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Annie, vie à toute épreuve

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Annie B.
Annie, vie à toute épreuve
Publié sur Scribay le 04/05/2016
Annie, vie à toute épreuve
À propos du texte
Récit tiré de ma propre vie.
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
Annie, vie à toute épreuve
Table des matières
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
:
:
:
:
:
La souffrance d'Alex
La lettre
Même pas 18 ans
Maman vient me chercher
Un bébé inattendu
3
Annie, vie à toute épreuve
Prologue
Prologue
- Alors docteur ?
- Eh bien, vous souffrez d'une neuropathie sensitive démyélinisante.
Malheureusement, il n'y a pas grand chose que l'on puisse faire sinon chercher la
cause et des anti douleurs.
Le verdict venait de tomber et je compris que je n'aurais plus jamais la joie de
marcher comme à mes 20 ans.
- C'est quoi ? demandais-je au neurologue.
Vos jambes ne renvoient plus le courant électrique correctement. Le cerveau envoie
bien mais le retour se passe mal. En fait, les nerfs sont entourés d'une gaine et elle
se détruit partiellement.
Les symptômes de la maladie que j'endure 24H sur 24:
Support très difficile de chaussures et encore moins des chaussettes.
Difficultés dans les déplacements et dans la vie quotidienne.
Problème de vie sociale car la plupart du temps les gens ignorent la maladie.
Contact avec le sol insoutenable au moment des crises plus violentes.
Insensibilité des pieds.
Fourmillement, vibrations électriques dans les jambes.
Pertes d'équilibre.
Position debout très difficiles car les pieds font très mal et les chevilles sont toujours
froides.
Démarche ébrieuse.
Marche impossible au-delà de 30 à 40 m.
Muscles qui se tétanisent par des crampes douloureuses.
Impression d'avoir des boules de coton sous le pied.
Souffrance des pieds terribles avec sensation de brûlures 24H sur 24.
Voilà en gros mon quotidien.
Le médecin me traite par Lyrica. Mais l'effet n'est pas top. Le docteur m'a dit : " Pas
de stress, sinon votre maladie n'ira qu'en s'aggravant ".
Effectivement, chose que je ne savais pas , c'est que la Neuropathie peut provenir
d'un trop grand stress et ce fût mon cas durant presque toute ma vie.
Je ne ferais pas le détail de tout ce que j'ai pu endurer car ce serait trop long, mais il
faut quand même savoir que je viens de divorcer après 28 ans de mariage avec 2
cassures auparavant. Une au bout de 8 années de mariage et l'autre au bout de 25
ans sans compter tous les petits problèmes de la vie, famille etc...qui se sont
rajoutés.
Mais sur la vie de mon ex-couple, je ne m'attarderais pas plus longtemps. J'ai eu 3
enfants. Une fille avant mon mariage et une autre fille et un fils avec mon ex-mari.
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Annie, vie à toute épreuve
Ce fût la plus belle chose et le plus grand bonheur qui m'a été donné dans ce bas
monde. C'est grâce à mes 3 enfants que j'arrivais à passer au dessus et à lutter sur
tous mes ennuis, mes tristesses.
Mais parfois, le destin s'acharne sur vous et cela vous n'y pouvez rien. Le plus grand
choc affectif qui m'a achevé dans ma santé est la rupture familiale avec une de mes
filles, celle que j'ai eu en deuxième enfant. Choc brutal, car je ne m'y attendais pas.
Vous perdez toute joie de vivre en un claquement de doigts. Une simple seconde qui
vous paralyse le corps. A travers un téléphone, vous entendez la voix de votre fille
qui dit: " Je ne reviendrais plus ".
Par ses paroles, vous comprenez tout de suite que vous ne la reverrez plus jamais.
Ce fût la plus grande douleur jamais reçu, comme si le ciel vous avez foudroyé. Alors
qu'au moment où votre fille vous tourne le dos définitivement vous continuez quand
même à l'aimer et à vouloir la serrer contre votre coeur.
C'est à partir de ce moment-là où les symptômes se sont aggravés et plus je pleurais
chaque jour la perte de mon enfant plus les douleurs étaient intenses. Quand ma fille
s'est détournée de sa famille, je ne savais pas encore de quoi je souffrais. Les
médecins m'avaient parlé de
polyarthrite ou d'autres maladies. Mais rien ne laissait soupçonner à une
neuropathie.
Lorsqu'on m'a annoncé la maladie et qu'il ne fallait aucun stress, je savais en moimême que ce n'était pas gagné, car ma vie de couple n'était pas du tout au top ,
même si je ne me doutais pas encore que je divorcerai après. Mais en plus, je savais
que chaque jour était un dur combat pour ne pas trop souffrir de la rupture avec ma
fille.
Deux années après son départ , par un simple hasard, je lus sur le site perso de ma
fille ces quelques lignes : " Je vous annonce que j'attends un heureux évènement ".
La foudre s'abattit encore une fois sur moi. Je ne verrais jamais ma descendance. Je
n'ai même pas eu la joie de voir ma fille attendre ce bébé. J'étais effondrée, je
pleurais des heures et des heures, mais mon ex-mari restait froid, impassible, car
pour lui il ne voulait plus jamais entendre parler de sa fille, elle était rayée de la liste,
comme il le répétait sans cesse.
Peu de temps après, en faisant des recherches sur le net, j'appris la naissance du
bébé et comment elle se nommait. Je compris que c'était une petite fille et que je
n'aurais jamais le rôle d'une gentille grand-mère, que je ne pourrais jamais la serrer
contre moi, ma petite-fille qui porte mes gènes en elle.
A ce moment-là, ma santé se dégrada encore un peu plus et ma neuropathie fût un
vrai calvaire.
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Annie, vie à toute épreuve
Chapitre 1 : La souffrance d'Alex
Voilà presque quatre ans que je n'ai plus vu ma fille. Presque trois années sans
entendre sa voix au téléphone ni recevoir une lettre.
Quand un choc affectif violent vous frappe, c'est une famille qui part en éclat et qui
n'arrive plus à trouver ses repères.
C'est ce qui est arrivé à mon fils Alex. Le jour où il eut compris qu'il ne reverrait plus
jamais sa soeur qu'il adorait, il se renferma sur lui même. Il commença à avoir des
malaises qui pouvait ressembler à des crises d'hypoglycémie. Puis le médecin
soupçonna un problème cardiaque. On lui fit les examens jusqu'à même poser un
holter...Mais tout était normal. Pourtant, chaque jour qui passait, il s'enfonçait dans
sa tristesse, comme si un gouffre lui volait toute son énergie. Sans cesse il faisait des
débuts d'évanouissement, tremblement, nausée, faiblesse.
Il commença à perdre du poids. Mais qu'avait -il ? Puis un jour le médecin, ne
sachant plus que faire, l'envoya chez un interne. Dans la conversation, Alex lui lâcha
ces quelques mots :
- Docteur, je ne supporte plus les gens , dans la foule je me sens mal.
Et voilà le diagnostic tomba: Agoraphobie.
Le médecin lui indiqua d'être suivi en urgence par un psychologue mais ce n'était
pas suffisant vu son état de santé, il fallait compléter aussi par un psychiatre. Le
diagnostic fût rapide, agoraphobie, phobie sociale et dépression nerveuse
récurrente. Mais comment une telle chose pouvait-elle se déclarer alors que mon fils
était plein de joie de vivre, avait des tas de passions, aimait rire, écouter de la
musique, vivait sa vie avec entrain.
Le psychologue lui fit comprendre que tout se déclara à la perte de sa soeur. Une
rupture de famille, que ce soit la mort ou une séparation brutale, c'est comme un
deuil. Mais il est souvent plus difficile de se résoudre à poursuivre son chemin suite
d'une rupture, car lorsque vous perdez une personne cher à votre coeur par la mort
vous savez qu'il n'y a plus
aucun espoir de la revoir, mais si c'est une rupture le cerveau n'en fait qu'à sa tête et
vous transmet l'espoir de revoir peut-être l'être cher.
Voilà un an que mon fils est suivi plusieurs fois par mois dans un centre hospitalier.
- Mais comment faire partir toute ces choses de ma tête, répète-il à son psychologue.
J'aimerais ne plus penser à mon passé, afin que cela ne me fasse plus souffrir. Mon
fils ne comprend pas comment une soeur avec qui il a tout partagé peut-elle se
détourner aussi brutalement de lui.
Il se répète sans cesse : " Je ne lui ai servi que de bouche-trou durant les années
qu'elle vivait avec nous, et lorsqu'elle n'a plus eu besoin de moi elle m'a jeté comme
une merde à la poubelle et c'est ce qu'a fait mon père aussi ".
En effet, lorsque mon ex-mari a quitté le domicile conjugale, vu l'état de santé de
mon fils, je lui avais conseillé de continuer à parler quand même à son père car je ne
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Annie, vie à toute épreuve
voulais pas que mon fils subisse une deuxième rupture familiale aussi brutale que
celle de sa soeur.
Cela ne fût pas facile, car mon fils était en colère mais surtout triste que son père
avait pu nous abandonner sans aucun regret ni sentiment envers nous.
- Toi aussi maman, me disait t-il, il t'a jeté comme un merde parce que tu étais
handicapée.
Quoique mon ex est parti sans me donner aucune raison et je n'ai pas cherché à
savoir non plus, car je savais en moi-même qu'il en avait marre de sa vie maritale.
J'avais par expérience compris qu'il ne faut jamais forcer quelqu'un à rester près de
vous lorsque la personne elle-même cherche à vous abandonner.
Il y eut peu de contact entre mon fils et son père, quelques coups de téléphone et
parfois ils se croisaient le long d'un chemin et parlaient un peu. Mais le divorce
arriva à grand pas. Alex m'accompagna au tribunal, et là, je ne sais pourquoi, son
père ne lui adressa même pas un petit bonjour. Comment un père peut-il faire ça à
son enfant ? J'avais peur de la réaction d'Alex, je savais en moi-même que cela
affecterait encore plus son moral et son état de santé.
Les premières paroles que mon fils a dit de son père ce jour-là c'est :
- Lui aussi j'ai servi de bouche-trou, comme ma soeur ils m'ont utilisé tous les deux
pour leur bien-être. Mon fils compris que son père lui avait adressé la parole
simplement pour garder une certaine entente tant que le divorce n'était finit pour
être certain que tout se passerait bien malgré que nous avions choisi un divorce à
l'amiable.
Perdre son père est très difficile mais si il n'aurait pas subi en plus la séparation
brutale de sa soeur cela l'aurait soutenu moralement et physiquement.
Voilà comment une personne avec tant de joie de vivre, tant de tendresse et d'amour
dans le coeur peut se retrouver dans un tourbillon de mal être, d'une vie qui lui est
très difficile et dont il espère pouvoir s'en sortir un jour. Mais d'après les médecins
ce sera très très long, voir même des années.
Qu'est que l'agoraphobie ? Ce sont de violents malaises qui se déclenchent au
contact des gens. Mon fils ne se sent bien que chez lui. Lorsqu'il y a plusieurs
personnes il commence à se sentir mal au point qu'il pourrait tomber par terre. Des
tremblements intenses se produisent, suivi d'une violente crise de panique.
Lorsqu'on fait les courses, il change de rayon lorsque trop de gens se trouvent
devant lui , il fait des détours incroyable. C'est à cet instant où il ne faut pas lui
parler, le brusquer, il faut attendre que le malaise commence à se dissiper.
A la maison il se sent mieux, mais son agoraphobie et sa dépression nerveuse lui
provoquent une très grande fatigue.
Parfois je le vois assis dans un fauteuil sans rien dire, la tête légèrement penchée sur
le devant, les yeux fixés dans le vide. Je sais alors qu'il est mal à ce moment-là. Je fais
tout pour lui remonter le moral même si moi aussi je ne vais pas bien, mais il n'est
pas question de voir mon fils s'entasser de plus en plus dans un trou noir, sous
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Annie, vie à toute épreuve
prétexte que nous avons eu à faire à des personnes sans coeur, qui n'ont rien
compris à la sincérité des gens, qui osent se dire parfait alors qu'ils jettent leur
famille comme des déchets pourris. Famille qui pourtant a donné beaucoup d'amour.
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Annie, vie à toute épreuve
Chapitre 2 : La lettre
- Maman, on a quelque chose à te dire, me dit Stéphanie ma fille ainée. Il y a
quelques jours j'ai écrit une lettre à ma soeur, elle a répondu.
Je sentis alors mon coeur battre de plus en plus fort car je ne m'attendais pas à une
telle nouvelle. En plus je n'étais pas au courant de cette démarche.
- Je vais te lire, me dit ma fille, mais je te préviens ce ne sera pas facile à entendre.
- Accroche-toi bien, réplique mon fils.
C'est alors qu'elle commença à me la lire doucement, ne sachant pas comment j'allais
réagir. Mais je voyais bien que Stéphanie était triste et angoissée au fur et à mesure
de la lecture. Au milieu de la lettre, ma fille se mit à trembler et tomba en sanglots
devant ces mots d'une cruauté terrible. Steph avait du mal à continuer de lire la
lettre tellement elle sanglotait. De ma vie, je l'avais jamais vu pleurer aussi fort. Les
mots de la lettre étaient si cruels que je restais figée et muette devant cette horreur,
je n'arrivais même pas à consoler ma fille. Cette lettre était remplie de cruauté,
méchanceté, d'accusation, d'hypocrisie et j'en passe.
Lorsque ma fille eu finit de lire la lettre, qui était ma foi très très longue, elle me dit:
- Je vais te lire maintenant ce que je lui avais écrit.
Et là, les larmes coulèrent de nouveau sur son visage attristée par la méchanceté de
sa soeur.
- Tu vois maman, me dit-elle, je ne lui avais écrit que des choses très douces,
gentilles et non accusateurs. Elle a déformé toutes mes paroles pour se défouler sur
nous en inversant tous les propos. Elle se fait passer pour la gentille et nous les
cruels.
- Oui, répond Alex , celle qui soit-disant n'a rien à se reprocher , qu'elle n'a jamais
rien commis de mal dans sa vie.
Cette lettre, dont je reviendrais plus tard en détail dans les autres chapitres,
bouleversa tellement ma fille qu'elle en tomba malade, car en plus sa soeur accusa
Stéphanie de ne savoir parler qu'à travers mes paroles, comme si que j'étais le
marionnettiste et mes deux enfants les pantins.
Ma fille savait que nous avions une santé fragile, surtout la mienne, et elle en profita
pour nous détruire encore plus. Facile,
comme dit mon fils, de raconter sa version à des centaines de km. Mais en face de
moi, répète-il, que dirait-elle , certainement pas la même version.
Steph a en effet une santé fragile, une grande fragilité osseuse et musculaire,
compliquée d'une hernie discal très mal placée et surtout d'un ostéoblastome,
maladie rare. Jusqu'ici bénin, mais qui faut surveiller régulièrement par IRM tous les
ans car il peut y avoir un risque que cela se transforme en une tumeur maligne. Les
douleurs du dos sont si puissant que l'on lui a prescrit un antalgique très puissant.
Quelques temps après le choc de la lettre, Steph commença à avoir mal aux jambes
nuits et jours. Des tiraillements atroces qui la réveilla sans cesse, des douleurs au
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Annie, vie à toute épreuve
niveau du talon comme des coups de poignard, et cela alla en empirant. Elle consulta
le médecin qui l'envoya immédiatement chez un neurologue, vu que moi je souffrais
de neuropathie. Après l'électromyogramme, le diagnostic tomba :
" Vous souffrez de la maladie Willis Ekbom de forme sévère ". Vu l'intensité des
douleurs, le neuro lui prescrit un médicament, un anti-parkinsonien utilisé aussi pour
cette maladie.
Mais ma Stéphanie se posait toujours la même question : Comment ai-je pu attraper
ce truc ?
Après bien des consultations, il en vain à dire que le choc affectif de la lettre de ma
fille fût trop violent. Encore une fois la rupture familiale avait frappée très dur, nous
mettant à rude épreuve.
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Annie, vie à toute épreuve
Chapitre 3 : Même pas 18 ans
- Mais comment se fait-il que tu as attrapé cette maladie ?
Sans cesse ma mère me demande d'où vient cette neuropathie qui me gâche la vie.
Puis un jour, ma colère a éclaté et lorsque ma mère me répéta encore ça, je lui dis :
- Le stress maman, le stress que j'ai vécu toute ma vie.
Et sans lui laisser le temps de parler je rajoute :
- A mes 16 ans, lorsque tu as divorcé avec mon père, ni lui ni toi ne voulait s'occuper
de moi. Tu m'as dit froidement : Annie je ne peux pas te nourrir, je n'ai pas d'argent.
Il va falloir que tu cherches du travail.
Il est vrai que j'étais perdue. Lorsque mes parents se sont séparés, j'étais encore à
l'école. Mon père prit la décision de me
stopper mes études sans même m'en parler, étant fille unique cela facilitait les
choses.
Ma mère me força un peu la main pour que je trouve un fiancé afin de me caser, car
elle avait déjà trouver l'âme soeur, celui avec qui elle allait se remarier, donc j'étais
de trop.
Elle finit par dire à mon futur mari :
- Ecoute, puisque tu vas te marier avec ma fille, eh bien tu dois la nourrir.
Je dois avouer que j'ai eu de la chance de tomber sur un mec qui a eu la gentillesse
de donner de l'argent à ma mère pour subvenir à mes besoins. Je me sentais égarée,
complètement dans le brouillard, car étant toujours jusque-là dans les jupes de ma
mère, je sentis comme un grand vide alentour de moi.
Ma mère était assez stricte, je ne sortais qu'en compagnie de mes parents, pas de
sortie avec copine, pas de ciné ou de courses en ville seule. Elle était toujours sur
mon dos, en pensant que même à 16 ans je n'étais pas capable de traverser une
route sans me faire écraser. Je me souviens que mon fiancé avait une mobylette, je
rêvais d'en faire. Sachant faire du vélo, il me disait que ce ne serait pas dur. Puis je
pris la mobylette et partie faire un petit tour simplement pas plus loin que l'entrée de
la ville.
Ma mère hurla :
- Non ! elle va avoir accident !
Mais il répondit :
- Attend, Annie a 17 ans. Ce n'est plus une gamine, laisse-là faire un tour toute seule.
Eh oui, à part aller à l'école, et encore maman me conduisait en voiture et venait me
rechercher, eh bien c'était la première fois que je sortais seule hors de chez moi.
Il est très pénible qu'on vous prenne sans cesse pour une personne qui n'est pas
capable de quoi que ce soit.
Ma mère répétait sans cesse : " Annie n'est pas capable de si, je ne la vois pas faire
ça, elle est trop étourdie, elle va se faire écraser ", et j'en passe.
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Annie, vie à toute épreuve
Mais comme j'aimais bien ma mère et que j'étais très respectueuse, je ne voulais
jamais la contrarier même si, à toujours être rabaisser, je sentais au fond de mon
coeur une peine profonde.
Mon mariage ne dura que 5 ans et sans enfants. Je pense que je ne me sentais pas
encore prête pour me marier. Je n'avais même pas 18 ans.
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Annie, vie à toute épreuve
Chapitre 4 : Maman vient me chercher
Lors de mon premier mariage, un soir d'Octobre, j'ai appelé ma mère pour venir me
chercher, tout était fini, la fin de cinq années de vie conjugale.
Je pensais ce jour-là retourner vivre chez ma mère en attendant de retrouver mes
repères. Mais quelques jours après m'avoir hébergé chez elle, une violente dispute
éclata entre maman et mon beau-père. En effet, elle s'était remariée un an après le
divorce avec mon père.
Ce soir là, la discussion qui dégénéra en bagarre, était à mon sujet. Encore une fois
j'étais de trop.
J'étais couchée, puis maman entra dans la chambre et d'une voix ferme me dit :
- Demain tu dois partir, tu n'as qu'à prendre une chambre dans un foyer.
Allez hop, me voilà éjectée. Pourtant c'était la maison où j'étais née, elle appartenait
à ma mère, mais pour faire plaisir à mon beau-père il valait mieux se débarrasser de
sa fille. Le lendemain, je suis arrivée devant un foyer d'accueil avec une valise jaune
en main, je m'en souviendrais toujours. Elle ne contenait que mes vêtements, car je
n'avais rien pris d'autre de mon domicile conjugale.
Je suis entrée dans le bureau du directeur, et après un bonjour timide de ma part il
me dit :
- Oui c'est pourquoi ?
- Je voudrais une chambre.
Je vis sur son visage un air surpris, me dévisageant et il me rajouta :
- Mais ce n'est pas votre place ici.
Il avait remarqué que j'étais une fille de bonne famille.
Alors je lui répondis :
- Je n'ai pas le choix monsieur, je suis dehors, nulle part pour dormir.
Il m'a alors remis les clés d'une chambre, Dieu merci encore libre. Je pris
l'ascenseur, ouvris la porte et complètement perdue je m'assis doucement sur le bord
du lit. Mais que vais-je devenir ? Cette phrase passa tout de suite dans mon esprit. Je
n'avais même pas d'argent. Comment allais-je faire pour survivre ?
Mon regard vide contempla la petite pièce. Dehors il faisait froid, il neigeait ce soir
là.
Le lendemain matin ma mère passa me voir.
- Tiens voilà 100 francs !
Ce qui équivaut aujourd'hui à 15 euros à peu près. Elle ne se sentait pas gênée ni
attristée de voir sa fille dans cet état.
- Eh bien, me rajoute-elle, c'est bien ce que tu voulais, maintenant tu n'as qu'à
chercher du travail.
Erreur, grave erreur dans ses paroles. Oui je souhaitais divorcer car je n'étais pas
heureuse, mais je n'avais jamais désiré me retrouver à la rue comme une SDF. Je
pensais que ma place était auprès de ma famille le temps de trouver du travail et un
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Annie, vie à toute épreuve
nouveau logement. Avec les 100 francs, je partis m'acheter du pain et quelques
biscuits.
Chaque jour qui passait, je ne me nourrissais pas, je grignotais ce qui restait dans le
paquet. Pour survivre, je descendais plusieurs fois par jour au bar qui se trouvait au
rez-de-chaussée . Assise seule, je contemplais les alentours, écoutais les discussions
des personnes, regardais les allées et venues, qui pour la plus part étaient des
hommes, car il y avait peu de femmes dans cet endroit. Oui, j'attendais des heures
jusqu'au moment où une personne bien aimable m'offrait un petit café ou bien une
boisson quelconque. Je buvais tout ce que l'on pouvait m'offrir, il fallait que je tienne
le coup, il fallait oublier ma faim. Un dimanche j'entendis une personne frapper à la
porte de ma chambre. C'était un homme, il me dit :
- Mais vous ne mangez pas? on ne vous voit jamais à la cuisine.
- Non, répondis-je faiblement.
- Venez nous rejoindre ce midi, nous aimerions partager notre repas avec vous.
Je n'étais pas habitué à ce genre de chose, mais cela faisait plus d'une semaine où je
n'avais pas mangé un vrai repas.
En effet, dans le foyer, à chaque étage, il y avait une pièce avec évier, réchaud etc
...où les personnes pouvaient préparer leur repas.
C'est timidement que je suis entrée dans la salle, je m'en souviens encore comme si
c'était hier. Ils me servirent du poulet fumé qu'ils avaient cuisiné avec une sauce
tomate accompagné de riz. Après avoir bien mangé, je sortis de la table et remercia
tout le monde pour ce repas que j'avais énormément apprécié. A peine entré dans ma
petite chambre, je me mis à pleurer, j'avais peur , peur de ne pas m'en sortir.
Heureusement, ce qui me donna le courage de lutter c'est que j'avais trouvé une
formation de secrétaire qui durait 3 mois. Mais cela ne commençait que début
Janvier et l'on ne touchait notre premier acompte que quelques semaines après.
Entre temps Noël arriva, et comme ma mère avait ses principes et que je devais être
présente aux fêtes de fin d'années, cela me permis de manger à ma faim.
Durant le réveillon , je me souviens qu'elle me dit :
- Bon sens, quel appétit que tu as, tu as tout dévoré !
Puis elle se claqua à rire. C'était normal, pensais-je, puisque cela faisait des semaines
que je ne faisais que boire
sans manger. A cette période dans les années 70, je n'avais jamais entendu parler
d'association caritative, ce n'était pas mon monde, je n'avais jamais manqué de rien
jusqu'au jour où j'ai quitté mon premier mari.
" Eh oui ma pauvre mère, pensais-je, j'avais faim, mais toi, tu continues à vivre
tranquillement dans notre maison familiale sans penser une seule seconde à ta fille
qui se bat pour survivre " .
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Annie, vie à toute épreuve
Chapitre 5 : Un bébé inattendu
Une nouvelle année s'ouvrit devant moi, j'étais à la fois inquiète et confiante pour
mon avenir. Je ne voulais pas baisser les bras. Puis un soir, alors que je rentrais de
ma première journée de stage, un homme m'interpella :
- Bonsoir, je travaille pour le foyer. J'ai appris, par des amis vivant ici, vos problèmes.
Permettez-moi de vous venir en aide. J'aimerais que vous partagiez le repas du soir.
- Merci, répondis-je, mais je ne veux en aucun cas vous déranger.
- Mais non, répliqua-t-il, je vous offre le couvert de bon coeur. Je travaille ici et si
vous avez besoin de mon aide n'hésitez pas à venir me voir.
Sans me poser aucune question j'ai accepté son offre, il fallait que je ravale ma
fierté, même si j'avais l'impression de mendier. Mais ce n'était pas le cas, me dis-je,
alors pourquoi avoir honte que l'on me vienne en aide.
C'était un homme charmant. Chaque soir, le repas était prêt lorsque je rentrais de
ma formation. Je pouvais alors me coucher avec au moins un repas qui me rendait
peu à peu des forces.
Au stage, il n'y avait que des femmes, elles étaient toutes sympas. Puis, l'une d'entre
elle avait remarqué que le midi je ne mangeais pas. Alors gentiment elle m'invita à
partager des sandwichs chez elle. Je me souviens de ce détail, un lundi, pendant les
cours, j'eus un malaise, j'entendais des voix au loin dire :
- Elle doit avoir faim.
J'étais dans les vapes, vraiment au bord de la syncope, trop faible sans doute.
Certainement le fait que je devais me lever à 6 H pour partir à pied au travail mais
sans petit déjeuner. La formatrice dit :
- Elle est vraiment mal.
Puis une stagiaire se leva et dit :
- Je vais aller lui acheter quelque chose à manger.
Puis elle revint avec des gros pains au chocolat. Toutes ces personnes qui me
venaient en aide m'ont permis de pouvoir tenir le coup jusqu'à fin Janvier où j'ai
touché mon premier petit acompte.
Pendant ce temps, je fis mieux connaissance de cet homme avec qui je partageais
mon souper. Il y avait de plus en plus une bonne entente entre nous. Cela me
réconfortait le coeur, me sentant abandonnée par toute ma famille.
L'hiver était rude et un soir où je rentrais à pied au foyer, il se mit à neiger
beaucoup. Mais la route était longue et je n'avais que de simple souliers ouverts au
bout. Je n'avais pas de bottes ou de chaussures chaudes. C'est alors que la nuit fût
terrible. Une douleur vive se fit sentir au côté droit à la base de mon poumon. Je
grelottais de fièvre dans mon lit. Voyant que je ne mettais pas lever pour aller au
travail, mon ami frappa à la porte. Je n'arrivais même pas à répondre, complètement
dans le brouillard. Heureusement qu'il avait les doubles de clés. Il entra dans ma
chambre, m'entendit gémir et posa sa main sur mon front. J'étais brûlante de fièvre.
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Annie, vie à toute épreuve
D'une voix faible, je lui dis que je ne pouvais me rendre au stage, que j'étais trop
mal.
- Je vais appeler un docteur, me dit-il, ne t'inquiète pas Annie.
Quelques heures après, le médecin m'ausculta et me dit que j'avais une grave
infection au poumon et qu'il fallait m'hospitaliser.
- Je ne peux pas, lui dis-je, je n'ai pas de mutuelle, à peine d'argent.
- Bon très bien, répondit-il, alors je vais vous prescrire une dose très puissante
d'antibiotique à prendre chaque jour et espérons que cela sera suffisant.
Par chance, une huitaine de jours après, ma fièvre tomba . Mon ami m'apportait de
bon repas, le midi et le soir. Il prit bien soin de moi.
J'étais très faible et je pouvais à peine me tenir debout. Ma mère ne vint même pas
me voir, car elle était très en colère après moi, depuis que je lui avait annoncé que
j'avais fait la connaissance d'un homme.
Elle ne s'occupait pas de moi, mais il ne fallait pas non plus que je fasse des choses
qui lui déplaise.
Nous commencions mon ami et moi à parler de projet de vivre en couple, lorsque je
serais divorcée. Puis un beau jour, alors que je ne m'y attendais pas du tout, on
m'annonça que j'attendais un bébé.
Je ne rentrerais pas sur les détails qui fît que mon ami et moi devions nous séparer,
tout ce que je savais c'est qu'encore une fois une épreuve venait de s'abattre sur moi,
avoir un enfant et se retrouver seule. J'avais de nouveau perdue toute confiance à
mon avenir.
Une femme qui vivait dans le foyer me dit :
- Il faut que vous demandiez à la Caf le parent isolé.
Et elle m'expliqua un peu en quoi cela consistait.
Je repris alors mon courage à deux mains et téléphona depuis une cabine
téléphonique à ma mère qui, entre temps, avait divorcé de mon beau-père.
- Maman, lui dis-je, est-ce que je peux retourner à la maison ? j'attends enfant, mais
j'ai été obligé de me séparer de mon ami à propos de ce bébé.
Ma mère accepta. Je fis mes valises et quitta définitivement le foyer. A peine arrivé à
la maison, ma mère me dit d'un ton ferme :
- Tu dois te faire avorter, pas question de garder un gosse d'un homme avec qui tu ne
vis pas.
Puis elle me donna un numéro de téléphone et vers 14 heures, les mains hésitante et
tremblante, je pris le téléphone et composa le numéro. Je tremblais de tout mon
corps, je n'osais même pas m'imposer devant ma mère en lui disant que je voulais
garder le bébé. J'étais le petit toutou qui obéissait et disait toujours oui à sa maman.
Après quelques coups de sonneries, j'ai raccroché et dit:
- Il n'y à personne.
- Bon, c'est pas grave, me dit-elle, tu rappelleras demain, et tu as intérêt !
Je ne sais comment, par quel miracle, j'ai pu convaincre ma mère de ne pas me faire
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Annie, vie à toute épreuve
avorter. La seule chose que je pensais, j'avais enfin un but dans ma vie, quelque
chose que je pourrais aimer avec tout la tendresse d'une mère.
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