un observateur membre du parti
efforts pour limiter la hausse
présidentiel. Pour certains,
des denrées de première nél’équipe actuelle, incarnée par
« Le président est le Premier ministre Modibo
cessité.
Au niveau des infrastructures de bonne foi et veut Keïta, bien que remaniée à
de développement, les pro- réussir. Mais tout plusieurs reprises, mériterait
jets amorcés sous Amadou dépend des hommes d’être complètement revue.
Toumani Touré (ATT) suivent et des femmes avec « Il s’agissait d’un gouverleurs cours ou ont été inau- qui il va gouverner. » nement de mission qui avait
gurés, tels que les routes
pour objectif de parvenir à un
(Bamako-Ségou), les hôpitaux
accord de paix. Aujourd’hui,
(Mopti), les centrales électriques (Felou, il faut d’autres personnalités qui peuvent
Koro, Bankas), la station de pompage et faire bouger ce pays-là, et ça ne manque
le campus universitaire de Kabala, et les pas », ajoute un cadre de l’opposition.
programmes de logements sociaux, bien Si rien ne semble perdu, une chose est
que l’objectif de 50 000 nouvelles habita- sûre, l’actuel locataire de Koulouba a les
tions semble inatteignable.
cartes en main et devra jouer une partie
La lutte gagnée contre Ebola en 2014, serrée pour réussir son mandat, et peutavec l’appui de l’OMS, a montré l’effica- être amorcer le second.
cité d’un État mobilisé contre une menace
mortelle, mais elle ne doit pas masquer la
Olivier DUBOIS & Modibo FOFANA
faiblesse, voire l’absence de structures
sanitaires adaptées sur tout le territoire.
LE DÉBAT
Si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, voteriez-vous IBK ?
CONTRE
Guillaume Mamadou
Abdoulaye Nantoumé
POUR
Hachim Diallo
Conseiller juridique de
Ingénieur gestionnaire
l’agence de communication
de projets à Paris
Panelcom
IBK a été élu parce que le peuple espéJe n’ai jamais eu confiance en ce Prérait une bonne prise en main de la gousident. Et son incapacité notoire à trouvernance du pays. Aujourd’hui, le tableau
ver une solution aux problèmes des Man’est pas reluisant, mais le problème est
liens me prouve que je ne me suis pas
que, de tous les autres acteurs politiques, je ne vois pas
trompé. Je veux parler de la corruption, du népotisme et
qui ferait les choses autrement. Il faut reconnaître que le
de la crise du nord. D’ailleurs, il faut reconnaître qu’IBK a
contexte est difficile et que les hommes ne sont pas à la
bénéficié des circonstances car le putsch perpétré par le
hauteur. S’il fallait voter aujourd’hui, je voterai blanc ou
capitaine Sanogo a énormément participé à son élection.
je choisirais IBK. Par défaut, mais aussi pour lui donner
L’année qu’il a décrété « année de lutte contre la corrupune autre chance de tenir les promesses qu’il a faites au
tion » s’est transformée en une année de promotion accépeuple qui l’a choisi à 77%.
lérée, de détournement de fonds et d’impunité. IBK peut
donc compter sur toutes les voix, sauf la mienne.
Propos recueillis par Moussa MAGASSA
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Journal du Mali - l’Hebdo
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Culture
Sports
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Société
Économie
Politique
l’Événement
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Focus
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Politique
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Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Zouré Fadimata Maïga
La politique en héritage
Neuvième vice-présidente
de l’ADEMA-PASJ et 1ère
vice-présidente du mouvement des femmes au
sein de ce parti, Zouré
Fadimata Maïga est une
militante de la première
heure du Mali démocratique.
M
adame Zouré est une
femme à la riche carrière politique. Très
jeune, elle hérite du virus de
la politique de son père Djibrila Maïga, cadre du parti de
l’indépendance,
l’US-RDA.
Elle milite dès 1989, aux côtés
de Sy Kadiatou Sow, dans
l’association ADEMA et participe à la création du parti.
Très active sur le terrain, elle
quitte cependant la Ruche en
1999, déçue par la guerre des
clans que s’y livrent certains
militants, et décide alors de
se retirer de la vie politique,
ne retrouvant plus les valeurs
qui l’ont poussée à s’engager.
Mais c’est finalement Bocary
Treta, alors secrétaire exécutif démissionnaire du parti de
l’Abeille, qui la convainc de
faire chemin ensemble pour
créer Espoir 2000 qui deviendra par la suite le Rassemblement pour le Mali (RPM), parti
du futur président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Grâce à son sens de
l’ouverture et son dynamisme,
elle prend vite du galon au
sein du nouveau parti et en
devient un membre influent.
Mais en 2004, son parcours
politique prend un nouveau
tournant, lorsque Dioncounda
Traoré, président de l’ADEMA
et Boubacar Bah décident de
redresser le parti de l’Abeille
Journal du Mali - l’Hebdo
et rappellent les anciens, dont
Tiémoko Sangaré et Madame
Zouré. Un aller retour qui laissera des traces dans ses relations avec les membres du
parti majoritaire qu’est devenu le RPM.
Celle qui rêvait de faire médecine, garde un esprit très cartésien. Le travail étant la clé
de la réussite, elle se lance
parallèlement, après son bac
obtenu en 1973, dans des
études en biologie à l’INSUP,
et en télécommunications,
une filière qui fermera malheureusement pour défaut d’effectifs. Une opportunité lui est
alors offerte d’étudier la gestion financière. Son diplôme
en poche, elle devient comptable guichet de la Poste et
gravit les échelons. Après 17
ans de service comme chef
de guichet, elle s’envole pour
la Côte d’Ivoire où elle obtient
un master II en télécommunications et poste en 1984. En
1996, elle rejoint l’équipe du
ministère du Plan et en devient le chef de cabinet.
En 2008, alors que la bataille
de leadership fait rage au sein
de la section ADEMA de la
commune VI, la militante décide de retourner dans sa ville
natale de Ménaka dans la région de Gao où elle est élue, en
2009, secrétaire générale de
sa section et conseillère municipale. Postes qu’elle occupe
toujours. Nommée vice-présidente de la Commission d’organisation du Cinquantenaire
du Mali, elle prend la tête de la
jeune Agence nationale d’assistance médicale (ANAM) en
2011. Lors de la campagne
présidentielle de 2013, elle
soutient, voire « coache », le
candidat Dramane Dembelé,
arrivé troisième, et le pousse
ensuite à soutenir IBK pour
le second tour. Aujourd’hui, à
62 ans, elle se dit fière d’avoir
apporté sa touche à l’ANAM,
chargée des soins médicaux
aux indigents.
Modibo Fofana
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Focus l’Événement
Politique
Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
Finagri, le rendez-vous du financement
de l’agriculture
Le Salon du Financement
de l’Agriculture 3ème édition se tient du 8 au 10 mars
à Sikasso. Il a cette année
pour thème « Engageonsnous pour l’agriculture ».
EN BREF
La BRVM fait sonner
le genre
La Bourse régionale des
valeurs mobilières (BRVM)
a, à l’occasion de la célébration de la journée internationale du 8 mars et
du lancement du premier
club
d’investissement
féminin sur le marché de
l’UEMOA, fait sonner la
cloche de l’égalité des
genres. Le carillon a résonné à Dakar à l’unisson
avec 34 places financières
du monde qui participent
ainsi à l’appel de ONU
Femmes en faveur de
l’égalité homme-femme
dans le monde conservateur de la finance. La
BRVM s’est ainsi engagée
à concrétiser les actions
permettant d’atteindre les
objectifs de l’approche
genre.
BMS, N°1
À la suite de son conseil
d’administration,
tenu
le 7 mars, la Banque
malienne de solidarité
(BMS) a annoncé que
son capital social était
passé de 15,5 à 28,5 milliards de francs CFA, la
plaçant ainsi en tête des
banques maliennes en
termes de fonds propres.
L
e Salon du Financement
de l’Agriculture (FINAGRI) est un cadre de
rencontres entre les professionnels de la finance et les
acteurs de l’agriculture. Initié
par le réseau AgriProFocus, il a
pour objectif principal de provoquer le déclic entre producteurs et financiers. Au menu,
conférences
thématiques,
rencontres B2B et foire exposition permettent de créer des
contacts pour déboucher sur
des relations commerciales.
Des plans d’affaires sont soumis par les participants afin
de solliciter un financement
auprès des institutions financières présentes. Pour cette
troisième édition, qui se déroule à Sikasso, ce sont près
de 400 participants qui se
sont inscrits, dont 35 exposants. Au nombre de ceux-ci,
des banques, des institutions
de microfinance mais aussi
des entrepreneurs agricoles
venus exposer leurs produits.
« Nous nous satisfaisons de
l’augmentation du nombre
d’établissements
financiers
présents. Cela veut dire que la
mayonnaise a pris et que l’intérêt pour ce qui se passe dans
ce salon va grandissant », a
Le FINAGRI permet aux porteurs de projets d’obtenir des financements
déclaré le coordinateur AgriProFocus Mali.
« Le FINAGRI s’inscrit désormais comme un évènement
incontournable dans l’agenda
de la promotion de l’entreprenariat agricole », se réjouit
Idrissa Ba, coordinateur AgriProFocus Mali. Quelques 130
plans d’affaires font l’objet,
du 9 au 10 mars, d’échanges
professionnels avec « de fortes
chances de les voir financer,
car nous avons réussi à installer un climat de confiance
entre les entrepreneurs agricoles et les établissements
financiers », ajoute-t-il.
La particularité de l’édition
2016, qui s’est ouverte le jour
de la célébration de la journée
internationale des droits de la
femme, ce sont les sessions
de discussions sur le financement spécifique de l’entreprenariat agricole féminin. Les
échanges se sont déroulés en
présence de membres du Réseau des femmes opératrices
économiques. 3 000 visiteurs
ont arpentés les allées du salon, dont une grande majorité
de jeunes. AgriProFocus, avec
le soutien de son partenaire
l’Ambassade des Pays-Bas, a
cette année, soutenu la participation de jeunes venus de
Kayes, Ségou, Sikasso, Mopti
et Bamako.
AgriProFocus Mali fait partie du réseau social basé aux
Pays-Bas et actif dans 13
pays. Le réseau AgriProFocus
a pour vocation de soutenir
l’entreprenariat paysan, d’où
l’accent particulier mis sur les
organisations de producteurs à
la base pour le développement
de systèmes agro-alimentaires
durables. AgriProFocus s’emploie à créer les conditions de
synergie, de coopération et de
co-création pour développer
l’entreprenariat paysan.
Célia d’ALMEIDA
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Culture
Sports
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Société
Économie
Politique
l’Événement Focus
Sory Mall, un centre commercial digne de Bamako
Les travaux ont commencé et c’est en principe
début 2017 que Bamako
aura son premier « vrai »
centre commercial. Derrière ce projet d’envergure,
l’homme d’affaires Sory
Kemesso.
à
48 ans, Sory Kemesso
est un opérateur économique malien des
plus prolifiques en terme de
projets. Après avoir quitté, au
milieu des années 80, la boutique de filets de pêche que
tenait feu son père dans sa
ville natale de Konna (région
de Mopti), il se lance dans le
commerce intérieur, « avec
500 000 francs CFA remis
par mon père. J’allais au sud
avec des dattes que je vendais et j’achetais des céréales
que je remontais vendre », se
souvient-il. Depuis, il a tour à
tour été vendeur de cassettes
Journal du Mali - l’Hebdo
audio, puis revendeur de magnétoscopes et aussi d’habits
importés de Dubaï, avant de
créer Afric Communication
en 1999, sa première société,
spécialisée dans la vente de
matériel audiovisuel. « Parmi
mes clients, je comptais des
télévisions, des ministères,
des ONG, etc. », se satisfait-il.
Suivront une entreprise de distribution de produits pharmaceutiques, une société d’édition de manuels scolaires, et
une ferme piscicole.
En 2016, le projet qui focalise
les énergies du sérial entrepreneur, c’est le Sory Mall. «
J’ai voulu offrir à ma capitale
un centre commercial digne
de ce nom », explique Sory
Kemesso, qui a bénéficié
d’un soutien financier de la
Banque pour le développement du Mali (BDM), à hauteur
de 50%, pour ce chantier qui
coûtera environ 6 milliards de
nos francs. D’une superficie
de 10 000m², situé au cœur du
quartier des affaires ACI 2000,
comportant un immeuble
d’un étage et des parkings,
le Sory Mall entend offrir un
espace commercial convivial
et moderne, composé d’un
supermarché, de boutiques,
de restaurants, etc. Le centre
devrait être exploité par le
groupe français Casino, déjà
présent au Sénégal et en Côte
d’Ivoire. À ceux qui craignent
de voir des produits importés
envahir les rayons des futures
boutiques, au détriment de la
production locale, le Bozo bon
teint répond sans détour : « il
faut qu’on se mette au travail
pour proposer des produits
de qualité qui répondent aux
normes, afin que ces magasins acceptent de mettre
nos produits locaux sur leurs
rayons. Si nous ne travaillons
pas, nous allons devenir des
manœuvres dans notre propre
pays ». Ouverture prévue pour
le Sory Mall en janvier 2017.
Célia d’ALMEIDA
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
11
Focus l’Événement
Politique
EN BREF
Préavis de grève de
la CSTM
La Confédération syndicale des travailleurs du
Mali (CSTM) a déposé
un préavis de grève sur
la table du gouvernement. Le débrayage, qui
concerne plusieurs secteurs, est prévu pour 48
heures à partir du 21 mars
2016. Parmi les revendications : l’intégration
de tous les enseignants
contractuels des collectivités dans la Fonction
publique, l’amélioration
du plateau technique des
structures sanitaires, et
l’instauration d’un plan de
carrière pour les agents
non professionnels de la
santé en activité dans les
hôpitaux.
L’IUG paralysé par
une grève
Le comité syndical de
l’institut universitaire de
gestion a entamé hier une
grève illimitée. Les enseignants réclament plusieurs points notamment
le payement des arriérés
d’heures
supplémentaires d’encadrements,
le payement des frais de
surveillance. L’an dernier,
à la même période, un
mouvement
semblable
avait mis en danger l’année universitaire, rattrapée in extremis après un
cri de cœur des étudiants. Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
Retour inquiétant de la méningite
C’est dans la zone de Ouéléssébougou que se sont
déclarés de nouveaux cas
de méningite. Comme à
chaque début de saison
chaude, ils se multiplient,
et les décès aussi.
O
n se souvient de l’épidémie de 2015 au Niger, qui a causé la mort
de plus de 250 personnes.
Le Mali avait alors volé au
secours de ce pays frère, en
envoyant des milliers de doses
de vaccins, qui ont permis de
sauver des vies. Situé comme
son voisin dans la « ceinture
méningitique », dans laquelle
se trouvent 25 pays africains
dont plusieurs du Sahel, le
Mali est à son tour frappé par
un épisode épidermique de
cette maladie.
La méningite à méningocoques est une infection des
méninges qui affecte la membrane du cerveau. Elle peut
causer de graves lésions cérébrales et se révèle mortelle
dans 50% des cas si elle n’est
pas traitée. La transmission
bactérienne se fait d’une personne à l’autre par un contact
physique étroit et prolongé
(éternuement, toux rapprochée…), ou la promiscuité
avec une personne infectée.
La période d’incubation est
comprise entre 2 et 10 jours
pour une moyenne de quatre
Les enfants sont les plus touchés par l’épidémie de méningite.
jours. Les symptômes les plus
fréquents sont la raideur de la
nuque, une fièvre élevée, une
photophobie, un état confusionnel, des céphalées et vomissements. Cette année, le
bilan est déjà d’au moins six
enfants tués, sur une quinzaine
de cas avérés. L’épidémie sévit
dans deux villages proches de
Ouéléssébougou, une bourgade fortement peuplée de la
région de Koulikoro, à 80km de
la capitale Bamako. Les écoles
ont d’ailleurs été temporairement closes, le temps de circonscrire l’épidémie.
Depuis l’apparition de la maladie, il y a une semaine, le gouvernement a entrepris de rassurer les populations et a pris
des mesures pour protéger les
plus vulnérables, en l’occurrence, les enfants. Une campagne de vaccination a été
lancée et 23 064 personnes
ont ainsi pu être vaccinées
dans plus de treize villages.
Le département de la Santé a
également organisé la riposte
en déployant notamment une
équipe médicale d’intervention
rapide sur le terrain, en renforçant la surveillance épidémiologique, et en regroupant les
cas présumés au Centre de
santé de référence de Ouéléssébougou, pour une meilleure
prise en charge. La fourniture
de repas aux malades et accompagnants, le renforcement
des stocks de vaccins, médicaments et autres intrants,
l’élaboration et la diffusion de
messages d’information et de
sensibilisation en plusieurs
langues, ont enfin été organisés, en collaboration avec
l’OMS.
Kadiatou DIA
INFO DISPORA
10 Maliens à la 31ème exposition des artistes pour la liberté
Angers, ville jumelée à Bamako, abritera du 10 au 20 mars l’édition 2016 de l’exposition des
artistes pour la liberté organisée par le groupe 51 d’Amnesty International. L’évènement se déroulera dans les Salons Curnonsky, Place Maurice Sailland. Cette année, 10 artistes maliens
sont invités à y présenter leurs œuvres, grâce au soutien de l’Association Angers Jumelage.
Ce sont Ibrahim Ballo, Ladji Barry, Mohamed Dembélé, Kader Keïta, Drissa Konaté, MarieAnne Losso Dakouo, Boubacar Maïga, Souleymane Ouologuem, Hamdia Traoré et Seydou
Traoré. Au total, 93 artistes (peintres, sculpteurs, graveurs, photographes) exposeront plus de
150 œuvres, parmi lesquelles 21 maliennes, dont le bogolan intitulé « le guitariste » de Ladji
Barry, qui sert d’affiche à cette exposition. Tous les artistes se sont engagés à reverser 30%
du montant des ventes à Amnesty International, pour financer la recherche et l’action visant
à prévenir et faire cesser les graves atteintes aux droits de l’Homme partout dans le monde.
Célia d’ALMEIDA
12
Journal du Mali - l’Hebdo
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Culture
Sports
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Afrique & Monde
Société
Économie
Politique
l’Événement Focus
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13
Focus l’Événement
Politique
Dossier transport
Aérien
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
le Mali déploie ses ailes
Après des heures difficiles consécutives à la crise de 2012, le transport aérien semble reprendre
son rythme de croisière, participant ainsi à la relance de l’économie malienne. Développement,
infrastructures en cours de finalisation, certifications, les acteurs
publics et privés du secteur sont à
pied d’œuvre pour faire de Bamako, un véritable hub en Afrique de
l’Ouest. Il est temps pour le Mali
de redéployer ses ailes.
S
’il est un secteur dont la bonne
santé illustre celle d’une économie toute entière, c’est bien celui
du transport aérien. Au moment des
indépendances, les ambitions de faire
du Mali un pays émergent avaient mené
à la construction des premières infrastructures aéroportuaires dès 1958, ainsi
qu’à la création en 1964 d’une compagnie aérienne nationale, Air Mali. Les
premières difficultés rencontrées par le
jeune état malien ont fait péricliter en
1966 la jeune mais prometteuse société publique. De la nouvelle Air Mali en
2001, en passant par la Compagnie aérienne malienne (CAM) en 2005, rebaptisée Air Mali en 2009, les compagnies
nationales n’ont pas réussi à briller
longtemps dans le ciel malien. En 2012,
cette dernière, dont l’actionnaire de référence, aux côtés de l’État malien, était
l’Aga Khan, mettait la clef sous le paillasson, victime de ses faibles moyens,
d’un marché ultra concurrentiel et de
la chute du trafic passagers, consécutive à la crise. Cette fragilité de l’offre
nationale a profité aux compagnies
étrangères qui se sont multipliées sur
le terrain, Air France, Royal Air Maroc,
TAP, Turkish Airlines, et les africaines
Asky, Ethiopian Airlines, Kenya Airways,
ou encore Air Côte d’Ivoire, offrant ainsi
plusieurs offres de liaisons entre Bamako et le monde aux voyageurs et aux
opérateurs logistiques.
Coup de frein
Dans un passé récent, l’activité touristique, affaires et loisirs confondus, les
échanges commerciaux et les voyages
de la diaspora (6 000 passagers en
moyenne par an), drainaient, dans les
14
Journal du Mali - l’Hebdo
L’aviation civile malienne est en plein renouveau: nouveaux équipements, nouvelles normes, nouveaux acteurs
aéroports maliens un nombre de passagers quement pour le fret, alors que ce nombre
en constante augmentation. D’un peu plus avait atteint la vingtaine dans les années
de 300 000 en 2002, on pouvait en comp- 2000, avant la crise sécuritaire. Le renforter plus de 600 000 en 2008. Pour satisfaire cement des règles de contrôle et fouille
la demande, le nombre de compagnies des personnes et leurs bagages, l’acquisis’étaient multipliées, dépassant la ving- tion d’équipement de contrôle plus perfortaine, dont la compagnie nationale. Mais mant a contribué à ramener la confiance
après le faste des années 2000, la classi- en la destination Mali. À cela s’ajoutent les
fication du Mali par plusieurs chancelleries check-points sur les axes stratégiques de
occidentales en zone orange (déconseillée) la plate-forme aéroportuaire.
en 2010, puis rouge (dangereuse) en 2011,
a eu raison d’une fréquentation en pleine Une gestion normalisée
croissance. Mopti et Gao ont vu s’éteindre Dans le transport aérien les règles sont
la manne touristique. Une situation qui strictes et strictement obligatoires pour les
s’est aggravée avec la crise qui a débuté opérateurs, que ce soit en terme technique
en 2012. Ainsi, entre 2012 et 2013, la fré- ou de sûreté, explique Dominique Dreuil, diquentation des aéroports du
recteur général de la société
Mali avait baissé de moitié,
Assistance
aéroportuaire
hormis les vols militaires et L’utilisation de techno- du Mali (ASAM). De nomhumanitaires, opérés par la logies de pointe en ma- breuses structures interMINUSMA et les organismes tière de surveillance ou viennent dans le contrôle, le
humanitaires, et qui ont en de maintenance est éga- suivi et la coordination des
partie permis d’assurer la lement un signal rassu- activités aéronautiques et
survie de ces infrastructures, rant pour les opérateurs. aéroportuaires. Le premier
particulièrement à Tomboucresponsable de l’espace
tou, Gao et Mopti, où ils demeurent à ce aérien malien est l’Agence nationale de
jour les seuls à atterrir. Cela dit, la situation l’aviation civile (ANAC), qui doit garantir un
tend à se normaliser puisqu’avec 725 000 niveau de sécurité et de sûreté conformes
passagers en 2015, dont 95% à l’Aéroport aux normes internationales. Elle coorinternational Président Modibo Keïta-Se- donne l’activité de tous les autres acteurs
nou, le Mali retrouve un positionnement à savoir l’Agence pour la sécurité de la
antérieur à la crise.
navigation aérienne en Afrique et à MadaAujourd’hui, une quinzaine de compagnies gascar (ASECNA) et la Direction nationale
étrangères dessert Bamako, dont trois uni- de la météorologie. Des procédures sont
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Culture
Sports
Afrique & Monde
Société
Dossier transport
Aérien
Politique
l’Événement Focus
3 QUESTIONS À
s.
QUELQUES CHIFFRES
26 aérodromes et aéroports dont
6 internationaux et 5 aérodromes
privés.
95% du trafic aérien sur l’aéroport
de Bamako.
21 522 vols en 2015
724 747 passagers (arrivée et
départ) en 2015.
8 497 389 tonnes de fret (arrivée et
départ) en 2015.
en cours pour augmenter la crédibilité des
aéroports maliens, à travers l’obtention de
certifications IATA (Association internationale du transport aérien). La plus récente
est l’agrément RA3 obtenu par ASAM pour
la gestion du fret à destination de l’Union
européenne. Une mission d’audit a, après
examen du système de l’aviation civile,
estimé à 73,39% le taux de conformité aux
normes de l’OACI. Ce résultat place le Mali
en troisième position des États de l’Afrique
de l’Ouest et du Centre, et largement audessus de la moyenne mondiale, qui est
de 62%.
Les grandes ambitions de Bamako
Les ambitions des autorités maliennes
Journal du Mali - l’Hebdo
de faire du désenclavement du pays une
opportunité de développement ont mené à
augmenter le volume des investissements
dans la zone aéroportuaire. La construction de la nouvelle aérogare qui devrait être
inaugurée en mai prochain, permettra à
Bamako de recevoir jusqu’à un million et
demi de passagers par an, ce qui correspond au double de sa capacité actuelle.
L’utilisation de technologies de pointe en
matière de surveillance ou de maintenance
est également un signal rassurant pour les
opérateurs étrangers, mais aussi maliens,
puisqu’une nouvelle compagnie aérienne
malienne privée est en gestation.
L’une des clés pour améliorer les prestations est la qualité des ressources humaines. C’est pourquoi l’institut de formation aux métiers de l’aérien (IAMA) a été
créé en 2008. Par ailleurs, de jeunes ingénieurs sont en cours de formation à l’étranger pour venir renforcer le pôle maintenance en ligne de Bamako. Ils permettront
à ASAM d’offrir à toutes les compagnies
le service de maintenance de leurs avions
par des techniciens locaux très qualifiés,
et ainsi de faire des économies conséquentes. À ce jour, seule Royal Air Maroc
y a recours. Les Aéroports du Mali, selon leur Président
Directeur Général, le Colonel Daouda Dembélé, sont en pleine mutation. Ceux de l’intérieur comme celui de Bamako continuent
de subir des améliorations afin d’offrir les
meilleures prestations tant aux compagnies qu’aux usagers, tout en garantissant
un respect scrupuleux des normes établies. L’acquisition de matériel de dernière
génération et particulièrement de charriots
électriques pour les interventions sur le tarmac fait de Bamako un aéroport « propre ».
Kayes Dag Dag, réclamé depuis 2012 par
la nombreuse diaspora de la région, devrait
rouvrir courant avril. Quant à Mopti, Tombouctou et Gao, voire Kidal, ils recevront
eux aussi les soins nécessaires afin d’être
de nouveau disponibles pour les vols civils.
« Nous démarchons plusieurs compagnies,
afin de les attirer vers le Mali » ajoute-t-il.
Une réflexion est engagée pour réduire les
différentes taxes qui plombent le coût du
billet d’avion, Bamako est en effet une des
escales les plus chères de la sous-région.
Autant de perspectives qui laissent croire
que le ciel malien, malgré les difficultés,
devrait rester un endroit bien fréquenté.
Salif DIALLO
Directeur général de l’ANAC
JDM-L’hebdo : Quel est le
rôle de l’Agence nationale
de l’aviation civile ?
1
L’ANAC a pour mission de participer
à l’élaboration de la politique nationale en matière d’aviation civile et
d’en assurer la mise en œuvre et le
suivi, conformément aux normes de
l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et aux dispositions communautaires. Elle planifie,
coordonne et supervise l’ensemble
des activités de l’aviation civile, la
navigation aérienne et la météorologie aéronautique.
L’ANAC est en charge de la
certification des aéroports.
En quoi cela consiste-t-il ?
2
L’ANAC est l’autorité compétente
pour délivrer un certificat à l’exploitant d’aérodrome, en vertu des
règlements applicables, mais aussi
le Certificat de transporteur aérien
(CTA) ou Permis d’exploitation aérienne (PEA), délivré aux compagnies aériennes, qu’elles fassent du
transport de passagers ou du fret.
Si le processus de certification n’est
pas jugé satisfaisant, alors c’est un
refus. C’est arrivé avec la compagnie
Douniah Airlines, dont le PEA a été
retiré pour non respect des dispositions réglementaires d’exploitation.
3
Quelles sont les difficultés
rencontrées au quotidien ?
Le niveau de sécurité du pays a
un impact sensible sur le développement du transport aérien. Par
conséquent, nous faisons face à
une baisse des recettes de l’ANAC,
liées à la baisse du trafic depuis la
crise.
A.S
Abou Sidibé
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Focus l’Événement
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Politique
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Classement des aéroports ouest-africains en
nombre de passagers (2012)
Rang Afrique
Ville
Pays
Nbre Passagers
Evolution (%)
1
4
Lagos
Nigeria
7 186
6,3
2
12
Abuja
Nigeria
3 523
16,3
3
15
Accra
Ghana
2 424
25,6
4
21
Dakar
Sénégal
1 732
6
5
29
Abidjan
Côte d’Ivoire
562
48,6
6
45
Bamako
Mali
528
5,4
7
46
Praia
Cap Vert
498
6,1
8
47
Ouagadougou
Burkina Faso
485
20
9
49
Lomé
Togo
472
14,4
10
50
Cotonou
Bénin
466
8,5
Rang Afrique de l’Ouest
Source : International airport council (IAC)
En terme de trafic, l’aéroport de Bamako se classait en 2012 à la 6ème place au sein de la CEDEAO, et à la 45ème place au niveau africain, loin derrière le
leader Johannesbourg et ses 18,8 millions de passagers annuels, ou encore les aéroports du Maghreb (Le Caire, Casablanca, Alger, Tunis), ou d’Afrique de l’Est
(Nairobi).
FOCUS
Air Sahel prendra-t-il son
envol ?
En février 2014, les chefs d’État de
la Mauritanie, du Mali, du Niger, du
Burkina Faso et du Tchad, réunis à
Nouakchott, créaient le G5 Sahel.
Bien que le volet sécurité y prédomine, ce cadre institutionnel de coopération régionale se préoccupe
également du développement économique. « La création d’une compagnie
dénommée Air Sahel qui assurerait la
liaison entre les pays, est également
un volet du G5 », indique Zao Ahmed
Bamba, chargé de communication
du ministère de l’Équipement, des
Transports et du Désenclavement.
Deux ans plus tard, le dossier serait,
selon Bamba, en très bonne voie.
Une réunion est attendue dans les
jours à venir à Ouagadougou entre
les ministres des Transports du G5. Il
faut rappeler que chacun devra fournir un certain nombre d’avions pour
assurer les vols de façon régulière.
Si l’on ne se prononce pas sur une
date d’aboutissement du projet, on
reste néanmoins très optimiste face à
ce défi indispensable au désenclavement de la zone. Le tout est de savoir
si ce projet peut-être rentable, dans
un contexte concurrentiel ou Air Côte
d’Ivoire, Asky, ou les anglophones
Kenya Airways et Ethiopian Airlines
ont déjà plusieurs ailes d’avance.
18
Journal du Mali - l’Hebdo
Le calcul du prix d’un billet
L
es prix des billets d’avion varient
d’une compagnie à une autre, et
parfois même d’une minute à l’autre.
Pour les fixer, les compagnies ont mis en
place des systèmes très complexes et
sophistiqués, basés sur le « yeld management », à savoir la gestion tarifaire des
capacités disponibles, pour optimiser le
remplissage et le chiffre d’affaires. Plusieurs éléments entrent en compte dans
le calcul du prix. Tout d’abord, le prix du
billet fixé par la compagnie, qui doit couvrir ses coûts de personnel, l’amortissement et l’entretien de ses appareils, le
carburant, et le service à bord. Cela peut
représenter 30% à 40% du prix final du
billet, en fonction de la compagnie et la
destination. Il faut ensuite ajouter la surcharge carburant, qui doit permettre aux
compagnies de supporter les hausses de
prix du pétrole (kérosène), les dépenses
de sécurité et les primes d’assurances,
et qui peut atteindre jusqu’à 25% du
prix global. S’ajoutent ensuite les frais
d’émission ou de billetterie, liés à la vente
du billet, qui rémunèrent ainsi l’agence
de voyage émettrice, ou la compagnie, si
elle vend en direct. Ces frais atteignent au
maximum 10% du prix. Enfin, les taxes
aériennes : sécurité, sûreté, environnement, aviation civile, et taxe d’aéroports
ou redevance passagers. Depuis 2006,
la taxe de solidarité, dite taxe Chirac, qui
permet de financer des programmes de
lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose dans les zones en développement, est appliquée dans certains pays,
dont le Mali. Toutes ces taxes peuvent
composer jusqu’à 40% du prix du billet,
en fonction des destinations.
M.T
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Politique
l’Événement Focus
Turkish Airlines :
« Élargir votre monde »
C’est l’ambition de l’une des plus
vieilles compagnies européennes
qui a réussi, non seulement à se
maintenir, mais surtout à devenir
« la meilleur compagnie » du vieux
continent.
D
étenue à parts égales par l’État
turc et des capitaux privés, Turkish Airlines a été créée en 1933.
Au fil des années, elle a renforcé son
leadership sur les marchés européens
et mondiaux et se classe depuis une
dizaine d’années parmi les premières
compagnies du monde. Avec une flotte
de 233 avions (passagers et fret), elle
dessert plus de 239 destinations dans
le monde dans 113 pays. Son effectif
de près de 16 000 employés permet à
Turkish Airlines d’assurer 42 vols nationaux et 197 vols internationaux partant
de 33 aéroports, transportant au total
environ 40 millions de passagers par an.
Membre de Star Alliance, dont le leader
est l’allemande Lufthansa, la compagnie
a reçu de nombreux prix pour la qualité
de ses services comme par exemple, le
titre de «meilleure compagnie aérienne en
restauration à bord pour la classe économique», décerné en 2010 par Skytrax, et
affichait en 2014 un chiffre d’affaires de
11 milliards de dollars (+13%) pour un
bénéfice de 845 millions. Pour accompagner son développement, elle s’appuie
notamment sur les stars du ballon rond,
dont l’argentin Lionel Messi, l’un des fers
de lance de ses campagnes de communication.
C
ertaines compagnies étrangères
installées au Mali font le choix
d’ouvrir une agence qu’elles
gèrent directement, comme c’est le
cas de Royal Air Maroc par exemple.
D’autres choisissent cependant de se
reposer sur une structure locale existante afin de les représenter. Cette option permet de réduire les coûts tout
en bénéficiant d’une agence dédiée à
son enseigne. Si le personnel de comptoir porte l’uniforme de la compagnie, il
n’est cependant pas employé par elle,
mais par une société dûment immatriculée au Mali et surtout reconnue par
l’Association internationale du transport
aérien (IATA), et détentrice de l’agrément
General Sales Service Agent (GSSA). Le
réseau Air Promotion Group (APG), présent en Afrique de l’Ouest et du Centre
et dont le siège est à Paris, représente
trois compagnies aériennes au Mali: la
française Aigle Azur, Etihad Airways des
Journal du Mali - l’Hebdo
Émirats arabes unis et l’angolaise Tag.
S’il est possible de représenter plusieurs compagnies, « il est en revanche
indispensable qu’elles ne soient pas en
concurrence directe pour qu’il n’y ait
pas de conflits d’intérêt », explique Oumar Kouyaté, chargé du développement
chez APG et responsable de la représentation Aigle Azur. Le représentant est rémunéré par un système de commissions
qui peuvent aller de 1 à 9% en fonction
du contrat qui le lie à la compagnie. Des
supercommissions sur l’ensemble des
ventes, et en fonction de la catégorie
des billets (première, business, économie) peuvent également s’y ajouter. Les
services du représentant ne concernent
que la distribution et la promotion des
produits, le chef d’escale restant, la plupart du temps, directement employé par
la compagnie aérienne.
Aurélie DUPIN
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Célia d’ALMEIDA
FOCUS
L’alternative de la représentation
Outre l’aspect aérien, l’ouverture et le
développement d’une nouvelle destination passe, pour toute compagnie
aérienne, par l’enjeu stratégique de
la commercialisation de ses produits.
En Afrique, Turkish Airlines travaille activement à élargir sa présence. Elle est
ainsi passée de 4 à 44 destinations, et
envisage d’en ouvrir cinq autres courant
2016. Présente à Bamako depuis le 26
mai 2015, la compagnie a de grandes
ambitions pour la destination Mali. La
représentation doit quitter l’Aéroport
international Modibo Kéïta Senou pour
s’installer au plus près de ses clients,
dans la zone ACI 2000. Une intensification des vols est prévue dans un futur
très proche, avec plus de connexion
avec d’autres pays d’Afrique et dans le
monde. Convaincue que le « développement d’un pays passe aussi par le dynamisme de son paysage aérien, la compagnie a le souci de participer ainsi à la
relance économique du Mali », comme
l’explique Samil Kazakas, son vice-président en charge de l’Afrique subsaharienne.
Emirates, reculer pour
mieux voler ?
La compagnie Emirates Airlines devait,
le 24 octobre 2015, inaugurer la ligne
sans escale, Dubaï-Bamako. 4 vols
par semaine entre la Cité du désert et
l’aéroport Président Modibo Keïta-Sénou, devaient être opérés par un Airbus
A340-300 pouvant accueillir 12 passagers en première, 42 en classe affaires
et 263 en économie. Emirates entendait
stimuler les voyages d’affaires et de loisirs à destination et en provenance du
Mali, et offrir 13 tonnes de fret par vol.
Quelques jours avant le vol inaugural,
coup de théâtre, la compagnie annulait
l’inauguration et reportait le lancement
sine die. Emirates a justifié ce report
par des « raisons opérationnelles ». Il
semblerait que ce soit plutôt la situation
sécuritaire du Mali qui ait « refroidit »
la compagnie du Golfe. Zhao Ahmed
Bamba, chargé de communication au
ministère des Transports reste pourtant
confiant : « Emirates va revenir, c’est
planifié par l’ANAC ». Cette information, si elle se concrétisait, ferait de Bamako la 23ème destination desservie
en Afrique par la compagnie aérienne
classée numéro 1 en 2014.
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Focus l’Événement
Politique
3 QUESTIONS À
Dominique DREUIL
Directeur général de ASAM
JDM-L’hebdo : Présentez1 nous ASAM.
L’Assistance aéroportuaire du Mali
(ASAM) est une société de droit malien créée en 2008. Elle appartient
pour 51% à l’État, 30% à des investisseurs maliens, 4% à des salariés
et 15% à la société Europe Handling
Mali, qui est le prestataire technique.
Elle s’occupe de tous les services
aux compagnies aériennes, que ce
soit le traitement de leurs passagers,
du fret, de la poste et bien sûr de
leurs avions. Nous intervenons sur
les 5 principaux aéroports du Mali.
Nous avons également la gestion du
salon d’affaires, le « Zira », en plus
de la flotte des véhicules VIP du salon d’honneur.
sont les défis aux2 Quels
quels vous faites face ?
Nos 460 employés, dont 90 % travaillent dans l’exploitation, ont un
seul objectif au quotidien, celui de
traiter les appareils en toute sécurité, avec des impératifs de rentabilité pour les compagnies, afin que
l’avion passe le moins de temps au
sol. Nous devons gérer les écarts
d’exploitation des compagnies, car
si les conditions de sécurité ne sont
pas respectées en amont, la prise en
charge à notre niveau est plus compliquée. Respecter la sécurité la plus
absolue et atténuer l’attente pour les
passagers, tel est notre challenge.
la nouvelle aérogare,
3 Avec
qu’est-ce qui va changer
dans votre travail ?
Avec la nouvelle aérogare, notre
travail va évoluer en qualité. Nous
serons aux normes de ce qui se pratique dans cette industrie. Cela va
simplifier notre tâche et améliorer la
qualité de service que l’on apporte
aux compagnies pour lesquelles
nous travaillons.
20
Journal du Mali - l’Hebdo
Dossier transport
Aérien
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
Modibo Keïta Senou fait peau neuve
Après avoir été officiellement rebaptisé il y a quelques semaines, l’Aéroport Modibo Keïta Senou continue
sa mue. Le chantier de la nouvelle
aérogare est presqu’achevé et l’aéroport bamakois va pouvoir très prochainement offrir aux compagnies et
aux usagers de meilleurs services.
P
our un montant estimé à 56,84 milliards de francs CFA, les travaux
d’achèvement portent sur une réhabilitation et un agrandissement de la
piste d’atterrissage, un remplacement
des aides à la navigation aérienne, mais
aussi sur le renouvellement et la modernisation des systèmes d’éclairage au sol,
ou encore l’amélioration des réseaux de
drainage côté piste. Le clou du spectacle reste bien sûr la construction d’un
nouveau terminal de 15 000 m2, d’une
capacité qui peut aller jusqu’à 1,5 million
de passagers par an à l’horizon 2023.
Un autre volet concerne le renforcement
institutionnel, une exploitation et un entretien efficaces à long terme des installations aéroportuaires et des services
de contrôle et de supervision. On se
souvient qu’après le retrait du Millenium
Challenge Corporation (MCC), au lendemain du coup d’État, la Banque islamique de développement (BID) avait pris
la relève pour le financement des travaux.
De nombreuses composantes ayant
déjà été achevées grâce au financement
MCC, ce sont les travaux portant sur le
nouveau terminal passagers et l’achèvement des infrastructures connexes
qui sont en phase de finalisation grâce à
l’apport de la BID. Il est également prévu
un bâtiment d’entretien du matériel d’assistance en escale, la démolition d’infrastructures diverses, le renforcement de
l’alimentation électrique de l’aéroport par
une nouvelle ligne moyenne tension, la
création d’une station de traitement des
eaux usées, la construction d’un château
d’eau et d’un système de traitement des
déchets internationaux avec autoclave,
des parkings et un système de drainage
des eaux usées. Il faut signaler enfin
qu’un nouveau salon d’honneur est en
construction pour accueillir les hôtes de
marque du sommet Afrique France prévu
en janvier 2017.
Modibo FOFANA
FOCUS
La nouvelle vie des aéroports régionaux
En dehors de Bamako, le Mali dispose
de cinq aéroports internationaux situés
dans les capitales régionales que sont
Gao, Kayes, Mopti, Sikasso et Tombouctou. Celui de Kidal, bien qu’existant, n’est plus opérationnel depuis
2012. S’ils assurent essentiellement
des vols en provenance de Bamako,
les aéroports de Mopti, Gao et Kayes
recevaient jusqu’en 2011 pour les deux
premiers, et jusqu’en 2012 pour le troisième, des vols en provenance directe
de Paris, à bord desquels touristes et
ressortissants de la diaspora s’économisaient ainsi un passage par la
capitale. Nioro et Yélimané disposent
également chacune d’un aéroport
de moindre envergure. Les aéroports
régionaux traversent depuis le début
de la crise une situation difficile. Leur
activité a cessé pour les uns, et changer de nature pour les autres. Ainsi,
tandis que Kayes Dag Dag tombait en
aphasie, les aéroports de Mopti Ambodédjo (sis à Sévaré), Tombouctou, et
Gao Korogoussou ne sont plus utilisés
qu’à des fins militaires et humanitaires
pour un trafic s’élevant en 2015 à 4
298 vols vers Gao, 2 846 vers Mopti et
2 036 vers Tombouctou. À Kayes, se
termine la construction d’une nouvelle
aérogare et l’extension de la piste. La
réouverture est prévue courant avril en
présence du Chef de l’État.
Célia d’ALMEIDA
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Culture
Sports
Journal du Mali - l’Hebdo
Afrique & Monde
Société
Dossier transport
Aérien
Politique
l’Événement Focus
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Focus l’Événement
Politique
Dossier transport
Aérien
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
Agence de voyage : comment ça marche ?
Une agence de voyage est une entreprise qui compose et vend des offres
de voyages à ses clients.
E
lle peut jouer également le rôle
d’intermédiaire ou d’agrégateur
de services entre les clients et les
différents prestataires sur le marché du
tourisme, par exemple les hôteliers ou
les loueurs de voiture. Selon Fatimata
Kouyaté, présidente de l’Association
malienne des agences de voyages et du
tourisme (AMAVT), avant d’exercer, la
société doit obtenir l’agrément auprès
de l’État, au niveau de l’Agence pour
la promotion des investissements au
Mali (API), qui l’octroie dans les conditions définies par la loi, dans un délai de
quinze jours maximum. Cependant, pour
qu’une agence de voyage puisse vendre
des billets d’avion, elle doit également
être reconnue par l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui lui
délivre un agrément dit « international ».
Ainsi, les agences de voyage approuvées par IATA sont habilitées à « vendre
les billets, sur la base d’un commissionnement qui varie selon les compagnies,
et d’une agence de voyage à une autre.
Il s’agit du système dénommé BSP
(Bank Settlement Payment) », explique
Pour exercer, les agences de voyages doivent avoir un agrément IATA.
Mme Kouyaté, qui impose désormais aux
agences de régler les compagnies tous
les 15 jours. Quant aux commissions,
elles varient de 9% du coût hors taxes
du billet pour les longs courriers, à 7%
pour les moyens et courts courriers.
Un avantage qui a fini par s’éclipser, « aujourd’hui il existe même les commissions
0% », déplore Abdul Karim Kanadjigui,
directeur général de Delta Voyages. Le
terme commission tend à disparaître au
profit de celui de « frais de dossier ». Au
Mali, plus d’une centaine d’agences de
voyage, réunies au sein de la Fédération
inter syndicale des agences de voyage
et de tourisme (FISAVET), sont en compétition pour le marché des particuliers,
mais surtout pour celui de l’État et de
ses démembrements.
Moussa MAGASSA
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Abdoul Karim Kanadjigui :
« Le secteur doit être absolument régulé »
À 55 ans, Abdoul Karim Kanadjigui est le directeur général de Delta Voyages, l’une des principales
agences de voyages de Bamako,
spécialisée dans la vente de billets
d’avion et l’organisation du pèlerinage à la Mecque.
N
é à Bamako, il passe son enfance
à Niaréla, au sein une famille assez conservatrice dont le chef
est le grand maître coranique Mamadou
Kanadjigui. Dès 1988, il s’envole pour
l’Allemagne où il étudie l’électromécanique et obtient une licence. Parallèlement, il décroche une maîtrise de gestion à Bamako en 1992, avant de rentrer
définitivement au Mali en 1996. Deux
ans plus tard, Abdul Karim Kanadjigui
entre à Tam Voyages (Groupe Kledu) en
22
Journal du Mali - l’Hebdo
tant que directeur financier, poste qu’il
occupe pendant douze ans. De quoi
apprendre tous les rouages d’un métier
qu’il ne quittera plus. C’est en 2010, qu’il
rejoint l’équipe de Delta Voyages, dont il
assure depuis lors la direction. L’agence,
qui travaille avec tous les partenaires de
l’Association internationale du transport
aérien (IATA), une organisation commerciale habilitée à délivrer l’agrément
international, emploie cinq personnes
de façon permanente. Fin connaisseur
du secteur, le directeur général déplore
la relation entre les agences de voyages
et les compagnies aériennes, car « les
commissions sont minimes et le délai
de règlement des billets d’avion que
nous devons payer est passé d’un mois
à quinze jours », précise-t-il. Face à la
prolifération anarchique des agences de
voyages, Abdul Karim Kanadjigui estime
que « le secteur doit être absolument régulé ». Un appel à l’État malien pour qu’il
prenne ses responsabilités.
Moussa MAGASSA
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Nouvelle donne sécuritaire
FOCUS
bamako : un aéroport aux
normes
C’est en tout cas l’ambition de la direction des Aéroports du Mali (ADM)
et de la Société d’assistance aéroportuaire du Mali (ASAM-SA) qui gère
les services techniques offerts aux
compagnies.
Les efforts organisationnels et en
termes de renforcement des infrastructures ont déjà permis d’obtenir en juillet dernier l’agrément RA3
(Agent habilité d’un pays tiers) de la
Commission européenne. Cette certification lui permet d’exporter à partir de l’aéroport international Modibo
Kéïta-Sénou des marchandises vers
les États membres de l’Union européenne. Bamako est la première destination en Afrique de l’Ouest à détenir
cette certification, suivie récemment
par Dakar. Mis en œuvre depuis
2011, ces nouveaux règlements ont
été adoptés pour la sécurité du fret et
du courrier aériens à destination de
tout aéroport de l’Union européenne.
Toujours dans le sens des actions
pour le renforcement de la crédibilité
de l’infrastructure et des services qui
y sont offerts, l’aéroport de Bamako, à
travers ASAM, sera audité à partir du
21 mars pour obtenir la certification
ISAGO (IATA Safety Audit for Ground
Operations). Il s’agit d’une norme développée par l’Association internationale du transport aérien (IATA), pour
maîtriser la sécurité des opérations et
contribuer à la réduction des coûts.
Elle est obtenue après évaluation
des services d’assistance en escale
(fournis ou sous-traités). L’audit sera
diligenté par Kenya Airways.
Pour le directeur général d’ASAM,
Dominique Dreuil, les raisons d’être
fiers de « notre aéroport sont nombreuses. Bamako a été, il y a quelques
semaines, l’escale pilote d’une formation en sûreté aéroportuaire fret,
dispensée par une délégation de la
direction générale de l’Aviation civile
française spécialisée. Ce choix s’est
fait car notre aéroport a une excellente réputation pour le fret ». Cette
formation a été dispensée à ASAM,
aux douanes et à la police.
Célia d’ALMEIDA
24
Dossier transport
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La crise de 2012 et les attentats survenus à Bamako en 2015 ont rappelé l’absolue nécessité de garantir
un haut niveau de sécurisation des
passagers, du personnel des compagnies aériennes, et des agents travaillant en zone aéroportuaire.
P
our ce faire, des checks-points ont
été installé sur des axes stratégiques menant à l’aéroport Modibo
Keïta-Sénou de Bamako, et les forces de
l’ordre procèdent à une fouille minutieuse
des véhicules pénétrant dans la zone.
Les attroupements ont été interdits devant l’aéroport et un effectif d’agents de
sécurité plus conséquent a été déployé
sur les sites. Des patrouilles ont été renforcées aux alentours du site, au départ
et à l’arrivée de chaque vol, pour détecter d’éventuelles personnes suspectes,
et les différentes zones d’activités sont
couvertes en temps réel par un réseau de
vidéosurveillance. L’accent a également
été mis sur le renforcement des mesures
de contrôle et de fouille, et sur le renouvellement des équipements de sûreté et
de sécurité.
Selon Dominique Dreuil, directeur général de l’Assistance aéroportuaire du Mali
(ASAM), qui assure des services aux
compagnies aériennes, dont la sûreté
aéroportuaire, « pour la sécurité des bagages, les procédures sont très claires.
Dès qu’un bagage arrive et qu’il n’est
pas intègre, on le prend immédiatement
en photo, un compte-rendu d’incident
est fait, on l’isole et on informe la compagnie ». C’est la combinaison de toutes
ces règles et mesures, technologiques
et humaines, qui permettent de prévenir
les menaces sécuritaires et concourent
à faire de l’aéroport de Bamako l’un des
premiers en sûreté et sécurité d’Afrique
de l’Ouest.
Olivier DUBOIS
Crash d’Air Algérie, où en est l’enquête ?
Le vol AH 5017 d’Air Algérie, affrété
auprès de la compagnie espagnole
Swiftair, reliant Ouagadougou à Alger,
s’est crashé le 24 juillet 2014, une demi-heure après son décollage, dans
les environs de Gossi (près de la frontière avec le Burkina), avec 116 personnes à bord, dont un malien. Selon
le rapport du Bureau d’enquêtes et
analyse (BEA) publié le 2 avril 2015, «
l’accident serait dû à un décrochage
de l’avion ayant pour origine la nonactivation par les pilotes du système
de protection contre le givrage des
moteurs ». L’enquête préliminaire a
aussi montré que d’autres dysfonctionnements annexes ont pu contribuer au crash de l’avion : le simulateur
de vol sur lequel s’entraînait l’équi-
page n’était pas celui de l’avion, le pilote et le copilote étaient expérimentés, mais des saisonniers exerçant un
autre métier six mois de l’année. Ils
n’avaient à leur actif qu’un seul vol
en Afrique. Si selon l’enquête, l’acte
terroriste est écarté, le doute subsiste
concernant les membres de l’équipage de la compagnie Swiftair, tant
que leurs nombreuses défaillances ne
sont pas encore expliquées. Actuellement, l’enquête se poursuit, le rapport définitif du BEA devait être publié
en décembre 2015, mais il n’est, à ce
jour, pas encore bouclé.
O.D
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
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Dossier transport
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l’Événement Focus
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Focus l’Événement
Politique
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Armée chinoise en Afrique : l’offensive du dragon se
poursuit
C’est une première, la Chine va
construire une base militaire sur le
continent, précisément à Djibouti.
Face aux tirs de barrage déclenchés
par cette annonce, Pékin indique
qu’il s’agit simplement « d’infrastructures de soutien à Djibouti ».
E
n mai 2015, le porte-parole du ministère chinois des Affaire étrangères,
Hong Lei, annonçait la création à
Djibouti d’une base militaire pour l’Armée
populaire de libération (ALP). Un projet
qui est entré dans sa phase concrète
depuis le démarrage le 25 février des travaux de construction, selon le porte-parole du ministère de la Défense, Wu Qian.
Il aura auparavant fallu la conclusion d’un
accord avec Djibouti, pays de la Corne de
UNE SEMAINE DANS LE MONDE
Guéguerre entre Coréens
L’ouverture, le lundi 7 mars, de la
traditionnelle période d’exercices
militaires entre la Corée du Sud et
les États-Unis a remis en selle l’habituel discours belliqueux du voisin nord-coréen frappé récemment
d’une sanction par les Nations unies,
pour son quatrième essai nucléaire
et balistique en janvier. À chaque
fois, ces opérations d’entraînement
font l’objet de tensions entre ces
deux voisins. Cette année, les opérations «Key Resolve» et «Foal Eagle»
ont réuni en Corée du Sud, 15 000
Américains et 300 000 militaires
sud-coréens. « Les manœuvres militaires conjointes organisées par les
ennemis sont perçues comme des
exercices de guerre nucléaire non
dissimulés visant à porter atteinte à
la souveraineté de la Corée du Nord.
Sa riposte militaire sera d’effectuer
des frappes nucléaires préventives
et offensives», indique dans son
communiqué la Commission nationale de défense de la Corée du Nord,
laquelle a fait savoir que des plans
d’attaque existent déjà dans le carton, prêts à être employés contre les
ennemis sud-coréen et américain.
Pourtant, nombre d’experts sont dubitatifs quant à la capacité de Pyongyang d’user d’une telle technologie.
26
Journal du Mali - l’Hebdo
Avec la construction d’une base militaire à Djibouti, la Chine renforce sa présence sur le continent.
l’Afrique, qui abrite aussi des bases militaires japonaise, française et américaine.
Les responsables chinois refusent d’user
des qualificatifs « militaire » ou « navale » à
propos de cette base, préférant dire qu’il
s’agit plutôt « d’infrastructures de soutien
à Djibouti. ». Pour Pékin, cette base servira à « effectuer des missions navales antipiraterie au large de la Somalie, à fournir
une assistance humanitaire et à faciliter
la participation des troupes chinoises aux
missions de maintien de la paix de l’ONU
en Afrique ».
Ce déploiement chinois est une première,
qui plus est à Obock, lieu stratégique situé
à quelques encablures du Yémen, pays
plongé dans le chaos. Mais cette base
servira également de point d’observation
des mouvements des flottes américaine
et japonaise. Emmanuel Lincot, spécialiste de la Chine et auteur d’ « Esquisse de
Chine », explique qu’il y a « de nombreux
expatriés chinois sur le continent africain,
d’où la nécessité d’avoir des hommes
suffisamment formés pour faire face à
d’éventuelles crises ». Par exemple en
Lybie, avec la chute de Kadhafi, la Chine
a sué sang et eau pour rapatrier la dizaine
d’expatriés travaillant dans les raffineries
libyennes. « À ne pas oublier également,
au Sud Soudan, à proximité de Djibouti, les Chinois ont des intérêts dans le
domaine des hydrocarbures. Il y a donc
nécessité à renforcer le rôle stratégique
de la Chine », ajoute l’analyste. Il ne fait
aucun doute que c’est là un pas en avant
dans l’offensive du dragon sur le continent, entamée dans les années 2000. La
Chine est depuis devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, théâtre
de la guerre de plus en plus manifeste
que se livrent les puissances mondiales
pour le contrôle des ressources.
Boubacar SANGARÉ
Bénin : duel Zinzou-Talon au second tour
4
8 heures après la fin des votes le
dimanche 6 mars, la Commission
électorale nationale autonome béninoise (CENA) a livré les « tendances » du
premier tour de la présidentielle, où s’affrontaient 33 candidats. Avec un taux de
participation de 64%, Lionel Zinzou, Premier ministre, candidat du parti au pouvoir (FCBE), arrive en tête avec 28,44%
des voix, suivi par l’homme d’affaires
Patrice Talon, qui engrange 24,80% des
voix. Sébastien Ajavon, le président du
patronat, n’est arrivé qu’en troisième
place, avec 23,03% des voix. Ces résultats n’incluent pas les votes des Béninois
de la diaspora, mais ils ne devraient pas
influer sur l’ordre d’arrivée.
Le second tour sera donc un duel Zinzou-Talon. Le Premier ministre est porté
par une quarantaine de partis alliés, alors
que son adversaire pourrait engranger le
soutien d’autres membres de l’opposition
pour lui barrer la route. L’issue du scrutin
dépendra sans doute de la capacité de
l’un ou l’autre à rallier les voix de Sébastien Ajavon. Le président de la CENA,
Emmanuel Tiando, a toutefois appelé les
Béninois à attendre les résultats définitifs
qui seront donnés par la Cour constitutionnelle. Le mandat de l’actuel président
Boni Yayi prend fin le 6 avril, date à laquelle devra être investi le nouveau chef
de l’État, selon la Constitution.
B.S
N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Journal du Mali - l’Hebdo
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Politique
Économie
Société
Afrique & Monde
Sports
Culture
Handisport : cap sur Rio 2016
Au calendrier sportif 2016, il faut
noter d’une pierre blanche les activités handisports, organisées par
une fédération multidisciplinaire qui
entend briller au Mali et ailleurs.
L
a fédération malienne de sports
pour personnes handicapées (FEMASH), créée en 1996, s’affirme de
plus en plus sur l’échiquier sportif malien.
De nombreux talents ont éclos au fil des
années, permettant même au pays de
remporter quelques trophées à l’international, où les sportifs handicapés maliens
sont toujours parmi les 3 premières nations. C’est avec le meeting sportif des
déficients visuels à l’Institut des jeunes
aveugles (IJA), qu’a démarré le 27 février
la saison 2016 du handisport malien.
Selon Amadou Diarra, président de la
FEMASH, les quatre types de handicaps
peuvent participer. Les handicapés moteur pratiquent surtout le lancer, le saut,
le basket sur fauteuil, l’haltérophilie et le
hand-foot. Les déficients visuels jouent
le torball (sport de ballon) et la course de
100m. Les déficients intellectuels font la
course de 100, 200 et 5 000 m, le lancer
de poids et le saut en hauteur. Les déficients auditifs pratiquent quant à eux les
xxx
sauts, courses et lancers.
La FEMASH se veut donc une fédération
pluridisciplinaire, selon son président,
qui déplore les nombreuses difficultés
telles que le manque d’encadreurs techniques, de formations (apprenants et formateurs), d’équipement appropriés et de
financements. Il faut rappeler que c’est
seulement cette année que la FEMASH a
été ajoutée à la liste des fédérations bénéficiaires de subventions au niveau du
Comité national olympique et sportif du
Mali (CNOS). Grâce aux différentes compétitions locales qui seront organisées,
la FEMASH souhaite prendre part aux
jeux paralympiques de Rio, qui auront
lieu au Brésil à la suite des Jeux olympiques prévus du 5 au 21 août prochain.
« Nous souhaitons que le Mali soit représenté par sept athlètes, accompagnés de
deux encadreurs et d’un délégué fédéral
», a expliqué Amadou Diarra. En attendant le rendez-vous mondial, l’édition
2016 du championnat national, qui devra
permettre de sélectionner les meilleurs
parmi ces sportifs, est prévue du 27 juillet
au 1er août, et sera délocalisée dans la
région de Kayes.
Moussa MAGASSA
Championnat de football : enfin la reprise
CARTONS DE LA SEMAINE
Jean Diamoutènè, de l’Association pour l’excellence
de l’athlétisme, a remporté le
samedi 5 mars à Banankoro,
la première place de la 3ème
édition du cross-country des
Moulins du Sahel. Il a parcouru 12 km en 39 min 59
secondes.
Le championnat national 2016 sera une version abrégée.
P
our la résolution de la crise que
traverse le football malien depuis
une année, l’Assemblée nationale
avait recommandé la reprise des élections du bureau de la ligue de Bamako,
la convocation d’une assemblée générale extraordinaire de la Femafoot, et le
démarrage du championnat national. Les
deux premières actions étant déjà réalisées par la Femafoot, place maintenant
au championnat national. Selon Bouba-
28
Journal du Mali - l’Hebdo
car Baba Diarra, cette édition spéciale
sera lancée le 12 mars prochain et se
déroulera sur 7 mois. Ce sont deux
poules de dix clubs chacun qui joueront
une première phase à l’issue de laquelle
les deux derniers de chaque poule seront relégués en deuxième division. Les
deux premiers s’affronteront dans le
carré d’as pour le titre de champion.
Daouda Traoré, meilleur
joueur du lycée Ben Omar Sy,
s’est incliné ce samedi 5 mars
face à Sylver Diarra de la ligue
de Ségou lors de la finale du
tournoi d’ouverture de la ligue
du district de tennis de table
dans la salle de cinéma de
Boulkasoumbougou.
M.M
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« Taxi Tigui », chroniques bamakoises
Les amoureux de séries télévisées
vont bientôt découvrir sur leur petit
écran un chauffeur de taxi très spécial. Koman Diabaté est le héros de
«Taxi Tigui », dont le premier épisode sera diffusé ce 14 mars sur
l’ORTM.
D
ans leurs véhicules jaunes, plus
ou moins cabossés et plus ou
moins propres, les chauffeurs de
taxis quadrillent Bamako et les grandes
villes de l’intérieur, dont ils connaissent
les moindres recoins. F-One est l’un de
ces « taxi tigui » haut en couleurs. Véritable caricature de la société malienne,
son taxi est l’unique décor des péripéties
quotidiennes et pleines d’humour de ce
truculent chauffeur et des clients qui se
succèdent dans son véhicule.
L’humoriste Koman Diabaté campe avec
brio ce rôle, avec à ses côtés d’autres
noms connus de la scène malienne
comme Oumou M’Baye, Mariam Sisso-
ko, Checknito, Fatoumata Dembélé, ou
encore Modibo Coulibaly, et ATT Junior,
mais aussi Babani Koné, Habib Dembelé, et TalB. Un casting de choix pour
ce nouveau rendez-vous de la chaîne
publique ORTM.
100% malienne, la série est entièrement
conçue, produite, réalisée et financée au
Mali. Son réalisateur, Toumani Sangaré,
info people
est « heureux d’avoir accompli ce beau
projet et a hâte de montrer aux Maliens
ce qu’on a pu faire ». Il faut dire que c’est
la première fois qu’un projet audiovisuel
de cette envergure se réalise entièrement
en incrustation. « Cela nous a permis de
travailler rapidement en incrustant le taxi
sur le fond vert. Nous n’avons plus eu
qu’à diversifier les habillages pour donner l’illusion de se promener dans les
rues de Bamako », explique-t-il.
Soutenu financièrement par Total Mali
et produit par BanKo Productions, le
tournage, qui s’est déroulé au Musée
National du Mali à Bamako, a permis de
« mettre en boîte deux saisons comprenant chacune 22 épisodes de 3 minutes.
Nous avons déjà des demandes pour la
suite, mais tout dépendra de l’accueil qui
lui sera réservé », conclut le réalisateur.
Première diffusion le 14 mars à 19h sur
l’ORTM.
Célia d’ALMEIDA
détente
Sidiki Diabaté sur Seine
La nouvelle coqueluche de la musique malienne continue de s’internationaliser. Sidiki Diabaté, à tout juste 23 ans, enchaîne les tournées
et a déjà rempli les stades de Bamako, et les
grandes salles de Dakar, Conakry et Abidjan.
Propulsé par la sortie de son single «Ignanafi
Debena», repris par le rappeur français Booba
qui l’a intitulé «Validé», Sidiki invite ses fans de
France à le rejoindre le 10 avril prochain au Trianon à Paris. Ce premier concert sur les bords
de la Seine sera un véritable test pour l’artiste
multi-instrumentiste, fils du virtuose de la
kora, Toumani Diabaté.
Gaspi signe avec Klédu Event
La toute nouvelle société évènementielle du
Groupe Klédu, dirigée par le coordinateur de
K2 FM, Karou Kaba, vient de conclure un accord avec le célèbre rappeur Gaspi, aka Mamadou Gassama. Agé de 26 ans, l’auteur de « Tanganani » réalisera une série d’actions avec son
nouveau partenaire. Premier acte : un concert
géant prévu le 19 mars au stade Modibo Kéïta.
Directeur de publication : Mahamadou CAMARA - Directrice déléguée : Aurélie DUPIN - Rédactrice en chef : Célia D’ALMEIDA Rédaction : Olivier DUBOIS - Modibo FOFANA - Moussa MAGASSA - Boubacar SANGARÉ - Abou SIDIBÉ - Stagiaire : Kadiatou DIA
Photographie : Boub’s SIDIBÉ - Infographiste : Marc DEMBÉLÉ
JOURNAL DU MALI L’HEBDO, édité par IMPACT MÉDIA Presse, imprimé à Bamako par IMPRIM SERVICES SA.
Hamdallaye ACI 2000 - Rue 457 - Porte 44 - Bamako - Tél : + 223 44 90 26 40 - www.journaldumali.com - contact@journaldumali.com
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N° 48 du 10 au 16 mars 2016
Journal du Mali - l’Hebdo
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