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4 "saprés drôles" en "Dauphine"

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Patrice Lucquiaud
4 "saprés drôles" en
"Dauphine"
Publié sur Scribay le 12/06/2016
4 "saprés drôles" en "Dauphine"
À propos de l'auteur
Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de
personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en
Haute Normandie.
À propos du texte
Un road-movie des années 60...
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
4 "saprés drôles" en "Dauphine"
4 saprés drôles en "Dauphine"
Août 1966 mes premiers congés payés … et des vacances avec les copains…
Cela faisait à peu près 3 mois que j’avais la Dauphine* (1) et je lui avais déjà fait
parcourir plusieurs centaines de kilomètres… Début Juillet de cette année là, j’étais
allé voir mon vieux pote de lycée « Pepel » qui travaillait comme stagiaire au service
entretien des voies SNCF à Romorantin. Cela m’avait valu de dormir une fois de plus
en « chien de fusil » sur la banquette arrière de la Dauphine ( Normal quand on
passe, à "l’affût" en Sologne). Robert, alias « Pepel », fut surpris de me trouver là, au
petit matin, sur le parking de la gare de Romorantin… On allait décider de l’escapade
à faire au cours de nos très prochaines vacances… Il était question d’aller en Alsace
… A moi revenait la charge de quérir une toile de tente pour camper … Vouais
vouais… j’allais m’occuper de cela…
Août, arrive avec les vacances ; dans un premier temps je conduisais Alain, un
collègue chez son oncle au Mans où nous passions quelques jours… Alain fera partie
du groupe de copains pour l’escapade prévue … A Loudun, nous retrouvions Pepel en
vacances chez sa mère qui nous fit très bon accueil. Au fait, Gégé, un autre vieux
copain de bahut qui fait son service militaire dans l’aéronavale à Cognac est en
longue permission, il pourrait faire partie du voyage lui aussi !… On file à Saires où
nous retrouvons Gégé dans un champ jouxtant la maison de ses parents … On lui
propose de se joindre à nous pour aller à Mimizan dans les Landes ( Le séjour en
Alsace est ajourné au profit de vacances bord de mer …) J’en suis, dit Gégé !…
Chouette, on se retrouve à quatre !... Reste un petit problème … celui de la tente
pour nous abriter ; je n’ai pu obtenir celle qui était escomptée… et, en acheter*(2)
une, allait grever notre petit budget de jeunes vacanciers … C’est alors que Pepel a
cette idée géniale : « Mon frère en a une, il va nous la prêter, c’est sûr ! » … Michel,
son frère est gendarme à … Besançon … Hein ! s’exclame Gégé, on va camper à
Mimizan mais il faut d’abord passer à Besançon récupérer le matériel, c’est ça ???
C’est ça … répond laconiquement Pepel, demandes-en la raison à Ecirtap … (
Ecirtap, dans le vocabulaire de Pepel, c’est moi, Patrice, à l’envers… ) Passons… Je
n’ai pas pu avoir la tente comme prévu, me justifiais-je… Mouais, on te connaît,
vieux Pat dit Gégé en éclatant de rire, Bon les gars, j’ai promis à mon père de finir le
binage du champ de carottes que vous voyez là, alors si vous voulez qu’on parte au
plus vite, faut m’aider les copains … Jamais champ de carottes ne fut biné aussi vite
par 4 gars aussi vaillants que maladroits … Y a bien quelques carottes qui ont pris un
fatal coup de binette les coupant ou les déterrant… Il est 6 heures de l’après-midi
quand nous nous retrouvons tous chez la mère de Pepel quelque peu affolée de
savoir que nous avons prévu de partir le soir même pour Besançon. Robert a
téléphoné à son frère pour le prévenir de notre passage le lendemain et de notre
intention d’emprunter sa tente … On passe aux préparatifs du voyage. D’abord le
plan de route puis, les bagages de chacun, à loger dans le coffre de la Dauphine. A
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mon grand regret je dois me séparer de ma machine à écrire, de certains cahiers de
croquis, et de bouquins à laisser chez les parents de Pepel … Le volume du coffre
n’est pas prévu pour y loger gros de bagages, on s’organise donc avec des sacs et
valises contenant le juste nécessaire, sachant, qu’il y aura la tente à loger à partir de
Besançon… Et puis on en entasse encore un peu à l’arrière, entre les deux passagers
qui auront le privilège d’être séparés par le manche d’une épuisette dont le filet sert
de vide-poche au-dessus de la plage arrière. On la joue serré les gars !... Vous avez
sans doute lu « Trois hommes dans un bateau » ?... Nous, on innove avec « Quatre
gars dans une Dauphine »… Avant de dîner, je vais faire le plein à la station la plus
proche… La maman de Pepel nous a préparé un bon repas que nous ne prenons
même pas le temps d’apprécier tant nous sommes pressés de partir (Fichus
drôles !... Déjà l’après-midi quand Gégé a dit à son père qu’il partait une semaine
dans les landes avec nous mais qu’on passait d’abord par Besançon, le pauvre
homme n’a pas eu le temps d’ajouter quoi que ce soit car on démarrait aussitôt… Coi
qu’il est resté le père de Gégé, coi, vous dis-je !…
Il est 21H30 quand nous démarrons de Loudun pour entamer, vers l’Est, une sacrée
route de nuit … Un détail : nous ne sommes que deux à avoir notre permis de
conduire … Pepel qui l’avait obtenu depuis un mois et moi qui avais bientôt deux ans
de permis… A 23H 50 premier arrêt à la sortie De Châteauroux, face à la base
américaine sur la RN151… Petit café bien chaud grâce à la thermos. On se dégourdit
les jambes et Gégé fait du morse avec la torche électrique … Bon il va falloir
déguerpir avant que les « Ricains » ne rappliquent … Direction Bourges… Nous
roulons pépère, on discute en grillant quelques cigarettes, je roule déflecteurs
ouverts, histoire de renouveler l’air dans l’habitacle… Bourges est atteint une heure
plus tard… à cette époque on a le droit de passer dans le centre des villes car les
rocades n’existaient qu’à l’état de projet. (Le périphérique parisien était encore en
chantier…) Heureusement en pleine nuit, il y avait peu de circulation dans les villes…
En avant pour Nevers !... Cela nous vaut encore une bonne heure de route… 2H20 du
matin, nous nous orientons sur Autun à 102 Kms de Nevers. Pepel prend le volant …
Derrière Gégé et Alain somnolent. Heureusement, il y a la radio avec l’émission de
Max Ménier : « Les Routiers sont sympas » La route se fait plus sinueuse, avec peu
de circulation mais Pepel a du mal à rester sur la partie droite de la chaussée quand
on croise les rares automobilistes venant en sens inverse ; il est comme attiré par les
phares, en face. A un moment, on frise l’accident car si je n’avais pas tiré sur le
volant, on fondait sur la voiture en vis à vis. Gégé s’est, lui aussi, rendu compte de la
manœuvre… Sans trop tergiverser, je reprends le volant, je laisserai à Pepel le soin
de conduire de jour ; la nuit ça craint … 4h15 du matin, nous arrivons à Autun…
Nous filons à travers la Bourgogne en direction de Beaune, passons Seurre et
arrivons à Dole au petit jour … Matin chagrin , il pleut … Nous nous arrêtons à mi
chemin entre Dole et Besançon… Fatigue, semblant de sommeil, les barbes ont
poussé… Pas question d’arriver avant 8H30 du matin chez Michel et de réveiller
leurs enfants… On attend donc dans la voiture, à l’arrêt, sous la pluie… Difficile de
dormir assis, on a des mines bien grises et les paupières lourdes … Quand Michel
nous reçoit, à 9H, il est effaré de savoir qu’ayant roulé toute la nuit, on a l’intention
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4 "saprés drôles" en "Dauphine"
de poursuivre notre voyage vers la mer à quelques 800 kms de là, passant par le
Massif Central … On se requinque avec un petit déjeuner substantiel, on fait un bon
brin de toilette. Une heure de repos dans les fauteuils et, en avant jeunesse, c’est
reparti, avec la tente en sus, vers le Sud Ouest, cette fois…
Pepel a pris le volant pour me relayer ; au grand jour il est plus efficace et surtout
moins dangereux que la nuit… Et, de nouveau, on enfile les kilomètres et les
passages dans des cités inconnues de nous : On repasse à Dole d’où on prend la
direction de Chalon/Saône… Monceau les Mines – Paray le Monial – Digoin, on
traverse la riante Bourgogne. A Lapalisse on coupe la Nationale 7 pour joindre Vichy
… A Gannat on rattrape la N9… Je reprends le volant … Cap au Sud : Riom –
Clermont-Ferrand … A la sortie de la capitale auvergnate, on prend la N89 en
Direction de Bordeaux encore distant de 363 kms, nous faisant effectuer la traversée
de tout le Sud du Massif Central… La route n’est jamais longtemps droite, nous
suivons ses innombrables méandres puis montons en lacets serrés dans les environs
de Rochefort Montagne. De quoi attraper le tournis … Tiens bon la rampe mon
lulu !... On passe Ussel… La journée étant bien entamée, à 19H30 nous nous
arrêtons à Egletons Corrèze... Nous avons parcouru la bagatelle de 969 Kms depuis
notre point de départ à Loudun, la veille au soir… Nous faisons donc étape dans une
grande auberge, au bord de la route … A table, chacun a un excellent coup de
fourchette… ça bavarde pas trop… on est archi nase … Je me souviens que nous
avions pris la plus grande chambre disponible, à deux grands lits et surtout du bain
au romarin qui détend et parfume, fort appréciable. Nous dormons comme de gros
bébés sous l’effet d’un sommeil de plomb, si profond, qu’aucun de nous n’est capable
de savoir qui ronfle parmi les quatre … Le lendemain, vers 9H30, après un copieux
petit déjeuner, nous reprenons la route, bien en forme et tout frais pour effectuer les
350 derniers kilomètres nous séparant de notre lieu de séjour vacancier … Tulle –
Brive – Périgueux – Libourne – Bordeaux que nous traversons, sous un fort soleil en
plein après-midi pour rejoindre la RN10. Traversée des Landes… à Labouheyre, à
droite toute, plein Ouest, nous ne sommes plus qu’à 40kms du but … Il est un peu
plus de 17H quand nous trouvons à nous installer dans une clairière à proximité
d’une fermette au milieu des pins … (à cette époque, il était encore possible de faire
du camping sauvage). La fermette landaise est occupée par un couple de Braves
Vieux qui nous prennent en sympathie et nous, réciproquement.
Montage de la tente avec ce qu’il faut de folklore et de jurons… Les « sardines »
s’enfoncent comme dans du beurre dans le sol sablonneux … Espérons qu’il n’y aura
pas trop de vent si nous ne voulons dormir à la belle étoile… . Ce soir là nous
sommes allés nous faire un petit « restau » en bord de mer, remettant au lendemain
le ravitaillement en vivres pour notre séjour.
Promenade à la belle étoile au bord de l’océan avant d’aller se « toiler » satisfait par
notre invraisemblable exploit de rallier un séjour de vacances normalement distant
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4 "saprés drôles" en "Dauphine"
de 380 Kms en faisant un détour de 930 Kms supplémentaires… Nous avons
exactement parcouru 1314 Kms… Sacrés Drôles !... Le séjour fut ponctué de
franches parties de rigolades entre bains de mer, sorties, excursions et dragues à la
Aldo Macione ( Bien qu’à cette époque le film « L’Aventure c’est l’Aventure » n’était
pas encore sorti ) Parmi les souvenirs de cette extraordinaire escapade, j’en retiens :
- La tête impassible des copains qui m’attendaient, assis en tailleur, bras croisés
devant la tente alors que j’en émergeais à 10H du matin, l’œil englué de sommeil …
C’était mon tour de préparer le petit déjeuner et eux attendaient …. Vexé, sans un
mot, j’ai pris la voiture, suis allé prendre mon café dans le bourg et une demi-heure
plus tard, suis revenu au campement avec des viennoiseries que nous avons prises en
apéritif… Les copains m’ont « tiré la bourre » tout le restant de la journée mais je
l’avais bien mérité…
Certains après-midi où on « flemmardait » sur les matelas pneumatiques en se
tordant de rire à la lecture d’hilarants « San Antonio » - Une soirée « frites » qui n’en
finissait pas en cuisson dans une minuscule gamelle juchée sur un ridicule petit
camping gaz. - De l’omelette de Gégé, qu’on n’a jamais mangée, laquelle avait sauté
directement de la poêle dans le sable… - Du gringue fait à la petite serveuse d’un
restaurant de Montalivet qui riait de nos bêtises mais qui, au final, n’en avait rien à
faire de nous … - D’une course en pédalos sur le lac de Mimizan… - D’une excursion
à Biarritz avec les parents d’Alain qui nous avaient rejoints une journée. - D’une
sortie restaurant gastronomique à Dax avec, les miens qui, eux, étaient en caravane
au Camping du Lac de Mimizan… Ainsi ces huit jours se sont rapidement écoulés en
bons moments, en formidables éclats de rire et en insouciance totale comme il se
doit à cet âge …
Au retour, nous avons pris la même route qu’à l’aller … Il fallait restituer la tente au
frangin de Pepel … Les kilomètres ne nous faisaient pas peur… Partis aux aurores,
nous arrivions vers 20H à Besançon … On en repartait aussitôt affrontant une
nouvelle route de Nuit … Je n’oublierai pas cette petite auberge ouverte de nuit, au
bord de la route, dans un petit bled entre Autun et Nevers. A 11H 30 du soir,
l’aimable patronne était désolée de ne pouvoir nous servir n’ayant plus grandchose… Avec ce qu’il lui restait, elle a, néanmoins, trouvé le moyen de nous préparer
une énorme omelette au thon et aux tomates et nous a régalés de pâtés maison …
Qu’est-ce qu’on s’est mis et pour pas grand-chose … Ah la brave femme !... Nous
avions des forces pour poursuivre la route. Je me souviens que roulant à allure
sénatoriale ne dépassant pas le « 70 », on se racontait notre séjour et revenions sur
les points de détail qui méritaient la critique. En conclusion nous étions enchantés
par cette expérience d’un moment de vie partagé entre copains … Nous arrivions
chez la maman de Robert à l’heure du petit déjeuner avec valises dans le coffre et
aussi sous les yeux … Nous nous sommes couchés en début d’après-midi et je me
rappelle bien qu’on a dormi d’une seule traite jusqu’au lendemain matin 10H…
Croyez bien que, cette fois, nos ronflements avaient bien pris le relais de ceux du
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4 "saprés drôles" en "Dauphine"
moteur de la « Dauphine »*(3) qui, elle aussi, avait bien mérité de se reposer …
*(1) : Voir article : " Ma 3ième voiture: une
qu'avec tous les frais occasionnés par les 930
s'acheter une excellente "Canadienne" ... ( Une
d'Août 1966 , la Dauphine a accompli
Le Farfadet volant ...
7
"Dauphine"..." *(2) : Il est évident
Kms supplémentaires, on aurait pu
tente ...) *(3) : Au cours de ce mois
un périple de 4300 kms ...
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