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Accompagner les adolescents en quête d`autonomie dans les

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MARS 2016
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Ne paraît pas en août – Bureau de dépôt : Bruxelles X - ISSN 0776-2623 – Numéro d’agréation : P401139 – Éditeur responsable : Jean Hermesse, chaussée de Haecht 579 - boîte postale 40, 1031 Bruxelles. Crédit photo : Fotolia
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Accompagner
les adolescents
en quête d’autonomie
dans les pratiques culinaires
Émilie Orliange
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UN MENSUEL AU SERVICE
DES INTERVENANTS FRANCOPHONES
EN PROMOTION DE LA SANTÉ DEPUIS 1978
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www.educationsante.be
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INITIATIVES
L’EVRAS à l’école. Une équation simple ?
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Patricia Thiébaut, Centre bruxellois de promotion de la santé (CBPS)
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Où se déploie l’EVRAS, l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle à l’école ? Est-ce uniquement en classe, au
cours de biologie ou via une animation ? Non, évidemment, rétorquent les acteurs concernés ! Retour d’une demi-journée
d’échanges proposée par la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF) en collaboration avec le Point d’Appui
Evras aux écoles secondaires (PAE) du Centre bruxellois de promotion de la santé (CBPS) et les membres de la concertation
mise en place par le PAE.
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Mais où se passe l’EVRAS ?
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Un grand plan d’une école est affiché sur le mur
de la salle qui nous accueille : classes de cours,
wc, salle de gymnastique, vestiaire, salle des
professeurs, cour de récréation, bureau de la
direction, du secrétariat mais aussi les abords
de l’école. Chaque participant va apposer une
gommette sur un lieu précis, celui-là même où,
à son avis, l’EVRAS se joue... Un peu partout
des points multicolores apparaissent. Étonnant
combien sans discours cette production est
éloquente pour démontrer que l’EVRAS s’exporte
dans tous les lieux, qu’elle est bien une notion
complexe touchant les relations de chacun,
élèves et élèves, élèves et professeurs (ou autres
professionnels) mais aussi professeurs entre eux.
Après cette mise en bouche, tambour battant,
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Depuis 2012, l’EVRAS se voit généralisée
dans toutes les écoles en Fédération WallonieBruxelles et la circulaire qui la prévoit ne va pas
sans poser de questions.
Ce petit matin d’octobre 2015, c’est
l’effervescence à la FLCPF. Et pour cause,
l’invitation est large : tout directeur/trice d’école,
professeur, éducateur/trice, agent PSE, membre
d’association de parents, animateur/trice de
planning, de structure AMO (Aide en Milieu
Ouvert) ou autre institution travaillant l’EVRAS
prêts à réfléchir aux différents lieux de l’école et
à ses abords où peut se décliner l’EVRAS.
Le défi de cette matinée est d’amener les
participants à réfléchir aux multiples façons
de décliner l’EVRAS au quotidien. Exit l’unique
représentation de ‘Monsieur et Madame Sexe’,
afin de pouvoir mettre en scène l’importance
du relationnel, l’incontournable préalable à
l’EVRAS. C’est ce ‘relationnel’ qui fera trame, fil
conducteur dans les six ateliers.
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les participants sont invités à se rendre dans les
ateliers. La mise en situation se prolonge ; six
lieux vont être passés au crible des constats et
expériences des professionnels. On choisit deux
ateliers qui dureront chacun une petite heure.
Et oui, on bouge, on traverse des couloirs, on
se mélange, on fait connaissance, après tout,
expérimentons aussi le relationnel transversal !
Pour ma part, je me dirige vers l’atelier ‘L’EVRAS
dans les lieux informels au sein de l’école’.
On se présente, l’atelier est intersectoriel ; des
professeurs (d’anglais, de français, de morale),
une directrice de primaire, un directeur du
secondaire, une secrétaire, une assistante
sociale d’un PMS, une animatrice d’un planning,
une psy d’un PMS, et encore d’autres.
Jusqu’où aller ?
Très vite, les enseignants présents manifestent
leur désarroi. Certains évoquent les systèmes
mis en place, parfois connus par la direction
mais non formalisés afin que les adolescents
puissent se confier. Il peut s’agir d’un local dédié
à cet effet sur le temps midi, d’une simple boîte
mail... des formules qui correspondent aux
besoins des ados.
Et les enseignants de se dire désemparés devant
la lourdeur de la tâche, de ce qu’il leur faut
parfois accompagner. Bien sûr, chacun dans
l’atelier est interpellé. Des questions fusent : où
sont les personnes relais, les PMS, les plannings,
les Services d’Aide à la Jeunesse pour les cas
extrêmes ? S’il semble que certains de ces
relais soient aussi en difficulté (saturation des
services ou difficulté de trouver des solutions),
la question du champ des compétences des uns
et des autres et de leurs limites reste un point
sensible. Ainsi, un professeur, s’il est facilitateur
pour libérer une parole, où pose-t-il ses limites ?
N’a-t-il pas un réel inconfort à mélanger l’intime,
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Ressources documentaires
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Un catalogue d’outils pédagogiques EVRAS
réalisé dans le cadre des Points d’appui
aux écoles est à la disposition des équipes
éducatives des 5e et 6e primaires et des
écoles secondaires qui le souhaitent. Il a
été établi par les documentalistes des
centres locaux de promotion de la santé qui
hébergent les points d’appui.
Ce catalogue, édité en 2015, recense
63 outils sélectionnés sur base de la
thématique, de la date de production et du
type de support. Il ne cherche pas à être
exhaustif. Les outils sont classés par ordre
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alphabétique et peuvent être retrouvés au
moyen de quatre index : par titre, support,
thématique et disponibilité géographique
(tous les CLPS ne disposent pas de tous les
outils). Les fiches contiennent aussi un avis
élaboré par les documentalistes des CLPS.
Important à retenir : le catalogue ne
remplace pas un conseil personnalisé que
les animateurs en EVRAS pourront obtenir de
leur CLPS de référence.
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Une belle réalisation disponible gratuitement
dans les 9 CLPS wallons et au CBPS bruxellois.
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l’histoire du jeune et les exigences scolaires
à son égard ? Comment ne pas brouiller les
messages ? Les questions se bousculent
et beaucoup s’accordent pour souligner
l’importance de ne pas travailler seul et de poser
un cadre clair et reconnu par tous.
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Quelle extériorité ?
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Créer des synergies entre enseignants,
éducateurs, directeurs, autres acteurs scolaires
(PMS, PSE, médiateurs, etc.) permet d’enrichir
le regard, de construire une réflexion et de
mutualiser les ressources. À titre d’exemple, une
participante mentionne l’existence d’une cellule
EVRAS composée d’acteurs pluridisciplinaires.
Travailler ensemble autour de sujets sensibles et
confidentiels de la vie des adolescents touche
aussi la question du secret professionnel. Cette
question va être largement abordée dans l’atelier
suivant où je me rends. Dans celui-ci, la place
de l’EVRAS au niveau de la direction d’école va
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être débattue. C’est vers cette direction que les
acteurs viennent en bout de course dans les cas
‘aigus’.
Aux participants de l’atelier alors de souligner
l’importance de respecter la confiance accordée
par l’adolescent à l’adulte, de demander au jeune
son autorisation de livrer quelques éléments de
son problème : « Est-ce que tu me permets d’en
parler au directeur ? » Mais insistent certains,
ces directeurs sont aussi ceux qui, plus qu’offrir
un ‘laisser passer’ aux acteurs extérieurs,
peuvent convoquer, organiser la mise en œuvre
de l’EVRAS dans l’école.
À midi, nous nous retrouvons tous dans la salle
où les animateurs tâcheront de synthétiser les
différents ateliers. La nécessité de négocier un
cadre clair, de prendre en compte l’hétérogénéité
des publics, de pouvoir articuler avec plus
d’aisance l’extérieur (de l’école) et l’intérieur,
de s’autoriser à être ‘expert’ mais en travaillant
ensemble reviendra régulièrement.
Car il s’agit qu’aucun professionnel ne se
retrouve sur le fil, tout comme le jeune en
difficulté. Et il sera l’heure d’évaluer la matinée.
Pour ma part, elle fut intense et animée !
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La cloche a sonné
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Christian De Bock
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Deuxième rencontre.
Pendant la seconde matinée d’échanges de pratiques en EVRAS du 9 décembre 2015, on se serait cru à la fin de la récréation
à l’école : chaque clôture de discussion était ponctuée par un vigoureux signal de Melissa, du CBPS, brandissant
une magnifique petite cloche, nous invitant à passer à une autre table de conversation.
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Bref retour en arrière. L’objectif de cette rencontre,
à laquelle une cinquantaine de personnes s’étaient
inscrites, était de confronter des acteurs du terrain
à quatre questions :
Quelles collaborations entre opérateurs EVRAS à
Bruxelles ?
Quelles articulations entre les différentes
thématiques présentes dans l’EVRAS ?
Comment prendre en compte le contexte lors des
projets ?
Quelles collaborations entre acteurs scolaires ?
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On peut salir la nappe
Plutôt que de speed dating, on parlera de tables
de conversation, les participants étant invités à
changer de table, de question et de groupe après
une demi-heure de débat. Une formule simple
et efficace, permettant des échanges fructueux
et respectueux entre animateurs de plannings et
travailleurs de PMS ou de PSE.
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Pas bête : les tables étaient recouvertes de
nappes en papier blanc que les participants
pouvaient remplir de leurs constats, de quoi
faciliter la future synthèse des échanges.
Assurément, une approche de ce genre génère
plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, ce
qui n’est pas grave dès l’instant où la confrontation
des pratiques éducatives et des stratégies
d’approche du milieu scolaire est recherchée.
Dans une ville-région comme Bruxelles, les réalités
sociologiques sont très variables d’une commune
à l’autre, d’un réseau à l’autre, d’une école à
l’autre, ce qui apparaît encore plus crûment
lorsqu’il s’agit d’aborder avec des enfants ou des
ados une problématique aussi intime.
Déplacer une montagne
Telle participante relevait que son souhait de
favoriser par son travail l’émancipation et le libre
choix des élèves se heurtait parfois à un mur, les
jeunes n’en voulant pas. Pire, il faut parfois être
capable d’encaisser les opinions très violentes
des élèves (rejet radical de l’homosexualité, de
l’avortement, mépris – pour rester poli – des
jeunes filles d’origine maghrébine voulant être
autonomes...) sans pour autant les ‘forcer’
à adhérer aux valeurs des intervenants. Pas
simple, pas simple du tout.
Il y avait aussi, et c’est tant mieux pour la
dynamique de la matinée, une question qui fâche,
les préjugés tenaces des uns et des autres quand
plannings et PMS/PSE sont invités à travailler
ensemble. « Ils ne veulent pas de nous », « On ne
veut pas d’eux », « Ils ne connaissent pas le milieu
scolaire », « Ils ne sont pas formés suffisamment
pour l’EVRAS », « C’est génial de collaborer mais
horriblement compliqué », etc.
C’est certain, avec l’EVRAS, on ne s‘ennuie
jamais, mais c’est parfois si compliqué qu’on
parlerait plutôt d’EVEREST !
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Dans un prochain numéro, Carole Feulien
reviendra sur l’université d’hiver des 3 et
4 décembre derniers organisée à Namur par
la Fédération Laïque des Centres de Planning
Familial (FLCPF). Ces deux journées nous ont
proposé de mener une large réflexion sur les
mutations sociétales et les réalités vécues par les
jeunes sur la toile.
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Accompagner les adolescents
en quête d’autonomie dans les pratiques culinaires
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Une recherche-intervention longitudinale
12 pour suivre un projet d’éducation à la consommation au collège
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Émilie Orliange, doctorante Université de Poitiers
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En septembre 2013 a débuté une recherche-action longitudinale consistant à évaluer les bénéfices d’une éducation alimentaire
des collégiens (de la 5e à la 3e) 1 aux ‘Arts de faire culinaires’ à l’interface entre l’école, la famille et l’univers marchand.
Celle-ci accompagne un projet pilote éducatif ambitieux mis en place sur plusieurs années dans deux collèges de Charente.
L’objet de cette recherche est d’accompagner in vivo les changements qu’opère l’action « Initiation aux arts de faire
culinaires » : au niveau de l’équipe éducative au sens large et au niveau des collégiens et de leur famille (lutte contre
le décrochage scolaire, apprentissages fondamentaux, autonomie, appropriation, transmission, réflexivité...).
La recherche devra aboutir par la validation scientifique du guide méthodologique produit par le groupe-projet pour assurer
la reproductibilité de cette initiative dans d’autres collèges en France.
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Présentation du projet éducatif
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Ce projet pilote éducatif, mis en place dans
deux collèges à Angoulême, comprend des
ateliers complémentaires sur le thème de
l’alimentation : cours de cuisine, modules d’éveil
sensoriel issus des classes du goût et d’éveil
à la dégustation, éducation aux médias et au
développement durable, sensibilisation aux
arts de la table et au gaspillage alimentaire,
découverte des métiers de bouche, éducation
à une alimentation saine, durable et raisonnée,
découverte des cultures alimentaires... Leur but
est de permettre aux adolescents d’acquérir une
plus grande conscience de certains enjeux liés à
la consommation alimentaire.
Quelques exemples d’actions organisées en 5e :
--Visites matinales (7 h) de la cuisine de
l’établissement par demi-classe, pilotées par le
responsable de la production, suivies d’un petit
déjeuner partagé avec l’équipe de cuisine.
--Ateliers de préparation des entrées du ‘salad-bar’
pour l’ensemble des internes de l’établissement
sous la conduite conjointe de l’animatrice
cuisine et de l’équipe de cuisine dans les locaux
de production ; élaboration par les collégiens
d’un questionnaire d’enquête pour interroger
les internes sur leur ressenti concernant les
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fabrications réalisées par les élèves de 5e.
--Participation à plusieurs ateliers de cuisine,
répartis sur toute l’année, aboutissant à la
préparation du buffet destiné aux familles à
l’occasion des portes ouvertes.
--À l’issue de chaque atelier cuisine,
caractérisation des déchets, évaluation du
volume de déchets recyclables, évacuation des
bio-déchets vers le composteur mis en place
dans l’établissement ; les élèves rapportent les
préparations à la maison grâce à une lunchbox
accompagnée d’un carnet de bord, pour
déguster les préparations en famille...
« J’ai apprécié cet
atelier parce qu’on avait
l’impression d’être dans une
cuisine avec un chef et des
cuisiniers à côté de nous. »
(Un élève)
Françoise Cuisinier, l’ancienne principale du
collège pilote nous explique que « l’équipe du
projet a mis bout à bout toutes les initiatives en
cours dans l’établissement, qu’elles émanent des
enseignants ou des services, et les a complétées
par des interventions extérieures permettant de
structurer le programme d’actions. Cette méthode
d’élaboration a permis de prendre en compte les
besoins des élèves (bien-être, développement
de l’autonomie, lutte contre le décrochage
scolaire, orientation scolaire) et de leurs familles
(participation, confiance) ».
L’origine du projet
À l’origine du projet, le constat dressé par le Chef
d’établissement et les personnels du service
restauration de la cité scolaire : difficultés à faire
évoluer les habitudes alimentaires des collégiens,
difficultés à associer les familles au projet
d’établissement, désintérêt des collégiens pour la
restauration scolaire.
« En tant que Principale, poursuit Mme Cuisinier,
j’avais envie de trouver une façon d’attirer les
familles afin qu’elles s’impliquent davantage
dans la vie du collège mais aussi de redonner
confiance aux élèves en difficultés scolaires en
leur permettant d’être à l’aise sur cette nouvelle
compétence que nous avions décidé de ne
pas noter (évaluation par le socle commun des
compétences). Les ‘Arts de faire culinaires’ nous
ont paru une belle opportunité ».
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-Goûter partagé avec
les familles pendant deux
journées d’intégration
-Jardin pédagogique
-Éducation
à l’environnement et
au développement durable
-Éveil sensoriel
-Ateliers ‘estime de soi’
-Ateliers cuisine
-Ateliers éveil
à la dégustation
-Atelier ‘culture pub’
-Visite du restaurant
scolaire et petit déjeuner
avec l’équipe cuisine
-Recueil de souvenirs
culinaires familiaux
-Club cuisine
+ éveil à la dégustation
-Atelier de cuisine
moléculaire
-Ateliers arts de la table
-Tous au restaurant
-Atelier ‘design packaging’
-Course d’orientation
‘Manger/bouger’
-Cultures alimentaires
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3e
-Club cuisine
+ éveil à la dégustation
-Visite d’entreprises
-Forum Exposition
et cartographie autour
des métiers de bouche
et des formations autour
de l’alimentation
-Design du menu
du restaurant scolaire
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Des actions sur chaque niveau
Dispositif du « fruit pour la récré » pour l’ensemble du collège, toute l’année, 2 à 4 fois par semaine
ü Objectif : faire pratiquer les ‘Arts de faire culinaires’ à long terme
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Les objectifs du projet AFCC
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1oDévelopper l’esprit critique des collégiens
quant à l’alimentation et la santé ;
2oÉduquer les jeunes à mener une vie plus
saine/autonome, faire évoluer les pratiques
quotidiennes à long terme ;
o
3 Lutter contre le décrochage scolaire par une
mise en pratique culinaire ;
o
4 Agir sur le climat et l’ambiance scolaire ;
5oCréer un pont actif et durable d’échanges
entre familles et collège ;
6oFédérer l’équipe éducative autour d’un projet
unique.
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Les perspectives à long terme
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Marie-Line Huc, diététicienne du Club Experts
Nutrition et Alimentation (CENA) et membre
actif du groupe de pilotage explique que « ce
projet, qui bouleverse le fonctionnement de
l’établissement, souhaite démontrer son utilité,
pour qu’à terme, les ateliers d’éducation à la
consommation soient définitivement intégrés
dans les programmes d’enseignement au
collège. L’Inspection Académique suit son
développement et encourage son déploiement
dans d’autres collèges du département, à titre
expérimental, afin d’en confirmer la pertinence ».
Émilie Orliange, responsable de la recherche-
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Un projet français original, fédérateur et reproductible
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Ce projet a récemment été intégré aux
actions du PNA (Programme National pour
l’Alimentation) du Ministère de l’Agriculture,
de l’Agroalimentaire et de la Forêt : « Je
ne suis pas étonnée que le projet porté par
le CEPE (Centre Européen des Produits de
l’Enfant) ait été retenu par le panel d’experts
réunis à l’échelon national » explique Valérie
Dutruel, Responsable du Pôle Alimentation
à la DRAAF (Direction régionale de
l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt).
« Il répondait à tous les critères de sélection.
Il est très original, fédérateur et reproductible.
Surtout, il s’appuie sur une méthodologie
exemplaire, puisque l’évaluation du projet est
réalisée par Émilie Orliange, une doctorante
spécialisée dans le comportement du
consommateur ».
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intervention et chargée du projet, ajoute que « la
recherche aboutira par la validation scientifique
du guide méthodologique accompagné d’une
mallette pédagogique produit par le groupe-projet
pour assurer la reproductibilité de cette initiative
dans d’autres collèges français. »
Une recherche-action
longitudinale 2
Afin de mesurer l’impact de ce programme et
d’envisager son déploiement de façon pérenne
dans d’autres établissements, l’action intègre
un accompagnement par une doctorante en
Sciences de Gestion spécialisée dans l’Étude
du Comportement du Jeune Consommateur,
Émilie Orliange 3.
Cette étude porte sur le rôle de la mise en
pratique des ‘Arts de faire culinaires au collège’,
comme objet de transmission/appropriation/
autonomisation des jeunes apprentis-mangeurs
et cuisiniers, ouvrant un espace de liberté au sein
de l’institution familiale.
Cette recherche-intervention longitudinale
(3 ans) consiste à étudier de l’intérieur un
dispositif (de captation 4 et développemental 5)
transversal d’éducation adressé aux adolescents
de la 5e à la 3e, intitulé : ‘Arts de faire culinaires
au Collège’.
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50 2 Une recherche-action est « une recherche ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations » (Hugon et Seibel, 1988, p. 13).
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Une mesure longitudinale se dit d’une mesure résultant du suivi d’une population dans le temps en fonction d’un événement de départ : en l’occurrence, l’introduction du projet en septembre 2013.
3 Doctorante en Sciences de Gestion, spécialité Étude du Comportement du Consommateur, à l’Université de Poitiers, 3e année, Laboratoires CEREGE/MSHS de Poitiers et chargée du projet AFCC, sous la direction de ValérieInés de La Ville, Professeur des Universités – Directrice Centre Européen des Produits de l’Enfant – IAE de Poitiers, Responsable de la thématique « Stratégies de marchés et cultures de consommation » du Laboratoire Centre
de Recherche en Gestion CEREGE EA 1722 - Université de Poitiers.
4 COCHOY F., ÉD. La captation des publics : c’est pour mieux te séduire, mon client... Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2004. 297 p. (Sociologiques).
5 CLOT Y. (dir.). Vygotski maintenant. Paris : La Dispute, 2012, 414 p.
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matière d‘éducation alimentaire : l’Éducation
Nationale, le Ministère de l’Agriculture et de
l’Alimentation, le Ministère de la Santé.
La recherche fait ressortir des résultats
permettant de présenter plusieurs « trajectoires
évolutives de mise en pratique culinaire »
passant d’une participation périphérique assistée
pour aller vers une réelle autonomie dans une
pratique culinaire dont les enjeux sont pleinement
maîtrisés par l’adolescent.
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Ce dispositif pédagogique innovant revendique
une visée transformative des pratiques et des
compétences du jeune consommateur. Son
originalité consiste à relayer au sein de la famille
les pratiques culinaires découvertes en pratique
au collège.
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« Mon moment préféré
c’était le design pack
lorsque nous avons créé
nos propres emballages.
Nous avons imaginé le
produit, sa pub, son slogan
et nous avons fabriqué
l’emballage. »
(Un élève)
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Considérant la cuisine non plus seulement
comme le passage originel et symbolique entre
nature et culture (Lévi-Strauss, 1964) 6, ni
comme la résolution, symbolique également du
paradoxe de l’Homnivore (Fischler, 2001) 7, mais
bien dans ses manifestations les plus concrètes,
le projet met en exergue le rôle central de la
pratique culinaire en tant qu’activité sociale de
consommation au quotidien.
Dans ce cadre, les questions de recherche
privilégiées sont notamment :
--Comment favoriser le développement de
pratiques appropriées à des individus donnés,
dans une société et à un moment donnés ?
--Comment dépasser les essais qui ont été faits
en matière d’éducation au goût ou d’éducation
nutritionnelle qui privilégient le registre cognitif,
pour aborder la question dans une pratique
quotidienne d’alimentation ?
--Comment transformer un projet pilote en
modèle d’innovation organisationnel que
d’autres collèges puissent mettre en œuvre ?
L’objectif de cette recherche d’inspiration
ethnographique et psychosociologique est de
suivre et d’analyser sur trois années les effets
du projet pilote sur les représentations relatives
aux aliments des collégiens et de leur famille
ainsi que sur l’évolution de leurs pratiques de
consommation dans un univers marchand
valorisant notamment des marques de plats
cuisinés ou de produits plaisir...
Plus concrètement, la recherche vise à :
1cerner les conditions organisationnelles
favorisant une appropriation par d’autres
établissements scolaires français du
projet pilote pour construire un guide
méthodologique heuristique permettant
l’adaptation du projet à la réalité de différents
types/contextes de collèges ;
2valider scientifiquement le guide
méthodologique produit dans le cadre du
premier transfert du projet qui a débuté à la
rentrée 2015 ;
3apporter des connaissances nouvelles afin
d’orienter la politique de différents acteurs en
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« Grâce à ‘Arts de
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faire culinaire’, j’ai eu
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la chance de faire les
ateliers cuisine et de faire 16
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découvrir aux plus petits
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‘art toast’ pendant les
gastronomades. » (Un élève) 19
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État des lieux du champ
de recherche
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Les classes du goût / les restos
du goût / les familles du goût 8
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Les conclusions de ces études 9 montrent que
l’éducation sensorielle est efficace pour réduire
la néophobie alimentaire et ceci davantage chez
les 7 à 9 ans. Elle semble d’autant plus efficace
que son contexte d’application est formel et
théorique : la classe scolaire supérieure à la
famille et la famille supérieure au restaurant
scolaire. Cependant, la persistance de cette
efficacité est compromise dans le cadre d’une
éducation ponctuelle et qui n’est pas pratiquée
hors du cadre scolaire. Ainsi, les effets de
l’exposition sensorielle par la pratique et les
expériences ont, sans aucun doute, un impact
à plus long terme que la seule éducation
sensorielle dans un cadre formel tel que le
programme scolaire.
28
Programme National Nutrition
Santé 3 (PNNS 3) 10
Un certain nombre d’actions formelles
d’éducation nutritionnelle mises en place
dans le cadre du PNNS n’ont pas non plus
d’impacts concrets à long terme observables
6 LEVI-STRAUSS C, 1964 Mythologiques, t. I : Le Cru et le cuit, Paris, Plon, 1964.
52 7 FISCHLER C. L’homnivore ? : le goût, la cuisine et le corps. Paris : O. Jacob, 2001. 440 p.
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53 8 De LA VILLE V.-I. et GAUTELLIER C. (Coord.) (2010) : Où va l’éducation à la consommation ? In Revue des Ceméa « Vers l’Éducation Nouvelle », 162 p.
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54 10 De LA VILLE V.-I. et GAUTELLIER C. (Coord.) (2010) : Où va l’éducation à la consommation ? In Revue des Ceméa « Vers l’Éducation Nouvelle », 162 p.
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9 CORBEAU J.-P., OCHA (FRANCE), (Éd.). Nourrir de plaisir : régression, transgression, transmission, régulation ? Paris : Observatoire Cidil de l’harmonie alimentaire, 2008. 220 p. (Les cahiers de l’Ocha, 13).
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ou mesurables. En particulier, l’éducation
alimentaire passe par une catégorisation
purement cognitive des aliments sous forme
de nutriments, connaissances que les jeunes
ne peuvent concrètement mobiliser dans leur
vie quotidienne car elles sont complètement
déconnectées de la réalité des sociabilités
enfantines et de la pratique alimentaire de leur
famille. L’éducation nutritionnelle ne suffit pas
(tant au niveau cognitif qu’au niveau sensoriel)
notamment car elle est faite par des enseignants
qui n’ont pas nécessairement le temps ni les
compétences spécifiques d’un nutritionniste
pour qu’elle soit comprise et assimilée par les
jeunes. Certaines dérives ont été observées
concernant l’éducation alimentaire, notamment
en maternelle et primaire car la notion de diète
globale n’y est pas abordée.
49
Plan National Alimentation (PNA) 11
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Dans le cadre du PNA, ce projet de recherche
s’appuie sur des courants de recherche
51
qui expliquent que l’alimentation est avant
tout une pratique ordinaire faisant appel à
des perspectives cognitives, affectives et
symboliques absolument indissociables. Nous
cherchons à placer le collégien au centre d’un
dispositif d’éducation à l’alimentation et de
promotion d’un comportement alimentaire
raisonné et équilibré.
d’accompagner la participation de l’enfant à
la préparation des repas sous la bienveillance
d’un adulte (parent, enseignant ou éducateur) et
en autonomie, car si les approches habituelles
apportent des connaissances aux enfants, elles
restent souvent très éloignées des sociabilités
alimentaires (goûters, lunchbox, cantine, etc.)
que ces derniers pratiquent.
Selon nos conclusions, initier le collégien à
pratiquer les ‘Arts de faire culinaires’ en lien avec
sa vie quotidienne le prépare à mener une vie
autonome.
« J’ai découvert des
aliments que je ne
connaissais pas alors que
Cadrage théorique
je les utilise au quotidien. »
(Un élève) Dans le cadre de ce projet de recherche
Originalité de la recherche
La recherche consiste à ouvrir une alternative
aux approches d’éducation nutritionnelle ou
aux classes du goût dans le but de susciter et
constructiviste 12, nous mobiliserons plusieurs
cadres théoriques complémentaires afin d’avoir
un prisme de lecture qui nous semble novateur et
enrichissant.
En premier lieu, celui établi par Michel De
Certeau 13 concernant les ‘Arts de faire du
quotidien’, ensuite les cadres conceptuels de
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53 12 THIÉTART R.-A. Méthodes de recherche en management. 3e éd. Paris : Dunod, 2007. 586 p.
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13 CERTEAU M. DE. L’invention du quotidien. 1. Arts de faire. [Paris] : Gallimard, 2001. 350 p. (Folio essais). /// PROULX S. « Une lecture de l’œuvre de Michel de Certeau : l’invention du quotidien, paradigme de l’activité des
usagers ». Communication. 1994. Vol. 15, no 2, p. 171-197. /// GIARD, L., « Faire la cuisine », L’invention du quotidien. Habiter, cuisiner, Gallimard, Paris, 1994, p. 213-350.
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Lev Vygotski 14 concernant les usages et les
pratiques socialement et historiquement situées
ainsi que les méthodes de développement des
capacités d’agir de l’individu et pour finir, les
apports de Franck Cochoy 15 concernant les
dispositifs de captation des publics.
Ces cadres théoriques seront ensuite intégrés
à un modèle de communication interactionniste
et dynamique, typique du contexte d’un projet
d’éducation à la consommation des adonaissants
(François de Singly 16). Pour finir, notre
fondement épistémologique s’inspire de la logique
dynamique du contradictoire (une approche par
les paradoxes) émise par Stéphane Lupasco 17.
33
Méthodologie de l’évaluation
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Une doctorante du CEPE/Université de Poitiers
a été sollicitée pour concevoir une méthodologie
de suivi et d’évaluation de ce projet afin de le
valoriser et de trouver des financements.
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Recherche bibliographique
--Sociologie de l’alimentation, sociologie de
l’enfance/l’adolescence, sociologie de l’éducation ;
--Comportement du consommateur, marketing,
sciences de gestion.
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Évaluation des résultats
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Indicateurs
--L’éducation à la santé par l’alimentation par la
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--Le bien-être au collège et dans l’assiette,
--Le lien entre l’école et la famille par
l’alimentation,
--La lutte contre le décrochage scolaire (travail
sur l’orientation) par une valorisation par la
pratique,
--La fédération de l’équipe enseignante autour
d’un projet unique,
--La transférabilité du projet pilote par
l’appropriation du guide méthodologique.
Terrains
Décrits dans le tableau ci-dessous.
Détails de la méthodologie
Diverses techniques, directes et indirectes
(entretiens, observations in situ et
questionnaires) sont combinées pour apporter
de multiples éclairages sur cet objet complexe
qui, longtemps déconsidéré par la sociologie
ou le marketing, implique d’apporter des
réponses à la fois à des préoccupations sociales
contemporaines faisant l’actualité de ce thème
TERRAINS
Milieu social
Nombre de classes
Nombre moyen d’élèves par classe
Effectif total
Effectif étudié
pratique des ’Arts de faire culinaires au collège’,
de recherche (et la difficulté de l’aborder), mais
aussi devant relever le défi de sa dimension
transdisciplinaire en tentant d’apporter un double
éclairage bio-psycho-sociologique et marketing.
L’analyse se cristallise davantage à un niveau
micro-social, se concentrant sur l’individu et
porte sur les processus décisionnels et d’actions.
À partir des données recueillies, la focale
porte sur l’analyse des modes d’appropriation,
d’incorporation, d’actualisation et d’autonomisation
suite à des expériences de mise en pratique
culinaires de l’école vers l’institution familiale.
Combinaison multi-méthodes (quantitatives et
qualitatives) :
Une analyse quantitative de l’évolution des
connaissances, pratiques et habitudes
alimentaires des jeunes et des familles :
questionnaires/panels (familles et adolescents)
systématiques. Le second collège constituant le
groupe témoin de l’étude, il permet d’obtenir une
base de comparaison des résultats obtenus avec
le 1er collège.
L’analyse qualitative comprend :
--des observations participantes pendant les
ateliers ;
--des entretiens collectifs auprès des enfants lors
des ateliers et de focus groupes ;
--le recueil de données issues des carnets de bord
parents-élèves qui retrace l’appréciation familiale
des préparations faites par les jeunes et des
bilans élèves recueillis à la fin de chaque atelier ;
--des entretiens individuels avec le personnel du
collège/les principaux ;
--une grille d’évaluation de la transférabilité du
projet (outil ASTAIRE 18 ) ;
--un questionnaire qualitatif destiné à l’équipeprojet du second collège pour valider la
performance du guide méthodologique ;
COLLÈGE 1
Intermédiaire à populaire,
section sportive
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COLLÈGE 2
Défavorisé, classé REP+,
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la 3e + 200 en analyse comparative
des 3 éditions du niveau 5e)
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50 14 CLOT Y. (dir.). Vygotski maintenant. Paris : La Dispute, 2012, 414 p. /// Série L. VYGOTSKI - 3 - Recension de l’ouvrage collectif « Vygotski et l’éducation », Paris, Retz, 2009. /// TARTAS V. et De LA VILLE I. (2011) : De la
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1
socialisation du consommateur à la participation aux activités de consommation : apports de la psychologie socio-historique et culturelle, in Management Prospective (Ed), Management & Avenir, vol. 2, p. 133-151.
15 COCHOY F., ÉD. La captation des publics : c’est pour mieux te séduire, mon client... Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2004. 297 p. (Sociologiques). ISBN : 2858167265 9782858167265.
16 DE SINGLY.F Les Adonaissants, Armand Colin, 2006, 399 p.
17 LUPASCO S. Le Principe d’Antagonisme et la Logique de l’énergie, Broché, 1987, 135 p.
18 CAMBON, L. (2012). Thèse réalisée sous la direction de François Alla et de Valéry Ridde : « Étude de la transférabilité des interventions de promotion de la santé dans une perspective de promotion des démarches ‘evidence
based health promotion’ : développement d’un outil d’analyse de la transférabilité des interventions ».
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--des questionnaires qualitatifs destinés aux
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familles et adolescents ;
--la rédaction de portraits d’apprentis-cuisiniers.
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observer, découvrir, sentir
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manger. »
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Résultats préliminaires
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La démarche d’évaluation du projet fait ressortir
des résultats probants sur les deux premières
années : évolution positive du climat scolaire,
effet de synergie autour du projet, augmentation
de la fréquentation des familles aux différents
événements du collège, constat des premiers
bénéfices sur le comportement alimentaire des
jeunes. C’est pourquoi, un second collège nous
a sollicités dans le but de reproduire le projet à la
rentrée 2015.
Pour ce qui est des bénéfices du projet perçus
par les collégiens, ils font essentiellement
allusion à la mise en pratique des ‘Arts de faire
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culinaires’ lors des ateliers de cuisine, d’éveil
sensoriel et d’éducation aux médias également
reproduite dans le cadre du foyer familial.
Après deux années d’existence, le projet a un
impact direct sur les pratiques des jeunes dans
le cadre familial. En effet, au 30 juin 2015, 70 %
des collégiens (270 élèves) déclarent avoir
refait des préparations à la maison suite aux
ateliers. Les jeunes trouvent que le projet est
concrètement bénéfique pour eux autant dans
le cadre familial qu’à l’école car ils expliquent
que cela leur permet d’être plus autonomes
et responsables par rapport à des tâches
alimentaires quotidiennes à la maison : « Oui,
Les financeurs
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Les acteurs du projet
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La recherche est soutenue par le FFAS
(Fonds Français pour l’Alimentation et la
Santé) 19, le Ministère de l’Agroalimentaire et
de l’Agriculture et de la Foret avec la DRAAF
Poitou-Charentes 20 et le PNA (Programme
National pour l’Alimentation) 21, ainsi que par
l’Institut Olga Triballat 22.
Les actions du projet sont financièrement
soutenues par le Conseil Général de la
Charente, la région Poitou-Charentes 23,
le Fond Européen AgriMer (fruits pour la
récré) et la Fondation de France 24. Le projet
est inscrit dans les actions innovantes
du Rectorat de Poitiers et soutenu par
l’Éducation Nationale et le Ministère de
l’Agriculture.
Caroline Bayle, animatrice culinaire et
membre de l’ANEGJ : crée, organise, anime
chaque atelier cuisine et participe au groupe
de pilotage. En charge de la création de la
mallette pédagogique pour le niveau 5e.
Courriel : caroline.bayle.16@gmail.com
Site internet : http://www.espritculinaire.fr
Françoise Cuisinier, Principale du Collège
Marguerite de Valois (2013-2015) : a permis
la mise en place opérationnelle des ateliers
du projet en organisant le travail de l’équipe
pédagogique. Elle participe au groupe de
pilotage du transfert. En charge du dossier
administratif lié au guide méthodologique.
Courriel : francoise.cuisinier@ac-poitiers.fr
Marie-Line Huc, chef de projets CENA :
Coordinatrice et animatrice du groupe
de pilotage, apporte son expertise sur
les aspects nutritionnels du projet, valide
notamment le choix des recettes et des
produits des différents ateliers.
Courriel : marie-line.huc@nutrition-expert.org
Émilie Orliange, doctorante de l’Université
de Poitiers – comportement du jeune
consommateur : en charge du suivi, de
l’évaluation, de la valorisation et du transfert
du projet AFCC, elle conduit en parallèle une
recherche-action longitudinale afin d’évaluer
les bénéfices du projet pilote. Son travail
permettra la validation scientifique du guide
méthodologique produit pour transférer le
projet dans d’autres établissements.
Courriel : emilie.orliange01@univ-poitiers.fr
Florence Raillat-Rouet, professeure
des sciences de la vie et de la terre : coanimatrice des différents ateliers, membre du
groupe de pilotage, référente du projet pilote
au collège Marguerite de Valois.
Courriel : florence.raillat@ac-poitiers.fr
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19 http://alimentation-sante.org/2015/10/zoom-sur-le-projet-initiation-aux-arts-de-faire-culinaires-au-college/
20http://draaf.aquitaine-limousin-poitou-charentes.agriculture.gouv.fr/Arts-de-faire-culinaires-au
21http://agriculture.gouv.fr/transfert-dun-projet-pilote-deducation-la-consommation-alimentaire-entre-colleges
22http://www.institut-olgatriballat.org/soutenir-la-recherche-agir-sur-le-terrain/projets-finances/
23http://www.poitou-charentes.fr/actus-region/a-la-une/-/alaune/6054dda5-764a-11e5-a6a2-d95223a18e3c
24http://www.fondationdefrance.org/lauriers-de-la-fondation-de-france
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parce que maintenant mes parents me laissent
cuisiner tout seul à la maison », « Maintenant on
peut faire le beau, faire le fier parce qu’on peut
cuisiner à la maison », « Je cuisine plus qu’avant
à la maison ».
Autre résultat intéressant, le projet semble
devenir un outil de négociation de nouvelles
marges d’autonomie dans le cadre familial, à la
fois du côté des jeunes qui souhaitent devenir
plus actifs dans le quotidien alimentaire de la
« J’aime ce projet, parce
que ce sont des ateliers
qui peuvent nous servir
dans l’avenir. »
(Un élève)
maison, mais aussi un outil de négociation pour
les parents qui souhaitent encourager leurs
enfants à devenir plus actifs dans les tâches
quotidiennes : « Malheureusement maintenant
mes parents savent que je sais faire la vaisselle »,
« Ils veulent toujours que je cuisine maintenant,
ils me disent : tu sais faire maintenant »,
« Maintenant, mes parents, ils m’obligent à
cuisiner ».
Pour plus d’information sur le projet, rendez-vous
sur le site : http://www.projet-alimentation-artsde-faire-culinaires-au-college.fr/
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Éducation Santé, Question Santé et le FARES
ont le plaisir de vous proposer une journée
de réflexion et d’échanges en présence
d’Éric Le Grand, sociologue et consultant en
promotion de la santé.
Un atelier d’échange de pratiques
le matin
En première partie de journée (10 h-12 h 30),
Question Santé vous propose un atelier
autour de la place de l’approche par les pairs
pour promouvoir la santé des jeunes.
L’éducation par les pairs se trouve au
croisement de l’éducation permanente, de la
promotion de la santé et des finalités visées
par les organisations de jeunesse. Ces trois
domaines d’activités partagent-ils la même
vision ? Quels sont les enjeux de l’éducation
par les pairs ? En quoi ces questions
interrogent-elles nos pratiques ?
Notre invité Éric Le Grand nous proposera un
regard en miroir de son expérience et de sa
réflexion en France.
Inscription gratuite et indispensable à :
info@questionsante.org.
Nombre de participants limité à 20.
Une réflexion préalable sera demandée aux
participants.
Une conférence l’après-midi
L’après-midi (14 h-16 h, accueil à partir
de 13 h 30), Éric Le Grand nous fera le
plaisir de nous entretenir de ‘L’éducation
pour la santé par les pairs : un enjeu pour la
participation des jeunes !’
Aujourd’hui en France, l’éducation pour la
santé par les pairs est souvent citée tant par
les pouvoirs publics que par les jeunes eux-
mêmes, comme une stratégie de prévention
nécessaire pour promouvoir efficacement
la santé. Malgré cette volonté affichée et si
de nombreuses expérimentations ont pu se
dérouler, son développement reste encore à
ce jour assez faible.
Après avoir donné une définition de
l’éducation pour la santé par les pairs, notre
conférencier s’intéressera à ses enjeux.
En effet, son développement ré-interroge la
question de la participation des jeunes et de
leur reconnaissance en tant qu’acteurs et
auteurs de leur santé, le positionnement des
professionnels quant à l’accompagnement
de programmes de ‘peer-education’ et les
politiques publiques, dans leur volonté ou non
de concevoir le jeune comme une ressource
pour la société et non comme un risque...
Inscriptions à info@questionsante.org.
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STRATÉGIES
Une fédération au service de la promotion de la santé
Propos de François Baudier recueillis par Carole Feulien
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Suite au transfert des compétences santé aux régions, le Conseil supérieur de promotion de la santé, organe d’avis de la
Fédération Wallonie-Bruxelles, n’est plus... Il s’est réuni pour la dernière fois le 4 décembre dernier. François Baudier, Président
de la Fédération nationale d’éducation pour la santé (FNES, www.fnes.fr) en France, était son invité d’honneur. À l’heure où les
deux plate-formes régionales belges francophones réunissant les acteurs du secteur s’interrogent sur l’intérêt de se constituer
en fédérations (voir encadré page 12), Éducation Santé l’a rencontré pour vous...
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Éducation Santé : Vous présidez la FNES. Pouvezvous nous présenter cette association ? Depuis
quand existe-t-elle ? Quels sont ses objectifs, les
valeurs sur lesquelles elle s’appuie ?
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François Baudier : La Fédération nationale
d’éducation pour la santé (FNES) a été créée
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en 2002, en même temps que l’Institut
national d’éducation et de promotion de la
santé (Inpes). En effet, à l’époque du Comité
français d’éducation pour la santé (CFES) 1, les
comités d’éducation pour la santé régionaux
et départementaux constituaient le réseau de
terrain du CFES. À la création de l’Inpes et lors
de la disparition du CFES, l’Institut a souhaité
diversifier ses relais de proximité et donc, les
comités d’éducation pour la santé ont décidé
de se fédérer afin d’être un interlocuteur unifié
auprès des instances nationales, dont l’Inpes.
Concernant nos valeurs, elles sont en rapport
direct avec la Charte d’Ottawa. Nous les avons
exprimées dans notre projet fédératif, adopté
pour la période 2014-2018 2. Nous militons pour
une promotion durable de la santé, inscrite dans
une véritable politique de santé publique. Nous
souhaitons également favoriser la responsabilité
et l’autonomie des personnes dans leurs choix
individuels et collectifs. Nous insistons sur le fait
qu’il est impératif de tenir compte des pressions
sociales, économiques et culturelles. En effet,
elles limitent la responsabilité individuelle des
choix comportementaux et la capacité de les
modifier. La dignité humaine, l’équité et la
démocratie sont les trois autres valeurs guidant
nos actions au quotidien.
ES : Qui dit fédération dit membres. Qui en fait
partie ? Sont-ils nombreux ? De combien de
personnes se compose l’équipe ?
FB : Il existe une Instance régionale d’éducation
et de promotion de la santé (Ireps) dans
chaque région française, y compris en outremer. La Fédération regroupe donc près de
600 professionnels salariés, dont 500 à plein
temps, issus de divers secteurs d’activités :
santé publique, sociologie, sciences de
l’éducation et psychologie notamment. Plus de
2000 administrateurs y sont bénévoles 3. Nous
avons une vie fédérative très riche avec un
Bureau et un Conseil d’administration composés
à parts égales d’élus et de salariés. Notre équipe
nationale n’est que de trois personnes.
Les Ireps mettent à disposition dans les régions
leurs expertises en formation, méthodologie et
documentation pour accompagner les politiques
de santé publique. Elles analysent les besoins
Photo Martin de Duve
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de santé locaux, exercent un rôle de soutien et
d’expertise auprès des acteurs dans le champ
de la promotion de la santé : institutionnels,
professionnels, bénévoles, élus...
ES : De quels moyens dispose la FNES ?
« Les acteurs français de
la promotion de la santé
regardent avec beaucoup
d’intérêt et souvent
d’admiration deux pays :
le Québec et la Belgique. »
Développe-t-elle ses propres projets et outils ?
Dans quelle optique ?
FB : Financièrement, nous avons deux sources
principales : d’abord, la cotisation des membres
de notre Fédération, mais également une
convention de partenariat avec l’Inpes.
Notre activité s’organise autour de plusieurs
axes. Nous avons vocation à renforcer le
professionnalisme du premier réseau généraliste
français en promotion de la santé. Il est
important que sur tous les territoires, l’offre de
service soit équivalente. Dans cette perspective,
nous avons favorisé une démarche ‘qualité’ au
sein des Ireps.
La recherche interventionnelle mais également
l’identification et le déploiement des actions
probantes et prometteuses sont des orientations
récentes et fortes. Dans cette perspective, nous
travaillons étroitement avec l’École des hautes
études en santé publique de Rennes (EHESP).
Nous souhaitons nous inscrire également
dans une démarche plus active de démocratie
en santé. Nous allons collaborer avec les
Conférences régionales de la santé et de
l’autonomie, instances stratégiques des ARS 4
concourant à la mise en œuvre de la politique
régionale de santé par des avis sur ses
modalités d’élaboration, de suivi et d’évaluation.
Elles existent dans chaque région et nous
souhaitons faire du plaidoyer en faveur de la
promotion de la santé auprès de leurs membres,
afin de leur permettre d’en appréhender les
valeurs et concepts.
Enfin, la question du numérique et des réseaux
sociaux est un sujet clef. Nous pensons que
les acteurs de la promotion de la santé n’ont
pas assez investi ce champ. Nous désirons
notamment activer la participation des citoyens à
travers ce mode d’échange, trop souvent régulé
par des intérêts commerciaux.
ES : La FNES est-elle représentative du secteur
de la promotion de la santé en France ?
FB : Le paysage de la santé a profondément
changé dans notre pays depuis quelques années.
La création des ARS a modifié significativement
l’organisation de l’offre. Tout d’abord, elle
est aujourd’hui simplifiée, puisque plusieurs
organismes se sont réunis au sein d’une même
Agence, couvrant à la fois la prévention, le soin
et le médico-social.
Par ailleurs, sans être une décentralisation
affichée, ces agences ont une certaine
autonomie dans leurs orientations. Chaque
région a adopté son propre Projet régional
de santé. Certes, il s’appuie sur de grandes
orientations nationales, mais il trouve également
ses priorités au sein des réalités de santé
spécifiques à chaque territoire. Dans ce contexte
les Ireps jouent un rôle majeur en promotion de la
santé. La plupart d’entre elles ont une convention
1 Le CFES a été créé en 1972, en remplacement du Centre national d’éducation sanitaire démographique et sociale (1945). Il était mandaté par le Ministère de la Santé pour relayer et amplifier sur le terrain les campagnes
nationales et développer des actions locales répondant aux besoins des régions et départements. Avec la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, il a été remplacé par l’Institut
national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), un établissement public administratif de l’État aux missions élargies.
2 Voir http://www.irepsalsace.org/wp-content/uploads/2011/11/1-FNES-PROJET-FEDERATIF-2014-2018-VDEF-2.pdf
3 Les administrateurs sont des personnes issues de la société civile, engagées dans la promotion de la santé dans leur région.
4 Agences régionales de santé : organismes créés par la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, ayant pour objectif de mettre en œuvre la politique de santé
publique au niveau régional. Les ARS regroupent en une seule entité plusieurs organismes chargés des politiques de santé dans les régions et les départements : directions régionales et départementales des affaires
sanitaires et sociales, missions régionales de santé, caisses régionales d’assurance maladie, etc. www.ars.sante.fr
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d’objectifs et de moyens signée pour une période
pluriannuelle avec leur Agence. Il existe aussi
d’autres acteurs en promotion de la santé. Ils ont
une orientation plus thématique, par exemple
sur les addictions, la lutte contre le sida, la
nutrition... ou populationnelle : jeunes, personnes
âgées, sujets handicapés...
ES : Sa parole est-elle entendue dans les débats
relatifs à l’organisation de la politique de santé en
France ?
FB : La tâche est difficile ! Nous avions beaucoup
d’espoir dans la nouvelle loi de santé adoptée il
y a quelques jours. D’abord, elle comportait une
partie introductive très ‘promotion de la santé’.
Elle insistait sur le rôle des déterminants de santé,
notamment ceux qui ne sont pas liés directement
à notre système de soin. De plus, une trentaine
de chantiers avaient été ouverts pour consolider
une vraie stratégie nationale de santé.
Au final, nous avons une loi comportant certes
quelques dispositifs de prévention intéressants
mais très épars. Le cœur des mesures
législatives concerne le soin, j’allais dire comme
d’habitude !
Un point positif : la création d’une Agence
nationale de santé publique. Elle va réunir
notamment l’Inpes et l’Institut national de veille
et de sécurité sanitaire. Nous avons beaucoup
d’espoir dans sa mise en place. Depuis plusieurs
mois, nous avons entamé des échanges avec les
responsables préfigurateurs de cette nouvelle
entité. Elle va peser dans le nouveau paysage de
la santé en France.
ES : Agit-elle en concertation, voire en coalition
avec d’autres acteurs comme la Société
française de santé publique (SFSP) pour donner
plus de poids à la promotion de la santé, qui
reste le parent (très) pauvre de nos dispositifs
socio-sanitaires ?
FB : Oui, mon prédécesseur à la Présidence de
la FNES a impulsé la création d’une coalition
réunissant les principaux acteurs nationaux
œuvrant en promotion de la santé. Elle a été
très active dans toute la période des débats
parlementaires sur le projet de loi. Nous avons
interpellé les députés, les sénateurs dans toutes
les régions, avec la participation de nos instances
régionales. Les résultats ont été très très
modestes. Clairement, la représentation nationale
est plus sensible au lobby des producteurs de vin
qu’à celui de la santé publique !
ES : Les soins de santé dominent de manière
écrasante nos systèmes de santé et mobilisent
la quasi totalité des ressources publiques. Cela
fait aussi bientôt 30 ans que la charte d’Ottawa
inspire les acteurs de la promotion de la santé.
Avec votre longue expérience, quel bilan tirezvous de ces 30 années ? Avez-vous des motifs
de satisfaction à partager ?
FB : Le bilan est très mitigé mais il nous faut
« continuer le combat ! ». Rendez-vous compte,
en France, au début des années 80, avant
l’adoption de la Charte d’Ottawa, les pouvoirs
publics avaient impulsé la mise en place de
comités régionaux, départementaux et locaux de
promotion de la santé ! Ces instances ont disparu
très rapidement du paysage. Au début des
années 2000, nous avons même assisté à une
forte médicalisation de la prévention : dépistage
des cancers, vaccination, éducation thérapeutique
du patient... L’approche est devenue également
plus individualisée, moins communautaire.
La France a donc une fédération pour une
population de 67.000.000 d’habitants.
Pour la Belgique francophone, les acteurs
de la promotion de la santé ont décidé le
14 janvier 2016 d’en constituer... deux,
une bruxelloise (1.000.000 d’habitants
francophones en étant généreux) et
une wallonne (3.500.000 d’habitants).
Comparaison n’est pas raison,
mais quand même ! 5
Il y a heureusement quelques motifs d’espérer.
Je vais prendre deux exemples.
Les Contrats locaux de santé (CLS) : ils
sont conclus sur des territoires de proximité
entre l’ARS et une ou plusieurs collectivités
territoriales, comme des villes ou des
communautés d’agglomération. Dans ce
contexte partenarial, l’évaluation d’impact en
santé est une approche en pleine expansion.
Les actions promues sont très intersectorielles
et répondent en général bien aux besoins de la
population, avec une dimension participative
affichée et souvent réelle. Aujourd’hui, plus de
250 CLS ont été signés et beaucoup vont être
renouvelés.
L’autre dynamique prometteuse rejoint la
dimension soin : c’est le développement des
maisons et pôles de santé. Certes, ce type
d’organisation des professionnels de santé reste
encore limité, mais ces acteurs ont en général
un vrai projet de santé comportant de plus en
plus souvent une dimension collective, proche de
l’esprit de la promotion de la santé.
ES : En francophonie, quel regard portez-vous sur
le travail des équipes actives en promotion de la
santé dans notre pays ?
FB : Depuis de nombreuses années, je tente
de favoriser des échanges au sein de la
francophonie. L’organisation des Universités
d’été en santé publique et en promotion de
la santé, à Besançon, depuis plus de 12 ans,
témoigne de mon engagement. Les acteurs
français de la promotion de la santé regardent
avec beaucoup d’intérêt et souvent d’admiration
deux pays : le Québec et la Belgique. Nous avons
la perception que votre approche est innovante,
en tout cas elle nous stimule. Par exemple, votre
publication est une référence et une vraie source
d’inspiration.
ES : Merci ! En Belgique francophone, les acteurs
de promotion de la santé se sont regroupés
dans deux plate-formes informelles en Wallonie
et à Bruxelles. Ils envisagent de constituer une
ou deux fédérations pour mieux défendre leurs
intérêts bousculés par les récentes réformes
institutionnelles en Belgique. Qu’en pensezvous ? Jugez-vous que c’est une bonne idée et si
oui, avez-vous des conseils à leur donner ?
FB : Je pense en effet que c’est une excellente
idée. Depuis sa création, notre Fédération a eu
une vie riche ! Elle chemine avec persévérance
et conforte progressivement la promotion de la
santé en France.
Pour cela, il y a trois principaux enjeux. D’abord,
développer un plaidoyer pour la promotion de
la santé. Nos décideurs la connaissent mal et
nous avons trop souvent des approches très
théoriques. Nous devons être plus illustratifs,
plus pédagogiques.
Le deuxième point important est la question du
financement. Il nous faut sortir de la précarité
et demander, comme pour le soin ou le médicosocial, non seulement des budgets dignes mais
également plus stables sur la durée.
Enfin, le vrai garant de notre succès et de notre
efficacité sera notre professionnalisme et notre
capacité d’innovation. Dans l’esprit de beaucoup,
les représentations autour de l’éducation pour la
santé sont encore trop poussiéreuses !
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OUTILS
La mallette genre
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L’avis de PIPsa (www.pipsa.be)
Matériel
La Cellule d’experts de PIPsa a accordé la
mention ‘coup de cœur’ à cet outil en 2014.
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Appréciation globale
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Le genre, en tant que déterminant de la santé,
ne s’affiche pas souvent dans les outils de
promotion de la santé. Thème sensible, car
ancré culturellement, il exige des animateurs
expérimentés qui savent faire émerger les
représentations des jeunes pour les travailler
avec eux, hors de tout point de vue militant.
Avec un format attractif, la mallette se veut
ouverte à toutes les tranches d’âge, dès 6 ans.
L’organisation pratique des nombreux supports
permet de se repérer facilement, notamment
grâce aux codes couleur et aux ‘chemins
d’animation’ proposés par les concepteurs.
Réalisé par des experts du public jeune, associés
à des experts de la thématique, le référentiel
théorique fournit des contenus synthétiques,
pertinents et accessibles, permettant de parler
du genre sans théoriser. L’animateur devra
toutefois trouver comment faire le lien avec ce
que le groupe exprime lors des activités. Cellesci, simples à mettre en œuvre, sont pertinentes
pour susciter le débat. Une évaluation toute
simple est prévue.
La difficulté principale de l’outil réside dans la
manière de l’animer avec les jeunes. Même si
l’utilisateur est en accord avec la thématique,
il évitera de diffuser le point de vue militant
sous-jacent de l’outil, pour laisser les jeunes
s’exprimer, sous peine de contre-productivité.
La manière de décaler le regard pour élargir
leurs représentations n’est pas concrétisée
dans la mallette. Celle-ci s’adresse donc à des
animateurs chevronnés.
L’utilisateur sera renforcé si une réflexion
préalable en équipe est organisée afin de
définir un positionnement institutionnel : ce que
défend l’institution comme valeurs, ce qui est
inacceptable, etc. Par ailleurs, l’outil ne fait pas
de lien avec les prescrits religieux en matière
d’égalité (ou plutôt d’inégalité...), alors que les
jeunes y sont confrontés.
L’investissement financier est important, toutefois
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--Livret ‘Guide de l’animateur-trice’
--Ligne du temps sur les avancées législatives en
Belgique
--Fiches et jeux (2 catégories : 6-12 ans et
12 ans et plus) : jeux brise-glace, jeux sur le
genre, évaluation
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Concept
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La Mallette Genre propose des outils et des jeux
pour aborder avec les enfants et les jeunes les
questions de genre, d’égalité hommes/femmes,
l’homophobie et l’hypersexualisation.
Les activités proposées n’apportent pas de
réponses toutes faites, mais visent à susciter
la réflexion sur différentes thématiques (rôles,
littérature enfantine, publicité, stéréotypes,
discrimination...) en partant directement du vécu
des enfants et/ou des jeunes.
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Objectifs
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Outiller les animateurs-trices pour aborder le
sujet avec les enfants, les adolescents, les
groupes mixtes et non mixtes, les personnes
déficientes intellectuelles, les adultes.
Fournir aux animateur-trices quelques concepts
utiles sur la thématique du genre, les stéréotypes,
la discrimination, comment débusquer le sexisme,
développer l’empowerment, etc.
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Conseils d’utilisation
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Cette mallette s’adresse à toutes les personnes
(animateurs-trices, enseignants-es, éducateurstrices...) qui souhaitent travailler avec leur public
sur les questions de genre et d’égalité homme/
femme. Les différentes animations de la mallette
permettent :
--soit d’ouvrir le questionnement et le débat,
--soit de travailler plus longuement avec son
groupe.
En vue de préparer l’animation, le livret contient :
Une partie théorique et explicative destinée aux
animateurs-trices comportant :
--Une clarification de quelques concepts : genre,
stéréotypes/préjugés/discrimination,
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Description
--un aperçu du sexisme sur différents supports,
--une explication du processus d’empowerment,
--une ligne du temps des avancées législatives
en termes d’égalité homme/ femme en
Belgique
--quelques données statistiques relatives aux
questions de genre.
Une partie technique offrant des trucs, astuces
et conseils destinés à l’animateur-trice.
Bon à savoir
En 2008, une mallette genre a été réalisée à
l’initiative de la plate-forme AMO (Service d’Aide
en Milieu Ouvert) bruxelloise, suite à un constat de
délabrement des relations entre filles et garçons.
En 2012, toutes les mallettes ayant été vendues,
l’AMO Itinéraires a décidé de rééditer la mallette et
d’introduire une demande de subside au CAAJ2
de Bruxelles afin de la retravailler et de l’améliorer.
Pour ce travail d’actualisation de la mallette,
l’AMO Itinéraires s’est associée avec de
nouveaux partenaires : le Monde selon les
femmes, le CERE asbl, Tel Quel Jeunes
(aujourd’hui Alter Vision).
Où trouver l’outil
Chez l’éditeur, au prix de 9 euros pour
couvrir les frais de port : Itinéraires AMO,
Place Morichar 56, 1060 Bruxelles,
Belgique. Tél. : +32 (0)2 538 48 57.
Courriel : itinerairesamo@gmail.com.
Internet : http://www.itineraires-amo.be
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le matériel et les activités proposées peuvent
être exploités sur le long terme. De nombreuses
références sont proposées pour aller plus loin.
Objectifs
--Être sensibilisé(e) au concept de ‘genre’
--Faire évoluer ses représentations en
développant un esprit critique
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Public cible
Utilisation conseillée
6-21 ans, activités plus nombreuses pour les + 12.
Activités accessibles aussi aux adultes et, pour
certaines d’entre elles, aux personnes déficientes
intellectuelles.
Réserves
L’outil est à manipuler avec professionnalisme
afin d’éviter le renforcement possible des
résistances dû au choc des valeurs.
--Installer un cadre avec les jeunes : règles de
confidentialité, de sécurité pour que tous se
sentent rassurés d’exprimer leur parole ;
--Expérimenter l’outil préalablement en équipe
de professionnels pour un positionnement
institutionnel sur les questions de discrimination
et de genre, afin que ce ne soit pas l’animateur
en tant que personne, qui s’expose avec ses
valeurs.
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DONNÉES
Nouveau ‘check up’ du système de santé belge
Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE)
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Comment se porte
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De façon générale, les Belges sont satisfaits
de leurs soins de santé, et 78 % s’estiment
en bonne santé. Sur le plan de la qualité des
soins, notre pays se situe dans la moyenne
européenne. Toutefois, l’examen de l’ensemble
des indicateurs livre un tableau plus nuancé et
34 signaux d’alarme ont été identifiés.
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Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) vient de publier en début d’année, comme il le fait tous les 3 ans, un
‘check-up’ de notre système de santé, élaboré en collaboration avec l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI)
et avec l’Institut Scientifique de Santé Publique (ISP).
À travers 106 indicateurs, portant sur la période 2008-2013, ce rapport dresse la liste des points forts et des points faibles du
système, et indique aux décideurs politiques et aux responsables de notre système de santé où il serait judicieux de placer les
priorités pour garder le système performant, voire l’améliorer. Cet exercice est réalisé dans beaucoup de pays européens, ce
qui leur permet de se comparer et de se fixer des objectifs à atteindre pour s’aligner sur les meilleurs.
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En début d’année, nous avons coutume de
nous souhaiter « une bonne santé » les uns les
autres. Mais qui se soucie de la santé de... notre
système de santé ? Traditionnellement, on dit de
lui qu’il est ‘bon’, mais qu’est-ce que cela veut
dire au juste ? Comment peut-on mesurer cela ?
Un concept aussi vaste recouvre forcément de
très multiples facettes. Mesurer chacune de ces
facettes permet d’obtenir la vision globale qui se
rapproche le plus de la ‘valeur’ de notre système
de santé. C’est à cette vaste tâche que s’attelle
le projet récurrent ‘Performance du système
de santé’ mené en continu par trois institutions
fédérales, le KCE, l’INAMI et l’ISP 1. La troisième
édition de cet exercice est publiée aujourd’hui.
À quoi sert-il
de mesurer la performance
de notre système de santé ?
L’objectif premier d’une évaluation de la
performance du système de santé est de fournir
une photographie régulièrement mise à jour de
l’ensemble du système, pour aider les autorités
à choisir leurs priorités dans l’orientation des
politiques de santé.
Cette photographie résulte de la mesure de
106 indicateurs portant sur 6 grands domaines :
la promotion de la santé, les soins préventifs, les
soins curatifs, les soins de santé mentale, les
soins de longue durée et les soins autour de la fin
de vie. Chacun de ces domaines est à son tour
évalué à l’aune de cinq dimensions : la qualité,
l’accessibilité, l’efficience (efficacité par rapport
à l’investissement consenti), la soutenabilité et
l’équité.
Les données se basent sur la période 20082013, ce qui est un délai courant quand on utilise
des bases de données administratives, mais
qui ne permet pas de prendre en compte les
derniers changements dans le système. Il reste
néanmoins intéressant de voir l’évolution dans
le temps des indicateurs, pour vérifier qu’une
politique donnée a porté ses fruits, ou pour
constater, au contraire, qu’une situation s’est
détériorée depuis la dernière mesure.
Cet exercice est réalisé dans beaucoup de
pays européens, ce qui permet d’établir des
comparaisons entre pays et de se fixer des
1 Voir les articles ‘Un check up du système de santé belge’ par le KCE, l’ISP et l’INAMI, Éducation Santé no 287, mars 2013, http://educationsante.be/article/un-check-up-du-systeme-de-sante-belge/ et ‘Des indicateurs de
performance en promotion de la santé’, par Christian De Bock, Françoise Renard et France Vrijens, Éducation Santé no 293, octobre 2013, http://educationsante.be/article/des-indicateurs-de-performance-en-promotion-de-la-sante/
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objectifs à atteindre pour s’aligner sur les
meilleurs d’entre eux.
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Des citoyens satisfaits mais...
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Du point de vue du citoyen, le bilan est plutôt
positif : une large part (78 %) de la population
belge s’estime en bonne santé, un résultat
supérieur à la moyenne des autres pays
européens, et les Belges sont satisfaits de leurs
soins de santé. Toutefois, l’examen de l’ensemble
des indicateurs livre un tableau plus nuancé,
avec 34 indicateurs sur 106 qui sont au rouge.
Notre système de santé peut être considéré
comme accessible, grâce à notre assurance
maladie, doublée de filets de sécurité pour les
revenus les plus faibles (maximum à facturer,
remboursement majoré des dépenses de
santé). Néanmoins, il reste souvent un montant
important à charge des patients : 18 % des
dépenses de santé totales, ce qui est beaucoup
en comparaison avec les autres pays d’Europe.
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Une qualité dans la moyenne
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La plupart des résultats relatifs à la qualité des
soins se situent dans la moyenne des autres
pays européens avec toutefois quelques points
noirs comme par exemple les trop fréquentes
prescriptions d’antibiotiques. En revanche,
on note des améliorations au niveau de la
coordination des soins aux patients cancéreux et
aux patients diabétiques.
Dans les maisons de repos ou maisons de repos
et de soins, les résultats sont mitigés : si par
exemple on peut se féliciter que les escarres
soient relativement peu nombreuses, il reste
difficile pour les personnes âgées qui y résident
d’avoir accès à la médecine spécialisée (par
exemple un ophtalmologue pour le suivi des
patients diabétiques). Le nombre de personnes
âgées recevant plus de 5 médicaments par jour
est élevé.
En ce qui concerne l’accessibilité et la qualité des
soins en fin de vie, le recours aux soins palliatifs
progresse et le recours à des traitements agressifs
est relativement faible. L’hôpital demeure toutefois
le lieu de décès le plus fréquent, alors que ce n’est
pas le souhait de la majorité des gens.
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Prévention : peut mieux faire
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Les objectifs de prévention (qui sont fixés à
l’échelon international) ne sont pas toujours
atteints : par exemple, la couverture vaccinale
chez les jeunes reste parfois inférieure aux
recommandations (p. ex. la rougeole chez les
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adolescents) et la vaccination contre la grippe est
même en recul chez les personnes âgées. Quant
au dépistage des cancers du sein et du col de
l’utérus, il est insuffisant.
En matière de promotion de la santé, les résultats
sont peu glorieux : stagnation de l’obésité chez
les adultes, tabagisme relativement élevé,
faible taux d’activité physique, consommation
d’alcool à risque (binge drinking) chez les
jeunes hommes. De plus, de façon générale,
de nombreuses inégalités socio-économiques
subsistent dans ce domaine, avec notamment
un déficit de compréhension des messages de
santé (littéracie en santé) dans la population.
futurs liés au vieillissement de la population.
La proportion de nouveaux médecins généralistes
diplômés dans l’ensemble des spécialités
médicales n’atteint pas les quotas fixés par la
Commission de Planification, même si la situation
s’est améliorée ces dernières années. De plus,
bien que le nombre de diplômés en sciences
infirmières ait augmenté ces dernières années,
le nombre d’offres d’emploi difficiles à pourvoir
pour des infirmiers reste important, et le nombre
d’infirmiers par patient dans nos hôpitaux reste
plus faible qu’à l’étranger.
Quelques signaux d’alarme
en santé mentale
Ce rapport, qui rend compte de la situation
actuelle, a pour objectif final l’amélioration
tangible de la performance. Les décideurs
politiques et les responsables de notre système
de santé devraient donc fixer des objectifs
mesurables en tenant compte des points
d’attention que le rapport met en avant.
Éducation Santé reviendra plus en détail sur ce
rapport dans un prochain numéro.
Certains indicateurs touchant à la santé mentale
et aux soins psychiatriques sont inquiétants : le
taux de suicide reste élevé, les hospitalisations
psychiatriques continuent à progresser, et la prise
d’antidépresseurs augmente. S’ajoutent à cela
de longs délais d’attente pour le premier contact
avec un centre de santé mentale, ce qui pose la
question de l’accessibilité de ces services.
Le système devient
plus efficient, même si il reste
des efforts à faire
Sur le plan budgétaire, l’efficience de notre
système de santé s’améliore comme le suggère
l’augmentation du recours aux médicaments
génériques et moins chers, la diminution des
hospitalisations classiques (au moins une nuit) au
profit de la chirurgie de jour et la réduction de la
durée du séjour après un accouchement normal.
Toutefois, on déplore encore la surutilisation
de certains examens ou équipements (en
radiologie par exemple) et de grandes variations
entre hôpitaux pour certaines interventions (les
césariennes par exemple).
Les dépenses de santé totales représentent
10,2 % de notre produit intérieur brut. Ces
chiffres sont légèrement supérieurs à la moyenne
européenne. Par rapport à 2011, ces dépenses
sont restées inchangées en 2012 et 2013.
La disponibilité des médecins
généralistes et des infirmiers
est à surveiller de près
Enfin, les indicateurs concernant la disponibilité
actuelle de médecins généralistes et d’infirmiers/
infirmières mettent en question la capacité
du système à répondre aux besoins de santé
Formuler des objectifs
d’amélioration pour la Belgique
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Une initiative européenne
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Cette mesure de la performance fait suite et
élargit le champ des deux premiers rapports
KCE-INAMI-ISP publiés en 2010 (rapport
KCE no 128) et en 2012 (rapport KCE no 196).
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de
la Charte de Tallinn, signée en 2008 par
tous les pays européens. À travers cette
charte, ils se sont engagés à mesurer et
évaluer régulièrement la performance de leur
système de santé.
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Vrijens F, Renard F, Camberlin C, Desomer A,
Dubois C, Jonckheer P, Van den Heede K, Van
de Voorde C, Walckiers D, Léonard C, Meeus P.
La performance du système de santé Belge Rapport 2015. Health Services Research (HSR).
Bruxelles : Centre Fédéral d’Expertise des Soins
de santé (KCE). 2015. KCE Reports 259B.
D/2015/10.273/02.
Ce document est disponible en téléchargement
à l’adresse http://kce.fgov.be/sites/default/
files/page_documents/KCE_259B_
rapportperformance2015.pdf
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Mensuel (11 numéros par an, ne paraît pas en août).
1
Abonnement : gratuit pour la Belgique.
Pour l’étranger, nous contacter.
2
Réalisation et diffusion : Alliance nationale des mutualités
3
chrétiennes, dans le cadre de la Cellule de Coordination
4
intermutualiste ANMC-UNMS.
Ont collaboré ce mois-ci : Cabinets Prévot et Jodogne,
5
KCE, Mutualités libres, Émilie Orliange, La Santé en action,
6
Patricia Thiébaut.
Rédacteur en chef : Christian De Bock (02 246 48 50,
7
christian.debock@mc.be).
8
Secrétariat de rédaction : Christian De Bock
Journaliste : Carole Feulien (carolefeulien@gmail.com). 9
Relectures : Danielle Beeldens, Carole Feulien.
10
Recherches iconographiques : Danielle Beeldens.
11
Site internet : Octopus et Unboxed-Logic (design et
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UN MENSUEL AU SERVICE
DES INTERVENANTS FRANCOPHONES
EN PROMOTION DE LA SANTÉ DEPUIS 1978
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Sur notre site
www.educationsante.be
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Chaque mois, Éducation Santé vous propose
des articles que vous ne trouverez que
sur son site internet. Ce mois-ci :
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— Un nouveau test de dépistage du cancer
colorectal, par les cabinets Prévot et Jodogne
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— Deux fédérations francophones pour
la promotion de la santé, par Carole Feulien
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— Six réformes prioritaires
par les Mutualités libres
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Sommaire
INITIATIVES
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L’EVRAS à l’école : une équation simple ?
par Patricia Thiébaut
3
L’EVRAS à l’école : la cloche a sonné,
par Christian De Bock
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Accompagner les adolescents en quête
d’autonomie dans les pratiques culinaires,
par Émilie Orliange
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STRATÉGIES
10 Une fédération au service de la promotion
de la santé, propos de François Baudier
recueillis par Carole Feulien
OUTILS
13 La mallette genre
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DONNÉES
14 Nouveau ‘check up’ du système de santé
belge, par le Centre fédéral d’expertise
des soins de santé
— La nouvelle loi de santé française :
la prévention au cœur du système ?
— Lobbying de l’industrie pharmaceutique
en Europe, par la Revue Prescrire
— Urbanisme et aménagements favorables
à la santé, par La Santé en action
— L’association ‘Pratiques en santé vient d’être
créée, par Daniel Oberlé
— Nouveau décret francophone bruxellois
de promotion de la santé, par Cécile Jodogne
développement), Carole Feulien (animation).
12
Réseaux sociaux : Carole Feulien.
13
Lettre d’information : Carole Feulien.
14
Contact abonnés : Christian De Bock (02 246 48 50,
christian.debock@mc.be).
15
Comité stratégique : Gaëtan Absil, Hervé Avalosse,
16
Pierre Baldewyns, Martine Bantuelle, Luc Berghmans,
Christian De Bock, Alain Deccache, Émilie Delferrière,
17
Martin de Duve, Damien Favresse, Carole Feulien,
18
Sophie Fiévet, Fabienne Henry, Pascale Jonckheer,
Denis Mannaerts, Vladimir Martens, Marie-Noëlle Paris, 19
Marianne Prévost, Karin Rondia, Bernadette Taeymans,
20
Patrick Trefois.
Comité opérationnel : Christian De Bock, Carole Feulien, 21
Julien Nève, Anne-Sophie Poncelet, Thierry Poucet.
22
Éditeur responsable : Jean Hermesse,
23
chaussée de Haecht 579/40, 1031 Bruxelles.
24
Maquette et mise en page : Muriel Logist.
Impression : Hayez.
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Tirage : 1 300 exemplaires. Diffusion : 1 200 exemplaires.
26
Diffusion électronique : 1 600 exemplaires.
ISSN : 0776 - 2623.
27
Les articles publiés par Éducation Santé n’engagent que leurs
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auteurs. Les articles non signés sont de la rédaction.
29
La revue n’accepte pas de publicité.
Les textes parus dans Éducation Santé peuvent être
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reproduits après accord préalable de la revue et moyennant
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mention de la source.
Pour tous renseignements complémentaires :
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Éducation Santé ANMC, chaussée de Haecht 579/40,
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1031 Bruxelles. ou Éducation Santé, c/o Centre d’Éducation
34
du Patient, rue du Lombard 8, 5000 Namur.
Internet : www.educationsante.be.
35
Courriel : education.sante@mc.be.
36
Pour découvrir les outils francophones en promotion
de la santé : www.pipsa.be
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Les textes de ce numéro sont disponibles
38
sur notre site www.educationsante.be.
Notre site adhère à la plate-forme www.promosante.net. 39
40
— Un premier état des lieux de la violence faite
aux femmes, par Maxime Prévot
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42
— La quatrième université de printemps
en santé publique, par l’École de santé
publique de l’ULB
Surfez donc sans plus attendre sur
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Avec le soutien financier de la Wallonie
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Imprimé sur papier blanchi sans chlore
Emballage recyclable.
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