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0517 / Guerillero des bacs à fleurs

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La Croix -mardi 17 mai 2016
Portrait
25
Gaby Bonnefille
invite à une
réappropriation
de l’espace public
en plantant fleurs
et légumes dans
les rues de Paris,
sans attendre
les autorisations
officielles.
Pour changer le monde,
ce militant en bottes
de caoutchouc lance
des «bombes végétales».
Vassili Feodoroff/Hans Lucas
pour La Croix
Gaby
Bonnefille
Jardinier militant
U
n sourire timide sur
la figure, quelques
mèches qui tombent
dans les yeux, un pantalon large, un peu déchiré et taché de terre au niveau des
genoux. Gaby Bonnefille, ingénieur
paysagiste, est assis sur un haut tabouret dans un coin de l’auditorium
du Centre Pompidou, à Paris.
Le jeune homme attend sagement
que les derniers retardataires s’assoient dans les confortables sièges
avant de prendre la parole. « Je
m’appelle Gaby Bonnefille et je suis
le fondateur du site de référence sur
la guerilla jardinière en France (1). »
Malgré son air timide, le jeune jardinier de 27 ans se présente comme
un guerrier. Ses armes : une binette
et un sac de graines. Pour changer le monde, ce militant en bottes
de caoutchouc ne balance pas de
grenade, mais des « bombes végétales », des boules d’argile piquées
de graines avec comme objectif de
verdir nos villes.
Gaby Bonnefille a grandi dans
la plaine de Montesson (Yve lines), connue pour ses salades, ses
cultures maraîchères et sa champignonnière, « l’une des dernières
d’Île-de-France encore en activité »,
déplore-t-il. Devant le public de
Beaubourg, il trace à grands traits
l’histoire des pirates paysagiste,
pour qui planter une graine représente un acte d’insoumission.
Les photos défilent sur l’immense
écran auquel il tourne le dos. Le ton
est clair, sans hésitation, et l’auditoire rapidement acquis à sa cause.
Gaby Bonnefille connaît son histoire
de l’activisme jardinier sur le bout
de ses doigts aux ongles noirs. Très
tôt, le jeune homme s’intéresse à Liz
Christy, artiste et figure de la contreculture américaine, qui crée des jardins partagés dans les terrains vagues du New York des années 1970,
alors touché de plein fouet par la
crise. « Certains de ces jardins créés
de manière illégale existent encore
Guérillero
des bacs à fleurs
aujourd’hui, s’enthousiasme Gaby
Bonnefille. C’est le signe que la guérilla jardinière peut avoir un impact
à long terme. »
En bord de voie, le long des cours
d’eau, au pied des arbres, Gaby le
Vert et tous les sympathisants de
la cause jardinière guettent chaque
petite parcelle de terre en ville pour
y planter fleurs et légumineuses. Et
si le béton a tout recouvert, les guérilleros ne manquent pas d’imagination pour végétaliser l’espace public.
Là, une paire de chaussures usagée
est remplie de terre et de graines
avant d’être suspendue au mobilier
urbain. Ici, des morceaux de mousse
sont fixés aux murs grâce à une colle
naturelle pour former des tags végétaux. Et tant mieux si les plantes se
mettent ensuite à recouvrir les panneaux publicitaires. « Ça colle avec
notre idée de réappropriation de l’espace. »
Son inspiration.
Le jardinier japonais Masanobu Fukuoka
Considéré comme le père de
l’agriculture naturelle, le Japonais Masanobu Fukuoka figure
en bonne place dans le panthéon personnel de Gaby Bonnefille. « C’est l’un des premiers
à avoir eu l’idée de composer
des bombes végétales avec des
graines, de la terre et un peu
d’argile pour que le tout tienne
bien ensemble. »
À partir des années 1980 et
jusqu’à sa mort en 2008, la
ferme familiale de Masanobu Fukuoka située sur l’île
de Shikoku devient un lieu
d’échanges sur les pratiques
alternatives. Son livre La Révolution d’un seul brin de paille,
publié en 1975 au Japon, prône
le laisser-faire. « Il ne faut pas
aller contre la nature, mais
faire d’elle un allié », résume
Gaby Bonnefille.
En 2005, Gaby Bonnefille, avant
même d’obtenir son diplôme à
l’École nationale supérieure de la
nature et du paysage de Blois, a
fondé en parallèle à ses activités
militantes l’agence des Jardiniers
à vélo. Avec ses deux associés paysagistes, il transporte ses outils à bicyclette dans toute l’Île-de-France
au service de particuliers et d’institutionnels pour l’entretien ou la
conception d’espaces verts. « Mon
but, c’est de mettre en avant les potentiels d’un site, de m’adapter aux
installations et aux plantes déjà existantes », détaille-t-il.
Certains des aménagements sauvages créés à Paris par les pirates des
bacs à fleurs sont retirés rapidement
par les services municipaux, comme
ceux installés place de la République
lors d’une action menée dans le
cadre de la Nuit debout. De fait, les
actions de jardinage sans autorisation tombent sous le coup du code
pénal, qui les considère comme « des
destructions, dégradations et détériorations ne présentant pas de danger pour les personnes », prévient
Gaby Bonnefille sur son site. Toutefois, « c’est plutôt un étonnement, un
questionnement puis un sourire approbateur » qui saluent le plus souvent l’action des pirates, ajoute-t-il.
« L’idée de la guérilla jardinière,
c’est que tout le monde puisse planter et que les jardins que nous créons
ainsi soient accessibles absolument à
tous », détaille le paysagiste, également investi dans les associations
Pied à terre, qui organise des ateliers de jardinage, Pépins production, qui monte des pépinières de
quartier ou encore Plaine terre, qui
a monté une « ZAD patates » à Montesson pour lutter « contre l’urbanisation de la plaine ».
Régulièrement, le mouvement organise des ateliers. COP21, Journée
internationale de la tulipe ou, plus
récemment, du tournesol, le 1er mai
dernier : toutes les occasions sont
bonnes pour mettre les mains dans
la terre. Pour participer, pas besoin
d’adhésion ou d’être un jardinier
hors pair. « Il n’existe pas de listes
de membres, indique Gaby, tout le
monde peut venir. »
Julien Duriez
(1) Site : guerilla-gardening-france.fr
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