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GRAND REPORTAGE
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Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
L’alliance de la tradition et de la modernité au
service de la prise en charge des patients
Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) sont reconnus comme étant l’un des premiers centres hospitaliers universitaires du pays.
Employant près de 13.000 personnes, l’établissement symbolise l’alliance entre la tradition de l’humanisme hospitalier et la plus grande
modernité dans les technologies médicales déployées au service des patients. Les HUS se développent dans un cadre très fertile en matière
d’innovation, dans des domaines très divers. Le lien partenarial privilégié avec l’Université de Strasbourg (UNISTRA), l'une des toutes meilleures
en France, constitue un atout précieux. Les liens avec l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) s'inscrivent également dans cette dynamique.
Les HUS disposent ainsi d’un positionnement exceptionnel dans plusieurs domaines de recherche à l’échelle nationale et internationale.
Depuis plusieurs années, les HUS sont engagés dans des projets d’envergure ayant pour but de regrouper les activités sur des plateaux
techniques performants, dans des locaux respectant scrupuleusement les normes. Ces notions croisées ont déjà engagé les HUS dans la
création et l’ouverture, en 2008, du Nouvel Hôpital Civil (NHC) et dans la restructuration de l’hôpital Hautepierre. Avec de nombreuses opérations
en cours comme le Plateau Médico-Technique et Locomoteur ou encore l’Institut Régional du Cancer, les Hôpitaux Universitaire de Strasbourg
mènent aujourd’hui une politique ambitieuse, non seulement au service de la population alsacienne et au-delà, mais également sur des
champs disciplinaires d’excellence reconnus au plan national, européen et international.
Architecture hospitalière - numéro 17 - 2016 - Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
« Un CHU remarquable par son histoire, ses projets et les compétences qui y sont déployées »
Entretien avec Christophe Gautier, directeur général, et le Pr. Jean-Michel Clavert, président
de la CME
Comment définiriez-vous votre établissement ?
Les HUS sont l’un des fleurons du secteur hospitalier français. Les
projets qu’ils soutiennent en font un établissement d’exception.
Comme tous les hôpitaux publics, ils ont besoin de s’adapter aux
nouvelles conditions proposées, notamment en matière de financement.
Cela nécessite une période d’adaptation pour assimiler des évolutions
fondamentales touchant aux conditions de prise en charge du patient
comme le développement de l’ambulatoire.
Comment les HUS sont-ils positionnés sur leur territoire de
santé ?
Le territoire régional se caractérise par une forte densité de population
nécessitant une offre de santé publique conséquente. Dans ce
contexte, les HUS participent à l’installation d’une filière de soins
coordonnée et effective pour toute la région. Ce réseau doit proposer
une voie d’accès à un soin public de qualité à l’ensemble de la population alsacienne, tout en permettant au CHU de mener à bien sa
mission d’établissement de recours sur le plan territorial. La part de
l’offre publique d’hospitalisation de la région est la plus haute de
France. Le territoire compte peu de cliniques privées et quelques
cliniques confessionnelles mais dispose, en revanche, de très
grands acteurs de santé publics, dont le CHU de Strasbourg, les CH
de Colmar et de Mulhouse. Strasbourg dispose également d’une
situation assez particulière qui, pendant près d’un siècle, a fait de
la ville une vitrine pour les systèmes de santé français et allemands.
Les deux pays se sont longtemps disputés son contrôle et ont, à
chaque fois, amené l’excellence de leur système de santé respectif au
cœur de la cité. L’Université de Strasbourg, quant à elle, est présente
dans le top 100 du Classement Académique des Universités mondiales
de Shanghai et compte trois prix Nobel encore en activité. Le niveau
d’expertise des HUS dans de nombreuses disciplines en fait un CHU
remarquable sur les plans national et international. Cette position
reconnue permet à l’établissement d’entretenir des partenariats
privilégiés et historiques au niveau international, notamment avec
des institutions chinoises.
Quelles sont les forces de l’établissement en matière
d’attractivité ?
Les HUS sont classés parmi les 10 premiers établissements français
dans tous les champs disciplinaires. L’institution est classée 4ème de
France selon le magazine « Le Point », derrière les CHU de Toulouse,
Lille et Bordeaux. La recherche dans le secteur vie et santé est particulièrement importante avec l’IGBMC qui regroupe 500 chercheurs,
et l’IBMC. Ce constat s’appuie sur le fait que les HUS, l’Université
et la ville de Strasbourg ont bénéficié pleinement de la première
vague des opérations de grands emprunts. De plus, l’institution respecte
toutes les labellisations nationales de ces dernières années avec
plusieurs Labex, un Idex et un IHU.
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« L’établissement sera choisi pour son excellence hospitalo-universitaire et la qualité de son accueil »
Comment les HUS assument-ils leur rôle de proximité ?
Les HUS sont l’établissement disposant de la part de marché la plus
importante sur le territoire avec 55% de toute l’activité confondue,
aussi bien médicale que chirurgicale. Ils ont donc un rôle de proximité
très important pour l’ensemble de l’Eurométropole. Cela étant, le
secteur privé de la région est en pleine restructuration et l’institution
devra, à l’avenir, redoubler d’efforts afin de préserver son attractivité.
Nous souhaitons donc développer une politique d’accueil des patients
sous toutes ses formes. Dans les prochaines années, nous ferons
de ce sujet un axe essentiel du positionnement des HUS. L’établissement sera ainsi choisi pour son excellence hospitalo-universitaire
et la qualité de son accueil. Dans ce contexte, nous avons achevé
un chantier important d’aménagement des abords de l’Hôpital
Hautepierre.
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Quel est l’état de santé financière des HUS ?
L’état de santé financière de l’institution est un sujet de préoccupation qui mérite une vigilance et une attention très soutenues. L’hôpital
poursuit sa croissance avec un contrat de retour à l’équilibre financier
représentant l’objectif à court terme de son évolution. Nos efforts
dans ce domaine doivent se poursuivre et nous devons nous adapter
aux nouvelles formes d’accueil du patient et aux contraintes liées
à la tarification à l’activité. Les investissements coûteux récemment
réalisés impliquent des engagements forts sur le plan financier. Toutefois,
les opérations majeures de restructuration sont, aujourd’hui, pratiquement achevées.
Quelles sont les activités d’excellence des HUS ?
Au niveau de l’activité chirurgicale, la chirurgie mini-invasive et la
coeliochirurgie sont parmi nos activités les plus représentatives
grâce à des équipements particulièrement importants comme l’IRCAD
et l’IHU. L’orthopédie et la traumatologie font également partie de
nos activités d’excellence grâce au maintien de 10 PU-PH spécialisés
et dédiés à l’orthopédie adulte et pédiatrique. Au niveau médical,
parmi les fleurons de notre activité, nous pouvons notamment citer
les centres de référence de rhumatologie et des maladies rares.
Notre activité en génétique est tout aussi importante et est doublée
avec les installations de la IGBMC (Institut Génétique Biologique
Moléculaire et Cellulaire) de Strasbourg. À l’échelle nationale, les
HUS font partie des quatre ou cinq CHU les plus efficients dans le
domaine de la greffe, et sont placés en deuxième position pour la
greffe du poumon, après l’AP-HP.
Architecture hospitalière - numéro 17 - 2016 - Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Quel est le contexte démographique de votre territoire de
santé ?
Avec près de deux millions d’habitants, l’Alsace est la plus petite
région de France et compte d’autres CHU de grande qualité. Cependant,
sur le plan démographique, Strasbourg reste la cible essentielle de
notre institution. Son développement économique est, avant tout,
basé sur l’implant médical. La ville est très intégrée dans la vallée
du Rhin, particulièrement développée dans les domaines pharmacologiques et biologiques. De plus, Strasbourg a la chance d’appartenir
à une Eurométropole. Enfin, le vieillissement de la population touche
la région comme il impacte l’ensemble de la France. Aussi, la prise
en charge de patients âgés polypathologiques reste l’un des défis
majeurs de l’hôpital.
Quelle est la situation de la démographie médicale ?
Notre territoire connaît les mêmes problématiques qui touchent l’ensemble
du pays en matière de démographie médicale. Quelques rares déserts
médicaux sont identifiés en Alsace. Certaines banlieues strasbourgeoises, la vallée de Guebwiller ou le parc des Vosges du Nord manquent
de médecins généralistes. Certaines spécialités sont également en
difficulté. Grâce à son environnement de recherche et aux structures
qui l’entourent, le CHU de Strasbourg est, de loin, l’établissement
le plus attractif auprès des candidats universitaires. Ses installations
de recherche de très haut niveau lui permettent de recruter des professionnels, tout en leur proposant un salaire correspondant au secteur
public. Ainsi, l’institution ne rencontre aucun problème de recrutement
majeur et tous ses postes sont occupés.
Quelles sont les priorités définies par votre projet médical ?
Nos démarches prioritaires sont focalisées sur l’IHU, l’IRC et les
grands projets de notre établissement. Nous envisageons, notamment,
le regroupement de l’activité d’orthopédie dans un bâtiment unique.
Ainsi, nous disposerons d’un des centres européens de traumatologie
les plus efficients : le PMTL (Plateau Médico-Technique et Locomoteur).
Grâce à ce plateau, nous pourrons traiter un patient polytraumatisé
au sein d’un seul bâtiment accueillant chirurgiens digestifs et neurochirurgiens ainsi que toutes les compétences et installations nécessaires
au traitement de l’appareil locomoteur. Notre objectif est de regrouper
nos pôles sur le plan architectural avec des bâtiments dédiés. Le
PMTL nous permettra également de regrouper au sein d’un site
unique, des activités actuellement réparties à l’Hôpital de Hautepierre, au CCOM d’Illkirch et dans nos installations du centre-ville.
Ces regroupements entraîneront également des économies d’échelle
et faciliteront le développement de l’institution et de son activité
ambulatoire.
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« L’essentiel est de promouvoir l’expertise et le savoir-faire français en matière de prise en charge »
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L’attraction internationale des HUS favorise-t-elle le
tourisme médical ?
Notre politique actuelle ne vise pas le développement de l’offre
internationale. Les HUS ne disposent pas encore des outils nécessaires pour l’assurer. Nous progressons dans ce domaine mais, pendant
de nombreuses années, opérer des patients étrangers représentaient
des problématiques importantes en matière de facturation et de
conditions d’accueil. Aussi, plutôt que d’accueillir le patient, les établissements de santé français, tels que l’AP-HP, préfèrent exporter la
qualité de leurs soins. Sans évoquer un tourisme médical, nous allons
coordonner notre offre internationale grâce à une globalisation sur
des segments d’activité intéressant une partie de la population mondiale. La France a un rôle important à jouer dans cette structuration
par une culture de l’offre de soins publique entièrement respectée
et une meilleure visibilité du système de santé national. Grâce à
des supports de communication, nous espérons pouvoir mieux
accueillir les patients étrangers et marquer davantage notre visibilité.
Les acteurs de santé français doivent pouvoir être présents dans ce
registre d’accueil car il s’agit d’un élément marquant le positionnement
du pays sur le plan international. Il s’agit alors de promouvoir des
soins d’exception pour lesquels les HUS disposent de centres d’excellence dont les activités ne souffrent d’aucune concurrence. Nous
souhaitons structurer cette offre sur une interface économicoadministrative, un service spécialisé capable de produire des devis
sous 24H, en anglais, avec un mode de facturation différent du tarif
journalier qui s’avère inadapté. Ce service est adossé à des filières
d’accueil de médecins étrangers venus se former à Strasbourg et
connaissant le savoir-faire strasbourgeois. Ces relations perdurant
avec les professionnels étrangers reçus en formation renforcent nos
activités internationales, l’installation de points de référence et l’organisation de missions à l’étranger. L’essentiel est de promouvoir l’expertise
et le savoir-faire français en matière de prise en charge. De plus, le
symbole que représente Strasbourg en tant que capitale européenne
accompagne les HUS et leur offre une visibilité naturelle, enracinée
par les démarches de certains de nos PU-PH sur le plan international.
Hospitel de Strasbourg vient également conforter nos actions d’optimisation de l’accueil des patients. Outre le fait que la population
doit être accueillie dans les meilleures conditions, une véritable
offre hôtelière doit apporter une qualité équivalente à l’offre de soins.
Quelles sont les activités à développer ou renforcer ?
Les HUS ont l’avantage de se positionner sur de nombreuses spécialités
et entretiennent l’offre de soins la plus diversifiée de l’ensemble
des CHU français. Aussi, nous avons peu de disciplines manquantes
et espérons pouvoir poursuivre le recrutement de médecins hautement
compétents. Cette situation est facilitée par le fait que le secteur
public a longtemps dominé l’offre de soins sur notre région. Parmi
nos axes de travail, nous souhaitons développer la chirurgie miniinvasive et la chirurgie ambulatoire avec le renfort de l’IHU. La cancérologie connaît également une révolution majeure en raison des
nouvelles technologies émergeantes. Dans ce contexte, l’IRC devrait
s’imposer comme un hôpital de recours à la suite des investissements
envisagés sur les plans médical et intellectuel. Enfin, nous poursuivons
le renforcement de nos spécialités comme la transplantation, l’orthopédie et les autres prestations liées à la biochimie. Nos efforts dans
ce domaine portent plus précisément sur l’inflammatoire et l’infectieux
et se traduisent par la mise en place d’un FHU.
Architecture hospitalière - numéro 17 - 2016 - Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Le territoire dispose-t-il d’une filière gériatrique complète ?
Les installations de l’établissement intègrent une filière gériatrique
complète et efficiente avec, sur l’ensemble de l’Alsace, des établissements de santé et des centres hospitaliers jouant un rôle de relais
très important en matière de gériatrie. Les HUS ont un site de 400 lits
dédié à la prise en charge gériatrique aigue et aux activités de type
EHPAD. Nos services de court séjour gériatrique sont en interface
directe avec les urgences. Cette offre s’avère suffisante pour l’instant
mais nous devons poursuivre nos efforts pour développer davantage
cette spécialité et réfléchir plus avant à la place que nous souhaitons
lui accorder dans notre établissement. Cependant, les pouvoirs publics
doivent aussi nous permettre de renforcer notre activité de gériatrie
tout en maintenant l’équilibre de notre établissement, notamment
au regard de la T2A. Notre site dédié est très bien conçu et peut
accueillir une activité plus importante. L’augmentation de l’activité
gériatrique n’est donc pas remise en cause par une problématique
d’ordre structurel. Elle pourra évoluer parallèlement aux besoins de
la population.
Outre l’ambulatoire, envisagez-vous le développement d’autres
alternatives à l’hospitalisation ?
Le soin à domicile est structuré mais son flux reste encore faible.
Le rôle de l’hôpital est d’intervenir en amont dans son développement.
L’association Aural est le principal partenaire de l’hôpital dans ce
domaine. Elle maintient une situation proche du monopole sur le
territoire en matière d’HAD et est également reconnue pour son activité
de dialyse. Ensemble, nous avons étudié le recours à l’HAD sur le
territoire de l’Eurométropole et avons constaté un taux de recours
moitié moindre que la moyenne nationale. L’hôpital doit donc jouer
un rôle important dans la promotion de l’HAD en collaborant plus
efficacement avec ses partenaires. Dans cette optique, nous envisageons l’intégration de correspondants de l’association Aural sur
le site hospitalier.
Quelle est la politique des HUS en matière de partenariats
et de coopérations ?
Notre politique de collaboration doit s’étendre et s’améliorer mais
nous devons d’abord structurer les Groupements Hospitaliers de
Territoire (GHT). Cette structuration se fera à deux niveaux : la définition
du périmètre de notre GHT et l’importance de la mission des HUS
dans l’ensemble des GHT régionaux, notamment sur les thématiques
de la démographie médicale et de la recherche. Nous entretenons
également de bonnes relations avec les établissements de soins
privés de proximité, notamment les ESPIC. Nous maintenons une
attitude d’ouverture totale envers le secteur privé mais, actuellement,
aucun projet de Co-construction n’est envisagé. En matière de lutte
contre le cancer, l’hôpital collabore dans le cadre d’un partenariat
structurant avec l’IRC. Par ailleurs, les HUS doivent créer un lien
bien plus fort avec les professionnels de santé libéraux du territoire,
notamment au travers de projets de développement du système
d’information. Dans ce contexte, l’hôpital participe activement au
GCS Alsace e-santé au sein duquel siège, entre autres, l’URML
(Union Régionale des Médecins Libéraux). Ensemble, nous tentons
de définir les systèmes d’informations supports que nous pouvons
partager et les relations les plus efficaces entre le CHU et la médecine
de ville. Enfin, l’absence de projet structurant avec les acteurs de
santé privés à but lucratif est historique et aucun sujet actuel ne
nous pousse à développer de telles relations.
Existe-t-il un réseau ville-hôpital efficient ?
Ce réseau existe et il est alimenté par de nombreux échanges entre
l’hôpital et des acteurs comme l’URML, via Alsace e-santé. Ces
échanges sont de qualité et le système mis en place permet la transmission, dans de bonnes conditions, des résultats biologiques et
des dossiers médicaux. Toutefois, nous sommes encore un peu
déçus par son manque d’utilisation par les professionnels du secteur
libéral. D’autre part, les HUS sont pionniers dans le déploiement du
DMP. Tous ces dispositifs font l’objet de processus continus d’amélioration. La ville reste attractive auprès du corps médical. Cependant,
la plupart des jeunes médecins se déplacent pour exercer et nous
constatons un plus grand déficit de présence de la part des médecins
quadragénaires. Ces éléments nous font craindre une chute de la
démographie médicale pour les années à venir.
Quels sont les enjeux de vos différents projets de construction ?
Les concepts IRC et PMTL sont liés. La rénovation du PMTL permettra
à l’IRC de disposer d’un plateau technique efficient. Ainsi, les opérations
sont connectées architecturalement, avec un ensemble cohérent et
fonctionnel. Grâce à nos projets, nous servons les besoins spécifiques
de l’IRC et les besoins existants de l’hôpital Hautepierre. Nous permettons également le regroupement des disciplines au sein d’un site
unique. Avec l’IRC, les HUS mèneront la deuxième opération de rapprochement entre un CLCC et un CHU après le projet toulousain. L’addition
de nos compétences engendre une meilleure dynamique optimisant
l’accueil des patients et les conditions de travail des équipes. Ce
projet renforce les activités de recherche et s’affiche comme un
symbole dans la stratégie Unicancer et la mise en réseau des CLCC.
Ce partenariat renforcé entre les HUS et le CLCC de Strasbourg permettra
également à la ville de jouer un rôle prépondérant dans la structuration du réseau de cancérologie du Grand Est. D’autre part, l’IRC
n’est pas uniquement celui de Strasbourg. Son influence s’étend au
niveau régional et dans l’organisation du réseau de cancérologie. Il
s’impose comme un acteur essentiel de la nouvelle grande région.
Son activité en fera l’un des premiers établissements spécialisés
sur le plan national. Enfin, ce partenariat dans le cadre de l’IRC
parachève le renforcement de la cohérence de l’offre complète de
l’hôpital avec, notamment, un CMCO entièrement modernisé permettant
une prise en charge MCO effectuée dans les meilleures conditions.
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Comment le personnel médical a-t-il été impliqué dans les
réflexions liées à ces différents projets ?
Le personnel médical a été très impliqué dans ce projet consensuel.
Le projet médical a été soumis à toutes les instances de l’établissement et a été adopté très rapidement. Nous avons constaté une
convergence exceptionnelle entre la direction générale et le personnel
médical. Nous intégrons le corps médical et les objectifs de son projet
dans chacune de nos réflexions. Ce fonctionnement nous permet de
rester très réalistes sur le plan architectural et encourage une prise
de décision collégiale.
Avez-vous déjà étudié les nouvelles organisations à mettre
en place dans les futures installations ?
Nous continuerons de remettre en question le projet jusqu’à l’ouverture
du bâtiment. Chacune de nos opérations implique des négociations
assez difficiles car elles traduisent la confrontation de cultures différentes. En près de 15 ans, les HUS ont réalisé l’intégration de plusieurs
cliniques de l’Ugecam, comme le centre de traumatologie ou le
CMCO de Schiltigheim. Ces procédures se sont bien déroulées et
ces structures sont aujourd’hui bien intégrées. Les HUS doivent
maintenant composer avec la culture du CLCC pour construire avec lui
un partenariat durable. L’IHU étant également un partenaire privilégié,
l’hôpital doit avoir connaissance de ses modes de gestion et de
financements, ainsi que de la manière dont il pourra prendre part à
sa stratégie d’ensemble. Ces structures nouvelles sont aussi des
jonctions entre des ministères différents, ce qui rend les opérations
plus complexes. Les éléments de programme pour nos projets IRC
et PMTL ont été élaborés sur la base du projet médical. Dans le
cadre de la création du PMTL, sa construction ne devrait poser aucune
difficulté majeure car la structure appartient pleinement au CHU.
Cependant, il nécessitera l’adaptation de l’institution sur le plan organisationnel. Le projet de l’IRC est, quant à lui, porté par les projets
médicaux et rencontre l’adhésion des communautés médicales.
Nous devons maintenant définir la façon dont cet outil sera utilisé
sur le plan mécanique, comme la répartition médico-administrative.
« Le projet global de l’université et de l’hôpital abouti aujourd’hui à un résultat efficient et consensuel »
Quel est le fil conducteur de ces différentes opérations d’une
grande complexité ?
Les HUS devaient se développer pour devenir un CHU restructuré
sur deux sites équilibrés. Ils devaient affirmer leur excellence sur
différentes activités des domaines de la cancérologie, de l’orthopédie
ou de la chirurgie digestive et mini-invasive. Ces axes de développement ont été sélectionnés en concertation avec la faculté de
médecine afin d’assurer la continuité des prestations de soins du
territoire. Le projet global de l’université et de l’hôpital abouti
aujourd’hui à un résultat efficient et consensuel. L’établissement
doit proposer une offre de soins rationnelle en s’adossant à un vaste
ensemble d’acteurs de santé. Les HUS doivent s’intégrer dans un
environnement et une dynamique de santé strasbourgeoise remarquable,
symbolisée par un ensemble regroupant l’IHU, les institutions de
recherche et des entreprises spécialisées. Ces projets rassemblent
tous les acteurs politiques et de santé du territoire qui permettent
le développement d’installations telles que la nouvelle faculté de
chirurgie dentaire couplée au pôle de chirurgie spécialisée des HUS.
Ce projet spécifique de 20 M€ a aussi permis la modernisation et
la réhabilitation d’un bâtiment historique.
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Quelles ont été les réactions de la communauté médicale
devant le projet de l’IHU ?
Ce projet très clivant peut entraîner des problématiques au sein
d’une communauté. Certains de nos collaborateurs participent à ces
opérations et entretiennent une très bonne dynamique avec des
moyens exceptionnels, d’autres ne se positionnent pas forcément
sur les mêmes axes de collaboration. Le Pr Jacques Marescaux, porteur
du projet de l’IHU, a réussi à développer cet institut grâce à un programme
cohérent et parfaitement intégré à la vallée du Rhin. Alors que les
autres IHU se présentent davantage comme des centres de
recherche et de développement, l’IHU de Strasbourg sera, sans doute,
le seul à pouvoir s’autoalimenter grâce aux brevets qu’il parviendra
à produire et à son développement dans le domaine de l’implant
médical. Contrairement à l’implant médical, sur le plan pharmaceutique,
la Suisse et l’Allemagne restent des concurrents très sérieux contre
lesquels la région ne peut lutter. Dans le secteur de l’implant médical,
le pays est plutôt bien placé, avec une innovation très forte et des
professionnels perfectionnistes et visionnaires. Cependant, les collaborateurs qui ne participent pas directement au projet de l’IHU peuvent
ressentir une certaine amertume dont nous sommes conscients.
Notre rôle, et plus particulièrement celui du président de CME, est
d’assurer que chacun accepte de faire des efforts pour accompagner
le développement de l’offre de soins. Ces sacrifices ne seront pas
vains et l’IHU aura un impact positif sur l’ensemble de l’activité des HUS.
Comment accompagnez-vous les professionnels médicaux
face à ces changements ?
Dans de nombreux de CHU, l’absence de stratégie initiale génère
des décisions contradictoires. Aussi, la CME reste un lieu d’échange
privilégié. Nos réunions nous permettent de repérer les éventuelles
oppositions et d’alimenter les débats. Chacun de ces rendez-vous
est suivi de la diffusion d’un compte-rendu détaillé. La révision des
effectifs est également un moment fort de la communication interne.
Elle permet la redéfinition des postes médicaux effectuée à huit
clos par une commission tripartite impliquant la direction générale
des HUS, la faculté et la CME. Cette révision nous permet d’aborder
en profondeur les actions à mener. Elle est pleinement en accord
avec le projet médical et les actions menées par l’hôpital avec l’université.
Chaque poste proposé correspond donc à nos axes de développement
prioritaires et aux besoins prédéfinis.
Avez-vous rencontré des résistances au changement ?
Nous n’avons rencontré que très peu de résistances au changement.
La plupart de nos collaborateurs ont bénéficié des opérations de
rénovation et de restructuration. La grande majorité des spécialités
a pu disposer d’un projet de modernisation abouti, développé grâce
au concours des équipes concernées. Ce travail global est parfois
très subtil mais permet de maintenir la cohésion du corps médical.
Comment le développement de solutions de prise en charge
ambulatoire aidera-t-il les HUS lors de la mise en place de
leurs propres réponses liées à l’hospitalisation de jour ?
La chirurgie ambulatoire a besoin d’un environnement bien pensé.
Le CECA (Centre d’Endoscopie et de Chirurgie Ambulatoire) du NHC
(Nouvel Hôpital Civil) ne s’est jamais révélé optimal. Avec l’IHU,
nous disposerons d’une structure pourvue d’une technologie de haut
niveau et d’installations de chirurgie mini-invasive. L’institut apportera
à l’hôpital la possibilité de concurrencer l’offre ambulatoire du secteur
privé et lui permettra de disposer d’une technologie supplémentaire.
De plus, il assistera le plateau chirurgical de l’institution et renforcera
ses salles d’opérations qui sont très rapidement saturées. Aujourd’hui,
nous respectons les objectifs définis par notre CPOM dans le domaine
de la chirurgie ambulatoire. L’activité de chirurgie orthopédique pédiatrique
atteint les 60% d’ambulatoire, l’un des chiffres les plus élevés de
France.
Comment organisez-vous l’aval de la prise en charge ?
La chirurgie ambulatoire est souvent demandée par les parents pour
la prise en charge de leur enfant. Cependant, avec une proportion
toujours plus élevée d’ambulatoire, nous réduisons les demandes
de la population qui ne souhaite plus expressément bénéficier de
cette prise en charge spécifique. Il nous faut donc disposer d’une
écoute téléphonique pour répondre à tous les besoins et accompagner
un service d’urgences capable de traiter les inquiétudes ou les éventuelles
complications faisant suite à une intervention chirurgicale ambulatoire.
Dans le cadre de la chirurgie infantile, 50% des familles de patients
opérés reprennent contact avec l’hôpital après l’intervention.
Quelles sont les grandes lignes du projet de campus NextMed ?
Ce projet doit apporter une cohésion unique en cœur de ville dans
la mesure où il allie le CHU, l’université et les entreprises dans un
ensemble géographiquement identifié. Le Campus NextMed est un
nouveau témoignage de la convergence des visions des différents
acteurs de la région que sont l’hôpital, l’université, les collectivités
locales et les partenaires industriels. Ce modèle intégré comprendra
toutes les phases précédant la production : la conception, le test,
l’application, la recherche et le développement. Ce campus permettra
aux professionnels de différents secteurs, comme les cliniciens et
les industriels, de se rencontrer très régulièrement et de façon
conviviale afin d’échanger et de recueillir l’opinion de spécialistes
situés à proximité. L’humain restera ainsi au cœur du développement
de start-up. Une idée ne suffit pas et doit être structurée à force
d’échanges, jusqu’à la construction et la distribution de l’implant
développé. Nous devons favoriser et accompagner ce processus car
la possibilité de se lancer dans le développement d’une start-up peut
attirer des professionnels sur des postes aux salaires plus modestes.
Quelle est la nature de vos relations avec l’Eurométropole
de Strasbourg ?
Nos relations avec l’ensemble des élus sont plus qu’excellentes. La
dynamique qui anime l’hôpital trouve, grâce à ces acteurs, un écho
sur le plan politique, quelle que soit l’étiquette de nos partenaires.
L’ensemble des collectivités territoriales ont ainsi participé au
financement de l’IHU qui nécessitait un investissement de 40M€.
Comment les HUS sont-ils dotés en matière d’équipements
technologiques ?
Malgré l’arrivée du nouveau plateau technique et le renouvellement
d’une partie de nos installations, notre plan d’équipement est maintenu
avec un budget moyen annuel de 10M€. Les projets du PMTL et de
l’IRC dépassent les 200M€ et impliquent de très vastes surfaces
d’opérations. Nous ne constatons aucun manque au regard des
standards actuels en matière de haute technologie. Aujourd’hui, les
HUS disposent de tous les équipements lourds dont une institution
de leur calibre a besoin.
« Le caractère alsacien privilégie le savoir-faire au faire savoir »
Quels sont les éléments vous permettant de développer une
vision à 10 ans de l’évolution de votre établissement ?
Avant tout, nous devons considérer tous les éléments concourant à
la transformation de l’hôpital. Tout établissement hospitalier doit
faire face à sa nouvelle mission avec une concentration du plateau
technique et la transformation des structures traditionnelles d’alternatives à l’hospitalisation. Le nombre de lits d’un hôpital ne détermine
plus son importance. La position des établissements est définie par
l’excellence de ses activités hospitalo-universitaires et sa performance
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médico-économique. L’hôpital doit aussi s’adapter aux nouvelles
formes d’hospitalisation. La communauté médicale et la direction
générale des HUS font d’ailleurs de cet axe un enjeu prioritaire de
leurs travaux communs en adaptant les structures capacitaires à
leurs besoins. La liaison de l’établissement avec ses partenaires,
l’intégration des GHT et du projet médical à l’échelle régional et la
communication avec la médecine de ville sont des éléments majeurs.
Enfin, le CHU de Strasbourg doit être parfaitement intégré dans son
environnement et doit être visible sur la scène internationale.
Quelles performances espérez-vous pour votre établissement
en matière d’orientation et de pilotage stratégique ?
En tant que directeur général et président de CME, nous souhaitons
poursuivre le fonctionnement vertueux de notre modèle de gestion
en portant ensemble tous nos projets. Plus qu’un principe, il s’agit
de la marque de fabrique de l’établissement. Cette dynamique de
binôme est primordiale et nos efforts contribuent à la cultiver. Le
pilotage de l’établissement doit être collégial, tant dans la prise de
décision que dans l’arbitrage. Il devra respecter les fondamentaux
de l’hôpital de demain.
« Notre culture du consensus est nourrie par notre facilité à débattre »
Quelle importance accordez-vous au management des relations
humaines ?
L’infrastructure, les équipements et la technologie sont des aspects
importants mais la compétence humaine et le recrutement médical
sont des éléments primordiaux pour l’efficience d’un hôpital. Aussi,
en collaboration avec la communauté médicale et soignante, nous
essayons d’offrir une place de choix à des professionnels talentueux
au sein des HUS. De façon plus générale, nous devons apporter à
l’ensemble de la communauté médicale un éclairage sur le contexte,
les contraintes, les projets et les perspectives de l’institution. Il est
important de donner du sens à nos actions pour alimenter un dialogue
social constructif. Cette efficacité nécessite des partenaires volontaires
et pleinement impliqués dans nos échanges. Les syndicats avec lesquels
nous collaborons sont exemplaires et démontrent un sens des responsabilités exceptionnel. Ils ont toujours su comprendre les enjeux
des opérations entreprises par le CHU et nous ont toujours soutenu,
notamment dès le premier plan de retour à l’équilibre. Aujourd’hui,
ils se mobilisent à nouveau dans une période relativement difficile
car ils savent que l’enjeu final de ces opérations reste le développement de la région et de l’hôpital ainsi que l’optimisation de la
qualité des soins. Notre culture du consensus est nourrie par notre
facilité à débattre. Les instances des HUS se réunissent très fréquemment
et nous permettent, ainsi qu’à nos collaborateurs, d’échanger très
efficacement.
Comment définiriez-vous l’image des HUS ?
Les HUS ont toujours été vus par les équipes qui les composent
comme un pilier sacré de la région. Nous ne nous sommes jamais
vraiment préoccupés de l’image de l’institution car nous souhaitons
qu’elle soit perçue pour ce qu’elle est. Nous travaillons donc notre
image indirectement en optimisant la qualité des soins que nous
administrons à la population. Nous mettons un point d’honneur à
fournir une prise en charge efficiente et espérons que l’image des
HUS traduise cette volonté.
Dans quelle mesure souhaitez-vous développer l’image de
l’hôpital ?
Nous devons légèrement forcer notre nature discrète propre au caractère
alsacien qui privilégie le savoir-faire au « faire savoir ». Dans le
monde de communication dans lequel ils évoluent, les HUS doivent
s’intéresser à la mise en valeur des compétences exceptionnelles
qu’ils abritent. Sans remettre en question la culture de l’établissement,
nous devons renforcer notre communication. Il s’agit d’un axe très
lié à la politique d’accueil. La communication vers l’extérieur, au-delà
de la région, est clairement un domaine à renforcer au sein des HUS, mais
tout faux-pas serait très mal accepté par la population alsacienne.
« L’hôpital est l’incarnation de la solidarité, de l’humanisme et de l’accès aux meilleurs soins
pour tous »
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Comment définiriez-vous la médecine du XXIe siècle ?
Jean-Michel Clavert : Le numérique sera un élément fondamental
dans l’évolution des métiers de la santé. L’aide numérique en salle
d’opération, sur laquelle les HUS se sont bien positionnés, deviendra
incontournable dans les années à venir. L’hôpital accueillera également
une activité ambulatoire croissante et des traitements toujours plus
techniques et performants sur le plan biologique qui raccourciront
les périodes de réhabilitation. La haute technologie sera donc
essentielle. Toutefois, l’hôpital restant un établissement de service
public, il devra, à ce titre, maintenir une prestation de qualité pour
l’ensemble de la population et un humanisme à la hauteur de la
qualité de ses soins.
Selon vous, quelles seront les valeurs de l’hôpital du XXIe siècle ?
C.G. : La forme de l’hôpital évoluera irrémédiablement avec le progrès
des techniques et des technologies, mais les valeurs qui le guident
depuis des centaines d’années devront être respectées. Ces dernières
définissent les acteurs et les missions des établissements de santé
du service public. L’hôpital est l’incarnation de la solidarité, de l’humanisme et de l’accès aux meilleurs soins pour tous. Il aura le devoir
d’adapter sa forme à son nouvel environnement et aux évolutions
qui le touchent. Il devra également mener à bien sa mission de prise
en charge de la population et véhiculer les valeurs immuables et
les principes fondamentaux qui le définissent.
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