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cindy jedusor

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DANIEL83000
CINDY JEDUSOR
Publié sur Scribay le 04/05/2016
CINDY JEDUSOR
À propos de l'auteur
Ok, j'ai 53 ans, avocat, donc un vieux sérieux (ou vieux con, comme vous voulez).
Mais n'ayant jamais aimé le monde des adultes, malgré un métier qui se veut
honorable, je tiens à rester l'enfant rêveur que j'étais, à ne pas me prendre au
sérieux (certains juges le déplorent, pas mes clients...), et à aimer le monde des
rêves et de la fantasy.
Pour ceux qui me trouveront bizarre ou un brin attardé, je rappellerai que J.K.
Rowling a mon age, à 2 ans près, et OUI, j'ADORE HARRY POTTER !!!! Depuis le tout
début, alors que personne ne le connaissait ! Et j'ai passé le virus à mes deux filles
de 12 ans. Les weekend, c'est duel de baguettes magiques, écriture de fanfictions,
rires et amusement (bon un peu le travail scolaire aussi pour mes filles, les bons
résultats, j'y tiens, je ne suis pas Dumbledore pour rien !).
Et comme dit ma femme: "Je n'ai pas deux enfants, j'en ai trois !"
Bien cordialement à tous.
Daniel
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
CINDY JEDUSOR
Table des matières
CINDY JEDUSOR
Message de Cindy Jedusor
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
3
CINDY JEDUSOR
CINDY JEDUSOR
La Bataille de Poudlard est terminée… mais ne croyez pas que les Mangemorts ont
cessé le combat !Car Lord Voldemort a laissé au monde un cadeau empoisonné et
c’est maintenant en France que la guerre se poursuit !
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CINDY JEDUSOR
Message de Cindy Jedusor
BONJOUR.
VOUS NE ME CONNAISSEZ PAS?
POURTANT, MON PÈRE PORTE UN NOM QUI VOUS A TOUS FAIT TREMBLER...
JE M'APPELLE CINDY JEDUSOR...
JE SUIS LA FILLE DE TOM ELVIS JEDUSOR, QUE VOUS CONNAISSEZ TOUS SOUS
LE NOM DE LORD VOLDEMORT.
JE VIENS POUR VENGER MON PÈRE...!
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CINDY JEDUSOR
Prologue
Collobrières, le 23 juillet 1998
Au
cœur
du
Massif
Maures,
le
petit
village
dequi,
Collobrières
croulait
sous
la
chaleur
de
lades
nuit
etrafales,
la plupart
des
habitants
y cherchaient
péniblement
le
sommeil,
le corps
perlé
de
sueur.
Même
le
Mistral
pendant
deux
jours,
avait
balayé
laestivale
région
fraîches
s’accordait
un répit,
ce
qui rendait
l’atmosphère
environnante
desde
plus
suffocantes.
Sur la Place de la Mairie, une jeune femme s’assit sur un banc, tenant dans ses bras
ce qui semblait être un gros baluchon qu’elle berçait délicatement en fredonnant une
comptine. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil furtif vers la petite rue déserte
qui contournait la Place, s’attendant à apercevoir quelqu’un qui passerait par là. Le
silence, total, était presque inquiétant et était alourdi par un ciel sans étoile qui
plongeait le village dans d’épaisses ténèbres. Essayant de contrôler un sentiment
d’angoisse qui montait en elle, Éléonore de La Chapelle, jeune sorcière issue d’une
vieille lignée de « sang pur », focalisa alors son regard vers le petit corps endormi,
blotti contre sa poitrine, en le gratifiant de petits sourires maternels.
— Bien le bonsoir, Éléonore. Je ne suis pas trop en retard ?
La jeune femme tressaillit au son de la voix. Devant elle avait surgi un homme âgé de
gracieuse apparence, dont les traits du visage, cependant, trahissaient une certaine
lassitude. Éléonore le contempla quelques secondes, s’attardant sur ses boucles
poivre et sel qui retombaient sur son front, et sur ses yeux plissés qui fixaient
l’enfant avec, elle en était persuadée, une certaine admiration.
— Quel merveilleux petit être, murmura-t-il. Je suis persuadé, comme nous tous,
qu’un grand destin l’attend. Plus grand encore que ne l’a été celui de son père.
Éléonore ébaucha un sourire en regardant l’enfant qui dormait toujours enserrant
ses petits poings, le sommeil accompagné d’une respiration lente et régulière. Un
grand destin, sûrement… ! Fatalement ! Mais bon sang que son père me manque !
Le vieil homme retira son chapeau haut-de-forme, révélant une chevelure ondulée,
presque argentée et se pencha vers la jeune femme pour l’honorer d’un baisemain.
— Suis-je stupide, dit-il, je ne me suis même pas présenté. Godefroy Lenoir. J’ai été
désigné par la Commanderie pour l’emmener en lieu sûr. Au fait, quel est son nom ?
Éléonore mit sa main dans la sienne. Lorsque le vieillard se redressa, elle le regarda
intensément :
— Cindy, dit-elle. Cindy Jedusor.
Le silence se répandit sur la petite place de Collobrières, comme figée à l’écoute de
ce nom. Un silence estimable à celui des cimetières où les Moldus, plongés dans la
dévotion, se recueillent en souvenir du défunt. L’ombre du Seigneur des Ténèbres
planait tout autour du village et des larmes d’amour et de chagrin ruisselèrent sur le
visage de la jeune sorcière.
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CINDY JEDUSOR
Tom était décédé pendant la Bataille de Poudlard, assassiné par Harry Potter, alors
qu’il n’était plus qu’à deux doigts de mettre fin au dernier bastion de la résistance.
Voldemort était mort.
Mais le Seigneur des Ténèbres n’avait pas complètement disparu. Son sang coulait
désormais dans les veines de sa fille, Cindy. Tous les espoirs reposeraient désormais
sur elle.
Les yeux humides, Éléonore se leva et se teint debout face à Lenoir, serrant toujours
sur son cœur l’enfant qu’elle couvrait de baisers.
Le vieil homme tendit les bras vers elle, le regard mais la mine sévère :
— L’heure n’est malheureusement plus aux regrets, ni même à l’hésitation, ma chère
Éléonore. Ni vous, ni moi, ni personne, ne pouvons plus faire marche arrière. Je peux
cependant vous garantir qu’elle grandira dans le souvenir de son père et dans
l’objectif de notre revanche. Vous savez très bien que l’Autorité Magique de France
vous recherche, et en étroite collaboration avec les Aurors de Londres, ses agents
finiront par vous retrouver et vous arrêter. Votre sacrifice n’en est pas un ! Si vous
devez finir à Maribor, vous vous sentirez mieux en sachant Cindy avec nous, que
placée dans une de ces familles traîtresses à leur sang, ou pire, dans une famille de
Moldus ! Donnez-moi l’enfant, Éléonore !
Paupières closes, la jeune femme lui tendit Cindy de ses mains tremblantes. La
saisissant, Lenoir la pressa contre sa poitrine et, sans un mot, pivota sur lui-même. Il
avait transplané.
Seule, Éléonore demeura immobile quelques secondes, le regard plongé dans le vide.
Puis, écrasée par la douleur, elle s’éloigna lentement de la Place.
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 1
Le Ministre de la Magie
PARIS, 24 Juillet 1998
— Ainsi, ce sont bien les Chevaliers de l’Ordre du Temple qui ont récupéré l’enfant
du Seigneur des Ténèbres…
— Je le confirme, Monsieur le Ministre, annonça Michel Landernau en s’avançant sur
sa chaise.
Assis dans son fauteuil en cuir de dragon, le Ministre de la Magie posa lentement ses
mains sur le bureau en bois de chêne. Les traits tirés de son visage dénotaient une
grande fatigue. En remarquant les cernes sous ses yeux, Landernau supposa qu’il
avait dû passer la nuit sans dormir. Ses yeux las oscillaient constamment, comme s’il
suivait un match de quiditch, avant de se fixer subitement sur le cadre posé devant
lui. La photographie de Dumbledore.
L’ancien directeur de Poudlard lui souriait et lui lançait des clins d’oeil complices.
Dumbledore… son vieil ami dont il ne s’était jamais totalement remis de la
disparition. Dumbledore… qui faisait toujours l’effort de lui parler en français, avec
cet accent anglais plein de charme.
De l’autre côté du bureau, deux hommes, qui revenaient de Collobrières, restaient
silencieux. Michel Landernau était un fringant jeune homme qui avait rejoint la
Marsouinerie, les services secrets français du monde magique, depuis seulement 3
ans, à sa sortie de l’Académie de Magie de Beauxbâtons. Ambitieux, il avait toujours
eu la certitude qu’il appartiendrait à l’élite des services de sécurité, et le jour où il
avait réussi toutes ses épreuves pour devenir Marsouin resterait sans nul doute le
plus beau de sa vie.
À ses côtés, son supérieur, Laurent Frisquet, était un homme mature, en poste
depuis plus de vingt ans. Son efficacité lui avait permis de gravir un à un les
échelons et de prendre la direction nationale de la Marsouinerie. Son flegme et son
sang-froid en toutes occasions lui avaient valu l’admiration de ses hommes, mais
aussi celle de sa hiérarchie.
Depuis maintenant deux heures qu’ils avaient rejoint le Ministère via le réseau de
cheminées, les deux Marsouins venaient de faire un rapport complet au Ministre.
Cela concernait bien le Chevalier Godefroy Lenoir, Templier de la Commanderie de
Toulon. La famille Lenoir appartenait à l’Ordre du Temple depuis quasiment sa
création, et même après la disparition officielle des Templiers, « oeuvre » du roi
Moldu Philippe le Bel, elle avait maintenu dans l’ombre, et plus exactement dans le
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CINDY JEDUSOR
monde magique, l’existence de l’Ordre. Ainsi ce dernier avait-il pu poursuivre toutes
les missions qu’il s’était données, il y a près de mille ans.
— Apparemment, l’Ordre a mal tourné, déclara le Ministre. Ses membres se sont
ralliés au Seigneur des Ténèbres du temps de sa splendeur.
— Certains de ses membres, Monsieur le Ministre, répondit Frisquet. Pas tous.
Malheureusement, Godefroy Lenoir semble être de ceux qui ont choisi le mauvais
camp.
Le Ministre jeta un rapide coup d’oeil à son horloge murale et constata que le
carillon allait bientôt sonner les six heures du matin.
Délicatement, il sortit sa baguette magique de sous sa redingote et, d’un tour de
poignet, remplit de café la petite tasse posée sur son bureau. Puis, après quelques
minutes de silence, il déclara :
— Messieurs, je vais prendre contact avec mon homologue de Londres dès ce matin.
Peut-être même devrais-je me rendre en Angleterre dans la journée. En attendant,
une fois reposés, je vous conseille de vous rendre sans tarder à Toulon. Je pense que
c’est là-bas que les choses vont se jouer. Prenez garde en quittant le Ministère, vous
savez que nous nous situons juste sous la Tour Eiffel. Les Moldus, ici, sont encore
tout auréolés de la victoire en Coupe du Monde de leur équipe nationale de Football.
Ils embrassent n’importe qui dans les rues, en criant « Et un… et deux… et trois
zéros ! ». Si l’un d’eux vous accoste, restez calmes, il ne s’agit en rien d’une
agression, mais d’une manifestation spontanée de bonheur… un élan de joie, si vous
préférez… bien que la Coupe du Monde soit finie depuis plus de dix jours… Pauvres
Moldus français, rajouta le Ministre en baissant la voix tout en affichant un grand
sourire. S’ils savaient que nous avons aidé leur équipe à gagner chacun de leur
match… ! Et que leur capitaine, Didier Deschamps, est un des nôtres… ! Dommage
que celui-ci n’ait pas préféré le Quidditch à leur jeu de ballon stupide, car il était
plutôt doué… ! Il faut dire que les parents de Deschamps n’étaient pas sorciers, ils
n’ont appris que leur fils l’était que lorsqu’ils ont reçu la lettre d’admission à
Beauxbâtons. Mais avant son entrée à l’Académie, il s’était déjà passionné pour le
foot. Il n’y avait plus rien à faire. Même à Beauxbâtons, il avait essayé d’apprendre à
ses camarades comment y jouer… sans grand succès, la plupart ne voyait pas
l’intérêt de courir derrière une balle pour frapper dedans avec les pieds. Donc, à la
fin de ses études, il est retourné dans le monde des Moldus, pour réaliser son rêve
d’enfant. Gagner pour son pays la Coupe du Monde de football… quel gâchis ! Enfin,
mes amis… Vive la France !
Comme pour s’excuser de vouloir changer de sujet, Frisquet toussota avant de
demander :
— Monsieur le Ministre, qui devons-nous contacter à Toulon ?
9
CINDY JEDUSOR
— Sur la Rade, cette statue qui pointe son doigt vers l’horizon. C’est le « Génie de la
Navigation », que les Toulonnais appellent plus couramment le « Cuverville », je vous
laisse deviner pourquoi. Sur le même principe que la voie 9¾ à Londres pour
prendre le Poudlard Express… quoi ? Vous ne connaissez pas le Poudlard Express ?
Bon, laissez tomber. Sur le côté droit de la statue, après avoir enjambé la barrière
qui l’entoure, vous vous jetterez tête la première contre le piédestal, et vous vous
retrouverez sur la « Chaussée des Radieux », que les Moldus ne peuvent pas voir et à
laquelle ils ne peuvent pas accéder. Arrivés là, sur votre droite, vous apercevrez une
boutique de ventes d’accessoires de Quidditch : « La plume au… »…« La plume au
vent », je crois… Vous demanderez Marius, le patron. Il vous indiquera quoi faire.
Vous le reconnaîtrez, il ressemble à un acteur moldu du début du siècle, Raimu…
Que vous ne connaissez pas non plus, j’imagine ?
Les deux Marsouins secouèrent la tête, avouant leur ignorance. Le Ministre esquissa
un sourire :
— Allons messieurs ! Allez dormir et ensuite à vos balais !
Quelques heures plus tard, Edmond La Tanière, Ministre français de la Magie depuis
30 ans, venait de se réveiller. Il avait décidé de dormir un moment, après le départ
des deux Marsouins, dans le petit séjour qui jouxtait son bureau. Avant de prendre
contact avec le Ministère de Londres, il se demandait s’il ne valait pas mieux, avant
toutes choses, aller rendre visite au Président moldu, Jacques Chirac, l’une des rares
personnes à connaître l’existence du monde de la sorcellerie. Il fallait absolument le
mettre au courant des risques de répercussions que les futurs événements pouvaient
engendrer dans son monde. Au fait, combien étaient-ils en France à connaître ce
monde magique ? Tous les anciens présidents : Valéry Giscard d’Estaing… François
Mitterrand, décédé début 1996… et maintenant Chirac. En les passant en revue dans
son esprit, La Tanière eut soudain une pensée pour le Général de Gaule, déjà à
l’Élysée lorsqu’il devint Ministre de la Magie… en plein mai 1968. De Gaule était
parfaitement au courant. Au courant de tout… Si de nouvelles répercussions du
monde magique devaient avoir lieu, ce ne serait plus de simples barricades qu’on
verrait se dresser dans tout le France… ce serait le chaos… ! Oui, il fallait prévenir
Chirac, sans tarder !
À son bureau de l’Élysée, le Président Chirac lisait le dernier rapport sur le chômage.
Certes, le moral des Français était à la hausse depuis cette fameuse finale de la
Coupe du Monde de football ; il pouvait en remercier Deschamps, Zidane, et même
Aimé Jacquet, l’entraîneur. Mais au fond de lui, il savait que c’était l’arbre qui
cachait la forêt. Les chiffres n’étaient pas bons. Peu importait comment on les
présentait au public, les chiffres demeuraient des chiffres, et malgré ses promesses
électorales, le chômage restait sa bête noire. Mais au fond, qui, de ses
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CINDY JEDUSOR
prédécesseurs, avait vraiment réussi à l’endiguer ?
Tournant le visage vers l’immense cheminée qui ornait son bureau, le Président
réalisa qu’elle n’avait jamais été utilisée. En tout cas pas pour y faire du feu. Elle se
dressait là, gigantesque élément de décoration, elle aussi au chômage, à cause du
chauffage électrique, plus onéreux, certes, mais plus pratique. Chirac se mit à
envisager que ce serait un bel exemple que de s’en servir. Sans doute un bon moyen
de montrer aux Français que, lui aussi, pouvait faire des économies. Au lieu de
demander aux contribuables de payer la facture d’électricité de l’Élysée, il leur
montrerait qu’il se chauffait avec du feu de bois. Mais en plein mois de juillet, ce
n’était peut-être pas le meilleur moment pour y songer.
— Cette cheminée est vraiment d’une beauté rarissime, murmura-t-il.
Mais Edmond La Tanière ne se posa ce genre de question lorsqu’il y apparut
soudainement, accroupi au milieu d’une épaisse fumée verdâtre qui, accompagnant
une énorme détonation, se répandit dans toute la pièce. Se redressant avec difficulté,
il toussota avant de se tourner vers le Président Chirac, demeuré impassible.
— Monsieur le Président, mes respects, lui dit le Ministre de la Magie en lui serrant
la main. Restez assis, je vous en prie.
— Dans ce cas, mon cher La Tanière, prenez la peine de vous asseoir, lui répondit
Chirac avec un certain amusement. Que me vaut l’honneur de cette visite
impromptue ? Heureusement quand même que vous m’avez fait prévenir de votre
venue par votre… agent… si je peux le désigner ainsi. J’ai pu demander, dans
l’urgence, à tout mon personnel de ne pas me déranger, utilisant un prétexte
quelconque. Car d’habitude, nos rendez-vous ont lieu tard dans la nuit, à l’abri des
regards. Et jamais à l’improviste ! Mis à part il y a trois ans, où vous êtes venu vous
présenter, me faisant la peur de ma vie, ce n’est jamais pour m’annoncer de bonnes
nouvelles que vous venez. Cette demande d’audience inopinée me laisse envisager le
pire. Je me trompe ?
— Hélas non, Monsieur le Président. Cette fois-ci, je crains que ce ne soit encore plus
grave.
Chirac regarda fixement La Tanière dans les yeux, l’invitant à parler d’un geste de la
main.
— Je vous écoute, Monsieur La Tanière. Inutile de débrancher microphones et
caméras, je suppose. Un sortilège de… Je-ne-sais-quoi s’en charge… ?
— Absolument. Monsieur Chirac, il risque de se passer prochainement des
événements tragiques dans notre monde. J’ai besoin de toute votre concentration.
— Vous l’avez, La Tanière, répondit Chirac, visiblement agacé. Comme l’ont tous
ceux qui me demandent audience !
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CINDY JEDUSOR
— Sans doute connaissez-vous l’histoire de l’Ordre du Temple ?
Le président réfléchit :
— Oui, du moins ce qu’en racontent nos historiens. J’ai aussi eu vent des rumeurs les
plus folles, la plupart sans fondement. Régulièrement, j’entends parler de sa
résurgence, ici ou là. Mes services secrets surveillent même certaines organisations
pseudo-templières, que nous considérons comme des sectes plus ou moins
dangereuses. Mais je dois avouer que mes seules connaissances historiques sont
celles que j’ai acquises au cours de ma scolarité.
— Eh bien, il vaut mieux oublier le peu que vous en savez. Vous vous souvenez, n’estce pas, de ce mage noir dont je vous ai maintes fois parlé, tué il y a quelques mois
pendant la bataille de Poudlard ?
Chirac fronça les sourcils :
— Oui… Heu… Lord Vo…Vol…
— Nous nous contenterons de l’appeler le Seigneur des Ténèbres, Monsieur le
Président. Son nom, bien qu’il soit disparu, fait encore trembler la plupart des
sorciers. De son vivant, il n’a pas hésité à assassiner quiconque osait se mettre en
travers de son chemin. Même des Moldus… pardon… des personnes dépourvues de
pouvoirs magiques, ont trouvé la mort de son fait. Londres a connu pendant des
années des catastrophes dites naturelles, dont le premier ministre britannique, qui
connaît aussi l’existence de notre monde, a tenté de dissimuler l’origine. Mais ces
catastrophes étaient bien provoquées, intentionnellement, par les partisans du
Seigneur des Ténèbres, voire par lui-même.
— Mais maintenant qu’il est mort ?
— Ce mage noir avait des partisans français. Dont une femme issue d’une vieille
famille de sorciers, que d’ailleurs vous connaissez, mais seulement pour son origine
aristocratique. La famille de La Chapelle.
Chirac se redressa sur son fauteuil :
— Les de La Chapelle ? Des sorciers ? Vous plaisantez ?
— Bien sûr que non, Monsieur le Président. Éléonore de La Chapelle était sa
maîtresse. Du moins c’est ce qu’on a cru comprendre. Elle était enceinte lorsque le
Seigneur des Ténèbres a été tué. Et un enfant est issu de ce couple. C’est une fille :
Cindy Jedusor.
— Excusez-moi, La Tanière, mais je ne vois toujours pas le rapport avec vos
templiers.
— Officiellement défenseurs de la foi et protecteurs des pèlerins dans ce qui est
devenu, chez vous, le Proche-Orient, les chevaliers du Temple, du moins ceux qui
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CINDY JEDUSOR
étaient haut placés dans leur hiérarchie, étaient des sorciers. Je n’ai
malheureusement pas le temps de vous raconter toute l’histoire. Mais sachez que
Philippe le Bel les a bien persécutés du fait de leur appartenance à notre monde.
Tout comme les présidents d’aujourd’hui, les rois de l’époque étaient dans le secret.
Mais le roi Philippe, en accord avec le pape Clément, avait décidé de supprimer
l’Ordre du Temple, pour des raisons que vous ne pouvez même pas imaginer. La
vérité dépasse de loin en effarement toutes ces hypothèses dont vos théoriciens du
complot se sont fait une spécialité. Toujours est-il que l’Ordre du Temple a bien sûr
survécu. Comment des Moldus… Heu… des personnes non magiques, auraient pu
éliminer des sorciers ? Des vrais sorciers, je parle, pas de celles et de ceux qui ont
été brûlés sur vos bûchers pendant l’Inquisition ! Toujours est-il que l’Ordre actuel a
vu apparaître, dans ses rangs, des adeptes de la théorie de la supériorité de ceux
qu’ils appellent les « sang-pur ».
Le président frissonna. Cela lui rappela trop son enfance et la présence de soldats
allemands sur le territoire de France. Ainsi, même chez les sorciers cette théorie
absurde de la supériorité de la race existait.
La Tanière continua, malgré le trouble qu’il avait observé sur le visage de Jacques
Chirac :
— Ces partisans ont voué un culte au Seigneur des Ténèbres, ils en ont fait ce que
vous appelleriez un martyre. Je sais de source certaine qu’ils détiennent la petite
Cindy Jedusor, en accord avec la mère, dans l’optique, tôt ou tard, de reprendre le
combat pour ce qu’ils croient être une juste cause.
— Bien. Et à quoi, nous, « Moldus », comme vous dites si bien, devons-nous nous
attendre ?
— Les partisans de la prédominance des « sang pur », Monsieur le Président, ne se
contentent pas d’exiger leur suprématie dans le monde magique. Ils veulent pouvoir
aussi s’emparer du monde des Moldus, et le soumettre. Pour eux, vous n’êtes pas des
êtres humains. Ils vous placent à peine plus haut que les animaux. Et encore… çà
dépend lesquels ! Et La Bataille de Poudlard, pendant laquelle le Seigneur des
Ténèbres est décédé, est encore trop présente dans les esprits, même si nous,
français, nous nous sommes contentés de suivre les événements de loin. Cependant,
nous étions directement concernés. Il y avait un certain nombre de nos ressortissants
parmi les Mangemorts, c’est-à-dire les partisans de… Voldemort, dont un gros
pourcentage de Chevaliers du Temple. Leur extradition de la prison d’Azkaban vers
celle de Maribor, à Marseille, n’est pas chose aisée. Londres s’y oppose pour le
moment, ce qui risque de créer un incident diplomatique. Briser la branche
française, encore opérationnelle, facilitera les pourparlers. Le Seigneur des Ténèbres
avait sans doute imaginé se replier en France au cas où son plan échouerait. Mais je
crois sincèrement qu’il n’avait pas prévu de mourir… En bref, je suis venu vous
13
CINDY JEDUSOR
avertir, dans le cas où nous n’arriverions pas à les neutraliser rapidement, d’une
forte probabilité d’une guerre prochaine dans notre monde, et qui risque de
déboucher dans le vôtre. Donnez-moi simplement la permission d’intervenir sur tout
le territoire français, quels que soient les événements à venir, et faites-moi la
promesse de déclarer à votre peuple uniquement les informations, certes falsifiées,
que je vous donnerai. Tout ceci, bien sûr, dans l’intérêt de tous. Le secret de notre
existence sera sauvegardé, et nous assurerons votre protection, tout en préservant
les vôtres de révélations qui pourraient les conduire à la folie.
Jacques Chirac semblait abattu. Mais une chose était sûre : il ne serait pas le
Président de la fin du monde ! Malgré les critiques de l’opposition et des médias, on
ne pouvait pas lui enlever une chose : l’amour pour son pays ! Lentement, il se leva,
les poings fermés sur son bureau. Regardant La Tanière avec une expression des
plus graves, il lui lança :
— Cette permission, même si je sais que, le cas échéant, vous vous en passerez, et
cette promesse, vous les avez !
14
CINDY JEDUSOR
Chapitre 2
Toulon, version sorcier
Toulon, 26 Juillet 1998
Noire
denuées
monde
de
bon matin,
la de
Rade
Toulon
était
comme
chaque
été,
par
des
de
touristes
en regards
mal
soleil
et
dede
bain
de
mer.
desne
coudes
pour
avancer
au
milieu
d’une
foule
dense
etde
imposante,
Frisquet
et
Landernau,
malgré
leurs
espoirs
de
passer
inaperçus
dans
l’anonymat
deenvahie,
cette
cohue,
pouvaient
cependant
pas
empêcher
des
intrigués
se
poser
surJouant
eux.
— Michel, chuchota Frisquet, je t’avais dit de ne pas mettre de cape avec des
chaussettes orange et un bermuda à fleurs.
Landernau se mit à crier :
— Non mais, tu t’es vu, toi, torse nu avec une cravate ? Sans parler de ta minijupe !
Ce n’est pas pour les femmes, çà ?
— Tais-toi, tu vas nous faire remarquer !
— C’est déjà fait ! Dès que nous sommes sur la Chaussée des Radieux, je me
change !
— Attend d’abord d’y arriver !
— Bon, elle est où, cette statue ? On nous a bien dit qu’elle était au milieu du quai
Cronstadt ?
Frisquet allait répondre lorsqu’un homme, apparemment ivre, le bouscula. Surpris, il
allait présenter ses excuses, quand l’homme hurla en le désignant du doigt :
— Toi, ma poule, tu cèdes le passage quand tu vois passer un vieux matelot !
Le regardant s’éloigner, Landernau demanda :
— Tu crois qu’ils connaissent le whisky Pur Feu, les Moldus ?
La statue du Génie de la Navigation (ou « Cuverville »), coulée dans du bronze,
pointait son doigt vers l’horizon depuis plus de 150 ans. Bien qu’endommagée
pendant la guerre, sa restauration ne laissait rien entrevoir des dégâts qu’elle avait
subis pendant les bombardements. C’était en tout cas ce que les deux Marsouins
avaient pu en conclure en écoutant discrètement un groupe de touristes entourant le
monument.
Inquiet, Landernau remarqua :
— Trop de monde. Les Moldus vont nous voir. On revient cette nuit ?
— Michel, répondit Frisquet, je te rappelle que les Moldus ne peuvent pas voir ce
qu’ils ne sont pas capables de comprendre. Pour eux, traverser un mur ou autre
chose de solide relève de la fantaisie, ou bien d’un trucage quelconque, ou encore
15
CINDY JEDUSOR
d’une illusion d’optique. Enjambons la grille, et plongeons tête en avant sur le basrelief droit.
Prenant leur élan malgré la présence de nombreux estivants, les deux hommes
franchirent la barrière grillagée pour se retrouver au pied du socle de la statue. Le
bas-relief de droite se dressait devant eux.
— Allons-y, dit Frisquet en se précipitant en direction des personnages sculptés du
piédestal.
Perplexe, Landernau le vit deux secondes plus tard disparaître à l’intérieur du socle
de la statue. Avalant sa salive, il restait cependant indécis quant à la conduite à tenir,
malgré l’assurance de son supérieur. Il resta figé quelques secondes, n’osant pas
regarder autour de lui. La crainte d’être observé par des Moldus semblait le
paralyser.
Mais rester ainsi de marbre, près du Cuverville dont il était interdit de franchir le
grillage de protection, risquait également d’attirer l’attention. Il fallait se décider. Et
vite.
Respirant profondément, il se jeta à son tour sur le bas-relief, persuadé de s’y
fracturer le crâne. Mais, à son grand soulagement, il le traversa sans difficultés,
comme si la statue s’était soudainement liquéfiée à son contact.
Frisquet avait sûrement raison : les Moldus ne peuvent pas voir ce qu’ils ne peuvent
pas comprendre.
Rien ne semblait avoir troublé la quiétude des passants autour de la statue. On y
continuait à marcher, à rire et à manger des glaces et Landernau aurait été soulagé
de constater que personne n’avait remarqué la disparition des deux Marsouins.
Sauf, peut-être, deux yeux intensément fixés sur le Cuverville quelques mètres plus
loin…
La Chaussée des Radieux, véritable boulevard s’étendant sur plusieurs kilomètres,
exposait sur toute sa longueur différentes sortes de boutiques, tavernes, auberges et
échoppes spécialisées. Loin de l’ambiance flegmatique du Chemin de Traverse, une
atmosphère agitée la parcourait. Clients et commerçants négociaient à haute voix
devant les vitrines, pendant que d’autres marchands apostrophaient les passants en
ventant leurs articles et en les incitant à visiter leurs boutiques. À une de ses
extrémités, la Chaussée était délimitée par un énorme mur de briques rouges, à
travers duquel surgirent Frisquet et Landernau.
— « La Plume au Vent », c’est juste là, dit Frisquet en désignant du menton un
magasin sur sa droite.
— Attend, je me change, tempêta Landernau.
16
CINDY JEDUSOR
Frisquet le prit par le bras :
— Tu te changeras à l’intérieur, viens !
Parmi les plus importantes boutiques de Quidditch de la Chaussée des Radieux, La
Plume au Vent dévoilait derrière ses vitrines les plus récents et plus performants
balais volants. Outre le Nimbus 2000 et l’Éclair-de-Feu, que des enfants scrutaient
avec envie en exprimant bruyamment leurs connaissances techniques, un prototype
du dernier modèle de la société Herzmann, l’Ouragan-Céleste, était exposé au-dessus
d’un panneau affichant en gros caractères :
« EN VENTE BIENTÔT »
Landernau s’approcha de la devanture :
— Je hais le Quidditch, dit-il. À Beauxbâtons, je m’endormais à chaque match dans
les tribunes. Mais bon, rentrons. Même ici, on rigole de nos habits.
Frisquet pénétra le premier à l’intérieur du magasin. Il le regretta rapidement
lorsqu’un Cognard le percuta au visage, lui arrachant un cri de douleur.
— Par la barbe de Merlin, hurla-t-il, c’est ainsi qu’on accueille les clients ici ?
Soudain, un petit homme rondouillard se précipita sur lui, visiblement paniqué.
— Je… Je suis désolé, Monsieur, haleta-t-il. On vient juste de me livrer une
commande de Cognards, et celui-ci m’a échappé en voulant le ranger dans les
rayons.
Landernau cria à son tour :
— Attention, il revient !
Les trois hommes se jetèrent au sol, Frisquet se faisant à nouveau percuter au visage
par un coup de coude involontaire du petit homme.
Au bout de quelques secondes, Landernau tenta de se redresser, mais un sifflement
aigu qui se rapprochait dangereusement l’en dissuada.
— Bon, on va passer la journée à plat ventre ? cria-t-il.
— Du calme, Messieurs, annonça posément la voix grave d’un homme qui,
discrètement, venait de pénétrer dans la boutique.
Les trois sorciers levèrent la tête dans sa direction et aperçurent un individu bâti
comme un géant qui tenait dans sa main le Cognard indomptable.
— Je l’ai attrapé, dit-il en le leur montrant.
Le petit homme se leva le premier, enthousiaste :
17
CINDY JEDUSOR
— Merci beaucoup, Monsieur le Marquis, déclara-t-il en se précipitant vers lui. Je ne
sais pas ce que c’est, cette nouvelle génération de Cognards, mais il est à craindre de
graves blessures dans les compétitions à venir.
Le Marquis sourit :
— Sans doute, mon cher Marius, dit-il en lui tendant le Cognard apparemment
maîtrisé. La passion grandissante du public pour les matches de Quidditch exige
certainement plus de violence dans ce sport… Par Merlin, quelle époque vivonsnous !
Puis se tournant vers les deux Marsouins :
— Mais s’il n’y avait que cela… rajouta-t-il. N’est-ce pas, commandant Frisquet ?
Frisquet se dirigea à son tour vers celui qu’il avait envie de surnommer le « Troll » :
— Nous nous connaissons ? lui demanda-t-il.
— Moi, je vous connais, lui répondit le Marquis. Frisquet et Landerneau… Je vous ai
suivis sur la Rade, et je vous ai observés traverser le Cuverville pour vous rendre ici.
Le Ministre ne vous a pas tout expliqué. C’est avec moi que vous avez rendez-vous.
Marius nous prête gentiment son arrière-boutique pour pouvoir discuter dans le plus
grand secret, mais restera à l’écart de la conversation. Sécurité oblige !
— Certainement, Monsieur le Marquis, s’exclama Marius.
Après avoir remis leurs uniformes bleu et blanc de Marsouins, Frisquet et Landernau
rejoignirent le Marquis dans une petite salle au sous-sol, plongée dans la pénombre.
Seule une minuscule lucarne laissait passer la lumière du jour, ce qui permettait
d’apercevoir au milieu de la pièce une table entourée de quelques chaises en bois,
ainsi que quelques bouteilles de Bièrraubeurre.
Le Marquis, déjà installé, leur désigna deux chaises en face de lui :
— Prenez place, Messieurs. Et laissez-moi me présenter. Gilbert du Motier, Marquis
de La Fayette. Je suis bien né en 1757, mais les Moldus qui connaissent leur histoire
me croient mort en 1834.
D’ailleurs, cela m’amuse encore, lorsque je me rends à Paris, d’aller voir ma tombe
au cimetière de Picpus. Mais les temps de la Révolution française et de la Guerre
d’Indépendance Américaine sont depuis longtemps révolus, et ce sont de nouveaux
troubles qui nous attendent.
— Comment peut-on vivre aussi longtemps ? risqua Michel avant d’avaler une gorgée
de Bièrraubeurre.
Le Marquis sourit :
18
CINDY JEDUSOR
— Mon cher Landerneau, j’ai eu accès à des extraits de la Pierre Philosophale, créée
par l’alchimiste Nicolas Flamel. Certes, ces échantillons ne me rendent pas
immortels, mais prolongent considérablement ma vie. Il est certes inutile, désormais,
d’essayer de s’en procurer. La Pierre Philosophale a été détruite il y a quelques
années. Mais revenons au sujet qui nous préoccupe ! Comme vous le savez, Lord
Voldemort - et je vous prie de ne pas faire cette tête quand je prononce son nom- est
mort le 2 mai dernier, lors de ce qu’il est convenu d’appeler, désormais, la Bataille
de Poudlard. Le Ministre de la Magie, La Tanière, vous a mis au courant de
l’existence, en France, d’un courant idéologique soutenu par ses anciens partisans.
La fille de Voldemort, Cindy Jedusor, un bébé de quelques mois, est actuellement aux
mains d’une branche dissidente de l’Ordre du Temple. Vous le savez, et vous avez
même vu Godefroy Lenoir l’emmener. Mis à part un service de surveillance, pour le
moment, nous ne pouvons rien faire. J’ai comme l’idée que la petite Cindy va
poursuivre une scolarité normale au sein de l’Académie de Beauxbâtons et que les «
chevaliers noirs », comme je nomme les Mangemorts français du Temple, vont la
placer à leurs têtes pour reprendre leur combat. Cindy est française, et la lutte va
logiquement se poursuivre en France. Mais en attendant que l’enfant devienne
adulte, il est de notre devoir d’arrêter tous ceux qui ont participé à l’oeuvre macabre
de Voldemort. Et en priorité son ex-compagne, Éléonore de La Chapelle, la mère de
Cindy. Certes, vous auriez pu l’alpaguer l’autre nuit à Collobrières, mais le Ministre
pensait qu’il était trop tôt et voulait de toute façon écouter votre rapport. Pour
l’instant, votre mission consistera essentiellement à un espionnage constant de son
entourage, ainsi que de Lenoir et consorts. Chaque semaine, nous nous donnerons
rendez-vous ici pour que vous me transmettiez vos rapports et je vous passerai les
consignes de La Tanière, si consignes il y a. Éléonore de La Chapelle est toujours à
Collobrières, dans une maison située en hauteur, à trois ou quatre kilomètres du
centre du village, où vous étiez. Voici son adresse, que j’ai écrite sur ce parchemin,
avec l’ordre d’arrestation immédiate établi par l’Autorité Magique de France. Quand
elle sera entre vos mains, envoyez instantanément un hibou à Maribor, notre prison
pour sorciers de Marseille. Elle y sera gardée jusqu’à son jugement par la Chambre
des Sagmags, notre tribunal magique. Et quelque chose me dit qu’elle va y rester un
long moment… Il est dommage qu’en France, nous n’ayons jamais eu droit de placer
des Détraqueurs dans nos prisons… !
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 3
Les deux Ministres
Londres, le 28 juillet 1998
Kingsley Shacklebolt engloutit une rasade de whisky Pur Feu et se rassit à son
bureau. Ministre de la Magie depuis moins de trois mois, dès le lendemain de la
Bataille de Poudlard, il gardait toujours en mémoire les visages inexpressifs de
Nymphadora Tonks et de Rémus Lupin, morts en héros en combattant à ses côtés.
Ayant réussi à obtenir, du moins pour un temps, les pleins pouvoirs, il en avait profité
pour imposer de nombreuses réformes, telles que l’expulsion des Détraqueurs hors
de Grande-Bretagne, l’interdiction du Registre des Sang-pur et la levée des lois «
anti-Moldus » et « anti-Sang-de-bourbes ». Tout son Ministère était, de ce fait, en
pleine réorganisation.
En face de lui, Edmond La Tanière, son homologue français, tenait dans sa main une
tasse de café, qu’il buvait par petites gorgées.
A regarder son expression, Shacklebolt comprit vite qu’il ne le buvait que par
politesse, le café anglais n’ayant sans doute pas la notoriété et le goût du café
français.
La Tanière reposa sa tasse vide sur le bureau, et se recula sur son siège, sourire
timide aux lèvres.
— Eh bien, mon cher Shacklebolt, dit-il. Je suis ravi de vous rencontrer. Cela fait trois
jours que je suis à Londres, et vous me recevez enfin ! Pourtant mon hibou vous a
porté mon message et vous saviez que j’étais à Londres. Ainsi vous saviez que je
devais m’entretenir avec vous dans l’urgence. Je veux bien croire qu’avec toutes les
réformes que vous menez, vous êtes extrêmement occupé et que vous décompressez
sans doute, maintenant que le calme est revenu en Grande-Bretagne. Mais j’avoue
que je m’attendais à autre chose de l’hospitalité anglaise. Où est donc passé votre
légendaire savoir-vivre ? Vous êtes un gentleman, Shacklebolt et mon défunt ami,
Dumbledore, vous appréciait énormément. Je sais aussi que vous ne voulez pas nous
livrer les Mangemorts français actuellement prisonniers à Azkaban. Je comprends
que vous vouliez les garder, le degré de responsabilité des uns et des autres n’étant
pas encore totalement établi. N’oubliez pas, cependant, que nous sommes dans le
même camp, et…
Se levant brusquement, Shacklebolt l’interrompit, le regard foudroyant :
— Dans le même camp ? hurla-t-il. Where were your men while we fought against
Voldemort ? Against the Death Eaters ? (Où étaient vos hommes pendant que nous
20
CINDY JEDUSOR
luttions contre Voldemort ? Contre les Mangemorts ?).
Gardant son calme, La Tanière lui répondit :
— Avez-vous seulement fait appel à nous ?
Shacklebolt chercha ses mots en français :
— La Tanière, moi, quand je vois un ami dans…Comment vous dites ?…Dans le
pétrin, je n’attends pas qu’il m’appelle à l’aide…Je vais l’aider… ! Votre amitié avec
Dumbledore vous a sûrement permis d’avoir suffisamment d’informations pour savoir
ce que nous vivions.. ! N’est-ce pas, monsieur le Ministre ?
— Effectivement, nous étions au courant. Grâce à Dumbledore. Car il n’y avait
quasiment aucune communication entre les services français et anglais et on
pourrait se demander pourquoi. Bien sûr, vous-savez-qui était la plupart du temps en
Grande-Bretagne, mais pour recruter, il se déplaçait partout, en particulier chez
nous, et il avait, entre autre, contacté les chevaliers de l’Ordre du Temple. J’avais mis
Dumbledore au courant, et je lui ai même proposé de créer une Commission Magique
Spéciale franco-anglaise, composée de nos meilleurs éléments choisis parmi les
Marsouins et les Aurors. Mais Dumbledore n’était pas Ministre, et n’avait donc pas
de pouvoir décisionnaire. A l’époque, votre ministère l’avait même considéré comme
un fou, refusait de croire au retour du Seigneur des Ténèbres et cherchait par tous
les moyens à se débarrasser de lui. Madame Maxime qui, vous le savez, est la
directrice de notre école de Beauxbâtons, était présente à Poudlard, lors du Tournoi
des Trois Sorciers Elle a assisté, certes indirectement, au retour de Vous-Savez-Qui.
Quelques jours après le Tournoi, elle m’a fait un rapport complet, parfaitement
détaillé. C’est à partir de ce moment que Dumbledore et moi avons échangé
quotidiennement, ou presque, nos informations. Mais quand Albus a été assassiné, il
a été plus difficile pour mes services d’obtenir des renseignements. Bien sûr, nous
aurions pu contacter les membres de l’Ordre du Phénix, mais celui-ci étant passé
dans la clandestinité, je craignais de lui attirer plus d’ennuis qu’autre chose. Alors
nous nous sommes contentés de surveiller nos propres Mangemorts et lorsque ceuxci ont rejoint la Grande-Bretagne pour se joindre aux troupes du Seigneur des
Ténèbres, nous ne pouvions, sur un plan légal, plus rien faire. Le Ministère était
tombé aux mains de Vol… Voldemort, et rien ne nous autorisait à nous immiscer dans
vos affaires nationales.
Shacklebolt se rassit et avala le reste de son whisky Pur Feu d’une seule traite. La
Tanière avait raison. Il était délicat pour lui d’agir, les Lois Magiques Internationales
interdisant l’ingérence d’un pays dans les affaires d’un autre. On avait beau dire,
mais questions morales et politiques, les moldus pouvaient donner quelques leçons
aux sorciers. D’ailleurs, il s’en était déjà rendu compte lorsqu’il avait été chargé, en
tant que « secrétaire officiel » du premier ministre Moldu, de protéger ce dernier
contre Voldemort et ses acolytes. La non-ingérence avait inspiré, comme beaucoup
21
CINDY JEDUSOR
d’autres lois Moldues, le Bureau International des Lois Magiques qui l’avait adaptée
au monde magique.
— Bien, Monsieur La Tanière, dit-il. Et maintenant, quelle est… heu…la question… ?
— Le problème, vous voulez dire ? J’ai besoin de me rendre à Azkaban, interroger
nos ressortissants prisonniers. Si vous avez lu le message que mon hibou vous a
apporté, ce dont je commence à douter , vous savez que la fille du Seigneur des
Ténèbres vit en France et qu’elle est sous la protection des chevaliers de l’Ordre du
Temple. Cela en vue, certainement, de l’éduquer dans la gloire de son défunt père.
Nous devons anticiper, retrouver ceux qui la détiennent et, par la même occasion,
arrêter ceux qui ont contribué, en France, à soutenir Voldemort.
— OK ! Quand voulez-vous les voir ? Je dois avertir Azkaban, afin qu’ils transfèrent
les prisonniers français dans un endroit, disons…discret.
— Le plus tôt possible. Demain serait bien. Dans la foulée, je retournerai à Paris et
commencerai à prendre les dispositions nécessaires. Il va de soit que vous resterez
informé de tout ce que nous ferons et de tout ce que nous apprendrons.
Shacklebolt contempla son verre vide, plongé dans une grande réflexion. Puis,
soupirant, il releva les yeux vers La Tanière.
— Bien, lui dit-il. Je demanderai à ce qu’on les emmène demain matin dans mon
bureau. Je pense que c’est le meilleur endroit, après tout. Vous pourrez les
interroger un par un, en présence, bien naturellement, d’une garde rapprochée. Il
est hors de question que votre sécurité soit menacée.
La Tanière se leva, prêt à sortir du bureau de Shacklebolt. Les deux hommes se
serrèrent la main. Le Ministre français ajouta :
— Il faudrait également, mon cher Shacklebolt, que je puisse m’entretenir en privé
avec le jeune Harry Potter.
22
CINDY JEDUSOR
Chapitre 4
Les Marsouins
Collobrières, le 28 juillet 1998
Le
chemin
des
cigales
était
une
petite
rue
se finissait
en son
cul-de-sac,
au
bout
de
laquelle
s’imposait
une
magnifique
maison
provençale,
aux
volets
couleur
bleue
lavande
et
aux
murs
jaune
doré.
Oliviers
etqui
palmiers
agrémentaient
grand
jardin,
au
milieu
duquel
une
cascade
artificielle
déversait
en continu
eaule
dans
une
vaste
piscine
d’eau
d’eau
douce.
Malgré le soleil du Midi, les volets de la maison étaient clos. Seule une douce voix
mélancolique, venant de l’intérieur, laissait deviner qu’elle était habitée. Éléonore de
La Chapelle venait de se lever et se dirigeait vers le mur du salon, sur lequel était
apposé un énorme portrait peint à l’huile. A pas feutrés, elle s’avança, tendant la
main pour en effleurer le visage. Les yeux humectés de larmes, elle balbutia :
— Tom…
A l’intérieur du tableau, le visage de Voldemort se tourna vers elle et lui sourit.
— On entre ?
— Non, Michel, on frappe à la porte, et on s’annonce, répondit Frisquet. Tu connais
pourtant la procédure ?
— Oui, mais là….
— Quoi, « là » ? Éléonore de La Chapelle n’est qu’une petite bonne femme sans
cervelle, qui s’est laissée séduite par Tu-sais-qui ! Je doute sincèrement qu’elle savait
ce qu’elle faisait. Elle était certainement sous l’emprise du sortilège de l’Impérium.
Et puis même, nous sommes six, rajouta Frisquet en désignant derrière eux quatre
autres Marsouins en uniforme, baguette magique à la main. Nous ne devrions pas
avoir trop de difficultés pour l’arrêter, tu ne crois pas ? Ou alors, changeons de
métier !
— Elé…o…no…re… Ils sont là… ! Proféra la voix de Voldemort à l’intérieur de la
toile.
Frisquet frappa brutalement à la porte :
— Mademoiselle de La Chapelle, hurla-t-il. Commandant Frisquet, Marsouinerie.
Ouvrez la porte, au nom de l’Autorité Magique de France !
— Oui, Tom ! marmonna Éléonore, sanglotant à genoux, les bras levés vers le tableau
pour en caresser la toile. Je vais faire comme tu m’as dit…
23
CINDY JEDUSOR
— Vite… ! Viiitttte…. ! Ne perds pas…une…seconde ! Go… Go….! They…have…to
die… ! (Ils doivent mourir !).
— Mademoiselle de La Chapelle ! Nous savons que vous êtes là ! Pour la dernière
fois, ouvrez la porte !
Mais ce fut le silence. Seul un léger mistral, qui soufflait dans les arbres, le brisait à
peine. Frisquet et Landernau se fixèrent du regard. C’était un signe : les deux
hommes sortirent leurs baguettes simultanément. Reculant d’un pas, Frisquet,
dirigea la sienne vers la poignée de la porte :
— Alohomora ! cria -t-il.
Une détonation retentissante se répandit, accompagnée d’une épaisse fumée
noirâtre et nauséabonde. Celle-ci ne se dissipa qu’au bout de quelques secondes.
Landernau, projeté à terre, tenta de se redresser, la vue troublée par le sang qui
dégoulinait, lui semblait-t-il, du sommet de son crâne. Machinalement, il porta sa
main sur son cuir chevelu et sentit un liquide visqueux le recouvrir. Il saignait
abondamment, blessé par l’explosion. Luttant contre le vertige qui commençait à le
gagner, il tourna la tête vers ses compagnons, tous au sol. Frisquet était à genoux, le
visage crispé de douleur, les mains ensanglantées croisées sur son ventre, essayant
de stopper une hémorragie. Les autres Marsouins étaient allongés. En y regardant
de plus prêt, malgré les yeux recouverts de sang, il constata que deux d’entre eux ne
respiraient plus. Morts. Les deux autres remuaient à peine, étourdis par le choc,
mais sans aucune blessure apparente.
Dirigeant alors son attention vers la porte d’entrée, il s’aperçut que celle-ci avait
disparu, soufflée par la violence de l’explosion. Il devait faire vite ! Péniblement, il se
mit debout et avança vers la demeure en boitillant.
— Michel, attends ! lui cria Frisquet, une main toujours posée sur sa blessure, l’autre
tenant sa baguette. Nous sommes tombés dans un piège !
— Demandons des renforts ? répondit Landernau. Deux de nos gars sont morts !
— On n’a plus le temps ! Rentrons !
Les deux hommes pénétrèrent à l’intérieur, suivis par les deux Marsouins toujours
indemnes. Ils se retrouvèrent dans un immense salon doté de meubles de Provence,
avec les murs ornés de portraits divers qui semblaient les fixer intensément, une
pointe de colère sur leurs visages. Baguettes tendues, les Marsouins s’avancèrent
lentement, regardant dans tous les sens. Landernau sentit l’atmosphère devenir de
plus en plus pesante. Un mauvais pressentiment l’envahit, comme si le calme
apparent était le prélude à une nouvelle déflagration. Passant devant lui, Frisquet
commença à inspecter chaque recoin de la pièce.
24
CINDY JEDUSOR
— Éléonore de La Chapelle, hurla-t-il. Rendez-vous ! Nous savons que vous êtes là !
Aucune réponse. Frisquet pivota sur lui-même, évitant des yeux les peintures
magiques dont il ressentait le poids des regards.
— Fouillez les autres pièces, ordonna-t-il au bout de quelques secondes.
— Croyez-vous vraiment que cela en vaut la peine ? répliqua une voix douce et posée.
Instinctivement, les quatre Marsouins tournèrent la tête, essayant de localiser
l’origine de cette voix. Leurs yeux explorèrent tout le salon et finirent par se poser
vers un coin de la pièce, où une brume grisâtre était en train de se matérialiser en
forme humaine.
— Lenoir ? hurla Frisquet
— Bonjour, Frisquet. Bien reposé de votre nuit passée à me surveiller, avec votre ami
Landernau ?
Les quatre Marsouins brandirent leurs baguettes vers Lenoir qui demeura
imperturbable.
— Où est Éléonore de La Chapelle ? demanda Frisquet.
— Mais enfin, mon cher Frisquet, que voulez-vous à cette pauvre jeune femme ?
Depuis quand aimer est un crime ? Le fait qu’Éléonore soit tomber amoureuse du
Seigneur des Ténèbres ne fait pas d’elle une meurtrière, ni même une complice.
— Ce n’est pas aux Templiers d’en juger. Et maintenant que vous êtes là, Lenoir,
vous allez nous suivre également.
Lenoir partit d’un grand éclat de rire :
— Mon pauvre Frisquet, dit-il. Comment se peut-il, avec vos années d’expérience,
que vous soyez encore si naïf ? Vous croyez vraiment que je vais vous suivre ? Et si je
refuse ? Vous allez employer la force ?
— S’il le faut, nous n’hésiterons pas !
— Parce qu’en plus, vous pensez que je suis venu seul… ?
— Où sont les autres ?
Lenoir désigna d’un geste du menton un coin du salon :
— Les voici !
Les quatre Marsouins tournèrent le regard vers l’endroit indiqué. Une vingtaine de
brumes grisâtres y apparurent, se transformant rapidement en chevaliers revêtus
d’uniformes blancs qui arboraient au niveau de la poitrine une croix rouge pattée.
L’emblème de l’Ordre du Temple ! Frisquet remarqua qu’ils étaient tous en
25
CINDY JEDUSOR
possession de baguettes magiques fabriquées en bois blanc : le signe qu’elles
contenaient un crin de licorne, ce qui était interdit en France depuis 1789. Il hurla à
ses compagnons :
— En formation !
Aussitôt, les Marsouins se regroupèrent par deux, dos à dos, et baguettes brandies
face à leurs opposants.
— Expelliarmus ! cria Landernau en direction de Lenoir, espérant le désarmer.
— Aquamenti, répondirent plusieurs voix.
Aussitôt apparurent des jets d’eau qui arrosèrent abondamment et sans discontinuité
les quatre Marsouins. Sous l’effet de l’aspersion, ceux-ci lâchèrent baguettes,
assommés par la puissance de véritables geysers.
Lenoir s’avança vers eux, hurlant :
— Chevaliers, tuez-les !
— Avada Kedavra ! crièrent-ils en choeur en orientant leurs baguettes vers les quatre
hommes.
Frisquet sentit un violent étourdissement s’emparer de lui après qu’un choc brutal
l’eut heurté à la poitrine. Il tomba à genoux, la vue troublée. Il n’eut que le temps de
distinguer Éléonore se diriger vers la sortie en compagnie de Lenoir qui tenait un
tableau entre ses mains.
Les chevaliers avaient disparu et Landernau était hors de son champs de vision. Ses
deux autres compagnons gisaient par terre, inanimés. Il comprit avant de s’évanouir
qu’ils venaient tous les deux morts d’être, à leur tour, assassinés.
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 5
Charing Cross Road
Londres, le 29 juillet 1998
La grande librairie ouvrit enfin ses portes. Quelques clients matinaux, qui
commençaient à s’impatienter, s’y engouffrèrent précipitamment. La boutique de
disques, juste à côté, était fermée.
Sur sa devanture, une pancarte était affichée : « Closed for holydays » (fermeture
pour vacances).
Edmond La Tanière se dirigea vers l’entrée à peine visible du pub situé entre les
deux commerces, Le Chaudron Baveur, et poussa la porte. L’établissement était vide.
Au centre, gobelets et chandeliers étaient disposés sur une longue table en bois.
Marchant à pas feutrés, le ministre français s’y assit, observant la minuscule pièce
délabrée. Des escaliers en bois menaient à l’étage où se trouvaient les chambres
d’hôtes. Il crut y entendre du bruit et une voix féminine annonça : « I’m coming ! » (
J’arrive !).
Une jeune femme châtain aux yeux marron en descendit. Apercevant La Tanière, elle
lui sourit, le saluant en un français approximatif :
— Bonne Jour, Meussieu le Ministre…Je suis Hannah Abbot, la new…heu… la
niouvelle patronne du pub. Je vous attendais… Meussieu Potter ne va pas…tareder…
— Bonjour, mademoiselle Abbot, dit La Tanière en se levant avec un grand sourire.
C’est gentil de parler en français, mon anglais est très limité….J’espère que monsieur
Potter le parle aussi bien que vous…
Hannah lui rendit un sourire timide qui laissait présager le contraire.
Un peu dépité, le ministre se rassit, décidant d’attendre patiemment l’arrivée
d’Harry. Quelques minutes plus tard, la porte du Chaudron Baveur s’ouvrit. Levant
les yeux, La Tanière aperçut un très jeune homme d’environ dix-huit ans, en
uniforme bleu-violet, qui s’avançait vers lui. Prenant le temps de l’observer avec un
sourire courtois, il distingua ses cheveux noirs en bataille, quelque peu hérissés à
l’arrière. Derrière ses lunettes rondes brillaient deux beaux yeux verts, et sur son
front, une cicatrice en forme d’éclair qu’il ne faisait rien pour cacher. Harry Potter.
— Monsieur Potter ? dit La Tanière en se relevant pour lui serrer la main.
— Yes, it’s me (Oui, c’est moi).
— Heureux de vous rencontrer. Merci d’avoir accepté mon invitation.
Malheureusement, mon anglais est très mauvais, j’aurais du emmener un interprète.
27
CINDY JEDUSOR
— Rassurez-vous, Monsieur le Ministre, répondit Harry dans un français
irréprochable. L’élixir de Sermocomplector que j’ai avalé avant de venir ici me
permet de comprendre et de parler votre langue.
— Sermocomplector ? J’avoue que je ne connais pas…. Mais tant mieux, assiégionsnous. Que buvez-vous, monsieur Potter ?
— Jus de citrouille.
Sans avoir eu le temps de passer commande, les deux hommes aperçurent Hannah
leur apporter les boissons. Celle-ci se tourna vers Harry :
— Since when you speak about French ? (depuis quand tu parles le français ?).
— I have so qualities which you ignore, Hannah (j’ai tellement de qualités que tu
ignores, Hannah), lui répondit Harry avec un sourire moqueur.
Haussant les épaules, Hannah s’éloigna. Les deux hommes portèrent leurs gobelets
aux lèvres, puis La Tanière entra dans le vif du sujet :
— Harry, dit-il. Je ne sais pas pourquoi Shacklebolt n’a pas voulu que je vous
rencontre dans son bureau, contrairement aux Mangemorts français que je dois
questionner dans l’après-midi au Ministère. Vous avez une idée ?
— En fait, Monsieur le Ministre, je crois que Kingsley voulait profiter de cette
matinée pour préparer votre confrontation avec vos Mangemorts. Sécurité oblige !
N’y voyez pas une intention malsaine de sa part, il a toujours été méticuleux dans la
protection des personnes dont il se sentait responsable.
— Ha, très bien. Et vous, que devenez-vous depuis… le mois de mai dernier ? Vous
êtes déjà devenu Auror, si j’en crois votre uniforme ?
Harry émit un petit rire taquin devant la naïveté du Ministre.
— Non pas encore. Vous savez, la formation au métier d’Auror dure trois ans, après
Poudlard. Et encore, j’ai eu la chance d’être dispensé de la dernière année. Du coup
pas besoin de passer mes ASPIC.
— ASPIC ? Un aspic est un plat en gelée… affirma La Tanière en fronçant les
sourcils.
Cette fois-ci, Harry rit de bon cœur.
— Non, en tout cas pas dans ce contexte. Ce sont des examens que nous passons à la
fin de la septième année à Poudlard… et que je suis bien content d’avoir pu éviter.
Mais je n’ai pas pu être dispensé des trois années de formation obligatoires.
Filatures et art du déguisement sont devenus mon quotidien. Que voulez-vous, on ne
devient pas Auror du jour au lendemain. C’est un peu comme vos Marsouins, je
pense. Ils doivent subir une formation intense lorsqu’ils quittent l’Académie de
28
CINDY JEDUSOR
Beauxbâtons ?
La Tanière approuva d’un signe de tête. Songeur, il retrempa les lèvres dans son jus
de citrouille lorsqu’un bruit de battement d’ailes le fit sursauter. Observant de
nouveau Harry, il remarqua que celui-ci regardait vers une petite lucarne ouverte de
l’autre côté de la salle.
— Je pense que vous avez un message, Monsieur le Ministre, dit-il en désignant un
petit hibou d’un noir d’ébène qui venait de pénétrer dans Le Chaudron Baveur, une
enveloppe coincée dans son bec.
L’animal vola jusqu’à la table et se posa en douceur devant le ministre. Délicatement,
celui-ci lui prit l’enveloppe. Harry remarqua le teint pâle de La Tanière qui l’ouvrit
avec une certaine appréhension. Ce dernier s’écria en la lisant :
— Mon Dieu… ! Les scélérats !!!
Harry se redressa :
— De mauvaises nouvelles de France, Monsieur le Ministre ?
— Quatre de mes Marsouins ont été assassinés hier, dans le Sud de la France, en
allant arrêter Éléonore de La Chapelle. Deux autres, des officiers, sont dans un état
grave.
— Qui, dites-vous ?
— Éléonore de La Chapelle. La mère de Cindy Jedusor.
Harry posa brusquement son gobelet sur la table :
— La fille de Voldemort ?
— Oui. Vous saviez que le Seigneur des Ténèbres avait laissé une héritière ?
Harry pâlit à son tour. Il ne répondit qu’au bout d’un long moment, visiblement
perdu dans ses pensées :
— Pas vraiment… heu, je veux dire, j’ai tout de suite deviné quand vous avez dit son
nom, qu’il ne pouvait s’agir que de sa fille. Tous les autres membres de la famille de
Voldemort sont décédés !
Mais Monsieur le Ministre, j’aimerais tout de même savoir pourquoi vous avez voulu
me rencontrer ?
— En fait, Harry, je voulais vous demander, avant que je ne demande l’autorisation à
votre hiérarchie, si vous accepteriez de venir passer quelque temps en France.
— Et c’est indiscret de vous demander pourquoi faire ?
— Heu… Nous risquons d’avoir besoin de vous… Parmi les Mangemorts que vous
29
CINDY JEDUSOR
avez combattus pendant toutes ces années, nombreux étaient français. Ce n’était pas
la majorité, certes, loin de là, mais s’ils sont hors d’état de nuire en GrandeBretagne, ils sont encore très présents en France. Je crains qu’ils ne poursuivent leur
combat là-bas, avec ou sans le Seigneur des Ténèbres. Ils détiennent désormais sa
fille, Cindy, et vont en faire, très certainement, le nouveau Mage Noir.
Harry réfléchissait. Il finit par demander :
— Mais…n’oubliez pas que je ne peux pas partir comme çà, je suis, comme vous
dites, un aspirant Auror. Il est de mon devoir de continuer ma formation sans
prendre des vacances.
— Hélas, Harry, ce ne sera pas des vacances. Je pourrais présenter çà à Shacklebolt
comme… un stage chez nos Marsouins. Histoire d’échanger nos expériences et nos
méthodes d’enseignement. A la limite, je pourrais lui proposer de lui envoyer un de
nos étudiants Marsouins en échange de vous… pendant juste quelques jours… ou
quelques semaines…
— Oui, ou quelques mois ?
— Je ne sais pas, Harry. Je ne sais pas du tout. Sachez seulement que si vous
acceptez, et que votre Ministère en convient, vous serez placé avec mes meilleurs
Marsouins, lesquels vous enseigneront leurs méthodes, mais que vous pourrez aider
avec votre… triste mais ô combien utile expérience.
— Et maintenant, qu’allez-vous faire ? Vous restez quand même pour interroger vos
ressortissants prisonniers à Azkaban ?
— Bien sûr, mais je dois d’abord renvoyer ce hibou à Paris pour annoncer que je
quitterai Londres demain matin. Je me rendrai directement à l’Hôpital Saint
Quentéhin, notre hôpital pour sorciers à Marseille. C’est là que sont mes deux
officiers gravement blessés. Mais avant de retourner en France, je rencontrerai à
nouveau Shacklebolt pour lui demander l’autorisation officielle de vous emmener
avec moi… si vous êtes d’accord.
Harry se leva, et serra la main de La Tanière :
— Si Shacklebolt est d’accord, dit-il, alors je vous suivrai, Monsieur le Ministre.
Puis, se tournant vers Hannah, il lui fit un signe de la main. Celle-ci le regarda
s’éloigner vers la porte. Avant qu’il la franchisse, elle lui cria :
— Be careful, Harry ! (Fais attention, Harry !)
Harry se retourna vers elle.
— Don’t worry about me, Hannah, lui dit-il ( Ne te fais pas de soucis pour moi,
Hannah). Kiss Neville for me (Embrasse Neville pour moi).
30
CINDY JEDUSOR
Chapitre 6
Gérard Toussette
Londres, le 29 juillet 1998
— Eh bien, mon cher Shacklebolt, demanda La Tanière. Avez-vous bien déjeuné ?
Le ministre anglais fit un signe de la tête en regardant son homologue français,
évitant de lui demander en quoi cela pouvez l’intéresser.
— Pour ma part, après avoir discuté avec le jeune Potter, je suis resté au Chaudron
Baveur, pour envoyer une missive à Paris et étudier un dossier de la plus haute
importance. C’est là que j’ai mangé.
— Ce devait être délicieux ! s’exclama Shacklebolt avec un petit sourire.
La Tanière poursuivit :
— Eh bien, pour ma part, je suis prêt à interroger vos prisonniers. Vous avez prévu
une salle spéciale ?
— Non, je vous ai dit que je les ferai venir dans mon bureau. Je dois quand même
vous mettre au courant, La Tanière. Après la Bataille de Poudlard, les Mangemorts
français étaient quatorze. Quelques semaines après, nous nous sommes aperçus que
l’emprise du sortilège de l’Imperium était évidente sur neuf d’entre eux. Nous avons
dû proclamer leur innocence et les relâcher. Bien sûr, nous nous sommes assurés
qu’ils quittaient bien notre territoire. Je pense donc qu’ils sont retournés en France.
Voici un parchemin contenant leurs noms, au cas où vous voudriez tout de même les
interroger dans votre pays. Il en restait donc plus que cinq. La semaine dernière, j’en
suis désolé, deux sont décédés à Azkaban. Ils partageaient la même cellule et on les
a retrouvés, un matin, étendus au sol, morts. Nous enquêtons toujours, ces morts
sont suspectes, mais je vous promets de vous tenir au courant. Voici cependant leurs
noms sur cet autre parchemin. Ainsi, il en reste trois à votre disposition, La Tanière.
Je vais vous laisser mon bureau et demander à ce qu’ils y entrent un par un,
enchaînés, et, bien sûr, chacun accompagnés par deux gardes d’Azkaban. Ces
derniers ne parlent pas français, rassurez-vous, ils ne comprendront pas la teneur de
vos conversations. Tenez, prenez ma place, je vais faire rentrer le premier
prisonnier.
La Tanière se leva et vint s’asseoir à la place de Shacklebolt qui s’apprêtait à se
retirer du bureau. La Tanière l’interpella :
— Excusez-moi, Kingsley. Vous prenez du Sermocomplector ?
Shacklebolt se retourna avec un sourire froid :
31
CINDY JEDUSOR
— Mon pauvre Edmond, répondit-il. Outre le fait qu’Harry devrait, de temps en
temps, tenir sa langue, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je parle très bien le
français, comme vous avez pu le constater. Je n’ai pas besoin d’Élixir pour me faire
comprendre. Et puisque je parle d’Harry et que je suis parfaitement au courant de ce
que vous lui avez proposé au Chaudron Baveur, sachez que je lui ai donné mon
accord pour vous suivre en France, le temps nécessaire pour mener à bien vos
investigations. J’espère que vos programmes d’enseignement, chez vos Marsouins,
sont au moins du même niveau que ceux de nos Aurors. Il en va de l’avenir de Potter.
— Vous n’avez rien à craindre de ce côté-là, Kingsley, le rassura La Tanière en
présentant la paume de sa main. Et je vous remercie pour votre approbation
concernant ma demande sur Potter. Mais comment êtes-vous déjà au courant ? Vous
avez vu Harry ce matin ?
Shacklebolt eut un sourire malicieux :
— Non, je n’ai pas encore vu Harry aujourd’hui, annonça-t-il.
— Alors, vous m’espionnez ? demanda La Tanière avec un petit rire forcé.
— Heu… Disons que vous êtes mon hôte et que je me dois d’assurer votre sécurité…
Je vais vous envoyer le premier prisonnier.
Shacklebolt sortit du bureau en prenant soin de refermer la porte. Songeur, La
Tanière fixait celle-ci mais ne la regardait pas réellement, tant il était perdu dans ses
pensées. Car ce que le Ministre anglais avait sous-entendu le laissait perplexe. Il
était bien surveillé, Lui, le Ministre de la Magie de France ! Il aurait dû s’en douter.
Déjà, son accueil, à la limite de l’irrévérence, l’avait désappointé. Mais il n’en tint
pas compte sur le moment, préférant mettre cela sur un simple problème d’ego. La
fureur de Shacklebolt contre les autorités françaises, ajoutée aux années de pression
qu’il avait subies, pouvait expliquer son peu d’enthousiasme à collaborer avec lui.
Mais de là à le faire surveiller !
Certes, il lui avait autorisé à s’entretenir avec les prisonniers français d’Azkaban,
allant jusqu’à mettre son propre bureau à disposition et à faire amener ces détenus
sous l’étroite surveillance de gardiens qui, pour le secret de l’enquête, ne parleraient
pas le français.
— Ils ne parlent pas français…, murmura-t-il. Oui… mais personne ne leur demande
de le parler. Il suffit qu’ils le comprennent… et qu’ils répètent tout ensuite à
Shacklebolt…
TOC ! TOC !
La Tanière sortit brusquement de ses réflexions. On venait de frapper à la porte.
32
CINDY JEDUSOR
— Entrez, cria-t-il.
Lorsque la porte s’ouvrit, il aperçut deux hommes de grande taille, vêtus d’un
uniforme noirâtre arborant le « A » d’Azkaban, brodé sur le côté gauche de la
poitrine. Les gardiens de la prison. Ceux-ci le saluèrent d’un signe de la tête et, sans
ménagement, firent pénétrer dans la pièce un individu plus petit, visiblement amaigri
par des semaines de captivité. Pieds et mains enchaînés, le regard un peu perdu, il
fut traîné jusqu’à une chaise du bureau où, avec une virulence qui choqua presque le
Ministre, les deux geôliers l’obligèrent à s’asseoir.
La Tanière resta quelques secondes, silencieux, à observer le prisonnier. Il n’aurait
su exprimer pourquoi cet homme, revêtu d’un complet rayé bleu et rouge, typique
des nouveaux prisonniers d’Azkaban, lui inspirait-il un mélange de dégoût et de pitié.
Une cicatrice se dessinait sur la joue droite de ce dernier, sans doute un « souvenir »
de la Bataille de Poudlard. Assez jeune, légèrement dégarni, ses yeux bleus
regardaient, désormais, avec un certain mépris tout ce qui l’entourait. La Tanière se
dit qu’il aurait été presque beau garçon, s’il n’y avait pas eu cette haine qui se
dégageait de sa personne.
Lorsque l’un des deux gardiens vint poser, sur le bureau, le dossier du prisonnier, le
ministre s’en empara hâtivement des deux mains. Sur la couverture était collée une
photographie, le représentant montrant un numéro de détention et le visage évitant
désespérément les regards. Dessous était mentionné son nom :
Gérard Toussette.
La Tanière se redressa sur son siège, essayant de prendre un air décontracté :
— Monsieur Toussette ? demanda-t-il.
— Quelle perspicacité ! répondit le prisonnier.
— Pouvez-vous me dire les raisons qui vous ont amené à rejoindre le camp du
Seigneur des Ténèbres ?
— Qu’est-ce que cela peut bien faire, maintenant ? Il est mort, et moi je pourris dans
une prison anglaise.
— Je pourrai vous aider à revenir en France, si vous me dites toute la vérité ?
— Profitez-en, on nous a forcé à déguster du Veritaserum ! Vous savez que cette
potion engendre une incapacité à mentir…
— Dans ce cas, je réitère ma question : dites-moi les raisons qui vous ont amené à
rejoindre le camp du Seigneur des Ténèbres ?
— Vous savez, comme beaucoup, je pense, j’ai rejoint ses rangs par conviction
33
CINDY JEDUSOR
idéologique… et aussi par simple intérêt. J’ai toujours eu une haine féroce pour les
sorciers qui n’étaient pas des « Sang pur ». Et il y en a en France ! Mais comme le
Seigneur des Ténèbres était en Angleterre, je me suis dit que la conquête de nos
droits et de nos privilèges allait commencer par ce pays, pour ensuite s’étendre au
monde entier. Ensuite, nous nous serions occupés des Moldus, pour les réduire en
esclavage.
— Et maintenant, avez-vous des regrets ?
— Un seul : le fait qu’il ne soit plus là. Mais la lutte continue !
— Dans ce cas, que vous soyez emprisonné à Maribor ou à Azkaban, cela ne
changera rien pour vous…
— Non. Mais tôt ou tard, je sortirai d’Azkaban et plus tôt que vous ne le pensez,
Monsieur le Ministre.
La Tanière se tut quelques secondes en fixant le prisonnier. Il venait de comprendre
que peu de choses seraient à retirer de cet entretien. Regardant les deux gardiens, il
leur fit signe qu’il en avait fini avec Toussette.
Les deux geôliers saisirent ce dernier en le pressant à se relever. Le bruit des
chaînes traînant sur le sol avait quelque chose de lugubre, qui mit de nouveau La
Tanière mal à l’aise. À Maribor, les prisonniers n’étaient jamais enchaînés. Ils étaient
juste étroitement surveillés. Qu’est-ce qu’un sorcier incarcéré pouvait-il faire, sans
baguette magique ? Des dizaines de gardes l’avaient constamment à l’œil, et il était
constamment sous l’emprise de sortilèges réduisant toute force physique et mentale.
Et encore, les Détraqueurs n’avaient même plus droit de cité à Azkaban.
Le Ministre français de la Magie eut soudain comme une prise de conscience : les
Britanniques, ayant hérité de Voldemort, ne l’avaient-ils pas eux-mêmes fabriqué,
quelque part ? D’où leur venait une telle paranoïa, sachant que leurs mesures
pénitentiaires existaient avant même la naissance du Seigneur des Ténèbres ? Et le
comble, c’était que ces mesures avaient été adoucies après sa mort.
La Tanière releva les yeux vers Toussette que l’on acheminait vers la sortie. Avant de
franchir la porte, ce dernier se retourna brusquement, un sourire froid aux lèvres.
— Monsieur le Ministre, annonça-t-il. Je vous dis « à très bientôt » ! Des événements
de grande ampleur vont prochainement se produire… en France.
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 7
L’Hôpital Saint Quentéhin
Marseille, le 29 juillet 1998
L’Hôpital Saint Quentéhin pour les maladies, pathologies et blessures magiques était
le plus vieil hôpital pour sorciers de France.
Fondé en 1631 près du Vieux Port de Marseille, on pouvait désormais y accéder via
La Canebière, en traversant le socle du Monument des Mobiles, au nez et à la barbe
des Moldus.
Simon Calmant, qui en était le directeur depuis déjà une quinzaine d’année, ne
cachait pas son inquiétude, après avoir visité, ce jour-là les différents services de
l’établissement. Confortablement installé à présent dans un sofa du salon de thé de
l’hôpital, en compagnie du Guérisseur-en-Chef Agnès Thaisian, il savourait son
chocolat chaud, hésitant à faire-part à celle-ci de son scepticisme, quant à la
guérison prochaine des deux patients qui étaient arrivés quarante-huit heures
auparavant.
— Agnès, demanda-t-il en posant son bol sur une petite table en bois d’acajou,
d’après vous, quelles sont les chances de ces deux hommes ? Je ne vous cache pas
mes craintes…
Finissant d’avaler son thé aux graines de cactus, Agnès Thaisian, hésitait à répondre.
— Vous savez, Simon, leurs blessures sont assez graves. Il me faudra quelques jours
avant de me prononcer sur l’évolution de leur état de santé. Je vais, certes, mobiliser
tout mon service, afin qu’ils soient rétablis rapidement, mais même remis, il leur
faudra un certain temps avant de… avant de redevenir comme avant…
Les mains de Calmant se mirent à trembler. Une chape de plomb semblait s’abattre
sur ses épaules. Submergé par l’angoisse, il s’exclama :
— Agnès…Vous savez que depuis je suis minot, je supporte Les Dragons de
Marseille. Je n’ai jamais eu la chance de les voir remporter le championnat de France
de Quidditch. Fibule et Blanchard sont les meilleures chances de cette équipe, et le
championnat reprend dans moins d’un mois. Le fait qu’ils se soient percutés à
l’entraînement est vraiment une malchance, mais tout de même, ce ne doit pas être
si grave ?
Agnès soupira :
— Simon, ils ont chuté de leurs balais et sont tombés violemment au sol, vingt mètres
plus bas !
35
CINDY JEDUSOR
Atterré, Simon Calmant fixa longuement le sol. Perdu dans ses pensées, il ne vit pas
arriver à ses côtés un de ses employés qui lui apportait un parchemin.
— Excusez-moi de vous déranger, monsieur le directeur, annonça ce dernier. Un
hibou vient de nous apporter un message du Ministre de la Magie, depuis Londres.
Celui-ci sera présent demain matin, et souhaiterait s’entretenir avec vous, au sujet
des deux Marsouins arrivés hier soir : le commandant Frisquet et le lieutenant
Landernau.
Le directeur se redressa sur son sofa :
— Ha, très bien…très bien… heu…merci Jonathan…
Calmant tourna son regard vers Agnès en la dévisageant d’une manière
interrogative. Les deux officiers avaient miraculeusement échappé à la mort à
Collobrières, mais leur état de santé était des plus critiques.
— Agnès, demanda le directeur, vous avez entendu ? Le Ministre de la Magie sera là
demain matin. Que pourrions-nous lui dire sans l’alerter ?
— Simon, répliqua Agnès, le mieux est de lui dire la vérité. Et la vérité est, qu’à
l’heure actuelle, nous ne savons pas quelle thérapie adopter. Le fait qu’ils soient
encore en vie dépasse tout entendement. Ils ont échappé au sortilège de la mort.
Jusqu’à présent, je n’en connaissais qu’un seul qui y avait réussi.
— Harry Potter…
— Oui. Mais son assaillant a été, sur le coup, mis hors d’état de nuire et le jeune
Harry n’a subi, hormis une cicatrice, aucune séquelle. Les deux Marsouins sont non
seulement dans un état grave, mais leurs agresseurs ont, semble-t-il, réussi à
s’enfuir. Je ne sais pas ce que La Tanière espère obtenir de cette visite, mais ne lui
cachons rien, Simon. J’ai comme l’impression qu’il s’agit d’une opération secrète qui
a mal tourné.
Simon Calmant se frotta les mains nerveusement. Agnès aurait parié que le directeur
s’inquiétait toujours pour les deux joueurs de Quidditch.
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 8
Monsieur et Madame Duroy
Londres, le 29 juillet 1998
« Des événements de grande ampleur vont prochainement se produire… en France ».
Depuis que le prisonnier Toussette avait été emmené par les gardes, Edmond La
Tanière n’arrêtait pas de ressasser cette phrase dans son esprit. Était-il sérieux ou
avait-il fait de la provocation ?
Soumis au Veritaserum , le Mangemort français était dans l’incapacité de mentir. Le
Ministre ne pouvait donc qu’écarter la seconde hypothèse. Toussette disait vrai !
— Meussieu le Ministreu, pouvons-nous ameuner les deux ôtres prizonniers ?
En pleine réflexion, La Tanière n’avait pas vu revenir les gardes d’Azkaban. Cette
fois-ci, ils étaient rentrés à quatre, emmenant avec eux un couple enchaîné de la
même manière que Toussette.
— Oui… heu… oui, bien sûr, répondit le Ministre. Mais pourquoi m’emmenez-vous
deux prisonniers en même temps ?
— Cette ômmeu et cette fammeu sont maryés, expliqua le même garde, en désignant
le couple de prisonniers. Ils refuseu daitreu intairôgés saiparaiment.
Le Ministre acquiesça d’un signe de tête, tout en maudissant Shacklebolt de lui avoir
menti. « Les gardes d’Azkaban ne parlent pas le français… ». Mon cul, oui !
— Bien, dit-il. Faites-les asseoir et sortez tous les quatre !
— Nous neu pouvons pas sorreutirre, meussieu le…
— DEHORS ! hurla La Tanière en se levant. Et dites à Shacklebolt d’arrêter de me
prendre pour un con !
— Un koua, meussieu le Ministreu ?
— Sortez immédiatement ! Laissez-moi seul avec les prisonniers !
Les gardes se regardèrent, totalement indécis. Apparemment, le Ministre anglais
n’avait pas prévu cette situation. Ils obtempérèrent finalement, après avoir vérifié la
solidité des chaînes qui enlaçaient le couple.
— Bien, fit La Tanière en se rasseyant.
Malgré sa fureur, le Ministre se concentra sur les dossiers des prisonniers que les
gardes avaient déposés sur le bureau. L’un d’eux concernait Claudine Duroy,
originaire de Bordeaux. Arrêtée après la Bataille de Poudlard. Mangemort et membre
37
CINDY JEDUSOR
de l’Ordre du Temple.
L’autre dossier était celui de son mari, Jean Duroy. Originaire de Toulouse, il avait
été arrêté peu de temps après son épouse… en essayant de la libérer lui-même
d’Azkaban.
— Claudine Duroy ? demanda le Ministre.
— Oui, répondit celle-ci.
— Je vois que vous faites, ou que vous avez fait partie, des Templiers.
— C’est exact. J’y suis toujours.
— Je croyais que seuls les hommes pouvaient être chevaliers.
— C’était vrai il y a quelques siècles, monsieur le Ministre.
Depuis que Jacques de Molay, le dernier Grand Maître de l’Ordre, a été officiellement - brûlé vif par le roi Philippe le Bel et le pape Clément V, la gente
féminine, profitant de l’entrée du Temple dans la clandestinité, a pu l’intégrer.
— Pourquoi avez vous rejoint le camp de Vous-Savez-Qui ?
— Par idéologie.
— Vous n’êtes pas une « Sang-pur », d’après ce que je vois dans votre dossier ? Votre
grand-père paternel était un Moldu.
— Le Seigneur des Ténèbres ne l’était pas non plus. Vous croyez vraiment que la
pureté de la race était la vraie raison de le rejoindre ?
— Eh bien, madame Duroy, veuillez m’éclairer. Qu’elle était la raison de faire partie
des Mangemorts ?
— La domination de notre univers magique sur celui des Moldus.
La fin de vivre comme des rats, cachés aux yeux du monde, de pratiquer nos activités
dans le secret et la peur d’être découverts. La fin de protéger ces animaux stupides
en les maintenant dans l’ignorance. N’oubliez pas que c’est à cause des Moldus que
nous avons dû nous retirer dans la clandestinité.
La Tanière observa longuement Claudine Duroy pendant qu’elle parlait. Elle ne
devait pas avoir plus d’une trentaine d’années. Ses cheveux noir bouclés n’étaient
plus coiffés depuis des semaines et, descendant jusqu’au milieu du dos, présentaient
un caractère hirsute. Ses yeux marron, constamment en mouvement, donnait à son
regard un côté fuyant, malgré l’aplomb qu’elle mettait dans ses propos. Elle devait
certainement porter les mêmes vêtements depuis la Bataille de Poudlard, car ceux-ci
ne ressemblaient plus qu’à des haillons.
— Comment vous sentez-vous à Azkaban, lui demanda-t-il.
38
CINDY JEDUSOR
— Très mal. Malgré le départ des Détraqueurs, cet endroit est toujours des plus
lugubres.
— Je peux vous faire transférer à Maribor. Moyennant, bien sûr, certaines conditions.
— Lesquelles ?
— Que vous coopériez avec nous. Le Seigneur des Ténèbres avait de nombreux
partisans, en France, et ils sont toujours actifs.
— Vous me demandez donc de trahir les miens.
La Tanière soupira.
— Madame Duroy, demanda-t-il, quelles sont les chances, d’après vous, de réussir
votre sinistre entreprise, depuis que Vous-Savez-Qui n’est plus là ? Vous êtes jeune,
vous avez un mari. J’ai lu que vous n’avez pas encore d’enfants, mais il n’est pas trop
tard. Coopérez ! Et votre mari et vous retrouverez bientôt la liberté. Vos anciens
amis ne sauront rien de l’aide que vous nous apporterez.
— Je peux dire un mot ? s’exclama Jean Duroy.
Surpris par cette intervention, Claudine Duroy et La Tanière tournèrent le visage
vers l’homme qui venait de parler. Grand et mince, sa barbe de plusieurs semaines et
ses cheveux brun en bataille lui donnaient un aspect misérable. Mais l’intensité de
son regard et la couleur jaunâtre de ses yeux semblaient vouloir envoûter ses
interlocuteurs, ce qui mit le Ministre mal à l’aise.
— Je vous en prie, monsieur Duroy, répondit ce dernier.
— Ma femme et moi acceptons votre proposition, si tant est qu’elle m’était également
destinée.
— J’allais vous la soumettre, à vous aussi . Vous n’avez jamais fait partie de l’Ordre
du Temple ?
— Non, je n’en ai jamais vu l’utilité. Mais je sais que ce n’est qu’une bande
d’opportunistes, cherchant par tous les moyens à retrouver leur grandeur passée. Ma
femme et moi avons fait une erreur.
Du coin de l’œil, La Tanière remarqua que l’épouse de Duroy, malgré son silence,
lançait à celui-ci un regard réprobateur.
— Il est temps de retrouver tous les deux une vie normale, continua Duroy. Notre
rêve de domination n’était que pure utopie, et nous le regrettons. Nous voulons bien
vous aider. Mais il faut que vous nous fassiez sortir d’ici.
— Je vais vous faire transférer à Marseille.
— Et ensuite ? demanda Claudine.
39
CINDY JEDUSOR
— Ensuite, répondit le Ministre, vous ferez tout ce qu’on vous dira de faire et vous
nous donnerez toutes les informations nécessaires sur les Mangemorts français.
Votre libération est à ce prix !
Devant le silence approbatif des deux prisonniers, La Tanière se leva et se dirigea
vers la porte.
— Et surtout, pas un mot lorsque vous retournerez à Azkaban, ajouta-t-il avant de
l’ouvrir.
40
CINDY JEDUSOR
Chapitre 9
Ginny et Harry
Loutry Ste Chaspoule, comté du Devon
(Sud-ouest de l’Angleterre)
le 30 juillet 1998
Depuis le décès de Fred Weasley, Harry trouvait que Le Terrier avait… il avait du
mal à l’exprimer… un peu perdu quelque partie de son âme ! George n’y était pas
revenu depuis le 2 mai dernier, date de la disparition de son frère jumeau, et Harry
pensait qu’il évitait ainsi de ne pas faire face à son absence. Non, Fred ne reviendrait
plus au Terrier ! Ou peut-être en tant que fantôme… son fantôme !
Mais oui, pourquoi le fantôme de Fred ne reviendrait-il pas hanter Le Terrier ? Ou un
autre endroit ? Poudlard, peut-être ? Pour prendre la place de Peeves, par exemple ?
Ou s’associer avec ce dernier, dans le but de faire toutes les blagues possibles et
imaginables aux élèves et professeurs ? Ou encore…
— Harry, réveille-toi ! Le Ministre français va t’attendre ! Tu sais comment sont les
français ? L’heure c’est l’heure…
Non, Harry ne le savait pas ! Il n’avait jamais entendu parler d’une quelconque
ponctualité des français ! Il aurait même pensé qu’ils étaient plutôt doués pour un
certain laxisme. Mais il avait surtout de la peine à ouvrir les yeux… Et il aurait mieux
fait de les garder fermés. Car le cri d’horreur qu’il poussa, en regardant devant lui,
le fit brutalement tomber de son lit…
— Madame Weasley ! hurla-t-il. Vous m’avez fait une de ces peurs ! Qu’arrive-t-il à
votre visage ?
— Harry… je te remercie de m’avoir pris pour ma mère. C’est moi, Ginny !
Tâtonnant sur la table de nuit à la recherche de ses lunettes, Harry s’en empara et
essaya tant bien que mal de reconnaître Ginny Weasley derrière le visage boursouflé
qui se présentait devant lui. Troublé, il demanda :
— Ginny…mais que s’est-il passé ?
Ginny semblait hésiter entre le rire et les larmes.
— C’est George ! s’exclama-t-elle.
— George ? Il est ici ? Je croyais qu’il était sur le Chemin de Traverse, dans sa
boutique de Farces et Attrapes ?
41
CINDY JEDUSOR
— Il y est toujours. Mais je te laisse deviner ce qu’il y avait dans le paquet qu’il m’a
envoyé.
Devant l’incrédulité d’Harry, Ginny continua :
— J’aurais du me méfier. Je pensais réellement que c’était un vrai tube de crème
pour la peau du visage ! Ce n’est qu’après l’avoir appliquée que j’ai lu l’emballage :
« Bouffichoc : la crème pour celles qui se trouvent trop belles ! »… ! La vermine ! On
dirait que son chagrin disparaît ! Comment peut-il déjà oublier Fred ?
Harry se leva et se rapprocha de Ginny, hésitant à la prendre dans ses bras :
— Je crois qu’au contraire, Georges lui rend hommage ! dit-il.
Fred n’aurait jamais voulu qu’on se lamente éternellement sur sa mort.
— Peut-être, sanglota Ginny. Mais combien de temps vais-je devoir supporter ce
visage ?
Harry ne savait plus quoi répondre. Devant son silence, Ginny lui tendit un colis
d’une trentaine de centimètres de long.
— Au fait, annonça-t-elle, pour ton anniversaire, il t’a aussi envoyé un paquet. Fais
attention quand même !
Harry saisit le colis et s’employa à l’ouvrir. Il y découvrit une boite en fer forgé, sur
laquelle était déposée une enveloppe à son nom. Il reconnut sans difficulté l’écriture
de George. Intriguée, Ginny lui demanda :
— Que te veut-il donc ? Attention, c’est peut-être une lettre piégée.
Sans réfléchir, Harry déchiqueta l’enveloppe et s’empara de la lettre qu’elle
contenait, la lisant à haute voix :
« Mon cher Harry,
Avec un jour d’avance, je te souhaite un très heureux anniversaire !
Tu sais que Fred aurait aimé s’associer à moi pour t’offrir ce modeste présent, mais
je suis sûr que, de là où il est, il approuve mon geste.
Prends soin de toi, et fais en sorte que les français ne te gardent pas trop longtemps.
George.
PS : dis à Ginny que, normalement, la crème n’agit que quelques heures… ! Mais
comme elle n’est pas tout à fait au point, avant de la commercialiser, j’ai préféré
qu’elle utilise, afin de vérifier qu’il n’y ait pas d’effets secondaires ».
42
CINDY JEDUSOR
Ginny s’emporta :
— « Effets secondaires » ? hurla-t-elle….Et elle « n’agit que quelques heures » ?…Je
prends mon balai et je vais l’étrangler dans sa boutique !
Essayant à grand-peine de contenir un fou-rire, Harry intervint :
— Attend au moins que j’ouvre la boite…
Harry s’assit et, la posant sur ses genoux déclencha en son milieu l’ouverture
automatique. Lentement, le couvercle glissa sur le côté, laissant apparaître le
contenu.
Devant les yeux écarquillés d’Harry, Ginny intervint prestement :
— Eh bien, qu’est-ce que c’est ?
— C’est…c’est une baguette magique !
— Elle vient d’où ? De sa boutique ?
Harry observa la boite. Dessus, une étiquette indiquait :
« Baguette reversotoda ».
— Reversotoda ? demanda-t-il en regardant Ginny.
— J’imagine que cette baguette est montée à l’envers, de telle sorte que le sortilège
est lancé par le manche.
Harry s’en saisit délicatement, comme s’il craignait qu’elle n’explose, et la tendit
face au mur devant lui :
— Il n’y a qu’à essayer !
— Non Harry, çà peut être dangereux.
Indécis, Harry rabaissa son bras :
— Oui, tu as raison, dit-il. Bon, je crois qu’il vaut mieux que je me dépêche de me
préparer, on doit s’impatienter au Ministère.
— Combien de temps vas-tu rester en France ? demanda Ginny.
— Je ne sais pas. Le Ministre français a été incapable de me le dire. Mais je ne vais
pas m’y éterniser. Le temps de mettre les Mangemorts français hors d’état de nuire
et de récupérer la fille de Voldemort.
— Tu-Sais-Qui avait une fille ?
— Oui, en France. Cindy Jedusor. C’est encore un bébé, mais les français ne veulent
pas prendre le moindre risque. Ils ont peur qu’elle ne veuille, plus tard, reprendre le
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CINDY JEDUSOR
combat de son père.
— Mais que vont-ils en faire ?
— La mettre loin de toute mauvaise influence, je suppose. J’espère quand même
qu’ils ne seront pas trop durs avec elle. Un enfant n’est jamais responsable des actes
de ses parents, n’est-ce pas ?
Délicatement, Ginny prit les mains de Harry dans les siennes.
— Reviens vite, je t’en prie, murmura-t-elle en le regardant tendrement dans les
yeux.
— Je… Je te promets, Ginny, répondit Harry.
Les deux jeunes sorciers restèrent un moment face-à-face. Ils avaient traversé tant
d’épreuves ensemble, que se séparer quelques jours aurait pu leur paraître dérisoire.
Mais ils s’aimaient. Sans se l’avoir encore avouer.
Harry aurait voulu l’embrasser, enfin ! Mais le visage de Ginny, sous l’effet de la
crème Bouffichoc, avait pour lui un côté dissuasif.
Pas pour elle. Retirant ses mains de celles de Harry, elle les lui passa autour du cou
et, en dépit de l’aspect qu’elle présentait, elle l’embrassa.
Enfin !
44
CINDY JEDUSOR
Chapitre 10
Promesse de ministre
— Eh bien, Edmond, vous nous quittez déjà ?
Les deux ministres de la Magie étaient assis face à face. Devant eux était dressée
une petite table, que théière et petits gâteaux agrémentaient. Malgré son aversion
pour le thé, La Tanière fit l’effort d’en avaler quelques gorgées, sans quitter
Shacklebolt des yeux.
Celui-ci soutint son regard et continua :
— Vos interrogatoires ont-ils été constructifs ?
— Très ! répondit le français en reposant sa tasse. Kingsley, sommes-nous vraiment
alliés dans cette histoire ?
— Que voulez-vous dire ?
— Je sais très bien que je ne suis pas le bienvenu à Londres. Vous n’avez pas arrêté
de me faire espionner, ni de tenter d’extorquer des informations à mon insu.
— Je vous rappelle, Edmond, que vous êtes chez moi et, même si nous avons des
ennemis communs, je suis sceptique quant à vos méthodes de mener le combat
contre les Mangemorts. Et, sans indiscrétion, j’aimerais savoir ce que vous avez
promis au couple Duroy ?
— Une demande officielle de transfert de la prison d’Azkaban à celle de Maribor, les
concernant, vous parviendra dans les toutes prochaines heures.
— Très bien, Edmond. Potter vient avec vous aujourd’hui même ?
— Oui, si vous le permettez.
— Bien sûr. Je vous rappelle seulement qu’il reste sous ma responsabilité.
— Il ne saurait en être autrement, Kingsley. Dès mon retour à Paris, mes services
entreront en relation avec les vôtres. Régulièrement, vous aurez des nouvelles de
Potter, ainsi que des informations sur l’avancée de nos travaux d’enquête. Avec
l’espoir d’un retour d’ascenseur de votre part.
— Cela va sans dire. Harry ne devrait plus tarder, maintenant. Je dois vous laisser,
Edmond. Je vous dis… á bientôt ?
— À bientôt, Kingsley. Et… évitons une nouvelle catastrophe.
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 11
Bienvenue en France
Paris, le 31 juillet 1998
— Bon anniversaire Harry !
Harry s’assit en face d’Edmond La Tanière, dans son bureau du Ministère de la
Magie. Les deux hommes étaient partis la veille en balais volants, quittant Londres
en fin de matinée, pour se poser à Paris. Harry avait été impressionné par la façon
dont il été arrivé dans la capitale française. Alors que le départ de Londres s’était
déroulé de manière traditionnelle - Harry et le Ministre ayant enfourché leurs balais
pour quitter la Grande-Bretagne - leur arrivée à Paris avait eu, aux yeux d’Harry,
quelque chose d’insolite. Au moment où la Tour Eiffel se dressait devant eux, il eut la
sensation de ne plus pourvoir contrôler son balai, et se sentit aspiré dans une sorte
de tunnel invisible qui, à une vitesse vertigineuse, l’emmena directement à travers
une bouche d’égout dans les profondeurs du sous-sol parisien. Au bout de quelques
secondes de vol dans une pénombre presque dérangeante, son balai finit sa course
devant une immense porte dorée ornée d’innombrables fleurs de lys. Harry n’eut pas
le temps d’admirer l’entrée du Ministère, la porte s’ouvrit alors qu’il venait à peine
de mettre pied à terre. Ses bagages, qu’il avait confiés au personnel londonien
de Shacklebolt, étaient déjà là, rangés dans un coin d’un long couloir qui s’étendait
derrière la porte d’entrée. Le jeune sorcier se promit de demander à la première
occasion comment toutes ses malles avaient voyagé de Londres à Paris.
— Merci, monsieur le Ministre, répondit-il avec un sourire de courtoisie.
— Harry, comme je vous l’ai dit au Chaudron Baveur, je dois me rendre à Marseille
aujourd’hui même. Je suis juste passé au Ministère pour vous y accompagner, mais je
dois hélas vous laisser. J’ai averti, hier, le bureau des Marsouins que vous arriviez et
l’un des chefs de service va venir vous chercher pour que vous puissiez débuter votre
formation. Ce sera quelques cours théoriques pour commencer, le temps que je
revienne, et ensuite nous mettrons en place notre système de surveillance et de
répression des fidèles de Vo…de Voldemort sur tout le territoire français.
— Monsieur le Ministre, pourquoi ne pourrais-je pas vous accompagner à Marseille ?
Après tout, vos deux officiers, qui ont été blessés, pourraient beaucoup m’apprendre,
et en retour, je pourrais apporter ma modeste contribution. Et… quelque chose me
dit que c’est dans le Sud-est de la France que les choses vont se passer…
La Tanière garda le silence. Harry avait sûrement raison. C’était sur le terrain qu’on
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CINDY JEDUSOR
avait besoin de lui. Et question « formation », que demander de mieux qu’un exercice
grandeur nature ? Le Ministre se leva de son siège et se servit son habituelle tasse
de café. Après réflexion, il proposa à Harry :
— Je crois effectivement, mon cher ami, que c’est une bonne idée. Nous allons nous
rendre à l’Hôpital Saint Quentéhin à Marseille dans une heure ou deux. C’est là que
Frisquet et Landernau ont été amenés, après leur tentative d’appréhender Éléonore
de La Chapelle. S’ils sont en état de parler, j’aurais besoin de les questionner. Il
faudra aussi que je vous présente un de mes plus fidèles collaborateurs, Gilbert du
Motier, que vous connaissez sans doute mieux sous le titre de Marquis de La Fayette.
Ce dernier pourrait bien avoir besoin de vos services, et dans les plus brefs délais ! Il
nous faut en effet réagir rapidement. Les « Chevaliers Noirs », comme il les appelle,
ont montré à Collobrières qu’ils pouvaient opérer où bon leur semblait et qu’ils sont,
hélas, admirablement organisés. C’est presqu’un miracle que les Marsouins n’aient
pas tous été exterminés lors de cette intervention, et…
La Tanière s’arrêta soudainement de parler, les yeux exorbités dirigés vers le sol.
Puis, tournant à nouveau le regard vers Harry, il lui demanda :
— Potter… A ma connaissance… Une seule personne a survécu au sortilège de la
Mort ? L’Avada Kedavra tue instantanément. Il n’existe envers lui aucun contre-sort.
Le directeur de l’Hôpital de Marseille m’a bien spécifié dans sa lettre que sur les
quatre Marsouins l’ayant subi, deux sont morts. Mais Frisquet et Landernau ont
survécu… Comment est-ce possible ?
Harry se leva en souriant pour venir se placer en face du Ministre.
— Je n’étais pas très bon élève, à Poudlard, vous savez ? Mais quand un cours me
passionnait, là, j’écoutais. En quatrième année, j’avais un prof… enfin… un faux
professeur qui se faisait passé pour Maugrey Fol Œil, qui nous avait avertis que ce
sortilège nécessitait une grande puissance magique. Il disait que lui-même, s’il en
était victime par toute la classe au même moment, ne le ferait à peine que saigner du
nez (Harry Potter et la Coupe de Feu, note de l’auteur).
— Ce qui veut dire ?
— A mon sens, deux solutions : soit Frisquet et Landernau ont eu une chance
incroyable, et dans ce cas, je ne suis plus le seul à avoir survécu à ce sortilège – ce
qui, entre-nous, m’indiffère totalement – soit… on a voulu les épargner, car ce n’est
sûrement pas un manque de puissance magique de leurs adversaires qui les a
sauvés ? Nous n’allons pas comparer des Chevaliers Templiers avec une classe
d’élèves de quatrième année, n’est-ce pas ?
La Tanière regarda fixement Harry avec admiration. Le jeune sorcier venait de
soulever une hypothèse à laquelle il n’aurait jamais pensé. Effectivement, et si
Frisquet et Landernau avaient tout simplement été épargnés ? Mais dans ce cas,
47
CINDY JEDUSOR
pour quels motifs ?
— Ne perdons pas de temps, Harry, conclut le Ministre. Je vais avertir mon personnel
de notre départ imminent pour Marseille. Ne vous préoccupez de rien, ni de vos
bagages ni de vos autres accessoires, tout nous attendra là-bas.
— Au fait, monsieur le Ministre, demanda Harry, une question m’est venue à l’esprit,
hier. Comment nos bagages nous ont-ils suivis de Londres à Paris ? En fait, quand je
dis « suivis », je devrais dire « précédés ».
— Et bien, c’est par une méthode assez simple. Les objets ou vêtements qui doivent
nous accompagner en voyage ne sont pas transportés, mais… dupliqués. Vos
bagages, par exemple, sont encore à Londres, et ceux que vous avez aperçu ici n’en
sont que de parfaites répliques, elles-mêmes répliquables, et que vous pouvez utiliser
comme les originaux. Les répliques disparaissent dès que le propriétaire récupère
ces derniers. C’est le sortilège Duplico. Mais nous en reparlerons, Harry, cela fera
parti de votre formation.
— Très bien, Monsieur le Ministre, comment partons-nous ?
— Par le réseau de cheminées. Nous partirons de celle située dans le petit séjour, à
côté, et nous arriverons dans celle installée dans le bureau de Simon Calmant, le
directeur de l’Hôpital Saint Quentéhin. Attendez-moi là, je reviens.
Simon Calmant, assis à son bureau, regardait avec une certaine appréhension les
deux Marsouins installés en face de lui. Si Landernau, bien que très diminué, donnait
des signes encourageants de guérison, Frisquet, quant à lui, ne semblait plus qu’être
l’ombre de lui-même. Ses mains reposaient en permanence sur sa blessure au ventre
et, pris régulièrement de vertiges, il faisait des efforts surhumains pour ne pas
s’écrouler de sa chaise.
Angoisse et inquiétude se discernaient sur le visage crispé des trois hommes. Depuis
quelques minutes, une dizaine de baguettes magiques étaient dirigées vers eux, au
bout desquelles des Chevaliers du Temple se tenaient, encagoulés, prêts à s’en
servir.
— Et bien, monsieur Calmant, demanda l’un deux. Vous ne savez vraiment pas à
quelle heure arrive le Ministre de la Magie ? Selon nos informations, il ne devrait pas
tarder. Accompagné d’un célèbre jeune sorcier, n’est-ce pas ?
Calmant dirigea son regard vers celui qui venait de parler. Le chef, sans doute.
Comment avertir La Tanière ? Le piège était bien monté. Il était désormais
impossible de contacter le Ministère. Et Potter et La Tanière n’auraient sûrement pas
le temps de réagir lorsqu’ils apparaîtraient dans la cheminée.
48
CINDY JEDUSOR
— Je vous répète que je ne sais pas, finit-il par répondre. Pourquoi voulez-vous que le
Ministre de la Magie me rende visite aujourd’hui ? Ne croyez-vous pas qu’il a bien
d’autres choses à régler ?
Le Chevalier en question s’approcha lentement vers Calmant, tout en abaissant sa
baguette magique. Arrivé à sa hauteur, il le gratifia d’un soufflet qui faillit le faire
chuter à terre. Rouge de rage, Frisquet oublia illico ses souffrances et s’élança vers
le Templier qui, avec le plus grand sang-froid, tendit sa baguette dans sa direction :
— Stupefix !
Roulant sur le sol, Frisquet perdit connaissance. Landernau se crispa sur sa chaise,
ivre de haine, et seule la proximité des baguettes magiques, prêtes à agir sur lui, le
dissuada de tenter le moindre geste. Jetant un coup d’œil vers Frisquet, il constata
que son supérieur gisait comme plongé dans un profond coma. Il tourna alors les
yeux vers son agresseur :
— J’ai reconnu votre voix, Lenoir, dit-il. Je vous en prie, faites-nous la grâce de nous
montrer votre visage. Cette cagoule ne vous va pas du tout.
Le Templier pointait toujours sa baguette dans sa direction. Pendant quelques
instants, les deux hommes s’affrontèrent du regard. Puis d’un mouvement rapide, le
Chevalier retira sa cagoule, identifiant son visage. Godefroy Lenoir.
— Vous vous sentez mieux, maintenant, Landernau ? demanda-t-il.
— Pas vraiment. Mais si je sors vivant d’ici, je pourrais au moins vous identifier.
L’Autorité Magique de France appréciera. Au fait, Lenoir. Que voulez-vous au
Ministre de la Magie ? Vous savez où se trouve le Ministère. Cela n’aurait-il pas été
plus simple de vous rendre sur place.
Lenoir émit un petit rire nerveux.
— Ne vous en déplaise, mon jeune ami. Ce n’est pas La Tanière qui nous intéresse.
— J’aimerais toutefois savoir comment vous faites, pour être au courant de tant de
choses. D’abord, vous saviez que l’on vous surveillait l’autre nuit, à Collobrières.
Ensuite, vous êtes informé de la venue du Ministre ici, à Marseille. N’y aurait-il pas
des traîtres parmi nous ? Des gens à votre solde au sein même du Ministère ? Ou de
la Marsouinerie ?
Lenoir cessa de rire. Il observa intensément le jeune Lieutenant :
— Cela se pourrait bien, Landernau. Mais bien sûr, vous n’en saurez jamais rien !
— Autre chose : qu’avez-vous fait d’Éléonore de la Chapelle ? Et de la petite Cindy ?
— Contentez-vous de savoir qu’elles sont entre de bonnes mains. Et je vous saurais
gré de cesser vos questions. Vous n’êtes pas en situation de pouvoir mener un
49
CINDY JEDUSOR
interrogatoire.
Landernau se tut, dirigeant cette fois son regard vers Simon Calmant. Celui-ci était
encore secoué, mais retrouvait son calme. Il gardait cependant un œil constamment
posé sur la cheminée de son bureau. Le jeune Marsouin en déduisit que l’arrivée du
Ministre était imminente. Que faire, sinon gagner du temps, ou dévier l’attention des
Templiers ?
— Lenoir, demanda-t-il, quelles sont véritablement vos intentions ?
Lenoir haussa la voix :
— Je vous ai demandé de ne plus poser de questions !
— Très bien. Alors est-il possible de boire quelque chose ? Je meurs de soif.
— Que voulez-vous ?
— Boire…
Le Maître-Chevalier s’énerva :
— Oui, mais quoi ? Vous commencez à m’échauffer, Landernau !
— Et bien… jus de citrouille, par exemple….
Lenoir se tourna vers Calmant :
— Où peut-on trouver çà ?
Calmant se redressa :
— Il faudrait que j’appelle Jonathan, un aide-guérisseur.
— Vous laissez ce Jonathan où il est et vous me dites ce qu’on peut donner à boire à
cet… cet énergumène, pour qu’il se taise une bonne fois pour toutes !
Le directeur de l’Hôpital réfléchit :
— Dans mon placard, au fond de la pièce, il y a des bouteilles d’eau.
Lenoir orienta sa baguette vers le meuble en question, et cria :
— Accio bouteille d’eau !
Aussitôt les portes du placard s’ouvrirent. Une bouteille en verre se souleva
lentement et se dirigea dans les airs jusqu’à Lenoir, qui l’attrapa au vol.
— Tenez, Landernau, hurla-t-il en tendant la bouteille au jeune Marsouin. Buvez et
fermez-là !
Landernau s’en saisit et la porta à ses lèvres, avalant quelques gorgées
rafraîchissantes. Et maintenant ? pensa-t-il, tout en croisant le regard dépité de
Calmant. Le directeur semblait abattu, malgré une certaine dignité qu’il dégageait.
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CINDY JEDUSOR
Le jeune homme aurait voulu l’aider, mais la prudence lui conseillait désormais de se
taire et de ne plus bouger. Attendre ! Espérer et attendre ! Regardant à nouveau
Frisquet allongé sur le sol, il eut soudain le doute effrayant qu’il était mort. Mais
non ! Frisquet a subi le maléfice de Stupéfixion ! Il est juste dans un état comateux !
Il n’est pas mort !
Détournant enfin les yeux de son Commandant, il les posa alors sur la cheminée.
Banale. Aucun ornement. Aucune classe. Presque de mauvais goût. Trop simple pour
un Hôpital comme le Saint Quentéhin ! Et maintenant une fumée verte qui en sort !
Et qui s’épaissit, en plus ! Et…
Splashhhhhhh !!!!!!!
— Ils sont là ! cria un des Templiers.
— Chevaliers, attrapez-les et saisissez leurs baguettes ! hurla Lenoir. Vite !
La Tanière venait d’apparaître et, tant bien que mal, tenta de se dégager de la
cheminée. Aveuglé par la fumée verte qui peinait à se dissiper, il chercha
désespérément Harry.
— Potter, dit-il, passez-moi ma baguette…merci.
— Expelliarmus ! hurla une voix angoissée.
— Hé, ma baguette ! répondit le Ministre en essayant de distinguer les formes à
travers le nuage verdoyant. Calmant, c’est vous ? Vous avez donc si faim que vous
me « désarmez », si j’ose dire, de ma baguette de pain ?
Pas de réponse. La Tanière plissa les yeux, et finit par distinguer une forme humaine,
sans visage, portant une croix pattée peinte en rouge sur son uniforme blanc. Dans
une main, elle tenait une baguette magique, dans l’autre la baguette de pain dont le
Ministre venait d’être dépossédé. Celui-ci comprit tout à coup.
— Par Merlin, Harry ! cria-t-il, nous sommes tombés dans un piège !
— Monsieur le Ministre, monsieur Potter, annonça Lenoir en s’avançant vers eux,
baguette tendue. S’il vous plaît, pas de résistance inutile et veuillez remettre vos
baguettes à mes chevaliers ! Mais…
Lenoir s’interrompit. La fumée avait totalement disparu, ce qui rendait la visibilité
parfaite.
— La Tanière, hurla-t-il en l’empoignant par le revers de sa veste, où est passé
Potter ? Où est-il passé ? Répondez ! Vite !
— Juste derrière vous, répondit Harry.
51
CINDY JEDUSOR
Lenoir tourna brusquement la tête en direction de la voix, quand une gifle magistrale
la fit tourner dans l’autre sens. Il s’écroula sur le sol, laissant échapper sa baguette
magique.
— Emparez-vous de Potter ! hurla-t-il à ses hommes.
Devant l’apathie des Chevaliers, sa rage s’accentua.
— Vous attendez quoi ?
— Mais… où est-il ? risqua l’un deux.
Lenoir chercha Harry du regard. Nulle part ! Se relevant, il s’avança vers La Tanière,
resté impassible. Ce fut en remarquant le Ministre, une baguette magique dans les
mains, qu’il réalisa qu’il avait perdu la sienne.
— Petrificus Totalus ! scanda la voix d’Harry.
Lenoir s’immobilisa soudainement et tomba sur le sol, raide comme une statue.
Landernau bondit à ce moment-là de sa chaise pour se saisir de sa baguette, qu’il
venait de repérer au sol. Trois Templiers se ruèrent aussitôt sur le jeune Marsouin
quand deux d’entre eux s’affalèrent face contre terre, comme victimes de crocs-enjambes, entraînant le troisième dans leur chute. Landernau en profita pour rejoindre
Frisquet :
— Enervatum ! cria-t-il en visant le Commandant au sol.
Sortant de sa léthargie, Frisquet se releva lentement, la douleur au ventre le
tenaillant encore. Incrédule, il contempla la scène : Lenoir figé au sol, trois
Chevaliers qui tentaient de se relever et une main sans corps qui disparaissait,
réapparaissant ensuite pour une distribution gratuite de gifles et de coups de poings.
— Laurent, cria Landernau, prend cette baguette ! Monsieur le Directeur, prenez
celle-là ! Je ne sais pas quel est ce sortilège qui malmène à coups d’uppercuts les
Templiers, mais c’est efficace, ils en perdent leurs baguettes.
— Combien sont-ils ? demanda Frisquet tout en surveillant du regard une éventuelle
attaque.
— Neuf, sans compter Lenoir.
— Ils nous faut du renfort ! Attention, ils s’échappent !
Frisquet se retourna, observant les Chevaliers courir vers la porte du bureau. Il était
bien connu que l’on ne pouvait pas transplaner à l’intérieur de l’Hôpital Saint
Quentéhin. On ne pouvait le quitter que par la sortie. Ne se sentant pas la force de
les poursuivre, Landernau préféra les laisser déguerpir. Le temps que les soutiens
arrivent, ils seraient déjà loin. Après tout, ils détenaient Lenoir, toujours immobilisé.
— Et bien, monsieur Lenoir, dit le Ministre de la Magie. C’est ce qui s’appelle « se
52
CINDY JEDUSOR
jeter dans la gueule du dragon », n’est-ce pas ? Merci, monsieur Potter, je pense que
vous pouvez enlever votre cape d’invisibilité.
Harry s’exécuta, apparaissant à la vue de tous, sourire aux lèvres.
— Harry, dit La Tanière, en plus de vos nombreux talents, vous pouvez y ajouter des
dispositions certaines pour ce que les moldus appellent « la boxe » !
— Merci monsieur le Ministre, répondit Harry. Et maintenant, quelle est la suite du
programme ? Je ne pensais pas être mis à l’épreuve si tôt… Vos méthodes
d’enseignement sont plutôt rapides !
La Tanière baissa les yeux, gêné :
— Heu… ce n’était pas un exercice, Harry…
53
CINDY JEDUSOR
Chapitre 12
Testament de Godefroy Lenoir
Marseille, le 1er août 1998
Prison de Maribor
« Je m’appelle Godefroy Lenoir, Chevalier de l’Ordre du Temple. Issu d’une famille
de sorciers de « Sang-pur », la pureté de ma race a été une obsession depuis ma plus
tendre enfance. Lorsque mon père me fit introduire chez les Templiers, à l’âge de 17
ans, j’avais été outré d’y trouver toutes sortes de dégénérés qui se revendiquaient du
monde de la Magie, alors que certains avaient des parents moldus - les Sang-deBourbes - et que d’autres fricotaient avec eux. Je m’étais juré, en montant un par un
les échelons de la hiérarchie templière, de devenir le Grand-Maître de l’Ordre, et de
mener, d’abord, une guerre interne au sein des Chevaliers, en épurant tout élément
indigne du monde des Sorciers de part son infériorité raciale ou de son
comportement de traître vis-à-vis des « Sang-pur », puis un conflit sans relâche dans
toute la société magique de France, en éliminant physiquement ou en réduisant à
l’état d’esclavage ceux qui, par leur sang, souillaient le notre. La victoire acquise,
mes idées se seraient répandues dans le monde entier, puis, enfin, nous aurions pu
nous occuper - pour l’anéantir - de l’univers des Moldus, cette race d’animaux
humanoïdes qui ne jure que par une science erronée et une politique utopique.
Ayant rencontré Le Seigneur des Ténèbres en 1964, lors d’un déplacement à
Londres, j’étais persuadé à l’époque d’avoir enfin croisé celui qui mènerait les
« Sang-pur » vers une société où ces derniers auraient les pleins pouvoirs et la pleine
hégémonie. Mais le sort en a décidé autrement, malgré des années de combat pour
notre juste cause.
Cependant, tout n’est pas perdu, car Lord Voldemort - oui, j’ose écrire son nom que
je chérie tant - a laissé au monde une héritière qui, élevée au sein du groupe
« Pureté et Souveraineté » de l’Ordre du Temple - groupe dissident, mais dont les
membres sont inconnus au sein du Temple - saura reprendre le combat qui nous est
cher, jusqu’à la Victoire finale !
Il est bien sur inutile de rechercher l’enfant, son nom a été - pour un temps - modifié,
et sa localisation rendue secrète. Sa mère, femme dévouée, vit quelque part en
France. Nous essayerons encore de la protéger de nos ennemis, même si la ténacité
répugnante de l’Autorité Magique de France à vouloir s’emparer de cette pauvre
femme finira sans doute par avoir raison de sa liberté. Mais elle n’est pas notre
priorité, elle n’a fait que donner la vie à la fille de Lord Voldemort. Son mérite
54
CINDY JEDUSOR
s’arrête là.
Pour ma part, enfermé dans cette cellule de Maribor, je sais que je ne retrouverai
jamais la liberté. Mais je ne parlerai pas ! Non, je ne parlerai pas, car ici s’arrête ma
vie ! Lorsque vous retrouverez cette lettre, elle sera déposée à côté de mon corps
sans vie.
Oui, je me donne la mort. Mais la lutte continue !
Prends garde, Harry Potter !
Le jour de la vengeance arrive ! »
Godefroy Lenoir
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CINDY JEDUSOR
Chapitre 13
Très bientôt
56
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