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4 Apr 2014

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LE LIEN
Editorial: Le printemps a le ventre chaud
Nous n’avons pas d’hiver à
raconter et pourtant le
printemps nous surprend de
douceurs
et
d’envies
goûteuses. Les bruits qui
sortent des haies, les vents
qui passent sur les terres
nous poussent à aller plus
loin
que
les
balades
obligées des heures de
pluie. L’alouette a pris de la
hauteur et les enfants de la vitesse dans les chemins de
genêts. Les grumes tirées des profondeurs sortent leur
résine des déchirures d’écorces, et l’humidité se cantonne
dans les creux d’entre-villages, nous laissant l’impression
d’habiter mieux le pays.
Pourtant personne n’est dupe, il y a de la mort
qui traine dans les fossés. Les maisons écrasées par
toute une saison de gris ont caché leurs abandons et
camouflé des peines.
Le soleil vient à la rescousse par intermittence,
dans les coins protégés des pierres tiédissantes. Des
têtes se lèvent pour écouter le bleu puissant d’un ciel
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d’avions ; des fleurs bourdonnent un blanc de mousse
légère ; un monsieur en veste de poussière médite les
souvenirs qui collent à ses pas, un couple trace un sourire
de landau et de fierté, un tracteur s’ébroue et fait danser
un chariot vide, des poules s’effrayent de leur inattention,
un enfant pleure les incrustations d’une chute figées dans
ses paumes…
La grande vie revient par pousses, par
moments, par morceaux ! Elle ouvre les bonjours et arrête
les voisins au coin d’un jardin ! Elle s’appuie sur un muret,
traine sur le devant d’une façade, s’assied à califourchon
dans les cendrées… La grande vie de petites respirations
conscientes et de sourires hésités, trottinant ses rythmes
entre les fanes et les pousses, est entrée par nos poches
trouées. Le printemps migrateur est arrivé dans nos nids,
son ventre est chaud de promesses. (H.B.)
Le#Braconnier1
« C'est Baptiste, le garde, avec Marie! »
Louis s'arrête un peu, tout estomaqué; le sang bat fortement à ses oreilles. L'aurait-elle ramené exprès?... Non, ce
n'est pas possible! Marie ne voudrait pas en faire une pareille!
En apercevant Louis à quelques pas devant elle, Marie ne dit
plus mot. « Mon Dieu, pourvu qu'il ne pense pas que c'est moi
qui l'aurais fait venir! » songe-t-elle ... Et voilà qu'elle tremble,
qu'elle tremble comme une feuille, la jeune fermière! Ses pau1
Joseph CALOZET, LI BRAK’NI, Col « Nos Dialectes »,
Imp Vaillant-Carmanne, Liège 1937 (Traduction française
d’Edgard RENARD)
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pières s'agitent ... et son cœur bat, bat très vite, sous son corsage de cotonnette à petits carreaux!
II fallait voir ces quatre personnes debout dans l'herbe,
face à face:
Colas, le fermier, qui bégayait en parlant; Baptiste, le
garde, qui regardait Louis de son air moqueur; Louis, qui plissait le front et serrait les lèvres tant il enrageait, et la pauvre
Marie, qui regardait Louis, de ses yeux tristes comme ceux
d'un
chien
battu!
« Il me
semble qu'on
est bien tardif, là, dit le
garde; on a
pourtant fini
journée à pareille heure?
Mais il y en a
qui
travaillent même la
nuit, voyezvous ...hein, Louis?
- Ça, c'est leur affaire ... mais, les gardes, ça doit sortir un
peu par tous les temps ... et à toutes les heures du jour et de la
nuit !... Pour moi, il est temps que je retourne pour me reposer.
- Oui, il faut qu'on se lève de très bonne heure, mon garçon ", dit Colas.
Le fermier, le garde et la jeune fermière se sont engagés
dans les buissons pour regagner Saint-Michel; Marie s'est retournée discrètement, la main tendue en signe d'au revoir;
Louis lui a répondu en menaçant du doigt comme pour dire:
«Vous m'avez eu !». Puis il s'arrête pour écouter: les voix se
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perdent là-haut dans le taillis. Par bonds, Louis revient sur ses
pas; il reprend vivement son fusil caché dans les feuilles, puis
en route à travers le plantis, vers les sapins de la « Couronne »! Pendant ce temps, les grosses sauterelles crient au
sommet des branches; les chouettes, de leur voix d'homme,
font « hou, hou, hoû ! » au fond des bois; les vers luisants brillent dans le gazon et les étoiles scintillent par milliers dans le
ciel, où l'on n'aperçoit pas le moindre nuage.
Entre les prés de Jimbe et la ferme, Baptiste a eu le temps
de déblatérer contre les braconniers et de parler beaucoup de
son fils qui ne tardera pas à obtenir la place de garde: « Moi,
dit-il, je deviens trop vieux pour courir après les braconniers! »
Mais entend-elle le bavardage des deux hommes, elle qui n'a de
pensée que pour celui qui vole
là-bas, dos courbé, en écartant
les branches?
Elle est toute bouleversée
rien que d'entendre celui qui est
venu lui gâter son voyage en lui
parlant de son fils! ... Attendez,
quand elle reverra Louis, elle aura soin de lui dire comme elle a
transi en remontant avec le garde! Elle lui dira: « Je ne sais
pourquoi, Louis, mais j'avais si peur qu'il ne vous voie en passant! Tenez, quand nous vous avons rencontré, j'aurais voulu
vous crier: Je vous aime trop pour avoir cherché à vous faire
prendre! »
Et, à cheminer en songeant, Marie est revenue à la ferme,
sans voir que Baptiste s'est arrêté près des étables avec le
fermier, puis qu'il a pris le chemin qui serpente le long du ru de
la Masblette, entre deux rangées de grands sapins. (A suivre)
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Et pour le lire dans la saveur du wallon :
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