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1er septembre 1939 - André Versaille éditeur

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André Versaille
Éditeur
Nous sommes résolus
à en finir avec ces méthodes
par
Neville Chamberlain
Le 1er septembre 1939
Tiré du livre
LES 50 DISCOURS QUI ONT MARQUÉ
LA 2e GUERRE MONDIALE
Édition établie par
Dominique Mongin
Édition établie et présentée par
Dominique Mongin
Les 50 discours
qui ont marqué
la 2e Guerre mondiale
Préface de Maurice Vaïsse
André Versaille éditeur
II – « Guerre éclair », « drôle de guerre », …
123
jeunesse allemande remplira de toute manière avec un cœur rayonnant ce que
la nation, l’État national-socialiste attend et exige d’elle. Si nous construisons
cette communauté, étroitement liée, résolue en toute chose, jamais disposée
à capituler, alors notre volonté vaincra toute nécessité.
Et je souhaite conclure en répétant les paroles que j’avais prononcées
lorsque j’ai entamé la lutte pour le pouvoir au sein du Reich. J’ai dit à l’époque :
si notre volonté est forte au point qu’aucune nécessité ne puisse l’influencer,
alors notre volonté et notre puissance allemande domineront la nécessité !
Deutschland – Sieg Heil !
&&
La déclaration que le Premier ministre britannique fait ce 1er septembre 1939
à 18 heures devant la Chambre des communes le montre clairement, il s’agit
d’adresser à Hitler un « quasi-ultimatum », on est très loin de l’esprit de Munich.
Ici, Neville Chamberlain (1869-1940), qui à 70 ans dirige le gouvernement britannique (conservateur) depuis 1937, refuse de laisser Hitler créer une nouvelle
fois l’événement et cherche à imposer un autre rythme, celui d’une négociation
encore possible à ses yeux, mais avec la menace de répondre par la force à
l’agresseur si celui-ci n’obtempère pas. Il tient d’entrée de jeu à affirmer que le
temps de l’action est arrivé et que celui des discours est dépassé. Il s’efforce
de démontrer combien son gouvernement n’a pas ménagé sa peine pour régler
les différends entre l’Allemagne et la Pologne et pour avertir Berlin que Londres
répondrait désormais par la force à toute nouvelle agression allemande. Il n’hésite
pas à désigner personnellement Hitler comme le seul responsable de la situation
de guerre, en des termes qui n’ont plus rien de diplomatique. Pour lui, l’affrontement qui se dessine ne sera pas un affrontement entre deux peuples, mais un
combat contre un homme, Hitler, qui est l’auteur de la politique agressive menée à
l’encontre de plusieurs pays européens depuis deux ans. D’où cet avertissement :
« Nous sommes résolus à en finir avec ces méthodes. » Mais Chamberlain ne
dédouane pas pour autant le peuple allemand, qui a permis l’arrivée au pouvoir
d’un gouvernement nazi. Il précise que l’ambassadeur de Pologne à Berlin, Jozef
Lipski, s’est vu répondre par une fin de non-recevoir à ses tentatives de négociation, lorsqu’il avait rencontré la veille le ministre des Affaires étrangères allemand,
Joachim Von Ribbentrop. En fait, ce dernier avait écourté l’entretien lorsqu’il avait
appris que l’ambassadeur ne disposait pas des pleins pouvoirs pour négocier
avec l’Allemagne… Pour Chamberlain, il n’y a pas d’alternative à l’agression
allemande contre la Pologne, la seule réponse possible consiste à montrer sa
force et à honorer les engagements qui ont été pris par la France (en 1921) et
la Grande-Bretagne (en 1939) à l’égard de la Pologne. À l’appui de ses déclarations, Chamberlain fait état de la réponse diplomatique que les ambassadeurs
britannique et français à Berlin ont été chargés de transmettre à Hitler à la suite
124
Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale
de l’agression contre la Pologne. Dans le document en question, il est clairement
dit que les deux démocraties rempliraient leurs devoirs envers la Pologne, à moins
que l’Allemagne décide de suspendre son intervention militaire et se montre prête
à retirer ses troupes de Pologne. Afin de prouver que la détermination britannique
n’est pas vaine, Chamberlain indique que Londres a ordonné le rétablissement de
la conscription et la mobilisation complète de la Marine, de l’armée de terre et
de l’armée de l’air (la France procède également à la mobilisation). Puis, il tient
à faire une comparaison avec la situation ayant existé au début de la Première
Guerre mondiale, en indiquant que la situation est plus favorable pour les forces
britanniques qu’elle ne l’était alors. La référence à la Première Guerre mondiale
est d’autant plus forte que le Premier ministre britannique est soucieux de ne pas
reproduire les erreurs – le manque de clarté diplomatique – qui avaient conduit
au déclenchement du conflit en août 1914. Il a même écrit à Hitler, dans sa lettre
4
du 22 août 1939 , que cette « grande catastrophe aurait été évitée » si Londres
avait eu une position plus claire. Chamberlain veut donc être très ferme, il ne transigera pas ! Il détaille même dans son discours les conditions de la mobilisation
des soldats britanniques en cas de déclaration de guerre, avec l’idée non seulement de rassurer ses concitoyens sur l’état de préparation militaire de son pays,
mais aussi de mettre en garde l’ennemi potentiel sur la détermination en vigueur
du côté britannique. Ainsi, pour la partie britannique, il apparaît encore possible
de dissuader Hitler de poursuivre son agression et de l’acculer à négocier sur un
pied d’égalité.
Dans leurs discours du 1er septembre, et de façon paradoxale, Hitler comme
Chamberlain rendent chacun hommage à l’action d’un pays ayant œuvré dans
le sens qu’ils souhaitaient ; il s’agit respectivement de l’Union soviétique et de
l’Italie. Hitler exprime sa reconnaissance à l’Union soviétique qui, à travers le
pacte ­germano-soviétique, a facilité le déclenchement de l’offensive allemande
en Pologne. C’est aussi un moyen de dire à Moscou que l’Allemagne lui laissera
les mains libres pour appliquer les dispositions contenues dans le protocole secret
annexé au pacte germano-soviétique. De son côté, Chamberlain rend hommage
à Mussolini qui « a fait de son mieux pour trouver une solution ». Fin août, le Duce
s’était en effet efforcé de trouver une voie de compromis dans la crise en cours. Il
avait essayé une nouvelle fois (après le précédent de Munich) de jouer les intermédiaires auprès des grandes puissances, en tentant d’organiser une conférence
internationale pour préserver la paix. Mais cette fois, Hitler lui avait fait savoir par
un télégramme qu’il se passerait de sa médiation… Mussolini était dans une situation très difficile vis-à-vis d’Hitler, il avait contraint ce dernier à repousser l’offensive
contre la Pologne – qui, initialement, devait avoir lieu le 26 août – lorsqu’il l’avait
informé que l’Italie ne prendrait pas part aux combats, faute de disposer d’un
appareil militaire en état de le faire (mais cela ne l’avait pas empêché d’annexer
l’Albanie au mois d’avril précédent). « La réponse de Mussolini produisit un choc
4
Citée par Richard Overy, 1939 – Demain la guerre, op. cit., p. 125.
II – « Guerre éclair », « drôle de guerre », …
125
5
terrible sur un Hitler excessivement sûr de lui », souligne Ian Kershaw . Sa décision
de surseoir à l’assaut a pu être interprétée dans les capitales européennes comme
une hésitation, voire une reculade, du Führer. Comme pour mieux souligner la gravité du moment et pour bien se persuader que l’action qu’il vient d’entreprendre
s’inscrit dans la durée, Hitler a pris soin dans son discours du 1er septembre 1939
de désigner publiquement ceux qui sont dignes de lui succéder à la tête de l’Allemagne. Les deux dauphins (potentiels) désignés sont Hermann Göring et Rudolf
Hess. Le premier fut l’un des as des ailes allemandes durant la Première Guerre
mondiale (il avait 21 ans en 1914), puis il participa au putsch manqué d’Hitler en
1923 et joua un rôle important lors de la conquête du pouvoir en 1933 ; en tant
que ministre de l’Air, il parvint à faire de la Luftwaffe la première force aérienne
au monde. En 1939, Göring reste jusqu’à la dernière minute un fervent partisan
du maintien du dialogue avec Londres. Rudolf Hess a un parcours similaire, il est
assistant d’Hitler lorsque celui-ci rédige Mein Kampf, avant de devenir ministre
sans portefeuille du IIIe Reich. Paradoxalement, ces deux dauphins allaient par
la suite être mis hors jeu. Göring, par son impuissance à remporter la bataille
d’­Angleterre en 1940 et la campagne de Russie à partir de 1941, puis face à la
montée en puissance de l’aviation alliée, allait être marginalisé dès 1943 ; Hess,
après son équipée insolite en Grande-Bretagne en mai 1941, où il fut fait prisonnier, fut jugé comme un déséquilibré du côté allemand.
À la fin de la journée du 1er septembre 1939, la situation dans les principales
capitales européennes concernées est des plus incertaine et des plus contradictoire : à Berlin, on se demande sérieusement si les Britanniques et les Français ne
sont pas en train de bluffer, à Paris, on reste optimiste sur les possibilités de sortie
de crise, et à Varsovie, on se demande pourquoi ni la France ni la Grande-Bretagne n’ont encore rien fait pour honorer leur engagement envers la Pologne… Le
2 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, croit
encore au mirage d’une conférence internationale pour rétablir la paix et donne
crédit à la diplomatie italienne pour avancer dans ce sens. Londres et Paris finissent par se décider à déclarer la guerre à l’Allemagne le 3 septembre. Chamberlain l’annonce à la Chambre des communes ce jour-là à 11 heures 15, dans un
discours où transparaît beaucoup de peine et d’émotion face à la nécessité de
franchir le pas et déclarer la guerre après tous les efforts engagés pour préserver
la paix. Le cabinet de guerre britannique se réunit à 17 heures ; Churchill, qui
vient de réintégrer le gouvernement (Winston is back !), y participe en tant que
ministre de la Marine. Le commandement des opérations est confié au général
John Gort et le général Edmund Ironside devient chef de l’état-major impérial.
Dans les jours qui ont suivi l’annonce du pacte germano-soviétique et l’attaque de
la Pologne, il est frappant de voir à quel point l’activisme diplomatique et la ferme
résolution du gouvernement britannique tranchent avec la passivité française, qui
est pendant toute cette période « l’une des plus passives d’Europe », comme le
5
Ian Kershaw, Hitler, op. cit., p. 595.
126
Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale
6
souligne Jean-Baptiste Duroselle . Le 3 septembre à 9 heures, le gouvernement britannique adresse un ultimatum à Berlin, indiquant que, si dans les deux heures qui
suivent les forces allemandes ne se retiraient pas de Pologne, la Grande-Bretagne
se retrouverait en état de guerre avec l’Allemagne. Paris emboîte le pas à Londres
à midi. En ce qui les concerne, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse réaffirment
leur neutralité tout en procédant à la mobilisation.
Sur le plan militaire, la Pologne, qui compte 35 millions d’habitants, dispose
d’une armée de terre en mesure d’aligner 20 divisions (sur quarante en théorie).
Au total, 700 000 Polonais participèrent au combat. En face, l’armée de terre
allemande engage en Pologne 63 divisions, dont 6 divisions blindées, les très
modernes Panzerdivisionen, qui comprennent chacune 500 chars. Le combat est
très inégal, les forces terrestres allemandes ont une supériorité évidente, tant sur le
plan qualitatif (avec l’accent mis sur les matériels blindés et leur action combinée
avec l’aviation) que quantitatif (vingt chars allemands pour un char polonais).
Dans le domaine de l’aviation, la disproportion des forces joue, là aussi, en faveur
de l’Allemagne ; la Luftwaffe met en œuvre 2 000 avions (sur les 3 000 avions de
première ligne dont elle dispose), tandis que les forces aériennes polonaises ne
peuvent en opposer que 300 modernes. L’Allemagne nazie passe à l’offensive par
un mouvement en tenaille avec ses forces qui proviennent, au Nord, de PrusseOrientale (territoire qui avait été détaché du reste de l’Allemagne par le traité de
Versailles), à l’Ouest, de la Poméranie, au Sud-Ouest, de la Silésie. La frontière de
la Pologne est difficile à défendre depuis la disparition de la Tchécoslovaquie indépendante (or, celle-ci disposait d’importantes fortifications face à l’Allemagne).
De son côté, la France possède la seule armée sur le continent qui aurait pu (qui
aurait dû ?) affronter les forces allemandes dès le début des hostilités. Les effectifs
des forces françaises s’élèvent, en temps de paix, à 875 000 hommes pour l’armée de terre, à 90 000 pour la Marine et à 50 000 pour les forces aériennes, soit
un total d’un million d’hommes (avec la mobilisation, les effectifs se monteront à
5 millions, dont un peu plus de la moitié pour les forces combattantes), tandis que
la Wehrmacht dispose de 2,6 millions de soldats le 31 août 1939 (et d’un réservoir de combattants proportionnel à une population de 80 millions d’habitants,
près du double de celle de la France). Les forces terrestres françaises comprennent
90 divisions en métropole (et 110 avec les colonies) face aux 135 que compte la
Wehrmacht. Dans le domaine des armements, face à l’Allemagne, la France possède un nombre équivalent de tanks (près de 3 000) avec une qualité plutôt à son
avantage, mais elle souffre d’un déséquilibre flagrant dans le domaine de l’artillerie anti-char et anti-aérienne, et surtout dans le domaine de l’aviation. La Luftwaffe
peut aligner environ 3 000 avions de première ligne (dont plus de la moitié en
avions de bombardement) et environ 6 000 avions de deuxième ligne. En face,
les forces aériennes françaises disposent (à l’automne) d’environ 1 800 avions
modernes en métropole. Pour la France, l’effort engagé en matière de réarmement
6
Jean-Baptiste Duroselle, La Décadence – 1932-1939, op. cit., p. 472.
II – « Guerre éclair », « drôle de guerre », …
127
n’a pas encore donné toute sa mesure, ce qui explique en partie les réticences
à s’engager dans un choc frontal, malgré l’alliance franco-polonaise de 1921
(renouvelée en 1925) et l’accord militaire du 17 mai 1939, qui prévoyait dès le
début des hostilités une action aérienne immédiate – des « actions offensives à
objectifs limités » contre l’Allemagne dès le troisième jour –suivie ultérieurement
(dès le quinzième jour, selon le général Maurice Gamelin, chef de l’état-major
général) par une action offensive de grande ampleur.
Les forces polonaises sont bousculées dès le 3 septembre 1939 ; onze jours
plus tard, les forces allemandes atteignent Brest-Litovsk (sur le fleuve Bug) et, plus
au Sud, Lvov. De son côté, l’Union soviétique décide de passer à l’offensive le
17 septembre. La Pologne est dépecée en deux temps trois mouvements. Les Allemands entrent dans Varsovie le 1er octobre et les combats cessent le 6 octobre,
malgré la grande combativité dont ont fait preuve les soldats polonais. 200 000
Polonais ont été tués dans le conflit. La guerre éclair (Blitzkrieg) – une action
offensive soudaine, rapide et brutale qui repose sur le couplage coordonné du
char, de l’avion et des forces aéroportées – a été mise en œuvre avec succès par
les forces allemandes. C’est le triomphe de la stratégie élaborée par le général
Heinz Guderian, qui avait milité depuis 1929 pour la création d’une force blindée
autonome (il se fit connaître du grand public par son livre Achtung Panzer édité
en 1936). « La campagne de Pologne permit aux méthodes de guerre du Reich
nazi, pour leur coup d’­essai, d’affirmer leur maîtrise : la surprise et la brutalité de
l’assaut écrasent les forces armées ennemies ; la terreur paralyse les populations ;
la “cinquième colonne” désagrège l’adversaire de l’intérieur », souligne Henri
7
Michel, qui ajoute : « Ces pratiques ne varieront guère par la suite. » La mise
en œuvre de la Blitzkrieg a été facilitée par le terrain, la vaste plaine polonaise.
Le 28 septembre, Von Ribbentrop signe avec Molotov un nouveau protocole qui
redéfinit quelque peu le découpage qui avait été prévu le 23 août, l’Allemagne
étend son territoire jusqu’au Bug (et non jusqu’à la Vistule) et la Lituanie passe sous
le contrôle de l’Union soviétique. Il s’agit du cinquième partage de la Pologne
depuis le XVIIIe siècle. Deux jours plus tôt, le gouvernement français a dissous le
parti communiste qui, fidèle à la ligne du Komintern, dénonçait la « guerre impérialiste » [voir discours n° 11].
Concernant le front Ouest, Hitler a positionné (principalement à la frontière
avec la France) 43 divisions seulement, dont 11 d’active. Il a donné comme directive à ses troupes de laisser à la France et à la Grande-Bretagne la « responsabilité » de l’ouverture des hostilités. Or, ces deux pays n’avaient pas prévu de
prendre une telle initiative… ! Les forces françaises se contenteront du 6 au 13 septembre 1939 d’engager un mouvement de troupes sans lendemain dans la forêt
de la Warndt, au Sud de Sarrebrück, qui est fortifiée par la ligne Siegfried (ligne
fortifiée allemande semblable à la ligne Maginot). Cette « ­pseudo-offensive » les
7
Henri Michel, La Seconde Guerre mondiale, op. cit., p. 39.
128
Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale
amènera à avancer de quelques kilomètres en territoire allemand avant de se
replier aussitôt. Paris et Londres envisagent déjà la possibilité d’une guerre longue
pour vaincre l’agresseur allemand, mais le gouvernement français conçoit qu’Hitler pourrait passer assez vite à l’offensive sur le front français. Daladier, conscient
des faiblesses militaires françaises, écrit à Chamberlain le 1er octobre 1939 pour
lui demander l’assurance d’un appui aérien britannique massif en cas d’offensive
à l’Ouest, évoquant le « véritable péril » que constitue la « disproportion énorme
de moyens d’aviation entre l’Allemagne et la France ». La réponse du Premier
ministre britannique se veut rassurante quant à cet appui, à la réserve près qu’il
indique que l’essentiel des avions britanniques et de la Dca (défense contre avions) devra rester sur le sol britannique afin de prévenir toute offensive majeure
allemande sur l’île, en préliminaire ou de façon concomitante à une offensive sur
le continent. « On voyait poindre l’idée que, comme pour la Pologne, la France
pouvait être vaincue sans que la guerre fût perdue pour autant ! », remarque Jean8
Baptiste Duroselle, qui fait état de cette correspondance . Pour l’heure, c’est surtout la Marine britannique qui est menacée, les Allemands ayant engagé la guerre
navale dans l’Atlantique, qui se traduit notamment à la mi-octobre par une attaque
sous-marine allemande à l’encontre de la principale base de la Royal Marine, à
Scapa-Flow (en Écosse), qui fait plus de 800 tués parmi les marins britanniques.
13 – Neville Chamberlain
« Nous sommes résolus à en finir avec ces méthodes »
1er septembre 1939
Je ne dirai que quelques mots, ce soir. Le temps est à l’action plutôt qu’aux
discours. Il y a dix-huit mois, devant cette Chambre, je priais pour que la
responsabilité de demander au pays d’accepter le terrible arbitrage de la
guerre ne tombe pas sur moi. Je crains de ne pas être en mesure d’éviter
cette responsabilité.
Mais, en tout cas, je ne pouvais espérer qu’une telle charge pèserait sur
moi dans des circonstances où j’aurais pu savoir davantage qu’aujourd’hui
où est mon devoir.
Personne ne peut dire que le gouvernement aurait pu faire plus pour tenter
de laisser ouverte une voie honorable et équitable à un règlement du différend entre l’Allemagne et la Pologne. De même, nous n’avons négligé aucun
moyen pour faire comprendre au gouvernement allemand que, s’il insistait
8
Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme (1939-1945), Imprimerie nationale, 1982, p. 29 et 30.
II – « Guerre éclair », « drôle de guerre », …
129
à nouveau pour recourir à la force comme il l’a fait dans le passé, nous étions
résolus à nous y opposer par la force.
Maintenant que tous les documents utiles ont été rendus publics, nous
nous présenterons devant le tribunal de l’Histoire en sachant que la responsabilité de cette terrible catastrophe repose sur les épaules d’un seul homme,
le chancelier allemand, qui n’a pas hésité à plonger le monde dans la misère
afin de servir ses ambitions insensées…
La nuit dernière encore, l’ambassadeur de Pologne a rencontré le ministre
des Affaires étrangères allemand, Herr Von Ribbentrop. Une fois encore il lui
a expliqué ce que le gouvernement polonais avait déjà déclaré publiquement,
à savoir qu’il souhaitait négocier son différend avec l’Allemagne sur un pied
d’égalité.
Quelle fut la réponse du gouvernement allemand ? Pour toute réponse,
sans le moindre mot, les troupes allemandes ont traversé la frontière ce matin
à l’aube et, depuis, on signale que des villes ouvertes ont été bombardées.
Dans ces circonstances, il ne nous reste qu’une voie.
L’ambassadeur de Sa Majesté à Berlin et l’ambassadeur de France ont été
chargés de remettre au gouvernement allemand le document suivant :
« Tôt ce matin, le chancelier allemand a déclaré que l’armée allemande était
sur le point d’attaquer la Pologne. Cette information, qui est parvenue au
gouvernement de Sa Majesté au Royaume-Uni et au gouvernement français,
indique que les attaques de la Pologne sont en cours. Dans ces circonstances,
le gouvernement du Royaume-Uni et le gouvernement français considèrent que, par leur action, le gouvernement allemand a créé les conditions,
à savoir un acte d’agression contre la Pologne menaçant son indépendance,
qui exigent de la part du gouvernement du Royaume-Uni et de la France de
porter assistance à la Pologne. Je suis par conséquent tenu d’informer Votre
Excellence que, à moins que le gouvernement allemand ne soit prêt à donner
des assurances satisfaisantes au gouvernement de Sa Majesté qu’il cessera
toute action agressive contre la Pologne et retirera rapidement ses troupes
du territoire polonais, le gouvernement de Sa Majesté au Royaume-Uni s’acquittera sans hésitation de ses obligations envers la Pologne. »
En cas de réponse défavorable à ce dernier avertissement, et je ne pense
pas qu’il puisse en être autrement, l’ambassadeur de Sa Majesté est chargé
de réclamer son passeport. Dans ce cas, nous sommes prêts.
Hier, nous avons avancé dans l’achèvement de nos préparatifs défensifs.
Ce matin nous avons ordonné la mobilisation totale de la Royal Navy, de l’armée et de la Royal Air Force. Nous avons également pris un certain nombre
d’autres mesures, à la fois ici et à l’étranger, que la Chambre ne souhaite sans
doute pas me voir expliquer en détail. En bref, elles constituent l’étape ultime
de nos plans préalables. Elles peuvent être activées rapidement et sont de
nature à pouvoir être différées jusqu’à ce que la guerre semble inévitable. Nous
130
Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale
avons aussi pris un certain nombre de décisions pour préserver les stocks
de différentes denrées, en vertu des pouvoirs conférés par la Chambre des
communes la semaine dernière.
En ce moment, les pensées de beaucoup d’entre nous doivent inévitablement se tourner vers 1914 et comparer notre situation actuelle avec celle
d’alors. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les trois armées sont prêtes et,
à tout point de vue, la situation est beaucoup favorable et rassurante qu’en
1914, dans la mesure où, derrière les unités combattantes, nous avons mis
sur pied une vaste organisation de défense civile dans le cadre de notre régime
de défense passive (Air Raid Precautions).
En ce qui concerne les besoins de main-d’œuvre immédiats, la Royal Navy,
l’armée et la Royal Air Force sont dans la situation enviable de disposer pour
l’instant de presque autant d’hommes qu’elles peuvent décemment en gérer.
Cependant certaines catégories de réservistes ont immédiatement besoin
d’hommes, à la fois pour la défense militaire et civile. La presse et la Bbc en
communiqueront les détails.
Nous sommes particulièrement satisfaits de ne pas avoir à lancer un large
appel au recrutement, comme dut le faire Lord Kitchener il y a 25 ans. Cet
appel a été anticipé il y a des mois et les hommes sont déjà disponibles. En
tout cas pour l’immédiat. Maintenant nous devons regarder vers l’avenir. Il
est essentiel, face à la tâche immense qui nous attend, et en particulier au
regard de nos expériences passées, d’organiser notre main-d’œuvre d’une
manière aussi méthodique, équitable et économique que possible.
Dès lors, nous nous proposons de déposer une loi sans délai. Un projet
vous sera proposé qui, à toutes fins utiles, étendra le champ d’application
du Military Training Act. Selon cette disposition, tous les hommes valides
entre 18 et 41 ans seront astreints au service militaire aussitôt qu’ils seront
appelés. Il n’est pas prévu de convoquer beaucoup plus d’hommes que ceux
déjà enrôlés et des mesures seront prises pour ne pas retirer à l’industrie la
main-d’œuvre dont elle a besoin.
Je voudrais encore aborder un autre point avant de terminer mon discours
pour dire la satisfaction du gouvernement de Sa Majesté au fait que, durant
les derniers jours de la crise, Monsieur Mussolini ait, lui aussi, agi de son
mieux pour trouver une solution. Il ne nous reste qu’à serrer les dents et à
entrer, jusqu’au bout et avec détermination, dans la bataille que nous avons
honnêtement tenté d’éviter.
Nous y entrerons avec la conscience tranquille, avec le soutien des dominions et de l’Empire britannique, et avec l’approbation intellectuelle d’une
grande partie du monde.
Nous n’avons pas de différend avec le peuple allemand, si ce n’est qu’il ait
accepté d’être dirigé par un gouvernement nazi. Tant que ce gouvernement
sera en place et utilisera les méthodes qu’il a suivies avec obstination durant
II – « Guerre éclair », « drôle de guerre », …
131
les deux années écoulées, il n’y aura pas de paix en Europe. Nous passerons
simplement d’une crise à une autre et verrons un pays après l’autre être attaqué par des méthodes qui nous sont devenues familières par leur caractère
écœurant.
Nous sommes résolus à en finir avec ces méthodes. Si à l’issue du conflit,
nous réussissons à réinstaurer les règles de bonne foi dans le monde et à faire
valoir le renoncement à la force, alors, les sacrifices que nous aurons faits
trouveront leur pleine justification.
&&
« Drôle de guerre » à l’Ouest de l’Europe
et actions « périphériques » au Nord
À l’Ouest du continent européen, le front terrestre ne va pas bouger pendant
plusieurs mois, jusqu’à la décision d’Hitler de passer à l’offensive, le 10 mai
1940. Cette période « intermédiaire » est connue sous le nom de « drôle de
guerre ». Cette expression apparaît dans un reportage en date du 13 septembre
1939 dans le quotidien Le Figaro, un journaliste s’entretient en Lorraine avec un
capitaine de chars qui lui dit : « “C’est tout de même une drôle de guerre…” Il
dit cela avec une pointe de dépit sérieux et, comme je l’interroge du regard, il
ajoute : “Voici quinze jours que nous n’avons rien fait.” L’engin blindé auquel il
s’est accoudé porte les traces de deux obus antichars. Le char n’a pas été perforé. Évidemment, cela donne confiance, et lorsqu’on aime son outil, lorsque les
équipages ont bien supporté la première et toujours cruelle épreuve du feu (ils
accompagnaient une attaque d’infanterie), il est impensable pour un jeune guer9
rier de se morfondre. » Ce témoignage est doublement intéressant, à la fois sur
les conséquences que peut avoir l’inactivité sur le moral des combattants – surtout
lorsque l’on sait qu’en face l’ennemi, lui, est actif – et sur la difficulté pour les
grands chefs militaires de l’époque de tirer des enseignements des opérations militaires les plus récentes. En l’occurrence, ce qui est dit sur la résistance des chars
aux obus était bien une leçon de la « pseudo-offensive » contre la ligne Siegfried
début septembre, mais, pas plus qu’après la campagne de Pologne, la stratégie
militaire française n’a été modifiée dans ses fondements. Elle reste défensive et,
comme pendant la Première Guerre mondiale, la priorité est de tenir sur une ligne
défensive, aussi large soit-elle, mais pas de faire des percées offensives. On est
en guerre, mais on ne la fait pas vraiment. C’est du moins la perception qu’en ont
les Européens situés à l’Ouest de l’Allemagne. La perception en est bien différente
dans les pays Nordiques, d’abord en Finlande, puis en Norvège.
Cet article est reproduit dans L’Aventure du XXe siècle (sous la direction d’Alain
Peyrefitte), éd. Hachette, 1988, p. 496.
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