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Anne Borgne - Fédération Française d`Addictologie

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Comment intégrer, dans les pratiques, l’accompagnement et les outils de la
consommation à moindre risque ?
Anne BORGNE
Présidente du RESPPAD
PARIS
anne.borgne@gmail.com
Préambule
Chaque année, plus de 74 000 personnes meurent en France des conséquences du
tabagisme et plus de vingt maladies lui sont attribuées qu’il en soit la cause principale, un
facteur de risque ou une cause aggravante. Le tabac tue donc plus de 200 personnes par
jour. Il est à l’origine de près de 20% de la mortalité prématurée en France.
D’après l’OMS, près d’une personne meurt toutes les six secondes à cause du tabac, ce qui
représente un décès d’adulte sur 10. Un fumeur sur deux qui poursuit sa consommation de
tabac toute son existence décédera d’une maladie liée à cet usage. Le tabac tue la moitié de
ceux qui en consomment, soit près de six millions de personnes chaque année. Plus de cinq
millions d’entre elles sont des consommateurs ou d’anciens consommateurs, et plus de 600
000, des non-fumeurs exposés à la fumée secondaire. Si aucune mesure n’est prise
d’urgence, le nombre annuel de ces décès pourrait atteindre plus de 8 millions d’ici à 2030.
Plus de 80% du milliard de fumeurs dans le monde vivent dans des pays à faible ou moyen
revenu.
La toxicité générale de la fumée s’exprime sur les muqueuses de contact et par impact des
substances toxiques après passage dans le courant sanguin au travers de la barrière
alvéolo-capillaire sur les viscères. Le monoxyde de carbone est facteur d’hypoxie tissulaire
et d’athérosclérose, les hydrocarbures et nitrosamines sont cancérigènes, de multiples
irritants sont facteurs d’inflammation de la muqueuse bronchique et de l’altération des
mécanismes de défense contre les infections. La nicotine est addictive mais son rôle
pathogène est mineur.
Face à cette épidémie de consommation et de décès, pour un produit dont le seuil de toxicité
commence dès la première prise et dont le potentiel addictogène est le plus élevé des
drogues, comment intégrer dans les pratiques de soins, d’accompagnement et de prévention
les outils de la consommation à moindre risque ?
Réduction des risques et tabagisme
La réduction des risques, qui remet en cause le sevrage comme seul objectif thérapeutique
valable, est une modalité de soin désormais bien intégrée dans l’accompagnement des
usagers de drogues (traitements de substitution, échange de seringues, etc.). Cette
évolution est également d’actualité dans le domaine de l’alcoologie où la modération de la
consommation apparaît de plus en plus comme un objectif possible (une évolution
concomitante à l’arrivée de nouveaux médicaments de l’alcool). Qu’en est-il pour le
tabagisme ?
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 1 Les professionnels de santé recommandent clairement l’abstinence de tabac. Au vu de
l’évolution du concept de « consommation contrôlée », la question d’une baisse du nombre
de cigarettes fumées par jour se pose pourtant.
Une réduction de cigarettes peut s’accompagner de phénomènes compensatoires
(absorption plus grande de la fumée) pour maintenir un taux de nicotine constant. Le résultat
global est alors peu concluant. La réduction peut aussi s’accompagner d’un recours à des
substituts. En dépit de l’usage du terme « substitut », la substitution concerne le plus souvent
la période de sevrage du tabac. Elle est limitée dans le temps, destinée à faciliter à court
terme le passage vers l’abstinence. Le recours à la substitution à plus long terme, associée
ou non à un certain nombre de cigarettes sous forme contrôlée, participe à une logique de
réduction des méfaits. S’il semble plausible qu’une diminution du nombre de cigarettes
entraîne également une baisse de dommages, les données scientifiques manquent pour
l’affirmer : la réduction du tabagisme n’entraîne pas l’annulation du risque de morbidité liée
au tabagisme.
Réduire la consommation de cigarettes ne suffit pas
Pensons aux fumeurs qui souvent doivent privilégier le court terme, réduire leur
consommation, en lieu et place d’arrêter. Cette stratégie ne s’accompagne cependant que
d’effets modestes sur la santé, et uniquement sur des paramètres cliniques secondaires
(inflammation bronchique) et biologiques (taux de lipides sanguins), sans impact mesurable
en termes de morbidité (hospitalisation pour exacerbation d’une bronchite chronique
obstructive par exemple) et de mortalité.
Ceci pour deux raisons : d’une part, parce que ce n’est finalement pas la consommation
quotidienne, mais bien la durée – en termes d’années – d’exposition au tabac qui
conditionne le risque de maladies. D’autre part, parce qu’en fumant moins de cigarettes, les
fumeurs pratiquent, de manière inconsciente, le phénomène de compensation (oversmoking)
qui permet d’augmenter le rendement de l’extraction de nicotine d’une cigarette et
parallèlement celle des autres produits toxiques. Seule l’option d’une administration
combinée avec des substituts de nicotine pourrait éventuellement éviter cet écueil. La
réduction du tabagisme reste donc une stratégie dont les bénéfices sont très limités et les
modalités mal définies.
Une étape intermédiaire vers l’abstinence
En différenciant la consommation de tabac et de nicotine, plusieurs cas de figure de
consommation contrôlée peuvent être différenciés :
–
–
–
–
Un tabagisme contrôlé, sans substitution
Un tabagisme contrôlé, avec substitution parallèle de nicotine
Un arrêt du tabagisme, avec substitution de nicotine
Un arrêt du tabagisme sans substitution (abstinence de nicotine)
La durée d’exposition au tabac conditionne le risque de maladies. À l’instar d’autres
substances, aborder la diminution du tabagisme dans un premier temps plutôt que
l’abstinence a pourtant des effets bénéfiques pour une démarche ultérieure vers l’abstinence.
La réduction du tabagisme peut donc être considérée comme une étape intermédiaire ou
une transition vers l’abstinence de nicotine.
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 2 L’expression « réduction des risques liés à l’usage de drogues », lorsque qu’elle est
appliquée au tabagisme, couvre ainsi deux axes principaux :
•
•
Politiques d’interdiction de fumer visant à réduire les dangers liés à la fumée
secondaire de tabac (ou tabagisme passif)
Pratiques de réduction des risques visant spécifiquement à réduire les risques pour le
consommateur de tabac qui ne peut ou ne veut pas arrêter
Ainsi, plusieurs approches peuvent être proposées :
•
•
•
Approches individuelles, telles que l’utilisation des traitements de substitution
nicotiniques associée à une réduction de la consommation de cigarettes comme une
première étape vers le sevrage tabagique
Approches populationnelles, telles que rendre les formes moins nocives de nicotine
plus accessibles que les formes plus nocives
Introduction d’un cadre réglementaire complet sur la nicotine, de manière à ce que
tous les produits fournissant de la nicotine soient réglementés en fonction des
dangers qu'ils représentent (NICE, 2013)
Les approches de réduction des risques appliquées au tabagisme impliquent que certaines
personnes continueront d’utiliser le tabac ou la nicotine. Le rationnel de ces approches est
que c’est la dépendance à la nicotine qui est principalement responsable de l’utilisation du
tabac, mais ce sont les autres composants de la fumée de tabac qui causent le plus de mal,
et non la nicotine en elle-même. Il existe de nombreux produits fournissant de la nicotine
avec des effets plus ou moins nocifs. Les traitements de substitution nicotinique et le
vaporisateur personnel se trouvent à l’extrémité la moins nocive du spectre et les produits du
tabac combustibles à l’extrémité la plus nocive. Les cigarettes sont l’une des formes les plus
dangereuses d'administration de nicotine, mais sont actuellement le système
d'administration le plus couramment utilisé dans le monde entier.
Les approches de réduction des risques proposées dans les récentes recommandations du
National Institute for Health and Care Excellence (2013) incluent :
•
•
•
L'arrêt du tabac (utiliser un substitut nicotinique médicamenteux aussi longtemps que
nécessaire)
Réduire sa consommation avant l'arrêt complet (avec ou sans substitut nicotinique
médicamenteux)
Et l'abstinence temporaire (avec ou sans substitut nicotinique médicamenteux)
Ces recommandations notent que présentement « il n'est pas certain que la réduction de
consommation apporte un bénéfice de santé à long-terme (mis à part que ceux qui réduisent
leur consommation peuvent finalement arrêter de fumer)» (NICE, 2013). Cependant, des
bénéfices à court-terme ont été notés tels qu’un bien-être physique et mental supérieur et
une diminution de l'exposition à la fumée pour les non-fumeurs. De plus, pour les fumeurs
malades, arrêter ou réduire sa consommation peut impliquer qu'ils aient plus de temps pour
s'investir dans des activités thérapeutiques.
Ainsi, de plus en plus de données fiables et fondées sur les preuves sont disponibles
aujourd’hui pour affirmer que la réduction des risques liés au tabagisme est efficace est
qu’elle devrait constituer une politique de santé à part entière et ainsi aider des millions de
fumeurs.
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 3 Quelle place pour la cigarette électronique ?
La cigarette électronique, ou vaporisateur personnel (VP), est un dispositif permettant
l’absorption par voie pulmonaire de nicotine par vaporisation d’une solution dénommée « eliquide ». Dans la cigarette classique, le tabac en brûlant produit la fumée, qui dégage
quelques 4 000 produits toxiques et/ou cancérigènes dont le monoxyde de carbone, qui
provoque des infarctus du myocarde, des artérites, des maladies cardiovasculaires, les
goudrons, responsables des cancers du poumon et des voies aériennes supérieures, les
particules fines qui attaquent les bronches et provoquent maladies et insuffisances
respiratoires graves et douloureuses. Dans le vaporisateur personnel, il n’y a ni tabac ni
combustion (ni feu ni fumée). Sans combustion, le VP ne produit ni cancérigènes, ni
monoxyde de carbone.
La nicotine dégagée dans son utilisation classique (patchs, cigarettes, inhalateurs, VP),
substance psychoactive à part entière, ne présente que très peu de dangerosité pour
l’homme. Les pathologies liées au tabagisme qui peuvent être mortelles n’ont aucun lien
avec la présence de nicotine dans la cigarette mais sont liées à la combustion.
VP et réduction des risques : une communication nuancée
Toute solution de réduction des risques est, par définition, une issue qui peut se prendre à
contre-sens. L’accès libre aux seringues « pourrait » faciliter les injections, c’est pour cela
qu’elles ont été interdites en France, le temps de comprendre avec le sida l’erreur commise.
Les médicaments de substitution « pourraient » être utilisés pour s’initier aux effets des
opiacés, c’est d’ailleurs ce qui arrive dans des cas minoritaires sur lesquels il convient de
continuer de travailler. Certains usagers font des allers et retours entre substitution et usage,
que ce soit avec des substituts nicotiniques ou opiacés, puisque ce sont les deux grandes
formes de traitement de substitution existantes. Mais est-ce une raison pour diaboliser ces
traitements qui majoritairement aident les usagers auxquels ils conviennent ?
Le VP est une révolution sanitaire, il est largement plébiscité par ses utilisateurs et de plus
en plus approuvé par de nombreux soignants français et européens qui y voient une
alternative au tabac bien moins dangereuse. Il n’est cependant pas un médicament et ne
relève d’aucune intention thérapeutique. Les cliniciens peuvent informer les fumeurs que la
combustion est la méthode d’absorption de la nicotine la plus toxique et que tous les autres
procédés sont plus sûrs. Le clinicien doit centrer son discours sur l’arrêt du tabac, sachant
que la consommation de nicotine est moins toxique que l’absorption de fumée. Le VP, bien
utilisé, permet d’arrêter de fumer du tabac et de remettre en cause son lien à la nicotine.
Focus sur le Snus
« Smokeless tobacco » fait référence à des produits issus du tabac consommés par voie
orale mais non fumés. Le plus populaire est le snus qui se présente sous forme de petits
sachets de tabac à coincer entre la joue et la lèvre. La nicotine est libérée beaucoup plus
progressivement et lentement qu’avec une cigarette. Néanmoins les fumeurs qui passent au
snus trouvent en général rapidement leur équilibre et sont satisfaits de la substitution trouvée
et des bénéfices apportés.
Comme expliqué précédemment, de nombreux fumeurs ne souhaitent ou ne peuvent pas
arrêter de fumer. Faute de ne pouvoir se passer de nicotine, ils continuent à fumer malgré
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 4 les risques pour la santé et les innombrables mortalités associées. L’utilisation de Smokeless
tobacco fait partie des autres alternatives à proposer. De nombreuses recherches ont
démontré les bénéfices apportés par son utilisation notamment en terme de réduction de la
mortalité. Dans les dernières décennies, la Suède a vu sa consommation de cigarettes
chuter au bénéfice de la consommation de tabac à chiquer. Ce changement, venu de la
population, a amené un succès pour la santé publique en Suède qui présente aujourd’hui un
des taux les plus bas de cancer du poumon chez les hommes sans avoir eu d’augmentations
compensatoires d’autres types de complications liés à la consommation de tabac.
Références
Rodu & Cole, 2004. The Burden of Mortality from Smoking: Comparing Sweden with Other
Countries in the European Union. European Journal of Epidemiology 19: 129-131.
Rodu B, Stegmayr B, Nasic S, Asplund K. Impact of smokeless tobacco use on smoking in
northern Sweden. J Int Med. 2002;252:398–404.
Huhtasaari F, Asplund K, Lundberg V, Stegmayr B, Wester PO. Tobacco and myocardial
infarction: is snuff less dangerous than cigarettes? BMJ. 1992;305:1252–1256.
Johansson S, Sundquist K, Qvist J, Sundquist J. Smokeless tobacco and coronary heart
disease: a 12-year follow-up study. J Cardiovasc Prevent Rehab. 2005;12:387–392.
Lewin F, Norell SE, Johansson H, Gustavsson P, Wennerberg J, Biörklund A, Rutqvist LE.
Smoking tobacco, oral snuff, and alcohol in the etiology of squamous cell carcinoma of the
head and neck: a population-based case-referent study in Sweden. Cancer. 1998;82:1367–
1375.
Les nouveaux vaporisateurs de tabac et inhalateurs de nicotine : la nicotine sans
combustion
L'industrie du tabac travaille depuis de nombreuses années au développement d’inhalateurs
de nicotine et de vaporisateurs de tabac dans le cadre de leur développement de produits
dits à risque réduit. Ces nouvelles technologies permettent de chauffer le tabac sans le
brûler et ainsi de délivrer de la nicotine sans fumée (vaporisateurs de tabac) ou de libérer de
la nicotine sans contenir de tabac (inhalateurs de nicotine). La recherche de produits à
risques potentiellement réduits (potentially reduced risks products ou pRRPs) est un enjeu
majeur pour les cigarettiers qui doivent lutter contre le déclin de la cigarette et la montée en
puissance des vaporisateurs personnels. Ils présentent ces inhalateurs de tabac/nicotine
comme des produits à destination des fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer des cigarettes,
réduire leur consommation ou encore remplacer leur consommation de cigarette par une
alternative moins risquée pour la santé (1).
Les vaporisateurs de tabac/nicotine chauffent du tabac à une température inférieure à une
cigarette classique -sans brûler le tabac, donc, d'où le nom donné à ces produits "heat non
burn" - et diffusent de la vapeur contenant de la nicotine et des arômes grâce à la
technologie de la "vaporisation".
Les inhalateurs de nicotine utilisent la technologie des vaporisateurs pour l'asthme en
libérant une formulation à base de nicotine par un clapet fonctionnant avec la respiration. Ils
ne contiennent pas de composant électronique et ne produisent aucune combustion, aucune
chaleur. Le dispositif le plus connu, Voke a fait l'objet d'une autorisation de mise sur le
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 5 marché au Royaume-Uni délivrée par l'Agence des médicaments pour soulager ou prévenir
les envies de nicotine et supprimer les symptômes du syndrome d'abstinence associés à la
dépendance au tabac.
Inhalateurs de nicotine/ vaporisateurs de tabac: la nicotine sans les risques ?
L'industrie du tabac cherche à commercialiser des produits à risques réduits mais qui
donnent autant de satisfaction aux fumeurs que les cigarettes classiques.
Des recherches récentes démontrent qu'il est possible de délivrer des doses de nicotine
satisfaisantes par inhalation. Des études menées sur des vaporisateurs de tabac montrent
que les taux de nicotine dans le plasma peuvent être identiques chez les fumeurs de
cigarettes ou chez les utilisateurs de vaporisateurs de tabac (2). L'étude de Rose et al
menée en 2010 a montré que le pyruvate de nicotine est plus efficace au niveau pulmonaire
que la nicotine pure car la taille des particules de vapeur est plus petite (0,6 um) que pour les
autres inhalateurs de nicotine et le pH neutre de la solution est moins irritant.
Comparativement au placebo, l'inhalation de pyruvate de nicotine produit une forte
augmentation des taux de nicotine dans le plasma et satisfait les fumeurs (3). Les
vaporisateurs qui éliminent la combustion contiendraient également beaucoup moins de
composés chimiques toxiques, voire pas du tout de certains composés (4). Cependant, il faut
souligner que pour l'instant aucune étude scientifique n'a démontré que ces nouveaux
produits du tabac sans combustion étaient sans danger. Ils réduisent l’exposition aux
substances toxiques mais les études à long terme sur l’homme ne sont pas encore
disponibles.
Les nouveaux inhalateurs de nicotine pourraient aider les fumeurs à arrêter de fumer plus
facilement qu'avec les substituts nicotiniques commercialisés actuellement (5). Les données
pharmacocinétiques démontrent que cette technologie peut être utilisée pour administrer de
la nicotine par voie pulmonaire pour une absorption rapide, couplée à des qualités
sensorielles acceptables, pour fournir la satisfaction subjective et le soulagement du besoin
impérieux de fumer.
Une étude pharmacocinétique clinique comparant l'inhalateur Voke avec un produit
pharmaceutique (inhalateur Nicorette 10mg) a montré que l'inhalateur Voke était plus
efficace pour le soulagement du craving que l'inhalateur Nicorette (6). La cigarette classique
serait donc en voie de devenir une technologie obsolète, remplacée par de nouvelles
technologies moins toxiques, mais qui continueront cependant à fournir de la nicotine, des
arômes de tabac et d’autres substances contenues dans le tabac. Il s’agit donc d’une
approche de réduction des risques.
Références
(1) Rose et al. Pulmonary delivery of nicotine pyruvate: sensory and pharmacokinetic
characteristics. Exp Clin Psychopharmacology. 2010;18:385-394, Erratum in: Exp Clin
Psychopharmacol. 2011 Feb;19(1):iii.
(2) Patrick Picavet, Moira Gilchrist,
Shawnmarie
Mayrand-Chung,Assessing The
Pharmacokinetic And Pharmacodynamic Profiles of Non-Combustible Potentially ReducedRisk Products, Philip Morris Products S.A., Quai Jeanrenaud 5, 2000 Neuchâtel,
Switzerland.
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 6 (3) Rose et al. Pulmonary delivery of nicotine pyruvate: sensory and pharmacokinetic
characteristics. Exp Clin Psychopharmacology. 2010;18:385-394, Erratum in: Exp Clin
Psychopharmacol. 2011 Feb;19(1):iii.
(4) Eva Garcia, Serge Maeder, Patrick Vanscheeuwijck, Patrick Picavet, Moira Gilchrist,
Shawnmarie Mayrand-Chung, Non-Combustible Alternatives: Assessing Potentially
Reduced-Risk Products – Toxicological and Clinical Exposure Studies Philip Morris
Products S.A., Quai Jeanrenaud 5, 2000 Neuchâtel, Switzerland.
(5) Rose et al. Pulmonary delivery of nicotine pyruvate: sensory and pharmacokinetic
characteristics. Exp Clin Psychopharmacology. 2010;18:385-394, Erratum in: Exp Clin
Psychopharmacol. 2011 Feb;19(1):iii.
(6) Chris Moyses, Alex Hearn, Andrew Redfern Author Affiliations: 1) Kind Consumer Ltd,
London, UK 2) Linear Clinical Research Ltd, Perth, Australia, Evaluation of Craving
Satisfaction When Using a Novel Nicotine Inhaler; Moyses C, Hearn A, Redfern A.
Evaluation of a Novel Nicotine Inhaler Device. Part 2: Effect on Craving and Smoking Urges.
Nicotine Tob Res. 2014 Jul 31. pii: ntu122.
Autres sources
https://www.mediaserver.com/m/instances/8hjnb6wm/items/29n825fv/assets/75ngrwuk/0/file.pdf
http://www.media-server.com/m/s/get6yg4o/lan/en
http://www.nicoventures.co.uk/announcing-voke-safer-alternative-smoking-licensedmedicines-and-healthcare-products-regulatory
Focus cigarette électronique / vaporisateur personnel
La cigarette électronique aurait été développée en Chine au milieu des années 2000 par un
pharmacien. Elle est composée d’une batterie, d’un atomiseur et d’une cartouche remplie
d’un liquide (e-liquide). Ce dernier contient des substances aromatiques variées (tabac,
menthe, pomme, etc.), avec du propylène glycol et/ou de la glycérine végétale, des additifs,
et selon les flacons, de la nicotine, à différentes concentrations. Lors de l’aspiration, le
liquide, mélangé à l’air inspiré, est diffusé sous forme de vapeur puis inhalée par l’utilisateur.
Comme elle n’occasionne aucune combustion, elle ne dégage pas les substances
cancérogènes contenues dans la fumée de cigarette, ni de monoxyde de carbone ou de
goudrons.
L’usage de la cigarette électronique
En population adolescente, près d’un jeune sur deux déclare avoir déjà fait usage d’une
cigarette électronique au cours de sa vie, les garçons (56,4%) se révélant davantage
concernés que les filles (49,9%). L’usage de la cigarette électronique au cours du mois est
déclaré par un adolescent sur cinq (22,1%) alors que 2,5% disent l’utiliser tous les jours, là
encore les garçons plus souvent que les filles (3,1% vs 1,8%).
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 7 Parmi les personnes âgées de 18 à 75 ans, 25% déclarent avoir déjà essayé la cigarette
électronique. Parmi les fumeurs, ils sont 57% à l’avoir essayée. La cigarette électronique a
par ailleurs été expérimentée par 4% des individus n’ayant jamais fumé ou n’ayant fait
qu’essayer. L’usage actuel de la cigarette électronique concerne 6% de l’ensemble des 1875 ans, dont la moitié en fait un usage quotidien. Les trois quarts des vapoteurs (75%) sont
aussi fumeurs réguliers de tabac, 8% sont des fumeurs occasionnels, 16% des ex-fumeurs,
tandis que 1,5% d’entre eux n’ont jamais fumé. Sur l’ensemble de la population des 18-75
ans, 0,9% sont des vapoteurs ex-fumeurs de tabac qui utilisent la cigarette électronique et
0,1% vapotent sans avoir jamais fumé.
À propos des e-liquides
Les e-liquides peuvent être composés d’un ou plusieurs des éléments suivants :
–
–
–
–
–
Le propylène glycol : substance présente dans de nombreuses préparations
(culinaires, cosmétiques, inhalateurs, etc.) que certains médias ont confondu avec
l’éthylène glycol, produit antigel hautement toxique ;
La glycérine végétale dont les études n’ont montré aucun danger pour l’homme
Les arômes (naturels ou synthétiques)
D’eau, d’alcool ou d’additifs (exhausteurs de goût, correcteur d’acidité, etc.)
Eventuellement de la nicotine à un dosage maximal, s’il est vendu sur le territoire
français, de 20 mg/ml, selon les recommandations de l’Agence nationale du
médicament (ANSM)
Le propylène glycol et la glycérine (que l’on retrouve dans beaucoup de produits) ne
semblent pas toxiques lorsqu’ils sont inhalés, mais leurs effets à long terme demeurent
inconnus. Les rares études cliniques réalisées sur les cigarettes électroniques n’évoquent
aucun effet indésirable grave. Les effets secondaires les plus fréquents sont une irritation et
une sécheresse buccale.
La cigarette électronique chez les jeunes
La cigarette électronique remporte un grand succès auprès des jeunes. Les études et
enquêtes montrent un fort intérêt des jeunes pour la cigarette électronique. Une étude
polonaise datant de 2012 nous apprend qu'un jeune polonais sur 5 a testé l'e-cigarette (1).
L'enquête ETINCEL menée par l’OFDT en novembre 2013 sur 2052 individus âgés de 15 à
75 ans, a révélé qu'un tiers des 15-24 ans l'ont essayée (alors que seulement une personne
sur 5 entre 34 et 45 ans et un sur 10 entre 55 et 64 ans l'a expérimentée). L'enquête Paris
sans tabac 2014 (menée auprès de 13 000 collégiens et lycéens) confirme cet engouement.
En 2013 et 2014, on note une augmentation de l'expérimentation de la cigarette électronique
chez les jeunes, avec un taux d'utilisation qui double chaque année. Même observation aux
Etats-Unis : une enquête menée sur 40000 adolescents américains montre que le taux
d'usage de la e-cigarette au cours des 30 derniers jours a doublé entre 2011 et 2012
(passant de 3,1% à 6,5%). Toutefois, ces enquêtes portent sur l’expérimentation ou
l’utilisation récente (30 derniers jours), mais n’examinent pas l’usage quotidien. Les rares
études qui ont examiné ce dernier point n’ont soit pas trouvé d’usage quotidien de la ecigarette chez les jeunes non-fumeurs, ou à des taux extrêmement faibles (<1%).
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 8 La question des arômes
D'ailleurs, une étude datant de 2012 a conclu qu'une majorité des jeunes interrogés serait
moins intéressée par les cigarettes électroniques (et autres produits du tabac non fumés) si
ces dernières n'étaient pas parfumées. En outre, la cigarette électronique apparaît souvent
aux jeunes comme moins dangereuse et rendant moins dépendant que les cigarettes
classiques. Une étude de 2013 a ainsi montré que c'était ce que pensait la majorité des
jeunes interrogés.
Une porte d'entrée dans le tabagisme ?
Certaines enquêtes laisse supposer que la cigarette électronique pousse les jeunes à la
consommation de tabac. Cependant, bien que la cigarette électronique (avec e-liquide
nicotiné) puisse maintenir une dépendance à la nicotine préexistante, il n’a pas été observé
jusqu’ici qu’elle pouvait induire la dépendance chez des non-fumeurs.
Cigarette électronique et jeunes : plutôt une diminution du nombre de fumeurs
Plusieurs enquêtes et publications récentes laissent entendre que les jeunes essaient la
cigarette électronique mais ne l'adoptent pas forcément. L'enquête Paris Sans Tabac 2014
montre en outre que ce sont surtout les jeunes fumeurs qui testent la cigarette électronique
(90% des fumeurs contre 23% des non-fumeurs). L'étude menée en Pologne a donné la
même information : les étudiants qui ont testé la fumée de cigarette sont plus enclins à
tester l’EC que ceux qui n’ont jamais fumé (38.2% vs 8.8%). L’utilisation de la e-cigarette
pourrait donc être responsable d'une diminution du tabagisme. L'enquête Paris Sans Tabac
2014 a ainsi montré que la proportion de fumeurs chez les 12-15 ans a été divisée par deux,
passant de 20% à 11,2% et qu'elle a également diminué chez ceux de 16 à 19 ans, passant
de 42,9% à 33,5% sur la même période. Cette diminution s'expliquerait par l'engouement
pour la cigarette électronique d'après les auteurs de l'enquête. Aux USA également, la
proportion de fumeurs parmi les jeunes a baissé à 15.7% en 2013, atteignant son plus bas
niveau en 22 ans. Là encore, le lien de causalité n’est pas établi, mais il est difficile d’ignorer
que ces changements interviennent précisément l’année où la cigarette électronique est
devenue populaire aux USA et en France.
En conclusion, on n’a pas observé jusqu’ici d’effet passerelle. Bien que les jeunes soient
nombreux à tester l’e-cigarette, extrêmement peu de jeunes non-fumeurs utilisent ce produit
et la prévalence du tabagisme chez les jeunes a diminué dans les pays où l’e-cigarette est
populaire (France, USA). Il est donc probable que ce produit contribue à dénormaliser la
cigarette chez les jeunes. Cependant, des études longitudinales sont nécessaires pour tester
les hypothèses suivantes : l’e-cigarette est-elle capable d’induire la dépendance chez les
non-fumeurs ? Si oui, la dépendance à la nicotine induite par la cigarette électronique avec
nicotine peut-elle conduire les jeunes à fumer du tabac par la suite ? Et enfin : ces jeunes ne
seraient-ils pas également devenus fumeurs s’ils n’avaient pas vapoté ? A ce jour, les études
et enquêtes disponibles sont rassurantes, mais ces hypothèses n’ont pas été testées.
L'explosion de l'utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes est en effet récente. Il faudra donc
avoir plus de recul pour savoir si cette dernière est plutôt une porte de sortie du tabagisme
ou au contraire une porte d'entrée. C'est d'ailleurs au nom du principe de précaution que
des pays ont déjà interdit la vente de cigarettes électroniques aux mineurs. On peut
cependant se demander si cette interdiction ne condamne pas les jeunes qui souhaitent
FFA - Audition Publique - 7 et 8 Avril 2016 – Paris
« La réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives » 9 essayer la nicotine à la découvrir dans les cigarettes, qui sont le moyen le plus toxique de
s’en procurer.
Références
Goniewicz ML1, Zielinska-Danch W. Electronic cigarette use among teenagers and young
adults in Poland. Pediatrics. 2012 Oct;130(4):e879-85. doi: 10.1542/peds.2011-3448. Epub
2012 Sep 17.
Enquête annuelle de l'association Paris sans tabac, réalisée auprès d'un échantillon
représentatif de 2% des élèves des collèges et lycées de Paris, 2014.
Dutra LM and Glantz SA. Electronic Cigarettes and Conventional Cigarette Use Among US
Adolescents. JAMA Pediatrics. Published March 6 2014.
Kelvin Choi, Lindsey Fabian, Neli Mottey, Amanda Corbett, and Jean Forster, Young Adults’
Favorable Perceptions of Snus, Dissolvable Tobacco Products, and Electronic Cigarettes:
Findings From a Focus Group Study, Am J Public Health. Nov 2012; 102(11): 2088–2093.
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