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Chacun sur son banc - La Gazette du Palais

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Tr i b une
CHACUN SUR SON BANC
© Arnaud Corpet
264c1
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P
lusieurs incidents ont émaillé récemment le déroulement de procès d’assises. Ils portent exclusivement sur l’utilisation de moyens
modernes (!) et technologiques par des journalistes et des avocats
lors des audiences.
Les journalistes ont eu pour les défendre, eux, l’Association de la presse
judicaire, association de presse la plus ancienne de France.
Rappelons que c’est l’article 308 du Code de procédure pénale qui interdit l’usage d’appareils d’enregistrement lors des audiences. Or, un
téléphone ne sert pas à un avocat à enregistrer. C’est tordre le droit ;
ou pire : c’est suspecter a priori que l’avocat en fait cet usage. Et juger a
priori relève du potentat, pas de la police de l’audience. Quant à soutenir
que l’utilisation du portable perturberait l’audience reviendrait à interdire le bruit d’un stylo sur une page de notes…
On cherchera en vain de graves précédents portant sur des enregisEric MORAIN
trements pirates d’audiences par des avocats. Ça n’existe pas. Et je ne
Avocat au barreau de Paris, associé,
Carbonnier Lamaze Rasle &
connais aucun confrère qui se repasse en boucle l’audience du jour
Associés
pour s’endormir ; même s’il nous arrive souvent d’y repenser ou parfois
même, d’en cauchemarder.
On a le droit de passer pour un technophobe, dépassé, et du passé. Mais
pas sous le couvert du droit, ou plutôt du droit prétendu.
Interdire l’utilisation d’un portable (pas pour téléphoner s’entend) à un avocat au temps des tablettes et des ordinateurs
qui sont tout autant connectés est absurde et relève d’un abus
La police de l’audience
de pouvoir. Le téléphone portable est d’abord et avant tout un
outil de travail professionnel. Je peux noter sur mon téléphone
n’est pas la surveillance
portable (j’écris cet article d’ailleurs dessus, depuis un hall
des bancs de la défense
d’aéroport), je peux chercher de la jurisprudence, échanger
avec mon cabinet pour gérer des urgences, pour résoudre un point de
droit, etc.
Enfin, si chacun se doit d’être responsable - et je ne doute pas que
chacun s’astreint à l’être -, chacun a aussi droit à sa soupape de décompression sans contrôle des uns et des autres. Personne ne vient vérifier
que l’utilisation par un magistrat de son stylo ne lui sert pas à jouer au
pendu, à faire un dessin ou, pire, un mauvais griffonnage... Va-t-on aussi
interdire l’assoupissement, le rêve et la liste de courses ?
La police de l’audience n’est pas la surveillance des bancs de la défense.
Chacun sa place, chacun son rôle. En somme : chacun sur son banc. “ ”
•
G A Z E T T E D U PA L A I S - m a r d i 1 7 m a i 2 0 1 6 - N O 1 8
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