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1 De tous les apologètes du IIe s. dont les œuvres nous ont été

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S. THEOPHILE D'ANTIOCHE
De tous les apologètes du IIe s. dont les œuvres nous ont été conservées, Théophile est le seul à avoir
été évêque (cf. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 20.24). Sa biographie nous est quelque
peu connue grâce à ses Trois livres à Autolycus, un ami païen cultivé qui lui demande raison de sa
foi (I, 14), mais peut-être en réalité un personnage fictif. Assyrien d'origine, mais de formation
hellénique, Théophile reconnaît qu'il n'a pas toujours eu la foi et que les écrits des prophètes de
l'Ancien Testament l'ont aidé à se convertir (I, 14). Sa pensée n'a rien d'originale.
De ces nombreux ouvrages, si l'on en croit S. Jérôme (cf. De Viris Inlustribus, 25) qui cite, outre les
livres à Autolycus, une réfutation d'Hermogène, une réfutation de Marcion, divers traités propres à
édifier l'Église, ainsi que des commentaires sur l'Évangile – notamment selon S. Matthieu1 – et sur
les Proverbes de Salomon, ne nous sont parvenus que les livres à Autolycus. Celui-ci avait vivement
reproché à son ami d'être devenu chrétien2. Lui ayant vanté les dieux du paganisme, il l'avait sommé
de lui « montrer » son Dieu. Théophile répond par une apologie, où il montre l'absurdité du paganisme
(Livre I), la supériorité des auteurs sacrés sur les auteurs profanes (Livre II), l'antériorité des livres
sacrés sur les auteurs profanes (Livre III).
Trois livres à Autolycus
Livre I : Théophile s'applique à expliquer à Autolycus qui est le Dieu des chrétiens et comment Il
peut être connu, tout en se riant des dieux païens et en faisant appel à la raison contre le mythe (I,8).
Dieu ne peut être contemplé que par une âme moralement droite : « Tel un miroir brillant, l'homme
doit avoir une âme pure. Une fois la rouille au miroir, on ne peut plus voir le visage de l'homme dans
le miroir : ainsi quand il y a une faute dans l'homme, il n'est plus possible à l'homme dans cet état de
voir Dieu » (I, 2) ; une âme capable aussi de remonter des œuvres de la nature jusqu'à l'Auteur de la
nature : « L'univers a été créé par Dieu, tiré du néant à l'existence, afin que par ses œuvres on connût
et on imaginât sa grandeur » (I, 4).
S'il ne peut être contemplé ici-bas par les sens, c'est parce que « l'aspect de Dieu est ineffable,
inexprimable » et que « sa gloire le rend sans limite, sa grandeur sans bornes, sa hauteur au-dessus
de toute idée, sa force incommensurable, sa sagesse sans équivalent, sa bonté inimitable, sa
bienfaisance indicible » (I, 3). À la différence aussi des idoles, « Il n'a pas de commencement, parce
qu'Il n'est pas engendré ; il est immuable autant qu'immortel » (I, 4).
Dans ses actions, Dieu est bon et juste, Il rend à chacun selon ses œuvres : « Tu me diras : “Il se met
en colère, Dieu ?” Parfaitement ! Il se met en colère contre ceux dont les actions sont mauvaises ;
tandis qu'Il est bon, propice et miséricordieux pour ceux qui l'aiment et le craignent ; il est l'éducateur
des fidèles et le père des justes, le juge et l'auteur du châtiment des impies » (I, 3).
L'empereur lui-même est soumis à Dieu et doit chercher à L'imiter en rendant la justice ; s'il est honoré
en vertu de son autorité, il n'est qu'une créature, donc : « Je ne l'adore pas : je prie pour lui. C'est Dieu,
l'authentique et vrai Dieu, que j'adore, sachant que l'empereur lui doit l'existence. Tu vas me dire :
“Pourquoi n'adores-tu pas l'empereur ?” Parce qu'il n'est pas fait pour être adoré, mais pour être
entouré d'un légitime respect ; ce n'est pas un Dieu, c'est un homme à qui Dieu a confié la charge [...]
de juger selon la justice. [...] Il n'est permis d'adorer que Dieu seul » (I, 11).
Cf. S. Jérôme, Préface au commentaire de l'Évangile selon S. Matthieu.
Sur les reproches communément faits aux chrétiens (incestes, adultères, repas de Thyeste...), cf. Aristide, Apol., XV, 7 ;
Athénagore, Legat., XXXII ; Justin, I Apol., XXVI ; Minucius Felix, Octav., IX ; Tertullien, Apol., VII, 1 ; VIII, 8 ;
XXXIX, 8 ; Ad nation., I, 7 ; Origène, Contra Cels., VI, XXVII ; Lactance, Div. Instit., V, XV, 2.
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À l'homme qui reconnaît sa misère morale et qui aspire à ne plus être dur de cœur, Théophile donne
ce conseil : « Si tu veux, tu peux guérir ; remets-toi aux mains du médecin, il opérera les yeux de ton
âme et de ton cœur. Qui est le médecin ? C'est Dieu, qui guérit et vivifie par le Verbe et la Sagesse »
(I, 7).
La résurrection des morts, il n'est pas déraisonnable d'y croire tant la nature en donne des signes dans
la vie de chacun quand la santé revient après la maladie, mais aussi par le cycle des saisons, des jours
et des nuits, de la germination : « Il arrive qu'un moineau [...] avale une graine de pommier [...] il se
soulage, et voilà qu'elle prend et devient un arbre, cette graine qui avait été naguère avalée, et qui
avait passé par de si chauds endroits ! » (I, 13).
Livres II et III : De nouveau et de manière plus appuyée, Théophile montre l'absurdité de la religion
païenne (II, 2-3). À cette critique, il ajoute celle des philosophes et des poètes qui ne parviennent pas
à se mettre d'accord sur Dieu et l'univers (II, 4.8), qui souvent aussi se contredisent chacun au cours
de leur vie, et qui enseignent l'immoralité : « La discorde règne dans les opinions des philosophes et
des écrivains » (II, 5) ; « Non seulement ils se sont culbutés entre eux, mais il en est qui sans plus
attendre ont sapé l'autorité de leurs propres théories » (III, 3) ; « S'ils s'essaient à écrire sur la pureté
des mœurs, ils enseignent à commettre les actes impudiques, la débauche, l'adultère... » (III, 3).
Seuls sont vraiment dignes de foi à propos « de la création du monde et de tout le reste », les prophètes
bibliques, ces « hommes de Dieu [...] qui ont reçu le dépôt du Saint-Esprit, [...] tenant de Dieu luimême inspiration et sagesse, [...] instruits par Dieu, et saints, et justes », et dont les discours tiennent
« bien ensemble [...] tant sur les événements qui leur sont antérieurs que sur ceux qui leur furent
postérieurs » (II, 9 ; cf. III, 17) ; « tous en effet portaient l'Esprit en eux et n'ont parlé que d'après
l'unique Esprit de Dieu » (III, 12). Il est aussi vrai que parfois poètes et philosophes s'accordent avec
les prophètes au sujet notamment « de la justice, du jugement et des châtiments [...] à propos de la
Providence [... de] l'unicité divine » (II, 38).
L'enseignement des prophètes est à la fois dogmatique et moral ; il a porté sur la création ex nihilo en
vue de l'homme – « Quoi d'extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d'une matière préexistante ? [...]
la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu'il veut »
(II, 4) ; « Ils ont été d'accord pour nous enseigner que Dieu, du néant, a tiré toutes choses. [...] Pour
[l'homme], Il a préparé le monde » (II, 10) – sur l'histoire du salut, et sur le mal à éviter pour parvenir
à la vie éternelle (II, 34-35), sur l'importance du repentir « car Dieu ne cesse de vouloir que la race
humaine se convertisse de tous ses péchés » (III, 11), et sur la justice (III, 12). Théophile souligne le
rôle du Verbe et de la Sagesse dans l'œuvre de création, mais il est difficile de savoir s'il les distingue
et si ceux-ci procèdent en Dieu de toute éternité ou bien seulement pour créer ; de même le Verbe et
la Sagesse ont inspiré les prophètes :
Dieu engendra son Verbe, qui était immanent en son sein3, et le produisit avec sa Sagesse avant toute
chose. Il eut ce Verbe comme ministre de toutes ses œuvres, et par lui il a tout fait. On l'appelle
Principe, parce qu'il est le Principe et le Maître de tout ce qui a été créé par lui. C'est lui, Esprit de
Dieu, Principe, et Sagesse et Force du Très-Haut, qui descendait sur les prophètes et racontait par
leur bouche ce qui concerne la création du monde et tout le reste [...] Pour qu'on sache que dans son
Verbe Dieu a fait le ciel et la terre et ce qu'ils contiennent : “Dans le principe, dit-il, furent créés par
Dieu le ciel et la terre”. II, 10
Avant que rien ne fût, Il tenait conseil avec lui [le Verbe] qui est son intelligence et son sentiment.
Et quand Dieu décida de faire tout ce qu'Il avait délibéré, il engendra ce Verbe au-dehors, premierné de toute créature, sans être privé lui-même du Verbe, mais ayant engendré le Verbe et s'entretenant
toujours avec son Verbe. II, 22
L'expression logos endiathétos, que l'on rencontre ici pour la première fois dans un texte chrétien, vient de la théologie
stoïcienne.
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Tout cela, c'est le Saint-Esprit qui nous l'apprend, en se servant de Moïse et des autres prophètes ;
ainsi nos livres à nous [...] se trouvent être plus anciens – et surtout se montrent plus vrais – que les
écrivains et les poètes. II, 30
Tous, tant qu'ils sont, ont erré, tandis que nous seuls les chrétiens possédons la vérité, car nous
sommes instruits par l'Esprit Saint parlant dans les saints prophètes et prédisant tout. II, 33
La création dont parle le livre de la Genèse foisonne quant à elle de symboles, de signes et de types
qui renvoient à d'autres réalités présentes ou avenir ; par exemple, « les luminaires renferment le signe
et le type d'un grand mystère. Le soleil est le type de Dieu, la lune celui de l'homme. Comme le soleil
diffère grandement de la lune en puissance et en gloire, Dieu diffère grandement de l'humanité. [...]
De même encore, les trois jours qui précèdent les luminaires sont les types de la Trinité ( tria,j)4 : de
Dieu, de son Verbe et de sa Sagesse » (II, 15) ; « Les êtres nés des eaux furent bénis de Dieu pour que
cela montrât qu'un jour les hommes recevraient le repentir et le pardon de leurs fautes par l'eau et le
bain de régénération » (II, 16).
La grandeur et la dignité de l'homme, bien qu'inexprimables, tiennent néanmoins « dans ces paroles
de Dieu : “Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance” » ; « tout l'Univers, Dieu l'avait
créé par la parole [...] il ne juge digne d'être l'œuvre de ses propres mains que la création de l'homme.
[...] Il n'a dit “Faisons” à personne d'autre qu'à son Verbe et à sa Sagesse » (II, 18). L'homme a été
créé en état de voie et est appelé à progresser vers la divinisation : « [Dieu] lui donna un principe de
progrès suivant lequel il pût se développer et arriver à la perfection, voire même être proclamé dieu
et ainsi monter au ciel [...] en possession de l'immortalité » (II, 24 ; cf. II, 27). La destinée de l'homme
était entre ses propres mains, car « Dieu l'avait créé libre et maître de lui » (II, 27).
Le mal a été introduit par l'homme dans la création : « Ce n'est pas [que les animaux] soient nés
mauvais dès le principe [...] : ils étaient tous “beaux” [...] c'est la faute commise dans la sphère des
hommes qui les a rendus mauvais » ; mais il y a aussi pour elle une espérance de rédemption :
« Quand de nouveau l'homme sera revenu dans les voies convenant à sa nature et ne commettra plus
le mal, eux aussi seront rétablis dans leur primitive douceur » (II, 17). « L'arbre de la science était luimême bon, et son fruit aussi. Ce n'est pas comme s'imaginent certains, l'arbre qui contenait la mort,
mais la désobéissance » (II, 25). Et si Dieu ordonna à Adam de ne pas en manger, « ce n'est point par
jalousie [...] mais pour éprouver son obéissance aux prescriptions divines » (II, 25). « Dans sa
désobéissance, l'homme puisa la fatigue, la douleur, le chagrin, et pour finir il tomba dans la puissance
de la mort » (II, 25). La réaction de Dieu au péché de l'homme procède de sa bonté :
Ce fut de la part de Dieu un grand bienfait pour l'homme, de ne pas le maintenir pour toujours en
état de faute mais, en quelque sorte, de lui infliger une espèce de bannissement en le chassant du
Paradis : ainsi le châtiment devait permettre à l'homme d'expier le péché dans un temps fixé et, une
fois châtié, de recevoir une nouvelle vocation. [...] Quand à ce fait que Dieu l'appelle en disant : “Où
es-tu, Adam”, ce n'est point parce qu'il l'ignorait que Dieu agit ainsi, mais par magnanimité, pour lui
donner une occasion de repentir et d'aveu. II, 26
La rédemption : Théophile, bien qu'il reconnaisse une possibilité de salut pour l'homme, ne fait pas
mention du rôle rédempteur du Christ pour parvenir à ce salut. Sa théologie s'en trouve donc teintée
de moralisme (cf. II, 27), même s'il parle à plusieurs reprise de la grâce : « La grâce préserve »
(III, 15) ; « je demande une grâce à l'unique Dieu » (III, 23) ; « ... afin que tout lecteur de ce livre se
laisse conduire par sa vérité et sa grâce » (III, 23).
Première apparition de ce nom appliqué à Dieu dans la littérature chrétienne.
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