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Comment devenir mère… à sa façon

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La Croix -mercredi 4, jeudi 5 mai 2016
Parents&enfants
Q
uand Joséphine, enceinte sans
l’avoir vraiment prévu, se redresse,
c’est le visage de sa mère qu’elle
voit dans le miroir de la salle de
bains. C’est la voix maternelle,
aussi, qu’elle entend répondre à un
ado apathique qui la questionne.
Joséphine est en plein cauchemar.
Dans cette scène, tirée du film Joséphine s’arrondit, sorti en février
dernier, Marilou Berry voit surgir
sa mère, à l’écran comme à la ville,
Josiane Balasko.
La scène fait sourire, mais elle est
un peu plus que ça. « Beaucoup de
copines ont eu des soucis avec leur
mère au moment d’avoir un enfant,
comme s’il s’agissait d’un rite de
passage », a expliqué l’actrice dans
une interview. Autour de la femme
enceinte, de fait, la famille se recompose : la fille devient mère, les
frères et sœurs, oncles et tantes,
et la mère, grand-mère. L’identité
même de la femme enceinte se recompose, autour de questions essentielles : quelle place dans ma vie
pour mon enfant, mon couple, mon
travail et surtout, quelle mère veuxje devenir ?
« Ce qui est difficile, c’est qu’on
n’apprend pas à devenir mère, observe Marion, mère d’une petite
fille de 3 ans et enceinte de la seconde. On passe des années sur Pythagore, mais la maternité, c’est
zéro ! » La préparation à la naissance aborde les questions de puériculture, mais très peu de psychologie ou d’éducation. Il existe bien
des cours et des stages de parentalité qui visent à donner des clés aux
jeunes parents, mais tout le monde
n’a pas le temps ou les moyens d’y
participer.
Interpellée par toutes ses questions, Marion, elle, a compulsé des
livres de psychologie… sans forcément trouver les réponses qu’elle
attendait. « J’ai reçu une éducation
très autoritaire et j’ai toujours voulu
faire autrement… sans trop savoir
comment, poursuit-elle. Résultat,
je suis tombée un peu dans l’excès
inverse. Quand je suis en week-end
chez mes parents par exemple, et
que ma fille refuse de manger ou de
dire bonjour, je me sens jugée par ma
mère. »
Comment
devenir mère…
à sa façon ?
Entre souvenirs
de l’enfance et imitation
du modèle maternel,
les femmes s’interrogent
sur un défi essentiel :
comment devenir mère
à sa manière ?
Un bébé avec sa grand-mère et sa mère. Image source/Bsip
13
Ce genre de témoignages, Isabelle Filliozat, psychothérapeute
et auteur de nombreux livres sur
l’éducation (1), en recueille régulièrement. « Qu’on le veuille ou non,
on est forcément influencé par la
manière dont on a été élevé. On l’observe même chez les grands singes
dont l’aptitude à materner dépend
de leur propre expérience. » En
exemple, elle cite le cas des bébés
qu’on a beaucoup laissé pleurer,
car c’était la manière de faire, il y a
trente ou quarante ans. « Devenus
parents, il est possible que ceux-là
supportent mal les pleurs, expliquet-elle. Sans que ce soit raisonné, leur
système de stress se réactive immédiatement. Il est donc toujours intéressant de réinterroger son passé
pour savoir ce sur quoi il faudra être
attentif avec nos enfants. »
« On est forcément
influencé
par la manière
dont on a été élevé. »
Spontanément, parce que les
modes de fonctionnement de nos
parents sont ancrés en nous depuis l’enfance, nous avons en effet tendance à reproduire ce que
nous avons vécu. « Ou à l’inverse,
on peut chercher à compenser en
faisant l’inverse de ce qu’on a vécu,
poursuit Isabelle Filliozat. On agit
alors comme si notre bébé était
nous-même enfant. Comme s’il fallait corriger le passé, réparer son enfance. On risque de passer à côté de
ses vrais besoins à lui. »
Un travail fin est alors nécessaire : il ne s’agit ni de tout avaliser,
ni de tout rejeter. « Sur les valeurs et
les principes, je suis tout à fait en accord avec ce que ma mère m’a transmis, témoigne Virginie, 42 ans,
mère de deux filles de 12 et 10 ans.
En revanche, sur la manière d’être,
l’affection, l’intimité, j’ai voulu faire
différemment. Ma mère ne jouait
pas du tout avec moi par exemple. Il
n’y avait pas cette tendresse que j’ai
essayé de partager avec mes filles. »
Pour se libérer des schémas
du passé, c’est ainsi à une forme
de « droit d’inventaire » de leur
propre histoire que les (futurs)
parents sont invités à se livrer.
« Je reçois des femmes qui ont eu
une mère trop indifférente ou trop
intrusive et qui, lors de la thérapie, se rendent compte de leurs
Suite page 14. P P P
La Croix -mercredi 4, jeudi 5 mai 2016
Parents&enfants
14
Comment devenir mère… à sa façon ?
« La grossesse est un moment particulier où les difficultés
de la relation à la mère sont réactivées. Mais elle peut aussi
être vécue comme un moment de rapprochement. »
P P P Suite de la page 13.
ressentis face à ces comportements,
explique Marie Lion-Julin, psychiatre, psychanalyste et auteur
de Mères : libérez vos filles (2). Elles
acceptent de poser un regard critique sur leur histoire, ce qu’elles ne
s’étaient pas permis auparavant.
C’est un chemin de séparation, de
deuil de la mère idéale, d’acceptation de la réalité parfois complexe
et ambivalente de la relation. Elles
acquièrent plus d’autonomie et de
liberté pour se définir mère à leur
façon. »
Être là tout
en respectant
l’individualité et la
différence de sa fille.
En plus de ce travail personnel, parler avec sa mère, durant sa
grossesse ou dans les premières
années, est souvent très aidant.
« On peut faire ce travail de tri ”au
mental”, seul, mais on n’est jamais
autant libéré que quand on a pu se
parler, être intime avec son parent,
et même se réconcilier », explique
Isabelle Filliozat. « La grossesse est
un moment particulier où les difficultés de la relation à la mère sont
réactivées, complète Marie LionJulin. Mais elle peut aussi être vécue comme un moment de rapprochement, la fille recherchant à être
accompagnée, guidée, entourée par
sa mère. C’est tout l’art de celle-ci
de savoir être là, présente, tout en
respectant l’individualité et la différence de sa fille. »
Proche de sa mère, Sandra a
fait ce parcours. « La maternité
a été l’occasion avec ma mère de
discussions qu’on n’avait pas eues
jusqu’alors, témoigne-t-elle. Avant
d’être enceinte, je me souviens que
je me disais : “Quand je serai mère,
j’espère arriver à ne pas être aussi
inquiète que la mienne.” On a pu
parler du fait qu’elle avait perdu la
sienne quand elle était enceinte de
moi. Ça a été éclairant. » À la crèche
de son fils, elle a aussi pu bénéficier d’ateliers et de conseils. « Cela
ne veut pas dire que je fais toujours
comme je voudrais… Mais je sais
quelle direction je veux suivre ! »
Flore Thomasset
(1) Notamment Il n’y a pas de parent
parfait, Éd. Marabout, 2008.
(2) Éd. Odile Jacob, 2008.
repères
La maternité
en France
800 000 enfants sont nés en
France en 2015. Le nombre de
naissances par an est globalement stable depuis les années
1980.
Les femmes ont en moyenne
leur premier enfant à 28 ans,
soit quatre ans plus tard qu’à
la fin des années 1960. L’âge
moyen des mères à l’accouchement, quel que soit le rang
de naissance de l’enfant,
a atteint 30,3 ans en 2014.
La France compte par ailleurs
un peu plus de 15 millions de
grands-parents. En 2011, les
femmes deviennent grandsmères à 54 ans en moyenne
et les hommes grands-pères
à 56 ans.
Une grand-mère avec sa fille et son petit-fils. Stephanie Lacombe / Picturetank
témoignage
« Devenir mère m’a permis de mieux
comprendre la mienne »
Marie Perarnau
32 ans, professeur
des écoles en disponibilité,
maman de quatre enfants
et blogueuse (1)
«
D
epuis que j’ai eu mes enfants, je constate régulièrement combien je ressemble à ma mère. Cela m’apparaît
au fil des ans, par petites touches :
je dis ou fais quelque chose et, hop !
je la vois, je l’entends. C’est un phénomène partagé : quand j’ai écrit
un post de blog sur ce thème, j’ai eu
plein de réactions amusées ! Pour
moi, c’est une prise de conscience
ponctuelle et pas vraiment gênante dans la mesure où je suis
très proche de ma mère, en accord
avec ses valeurs : la joie de vivre, la
générosité, l’ouverture… On est de
toute façon imprégnés de ces manières d’être : on réagit comme on
a toujours vu les siens réagir. Mais
quand même ! Quand on est enfant, il y a plein de choses sur lesquelles on râle. On se dit : “Moi,
je ne serai pas comme ça avec mes
enfants.” Par exemple, je m’étais
promis de n’être jamais en retard,
parce que j’ai des souvenirs d’avoir
attendu toute seule ma mère à la
sortie de l’école et que ça me rendait triste. Je trouvais ça nul, aussi,
qu’on ne rende jamais les livres à
l’heure à la bibliothèque. Mes parents m’emmenaient marcher des
heures, tous les week-ends : je n’en
pouvais plus !
Évidemment, une fois qu’on est
à la place du parent, certaines manières de faire apparaissent légitimes. Il m’arrive de reproduire les
mêmes schémas avec mes enfants,
mais j’essaie d’être plus souple et
de mettre un peu plus de fantaisie dans les obligations que je leur
pose. Mon père, par exemple, était
nutritionniste donc on n’avait pas
du tout le droit aux sucreries. Aujourd’hui, chez moi, c’est “open
bar” !
Cela dit, devenir mère m’a aussi
permis de comprendre certaines
choses. Par exemple, j’ai mieux
compris comment ma mère avait
pu vivre sa maternité, comment
elle avait fait certains choix. Elle
était passée à mi-temps pour s’occuper de nous et quand j’étais étudiante, c’est un choix que je n’avais
pas compris. Je me disais que jamais je ne sacrifierais ma carrière
pour élever mes enfants. Or, finalement, je me suis moi-même mise
en disponibilité de mon emploi, à
la faveur d’une mutation de mon
mari, certes, mais aussi pour m’occuper de mes enfants. Cela m’est
apparu comme une évidence. J’ai
découvert où était l’essentiel.
J’ai eu la chance par ailleurs
d’avoir une mère qui m’a laissée
être celle que je voulais : elle ne m’a
jamais jugée ni culpabilisée. Elle a
accepté que je porte un regard critique sur notre histoire sans pour
autant se sentir la cible de mes
choix. Elle ne s’est pas sentie remise en cause, et c’est tant mieux.
J’ai repris certaines choses, j’en ai
éliminé d’autres et elle a accepté,
globalement, que je fasse différemment. Par exemple, je ne donne jamais de fessée, je ne laisse jamais
pleurer mes enfants…
J’ai des amies pour qui ça a été
beaucoup plus difficile, notamment celles qui ont eu des mères
absentes ou pas maternelles du
tout. Certaines se sont retrouvées
en baby blues à la naissance de
leur enfant parce qu’elles n’avaient
aucun repère. Elles ne savaient
pas comment porter leur enfant,
comment l’allaiter, comment en
prendre soin. Elles se sont senties
très désemparées. »
Recueilli par Flore Thomasset
(1) www.mamanstestent.com/
La Croix -mercredi 4, jeudi 5 mai 2016
Parents&enfants
15
Prochain dossier :
Comment faire aimer la nature aux enfants des villes
D’autres mères que la sienne pour s’identifier
à des modèles positifs.
entretien
pistes
« Choisir des modèles
dans son entourage »
Pour aller plus loin
Nadia
Bruschweiler-Stern
Pédiatre et pédopsychiatre,
directrice du Centre
Brazelton Suisse (1)
Comment devenir mère… sans
trop ressembler à la sienne ?
Nadia Bruschweiler-Stern : C’est
une question vraiment difficile !
Avoir comme objet de « ne pas
ressembler à », plutôt que de rêver
devenir une certaine mère, c’est
prendre le sujet à l’envers. Mieux
vaudrait partir d’un postulat positif : quelle mère est-ce que je veux
devenir ? Un des meilleurs conseils
que l’on puisse donner aux jeunes
mères est de trouver dans leur
entourage des modèles positifs
auxquels se référer. La grossesse
est un temps de préparation durant lequel les femmes observent
les autres mères : la leur bien sûr,
La grossesse est un
temps de préparation
durant lequel
les femmes observent
les autres mères.
mais aussi une tante, une sœur,
une amie, une collègue de travail…
Elles peuvent repérer dans leur entourage des mères ayant des qualités qui ont fait défaut à la leur :
un amour inconditionnel, une
confiance chaleureuse, une facilité
sociale, etc. Une fois ces modèles
identifiés, il est précieux de continuer à les côtoyer pour s’imprégner de leur manière d’être avec
un enfant et s’en approcher.
Ces questions se posent-elles
à chaque génération ?
N. B.-S. : Depuis une vingtaine
d’années, entre observation et
neurosciences, les connaissances
ont fait de grands progrès concer-
nant les compétences du nourrisson, son développement et les interactions que l’on peut avoir avec
lui. Leur popularisation a permis
d’« être mère autrement ». C’est
aussi ce qui explique certaines
difficultés entre mère et fille : les
femmes des générations précédentes tombent parfois très mal
quand elles donnent des conseils.
À leur époque, les mères devaient
régler leur bébé : il mangeait et
dormait à heure fixe, devait être
propre, etc. Cela a très bien fonctionné pour certains, mais a été
beaucoup plus difficile pour
d’autres. Aujourd’hui, on respecte
plus les différences individuelles,
les rythmes de l’enfant, sa sensibilité. D’ailleurs les mères peuvent
faire confiance à leur bébé : il exprime de mille manières ce dont
il a besoin, il guide sa mère. On dit
beaucoup aux femmes aujourd’hui
de revenir à leur instinct. Cela demande de renoncer à s’appuyer sur
l’extérieur et de revenir à soi.
Et pourtant, on n’a jamais lu
autant de livres de conseils,
de psychologie. On ne s’est
jamais autant cherchés
sur le plan éducatif…
N. B.-S. : Il existe une forme de
subordination à ce qui est dit dans
les livres, alors qu’un livre ne devrait être qu’un support, une inspiration pour composer sa propre
manière de faire. Aujourd’hui, les
pressions sont multiples : on appelle les mères à investir leur maternité, à passer du temps avec
leur bébé, à le porter et à être disponibles pour lui, pour créer un
lien et établir de bonnes bases. Et,
dans le même temps, la société
leur enjoint de reprendre au plus
vite le travail, de redevenir des
femmes actives, attractives et performantes. Les mères écopent finalement d’un immense défi sans
qu’on leur donne vraiment les
conditions de temps, de soutien
ou de guide pour l’accomplir.
Recueilli par Flore Thomasset
(1) http://www.brazelton.ch/
Pour trouver des clés et des
méthodes d’éducation différentes de celles de ses parents,
le courant de la « discipline
positive », très en vogue
aux États-Unis, est une des
pistes offertes aux parents.
En France, elle se développe
de plus en plus.
#AirduTemps. Les ados ne
jurent que par elles. Au collège,
les chaussures de sport sont du
dernier chic.
Bien dans leurs
baskets
Des adresses
Le site www.disciplinepositive.fr décrit cette « approche
qui encourage chez l’enfant
le développement de compétences sociales dans un esprit
de respect mutuel au sein des
familles, des écoles et des communautés ». Il propose des
conférences, formations et
ateliers aux parents et aux professeurs, fournissant « un ensemble d’outils et une méthode
ni permissive ni punitive ».
Le site www.filliozat-co.fr, du
nom de la psychothérapeute,
propose lui aussi des conférences, stages ou coach parental pour « répondre à des
questions quotidiennes et acquérir de nouveaux outils au
service d’une parentalité positive. Changer de regard sur
nos enfants et comprendre les
motivations de leurs comportements. »
Des livres
La Discipline
positive de
Jane Nelsen et
Béatrice Sabaté,
paru chez
Marabout
en 2014.
« J’ai tout essayé », d’Isabelle
Filliozat, publié chez Marabout
en 2013. Pour traverser la période de 1 à 5 ans, dans des
situations et avec des conseils
concrets.
La Psychologie positive avec les
enfants, d’Agnès Dutheil, publié chez Eyrolles, en 2015, propose aussi des mises en situation et des solutions concrètes,
notamment avec les adolescents.
Les ventes de chaussures de sport, favorisées par un marketing
puissant, se sont envolées de 12 % en 2015. Dimier/Altopress/Andia
I
l y a très longtemps, les chaussures de sport étaient faites
pour courir. Désormais, elles
s’exhibent à l’école ou en soirée, et
elles coûtent parfois plus cher que
des chaussures de ville.
Pour les plus jeunes, avoir de
belles baskets est le nec plus ultra. Quels sont les modèles en vogue ? Deux tribus cohabitent. D’un
côté, il y a les amateurs de « vintage », c’est-à-dire de rétro. « En ce
moment, tout le monde a des Stan
Smith. Moi, je n’aime pas trop », se
lamente Jean, 15 ans. Ces chaussures de cuir blanches, aux formes
arrondies, ont été lancées en 1964.
Jean opte pour un autre classique :
les Converse All Star, presque centenaires puisque nées en 1917.
De l’autre côté, il y a les amateurs
de baskets à semelles épaisses.
Dont fait partie Leïla, 14 ans. « Les
semelles très larges sont à la mode
pour les filles. C’est bien, car ça
grandit. » La jeune fille consacre
une bonne partie de son budget
aux baskets. « Je n’ai pas de jeans
de marque, explique-t-elle, mais
j’ai au moins 20 paires de chaussures, dont de nombreuses baskets
de marque. »
Sur ce créneau, les marques prospèrent, portées par un marketing
puissant. Les ventes de chaussures
de sport se sont même envolées de
12 % en 2015, à 2,7 milliards d’euros
de chiffre d’affaires, souligne NPD
Group. Les plus téméraires, ou les
plus jeunes, peuvent même se tourner vers des modèles à LED lumineuses, cachées dans la semelle et
rechargeables sur secteur. Virant
du bleu au rouge, en passant par le
vert, etc. elles ne passent pas inaperçues sur les pistes de danse.
Mais elles peuvent vite être critiquées. Les enfants, eux, fascinés
par les plus grands, restent demandeurs, au grand dam de leurs enseignants, qui voient les LED briller à
longueur de journée. Certains établissements les ont d’ailleurs interdites. Autre problème : certains
modèles, défectueux, ont commencé à s’enflammer !
À notre avis
Confortables et décontractées,
les chaussures de sport sont plébiscitées par les plus jeunes. Garçons
et filles sont souvent prêts à casser
leur tirelire pour s’offrir les modèles
les plus emblématiques ou s’arrangent pour se les faire offrir. Il faut
dire que l’affaire est sérieuse. « Sans
statut social encore bien défini, un
jeune homme ou une jeune femme
peut être plus sensible aux jugements que l’on porte sur lui », note
le sociologue Olivier Galland. Et les
moqueries sur le « look » font particulièrement mal à cet âge fragile.
Emmanuelle Lucas
La Croix -mercredi 4, jeudi 5 mai 2016
Parents&enfants
16
lien de famille
sélection
Jeu vidéo
Martin Esposito, réalisateur du
« Potager de mon grand-père »,
et petit-fils de Vincent Esposito.
« La transmission
s’est faite par
les semences »
Agatha Christie :
the ABC Murders
Les fans de la romancière britannique connaissent bien
cette enquête épineuse où
Hercule Poirot est confronté à
un tueur arrogant qui annonce
ses crimes à l’avance et les
signe d’un
guide ABC
des chemins
de fer. La
voici transposée dans
un jeu vidéo
prenant,
concocté
par un studio de création lyonnais. Plongé dans l’Angleterre
des années 1930, on interroge
des témoins récalcitrants, on
scrute chaque détail des décors, truffés d’indices, et on
se creuse les méninges pour
résoudre les énigmes en cascade. Que ceux qui connaissent déjà le meurtrier se rassurent, il existe deux fins
alternatives pour garantir
l’effet de surprise.
Dès 12 ans
Microïds, 39,99 € sur PS4 et
Xbox One, 24,99 € sur PC et Mac.
Cécile Jaurès
« Il ne faut pas oublier que nous devons tout à nos anciens »,
explique le réalisateur Martin Esposito. DR
«
J
’ai toujours été
très proche de mes
grands-parents. Pas
une journée ne passait sans que j’aille
manger chez eux. Depuis que je
suis tout petit, je me promène
dans leur potager, mais je n’avais
pas conscience de l’énergie qu’ils
dépensaient pour cultiver les légumes. Mon grand-père a rejoint,
avec sa famille, la Calabre, en
Italie, au moment de la Seconde
Guerre mondiale. Il est revenu
en France à 18 ans avant de faire
son service militaire à l’étranger.
À son retour, il a d’abord été cordonnier près d’Antibes. Mais il est
tombé malade à cause de la colle
qu’il utilisait pour réparer les
chaussures. Il s’est alors reconverti en vendant des olives, des
anchois et du vin. Il a toujours eu
un potager. Quand il était petit,
c’est son grand-père et sa mère
qui cultivaient des légumes. La
transmission intergénérationnelle s’est faite par les semences.
Il utilise encore aujourd’hui des
graines que lui ont données sa
mère et son grand-père.
Ma grand-mère était très présente à ses côtés, dans le potager
et dans la cuisine. L’année de sa
mort, mon grand-père pleurait
parfois tout seul dans le jardin.
Sa foi l’a aidé et il a continué à
cultiver des tomates pour faire
du coulis. Quand j’ai perdu ma
grand-mère, j’ai eu l’impression
de perdre une deuxième mère.
Sa disparition a été une claque.
J’ai compris que je devais réaliser
un film pour capturer l’amour de
mes grands-parents et le transmettre au public.
Ce documentaire sur le potager est un hommage à ma grandmère. Elle craignait toujours que
je ne mange pas à ma faim. Je
suis frustré car la promotion du
film m’empêche d’être auprès
de mon grand-père pour le commencement de la saison. J’ai l’impression qu’une course contre le
temps est engagée, c’est pourquoi
j’essaye de profiter au maximum
de lui. Il ne faut pas oublier que
nous devons tout à nos anciens.
Il y a actuellement une dévalorisation des valeurs familiales. On
se débarrasse de nos vieux en les
mettant dans des maisons de retraite. On oublie souvent de remercier sa famille. »
Recueilli par
Alban de Montigny
Martin Esposito est né en 1977. En 1993,
il s’envole vers Hawaï pour pratiquer
le windsurf. En 2013, après avoir filmé
en immersion durant dix-huit mois dans
une décharge à ciel ouvert, il sort Super
Trash. Son dernier film, Le Potager
de mon grand-père, est actuellement
en salle.
Livres
La vie de Jésus
Dans cet ouvrage, chaque
double-page recèle au moins
une animation qui permet
de s’approprier aisément le
contenu du texte, ou de découvrir de nouvelles images.
En effet, entrer dans la lecture
en manipulant des flaps, des
tirettes, un pop-up… c’est un
moyen agréable de découvrir
les grands épisodes de la vie de
Jésus et de retenir les fondamentaux de la foi chrétienne.
Dès 6 ans
De Sophie de Brisoult, ill. de Marie
Flusin, collection « Filotéo’Doc »,
Bayard Jeunesse, 2016, 12 pages
avec des pop-up, 13,90 €.
Évelyne Montigny
Marie par l’art
De l’Annonciation à la Pentecôte une initiation artistique à
travers 13 œuvres magistrales,
chacune accompagnée d’un
commentaire et d’un texte
biblique. Une approche originale et pédagogique par une
historienne de l’art réputée.
Un cadeau parfait pour une
profession de foi ou
une confirmation.
Dès 12 ans
Texte d’Éliane Gondinet-Wallstein,
Mame, 2016, 64 p., 13,90 €.
Évelyne Montigny
On en parle. Le psychanalyste
Alberto Eiguer entrouvre,
le temps d’un livre, la porte de la
maison de son enfance, et montre
avec tendresse comment
notre maison nous construit.
Ce que la maison
familiale nous donne
C
’est à une visite émouvante que nous invite Alberto Eiguer. Ce psychanalyste reconnu était l’auteur en
2004 d’un ouvrage sur L’Inconscient de la maison très remarqué
(Dunod). Il y expliquait comment
nos murs parlent de nous, comment nos objets racontent notre
histoire. « La maison est tout à la
fois le lieu de l’intimité et celui de
l’ouverture aux autres, expliquet-il aujourd’hui. On y trouve donc
des signes d’appartenance à une
lignée, des souvenirs, des traces
qui nous étayent, nous donnent la
force de nous ouvrir aux autres. »
Il prolonge aujourd’hui la réflexion sur un terrain plus personnel. Dans un récit situé à michemin entre l’autobiographie
et le récit analytique, il pousse
pour nous la porte de la maison
dans laquelle il a grandi à Buenos Aires. Porté par une belle
L’auteur décrypte
comme personne
les ruses déployées
par les habitants
de la maison pour
aménager les « lieux
qui séparent ou
qui rapprochent ».
écriture, le texte fait des allersretours incessants entre hier
et aujourd’hui. L’auteur avance
comme un funambule sur le fil
du temps. L’analyste relit son enfance avec son regard actuel, se
souvient des odeurs et des bruits
d’alors, trouve des couloirs dérobés et des échos qui mènent à sa
vie d’aujourd’hui. Au détour de
la visite, les souvenirs jaillissent,
les habitants revivent, formant le
portrait touchant d’une famille
chaleureuse et tendre. Par petites
touches, l’auteur crée une atmosphère qui évoque le cinéma italien, d’Ettore Scola en particulier.
L’auteur propose aussi en creux
– c’est d’ailleurs le sous-titre de
l’ouvrage – « une psychanalyse de
l’intimité ». Il emprunte les couloirs en clair-obscur de la mémoire familiale, décrypte comme
personne les ruses déployées par
les habitants de la maison pour
aménager les « lieux qui séparent ou qui rapprochent » : certains couloirs deviennent des Rubicon infranchissables, tandis que
d’autres, d’abord tortueux, débouchent sur une pièce lumineuse.
Dans ce théâtre de la vie,
chaque pièce joue son rôle. L’auteur dédie un chapitre à chacune d’entre elles. Au centre, la
cuisine, lieu de toutes les transformations : celle des produits
en plats, celle aussi des émotions. Alberto Eiguer raconte
cette pièce tenue par sa mère
et sa tante. Leurs spécialités : la
soupe aux choux et le vin. Il raconte surtout comment, dans ce
lieu de toutes les discussions, à
la fois ouvert à tous les vents et
intime, les décisions sont prises :
on y entre avec une préoccupation, on en sort apaisé.
Mais il y a aussi le salon, où les
parents reçoivent et qui ouvre
l’enfant au monde, ou les couloirs, escaliers et corridors, et
tous les usages détournés qui
en sont faits. Il y a enfin les volets, qui parlent si bien : ouverts
ils accueillent, clos ils protègent,
ouverts à demi ils permettent de
voir sans être vu, etc.
Dans ce récit très humain, Alberto Eiguer fait émerger des vérités qui touchent chaque lecteur,
même si, ni tout à fait roman, ni
tout à fait traité de psychanalyse,
il peut dérouter.
Emmanuelle Lucas
(1) Une
maison
natale.
Psychanalyse
de l’intimité,
d’Alberto
Eiguer,
Éditions
Dunod,
2016,
156 p.,
13,90 €.
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