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Axe Kisele-Mubidi

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lletin d’information :
BULLETIN D’INFORMATION
Lulingu-Nduma
Axe Kisele - Mubidi
Territoire de Mitwaba, Province du Haut Katanga
Mars 2016
I. Contexte et méthodologie
Depuis octobre 2014, la tendance est au retour des personnes déplacées internes dans l’ex province du Katanga. Selon
la Commission provinciale Mouvement des Populations (CMP), environ 84 500 personnes ont regagné leurs milieux
d’origine entre janvier et mars 2015, ce qui porte à plus 322 000 le nombre de personnes retournées d’octobre 2014
au 31 mars 2015 dans l’ex province du Katanga. Le territoire de Mitwaba en particulier a enregistré à lui seul plus du
tiers des personnes retournées dans la province, soit plus de 121 800 personnes (source : OCHA). C’est notamment le
cas de l’axe Kisele-Mubidi, qui connait depuis juin 2015 un mouvement de retour des populations auparavant en
déplacement dû aux exactions des combattants Maï-Maï Bakata Katanga du seigneur de guerre Gédéon en cavale. Le
retour de la population est le fruit d’une accalmie liée à la conquête de la zone par les FARDC. Les acteurs humanitaires
présents dans la zone de Mitwaba ont souligné la grande vulnérabilité multisectorielle des ménages retournés. Cette
précarité des populations retournées est relayée par le rapport d’OCHA du mois de septembre 2015. Afin de pouvoir
fournir des informations plus précises sur la vulnérabilité et les besoins des populations vivant sur l’axe Kisele-Mubidi,
ACTED y a lancé, avec l’appui d’ECHO, une évaluation rapide des besoins du 18 au 23 décembre 2015.
L’axe évalué (cf carte en annexe) est situé au nord du territoire de Mitwaba, dans la chefferie Kiona Ngoy, groupement
de Katolo, dans la province du Haut-Katanga (ex Province du Katanga). Il comprend trois grands villages que sont :
Kisele, Kapingwe et Mubidi. La mission a ciblé onze villages, à savoir : Kakodji, Kisele, Kapingwe, Katolo, Mudima Kululu,
Kifinga, Kala, Kwiyongo I, Kwiyongo II, Mubidi dont les principales ethnies sont notamment les Bazela, suivi des
Balomotwa, Babemba et des Baluba.
Les données contenues dans ce rapport ont été collectées par le biais d’entretiens individuels conduits sous la forme
d’une enquête menée auprès d’un échantillon de 100 ménages, de groupes de discussion menés avec les retournés et
les leaders locaux, et d’observation directe. Cette dernière a permis de lier les données qualitatives recueillies en
groupes de discussion aux informations quantitatives issues des entretiens individuels. Par ailleurs, les coordonnées
GPS de tous les villages ciblés ont été relevées afin de permettre de cartographier l’axe évalué.
II. Accessibilité et démographie
L’axe Kisele-Mubidi est situé à environ 290 km du chef-lieu du territoire de Pweto. L’état de délabrement avancé de
plusieurs ponts du tronçon Kampangwe-Wa Munshi passant par Nkonkole et situé dans le territoire de Manono pose
de sérieux problèmes d’accessibilité en saison des pluies, notamment pour les camions. L’axe Kisele –Mubidi, long de
67km, est régulièrement pratiqué par des motos, des vélos, ou des voitures. Cependant, le mauvais état d’un petit pont
situé entre le village Katolo et Mudima Kululu risque d’interrompre la circulation sur cet axe si aucune mesure de
contingence n’est prise. A noter aussi que l’accès à Mitwaba centre est bloqué du fait d’un pont non praticable entre
le village de Luende et le village de Kasowe.
Par ailleurs, l’axe Kisele-Mubidi est sécurisé par les éléments des FARDC de la 21e Brigade, de l’Unité de Réaction Rapide
du 211e bataillon, et de la compagnie d’appui. Ils sont scindés en trois unités se trouvant à Kisele, à Katolo et à Mubidi.
La Police Nationale Congolaise n’est pas présente sur l’axe, l’armée se saisissant de tous les dossiers juridiques. Cette
forte présence des forces régulières, qui effectue des patrouilles fréquentes, favorise le retour des populations ayant
auparavant fui les milices Maï-Maï. A noter cependant la présence de trois barrières tenues par les FARDC au niveau
des villages de Kisele, Kifinga et Mubidi qui imposent à chaque conducteur de moto ou de vélo de payer 500FC.
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Lulingu-Nduma
Les villages évalués sont constitués uniquement des populations retournées, dont le dernier dénombrement fait état
de 399 ménages retournés (moins de six mois), venus pour la plupart de Pweto et Manono, et représentant 12% de la
population de l’axe. Ce timide retour, entamé depuis le dernier trimestre 2014, explique en partie la faible densité de
population de l’axe. Le tableau 1 ci-dessous présente la démographique de l’axe en fonction des villages touchés par
l’évaluation. Ces données, non exhaustives, proviennent des relais communautaires des aires de santés de Kisele et
Mubidi, et ont été récoltées au cours de la période allant du 17 au 20 septembre 2015.
Tableau 1 – Démographie de ménages par village
Retournés de Retournés
Aire santé
Village
Total actuel
plus de 6 mois
récents
Kakodji
Kisele
Kapingwe
Katolo
Kisele
Mudima
Kifinga
Kala
Kwiyongo II
Mubidi
Kwiyongo I
Mubidi
Total
107
10
117
522
76
598
486
70
556
497
60
557
51
12
63
53
22
75
36
10
46
55
25
80
50
26
76
1 041
88
1 129
2 898
399
3 297
Par ailleurs, certains villages ont vu leurs ménages bénéficié d’une assistance humanitaire via différentes ONG. Cette
aide humanitaire a notamment été fournie par le CICR (Articles ménagers essentiels et distribution d’intrants
agricoles et d’outils aratoires), Médecins-Sans-Frontière (distribution de moustiquaire), et Action Contre la Faim
(assistance alimentaire).
III. Profil socio-économique
De façon générale la situation socio-économique des ménages enquêtés s’avère précaire. Par ailleurs, après un long
moment passé en déplacement, les retournés sont à la quête de leur stabilité socio-économique d’avant la crise.
D’autre part, la dégradation des voies de communication entrave le bon développement de l’agriculture, principale
secteur économique de la zone. Les résultats de l’enquête révèlent que le revenu mensuel moyen des ménages est
estimé à 10 500FC soit 11,4 $. Ce revenu ne permet pas aux ménages de couvrir leurs besoins primaires. Le tableau 2
ci-dessous illustre le revenu moyen mensuel déclaré par les ménages enquêtés en fonction de leur statut.
Tableau 2 – Revenus et endettement de la population de l’axe*
Revenu mensuel
% de ménages
Endettement moyen chez
moyen depuis la crise
actuellement endettés
les ménages endettés
Retournés moins de 6 mois
Retournés plus de 6 mois
9,8 $
12,5 $
98%
96%
7$
6$
* : Taille des ménages harmonisée à 6 membres
Du fait des hostilités ayant touché l’axe, certains champs ont été incendiés, d’autres dévastés par des prédateurs ou
des combattants. Dans l’attente de la période de récolte, la population vie du ramassage des reliquats des champs
dévastés. A noter que la grande majorité des ménages enquêtés possède une portion de terre arable. Par ailleurs, il
n’existe aucun marché dans la zone pouvant faciliter les échanges commerciaux. Habituellement, la population
fréquente le marché de Mitwaba, situé à une distance d’environ 90 Km de Kisele, et ceux de Kilwa et de Shamwana.
L’agriculture reste la principale source de revenus des ménages. Celle-ci est pratiquée soit en association (manioc,
arachide et maïs….) soit en monoculture (riz). Les cultures de rente sont notamment l’arachide, le maïs, le riz et le
haricot. Pour la culture maraichère, les spéculations cultivées sont le chou, l’oignon, l’amarante et la tomate.
Cependant, la population déplore la présence de prédateurs qui attaquent le maïs et le haricot. Avant la crise, la
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population s’approvisionnait en intrants agricoles à Lubumbashi ou aux centres des territoires les plus proches tels
que : Manono, Mitwaba, etc. Actuellement la principale source d’intrants agricoles reste l’appui des ONGs.
IV. Besoins sectoriels
A. Abris et articles ménagers essentiels
Tableau 3 – Score AME
Score moyen
% supérieur à 3,8
Code d’alerte 5 du RRMP
3,7
3,7
3,7
40%
53%
46%
Retournés moins de 6 mois
Retournés plus de 6 mois
Moyenne échantillon
L’assistance humanitaire en AME apportée par le CICR a permis aux ménages d’avoir accès à certains articles ménagers
essentiels. A noter que les retournés de plus de six mois sont plus nombreux à présenter un score de vulnérabilité
supérieur à 3,8.
Tableau 4 – Proportions de ménages selon leur situation de logement
Habitent dans
Qualité moyenne
Habitent en
leur propre
des abris
famille d’accueil
domicile
Retournés moins de 6 mois
Retournés plus de 6 mois
98%
100%
2%
0%
11%
11%
Comme indiqué dans le tableau 4 ci-dessus, en moyenne, 99% de ménages retournés habitent leurs anciennes maisons.
Parmi celles-ci, 89% se trouvent en mauvais état du fait principalement de leur abandon durant la crise. Par ailleurs,
certaines d’entre elles ont été détruites par les pluies.
B. Sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire reste préoccupante dans les villages évalués, où l’accès aux denrées alimentaires
constitue un problème majeur pour les retournés récents, et ce malgré l’assistance en vivres d’ACF/PAM. A
l’heure actuelle, aucun stock de denrées n’est disponible chez les ménages enquêtés, toutefois certains
ménages retournés de plus de six mois affirment avoir commencé à lancer leur activité agricole. Cette
situation précaire est par ailleurs révélée par le Score de Consommation Alimentaire de la population, faible
pour près de 60% des ménages enquêtés. Le tableau 5 présente le SCA des ménages enquêtés désagrégé en
fonction de leur statut.
Tableau 5 – Score de consommation alimentaire
% inférieur à 28
Score moyen
Code d’alerte 5 du RRMP
Retourné < 6 mois
Retourné > 6 mois
Moyenne
27,3
26,8
27
56%
60%
58%
L’insuffisance d’aliments oblige les ménages retournés à recourir aux stratégies de survie néfastes afin de pallier au
problème de l’alimentation. En moyenne 67% des ménages ont un score d’indice de stratégie de survie >20. Le tableau
6 présente les moyennes en fonction du statut de répondants.
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Lulingu-Nduma
Tableau 6 – Indice de stratégies de survie simplifié
Score moyen de l’indice
% supérieur à 20
simplifié
25,7
23,4
24,5
Retourné < 6 mois
Retourné > 6 mois
Moyenne
La stratégie néfaste à laquelle les
ménages ont le plus recours est la
consommation d'aliments moins
préférés / moins coûteux, ainsi que le
montre le graphique 1 ci-contre.
Par ailleurs, la moyenne du nombre de
repas pris par jour est de 1,1 pour les
adultes et de 1,9 pour les enfants. Le
tableau 7 récapitule le nombre de
repas pris par jour et par catégorie de
personnes dans le ménage.
71%
64%
67%
Graphique 1 – Nombre moyen de jours par semaine où les
ménages ont recours à des stratégies de survie néfaste
6,5
2,9
2,6
2,5
consommation Réduction de la Réduction de la Réduction de la Réduction du
d'aliments consommation
taille des
consommation nombre de
moins préférés des adultes au
portions
des adultes au
repas
/ moins
profit de petits d'aliments profit de petits journaliers
coûteux
enfants
enfants
Tableau 7 – Nombre de repas par jour
Nombre moyen pour
% d’adultes à 1
Nombre moyen pour
les adultes
repas / jour
les enfants
Retourné < 6 mois
Retourné > 6 mois
Moyenne
A.
1,1
1,1
1,1
2,1
87%
87%
87%
1,9
1,8
1,9
% d’enfants à 1
repas / jour
11%
18%
15%
Éducation
L’axe évalué compte six écoles primaires. Toutes sont fonctionnelles mais certaines ont été endommagées et
pillées lors des incursions Maï-Maï Bakata-Katanga. Par ailleurs, la grande difficulté réside dans la capacité
d’accueil des écoles, surchargées par un nombre d’enfants par classe qui peut atteindre jusqu’à 85 enfants à
Mubidi et Kisele.
Au-delà de la faible capacité d’accueil des écoles, la pauvreté accrue de la population constitue un handicap
dans la scolarité des enfants : les élèves doivent s’acquitter mensuellement de 1000Fc comme frais de
scolarité. Le tableau 8 ci-dessous synthétise ces données relatives au secteur de l’éducation sur l’axe évalué.
Tableau 8 – Différents indicateurs liés à l’éducation sur l’axe, après la crise
Actuellement
7
Nombre d’écoles (primaires/secondaires) ouvertes
20%
Proportion des salles de classe partiellement / totalement détruites
9
Proportion d’enseignants qui encadrent plus de 55 élèves
255
Taille de la population qui fréquente une école primaire ou secondaire
B. Eau, hygiène, assainissement et santé
Malgré la présence de puits équipés de pompes manuelles, construits par les ONG Concern et GTZ, le nombre
de points d’eau disponibles sur l’axe ne correspond pas aux besoins démographiques. En moyenne, une
personne dispose de 6,7 litres d’eau par jour. Par ailleurs, en raison de la durée d’attente aux points d’eau
aménagés, certains ménages doivent recourent à l’eau de surface (la rivière), risquant ainsi des
contaminations avec des maladies hydriques. Il ressort également des groupes de discussion que des
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ménages se tourneraient vers l’eau de la rivière en raison du manque de confiance dans l’eau des puits. De
même, la couverture en latrine familiale hygiénique est quasi inexistante au sein de la communauté. A noter
en revanche qu’un certain nombre de ménages du village de Mubidi a reçu une assistance en EHA de la part
d’IRC à travers la construction de latrines. Le tableau 9 présente la situation d’avant et d’après la crise
Tableau 9 – Différents indicateurs liés à la santé sur l’axe, avant et après la crise actuelle
Avant la
Actuellement
crise
% de ménages ayant accès à une source d’eau protégée
35%
29%
fonctionnelle
%
de ménages ayant accès à une latrine hygiénique
0%
1%
Par ailleurs, Il existe deux centres de santé dans la zone. Il s’agit du Centre de santé de Kisele et celui de
Mubidi, tous deux appuyés par MSF-H, où les soins médicaux sont gratuits. A noter cependant que malgré
cet appui ces deux centres sont caractérisés par un manque de matériel médical, et une insuffisance
d’infrastructures leur permettant d’accueillir des malades contagieux. Malgré ces déficiences, aucun cas de
choléra n’a été signalé, le taux de vaccination est important et le taux de mortalité reste faible, les cas graves
étant directement transférés au centre hospitalier de Shamwana ou à Mitwaba. A noter également que 11
cas de tuberculose ont été pris en charge au centre de santé de Kisele lors du mois de décembre 2015. Enfin,
selon le personnel médical, des cas de malnutrition ont été enregistrés et pourraient être la conséquence du
refus du vaccin de la rougeole par certains parents, ainsi que de l’insuffisance alimentaire des ménages.
V. Perspectives
L’axe Kisele – Mubidi a connu des chocs dus aux incursions des combattants Maï-Maï Bakata-Katanga de 2011 à
2013. Cette situation a perturbé le profil socio-économique de l’axe. Le début du mouvement des retours met en
exergue la persistance des besoins multisectoriels des populations.
•
Éducation
La construction de salles de classes en état de délabrement avancé est une priorité pour le secteur de l’éducation,
ainsi que le développement d’AGR visant à permettre aux parents de couvrir les frais de scolarité de leurs enfants.
•
AME
Considérant la grande vulnérabilité en AME, un appui dans ce secteur est essentiel.
•
Santé
Une assistance en infrastructure et une dotation des centres de santé en matériel médical s’avèrent nécessaires.
•
Sécurité alimentaire
Une assistance en relance agricole (outils aratoires, semences vivrière et maraichère) est nécessaire afin
d’accompagner les ménages retournés dans le rétablissement d’une filière de production permettant d’écouler les
stocks vers les zones de consommation
•
Eau, hygiène et assainissement
La construction d’infrastructures en EHA, ainsi que la mise en place de séances de sensibilisation, sont essentiels
pour rendre les ménages de cet axe moins vulnérables aux maladies hydriques.
Pour plus de détails :
Moukhtar MAHAMAT
Coordonnateur de Zone Ex Katanga
Kalemie, ACTED - RDC
moukhtar.mahamat@acted.org
Nicolas JOUËT
Chargé de Suivi et Evaluation
Kinshasa, ACTED - RDC
nicolas.jouet@acted.org
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