close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

Automne - Scribay

IntégréTéléchargement
Pepito Resk
Automne
Publié sur Scribay le 02/06/2016
Automne
Automne
Difficile d’arriver jusqu’à l’angle du balcon, gestes maladroits, équilibre précaire et
par-dessus tout, la douleur… Cela en vaut pourtant la peine, par cet après-midi
d’automne, le point de vue est magnifique.
Son cœur tape fort, il se retourne, serre la rambarde et attend sans bouger. Les
battements se calment, il reprend de l’assurance, patiente encore quelques secondes
avant d’ouvrir les mains pour embrasser le paysage.
Le courant d’air balaye son visage, apporte un peu de fraîcheur par cette chaude
journée. Après la moiteur de sa chambre au quatrième étage de l’hôpital, la
sensation est surprenante, agréable.
« Il est sur la plage, sa première rencontre avec Chiara. Ils se tiennent par la main,
courent vers la mer, hurlent d’une excitation trop longtemps contenue. Devant eux,
dérangés par leurs voix aiguës d’enfant heureux, les rouleaux de vagues grondent et
râlent rauque. Plongeon, flash froid, culbute, nouveaux cris de joie. De sa bouée à
elle sort le long cou d’un cygne aux gros yeux, bleus. Ses bras à lui sont écartés du
corps par des brassards de Popeye, jaunes. Des rires encore, les embruns, le bruit de
la mer, et déjà le vent du large sur sa frimousse. »
Le courant d’air forcit. L’envie soudaine d’ouvrir grand les bras, de sentir ce vent se
lover au creux de ses paumes, pousser ses épaules en arrière, appuyer sensuellement
contre sa poitrine.
« Au guidon de son Vespa, sans casque, la caresse de l’air sur son visage. Sur sa
poitrine, avec tendresse, croisées serrées, les mains de Chiara. Son menton sur son
épaule, leurs cheveux mélangés, insouciante adolescence. »
Il est heureux que l’âge lui ait laissé une abondante chevelure, blanche, un peu
fanée, mais abondante. Sentir ses cheveux s’agiter en tous sens, fouetter sa nuque
sous le vent de plus en plus violent.
« Sur la route en bord de mer, voiture lancée, capote relevée. Sa tête penchée sur
son épaule, ses cheveux à elle voletant partout sur son visage à lui. Virage, Plongeon,
flash, froid au ventre, culbute et cris. Puis un souffle, encore… léger, très léger.
Chiara calée dans ses bras, son visage collé au sien, soupir imperceptible, le
dernier. »
Automne
Depuis combien de temps est-il parti ? Une seconde, deux au maximum, ce dernier
voyage n’est pas bien long. Suffisant, pourtant, pour se remémorer ces quelques
scènes, se rappeler toutes ces sensations.
Trop court, heureusement, pour éprouver des regrets.
Le temps est vraiment une notion curieuse, impalpable comme le vent.
Une seconde, deux au maximum, ce qu’il faut au vieux monsieur pour choir du
quatrième étage et disperser, écarlates, le reste de ses souvenirs sur le trottoir.
3
Auteur
Документ
Catégorie
Без категории
Affichages
0
Taille du fichier
99 Кб
Étiquettes
1/--Pages
signaler