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Comment faire pour prévenir le diabète de type 2 en Suisse ?

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Éditorial
Comment faire
pour prévenir le diabète
de type 2 en Suisse ?
Pr Jacques Philippe et Dr François R. Jornayvaz, PD et MER
Articles publiés
sous la direction de
Jacques Philippe
Médecin-chef
Service
d’endocrinologie,
diabétologie et
nutrition
HUG, Genève
François R.
Jornayvaz
Médecin associé
Service
d’endocrinologie,
diabétologie et
métabolisme,
CHUV, Lausanne
Depuis les années 50 où la prévalence du diafacteur de risque important. La prévalence
bète de type 2 se situait entre 3 et 4 % de la
est de 2,9 % entre 35 et 50 ans, de 7,9 % entre
population adulte, le nombre de patients dia50 et 65 ans et de 12,4 % entre 65 et 75 ans. Le
bétiques aux Etats-Unis n’a fait qu’augmenter
diabète augmente avec le poids mais il affecte
d’année en année. La prévalence
néanmoins 3,6 % de la population
atteint aujourd’hui 9 %. L’augmen­
adulte avec un poids normal, 6,9 %
Les banalités
tation a été progressive entre les
de celle en surpoids et 20,1 % de
s’enchaînent
années 50 à 90 ; depuis lors, la
celle obèse. Outre le poids et l’âge,
mais au final
tendance à l’augmentation s’est
les conditions socio-économiques
peu d’actions
verticalisée et le nombre de pacontribuent de manière imporréelles sont
tients a atteint des proportions
tante au risque de diabète, y com­
entreprises
épidémiques. En Suisse, la propris à Genève avec une prévalence
gression a été aussi importante.
moins importante chez les famil­
En 1997, la prévalence du diabète était d’enviles à hauts revenus que chez celles en diffiron 3 % aussi bien chez les femmes que chez
cultés sociales. Celle-ci double même entre
les hommes. Elle a atteint près de 6 % en 2012
les deux extrêmes (données du Bus Santé des
chez les hommes et 4 % chez les femmes. A
HUG).
Genève, cette prévalence est de 6,1 % alors
Dans tous les pays du monde, les associations
qu’à Lausanne, dans l’étude CoLaus, elle est
médicales et les politiciens se concertent et
de 6,6 %. En outre, dans la population lausannoise, environ un tiers des patients ignorent
se demandent comment inverser la courbe et
qu’ils ont cette maladie. Cette épidémie de
par conséquent comment prévenir le surpoids,
diabète est en bonne partie due, outre l’amél’obésité et le diabète de type 2 avec toutes les
lioration du dépistage et l’augmentation de la
comorbidités qui y sont très souvent associées.
durée de vie, à une importante augmentation
Chaque pays élabore des milliers de documents
du surpoids et de l’obésité dans tous les pays
en recommandant qu’il est impératif de diminuer la prévalence de ces problèmes par une
développés. En Suisse, la prévalence du sur­
promotion d’une alimentation saine et d’une
poids et de l’obésité chez l’homme est aux en­
activité physique régulière. Les banalités s’en­
virons de 22 % chez les jeunes entre 15 et 24 ans,
chaînent mais au final peu d’actions réelles
mais de 65 % chez les personnes entre 65 et
sont entreprises.
74 ans ; chez la femme, entre 15 et 24 ans, la
prévalence du surpoids est de 13 % alors qu’elle
Alors comment prévenir le diabète ?
atteint 48 % entre 65 et 74 ans. En vingt ans, la
Il est vrai que des études d’intervention ont
prévalence du surpoids et de l’obésité a augmenté d’environ 10 % dans les deux sexes.
démontré qu’une prise en charge intensive au
niveau du style de vie et de l’activité physique
A Genève, le diabète est deux fois plus fréquent
ou même un traitement de metformine peu­vent
chez les hommes (7,7 %) que les femmes (4,5 %).
diminuer la survenue du diabète de type 2.
Comme partout dans le monde, l’âge est un
Dans le court terme, cette intervention est
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très efficace puisqu’on peut prévenir, ou plus
ces parfois désastreuses sur la personnalité
exactement retarder, l’apparition d’un diatelles que le stress, l’anxiété, les difficultés
bète de type 2 chez un patient sur deux à trois
socio-économiques, etc. ont poussé les individus à devoir compenser et cela se manifeste
ans. Néanmoins, avec le temps, le succès de
par une incapacité à entreprendre une activité
ces interventions, qui nécessitent beaucoup
physique, par des comportements
de soignants et un suivi intensif,
inadéquats menant à des phénodiminue progressivement pour
il faut
mènes de dépendances aussi bien
devenir relativement modeste à
repenser notre
à la nourriture qu’au tabac, à l’alquinze ans de suivi. Si ces intermodèle socioventions, intensives et coûteuses,
cool et à d’autres toxiques.
économique et
sont toutefois efficaces, la prise
tenir compte
Il ne s’agit donc pas seulement
en charge standard médicale l’est
davantage
de
de recommander une alimentabeaucoup moins. La question est
l’individu
tion saine et une activité physi­que
de savoir s’il est possible de faire
adéquate surtout chez les indivimieux par une meilleure promotion au niveau des nombreux acteurs, politi­
dus qui évoluent dans un milieu socio-économique défavorable. Si l’on veut être efficace
ques, économiques, médico-soignants et fami­
dans le futur, il faut repenser notre modèle
liaux. En fait, bien peu d’interventions, quelle
socio-économique et tenir compte davantage
que soit leur nature, par exemple la taxation
de l’individu que de notre croissance et de nos
des graisses, les campagnes télévisées, la promotion d’une alimentation saine et d’une acperformances. L’enjeu est considérable car on
tivité physique régulière ont abouti à des réconstate, particulièrement dans les villes, un
sultats spectaculaires à long terme.
emballement des maladies chroniques métaboliques et psychiatriques. Cet emballement
Pourquoi ce relatif insuccès malgré
est une menace considérable pour la santé de
plusieurs dizaines d’années de tentatives
l’individu mais aussi pour la bonne marche
d’amélioration de la situation ?
de notre société.
Il est évident, et les faits sont tenaces pour
Au lieu d’élaborer des documents qui répètent
nous le démontrer, que la lutte est difficile.
sans cesse les mêmes banalités, les médecins
La facilité d’accès à la nourriture, le manque de
et les politiques devraient réfléchir aux vrais
volonté dans l’activité physique, l’accélération
enjeux de la santé publique.
du rythme de vie avec toutes ses conséquen­
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