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Article - La Leche League Schweiz

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L’allaitement long, un délit ?!
Une nouvelle choquante: En Suisse un couple est inculpé au motif que la mère
donnait encore le sein à sa fille de 7 ans. Ce que le procureur reproche aux parents ?
Des « actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de
résistance », et des « actes d’ordre sexuel » commis sur des enfants. Selon le Ministère
public, la mère s’est rendue coupable, car son enfant prétendument sevré depuis
plusieurs années aurait régulièrement tété à sa poitrine, mais aussi posé sa main sur
l’autre sein et caressé ce sein. Cet article entend démontrer pourquoi les chefs
d’accusations formulés par le Ministère public sont indéfendables.
Allaiter sans lait maternel ?
Les médias évoquent le fait que la mère a laissé téter son enfant alors que celui-ci était
sevré depuis plusieurs années. Or la littérature scientifique établit que cela n’a rien
d’exceptionnel qu’un enfant continue, même après diminution de la production de lait,
de souhaiter téter au sein pour se calmer, ou qu’il retourne au sein après une période de
plusieurs jours ou années durant laquelle il n’a plus ou pratiquement plus pris le sein. Ce
comportement est fréquent chez les enfants qui, après la diversification alimentaire,
continuent d’être allaités à la demande. Un sein qui a traversé une phase de lactation
est en mesure de s’adapter de manière flexible aux besoins de l’enfant, et peut
redémarrer (ou augmenter) la production lactée quand il est stimulé durablement et
régulièrement par la succion. D’ailleurs les enfants qui ont dépassé l’âge du bambin ne
prennent généralement plus de grandes quantités de lait maternel, ils se contentent
souvent de quelques goutes ou millilitres.
Pour la définition de « l’allaitement », la quantité de lait n’est pas le facteur décisif. De
l’avis des spécialistes, le fait d’allaiter comprend la succion nutritive mais aussi nonnutritive. Cette dernière est aussi appelée « la tétée de réconfort ». La succion nonnutritive n’a pas pour objectif l’ingestion de nourriture, mais vise à calmer, à détendre et
à favoriser l’autorégulation. Et il est prouvé que la succion non-nutritive peut réduire la
sensation de la douleur. Indépendamment du fait que l’enfant ait encore pris une
certaine quantité de lait maternel, ou non, il s’agit clairement d’allaitement dans le cas
en question. L’enfant des parents inculpés n’était donc PAS sevré.
De quoi dépend la durée de l’allaitement ?
La durée de l’allaitement est individuelle et différente pour chaque dyade mère-enfant.
Différents facteurs jouent un rôle :
1. Combien de temps la mère permet l’allaitement : de nombreuses femmes ne
peuvent pas allaiter, ou allaiter seulement pendant une durée limitée, pour
diverses raisons : mauvaises conditions cadres durant l’accouchement ou en
post-partum, informations fausses ou manque de soutien. Dès que le bébé a six
mois, ce sont en général les normes et les attentes sociales qui poussent les
mères à sevrer, malgré que l’enfant ne soit pas encore prêt pour cette étape.
Dans nos sociétés occidentales, le sevrage se fait généralement avant le premier
anniversaire, avec passage à la lolette (sucette) et au biberon, censés remplacés
le sein. En dehors du problème des attentes sociales, les femmes ne souhaitent
en principe pas allaiter indéfiniment. En cas de nouvelle grossesse, et avec un
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enfant grandissant, les mères ressentent tôt ou tard un sentiment de rejet vis-àvis de l’allaitement : l’impression d’être limitée dans sa liberté, d’avoir besoin de
plus de distance et d’indépendance. De plus, la succion peut être douloureuse
pour le sein qui ne produit pas ou très peu de lait. Alors que certaines femmes
ont déjà de la peine à supporter l’intense proximité de l’allaitement avec un
nouveau-né, d’autres mères n’ont pas de problème à allaiter même un enfant qui
va à l’école primaire.
2. Combien de temps l’enfant ressent un fort besoin de succion : l’âge où l’enfant
perd son besoin de succion est individuel et variable. Dès la première année de
vie, le besoin de succion diminue, mais il peut perdurer pendant de nombreuses
années. Dans une étude transversale récente, 16% des enfants de 4 à 6 ans
suçaient encore leurs doigts, leur pouce, une lolette ou un animal en peluche. Il
n’est pas rare qu’un enfant scolarisé en primaire ait encore besoin de sucer
quelque chose : en particulier à la maison, par exemple dans les moments de
détente ou au moment de s’endormir. Du point de vue du développement de la
mâchoire, il est beaucoup plus sain de téter à la poitrine de la mère que de sucer
son pouce ou une lolette. Les sociétés où le fait de téter le sein maternel est
largement répandu ne connaissent d’ailleurs pas le phénomène de sucer son
pouce.
3. L’intensité du besoin de proximité et de protection de la part de l’enfant : là
encore, les différences individuelles sont grandes, et peuvent varier dans le
temps. Lors de poussées de croissance ou en cas d’événements préoccupants
(séparations ou conflits au sein de la famille, par exemple), le besoin de proximité
et de téter au sein peut redevenir plus intense.
Que ressentent les mères lors de l’allaitement long ?
Les sentiments d’une mère qui allaite au long cours sont souvent les mêmes qu’au
début de l’allaitement. Ce sont des sentiments de proximité intense, de tendresse et
d’attachement. En allaitant, les mères – et les enfants – ressentent le bien-être, le calme
et la détente. Une enquête auprès de mères pratiquant l’allaitement long indique
qu’avant d’avoir un enfant, elles étaient nombreuses à être choquées à la vue d’un
enfant allaité au-delà des premiers mois. Toutefois, à mesure que leurs propres enfants
grandissent, elles décident de poursuivre l’allaitement, comprenant tout le bien que cela
fait à l’enfant.
Cependant l’allaitement peut aussi être ressenti comme limitant la liberté de la mère, et
le haut degré de proximité peut devenir pénible pour elle. La plupart des mères allaitant
au long cours sont en mesure d’oublier qu’elles allaitent, elles donnent donc à l’enfant la
proximité que celui-ci souhaite, tout en s’occupant ou en pensant à autre chose.
L’allaitement long relève-t-il de l’abus sexuel ?
Cette grossière allégation ne s’explique que par un manque de connaissances à propos
de l’allaitement. L’allaitement long n’est pas plus sexuel que les bisous et les caresses
entre parents et enfants. Toutefois, alors qu’un enfant peut être embrassé et caressé
contre sa volonté, l’allaitement contre la volonté de l’enfant est une chose impossible.
Téter n’est possible que si l’enfant a un rôle actif, et tant que cela lui fait du bien.
L’allaitement n’est donc jamais un acte sexuel, mais bien une forme d’alimentation et de
soins inscrite dans la biologie des êtres humains. Une mère qui allaite son enfant de 1
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année ne sera pas inculpée pour acte sexuel commis sur un enfant, nulle part au
monde. A 2 ans non plus. Mais à 3 ans ? Déjà, la société manifeste son désaccord,
mais cela ne donnera pas lieu à une inculpation. A partir de quel âge l’allaitement
devrait-il être punissable ? 4 ans ? 5 ans ? 6 ans ? 7 ans ? Ou 8 ans ? Il est impossible
de tracer une limite qui ne soit pas totalement arbitraire.
Pourquoi un enfant caresse-t-il le sein de sa mère ?
L’enfant allaité qui touche et caresse le sein de sa mère est un phénomène universel,
probablement apparenté au chaton qui pétrit la tétine de la chatte pour faire jaillir le lait.
Ce geste stimule le reflexe d’éjection du lait et la production lactée. Quand une femme
doit maintenir sa lactation uniquement à travers le fait de tirer son lait, elle peut caresser
et masser ses seins elle-même pour aider le sein à se vider et stimuler la production de
lait. Les femmes supportent diversement le fait que leurs enfants caressent leurs seins.
Certaines ne se sentent pas dérangées, d’autres proposent une alternative à l’enfant,
par exemple un collier ou un bout de chemise, ou alors elles détournent la main de
l’enfant pour la guider vers leur ventre, par exemple. Pour les nouveau-nés, le fait de
toucher la poitrine de la mère est associé à des sentiments positifs, il n’est donc pas
étonnant que beaucoup d’enfants allaités (ou sevrés) continuent de vouloir toucher le
sein de leur mère, pour retrouver leurs sensations primaires de tendresse.
Conclusion
Reste à espérer que l’allaitement au long cours ne sera pas considéré comme un délit
ou une maladie. Pour que les mères et les enfants puissent continuer l’allaitement sans
subir de représailles, tant que cela leur convient. Inculper une mère pour le fait d’allaiter,
ce n’est certainement pas un « enfant incapable de discernement » qui le ferait ! Il
semble plutôt que c’est le Ministère public qui soit privé de discernement dans le cas
présent. Le fait que l’enfant ait été séparé de sa mère, la stigmatisation et la procédure
judiciaire sont certainement des éléments fortement traumatisants, contrairement à
l’allaitement. Il est consternant qu’une autorité puisse se fourvoyer à ce point, dans un
pays démocratique, avec autant de dégâts à la clé.
Texte original en allemand: http://www.still-lexikon.de/langzeitstillen-als-straftat/
Traduit par Karin Vogt, Bâle
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