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Communiqué journaliste - Association des psychologues du Québec

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Enquête sur les impacts des
compressions budgétaires sur l’accès
de la population aux services
psychologiques
Mars 2016
RÉSUMÉ
Enquête sur les impacts des compressions budgétaires sur l’accès de la population aux
services psychologiques
Une centaine de psychologues œuvrant dans plus de 50 établissements du système public de
santé de partout au Québec ont été sondés en mars dernier. Nous voulions savoir comment se
vivaient sur le terrain les efforts relatifs aux compressions budgétaires et les impacts découlant
de la pénurie grandissante de psychologues dans le réseau. Nous vous résumons ici les résultats
des témoignages que nous avons reçus.
Un secteur public de moins en moins attrayant
Les conditions salariales inadaptées à la profession de psychologue (exigence du doctorat et
salaires non compétitifs au secteur privé) ont entraîné un gonflement de la pénurie de main
d’œuvre pour ce type de ressources. Non seulement les psychologues désertent le réseau
public, mais les futurs diplômés ne choisissent ce secteur que dans une proportion de 25%.
Des stratagèmes odieux pour répondre aux compressions budgétaires
Coupures de postes de psychologues, non remplacements de congés de maternité ou de
maladie, embauches à temps partiel pour éviter de payer la prime, transformations de postes de
psychologues en d’autres titres d’emploi, délais indus pour combler les postes vacants; tous les
moyens semblent bons pour les gestionnaires d’établissement quand vient le temps d’effectuer
des économies.
Des impacts majeurs sur les services à la population
L’effet combiné de ces deux facteurs (pénurie et compressions) a sévèrement compromis la
qualité des services. Voici ce que les gens dans les établissements ont été en mesure de
constater :
1- Un allongement des listes d’attente. Les listes d’attente s’étirent bien au-delà de ce qui
est raisonnable. Les psychologues nous ont tous fait par de cette malheureuse réalité :
«un an en santé mentale jeunesse», «3 ans pour les cas non urgents», «un an», «9 mois
pour les cas non urgents », «6 mois à 1 an», «pour la 2ième ligne, un an et plus», «en
pédopsychiatrie, 9 à 12 mois d’attente au minimum», «elle est de plus d’un an et
comprend une centaine de patients», «plusieurs centaines de patients sont en attente
d’une première évaluation. On prévoit environ 1 an d’attente pour les dossiers qui
n’obtiennent pas une priorité en pédopsychiatrie», «5 attendent depuis plus de 3 ans, 5
attendent depuis 2 à 3 ans, 6 attendent depuis 1 an à 2 ans, 3 attendent depuis 6 mois à
un an, 11 attendent depuis 3 à 6 mois».
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2- Un déplacement de la clientèle vers le privé. À défaut de ressources, on pousse la
clientèle vers le privé. Soucieux d'une prise en charge thérapeutique rapide de certains
de leurs cas et constatant que les psychologues sont débordés, les médecins et
psychiatres font de moins en moins de références dans le public, choisissant plutôt de
référer au public. Cette tendance brime de plus en plus l'accès aux soins pour les
clientèles démunies du réseau. Et, au surplus, la baisse de références est interprétée
par certains gestionnaires comme une baisse des besoins. D’un point de vue sociétal,
certaines tendances inquiètent. Les coupures de poste en douce et la réduction
maquillée de la pénurie réelle doit sûrement faire l’affaire de la volonté de privatisation
des services publics de santé de notre actuel gouvernement. Ce qui s’ajoute à la
négligence gouvernementale en regard des services de santé mentale. Et pendant ce
temps, on oublie la rentabilité au plan économique, humain et social des services
psychologiques.
3- Une détérioration des conditions de santé des usagers. On constate chez les usagers
en attente ou privés de services, une détérioration de leur santé mentale. Un
psychologue rapporte : « Par exemple, j’ai plusieurs cas de jeunes présentant des
problématiques de santé mentale ayant été exacerbés par un manque de ressources. Un
jeune, par exemple, qui faisait des attaques de panique lors des examens mais au final
présentait un trouble du langage non diagnostiqué…à 16 ans. Pas banal, et surtout pas
isolé comme cas. Un parmi tant d’autres! ». Un autre psychologue écrit : « À force
d’attendre, certains parents se tournent vers le privé et pour les autres
enfants/adolescents, il y a souvent détérioration ou, au mieux, une stabilité (j’allais
écrire une stagnation) de leur état.». Un autre psychologue écrit : « L’impact des
coupures en santé mentale dans le réseau se fait bien sentir. La situation des jeunes se
dégrade par manque de services ou par des délais déraisonnables et on en arrive à un
signalement ou un placement. Ils nous arrivent en piètre état psychologique. Le besoin
de services psychologiques est criant. Les juges l’ont bien compris et ordonnent
régulièrement des évaluation et des suivis psychologiques ».
4- Une diminution du ratio de psychologues. Il y a de moins en moins de psychologues par
rapport aux autres intervenants au sein des équipes de travail. Aussi bête que cela
puisse paraître, le gouvernement prétend que la pénurie est en voie de disparaître.
Nous comprenons que le ministère se fie probablement sur le nombre de postes
disponibles à ce jour : or comme leur nombre a été largement amputé par les coupures
et les transformations de titre d’emploi, la pénurie est en apparence en train de
disparaître. En fait, c’est l’accès aux services psychologiques qui est en train de s’éroder.
3
5- Un alourdissement de la charge de travail sur les psychologues. Ceux qui demeurent en
poste doivent prendre les bouchées doubles pour combler le manque de ressources.
Pire encore, le gouvernement ajoute une pression supplémentaire sur les psychologues,
exigeant, sous menace de coupures de postes, des cotas de rendement qui ne cadrent
pas avec la nature de la clientèle et des services dont elle a besoin. Preuve évidente de
l’incompréhension des gestionnaires quant à la nature des services offerts par les
psychologues. Il est clair que le non remplacement de nombreux postes ou encore leur
fermeture ou transformation en d’autres titres d’emploi créent un effet domino qui
entraîne une surcharge sur les autres psychologues qui demeurent en poste et,
conséquemment, sur les services offerts à la population. Non seulement le stress et
l’épuisement augmentent, mais les services sont compressés en proportion de la rareté
des ressources de psychologues. C’est la population qui écope au final.
6- Une détérioration de la perception du rôle de psychologue. Dans ce contexte
éprouvant, plusieurs psychologues ont exprimé leur constat de la détérioration de la
perception de leur rôle au sein des services publics, de même qu’une diminution
croissante de la place qu’on accepte de leur accorder pour servir la population. Leur
expertise est parfois boudée parce que leurs requêtes dérangent et qu’ils sont perçus à
tort comme bénéficiant de conditions salariales très élevées. Certains gestionnaires
expriment clairement leur mécontentement du retour de la prime : des psychologues
sentent qu’on veut les écarter. « Il y a un manque flagrant de compréhension de notre
rôle. Notre expertise n’est pas prise en considération. Tout est seulement une question
de statistiques et d’argent. C’est désespérant et désolant…»
___________________________________________________________________________
Annexe I : document détaillé des témoignages retenus en appui de différents aspects ressortis
de ce sondage.
4
ANNEXE I
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ENQUÊTE SUR LES IMPACTS DES COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES SUR L’ACCÈS DE
LA POPULATION AUX SERVICES PSYCHOLOGIQUES.
1er mai 2016
Notre souhait en effectuant ce sondage était de vérifier le réel impact des sévères compressions
budgétaires imposées au réseau public depuis quelques années, alliées au phénomène de pénurie
de psychologues observée depuis 2010 au sein de ce même réseau. Nous remercions les
psychologues qui ont généreusement accepté de nous informer de la réalité de leur clientèle,
une clientèle privée de plus en plus des lieux de parole qu’elle pouvait utiliser avant la mégacentralisation médicale des établissements de santé, notamment la disparition des conseils
d’administration locaux et du commissaire à la santé.
Quotas d’effectifs psychologiques
Notre enquête nous a révélé deux choses auxquelles nous ne nous attendions pas. Au-delà de la
pénurie mesurée au ratio des postes non comblés, nous avons réalisé que le quota d’effectifs est
très inégal dans les différents établissements du Québec. Ce qui rend l’accès à nos services plutôt
chaotique et très certainement non proportionnel à la population de plusieurs territoires. Autre
paramètre, le ratio de la présence de psychologues comparativement aux autres intervenants au
sein des services où œuvrent les psychologues a également fondu au fil des ans. Et, autre fait
important à signaler, la présence nécessaire des neuropsychologues au sein des équipes de soins,
notamment dans les services hospitaliers, est cruellement déficiente. Nous comprenons donc que
le problème de la pénurie de services psychologiques n’est pas uniquement relié au nombre de
postes non-comblés mais également à la quantité de postes de psychologues non disponibles mais
pourtant nécessaires pour desservir la clientèle du réseau. La même réalité est observée dans le
secteur scolaire. Voici certains témoignages retenus.
« Je juge qu'avoir un minimum de deux psychologues à temps plein permettrait de mieux
répondre aux besoins de cette clientèle et aussi du domaine d'expertise. Ceci est
demandé depuis plusieurs années, sans succès. »
« Même si les postes étaient comblés, il nous manquerait probablement 1-2 psychologues
de plus… »
« Je dirais d'autant plus que si tous les postes de psychologues en SMA dans mon milieu
étaient comblés (3 à 4 jours et un à temps complet), nous serions malgré tout en souseffectif par rapport aux besoins de la population. »
« Pour les psychologues œuvrant en milieu hospitalier, nous avons surtout une difficulté
à recruter en neuropsychologie. Ceci a pour impact que dès qu'il y a un congé (maternité,
sans solde, maladie), une partie des services est habituellement non comblée. Les
services pour les patients à l'interne sont priorisés, et les services externes se voient
affectés. ... En neuropsychologie adulte et gériatrique, on m'informe que les délais sont
énormes pour une prise en charge en externe (on parle ici bien souvent d'années) ».
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Listes d’attente et impacts
Nous avons appris que les listes d’attente s’approchent de 12 mois dans plusieurs établissements
et même s’étalent sur quelques années dans d’autres établissements. À beaucoup d’endroits, il
est difficile d’avoir une lecture réelle des délais d’attente car les clients sont distribués au fur
et à mesure aux psychologues, créant une pression à la réduction des services requis.
« Ma liste d'attente commence à s'approcher des 12 mois. Elle serait encore plus longue
si mes 4 psychiatres m'envoyaient toutes leurs références. La plupart vont au CLSC, au
privé et dans le communautaire étant donné le manque de professionnels pouvant les
absorber en 2e ligne. »
« La 2e liste d'attente est en santé mentale et services de 2e ligne. Elle est de plus d'un
an et comprend une centaine de patients. »
« Pour les urgences, 1 ou 2 semaines au mieux, un mois au pire. Pour les non-urgences
environ 9 mois. Étant donné que les urgences doivent être absorbées en priorité, la liste
d'attente allonge (jusqu'à ce que les cas non-urgents deviennent urgents?!?!?!) »
« J'ai aussi des clients qui étaient sur la liste d'attente parce qu'ils étaient anxieux et
dépressifs et ont été mis sur le dessus de la pile 1 an plus tard, lorsqu'ils ont commencé
à faire des tentatives de suicide ou que leur état était rendu grave. Présentement nous
ne faisons qu'éteindre des feux et il est impossible de faire de la prévention. Malgré nos
demandes à nos dirigeants, on continue de se faire dire d'en faire plus avec moins. »
« Ma liste d'attente, que je partage avec une collègue neuropsychologue, qui travaille
également à temps complet, est de 3 ans pour les cas moins urgents (ex.: évaluation de
TDA/H sans comorbidité et troubles d'apprentissage). Bien entendu nous classons les
demandes selon des critères de priorité. »
« Présentement nous ne voyons que les clients en crise (risque suicidaire ou problèmes
légaux), tandis que certaines demandes d'évaluation peuvent dater de plus de 3 ans. Je
dirais que la situation a empirée grandement depuis que nous sommes un CIUSSSS parce
que tous les professionnels doivent en faire plus avec encore moins de ressources
humaines ou financières. »
« En pédopsychiatrie (évaluation affective, évaluation neuropsychologique ou suivi
thérapeutique), il y a 9 à 12 mois d'attente au minimum. Pour la neuropsychologie en
psychiatrie adulte, la liste d'attente a largement dépassé ce qui est humainement
possible de gérer et des priorisations sont à prévoir (i.e. dossiers hospitalisés seulement,
pas de clientèle externe). »
« Ma liste d'attente est souvent de 6 mois, selon la quantité d'évaluations psychiatriques
en cours. Présentement, elle est moindre, soit d'environ 3 mois d'attente, mais elle
augmente rapidement lorsque j'atteins un plafond au niveau de la clientèle que je peux
suivre ou si plusieurs priorités se succèdent. Le manque de ressources affecte aussi nos
contributions au niveau de l'enseignement clinique et de toute forme de rayonnement
(ex. publications et partage d'expertise). »
« Comme d'autres collègues l'ont spécifié, on observe aussi un impact lié à la non
ouverture de postes qui seraient nécessaires afin de combler les besoins des patients.
Par exemple, le délai d'attente pour un suivi individuel avec un psychologue à la Clinique
de la douleur est d'environ 1 an. En CLSC, on constate un délai d'attente allant de 4 à 6
mois selon les sites.
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« Par exemple, pour avoir accès à une psychothérapie avec un psychologue spécialisé en
clinique externe de psychiatrie (pour clientèle sévère + comorbidité), l'attente peut
jouer de 3 à 6 mois en moyenne (impact des remplacements de congé maternité à temps
partiel et autres mesures précédemment décrites). Il y a environ 5 ans, le délai était au
moins 2 fois moindre. »
« Je suis au CISSS (…) comme neuropsychologue à temps complet depuis 2 ans. Avant
mon arrivée, ce poste (qui n'était alors que de trois jours par semaine), est resté à
découvert pendant quelques années. Depuis deux ans, mon mandat consiste à répondre
aux demandes internes et externes (population adulte) provenant du programme de
santé physique, mais également en santé mentale. Bien que j'arrive à répondre dans un
délai raisonnable (dans la même semaine) à la plupart des demandes internes, ma liste
d'attente externe ne cesse de s'allonger. Cependant, le manque de budget empêche la
création d'un second poste qui permettrait d'alléger la liste d'attente. Bref, les besoins
sont là et toute seule, je ne peux répondre à la demande croissante. Ainsi, les cas
externes sont de plus en plus lourds et de plus en plus complexes. Ce manque de
ressources doit être nommé au gouvernement (c'est probablement aussi un manque de
volonté politique!) »
« Pour la santé mentale (département de psychiatrie), nous avions environ un mois
d'attente pour l'évaluation initiale à la psychothérapie au début de 2015. Nous avons
maintenant environ un an d'attente (nous appelons les gens d'avril 2015 en ce moment).
Le poste de notre collègue partie à la retraite en décembre 2015 n'est toujours pas
remplacé. Nous avons l'équivalent d'un seul psychologue à temps plein maintenant (4
jours + 1 jour + 1 jour) pour un programme de santé mentale de deuxième ligne!!! Nous
n'avons plus de chef professionnel. Récemment, ils ont engagé un psychologue retraité à
contrat pendant un mois (pouvant être prolongé) pour voir les patients de testing
neuropsy, car on n'arrive plus à fournir en testing à cause des cas prioritaires en
psychothérapie. Ce n'est plus ce que c'était!! »
« Des clients décédés parce qu'ils ont attendu près de 2 ans pour leur évaluation de
démence et l'équipe n'a pas eu le support nécessaire pour travailler avec eux. Je ne dis
pas que c'est l'attente qui a causé la mort des clients âgés, mais c'est certain que s'ils
avaient pu recevoir l'évaluation et le support, peut-être que leur qualité de vie en fin de
vie aurait été meilleure. »
Maquillage de la pénurie de postes psychologues
Un phénomène de plus en plus répandu nous amène à conclure que le gouvernement se base sur
des données de plus en plus douteuses ou aléatoires pour la mesure de la pénurie. Si l’étalon de
mesure est le nombre de postes non comblés, et bien, le fameux étalon est en train de se réduire
de façon substantielle. En en effet de nombreux témoignages attestent partout à travers le
Québec de coupures de postes de psychologues et de modifications de postes, c’est-à-dire des
postes transformés en d’autres titres d’emploi. Ou encore, devant la difficulté d’accès aux
services des psychologues, les médecins référents prennent l’habitude de référer au privé, ce
qui laisse croire aux gestionnaires qu’il n’y a pas de demandes suffisantes pour justifier le
service. En d’autres termes, la pénurie devrait se mesurer au nombre de postes existants en
2010, et non pas au nombre actuel qui a été amputé depuis par les nombreuses coupures ou
transformations de postes.
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« Bref, il y a clairement un problème concernant les services psychologiques dans notre
CISSS. Et l'abolition de poste permet de camoufler le problème de recrutement. Mais
aucun des postes dont je viens de parler n'est comptabilisé dans les 68 postes recensés
par le Ministère. Quand le poste est aboli, il n'est plus "non-comblé", donc il disparaît des
statistiques officielles. N'est-ce pas une façon formidablement efficace de faire
disparaître les problèmes?!?!? »
« La pénurie de postes ne semble pas trop grande parce que les postes sont fermés et
transformés en postes psychosociaux dès qu'un psychologue quitte, sous prétexte que
l'affichage ne permettrait de toute façon pas de recruter. »
« Et après les abolitions de postes, quand il n'y a plus de services ou que la liste d'attente
dépasse un an, les médecins et autres professionnels essaient d'être pragmatiques et ne
réfèrent plus les patients en psychologie (dans le réseau public). Ce qui permet aux
gestionnaires d'affirmer qu'il n'y a pas de problèmes parce qu'il n'y a pas de demande... »
« Pénurie au sens où je crois qu’il y a une gestion des postes qui nous écarte de la
cartographie du système de la santé. »
« De plus, la tendance semble de diviser les postes une fois qu'on les réaffiche. Un deux
jours à un endroit, un deux à jours à l'autre.... Du saupoudrage que certains interprètent
comme une façon de détourner le paiement éventuel de la prime.... »
« …quand on regarde les affichages sur le réseau, on voit très peu de postes de
psychologues et neuropsychologues à pourvoir...
« La pénurie s’observe principalement par la quantité et la nature des postes offerts.
Administrativement, il semble que l’on fait des choix qui écartent de plus en plus les
psychologues du réseau. Beaucoup de postes sont à temps partiel (pour ne pas donner la
prime peut-être?) et ne favorisent pas l’implication dans le réseau. Pour ma part, on m’a
offert un 3.5 jours à mon arrivée il y a 2 ans (remarquez bien qu’il ne manque que .5
jour pour obtenir la prime). Au printemps dernier, on m’a demandé de faire 5 jours car
on avait subitement beaucoup plus besoin de temps en psychologie (Tiens donc, la prime
venait d’être enlevée!). Et roulement de tambour... on me disait dernièrement que mon
surcroît de travail allait être cessé (pas de prime pour moi!). Donc ce que je comprends,
c’est que lorsque je coûte moins cher, on a besoin de moi à temps plein…? Ridicule! »
« Tirez-en les conclusions que vous en voulez, mais il semble bien que la question
budgétaire importe d’avantage que l’offre de services en psychologie. »
« …. nous avons noté une pénurie de psychologue dans le domaine de la déficience
intellectuelle et de l’autisme. Nous avions eu 15 candidatures avant le retrait de la prime
pour combler 2 postes et ils se sont désistés suite au retrait de la prime. Depuis,
seulement 1 des postes a pu être comblé et le deuxième est toujours ouvert, mais le
budget pour ce poste a été coupé parce qu'il n'y avait personne d'attitré pendant une
trop longue période. »
« Depuis quelques temps, nous observons un nouveau phénomène: le goulot
d'étranglement pour recevoir des services s'est formé au niveau de l'évaluation
psychiatrique ou pédopsychiatrique. Plusieurs centaines de patients sont en attente
d'une première évaluation (on prévoit environ 1 an d'attente pour les dossiers qui
n'obtiennent pas une priorité P1 ou P2 en pédopsychiatrie). En conséquence, certaines
cliniques (surtout en adulte) n'ont presque plus de liste d'attente en psychologie. En
espérant que cette situation ne sera pas interprétée au détriment des besoins en
psychologie (Ah! pas de liste d'attente et baisse des statistiques, on coupe!). »
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Non remplacements de postes psy
Un phénomène dont nous ne soupçonnions pas l’ampleur a été mis à jour dans cette récente
investigation auprès des psychologues. Dans beaucoup d’établissements, les divers congés
(maternité, maladie, sans solde, etc.) ne sont pas remplacés sous prétexte qu’il n’est pas
possible de trouver des remplaçants. Dans les faits, il est constaté que très peu d’efforts sont
consentis pour tenter de recruter. D’ailleurs, ces congés non remplacés sont de l’aveu même de
certains gestionnaires, une opportunité de diminuer temporairement la pression financière sur
les directions d’établissements. Mais les besoins de la population ne diminuent pas pour autant.
« Quand il s'agit de remplacements de congés, aucun effort de recrutement particulier
n'est fait et les affichages de postes sont bien souvent "oubliés" jusqu'au retour de la
personne en congé. Tous les recrutements faits durant les dernières années sur les
quelques postes disponibles l'ont été par des psychologues qui faisaient eux-mêmes des
approches auprès de collègues pour les recruter. Jamais les gestionnaires n'ont fait de
démarches eux-mêmes pour «pourvoir les postes ou remplacements. »
« À ma connaissance, il ne semble pas difficile de pourvoir les postes à (…). Le problème
est surtout qu'on tarde à faire les affichages lors de remplacements ou de départs et
aussi qu'il n'y a pas suffisamment de postes ! »
« Actuellement, nous avons deux temps partiels (deux postes à trois jours semaine) qui
ne sont pas remplacés depuis près d'un an en adopsychiatrie. Les psychologues qui
détenaient ces postes ont décidé de tenter leur chance au privé compte tenu des
exigences et de la pression grandissante.
« Un poste à temps plein est vacant suite à un départ à la retraite (depuis décembre
2015). Le processus d'embauche est sur la glace et la direction nous laisse entendre que
ce poste pourrait être aboli, car nous ne sommes " pas performants. »
« Dans notre établissement, entre 2010 et 2015 il y a eu environ 4 affectations non
comblées (maternité, parentale, maladie) malgré l'affichage de celles-ci.
« Pour les psychologues œuvrant en évaluation-psychothérapie, on observe surtout un
effet d'un non remplacement des congés partiels sans solde (par ex. retour à 3 ou 4 jours
suite à un congé de maternité) et d'un remplacement à temps partiel des congés de
maternité (par ex. j'ai moi-même eu un congé de maternité en 2014 pour lequel mon
poste de 5 jours a été remplacé à 2½ jours, et je quitte sous peu pour un nouveau congé
où je serai remplacée à 3 jours). Cette politique est motivée à la fois par des
considérations budgétaires (coupures, austérité, ...) et une difficulté à recruter des gens
à temps complet sur des remplacements, puisque beaucoup de nos jeunes psychologues
font le choix de s'investir au moins en partie dans la pratique privée et ont donc déjà des
engagements auprès de patients-bureau privé lorsqu'on les recrute.
« Pour ma part, j'ai été absente (pour remplacer une collègue dans un autre secteur) à
temps partiel de mai à septembre 2014, puis complètement de septembre 2014 à août
2015, et je n'ai été remplacée qu'une journée par semaine alors que mon poste est à 5
jours. Ils n'ont trouvé personne pour remplacer les autres journées. »
« Il y a un poste d'ouvert présentement (mais personne n'applique) et un deuxième qui a
été aboli parce qu'il était ouvert depuis longtemps et jamais utilisé (les ressources
humaines ont vu ça comme un poste non nécessaire). »
10
« Il y a actuellement un poste de psychologue à temps complet vacant, et ce, depuis 3
ans. On ne semble pas chercher activement. Une travailleuse sociale fait du surcroît avec
les heures non comblées en psychologie.
« Il y a une psychologue en congé de maternité non remplacée en ce moment. On ne
semble pas chercher à la remplacer. Un TS fait ses heures, en surcroît. »
« Oui, le ratio psy vs TS est incroyable! Cela ne fait aucun sens. Seulement 4 psy sur une
équipe d'environ 20 c'est nettement insuffisant, mais en plus il y a deux postes vacants
de psychologues! Ma gestionnaire est TS est sa philosophie est vraiment orientée TS. Ça
explique beaucoup de choses... les aberrations que j'entends! Il faut recadrer, expliquer,
faire valoir notre point constamment. Je suis d'accord, nous n'avons pas la même
expertise. Une TS ne peut pas faire le même travail qu'une psychologue (et vice versa). »
Coupures ou transformations de postes psy
Le nombre de postes qui ont été coupés ou transformés en d’autres titres d’emploi au cours des
dernières années est assez impressionnant si l’on en juge par notre échantillonnage.
« Depuis une dizaine d'années, 2 1/2 postes (sur 7) dans (l’établissement) dans lequel je
travaille ont été abolis suite aux départs des détenteurs de poste. Deux secteurs du
territoire ne sont plus couverts en services psychologiques par l'abolition d'un poste et
les patients doivent faire une heure de route (100km) pour accéder aux services
psychologiques. Quant à l'autre poste, c'était le seul poste de psychologue pour enfants
en première ligne. Il a été converti en demi-poste travailleur social et demi-poste
psychoéducateur. Le dernier demi-poste était en fait un temps complet qui a été
transformé en poste sous-régional, ce qui fait que la même personne doit partager son
temps entre 3 territoires, alors qu'elle n'en couvrait qu'un seul auparavant. … Il y a moins
de psychologues scolaires et moins de psychologues en privé qu'il y a 10 ans.
Le poste de neuropsychologue à deux jours semaine aux personnes âgées à été coupé il
y a un peu plus d'un an. Moi et ma collègue avons hérité de cette charge de travail. Un
poste à temps complet a été coupé à la clinique des troubles de personnalité limite pour
être transféré à l'unité du court-séjour de l'Hôpital de … il y a de cela un peu plus de 2
ans. Par contre, personne n'occupe ce poste actuellement (depuis près d'un an) et
l'employeur n'en fait pas l'affichage. Un poste à temps complet de la clinique externe a
été converti en deux jours clinique externe et trois jours hôpital de jour. Par contre le
poste de l'hôpital de jour n'a pas trouvé preneur (le gestionnaire ayant seulement affiché
le poste à l'interne). Il a donc été reconverti en poste de psychoéducateur à trois jours
semaine, et le deux jours restant pour la clinique externe furent abolis. L'année
dernière, un poste à temps complet de psychologue pour l'unité d'hospitalisation en
pédopsychiatrie a été aboli (dans un contexte plusieurs coupures de postes de différents
types de professionnels dans l'établissement pour équilibrer le budget). »
« Du côté des psychologues, deux postes à temps partiel ont été supprimés en santé
mentale adulte première ligne au cours des dernières années et l’équipe craint que des
psychologues partant bientôt à la retraite ne soient pas remplacés. »
« Pour le CLSC, je leur laisserai répondre eux-mêmes à la question. Mais on a eu vent l'an
dernier d'un poste de psychologue au centre de réadaptation en dépendance qui a été
supprimé pour finalement être remplacé par une travailleuse sociale ayant une tâche de
dépistage pour orienter vers le CLSC. »
11
« Ici au CISSS (…) il y a eu quelques départs à la retraite de psychologues entre 2008 et
2010. Deux ou trois de ces postes n'ont pas été comblés. Je crois que ce fut une occasion
de restructurer les services. Ce qui génère une liste d'attente qu'on n'avait pas à mon
arrivée en 2008. »
« Nous avons eu 2 postes coupés il y a deux ans dans une première vague de coupes…
Nous fonctionnons avec une secrétaire pour 40 psychologues et internes ce qui veut dire
appeler et rappeler soi-même les patients et photocopies sur des appareils désuets et
des ordinateurs vieux et désespérément lents. Nous manquons de tests. Nous devons
desservir des patients nécessitant des soins de troisième ligne (qui ont de la difficulté à
franchir la première ligne) une clientèle très lourde et avec des problématiques
psychosociales qui ont de la difficulté à payer les frais de parking de l'hôpital qui sont
très élevés. Nous avons une très longue liste d'attente en particulier pour les évaluations
neuropsychologiques. Nous faisons beaucoup avec peu. »
« Ici au CISSS, un psychologue est parti à la retraite et son poste a été remplacé par celui
d'une travailleuse sociale. …
« Il y a un poste d'ouvert présentement (mais personne n'applique) et un deuxième qui a
été aboli parce qu'il était ouvert depuis longtemps et jamais utilisé (les ressources
humaines ont vu ça comme un poste non nécessaire). »
Privatisation des services psy
Les réactions de nos répondants nous ont démontré à plusieurs reprises l’impact de privatisation
des services psychologiques. « Soucieux d'une prise en charge thérapeutique rapide de certains
de leurs cas et constatant que les psychologues de leur équipe sont débordées (les psychiatres)
font de moins en moins de référence dans le public et choisissent de référer aux psychologues
du privé. Cette tendance brime de plus en plus l'accès aux soins pour les clientèles démunies
du réseau. »
« Concernant le fait qu'il n'y ait plus de services de psychologie pour enfant dans tout le
RLS, les gestionnaires invoquent le fait qu'il n'y a pas de besoins parce que les médecins
ne font plus de référence. Mais ils ne font plus de référence parce que le service n'existe
plus, et non pas parce qu'il n'y a pas de besoins. »
« La pénurie des psychologues a créé un effet pervers, à savoir que les médecins
référents ont plus ou moins cessé de leur adresser des requêtes, si bien que les demandes
se sont vues adressées en psychiatrie, autrement dit une offre de service limitée le plus
souvent à de la médication. »
« Étant donné le peu de psychologues en place, nous devons souvent avoir recours à des
ressources externes, ce qui n'est pas toujours optimal et peut allonger inutilement la
souffrance et les suivis. »
« Lorsque le poste de neuropsychologue en psychiatrie a été supprimé, j’ai encouragé
les psychiatres à continuer de formuler des requêtes, afin de maintenir une certaine
pression sur les gestionnaires et de démontrer le besoin criant. Dernièrement, j’ai appris
que les psychiatres formulent moins de demandes parce que l’attente dépasse une
année, et ils s’en tiennent aux demandes urgentes. Bref, sur papier, les besoins ont
diminué! »
12
« Même si actuellement mon poste est comblé, le fait qu'il ait été vacant durant plus
d'un an a des conséquences manifestes sur l'accessibilité aux soins. Et c'est sans compter
que, durant mon absence, plusieurs médecins ont recommandé à leurs patients de
consulter au privé vu l'absence de services... Ils ne m'ont donc pas fait de références
pour ces enfants... »
« Il nous a été explicitement dit de tenter d’orienter les clients vers les autres
ressources, principalement le milieu communautaire. Or, depuis plusieurs années,
intervenants et gestionnaires savent que très peu d’organismes offre un suivi
psychosocial sur notre territoire … et aucun n’offre un suivi de psychothérapie à faible
coût ou gratuitement. Le milieu communautaire peut répondre à certains besoins de
certaines clientèles (ex : centre de jour avec activités pour personnes psychotiques),
mais les suivis ne ressemblent en rien à une véritable démarche orientée vers des buts
définis / des objectifs de réadaptation avec un intervenant spécialisé. »
« En neuropsychologie adulte et gériatrique, on m'informe que les délais sont énormes
pour une prise en charge en externe (on parle ici bien souvent d'années). Souvent, les
gens ont recours à des neuropsychologues en bureau privé à la recommandation des
médecins. »
« Pour le département de médecine familiale, je suis le seul psychologue pour une
centaine de médecins (environ la moitié sont des résidents) et 8 infirmières. Je suis là à
4 jours. Mon temps d'attente varie entre 2 et 3 mois, mais on a mis en place des critères
pour référer à l'extérieur le plus possible pour garder vraiment les patients ayant accès
au moins de ressources dans la communauté.
Effet domino : surcharge pour les autres psychologues et les services psy
Le non remplacement de nombreux postes ou encore leur fermeture ou transformation en
d’autres titres d’emploi créent un effet domino qui entraîne une surcharge sur les autres
psychologues et, conséquemment, sur les services offerts à la population.
« Depuis ce temps donc les autres psy des programmes visés sont demandés en
couverture.... en médecine de l'adolescence, j'ai dû prendre une petite fille des soins
intensifs/cardio, très malade, en attente de greffe, alors que ce n'était pas du tout mon
champ d'expertise... j'ai aussi eu à prendre un dossier de la clinique socio-juridique car
depuis fin novembre la psychologue est en maladie et il y a eu un appel d'urgence pour
une de ses patientes... elle aussi n'a pas été remplacée...
« Depuis 2016, nous avons eu 4 démissions et l'embauche d'une doctorante. Lorsque des
affectations ne sont pas comblées, même au long court, ce sont des psychologues déjà
affectés ailleurs à temps plein qui doivent compenser, créant ainsi une surcharge de
travail. Notons que l'embauche de doctorants fait en sorte d'ajouter à la tâche étant
donné la supervision qui incombe aux psychologues réguliers. »
« Nous supervisons un nombre élevé d'internes. Nous avons pu recruter dans les dernières
années 3 nouveaux psychologues pour remplir des postes vacants mais à cause du salaire
si faible nous ne pouvons recruter que de très jeunes nouveaux psychologues que nous
devons couver pendant 5 ans le temps qu'ils remplissent le critère pour la supervision des
stages si bien que on pédale nous les vieux pour la supervision...je n'ose penser ce que
ce sera quand nous prendrons notre retraite (bientôt).Nous entrevoyons une autre
période de coupures budgétaires. »
13
Érosion du rôle et de la place du psychologue
Plusieurs psychologues ont exprimé leur constat de la détérioration de la perception de leur rôle
au sein des services publics, de même qu’une diminution croissante de la place qu’on accepte
de leur accorder pour servir la population. Leur expertise est parfois boudée parce qu’elle
dérange.
« Tout au long de ma carrière j'ai assisté à l'érosion du rôle et de la place du
psychologue. »
« De façon plus générale, dans mon milieu, je dirais qu'on veut nous écarter. Il y a un
manque flagrant de compréhension (volontaire?) de notre rôle. Par exemple, il n'y a
aucun test psychométrique disponible pour évaluer la clientèle. Ma perception est que
les gestionnaires considèrent que l'on fait tous la même chose (nous sommes tous des
intervenants psychosociaux). Notre expertise n'est pas prise en considération. Tout est
seulement une question de statistiques et d'argent. C'est désespérant et désolant.... »
« En réadaptation adulte les congés de maternité ou congé maladie ont toujours été
difficiles à combler en neuropsychologie (depuis plusieurs années). Nous finissons par
trouver mais le fait de ne plus avoir la prime a eu un impact je crois pour certaines
personnes. A l'unité interne lorsque le poste n'est pas comblé ou seulement quelques
jours, les neuropsychologues font des évaluations très brèves et souvent ce sont les
ergothérapeutes qui font le travail. Le neuropsychologue ne peut donc pas intervenir
comme il le devrait pour le soutien psychologique par exemple, la réadaptation cognitive
ou évaluer la personne correctement. »
« Le CRD est actuellement dans le processus d'implanter un tout nouvel outil pour
l'évaluation initiale des usagers lors de l'admission dans nos programmes. Or, l'outil en
question, qui s'appelle le GAIN (Global Assessment of Individual Needs) est éthiquement
très questionnable, il fait l'objet d'un boycott par les professionnels du CIUSSS (…) depuis
plus de 5 ans, il a fait l'objet de deux avis juridiques très défavorables et il a même été
suspendu par moratoire dans un autre CRD, si je ne m'abuse, ça reste à vérifier...). Le
MSSSS insiste pour que ce soit l'outil standard et universel dans tous les CRD mais une
poignée d'intervenants s'y opposent. … Depuis plus d'un an donc, je souligne ses lacunes
méthodologiques, éthiques, ses nombreux biais médicaux, ses affirmations
tendancieuses…
« Des collègues TS m’ont rapporté qu’en réunion, les gestionnaires leur auraient signifié
leur insatisfaction et leur grand mécontentement à l’égard du retour de la prime pour
les psychologue. Conséquemment, qu’ils feraient ce qu’ils peuvent pour remplacer les
psychologues. »
« Nous sommes tellement peu que ça devient difficile d'avoir du poids et ça prend une
énergie énorme. Aussi, travailler dans un contexte où nos rôles respectifs ne sont pas
reconnus est peu motivant. Tout ceci s'ajoute au contexte difficile des réorganisations,
CIUSSS, optimisation, coupures, etc. Le moral des troupes est bas. On a l'impression
d'être des numéros. Les enjeux cliniques sont négligés. Le nombre de congé de maladie
est extrêmement élevé, et ce, dans toute l'équipe. »
« J’ai donc vraiment l’impression … qu’on me dit que ma profession n’est pas importante
ou n’a pas de valeur aux yeux de mon employeur, que si je ne suis pas contente, je n’ai
qu’à quitter pour le privé... Et bien je crois que c’est ce que je vais faire... et
malheureusement je pense que je ne serai pas la seule… »
14
« Bref, j'en aurais long à dire! Je ne suis pas sûre que je vais rester ici longtemps
d'ailleurs... Soit que je vais changer d'emploi dans le réseau après avoir eu mes enfants
ou sinon je vais faire juste du privé. »
« Aussi, il est de plus en plus souvent répété en réunion administrative, que « vous les
psychologues, vous coûtez vraiment cher ». Il est ouvertement dit que si les règles
étaient plus simples, on remplacerait les postes actuels de psychologues par des postes
de travailleurs sociaux, plus économiques. Ces affirmations, répétées au moins trois fois
lors de la seule journée (février 2016), témoignent d’une incompréhension et d’un
manque de respect. Avec tout le respect que nous devons à nos collègues travailleurs
sociaux et avec qui nous collaborons généralement bien, une telle affirmation banalise
les compétences spécifiques des psychologues. .. De façon très insidieuse, la répétition
– presqu’un blâme – que les psychologues coûtent cher, nourrit la rancune et l’envie des
autres professions face à nous. Les autres intervenants s’imaginent les salaires
mirobolants que nous touchons, alors qu’une simple lecture de la convention collective
démontre une petite différence, et intériorisent l’idée d’un groupe privilégié en leur
défaveur, tel un message subliminal qui devient vérité. Il va s’en dire que ce message
nuit au travail d’équipe. »
« En fait, mon patron m'a expliqué l'autre jour que, selon les règles de dotation au niveau
des cadres en CISSS, un employé ne peut pas gagner un salaire plus élevé (à échelon
salarial équivalent) que son supérieur. Aussi, transformer la prime de rétention en
salaire, comme nous le demandons, ne serait pas conforme à cette règle dans certains
cas. »
« Je constate que plusieurs d'entre nous doivent faire face au même genre de
commentaires de la part de nos patrons. Ils semblent s'être passé le mot et nous faire «
payer » notre prime et nos diverses revendications. Pour ma part, les trois derniers
patrons que j'ai eu ce sont assez clairement placés en « envieux » face à notre prime et
le statut salarial qui venait avec (qu'on est payé davantage qu'un patron t.s. par
exemple...). »
« Même chose chez nous, en santé mentale jeunesse 1re ligne. On se fait dire qu'on est
plus de psys qu'ailleurs, qu'on coûte trop cher et qu'on offre trop peu de services. Sans
tenir compte du soutien clinique, des formations et éclairages cliniques et scientifiques
et autres aspects que nous accomplissons qui sont complémentaires à notre travail
d'évaluation et de psychothérapie. »
« Ça explique beaucoup de choses... les aberrations que j'entends! Il faut recadrer,
expliquer, faire valoir notre point constamment. Je suis d'accord, nous n'avons pas la
même expertise. Une TS ne peut pas faire le même travail qu'une psychologue (et vice
versa). »
« Il faut aussi noter le stress de plus en plus élevé des intervenants, la fatigue, le
sentiment d'impuissance et le sentiment de ne pas être compétent. Rien pour aider notre
clientèle ».
15
Besoins non comblés en santé mentale
Les psychologues ont exprimé leur lecture de la réalité sur le terrain eu égard à la pénurie de
ressources pour répondre aux besoins de la population et l’impact négatif sur les personnes. Les
nombreux congés de maladie ou de maternité chez les psychologues sont remplacés par d’autres
titres professionnels, ce qui conduit à une perte d’expertise et d’accès aux soins psychologiques
pour la population.
« Le besoin de ressources pour répondre aux demandes de la population est donc criant
en santé mentale jeunesse toute profession confondue: TS, psychologues,
psychoéducateurs.
« L'impact des coupures en santé mentale dans le réseau se fait bien sentir. La situation
des jeunes se dégrade par manque de services ou par des délais déraisonnables et on en
arrive à un signalement ou à un placement. Ils nous arrivent en piètre état psychologique.
Le besoin de services psychologiques est criant. Les juges l'ont bien compris et ordonnent
régulièrement des évaluations et des suivis psychologiques. »
« Et évidemment, les patients ne se plaignent pas de ne pas avoir accès aux services,
étant donné leur état mental ainsi que la stigmatisation encore présente au sujet des
troubles mentaux. Donc, les psychologues étant souvent les seuls à dénoncer la situation,
il est difficile de faire pencher la balance du côté des besoins des patients. »
« Ce qui m’attriste, c’est que ce sont les clients qui souffrent le plus du manque de
ressources. Par exemple, j’ai plusieurs cas de jeunes présentant des problématiques de
santé mentale ayant été exacerbées par un manque de ressources. Un jeune par exemple
qui faisait des attaques de panique lors des examens mais au final présentait un trouble
du langage non diagnostiqué… à 16 ans. Pas banal, et surtout pas isolé comme cas. Un
parmi tant d’autres! »
« Or, on m’a signifié que … le programme de santé mentale adulte ne répondra plus aux
demandes d’évaluation DI du programme DI-TED. Ce programme devra se débrouiller
avec son propre budget, mais il n’y a pas de psychologue dans cette équipe! Il n'y aura
probablement plus d'évaluation DI fournie par notre CSSS pour les adultes. »
« Nous sommes actuellement seulement deux psychologues à 4 jours/semaine pour
répondre aux besoins en santé mentale adulte (SMA) première ligne… Dans l'équipe, il y
a une quinzaine de travailleurs sociaux et deux infirmiers. Les clients nécessitant des
services psychologiques n'y ont pas accès. Même si une psychothérapie est prescrite par
le médecin, que les besoins du client nécessitent l'expertise d'un psychologue, une
évaluation psychologique, qu'ils ont un diagnostic en santé mentale, etc., ils verront la
première personne qui est disponible pour prendre en charge leur dossier (donc plus
souvent qu'autrement, un(e) TS). »
« Il arrive également que certains congés de maladie à moyen terme ne soient pas
remplacés, ce qui augmente le temps de prise en charge des clients en attente. Et disonsle, pour certains, le délai d'attente peut avoir des conséquences considérables sur leur
récupération fonctionnelle. Il est aussi arrivé qu'on soit limité dans nos interventions et
dans la durée de nos suivis pour prendre en charge ceux qui attendent... »
« La chose qui peut être questionnable, c’est à savoir si les clients qui ont besoin de
psychothérapie sont nécessairement orientés à ceux qui peuvent en faire. »
16
Pressions à la performance statistique
Depuis quelques années, les psychologues entendent un nouveau discours : celui de la pression à
la performance statistique, avec menace de coupure de postes si des quotas de performance ne
sont pas rencontrés. Notamment, qu’un nombre minimal de clients soit rencontré annuellement.
Le problème est que les clients des services de santé mentale ne sont pas des clients « payants »
au plan statistique : ils ont des problématiques plus lourdes, souvent avec comorbidité, sont
désorganisés, anxieux et mal en point au plan physique, ce qui entraînent de fréquents oublis ou
des reports de rendez-vous, sans compter des problèmes de motivation fluctuante. Ce que l’on
peut comprendre au vu de la sévérité de la souffrance à laquelle ils doivent accepter de faire
face. Ce qui nous amène à conclure que ces quotas de performance sont tout à fait inappropriés
à la cliente qui consulte en santé mentale. Le refus de considérer leur profil est une erreur
monumentale qui fait porter un poids immérité et injustifié sur les psychologues et porte atteinte
à la clientèle, en reniant d’entrée de jeu la nature même du profil de cette clientèle. « L'accès
de la population à la psychothérapie est compromis par des calculs comptables déconnectés qui
ne tiennent nullement compte de notre réalité et pour lesquels on ne nous consulte pas. » Voici
certains des témoignages que nous ont livrés les psychologues.
« Depuis quelques années, on nous dit que nous ne sommes pas performants. Mis à part
le nombre minimal de patient à voir par jour (i.e. 4 par jour en moyenne), nous n'avons
eu aucune autre consigne pour nous guider dans ce qui est attendu de nous pour devenir
performants. Nous ne savons pas comment ceci est évalué, ni à qui nous sommes
comparés. … De plus, nous avons l'impression que les gestionnaires sont peu conscients
des exigences de notre profession, tant au plan de la tenue de dossier que de la lourdeur
des pathologies des clients, sans compter la charge émotionnelle que cette clientèle
représente pour nous. On nous demande de voir plus de patients, mais le temps alloué
aux notes d'évolution et aux rapports n'est pas considéré. Il fait pourtant partie
intégrante de notre profession et ces tâches sont exigées par notre ordre professionnel. »
« Finalement, les gestionnaires affirment que les raccourcissements de la durée de suivi
et l’augmentation à tout prix du nombre de clients rencontrés doivent être actualisés,
autrement le budget de l’équipe diminuera et nous perdrons un ou des postes, car nous
serons considérés comme non efficients en comparaison aux autres CISSS. »
« La performance ne se réduit pas au nombre de patients vus en une période de temps
donnée. Il serait intéressant d'avoir des outils de mesure du fonctionnement pré et postthérapie en regard à divers indices (retour au travail, qualité de vie, nombre
d'hospitalisations, nombre de tentatives de suicide, réduction de la médication,
nombre/rythme de visites chez le psychiatre, du fonctionnement dans la communauté...)
avant de nous dire que nous ne sommes pas performants.... »
« En réunion administrative, nous avons vu apparaître la notion de « client payant
statistiquement » et « client non payant ». Le client payant est celui qui est parfaitement
assidu à ses rendez-vous, que nous rencontrons le plus petit nombre de rencontre
possible, idéalement une seule fois par nos infirmiers SMA et dont nous fermons
rapidement l’épisode de service. Les clients non payant statistiquement sont ceux qui
requièrent d’être rencontrés par plus d’un intervenant ou ceux qui reçoivent une
rencontre par semaine pendant six mois. Observons ici que le vocabulaire ressemble de
plus en plus à celui du privé : le client qui rapporte d’un côté et celui qui coûte mais
rapporte peu de l’autre. »
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« Les clients qui ne répondent pas rapidement à nos appels ou à nos lettres doivent voir
leur épisode de service être fermé pour s’assigner un nouveau dossier. Nous n’offrirons
des services qu’aux clients hautement motivés et organisés. Rappelons qu’une des
particularités d’une clientèle santé mentale est d’avoir un degré de motivation
fluctuant, un niveau d’énergie variable, une mauvaise organisation de vie (ex : coupure
de téléphone et déménagements fréquents), entre autres. Les démarches pour rejoindre
les clientèles vulnérables (outreach) sont de moins en moins dans notre mandat. »
« Il y a 3 semaines, ont s'est même fait dire que nous devrons commencer à changer notre
pratique parce qu'on passe trop de temps avec certains clients et que les chiffres ne
permettent pas de justifier le nombre de poste que nous avons en regardant le nombre
de client desservis. Le gouvernement s'attend à ce qu'on fasse des consultations rapides
comme les médecins, mais ne réalise pas que nous avons besoin de plusieurs rencontres
de suivi (parfois plus que la normale selon la clientèle avec laquelle nous travaillons,
comme la DI-TSA) et que notre rôle n'est pas seulement de faire de la thérapie. Nous
faisons également des formations, supportons les familles/équipes, devons assister à
plusieurs rencontres d'équipe, écrire des rapports, participer à plusieurs comités, etc.
Donc on leur dit qu'on manque de psychologues, mais on se fait répondre que les chiffres
montrent qu'il y en a trop! C'est clair que notre profession n'est pas reconnue, et peutêtre est-ce seulement parce que les gens ne savent pas ce que nous faisons. »
« On entend dire que le poste à temps complet d'une psychologue partie à la retraite en
décembre sera sûrement coupé en raison d'une trop mauvaise performance statistique. »
« La liste d'attente ne provient pas d'un manque d'organisation dans notre travail, mais
bien d'un manque de ressources important. Pour ma part, en pédopsychiatrie, nous avons
des dossiers d'enfants dont la santé mentale est détériorée car la prise en charge n'a pas
été assez rapide (ex.: anxiété sévère avec évitement scolaire chez un jeune qui a des
troubles d'apprentissage...)
« Pour obtenir des services, il y a près de 3 mois d'attente. Or, nous devons tous avoir 8
clients dans notre case load par journée travaillée, donc ça roule (ex: à temps plein,
cela fait 40 clients à voir)!!. Il faut donc absolument voir les clients aux deux semaines
pour y arriver, même s'ils auraient besoin de séances de psychothérapie hebdomadaire
(les gestionnaires ne comprennent pas (ne veulent pas comprendre) ce qu'est la
psychothérapie). Pour voir un psychologue, j'estime qu'ils devraient attendre au moins
6 mois (mais les pratiques ne vont pas ainsi, comme mentionné précédemment: on
attribue le dossier à la personne disponible, même si les services offerts ne permettent
pas de bien répondre aux besoins du client). »
« Le sous-directeur de notre direction pense à limiter les suivis à 15 rencontres. Notre
chef d’administration de programme a refusé pour l’instant, mais pour combien de
temps? À titre de comparaison, les services généraux adultes des mêmes CLSC offrent du
12 rencontres pour une clientèle qui ne présente pas de problème de santé mentale ou
à faible intensité. Pour notre clientèle qui présente des ressources internes et externes
plus pauvres, qui sont souvent chronicisés dans divers dysfonctionnements
psychosociaux, aux prises avec des problèmes de consommation, nous n’aurions que 3
rencontres de plus que les services offerts aux gens mieux équipés! »
« La demande de services n'a pas changé et donc la liste d'attente continue de s'allonger.
Malheureusement, étant donné le nombre de nouveaux patients qu'on exige que je vois
par période (9 nouveaux patients par période à 3 jours par semaine), je suis seulement
en mesure d'offrir des services à court terme, en moyenne 3 à 7 rencontres. »
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« Nous vivons aussi des pressions importantes au (…). Entre autre, on nous a retiré
(l’accès à) la supervision clinique depuis quelques semaines prétextant que ça coûte trop
cher. Avec les cas difficiles que nous avons ici (et plusieurs psychologues juniors) c'est
impossible de bien travailler sans soutien. Il se peut que nous devions refuser des suivis
en psychothérapie ou des demandes d'évaluation psychologique... mais on se fait dire
que nous allons devoir... faire plus avec moins. Personne ne semble relever la
contradiction. »
Conclusion
Notre enquête se voulait au départ qualitative, puisque nous ne disposions pas de moyens pour
une mesure approfondie à la fois des ratios de services nécessaire par territoire ou établissement,
ni pour une investigation exhaustive de tous les établissements concernés, autant en termes de
postes manquants qu’en termes d’impacts sur les listes d’attente. Il faut dire que les réalités
sont différentes d’un endroit à l’autre, dépendamment du type d’établissement ou de service au
sein duquel œuvrent les psychologues, qu’il soient aux services de première, deuxième ou
troisième ligne ou auprès d’une clientèle enfant, jeunesse, adulte ou âgée. Pour faciliter la
lecture de cette compilation de témoignages, nous avons tenté de les rassembler en fonction de
thématiques qui émergeaient des propos des répondants.
La quantité de témoignages rapportés dans divers types d’établissements et diverses régions de
la province s’avère très révélatrice : elle démontre qu’un problème généralisé existe au niveau
de la couverture des services psychologiques. La présence de ces services est déficiente à
plusieurs endroits et leur durée de même que leur qualité est fortement diminuée de façon assez
générale, compte tenu des pressions à la performance statistique imposée avec des critères qui
ne tiennent pas compte du profil de ces clientèles. Une réalité qui démontre à coup sûr une
incompréhension face à la nature du travail des psychologues.
Nous souhaitons que le gouvernement cesse de banaliser la situation et renonce à son cliché
aveugle à l’effet que les compressions n’ont pas d’impacts sur les services à la population. Quant
à nous, notre sens éthique nous commande d’offrir à la clientèle des établissements publics les
services auxquels elle a droit, des services qui ne sont pas un luxe et des services qu’elle ne peut
réalistement se procurer au privé par manque de ressources financières. Et nous nous faisons un
devoir de dénoncer le maquillage de la réelle pénurie de réponse aux besoins de services
psychologiques. Et de rappeler que « l’autre santé », soit la santé mentale, est tout aussi
importante que la santé physique. Et qui en doute n’a qu’à se référer à l’Organisation mondiale
de la santé (OMS). « Et évidemment, les patients ne se plaignent pas de ne pas avoir accès aux
services, étant donné leur état mental ainsi que la stigmatisation encore présente au sujet des
troubles mentaux. » Notre devoir est de dénoncer la situation afin de faire valoir les besoins des
patients ou clients.
Charles Roy
Président
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