close

Se connecter

Se connecter avec OpenID

ce lapin ne mange plus : que dois-je faire

IntégréTéléchargement
CE LAPIN NE MANGE PLUS : QUE DOIS-JE FAIRE ?
Charly PIGNON,
DV, Dip ECZM (Small Mammal)
Praticien hospitalier, Chef du Service NAC
Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d’Alfort
Ecole Nationale Vétérinaire d‘Alfort,
7 Avenue du Général de Gaulle, 94700 Maisons-Alfort
Charly.pignon@vet-alfort.fr
RESUME
L’anorexie est un signe qui motive fréquemment les propriétaires de lapins à consulter leur
vétérinaire. Cette anorexie est bien souvent le seul symptôme d’un iléus chez le lapin. Les
origines possibles de l’iléus sont très nombreuses et variées chez le lapin et la démarche
diagnostique est donc un point essentiel afin de déterminer la cause précise et le traitement le
plus adapté. Certaines caractéristiques physiologiques du lapin les rendent en effet
particulièrement vulnérables aux conséquences de l’anorexie, et nombre d’entre eux ne
connaitront pas une issue favorable sans diagnostic permettant un traitement adapté.
MOTS CLES
Iléus, radiographie abdominale, analgésie, réhydratation
INTRODUCTION
Lorsqu’il est malade, le lapin est un animal chez lequel on peut très fréquemment voir apparaitre
une production de selles petites, dure et sèches en faible quantité. Alors que ce symptôme chez
les carnivores domestique pourrait s’apparenté à une difficulté à déféquer ou une constipation,
c’est le signe chez le lapin d’un ralentissement de transit pouvant mener à un iléus. Cet iléus
peut être primaire (faible taux de fibre dans la ration, trichobézoar ou corps étranger) ou
secondaire à toute pathologie engendrant une douleur, un stress pour le lapin et donc une
anorexie.
RAPPELS PHYSIOLOGIQUES
Le lapin est un folivore. Son appareil digestif est fait pour un régime à base de verdure
succulente. Le système digestif du lapin permet une absorption d’un volume important de
nourriture, de séparer les composantes digestibles et les composantes fermentescibles de son
régime, et d’éliminer rapidement les fibres non fermentescibles. La séparation entre ces fibres
se fait au niveau de l’ampoule caecale, et permet la production de fèces (fibres non
fermentescibles) puis de cæcotrophes (matériel alimentaire semi digéré contenant des bactéries
de la flore caecale). Ces cæcotrophes sont ingérés et permettent l’absorption des bactéries et de
leurs produits de fermentation dans l’intestin grêle. Le principal facteur favorisant la vitesse du
transit est la présence de fibres non fermentescibles. Le manque de ces fibres est la cause la
plus fréquente de problèmes gastro-intestinaux.
ANAMNESE ET COMMEMORATIF
En cas d’iléus, le motif de consultation sera quasi systématiquement une anorexie. Cependant,
la consultation doit commencer par la prise d’anamnèse et de commémoratifs est une partie
fondamentale de la consultation. En effet, les causes des iléus sont bien souvent liées à
l’environnement et l’alimentation du lapin. Il commence par la prise d’information concernant
toutes les informations concernant l’environnement (type de cage, place de la cage dans la
maison, substrat) incluant tous changements dans l’environnement pouvant être à l’origine
d’un stress. La qualité de l’alimentation peut influencer grandement la motilité gastrointestinale. Il est donc important de prendre le temps de documenter l’alimentation de l’animal
(type, marque, composition, quantité donnée, quantité consommé, complément vitamines et
minéraux, changement d’alimentation). La durée d’évolution et la chronologie des événements
est également un point fondamental concernant le diagnostic. Afin d’évaluer la chronologie, le
propriétaire doit être questionné sur la quantité et la qualité des selles produites par le lapin.
EXAMEN CLINIQUE
L’examen clinique rapproché commence par l’examen de la face de l’animal. Les troubles
dentaires constituant l’une des causes les plus fréquentes d’anorexie chez les lapins, un examen
de la cavité buccale doit être réalisé, quel que soit le motif de consultation, et d’autant plus en
cas d’anorexie. Cet examen est réalisé animal maintenu dans une serviette à l’aide d’un
otoscope, d’un vidéo otoscope ou d’un spéculum vaginal relié à une source lumineuse.
Après une auscultation cardio respiratoire, une palpation abdominale est réalisée. La palpation
abdominale doit être douce en maintenant bien le lapin pour que celui-ci ne rue pas. L’estomac
peut ne pas être palpable chez le lapin sain, mais en cas de déshydratation ou de stase, celui-ci
apparait au touché comme une masse crâniale latéralisée à gauche, ronde et indurée. Les lapins
étant incapables de vomir, toute affection obstructive peut entraîner rapidement une dilatation
gazeuse des anses de l’estomac et intestinales. Ces dernières seront alors aisément palpable,
dilaté et de consistance aérique. Cette palpation peut être très douloureuse pour l’animal. Il est
difficile de palper le caecum. En cas de dilatation de ce dernier, l’abdomen apparaitra distendu
à la palpation sans pouvoir réussir à saisir le moindre organe. Au cours de la palpation
abdominale, il est aussi possible de palper les reins ainsi que la vessie. L’auscultation de
l’abdomen permet de mettre en évidence la présence ou non de bruit digestif. Ceux-ci seront
diminués à absent en cas de stase digestive.
Si l’examen clinique permet d’orienter le clinicien vers de premières hypothèses diagnostiques,
les signes cliniques sont souvent frustres chez le lapin, ce qui oblige à la réalisation d’examens
complémentaires pour établir un diagnostic.
EXAMENS COMPLEMENTAIRE
1) Radiographie
Les radiographies sont les premiers examens complémentaires à réaliser en cas d’anorexie chez
un lapin [1]. La cause primaire de l’iléus pouvant être extra digestive, il est conseillé de réaliser
un cliché corps entier. L’interprétation de la radiographie permettra de s’intéresser dans un
premier temps à l’appareil digestif en localisant l’iléus et en appréciant sa gravité. Le bord
caudal de l’estomac ne doit pas s’étendre au-delà de la dernière côte. Il doit toujours y avoir la
présence d’un ingesta visible à la radiographie par une image de densité tissulaire hétérogène
avec un peu de présence de gaz [2]. Les intestins doivent aussi contenir du digesta et son
dispersé dans la cavité abdominal. En fonction de la phase de digestion, le caecum peut être
vide ou plein. Quand il est plein, le caecum rempli les 2/3 de la cavité abdominale. Le colon
descendant peut être facilement visualisable lorsque ce dernier contient des selles. Des
anomalies radiographiques incluent la présence de grandes poches de gaz tout au long de
l’appareil digestif [3]. Il est important de localiser le segment digestif atteint dans un but
diagnostic mais aussi prognostic. Un estomac anormal se présentera sous une forme ronde. Il
peut y avoir un impaction avec une accumulation de contenu digestif, une accumulation de gaz
ou bien un contenu digestif hétérogène avec un halo gazeux qui peut faire fortement penser un
la présence d’un trichobézoar [4]. Les obstructions digestives apparaitront radiographiquement
sous forme d’un estomac rempli de gaz (+/- ingesta) avec un pattern gazeux se terminant
brutalement dans le duodénum proximal ou un peu plus loin dans l’intestin grêle [3]. La
radiographie est aussi très informative pour mettre en évidence la réponse au traitement. Il peut
être proposé de la répéter dans les 24 à 48h suivant la prise en charge de l’animal.
Les clichés radiographiques peuvent apporter de nombreuses autres informations :
déformations de la colonne vertébrale, arthrite ou fracture, néoplasie abdominale, urolithiases
qui peuvent être à l’origine de l’ileus en causant en premier lieu une anorexie. Il est également
possible de réaliser des clichés radiographiques du crâne afin d’explorer une éventuelle
malocclusion.
2) Analyse sanguines
L’examen hématologique et biochimique ne sont pas des examens complémentaires spécifique,
mais permettront de recherche tout atteinte métabolique ou infectieuse pouvant engendrer
secondairement un iléus. Une étude rétrospective [5] s’est intéressée aux valeurs de glycémie
chez le lapin sain et malade (N= 907) et a montré qu’il y avait une tendance à une corrélation
entre une forte hyperglycémie (>3,6g/L) et un mauvais pronostic. De plus l’auteur a trouvé que
les lapins présentant une obstruction intestinale avaient une tendance à avoir une glycémie
supérieure à ceux présentant une stase digestive (respectivement moyenne 4,45g/L, N=18
versus 1,53 g/L, N= 51). Il pourrait donc être judicieux de doser le glucose sanguin
systématiquement lors d’anorexie chez le lapin.
3) Echographie abdominale
L’échographie abdominale est un examen qui peut être préconisé en complément de la
radiographie [1]. Cependant, la présence de gaz dans le système digestif est fréquente, surtout
en cas d’anorexie chez le lapin, et ce gaz peut produire des artéfacts importants limitant la portée
de l’échographie dans la démarche diagnostique. L’échographie permet de confirmer ou
d’infirmer la présence d’un iléus mécanique, ou d’autres atteintes pouvant entrainer
secondairement un iléus paralytique (calculs urinaire, tumeur utérine…).
TRAITEMENT
1) Traitement médical
Tout lapin n’ayant pas produit des selles depuis plus de 24 h doit être hospitalisé afin de lui
procurer un traitement rapide et agressif. Selon la gravité de l’hypomotilité gastro-intestinale,
divers traitements sont envisageables.
La mise en place d’une analgésie est le premier réflexe que tous praticiens doit avoir. Des
analgésiques tels que la buprénorphine (0.01 - 0.05 mg/Kg, SC, IM, IV q 8-12h) doivent être
administrés le plus rapidement possible, après une juste évaluation du score de douleur de
l’animal et après examen de la radiographie (présence d’iléus modéré, sévère…). Les opioïdes
sont des agents analgésiques qui permettent de prendre en charge toute douleur aigue ou
chronique viscérale. EN cas de douleur très intense, le fentanyl (2,5-5µg/kg/h IV) ou la
morphine (1-2 mg/Kg, q2-4h, IM, SC) peuvent être utilisés.
La fluidothérapie est le deuxième axe de la thérapie à instaurer chez un lapin dysorexique. Alors
que la voie orale ou sous-cutanée sera réservée pour des animaux peu déshydratés (<5%), la
voie intraveineuse (via la veine marginale de l’oreille ou la veine saphène latérale) ou
intraosseuse (tibia proximal) est essentielle pour des cas sévères de déshydratation (>5 %). Par
ailleurs, la médication parentérale est fondamentale chez des animaux présentant une
hypomotilité gastro-intestinale car toute médication orale ne sera pas effectivement absorbée
[6].
Bien qu’aucune étude sur l’efficacité de molécules comme la trimébutine (sirop Débridat
nourisson ®) n’existe chez le lapin, elle peut être utilisée contre des douleurs intestinales
comme chez le nourrisson [7]. La siméthicone (65-130mg/Kg q1h, BID voire TID, PO ; Sirop
Polysilane Delalande®) [6] est un agent oral anti-mousse utilisé pour réduire les ballonnements,
l'inconfort et la douleur causée par l'excès de gaz stomacal et intestinal [8].
Une thérapie antibiotique est indiquée chez des patients présentant une multiplication
bactérienne (souvent secondaire à une hypomotilité gastro-intestinale) laquelle va se manifester
par une diarrhée, une cytologie fécale anormale et une atteinte de la muqueuse intestinale
(méléna ou sang frais dans les selles). Quand une antibiothérapie est indiquée, il est conseillé
d’utiliser en première intention des antibiotiques larges spectres tels que le triméthoprime
sulfaméthoxazole (30 mg/Kg, BID, PO), l’enrofloxacine (5-20 mg/Kg, BID, SC, IM, PO) ou la
marbofloxacine (7 mg/Kg, BID, PO) ; Si un développement de Clostridium spp. est suspecté,
il est conseillé d’administrer du métronidazole (20 mg/Kg, BID, IV, PO) [6].
Un autre agent thérapeutique est la cholestyramine, une résine échangeuse d'ions qui lie les
toxines bactériennes et semble diminuer la mortalité lors d’entérotoxémies [9].
Certains auteurs recommandent également le mouvement et l'exercice comme un moyen de
stimuler la motilité intestinale. De légers massages de l'abdomen peuvent aussi aider à stimuler
les contractions intestinales et à écraser le bol alimentaire impacté dans le système gastrointestinal [8].
2) Traitement chirurgical
La décision d’une intervention chirurgicale sur un lapin suspect d’obstruction gastro-intestinale
est prise en fonction de l’évolution des signes cliniques et des résultats radiographiques et
échographique.
Les corps étrangers sont relativement rares chez le lapin. Dans le cas de trichobézoar si le
traitement médical précisé plus ne fonctionne pas, alors une chirurgie de gastrotomie sera
réalisée afin de vider l’estomac de son contenu.
Bien que certains auteurs s’accordent sur le faible pronostic de survie suite à une intervention
chirurgicale, il a été établi que la réalisation d’une chirurgie précoce pouvait augmenter ce
pronostic.
CONCLUSION
En cas d’iléus chez le lapin, il est fondamental de prendre le temps de questionner le propriétaire
afin d’obtenir un recueil de commémoratif précis car l’iléus peut bien souvent faire suite à des
problèmes environnementaux. L’examen clinique se déroulera en deux étapes, un examen à
distance permettant d’évaluer tout de suite la gravité de la situation afin d’éventuellement initier
un traitement d’urgence, et un examen rapproché, en insistant sur l’examen de la cavité buccale
et la palpation abdominale. Dans la quasi-totalité des cas, une radiographie sera réalisé afin
visualiser le tractus digestif. Le traitement de stabilisation du patient consistera en une analgésie
et une réhydratation et éventuellement un traitement plus spécifique si une cause extradigestive
est mise en évidence.
BIBLIOGRAPHIE
[1] Lichtenberger M., Lennox A., Updates and Advanced Therapies for Gastrointestinal Stasis
in RabbitsVet Clin Exot Anim. 2010; 13: 525–541.
[2] Capello V, Lennox AM. Rabbit. In: Clinical radiology of exotic companion mammals.
Ames (IA): Wiley-Blackwell; 2008 : 54–167.
[3] Harcourt-Brown F. Anorexia in rabbit, 1: cause and effects. In Practice 2002; 24: 358367.Harcourt-Brown FM. Gastric dilation and intestinal obstruction in 76 rabbits. Vet Rec
2007; 161: 409–14.
[4] Jenkins J. Gastrointestinal diseases. In: Quesenberry K, Carpenter J, editors. Ferrets, rabbits,
and rodents: clinical medicine and surgery. 2nd edition. St Louis (MO): WB Saunders. 2004;
161–71.
[5] Harcourt-Brown F. Harcourt-Brown S. Clinical value of blood glucose measurement in
pet rabbits. Vet records. 2012 ; 170 : 674.
[6] Oglesbee, 2011, gastrointestinal hypomotility and gastrointestinal stasis, Blackwell’s five
minute, p 427.
[7] Li C, Qian W, Hou X. Effect of four medications associated with gastrointestinal
motility on Oddi sphincter in the rabbit. Pancreatology 2009;9(5):615–20.
[8] Fischer, 2010, standards of care in the 21st century : the rabbit.
[9] Lipman et al, 1992, Utilization of cholestyramine resin as a preventive treatment for
antibiotic induced enterotoxaemia in the rabbit, Laboratory Animals (1992) 26, 1-8.
Auteur
Документ
Catégorie
Без категории
Affichages
0
Taille du fichier
111 Кб
Étiquettes
1/--Pages
signaler