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A dormir debout

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A dormir debout !
Nuit debout : je ne parviens pas à m’extasier.Ce qui
anime et inspire cette masse hétérogène relève
d’aspirations vides de sens. Donner la parole à tous
ne fait pas de la parole de chacun une mine et de
leur concert une richesse obligatoire.Il y a des
élucubrations à dormir debout.Mais, heureusement,
chaque matin, Jour debout prend la relève.
A dormir debout !
L’invocation permanente à la jeunesse est le signe éclatant d’un pouvoir qui
ne sait plus comment se dépêtrer d’un monde dont on lui a confié la charge.
C’est une fuite bien plus plus qu’une compréhension. Du défaitisme plus que
de l’humanisme.
Cette référence obsessionnelle depuis quelques semaines à cette période de la
vie qui aurait toutes les vertus est d’autant plus ridicule que les porteparole patentés de cette jeunesse n’en représentent qu’une part réduite mais
surtout, à les entendre ainsi que ceux qui les entourent dans les
manifestations, on n’est pas bouleversé par l’intelligence de leurs propos et
la nouveauté de leur comportement.
Cependant ces jeunes, paraît-il, font peur à proportion même de leur
ignorance sur ce qu’ils désirent mettre à bas. Le Premier ministre, à force
de détricoter le projet de loi de réforme du Code de travail, le réduit à une
portion congrue. Il a supprimé ce qu’il avait de meilleur et aggravé ce qu’il
avait de mauvais. Mais comme c’est le MEDEF qui le souligne, et pas la
« jeunesse », ce constat est nécessairement illégitime ! C’est le passé qui
récrimine et non l’avenir qui exalte !
Pour « amadouer l’UNEF » dont le leader a une attitude de jeune vieux
routier, « un paquet de 500 millions d’euros » va être consacré à satisfaire
ses revendications, notamment avec la taxation plus lourde des CDD. Ce
syndicat aurait bien tort de cesser sa surenchère puisqu’après ces « miettes…
on veut le sandwich » et qu’il n’est pas inconcevable que de fil en aiguille,
la première rédaction du projet de loi ne soit plus qu’un vague souvenir de
ce qui aurait pu être bien (Le Figaro) !
Ce jeunisme forcené qui non seulement cherche à écouter et à dialoguer, ce
qui est normal, mais prétend avec une soumission absurde et démagogique se
plier à tous les diktats forcément pertinents parce qu’ils émaneraient des
jeunes, est la consécration d’une machine gouvernementale qui ne sait plus
agir qu’en abandonnant et d’un président de la République qui a fait de son
rêve d’il y a quatre ans d’enchanter la jeunesse le cauchemar d’aujourd’hui.
Depuis le 31 mars, la France a ce dont elle raffole : Nuit debout, place de
la République. D’abord constitué contre le projet de loi, ce mouvement a pris
un tour composite mêlant le spontanéisme au militantisme, les aspirations
fumeuses à l’idéologie révolutionnaire, le brassage d’idées aux dégradations
et aux violences.
Comme on a trop attendu pour rendre la place de la République à la République
de tous – sans que personne se l’approprie abusivement -, après son
évacuation à l’aube, les participants au « rassemblement citoyen » sont
revenus nombreux le soir.
Pour boire la coupe du délitement jusqu’au bout, des ministres et des
conseillers se sont rendus incognito au sein de cette multitude pour
« écouter » et pour « comprendre ». Il y a quelque chose de pathétique dans
cette curiosité masochiste à l’égard de ce qui vise à détruire, paraît-il, la
politique traditionnelle et ne prend de l’ampleur qu’en emplissant les cases
vides de l’autorité et de l’efficacité de l’Etat.
On n’est pas là pour un retrait de la loi Travail, on est là pour un
changement de société : une déclaration d’une étudiante de 19 ans qui à
l’évidence doit souffrir comme tant d’autres de sa génération face à cette
démocratie qui s’obstine à se pencher avec révérence sur leur pauvreté
intellectuelle, leur naïveté pas si adorable que cela quand on se souvient
des régimes qui ont « changé la société » ou leurs songes creux.
Mouvement citoyen, vraiment ?
« Ils ont tagué toutes les banques et descellé des dalles : je n’appelle pas
ça un mouvement citoyen » : un responsable de magasin. « La montée des
tensions et des débordements » – tristement constatables à la fin de la
semaine précédente – lasse les riverains et les commerçants, fait fuir leur
clientèle et dénature un mouvement composé de citoyens et occupant l’espace
public en une caricature d’idéalisme sincère, de prétexte à violences et
d’oisiveté militante (Le Parisien).
J’ai l’impression que notre pays, tout en continuant à déplorer les effets
ravageurs de Mai 68 dans beaucoup de secteurs, frétille face à l’irruption
ici ou là de Mai 68 fragmentaires, mimétiques et éphémères.
Nuit debout : je ne parviens pas à m’extasier.
Ce qui anime et inspire cette masse hétérogène relève d’aspirations vides de
sens. Donner la parole à tous ne fait pas de la parole de chacun une mine et
de leur concert une richesse obligatoire.
Il y a des élucubrations à dormir debout.
Mais, heureusement, chaque matin, Jour debout prend la relève.
Source :©
Justice au Singulier: A dormir debout !
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