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Caractéristiques et trajectoires de soins des patients infectés par le

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Article original
Médecine et Santé Tropicales 2014 ; 24 : 194-199
Caractéristiques et trajectoires de soins des patients
infectés par le VIH suivis à Mayotte (1990-2010)
Characteristics and health care pathways of HIV-infected patients in Mayotte
(1990-2010)
Rougerie S.1, Arvieux C.1, Chapplain J.M.1, de Montera A.M.2, Tattevin P.1
1
2
Maladies infectieuses et réanimation médicale, CHU Pontchaillou, Rue Le Guilloux, 35000 Rennes, France
Centre hospitalier de Mayotte
Copyright © 2016 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 66.249.64.56 le 19/05/2016.
Article accepté le 29/8/2013
Résumé. Objectif : préciser les caractéristiques des
patients infectés par le VIH suivis à Mayotte, et leurs
trajectoires de soins. Méthodes : recueil rétrospectif
des données, par questionnaire standardisé, à partir
des dossiers médicaux des patients VIH ayant
consulté au centre hospitalier entre 1990 et 2010. Un
patient est considéré « perdu de vue » s’il n’a pas
consulté pendant plus de six mois, sans indication
sur ce qu’il est devenu. Les variables associées au
risque d’être perdu de vue ont été identifiées par
analyse univariée (Chi-carré), puis multivariée
(régression logistique). Résultats : au total,
236 patients ont été inclus (134 femmes, 102 hommes), d’âge moyen 30,7 12 ans, avec une
médiane de lymphocytes CD4+ à 390/mm3 au
diagnostic. La sérologie avait été demandée pour :
i) symptômes évocateurs (n = 70) ; ii) facteur(s) de
risque (n = 67) ; iii) grossesse (n = 51). Les cinquante-deux patients (22 %) perdus de vue étaient
moins nombreux à bénéficier d’une couverture
sociale (52 % versus 67 %, p = 0,05) et d’un
traitement antirétroviral (56 % versus 71 %,
p = 0,04) ; ils étaient plus souvent d’un âge
inférieur à 15 ans (15 % versus 2 %, p < 0,001).
En analyse multivariée, la prise en charge initiale au
centre hospitalier (OR 2,62 [1,09-6,29], p = 0,03) et
l’absence de traitement antirétroviral (OR 1,97 [1,003,89], p = 0,05) étaient associées au risque d’être
perdu de vue. Conclusion : l’épidémie de VIH à
Mayotte suit un profil « africain » en ce qui concerne
le mode de transmission prédominant, l’âge et les
circonstances de diagnostic, mais le taux de CD4+
au diagnostic est proche de celui mesuré en France
métropolitaine. Le taux de perdus de vue est
important (22 %), lié principalement à l’accès aux
soins.
Key words: people livnig with HIV, antiretroviral
therapy, loss-to-follow-up, Mayotte.
Correspondance : Tattevin P
<pierre.tattevin@chu-rennes.fr>
194
Pour citer cet article : Rougerie S, Arvieux C, Chapplain JM, de Montera AM, Tattevin P. Caractéristiques et trajectoires de soins des patients infectés par le VIH suivis à
Mayotte (1990-2010). Med Sante Trop 2014 ; 24 : 194-199. doi : 10.1684/mst.2014.0327
doi: 10.1684/mst.2014.0327
Mots clés : personnes vivant avec le VIH, antirétroviraux, perdus de vue, Mayotte.
Abstract. Objectives: To evaluate the characteristics of HIV-infected patients treated in Mayotte,
focusing on health care pathways. Methods:
Observational study, with retrospective collection
of data from medical charts according to a
standardized questionnaire. All HIV-infected
patients who consulted at the Centre Hospitalier
de Mayotte from 1990 through 2010 were included.
Patients were classified as lost to follow-up if they
had not consulted for at least 6 months and if no
information about their outcome was available.
Variables associated with loss to follow-up were
analyzed by bivariate analysis (Chi2), and then
multivariate analysis (logistic regression). Results:
Overall, 236 patients were enrolled (134 females,
102 males), with a mean age of 30.7 12 years, and
a median CD4 cell count of 390/mm3 at diagnosis.
HIV testing was most often ordered because of: i)
HIV-related symptoms (n = 70); ii) risk factors
(n = 67); iii) pregnancy (n = 51). The 52 patients
(22%) lost to follow-up were less likely to have
medical insurance (52% versus 67%, p = 0.05) or
antiretroviral treatment (56% versus 71%, p = 0.04),
and were more frequently aged younger than
15 years (15% versus 2%, p<0.001). On multivariate
analysis, initial management at the Centre Hospitalier de Mayotte (OR 2.62 [1.09-6.29], p = 0.03, and
the absence of antiretroviral treatment (OR 1.97
[1.00-3.89], p = 0.05) were significantly associated
with loss to follow-up. Conclusion: The HIV
epidemic in Mayotte follows an African pattern in
terms of main transmission pathways, age and
circumstances of diagnosis, but the median CD4 cell
count at diagnosis is closer to the pattern in
metropolitan France. The rate of patients lost to
follow-up is high (22%), mostly linked to problems
with access to care.
Trajectoires de soins des PVVIH
moins une fois au CHM du 1er janvier 1990 au 31 décembre
2010. Les données ont été recueillies dans le service de
médecine du CHM et au centre Action-Santé à partir des dossiers
médicaux, à l’aide d’un questionnaire standardisé. Les principales données recueillies étaient sociodémographiques (âge,
sexe, profession), cliniques, biologiques (notamment, lymphocytes CD4 et charge virale plasmatique VIH), et thérapeutiques
(traitement antirétroviral). Les circonstances du diagnostic de
l’infection VIH ont été codées en quatre catégories mutuellement exclusives, chaque patient étant classé dans la catégorie
qui le décrit le mieux :
– symptômes évocateurs d’une infection VIH,
– facteurs de risque pour l’infection VIH, en l’absence de
symptôme,
– grossesse,
– circonstances de diagnostic non renseignées.
Un patient est considéré comme perdu de vue lorsqu’il n’a
été revu dans aucune structure de prise en charge de l’infection
VIH à Mayotte pendant plus de six mois, et qu’aucune donnée
n’est disponible sur ce qu’il est devenu. L’analyse univariée des
variables associées au risque d’être perdu de vue (test du Chicarré) nous a permis de sélectionner celles significatives à
p 0,2 et, secondairement, d’identifier par régression logistique les variables indépendamment associées au risque d’être
perdu de vue (analyse multivariée), avec un risque de première
espèce alpha de 5 %. Les variables quantitatives ont été
analysées à l’aide du logiciel Excel et sont exprimées en
moyenne écart type ou médiane (espace interquartile [IQR]),
selon leur distribution.
Résultats
Descriptif de la population étudiée
(n = 236)
Patients et méthodes
Sur la période 1990-2010, 236 PVVIH ont été prises en charge dans
l’une des deux structures du CHM (figure 1), dont 134 femmes
(56,8 %) et 102 hommes (43,2 %). L’âge moyen au moment du
Il s’agit d’une étude observationnelle, avec recueil rétrospectif
des données portant sur toutes les PVVIH ayant consulté au
Nombre de nouveaux patients par année
35
30
30
27
24
25
26
23
20
14
15
14
11
10
1
2
2
3
5
2
8
8
11
11
10
7
3
3
1
0
20
1
8
09
20
7
20
0
6
20
0
5
20
0
4
20
0
20
0
2
03
20
20
0
0
01
20
9
20
0
8
19
9
7
19
9
6
19
9
5
19
9
4
19
9
19
9
19
9
0
19
9
0
19
9
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S
ituée dans l’hémisphère sud, entre l’Afrique de l’Est et
Madagascar, l’ı̂le de Mayotte fait partie de l’archipel des
Comores, qui comportent trois autres ı̂les : la Grande
Comore, Mohéli et Anjouan. La religion majoritaire est l’islam
(95 %). Le contexte sociodémographique de Mayotte est
marqué par une densité quatre fois plus importante qu’en
France métropolitaine, par la jeunesse de sa population (plus de
la moitié de la population a moins de 20 ans) et par un afflux
important de personnes en situation irrégulière venues des ı̂les
voisines [1]. L’offre de soins y reste très insuffisante, avec une
densité médicale estimée à 100 médecins pour 100 000
habitants en 2008. Le centre hospitalier de Mayotte (CHM)
regroupe l’essentiel du plateau technique de l’ı̂le et assure les
consultations spécialisées, les hospitalisations (capacité
d’accueil de 270 lits), les actes chirurgicaux et plus de la moitié
des accouchements de l’ı̂le.
Le premier cas d’infection par le VIH a été diagnostiqué à
Mayotte en 1989 [2]. De janvier 1990 à mai 2009, les personnes
vivant avec le VIH (PVVIH) étaient suivies dans le service de
médecine du CHM. Depuis cette date, une autre structure,
dépendante du CHM, le centre Action-Santé, a pris le relais. Si très
peu de données sont disponibles dans la littérature sur les
caractéristiques des PVVIH à Mayotte, les statistiques officielles
suggèrent une prévalence faible (0,05 %). Ce chiffre optimiste
pourrait être en rapport avec l’absence de connaissance du statut
VIH d’une proportion importante des PVVIH et avec les carences
du suivi des patients diagnostiqués, notamment du fait des
difficultés d’accès aux soins pour les migrants en situation
irrégulière [1]. Afin de mieux analyser cette situation et de
proposer des mesures d’amélioration de la prise en charge des
patients, nous avons étudié les caractéristiques des patients chez
qui l’infection par le VIH a été diagnostiquée, ainsi que leur
parcours de soins.
Figure 1. Nouveaux patients infectés par le VIH pris en charge à Mayotte (1990-2010).
Figure 1. New HIV-infected patients in Mayotte (1990-2010).
Médecine et Santé Tropicales, Vol. 24, N8 2 - avril-mai-juin 2014
195
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S. ROUGERIE, ET AL.
diagnostic de l’infection par le VIH était de 30,7 ans ( 12) et l’âge
médian de 30 ans (24-37). Dix patients ont débuté leur prise en
charge avant l’âge de 15 ans. L’infection VIH a été le plus souvent
diagnostiquée entre 20 et 30 ans chez la femme (44,5 % des cas), et
entre 30 et 40 ans chez l’homme (37,8 %). L’origine géographique
des patients était, par ordre de fréquence : une ı̂le des Comores
autre que Mayotte (n = 69, dont quarante-cinq originaires
d’Anjouan), Mayotte (n = 54), France métropolitaine (n = 46),
Afrique continentale (n = 37, dont vingt et un originaires du
Rwanda et cinq de la République Démocratique du Congo) et
Madagascar (n = 15). On notait une prédominance de femmes,
quelle que soit la provenance des patients, à l’exception des
patients originaires de France métropolitaine (76 % d’hommes).
Lors du diagnostic, 103 patients étaient de nationalité Française,
123 étaient de nationalité étrangère, et dix de nationalité non
précisée. Seuls 40 % des patients d’origine comorienne bénéficiaient d’une carte de séjour, la majorité étant en situation
irrégulière, ne bénéficiant pas d’une couverture des dépenses de
santé. Le mode de contamination n’était pas rapporté dans 52 %
des cas (n = 123). Pour les autres (n = 113), il s’agissait de
contaminations présumées lors de rapports hétérosexuels
consentis (n = 85) ou d’un viol (n = 10), de transmissions mèreenfant (n = 7), de transfusions (n = 5), d’échanges de seringues
chez des usagers de drogues (n = 4), et de rapports homosexuels
masculins (n = 2).
Diagnostic de l’infection VIH
Les circonstances de découverte de l’infection par le VIH,
précisées pour 188 patients (79,6 %), étaient :
– symptômes faisant évoquer une infection par le VIH (n = 70),
– dépistage en raison de facteur(s) de risque (n = 67),
– grossesse, dans le cadre du programme de prévention de la
transmission mère-enfant (n = 51).
Seuls quarante-deux patients (17,8 %) ont été diagnostiqués
par le centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Les
circonstances de découverte de l’infection VIH étaient différentes selon les sexes. Pour les femmes, il s’agissait :
– de la grossesse (38%),
– d’un dépistage au stade asymptomatique (25,6%),
– de symptômes évoquant une infection VIH (18 %).
Chez les hommes, le diagnostic a été beaucoup plus souvent
porté à partir de symptômes évocateurs (45,5 %) qu’au stade
asymptomatique (31,7 %). Au moment de la découverte de
l’infection par le VIH, quarante patients (17,0 %) étaient au
stade sida et la médiane du taux de lymphocytes CD4+ était de
390/mm3 (186-557). Le taux de lymphocytes CD4+ était < 350/mm3
chez quatre-vingt-deux patients (34,8 %), parmi lesquels
cinquante (21,2 % du total) avaient un taux < 200/mm3.
Trajectoire de soins
Sur les 236 patients suivis, 160 (67,8 %) ont débuté un traitement
par antirétroviraux (ARV). Le taux de couverture par ARV est de
93 % dans le groupe des patients ayant présenté un taux de
lymphocytes CD4+ < 350/mm3. Parmi les 105 patients qui ont
été vus au moins une fois en 2010, soixante-dix-huit (74,3 %)
recevaient un traitement ARV, dont quarante-sept (60,3 % des
patients sous ARV) avaient une charge virale indétectable. Parmi
les vingt-quatre femmes pour qui la séropositivité VIH a été
découverte à l’occasion d’une grossesse en 2010, huit (33,3 %)
196
n’ont pas reçu d’ARV. Au cours du suivi, cinquante-neuf patients
(25 %) ont présenté au moins une pathologie opportuniste :
zona (n = 16), tuberculose (n = 12), pneumocystose (n = 9),
infection à cytomégalovirus (n = 6), cryptosporidiose (n = 6),
candidose œsophagienne (n = 5), sarcome de Kaposi (n = 5) et
toxoplasmose cérébrale (n = 4).
Patients perdus de vue
Sur les 236 PVVIH ayant été pris en charge au CHM, 107 (45,3 %)
étaient toujours régulièrement suivis au CHM à la date du
31 décembre 2010, cinquante-six (23,7 %) ont quitté Mayotte,
cinquante-deux (22 %) ont été perdus de vue, dix-neuf (8,1 %)
sont décédés et deux (0,8 %) ont notifié leur refus d’être suivi
lors de la première consultation. Les caractéristiques des
patients perdus de vue sont détaillées dans le tableau 1. Le
nombre de patients perdus de vue a été particulièrement
important en 2008 et 2009 (figure 2). En analyse univariée
(tableau 1), les variables significativement associées au risque
d’être perdus de vue sont la couverture sociale et l’initiation
d’un traitement ARV (facteurs protecteurs), tandis que les
enfants (âge < 15 ans au diagnostic de l’infection VIH) sont plus
souvent perdus de vue. En analyse multivariée (tableau 2), la
prise en charge initiale au CHM et l’absence de traitement ARV
sont significativement associées au risque d’être perdu de vue.
Discussion
L’épidémie VIH à Mayotte suit un profil comparable à celui
observé en Afrique subsaharienne en ce qui concerne le mode
de transmission prédominant (hétérosexuel), l’âge au moment
du diagnostic (20-30 ans chez la femme, 30-40 ans chez
l’homme) et les circonstances de diagnostic (dépistage lors
d’une grossesse chez la femme, à l’occasion de symptômes liés
au VIH chez l’homme). À l’inverse, le taux de lymphocytes CD4+
au moment du diagnostic (390/mm3) est proche de celui mesuré
en France (359/mm3 en 2008 selon la base de données
hospitalière française), ce qui suggère un dépistage relativement précoce, en regard de la situation des pays voisins. Enfin,
et c’est probablement le point le plus marquant de ce travail, la
proportion de patients perdus de vue est importante (22 %), et
semble avoir augmenté récemment. En effet, sur la période
d’étude (1990-2010), c’est en 2008 et en 2009 que le plus grand
nombre de patients ont été « perdus de vue ».
Comme dans les autres ı̂les de l’océan Indien, Mayotte
apparaı̂t relativement épargnée par l’épidémie de VIH, comparativement aux pays voisins de l’Afrique de l’Est [3, 4]. Il n’existe
à ce jour que quelques études publiées sur la prévalence du VIH
à Mayotte, les caractéristiques des patients, et leurs trajectoires
de soins [2, 5, 6]. Contrairement à la situation en France
métropolitaine [7, 8], les PVVIH à Mayotte sont majoritairement
des femmes. La transmission, essentiellement hétérosexuelle,
traduit une épidémie proche de celle des Comores (transmission hétérosexuelle dans 95 % des cas) [9, 10]. Les femmes sont
principalement dépistées pendant la grossesse, en l’absence de
symptômes liés au VIH, tandis que les hommes sont le plus
souvent diagnostiqués à partir de signes cliniques évocateurs
d’une infection par le VIH évoluée. La répartition des infections
opportunistes à Mayotte est proche de celle de la métropole [8],
excepté pour le zona, prédominant à Mayotte. À l’inverse, le
Médecine et Santé Tropicales, Vol. 24, N8 2 - avril-mai-juin 2014
Trajectoires de soins des PVVIH
Tableau 1. Variables associées au risque d’être « perdu de vue » dans la cohorte de patients suivis pour une infection VIH à Mayotte (1990-2010) : analyse univariée
Table 1. Bivariate analysis of variables associated with the risk of loss to follow-up in the cohort of HIV-infected patients, Mayotte (1990-2010).
Patients perdus de vue
(n = 52)
Patients non perdus de vue
(n = 184)
P
27,5 ans ( 12)
15 % (n = 8)
56 % (n = 29)
44 % (n = 23)
31,6 ans ( 11)
2,2 % (n = 4)
57 % (n = 105)
43 % (n = 79)
0,13
< 0,001
0,17
25 % (n = 13)
35 % (n = 18)
10 % (n = 5)
15 % (n = 8)
8% (n = 4)
22,3 % (n = 41)
27,7 % (n = 51)
17,4 % (n = 32)
20,7 % (n = 38)
6 % (n = 11)
0,53
21 % (n = 11)
52 % (n = 27)
34 % (n = 63)
67 % (n = 123)
0,07
0,05
27
31
19
23
30,4
27,7
22,3
19,6
56)
51)
41)
36)
0,89
23 % (n = 12)
11 % (n = 6)
65 % (n = 34)
39,7 % (n = 73)
10,9 % (n = 20)
49,5 % (n = 91)
0,08
403 ( 270)
391 ( 273)
0,81
56 % (n = 29)
44 % (n = 23)
71,2 % (n = 131)
28,8 % (n = 53)
0,04
85 % (n = 44)
15 % (n = 8)
74 % (n = 136)
26 % (n = 48)
0,11
Démographie
Âge (moyenne DS)
% d’âge < 15 ans
Femme
Homme
Origine
Mayotte
Comores (autres ı̂les)
Continent africain
France métropolitaine
Madagascar
Statut
Documents « en règle »
Couverture sociale
Circonstances de diagnostic
Symptômes liés au VIH
Facteurs de risque
Grossesse
Inconnues
Transmission
Hétérosexuelle
Autres
Non précisée
Lymphocytes CD4+ au diagnostic
Moyenne ( DS), /mm3
Initiation traitement ARV
Oui
Non
Centre de prise en charge initiale
Médecine CHM
Centre action santé
%
%
%
%
(n
(n
(n
(n
=
=
=
=
14)
16)
10)
12)
%
%
%
%
(n
(n
(n
(n
=
=
=
=
Patients perdus de vue par année
18
16
15
16
14
12
10
8
5
6
4
3
4
3
2
2
1
1
1
1
nn
ue
in
co
D
at
e
20
10
09
20
20
08
7
20
0
20
06
5
20
0
04
20
02
20
20
01
0
19
97
Copyright © 2016 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 66.249.64.56 le 19/05/2016.
Caractéristiques
Figure 2. Nombre de patients infectés par le VIH perdus de vue chaque année (1997-2010).
Figure 2. HIV-infected patients lost to follow-up in Mayotte by year (1997-2010).
Médecine et Santé Tropicales, Vol. 24, N8 2 - avril-mai-juin 2014
197
S. ROUGERIE, ET AL.
Tableau 2. Variables associées au risque d’être « perdu de vue » dans la cohorte de patients suivis pour une infection VIH à Mayotte (1990-2010) : analyse multivariée
Table 2. Multivariate analysis of variables associated with the risk of loss to follow-up in the cohort of HIV-infected patients, Mayotte (1990-2010).
Copyright © 2016 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 66.249.64.56 le 19/05/2016.
Documents « en règle » (versus « séjour irrégulier »)
Accès à la Sécurité sociale
Absence de traitement antirétroviral
Site de prise en charge initiale (Centre hospitalier de Mayotte versus centre action santé)
taux de couverture ARV semble légèrement plus bas à Mayotte :
en 2010, 75 % de PVVIH suivies étaient sous ARV à Mayotte,
versus 85 % en France métropolitaine.
La proportion importante de patients perdus de vue est une
des caractéristiques les plus préoccupantes de l’épidémie de
VIH à Mayotte, comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique
subsaharienne [11, 12]. À Mayotte, plus d’un tiers des patients
perdus de vue sont d’origine comorienne. La problématique de
l’accès aux soins à Mayotte touche particulièrement les patients
comoriens en situation irrégulière [1]. Si l’accès aux soins peut
être facilité par la délivrance de bons d’affection grave et
durable (AGD), les interpellations de ces patients à proximité
des centres de soins sont dissuasives. Les reconduites à la
frontière sont fréquentes, ce qui entraı̂ne des ruptures de suivi
médical et de traitement, comme cela a été démontré pour
d’autres pathologies [1]. Les risques que ces interruptions
thérapeutiques forcées font courir aux patients eux-mêmes et à
leur(s) partenaire(s) sexuel(s), sont parfaitement documentés
[13], et ne doivent pas être négligés, en termes de santé
« individuelle » et « publique ».
Il n’existe à l’heure actuelle aucune coordination formalisée
entre le CHM et les structures de soins aux Comores, où l’accès
aux ARV reste limité. Le suivi et le traitement au long cours des
maladies chroniques sont des notions difficiles à appréhender à
Mayotte [1]. En effet, la médecine occidentale s’est parfois
imposée sans convaincre, et de nombreux patients privilégient
le recours à la médecine traditionnelle, surtout face à des
maladies pour lesquelles l’effet des traitements n’est pas
immédiatement visible. Par ailleurs, les difficultés de communication sont majeures, à Mayotte, et l’offre en matière
d’interprétariat lors des consultations est largement insuffisante
en regard des besoins. Une relation thérapeutique durable et
saine basée sur une communication efficace est primordiale
pour le suivi à long terme d’une maladie chronique et
stigmatisante comme l’infection par le VIH [14]. Malheureusement, en l’absence de recueil standardisé prospectif des
difficultés de communication entre les patients et les soignants,
notre étude observationnelle ne permet pas de démontrer leur
rôle dans le taux de perdus de vue. La peur de la stigmatisation
pourrait expliquer le nombre important de patients perdus de
vue en 2008 et 2009, à l’occasion du déménagement de la
structure principale de prise en charge des PVVIH à Mayotte,
transférée d’un service hospitalier polyvalent à un centre de
santé dédié à la prise en charge des patients VIH.
La lutte contre la transmission du VIH à Mayotte ne peut se
faire sans une prise en charge optimisée des PVVIH. Elle doit
s’efforcer de limiter le nombre de patients perdus de vue et/ou
en rupture de traitement. Pour cela, il est indispensable de
simplifier les trajectoires de soins des PVVIH, en garantissant
une prise en charge de qualité, non stigmatisante, et
198
Odds ratio (intervalle
de confiance 95 %)
0,65 (0,31-1,40)
0,56 (0,29-1,10)
1,97 (1,00-3,89)
2,62 (1,09-6,29)
p
0,27
0,09
0,05
0,03
indépendante des ressources financières ainsi que du statut
social des patients. Dans notre étude, l’existence d’une
couverture sociale est significativement associée à un moindre
risque d’être perdu de vue en analyse univariée ; disposer de
documents « en règle » (carte de séjour) semble également
protecteur, sans atteindre toutefois la significativité statistique
(p = 0,07). La coordination des prises en charge entre le secteur
public de soins (entièrement gratuit pour les assurés) et le
secteur libéral reste limitée à Mayotte. La création d’un réseau
ville-dispensaire/hôpital serait particulièrement adaptée aux
besoins à Mayotte. Les infirmiers libéraux, de mieux en mieux
implantés dans les villes secondaires, pourraient servir de relais,
notamment en ce qui concerne l’éducation thérapeutique. La
formation de ces acteurs de santé est indispensable pour
maintenir un suivi de qualité au long cours.
Enfin, la coopération avec les pays limitrophes est à
renforcer, avec création d’un réseau transfrontalier de prise
en charge des PVVIH, comme cela a été développé en Afrique
de l’Ouest, ainsi qu’entre certains pays d’Amérique Centrale et
les États-Unis. Les témoignages de patients victimes d’une
rupture thérapeutique forcée à l’occasion d’une reconduite à la
frontière s’accumulent, et les conséquences, mal évaluées,
comprennent une perte de chances pour le patient (pouvant
mettre en jeu le pronostic vital), un risque de transmission du
virus et la sélection de résistances aux ARV. Il est nécessaire
d’établir une coordination entre les centres de santé de la sousrégion, plus particulièrement dans les trois ı̂les de l’Union des
Comores, et à Madagascar. Les établissements de santé de
chacune des entités géographiques concernées devraient être
informés de la nature des soins délivrés à leurs patients quand ils
séjournent à l’étranger. Cette communication permettrait
d’assurer la délivrance optimale des ARV et de donner un avis
éclairé en vue de l’obtention du visa sanitaire, document
administratif indispensable pour bénéficier de l’assurancemaladie. Enfin, l’établissement d’un laissez-passer sanitaire pour
les patients originaires des Comores et de Madagascar,
sécuriserait les déplacements des migrants atteints d’une
affection transmissible, en garantissant une poursuite de la
prise en charge adaptée au sein des différents pays de la zone.
Conflits d’intérêt : aucun.
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Église semi-enterrée à Lalibella (Éthiopie) # F Augey
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