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4 implications pour une jeunesse africaine forte

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1
2
Sommaire
Recadrer l’enjeu de
l’engagement de la jeunesse.
Nous avons eu à proclamer, dans ces mêmes colonnes,
qu’une jeunesse qui n’est pas capable de colmater
les problématiques de son temps est une jeunesse à
l’agonie. Qu’une jeunesse qui n’est pas capable d’avoir
des opinions fortes est une jeunesse sacrifiée. Que la
jeunesse n’a de sens que dans la lutte qu’elle incarne.
Aussi, avons-nous évoqué 3 missions dévolues à une
jeunesse africaine qui se refuse des épithètes comme :
titubante, désorientée, inutile ou sacrifiée.
Une mission de prophète, qui consiste à rêver l’Afrique,
à refuser de se contenter du peu ou du simplement bon,
mais de rechercher à outrance le meilleur et l’excellence.
Une mission de soldat, qui s’incarne dans l’action
continue. De ne jamais se contenter de l’idée et du rêve
mais de se mettre en activité constante, car un rêve sans
action n’est que pure hallucination.
Une mission de sentinelle, qui consiste à protéger les
acquis au fur et à mesure, de sauvegarder chaque liberté
acquise, chaque gallon gagné.
Nous continuons cette réflexion sur l’engagement de la
jeunesse par des interrogations multiformes.
•Comment devient-on engagé ?
•Par quoi peut-on mesurer l’engagement d’un jeune ?
•Par où commence-t-il ? Par où termine t-il ?
Comment peut-on encourager un jeune à s’engager si
nombre de leaders du continent ont connu des destins
tragiques ?
•Un jeune peut-il s’engager véritablement si son
quotidien n’est que fardeau, éternelle rebuffade,
cherchant désespérément le pain de survie ?
•Un jeune peut-il vraiment s’engager pour des causes
nationales s’il n’a aucune confiance en ses dirigeants ?
Nous décortiquerons ces questions dans nos prochaines
publications. A vous ce deuxième numéro du Mérite
Africain.
Franck NYAYEE
EDITO
Recadrer l’enjeu de l’engagement de la
jeunesse
ANALYSE
4 implications pour une jeunesse
africaine forte et actrice de
développement.
...le rapport de la jeunesse avec la
citoyenneté ordonne l’implication des
jeunes à des actions, économiques,
politiques, sociales et culturelles. Mais
cette participation pose une autre
condition, celle de la confiance en
l’Etat... - P3 et 5
PORTRAIT
Wangari Muta Maathai, 1ere
femme africaine, Prix Nobel de la
Paix
...Généreuse et persistante, elle a
été une championne de la défense
de l’environnement, des femmes de
l’Afrique...- P6
INTERVIEW
Professeur Kako Nubukpo
Pourquoi tout le monde a peur d’un débat
sur le Franc CFA?
...ce qu’il faut, c’est que les dirigeants
africains fassent preuve de
responsabilité et ouvrent le débat sur
la gestion monétaire. C’est un exercice
démocratique ... -P7
REFLEXION
Pas de décollage africain sans État
de droit
La connivence entre les hommes d’affaires
et politiciens corrompus d’une part,
et la faiblesse de l’Etat de droit, d’autre
part, posent de sérieux défis à l’avenir de
l’Afrique... -P6
4
3
implications pour
une jeunesse
africaine forte
et actrice de
développement.
Par Seyram ADIAKPO
A
de nombreux moments
de l’histoire
africaine, la jeunesse a été un acteur
privilégié de changement. Aujourd’hui elle
semble l’être encore…mais à quelques exceptions
près. La jeunesse africaine semble avoir perdu ses
repères et avoir oublié l’essentiel. Mais l’espoir est
là, l’Afrique peut encore compter sur elle.
Le jeune citoyen participe activement à la
vie de sa communauté. Cet engagement se
traduit par une volonté de contribuer à la
résolution des problèmes de sa communauté.
L’Etat y travaille certes déjà, mais l’action de
la jeunesse porte un rayon de lumière sur des
aspects restés cachés. Le jeune africain fort
de cette valeur d’engagement et par ricochet
d’autonomie n’attend pas que « l’Etat » vienne
résoudre tous les problèmes. L’ engagement du
jeune se traduit aussi par la mise en commun
des forces, des idées avec d’autres personnes.
Le jeune citoyen modèle africain s’intéresse
à la vie politique.
Pour demeurer un réel facteur de développement
la jeunesse doit être activement citoyenne, pour
pouvoir profiter à la communauté.
Le rôle du jeune citoyen est la participation
active à la vie publique et communautaire.
Le rapport de la jeunesse avec la citoyenneté
ordonne l’implication des jeunes à des actions,
économiques, politiques, sociales et culturelles.
Mais cette participation pose une autre
condition, celle de la confiance en l’Etat.
La confiance en la machine étatique, une
condition à l’émergence d’un modèle de citoyen.
Le bras armé de l’Etat, ce sont les institutions
publiques. Aux travers de ces institutions,
l’Etat créé des politiques publiques orientées
vers le développement. Mais il faut une dose
de confiance pour que la jeunesse marche de
concert avec ces institutions publiques. Cette
confiance passe par la transparence dans la
gestion de la chose publique et la facilité d’accès
à l’information par les jeunes.
Qu’ est ce qui caractérise le jeune citoyen africain
modèle et acteur de développement?
Le jeune africain modèle se doit d’être
pleinement dévoué dans le développement
social, politique, économique et culturel de sa
communauté.
Non seulement il suit de près les évènements
politiques (élections, nominations, activités
des institutions politiques etc.) mais il y
participe. La vie politique nationale se situe
généralement à deux niveaux : au niveau
communautaire et au niveau national. Au
niveau communautaire il s’intéresse à la gestion
de sa localité et/ou y participe activement en se
proposant à des postes de responsabilités. Ceci
dans un contexte de décentralisation effective.
En Afrique, certains postes de responsabilité
au niveau local (maire, conseiller communal
etc.) semblent être réservés à des gens d’un
certain âge alors qu’en réalité, il n’est pas exclu
que la jeunesse s’y engage.
Au niveau national, le jeune citoyen engagé
suit le même modèle en s’informant et en
faisant entendre ses opinions. Malgré ce choix,
le citoyen participe à l’élection de ses dirigeants
politiques et suit activement leurs actions sur
le terrain.
Suite à la page 5
4
LE FONDS MONETAIRE AFRICAIN
Du rêve à la réalité
lors du sommet de Malabo en 2014 pour
qu’un poste d’administrateur permanent soit
attribué à chaque pays participant à plus de
3,5% au capital du FMA. L’octroi d’un droit de
veto aux gros contributeurs a été cependant
rejeté.
C
ette nouvelle n’a pas fait beaucoup
de bruit, et pourtant, l’acte est
significatif, et aura un impact
certain sur l’avenir du continent.
Il y a 1 an, l’Union africaine (UA) a adopté
à Malabo les statuts du Fonds monétaire
africain (FMA), une institution financière
panafricaine dotée d’un capital initial de
22,64 milliards de dollars et ayant pour
mission de promouvoir le développement
économique du continent.
Le fond dont la mise en place était prévue
par l’acte constitutif de l’UA adopté en
2000 à Syrte en Libye, a pour vocation
de contribuer à la stabilité économique
et à la gestion des crises financières
en Afrique, en favorisant la croissance
macroéconomique et le développement
du commerce intra-régional.
Selon le Commissaire de l’Union africaine
aux affaires économiques, Anthony
Maruping, le FMA a été créé pour
prendre en charge les questions macroéconomiques sur le continent.
Un consensus a finalement été trouvé
Le capital du fond est mobilisé auprès des Etats
africains en fonction de plusieurs critères,
dont notamment la taille de leurs économies
et leurs réserves en devises.
L’Afrique du Sud devrait être le plus gros
contributeur au capital du fond, qui s’est basé
à Yaoundé, au Cameroun, avec 8,05% des
parts, ce qui représente une contribution de
près de 1 milliard de dollars, suivie par le
Nigeria (7,94%, ou 899 millions de dollars),
l’Egypte (6,12%/ 693 millions de dollars) et
l’Algérie (4,59%/ 520 millions de dollars).
Source: www.kemiseba.com
Bulletin d’Eveil et de Réveil de la jeunesse africaine
Contributeurs:
Franck NYAYEE
Seyram ADIAKPO
Aicha A.Virgine ATCHANA
Publié par le Forum de Jeunes pour la Culture
de l’Excellence et le Developpement (FOJECED-TOGO)
Tel: 91 88 44 12
Mail: fojecedtogo@gmail.com
www.fojecedtogo.org
PARTENAIRES:
APED TOGO: Association des
Praticiens pour l’éducation et le
Développement
www.apedtg.org
WAYENO
Portail d’informations
www.wayeno.com
5
Samuel
Achilefu
Suite de la page 3
Sur le plan économique, le jeune citoyen
modèle est enclin à travailler pour
l’amélioration de ses propres conditions de
vie et à saisir les opportunités données par
les pouvoirs publics et les acteurs privés. Il
souhaitera que les opportunités soient non
seulement accessibles mais aussi garantis
par la règle de l’égalité de chances. Le jeune
citoyen modèle est motivé par la culture
de l’excellence. Il cherche le meilleur. Il se
forme en permanence afin d’acquérir des
compétences et des aptitudes nécessaires à
son engagement.
Ce nigérian invente une lunette
qui identifie les cellules
cancéreuses
U
Sur le plan culturel, le jeune citoyen
est conscient de la richesse culturelle de
son continent et respecte les différences
culturelles. La richesse se manifeste au plan
ethnique et identitaire mais aussi au plan
religieux et touristique. Le jeune citoyen
promeut le développement culturel de sa
communauté en privilégiant ses richesses
et valeurs et en attirant l’attention sur elles.
Les langues maternelles sont par exemple
une richesse très négligée par la jeunesse
alors qu’elles sont toutes aussi riches que les
langues du colon.
Ces quatre points sont des possibles éléments
d’implication de la jeunesse africaine.
La citoyenneté sociale, la citoyenneté
politique, la citoyenneté économique et
la citoyenneté culturelle. Le jeune africain
qui se vêt de ces éléments contribue à son
propre rayonnement puis au développement
de sa communauté et celle de l’Afrique.
ne fierté pour le continent africain, et une
belle percée dans le traitement du cancer.
Ce scientifique nigérian a reçu le prix Louis
2014 pour ses lunettes qui permettent d’identifier les
cellules cancéreuses.
Professeur en radiologie et en ingénierie biomédicale,
l’équipe qu’il dirige a développé cette technologie
pour pouvoir traiter de manière efficace les personnes
atteintes de cancer. Lors de la chirurgie, qui se déroule
dans le noir, les lunettes permettront d’identifier
clairement les cellules cancéreuses et de les enlever.
Pour mieux comprendre comment fonctionnent ses
lunettes chirurgicales, Samuel Achilefu a expliqué
à Bloomberg que « leur efficacité réside en deux
étapes». D’abord, les chirurgiens injectent une petite
quantité d’un marqueur fluorescent infrarouge dans
la circulation sanguine du patient à opérer. Les
peptides contenus dans le marqueur pénétreront
alors les cellules. La seconde étape consistera pour le
chirurgien à porter les lunettes et sous une lumière
infrarouge qui réagit avec le colorant, il pourra
identifier les cellules cancéreuses qui brilleront ».
L’opération chirurgicale pourra commencer.
Le dispositif médical a été utilisé pour la première fois
sur les humains à l’École de médecine de l’Université
de Washington, au cours de ce mois de juin 2015.
Ses recherches sur cet appareil ont démarré en 2012,
grâce à l’obtention d’un financement de 2,8 millions
de dollars de l’Institut National de la Santé.
Source: www.agenceecofin.com
6
Pas de
décollage
africain
sans État de
droit
Marian Tupy,
A
près avoir été qualifiée de continent
perdu, l’Afrique a une bonne presse ces
derniers temps.
Certes, les revenus sont en hausse et donc
le niveau de vie est en amélioration. Mais,
le continent peut-il avancer sur la voie de la
prospérité?
D’évidence, cela dépendra en grande partie
de l’évolution des institutions africaines.
La croissance à long terme nécessite le bon
fonctionnement de l’Etat de droit qui assure,
de manière rapide et fiable, la sécurité des
personnes et de leurs biens. Malheureusement,
l’Afrique a encore un problème avec l’État de
droit.
Le nouveau millénaire a été
particulièrement bon pour
l’Afrique.
Alimentée par une progression de la liberté
économique et une forte demande mondiale
de ressources naturelles, l’économie africaine a
connu une croissance d’environ 5% par an en
moyenne. Entre 2000 et 2013, le revenu par
habitant corrigé de l’inflation a progressé de
1469 $ à 2002 $, soit une croissance de 36%.
Suite à cette hausse des revenus, plusieurs autres
indicateurs importants du bienêtre humain
se sont améliorés. Le score de l’Afrique dans
l’indice de développement humain des Nations
Unies est passé de 0,43 en 2000 à 0,49 en 2012.
Il est cependant beaucoup trop tôt pour parler
d’un véritable décollage africain, encore moins
du siècle de l’Afrique. L’un des principaux
problèmes de l’Afrique reste la faiblesse de ses
institutions, qui sont à leur tour une condition
sine qua non pour une croissance robuste à
long terme, et une hausse soutenue du niveau de vie.
Les recherches universitaires montrent que les pays
ayant des institutions faibles sont capables de réaliser
une croissance rapide amis ne peuvent pas maintenir
cette croissance de manière soutenue à long terme.
En d’autres termes, les périodes occasionnelles
de forte croissance sont généralement suivies par
d’autres périodes de stagnation économique ou pire
de périodes de récession.
Les pays avec des institutions solides, au
contraire, sont beaucoup plus susceptibles
de maintenir des taux de croissance élevés
au cours de périodes plus longues.
C’est l’existence d’une économie relativement libre
qui constitue la clé de la réussite du Botswana où,
entre 1960 et 2013, le revenu par habitant a augmenté
de 1 751%. En Afrique, il n’a augmenté que de 150%.
Le problème est que l’Etat de droit en Afrique s’est
dégradé au cours des dernières années. Ces forts
taux de croissance n’ont pas empêché son érosion,
accompagnée d’une aggravation de la corruption.
Prenez l’Afrique du Sud, qui possède la plus
sophistiquée et la deuxième plus grande économie
du continent. Le président Jacob Zuma a fait face à
783 chefs d’accusation de corruption liés à un contrat
d’armement. Son conseiller financier et intermédiaire
sont allés en prison. Zuma a cependant été disculpé de
toutes les accusations de corruption seulement trois
jours avant qu’il soit de nouveau intronisé Président.
Depuis lors, de nouvelles allégations de corruption
ont proliféré. La plus flagrante est surement celle
liée aux dépenses de grosses sommes d’argent, aux
frais des contribuables, dans l’aménagement de sa
résidence privée. Zuma aura t-il un jour à répondre de
ses actes? Probablement pas, car l’un de ses premiers
actes, une fois en fonction, a été de supprimer les «
Scorpions », l’agence de lutte contre la corruption de
l’Afrique du Sud.
On peut prendre aussi le cas de la Zambie, que
le magazine The Economist a qualifié de l’un des
«meilleurs élèves» de l’Afrique au cours de la dernière
décennie.
En 2012, Rajan Mahtani, un homme d’affaires
politiquement connecté, aurait utilisé de faux
certificats d’actionnariat
Suite à la page 7
afin de prendre le
7
Wangari Muta Maathai
R
1ere femme africaine, Prix
Nobel de la Paix
Par Aicha ATCHANA
eprésentant plus de la moitié de la population, de tous les temps,
les femmes ont toujours joué un rôle Ô combien important dans la
société. Elles ont dirigé des nations (reines, présidentes), Elles ont été
des guerrières (amazones) et se sont démarquées par leur courage, devant
l’adversité. Elles sont nombreuses ces femmes qui ont influencé la marche
de l’Afrique mais qui sont enterrées dans le silence.
Allons à la découverte de l’une de ces femmes influentes qui s’est faite
remarquée par sa liberté de ton et son engagement pour la survie de
la planète : Wangari Muta Maathai, première kenyane à décrocher un
doctorat, première à diriger une faculté, première africaine à obtenir le très
prestigieux prix Nobel de la paix en 2004 pour sa « contribution en faveur
du développement durable, de la démocratie et de la paix ».
Wangari Muta Maathai est Née le 1er avril 1940 dans un village proche
de Nyeri, au cœur de l’ethnie Kikuyu, au pied du Mont Kenya. Aînée
d’une famille de six enfants,
elle s’occupait de la majorité
des tâches ménagères de la
maisonnée. Mais, grâce à la
mentalité progressiste de ses
parents humbles fermiers, la
jeune Wangari a la chance
d’aller à l’école. Elle se fit
remarquer par sa vivacité
intellectuelle qui lui a valu une
bourse aux états unis ou elle fit
ses études. Elle se perfectionne en Allemagne. De retour au pays, avec en
poche une spécialisation en biologie, Wangari Maathai enseigne la zoologie
à l’Université de Nairobi.
Wangari Muta Maathai «La Femme Arbre»
Elle était une militante écologique et politique. Dans son autobiographie
publiée en 2006 intitulée «Insoumise: l’histoire d’une femme», elle
racontait comment, sous l’effet du changement climatique notamment,
l’environnement s’était dégradé dans sa région du Mont Kenya.
contrôle
du
Zambèze
Portland Cement Company,
d’une valeur de 160 millions
de dollars, au détriment
d’investisseurs italiens, qui
ont ensuite été étrangement
déportés de Zambie pour
« une menace à la sécurité
nationale ». Les propriétaires
d’entreprises Antonio et
Manuela Ventriglia ont
finalement réussi à revenir
à la Zambie après une
grande décision de justice et
repris le contrôle de l’usine.
Antonio Ventriglia dit : «
Pendant des années, nous
avons subi des pertes de plus
de 100 millions de dollars en
raison de la corruption, mais
maintenant, heureusement,
il semble que l’Etat de droit
soit de retour. Je plains les
petits hommes d’affaires
qui ont à faire face à
l’intimidation et le vol sans
avoir recours à une justice
rapide et efficace ».
La connivence entre les
hommes d’affaires et
politiciens corrompus
d’une part, et la
faiblesse de l’Etat de
droit faible, d’autre
part, posent de sérieux
défis à l’avenir de
l’Afrique.
Il est difficile de voir
comment les entreprises
productives peuvent se
développer et comment
l’économie africaine peut
croitre en taille et en
sophistication, en l’absence
de règles claires, prévisibles
et applicables.
Marian Tupy, analyste pour le Cato
Institute www.libreafrique.com
8
Mais au-delà de son pays natal, Wangari Maathai
avait étendu son combat pour l’environnement à
toute l’Afrique. Ces dernières années, la militante
s’était investie dans la sauvegarde de la forêt du
Bassin du Congo en Afrique centrale, deuxième
massif forestier tropical au monde.
«Nous plantons les graines de la paix, maintenant
et pour le futur» a-t-elle déclaré.
Pour elle l’écologie, le féminisme, la politique de la
lutte pour la paix et contre la pauvreté voulaient
dire la même chose.
«Généreuse et persistante, elle a été
une championne de la défense de
l’environnement, des femmes de l’Afrique
et de tous ceux qui se soucient de notre
avenir». (Kofi Annan).
Dans un pays où les femmes jouent un rôle
marginal dans la vie politique et sociale, les
succès de Wangari Muta Maathai, font figure de
brillante exception. Biologiste, elle fut la première
femme d’Afrique orientale à passer un doctorat, à
devenir professeur et à diriger un département (à
l’Université de Nairobi). Wangari Muta Maathai a
commencé à militer activement au sein du Conseil
national des femmes du Kenya en 1976. De là, elle
a lancé le projet de plantation d’arbres «Harambee
pour sauver la terre!», qui connut un grand succès.
Au-delà de sa lutte
pour
la
préservation
l’environnement, Wangari
Maathai se distingue pour
ses combats dans les Droits
de l’Homme et la défense de
la démocratie.
Fervente catholique dans
l’âme, son chemin n’a pas
été seulement parsemé de
gloire. Sa vie privée est
aussi un récit de sacrifices douloureux. Son mari,
un homme politique kenyan, obtient le divorce
ajoutant qu’elle était : « trop éduquée, trop forte,
trop têtue, qu’elle avait trop de réussite et qu’elle
voulait trop prendre les choses en main ».
Sous la présidence de Daniel Arap Moï, son francparler et ses engagements politiques lui attirent
beaucoup d’ennemis. A maintes reprises, Wangari
Maathai est jetée en prison et doit même s’exiler en
Tanzanie.
Candidate à l’élection présidentielle en 1997, elle
recueille un minuscule score. C’est un coup dur.
Mais l’avènement du multipartisme au Kenya avec la
victoire du président Mwai Kibabi, lui permet d’être
élue députée en 2002 (cinquante voix contre une),
puis ministre adjointe de l’environnement en 2003.
Malgré les controverses dont elle a fait objet,
Wangari Maathai continue de poursuivre son vrai
combat : Celui de reboiser son pays natal puis son
continent. Paradis des safaris, des plaines sauvages et
des terres généreuses. Pour cette femme à l’éclatante
envie de se battre : « Planter un arbre, c’est une prise
de conscience. Nous ne sommes rien sans notre
environnement. Il faut arrêter de croire que notre
espèce est la plus importante ».
En 2008, elle accepte de siéger parmi les membres
du comité d’honneur de la Fondation Chirac pour le
dialogue des cultures et le développement durable.
Elle rejoint dans ce comité d’honneur d’autres lauréats
du Nobel de la paix comme Kofi
Annan, Rigoberta Menchu etc.
Elle est décédée le 25 Septembre
2011 à l’âge de 71 ans dans un
hôpital de Nairobi des suites d’un
cancer a annoncé le mouvement
qu’elle avait fondé, le Greenbelt
movement. Sa dépouille fut mise
dans un cercueil confectionné en
bambou et en fibres de jacinthe,
pour respecter la demande qu’elle
avait faite à sa famille de ne pas couper un arbre
pour fabriquer son cercueil. Le jour de la cérémonie,
un arbre fut planté par ses enfants et petits-enfants
en présence de centaines de personnes, au Uhuru
Park (Parc de la Liberté en Swahili) à Nairobi, que
Wangari Maathai avait sauvé de la destruction
en mettant en échec le projet de gratte-ciel que le
régime autoritaire de l’ancien président Daniel Arap
Moi voulait construire à cet endroit.
Un devoir pour les jeunes générations de puiser en
ses actions , de grandes inspirations.
9
Découvrir la bande annonce
10
Pourquoi tout le monde a peur
d’un débat sur le Franc CFA?
Invité des 15es Rencontres économiques
d’Aix-en-Provence, tenues du 3 au 5 juillet,
l’économiste
Kako
Nubukpo,
ancien
ministre togolais de
la prospective, revient
sur l’urgence de revoir
l’arrimage à l’euro du
franc CFA (Communauté
financière africaine), la
monnaie des pays de
l’Afrique de l’Ouest et de Photo: Kako Nubukpo
l’Afrique centrale.
Seize pays dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal,
le Cameroun, le Togo et le Gabon utilisent
cette monnaie créée en 1945. Le franc CFA a
une parité fixe avec l’euro et les pays de la zone
franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs
réserves de change auprès du Trésor public
français.
Selon un rapport de la zone franc, la BEAC
(Banque des Etats de l’Afrique centrale) et la
BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique
de l’Ouest), les deux banques centrales de la
zone franc, disposaient en 2005 de plus de 3 600
milliards de francs CFA (environ 72 milliards
d’euros) auprès du Trésor français.
Pour Kako Nubukpo, rien n’empêche les pays
concernés d’en faire usage pour accompagner
leur croissance. Le franc CFA est-il un frein
au développement des pays africains qui
l’utilisent ? La monnaie doit être au service de
la croissance et du développement. Pour cela, il
faut des crédits. Or le ratio crédit à l’économie
sur PIB dans les pays de la zone franc est de 23
% quand il est de plus de 100 % dans la zone
euro. Si bien qu’il est quasiment impossible
pour nos pays de rattraper les économies
émergentes si le franc CFA reste arrimé à l’euro.
Ne faut-il pas envisager des régimes de change
alternatifs un peu plus flexibles pour financer
l’émergence ?
Si cet arrimage était une garantie de stabilité
monétaire dans la zone franc et qu’en contrepartie,
ces pays avaient des taux de croissance
relativement faibles, on pourrait considérer que
l’arbitrage fait à la création du franc CFA en
1945, confirmé à la création de l’euro en 1999,
a son sens. Mais on voit bien avec le cas de la
Grèce qu’une économie faible qui a une monnaie
forte engendre des ajustements très difficiles à
soutenir. Comment pouvons-nous avoir un
discours crédible sur l’émergence si nous ne
touchons pas aux outils dont nous disposons ?
Il faut revoir l’arrimage fixe du franc CFA à l’euro,
si nous voulons développer nos économies.
Quelle est votre solution, sortir de la zone
franc ?
Nous pouvons au moins procéder par étapes.
Il faut remettre sur la table les objectifs des
deux banques centrales d’Afrique de l’Ouest
et d’Afrique centrale ainsi que leur capacité à
financer la croissance économique et évaluer la
qualité de leur gestion monétaire. Qu’est-ce qui
empêche d’ouvrir ce débat ? La seconde étape
consisterait à modifier le régime de change
pour aller vers un régime plus flexible avec, par
exemple, un arrimage du CFA à un panier de
devises. Cela va supposer de revoir le dispositif
institutionnel. Aujourd’hui, le franc CFA via
son rattachement à l’euro est beaucoup plus
déterminé par les événements au sein de la zone
euro que par la conjoncture au sein de la zone
franc. C’est une hérésie !
Mais les 16 pays de la zone franc ont-ils la
capacité d’avoir une monnaie unique autre
que le CFA ?
11
« Le franc CFA via son rattachement à
l’euro est beaucoup plus déterminé par les
événements au sein de la zone euro que par la
conjoncture au sein de la zone franc. » Il n’est
même pas nécessaire d’aller jusque-là. Ce qu’il
faut, c’est que les dirigeants africains fassent
preuve de responsabilité et ouvrent le débat
sur la gestion monétaire. C’est un exercice
démocratique auquel nous devons tous
participer. Les gouverneurs de nos banques
centrales doivent expliquer les fondements
de leur politique monétaire, comme le font
tous les gouverneurs de banques centrales.
Je n’ai jamais entendu le gouverneur de la
BCEAO ou de la BEAC s’exprimer devant
un parlement quelconque. Dans l’absolu, ce
n’est pas impossible d’avoir une monnaie qui
nous soit propre, puisqu’il s’agit d’un élément
de la souveraineté nationale. Les autres pays
africains ont leur propre monnaie, cela ne pose
aucun problème.
Pourquoi ce débat sur le franc CFA et sa
parité fixe à l’euro est tabou ?
« On ne peut pas en même temps revendiquer
notre indépendance et attendre que ce
soit l’ancien colonisateur qui nous donne
l’autorisation d’agir. »
Les termes du débat sont parfois mal
posés. Certains en parlent en termes de
panafricanisme ou de revendication identitaire.
C’est une approche contre-productive. Nous
devons d’abord définir le modèle de société
que nous voulons construire. Cela permettrait
de dépassionner le sujet. A quoi cela rimet-il de bomber le torse en prétendant avoir
une nouvelle monnaie que nous serons
incapables de gérer ? Tout n’est pas mauvais
dans la situation actuelle : la centralisation des
réserves de change, par exemple, est une forme
de solidarité entre les Etats qu’il est important
de préserver. La question de la souveraineté
qui sous-tend ce débat est plus que légitime.
Car, il est inconcevable que 55 ans après les
indépendances, les pays de la zone franc
continuent d’avoir une monnaie physiquement
fabriquée en France, d’avoir leurs réserves
de change déposées auprès du Trésor public
français. Mais il ne faut pas penser que la
monnaie est l’alpha et l’oméga du processus de
développement et de croissance de l’Afrique. Il
y a des questions liées à la gouvernance et à la
démocratie, à la productivité et à la compétitivité
que nos pays doivent résoudre.
La France a-t-elle intérêt à faciliter
l’ouverture de ce débat ?
Mais la France a officiellement ouvert le débat,
si l’on s’en tient aux déclarations de François
Hollande, en octobre 2012, à Dakar, où il
encourageait les gouverneurs de nos banques
centrales à utiliser de façon plus active les
réserves de change dont les Etats de la zone franc
disposent auprès du Trésor public français.
Peut-on demander plus ? On ne peut pas en
même temps revendiquer notre indépendance
et attendre que ce soit l’ancien colonisateur qui
nous donne l’autorisation d’agir. C’est à nous de
demander à utiliser de ce qui nous revient. C’est
seulement s’il y a blocage que nous pourrions
faire un procès d’intention à la France.
Pourquoi, selon vous, les pays de la zone
franc n’utilisent pas les quelque 3 600
milliards de francs CFA (rapport de 2005)
dont ils disposent auprès du Trésor public à
Paris ?
C’est ce que j’appelle la servitude volontaire.
Personne n’interdit à nos pays d’utiliser le
volet excédentaire des réserves de change
pour financer la croissance. L’accord signé
avec la France en 1945, dans le cadre du
fonctionnement du compte d’opérations avec le
Trésor, était qu’elle couvre l’émission monétaire
des pays de la zone franc à hauteur de 20 %.
Aujourd’hui, nous la couvrons quasiment à 100
%. Cela veut dire que nous n’avons plus besoin
de l’« assureur » qu’est la France pour avoir
la fixité entre le CFA et l’euro. Les dirigeants
africains doivent prendre leurs responsabilités.
C’est à nous d’assumer notre destin, ce n’est pas
à la France de le faire pour nous.
Interview réalisée par lemonde.fr
Intervention du panafricaniste Kemi Seba
sur le Franc CFA
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