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Pourquoi se suicider au zoo?
STASZAK, Jean-François
Reference
STASZAK, Jean-François. Pourquoi se suicider au zoo? Le Temps, 2009, 23.04.2009
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:34956
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JEAN-FRANÇOIS STASZAK (Le Temps, 23.04.2009)
Pourquoi se suicider au zoo?
Vendredi 10 avril, au zoo de Berlin, Mandy K., 32 ans, escalade la barrière, la haie et le mur qui séparent le public de l’enclos des ours polaires et se jette dans la fosse. La jeune femme tombe dans
l’eau, où elle est vite rejointe par trois ours, qui la mordent sévèrement à plusieurs reprises, au bras,
au dos et à la jambe. Les gardiens du zoo lui lancent des bouées et tentent de repousser les animaux
avec des perches. On finit par réussir à hisser la malheureuse hors de la fosse au moyen d’une corde.
La vidéo est évidemment sur Internet.
Conduite à l’hôpital, Mandy est opérée et ses jours ne sont plus en danger, même si le risque
d’infection reste élevé. La presse parle d’une tentative de suicide. En fouillant dans son passé et en
interrogeant ses proches, Das Bild lui trouve en effet de nombreuses raisons d’être désespérée. Quoi
qu’il en soit, Mandy l’a échappé belle.
Dans les zoos, les accidents sont plus fréquents qu’on ne le croit. Les gardiens et les soigneurs sont
les plus exposés. Un moment d’inattention suffit : ainsi en novembre 2006, au zoo de Chemnitz (Allemagne), l’employée qui nettoyait la cage des léopards néglige d’en fermer la porte et se fait tuer
par les fauves. Le public se met en danger de façon plus délibérée. Deux accidents ont fait l’actualité
en 2008. En mars, au zoo de Saint-Jean-Cap-Ferrat (France), une fillette de 4 ans, hissée par ses parents contre l’enclos, est happée par un lion qui la blesse grièvement. En juin, un écolier de 10 ans,
qui n’avait sans doute pas respecté la barrière de sécurité, tombe dans la fosse aux loups du zoo de
Bâle, où il est mordu à la tête par une femelle avant d’être récupéré. Ces accidents sont le plus souvent liés à l’inconscience du public, qui ne mesure pas le danger représenté par certains animaux et
cherche à entrer en contact avec eux, malgré tous les obstacles et les avertissements. L’ingéniosité
des visiteurs pour transgresser les dispositifs de sécurité afin de prendre une photo en gros plan, de
nourrir ou toucher l’animal est sans limites. Les zoos n’y peuvent pas grand-chose. On a plus de peine
à empêcher les visiteurs d’entrer que les animaux de sortir. Il est rarissime qu’un accident résulte
d’un animal qui parvient à s’échapper, comme au zoo de Doué-la-Fontaine (France) en 1998, où un
jaguar sorti de sa cage a tué un enfant de 5 ans.
Il n’est pas fréquent que les visiteurs s’offrent aux animaux en victimes consentantes, comme ce
semble être le cas de Mandy K. On rapporte toutefois quelques cas de suicides. Un soigneur a mis fin
à ses jours en se livrant aux tigres du zoo de Singapour en novembre 2008 ; un visiteur se serait donné la mort en pénétrant dans l’enclos des lions du zoo de Lisbonne en 2006, un autre au zoo de Kiev
la même année. Pourquoi choisir une mort aussi atroce ? L’horreur du spectacle infligé est-elle une
ultime protestation ? Attend-on de l’animal une forme de rédemption ?
La violence de l’animal est généralement difficile à accepter et même à envisager. Surtout au zoo de
Berlin et surtout de la part d’un ours polaire. Car cet établissement compte un locataire cher à nos
cœurs : Knut. Nous nous souvenons tous de cet ourson, né au zoo en décembre 2006, qui fut rejeté
par sa mère et élevé au biberon par les gardiens du zoo. Il devint une mascotte nationale, et même
une star internationale : il fit la couverture de Vanity fair. Knut a son blog et milite contre le réchauffement de la planète. Il attire tellement de monde au zoo que celui-ci enregistre son nom comme
marque déposée. On n’en compte plus les produits dérivés. Décidément trop mignon : Knut is cute,
chante-t-on. Il eut une visite en décembre 2008. Un homme de 37 ans, qui trouvait que l’animal avait
l’air bien seul, a sauté dans l’enclos pour lui tenir compagnie. Refusant de répondre aux injonctions
des gardiens, il n’en fut extirpé qu’en distrayant l’ours au moyen d’une pièce de bœuf. Visiblement,
le visiteur n’avait aucune idée du danger que représentait cet animal de 105 kg.
Que Knut ait été traité comme un animal de compagnie et vendu sous forme de peluche entretient
évidemment la confusion. Ce n’est pas parce qu’il a été habitué à une présence humaine amicale
qu’il en est nécessairement moins dangereux. D’après les responsables du zoo, Knut n’était pas dans
la fosse le 10 avril 2009. C’est avec soulagement que la presse le blanchit et incrimine un ours plus
âgé (Lars, pour tout vous dire). Mais nul ne peut prévoir quel aurait été son comportement s’il avait
été présent.
L’ours est un animal programmé pour chasser et défendre son territoire : l’être humain est pour lui
soit un intrus, soit une proie. Les ours sont souvent impliqués dans les accidents qui ont lieu dans les
zoos. Certes à cause de leur force et de leur caractère de prédateur, mais surtout parce que le public
voit en eux de gros jouets et peine à croire le panneau «Attention, animaux dangereux» apposé à
leur enclos.
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