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Ces éleveurs de porcs qui se soucient d`écologie et de

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Ces éleveurs de porcs qui se soucient
d’écologie et de bien-être animal
27 mai 2016 / Benoit Vandestick (Reporterre)
Pour répondre à la double crise de l’élevage porcin en Bretagne – écologique
avec les algues vertes et économique avec les crises répétées –, des éleveurs
se tournent vers la filière Porc authentique élevé sur paille, préoccupée par le
développement durable. Les animaux vivent bien mieux et les éleveurs
également.
- Plélo (Côtes-d’Armor), reportage
Dans un bâtiment généreusement éclairé par le soleil, des petits cochons gambadent sur la paille. Dans
leurs auges, du bon grain, provenant des champs aux alentours. Et pour gérer tout ça, un éleveur, attentif à
chacune de ses petites bêtes. « C’est comme dans une publicité pour une grande marque d’alimentation,
sauf qu’ici, tout est réel », plaisante Norbert Lesné. Cet éleveur est installé depuis 2010 dans son
exploitation de porc sur paille, à Plélo, dans les Côtes-d’Armor. « L’élevage sur paille était pour moi une
évidence, rapporte-t-il. Je n’aurais pas voulu travailler autrement. D’abord pour la question du bien-être
animal, mais aussi pour des raisons environnementales. » En 2013, il rejoint la filière Porc authentique
élevé sur paille, créée la même année par le réseau Cohérence, un groupement d’organisations du GrandOuest engagées dans le développement durable. Objectif de la filière : promouvoir un porc équitable et
écologiquement responsable, sur un territoire restreint. « J’ai rejoint le réseau Cohérence dès mes débuts,
pour pouvoir échanger avec des professionnels qui partagent les mêmes préoccupations », explique
l’éleveur.
Un cahier des charges regroupant une cinquantaine de points
L’engagement de Cohérence est né du constat des différentes crises que traverse la production porcine
bretonne depuis plusieurs années. D’abord la crise environnementale, avec notamment le problème des
algues vertes lié à la concentration des animaux, et la crise économique, dont souffrent les éleveurs et les
petits abattoirs. Parallèlement, la demande des consommateurs pour des pratiques agricoles tournées vers
le bien-être animal et des produits plus sains s’est renforcée. « Les éleveurs sur paille qui faisaient de la
vente directe n’avaient pas vraiment de difficulté à vendre leurs produits, mais pour les autres, c’était très
compliqué », rapporte Jean-Bernard Fraboulet, chargé de mission à Cohérence. La création de la marque
Porc authentique élevé sur paille devait leur permettre de trouver des filières de commercialisation
capables de valoriser ces produits. Car la qualité a un coût : élever du porc sur paille ne demande pas le
même travail que sur caillebotis.
« De façon générale, il y a plus de manutention en élevage sur paille », témoigne Norbert. Le plus gros du
travail ? Le curage. « Pour les cochons en phase d’engraissement, ça n’est pas trop difficile, car j’ai agencé
les bâtiments de façon à y accéder mécaniquement. Le plus dur, c’est pour les truies en maternité. Là, il
faut curer manuellement tous les jours et pailler à chaque fois. Si c’est sale, les tétines vont être sales et
l’on risque d’avoir des maladies. L’hygiène est très importante à ce moment-là. » Face au bâtiment de
maternité se trouve un hangar, dans lequel la paille est stockée. « Ce qu’il y a ici provient de mes
cultures », indique l’éleveur. Les céréales récoltées sont stockées dans des silos, qui s’élèvent contre le
pignon du bâtiment d’engraissement. S’y trouve également du lin, qui vient enrichir l’alimentation des
cochons, permettant aux produits de bénéficier du label Bleu Blanc Cœur.
La filière Porc authentique élevé sur paille engage l’éleveur à respecter un cahier des charges regroupant
une cinquantaine de points. Celui-ci a été élaboré lors d’échanges entre associations environnementalistes,
éleveurs et consommateurs. Outre la particularité d’être élevés sur litière, les animaux bénéficient d’un
espace de 1,5 m² par tête (contre 0,7 m² en conventionnel) et d’une alimentation garantie sans OGM ni
antibiotique. L’apport en azote lors de l’épandage est limité, afin de réduire la pollution des eaux. Le
recours aux antibiotiques n’est autorisé qu’en usage curatif, pour les truies de la maternité, à raison d’une
fois seulement maximum à chaque mise bas. C’est plus qu’en bio (une fois pour toute la vie), mais moins
qu’en conventionnel (utilisation préventive). La solution : éviter que les truies ne tombent malades. « Le fait
d’avoir un petit élevage, où les animaux ne sont pas entassés, limite déjà les risques, rapporte Norbert.
Aussi, j’attends 5 à 6 chaleurs avant d’inséminer une truie. De cette façon, elle est plus développée et plus
résistante aux maladies. La mise bas se passe mieux, sans avoir besoin d’hormones. Plus la mise bas est
courte, plus la truie se remet bien. Et les petits sont en meilleure santé. »
« Regardez tout ça : que des produits locaux et de qualité »
La phase d’engraissement terminée, les cochons sont mis à mort dans le petit abattoir de Quintin, situé à
proximité des élevages et boucheries partenaires. La boucherie de Frédéric et Frédérique Ferchal, à SaintBrieuc (Côtes-d’Armor), commercialise la viande de Norbert depuis août 2015. Pour eux, le choix du Porc
authentique sur paille allait de soi. « Cet engagement correspondait à ce que nous voulions en nous
installant, affirme Frédérique, en présentant ses produits. Regardez tout ça : que des produits locaux et de
qualité. Nous utilisons aussi des légumes du coin pour nos produits traiteurs. » Bien que le Porc authentique
élevé sur paille coûte plus cher que le porc conventionnel, le couple n’a pas pour autant augmenté les prix.
« Les clients sont très satisfaits de la qualité de la viande et reviennent plus souvent. On a aussi gagné de
nouveaux clients. Finalement, la diminution de la marge au kilo est récupérée sur la quantité vendue. »
Sur la dizaine d’éleveurs qu’accompagne Cohérence, deux sont actuellement labellisés Porc authentique
élevé sur paille. Le réseau cherche aujourd’hui de nouveaux points de vente, pour permettre aux éleveurs
intéressés de se lancer dans cette activité. « Nous avons une relation de confiance avec le territoire,
rapporte Jean-Bernard Fraboulet. Les élevages sont parfois ouverts pour des visites de consommateurs,
d’élus et aussi des lycées agricoles, traditionnellement portés sur du conventionnel. » La filière se penche
également sur la restauration collective. « Il y a déjà une cuisine centrale qui se fournit chez un des
bouchers partenaires de la filière. Nous avons aussi un rôle à jouer dans la sensibilisation des jeunes, pour
la consommation locale. »
Lire aussi : Sur le Larzac, l’éleveur de porcs au naturel voit l’avenir en rose
Source : Benoit Vandestick pour Reporterre
Photos : © Benoit Vandestick/Reporterre
. Chapô : des porcelets de l’élevage de Norbert Lesné.
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