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Canaan - Scribay

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Christ'in
Canaan
Publié sur Scribay le 11/06/2016
Canaan
À propos de l'auteur
Touche-à-tout de l'écriture, je passe du roman à la nouvelle, de la poésie au sketch.
À propos du texte
Bon, comme je sens que j'ai un semblant de courage pour me remettre à la réécriture
de mon très très gros pavé, je vais poster sur Scribay au fur et à mesure des
corrections, les chapitres repris. J'espère que notre partenariat, lecteur, auteur,
commentateur, portera de bons fruits et que l'aventure communautaire sera
bénéfique pour tous. Merci d'avance pour votre aide
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
Canaan
Table des matières
Prologue
CHAPITRE 1 - Mon enfant, je regarde jusqu'au
fond de ton cœur, et je sais tout de toi
CHAPITRE 2 - Je sais quand tu t'assieds et quand
tu te lèves
3
Canaan
Prologue
PROLOGUE
Sur une période d’une semaine, l’histoire relate les journées respectives de quatre
frères et sœurs nommés Esther, Josué, Noé et Sarah Carefoot.
Sept ans auparavant, en Angleterre
Les
parents
Carefoot,
morts
dans
un
accident
de
voiture,
c’est
tout
naturellement
que
less'aggravent.
quatre
frères
et
sœurs
sont
confiés
à petits-enfants,
Mary
leur
grand-mère.
Par malheur,
après
trois
années
paisibles
auprès
de
ses
celle-ci
commence
à
souffrir
de
pertes
de
mémoire
ethallucinations,
de
troubles
du
langage.
Les
mois
passants,
les
crises
En
proie
àenfants.
des
elle
délire
de
plus
en
plus.
Son
état
empirant,
son
médecin
lui
conseille
“l’Hospice
de
la
Petite
Vallée”.
L'établissement
situé
aux
abords
de
Liverpool,
soigne
les
personnes
psychologiquement
fragiles
et
les
grands
aliénés.
Diagnostiquée
sénile
à
type
de
paranoïa,
Mary
n'est
plus
en
capacité
de
gérer
ses
petits
Sans
personne
d'autre
pour
s'occuper
d'eux,
quatre
frères
et
sœurs
sont
dispersés
à
travers
le
pays
dans
diverses
structures
d'accueil.
Quatre ans après la séparation d’avec Mary
Esther,
l’aînée
de
la fratrie,
de sa
majorité
et
envisage
devaCarefoot
retrouver
ses
deux
frères
et
sœur
afinépopée,
deapproche
reconstituer
leur
famille.
Son
souhait
être letantôt
point
de
départ
d’une
incroyable
cours
de
laquelle
chaque
enfant
aura
à vivre
des
aventures
étranges
et au
extraordinaires.
Ces
expériences
seront
mystérieuses
etsa
miraculeuses,
tantôt
effrayantes
et
périlleuses.
Une aventure surnaturelle
En
l’espace
de
huit
jours,
l’ensemble
de qui
laun
fratrie
sera
confrontée
auimportants,
monde
des
anges
et{3}
desva
démons
; un
univers
spirituel
leur
était
jusqu’alors,
inconnu.
Durant
cette
semaine,
aucun
d’entre
eux
ne
seul
puisque
AdonaïÉlohim
se
tenir
à leurs
côtés
et traversera
sera
guide
del’aventure,
chaque
Néanmoins,
à
un
moment
ou
un
autre,
tous
seront
placés
devant
des instant.
choix
susceptibles
de
transformer
le cours
de
leur vie.
L’enjeu.
Chaque jour, nous sommes confrontés à des choix qui déterminent notre avenir !
Lors
de
ce voyage
initiatique,
Adonaï-Élohim
placera
devant
chacun
d’eux
le même
choix
:seul,
Soit
poursuivre
l’aventure
avec ni
luiimplication
en se
laissant
; Leurs
soit
continuer
la
route
sansdestin.
autre
intervention
deinstruire
sa part.
décisions
impacteront
leur
4
Canaan
CHAPITRE 1 - Mon enfant, je regarde jusqu'au
fond de ton cœur, et je sais tout de toi
Dès le commencement…
Au milieu de collines verdoyantes, de hautes montagnes et de jardins aux mille
couleurs, une ville d’or pur aussi clair que le verre se dresse au cœur d’une nuée
bleutée. La citadelle est entourée d’une haute muraille, brillant d'un éclat semblable
à celui d’une pierre de jaspe. Ce rempart est rythmé par douze entrées, toutes
gardées par un archange ailé tenant une lance. Chacune des portes est une pierre
précieuse. La première est en jaspe, la deuxième en saphir, la troisième en agate, la
quatrième en émeraude, la cinquième en onyx, la sixième en sardoine, la septième en
chrysolithe, la huitième en béryl, la neuvième en topaze, la dixième en chrysoprase,
la onzième en turquoise et la douzième en améthyste. Sur la place de cette ville au
sol aussi transparent que limpide, une foule nombreuse s’entasse. Sont-ils des
centaines, des milliers, une multitude ? Impossible de le savoir et de les dénombrer.
Revêtus d’un vêtement blanc immaculé, ces ”Innombrables ”agitent avec
enthousiasme une palme dans leur main droite et entourent un immense Trône
duquel s’échappent des éclairs, du tonnerre et un puissant feu. Au pied du siège
royal, sept lampes brûlent d’une flamme ardente.
Les “Innombrables” viennent de la grande tribulation. Ils représentent les victimes
des nombreuses persécutions. Ceux qui ont lavé leur robe et l’ont blanchie dans le
sang. Ils sont la multitude des multitudes qui n'aura plus à connaître ni la faim ni la
soif, ni le deuil ni les cris ou la douleur. Pour tous les présents ici, ces premières
choses ont disparu car “Celui qui est assis sur le Trône” a essuyé toutes larmes de
leurs yeux, puis a dressé sa tente sur eux. Il a fait en sorte, qu’aucune chaleur autre
que celle du soleil ne puisse plus jamais les frapper.
Par reconnaissance envers leur Souverain et Sauveur, les “Innombrables” se
réunissent à l’intérieur du temple où désormais, la mort ne réside plus. Et là, devant
son Saint Trône, ils le célèbrent nuit et jour :
— Barouh’ata Adonaï, Elohènou. Barouh’ata Yeshoua, HaShem, Malkénou,
Méleh’haYékoum. Hiné hou, ashèr ohève otanou vé shebédamo tihère otanou mi kol
H’èt, ashèr assanou malh’out cohanim lé Adonaï-Élohim Aviv. Lo hatiférèt
véhagvoura, léolaméi olamim. Hiné, Yeshoua baah im ananéi haShamayim, kol ayin
yirao ougam èlè hèdah’ouo. Biglalo kol oumot haolam yétoféfou al libam {4}.
— Mes yeux parcourent la Terre ! gronde une voix magistrale s’élevant du siège
royal. Quel est celui dont le cœur sera trouvé intègre devant moi ?
5
Canaan
— C’est du Trône d’Adonaï-Élohim que partent ses ordres, ses arrêtés et ses
jugements ! proclament d’un même élan les “Innombrables”. Sa parole frappe le
monde comme l’éclair puis elle court avec célérité.
— Quel est celui qui sera digne et pourra se lever en mon Nom ? poursuit la voix
tonitruante.
— Loué soit son amour ! se répondent en chœur et en écho, les milliers d’adorateurs.
Louée soit sa justice !
Proche du timbre du cor mais d’une sonorité plus sourde, par sept fois le schofar {5}
emplit les Cieux. Il marque de longues pauses avant les reprises et finit par se taire.
Brusquement, une main gigantesque surgit du Trône. Elle traverse le feu et fait
s’agenouiller la multitude. Dans l’immensité des Cieux, tout se fige. Plus rien ne
s’entend ni ne bouge, jusqu’à ce que la voix tonne de nouveau et transperce le
silence.
— Qui enverrai-je ?
La question est comme un coup de tonnerre. Le genou à terre et le front bas, aucun
parmi la multitude n’est en mesure d’y répondre.
— Qui enverrai-je ? est-il répété.
La paume de main se déploie. Elle s’abaisse, perfore la couche nuageuse, cependant
que l'index se redresse et pointe en direction de la Terre. Sur le parvis, apparaît
alors une image en écran géant. D’abord plane et statique, la représentation du
globe terrestre prend du relief puis se scénarise avant de s’animer. Captivée par le
film qui s’annonce, la foule entière a les yeux fixés sur le survol de la planète bleue
en vision panoramique.
L’approche se fait d’abord tout en douceur. Une loupe détaille l’image, puis elle
l’élargit et la distend comme un vieux caoutchouc mou. De l’étirer autant permet de
voir les contours de l’Europe et de reconnaître chacun des pays qui la compose.
Identifiable par ses côtes déchiquetées, le Royaume-Uni se présente seul au milieu
de l’océan.
Localisation initiée et nouveau coup de zoom sur l’Angleterre qui se détache des
pays voisins et limitrophes. Trajectoire droit devant pour le focus qui pique sur une
région et prend de la vitesse.
Voilà que sous l’objectif à “tête chercheuse”, le choix se fait plus précis. Déterminée,
la loupe met le cap sur une contrée pendant que le doigt du Très-Haut se focalise sur
une ville, favorise un périmètre, délimite un quartier, s’oriente vers une rue, investit
une maison, s’introduit dans une chambre et indique un fils de l’homme.
Rivée sur l’écran depuis les Cieux, la multitude se tourne vers le Trône et interroge
6
Canaan
d’une même voix :
— Est-ce celui qui se lèvera pour nous ?
— Tous les messagers sont libres de se soumettre à ma demande !
Tel un vent impétueux, la réponse gonfle les tuniques de la nuée de témoins, tandis
que le doigt divin frôle la nuque du garçon désigné.
7
Canaan
CHAPITRE 2 - Je sais quand tu t'assieds et quand
tu te lèves
Chapitre 2
Été 1996 - Brighton, 7 heures du matin, le premier jour.
— Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, récite Josué en se préparant devant la
glace avant d’aller en cours. Traversé çà et là par de brillants soleils ; le tonnerre et
la pluie ont fait un tel ravage, qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j’ai touché l’automne des idées, et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
pour rassembler à neuf les terres inondées où l’eau creuse des trous grands comme
des tombeaux.
Le geste habile, le garçon finit de travailler son look lorsqu'il sent un souffle
diaphane passer sur ses cervicales. Il frissonne, s’interrompe dans son envolée
Baudelairienne et pose une main sur sa nuque. Il en profite pour resserrer le large
ruban retenant en queue de cheval, ses cheveux teintés de brun foncé. Puis, sans y
accorder plus d’attention, il reprend son poème :
— Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve trouveront dans ce sol lavé comme
une grève, le mystique aliment qui ferait leur vigueur ? Ô douleur ! Ô douleur ! Le
Temps mange la vie et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur, du sang que nous
perdons croît et se fortifie !
À la suite, Josué repousse la longue mèche lui cachant l’œil droit, il surligne son
regard d’un trait de crayon khôl et assombrit ses lèvres avec une poudre
charbonneuse. Pour parfaire sa tenue, il accroche à son cou une croix celtique
(trophée remporté à l’issue d’une bagarre), glisse sa bague armure à son annulaire
et trois grosses bagues de quartz à ses autres doigts.
Le voilà presque prêt !
Ne reste plus au jeune gothique qu’à rentrer le bas de son baggy à Zip dans ses
rangers, clipper sa paire de bretelles sur ses hanches, attacher ses deux énormes
ceinturons cloutés et refermer son col Mao. Enveloppé de noir, Josué s’est comme à
son habitude, habillé dans un style vampirique version post-apocalyptique.
— T’es fourré où le pacha ? demande-t-il en fouillant la pièce des yeux.
C'est son furet prénommé Absha, que Josué cherche. Occupé à grignoter un fil
électrique sous la commode, celui-ci reste caché.
— Eh le pacha ! s'agace Josué. Où t'es planqué ?
8
Canaan
Repéré par son “poutpout”, (cri de joie caractéristique), l'animal donné par un
métaleux éleveur de rats et de furets, et connaissance de Josué, est débusqué sous le
meuble. D'une main leste, le garçon le harponne par la peau du cou et lui enfile son
harnais ventral. L'animal est docile. Il se laisse faire. Josué le pose sur son épaule.
Puis, la démarche nonchalante, il rejoint le rez-de-chaussée en fredonnant un air
léger :
— Ouvre les yeux de mon cœur. Ouvre les yeux de mon cœur, je veux te voir... Pala la
la la la pa la la la…
Dans la cuisine, Lynette Freeman s’apprête à sortir un gâteau de son four. Elle aime
mitonner de bons petits plats pour sa famille et se félicite des effluves de chocolat
qui embaument toute la pièce. Mais alors que Josué arrive en chantonnant, elle est
tout à la fois réjouie et étonnée.
— Mon chéri, te voilà bien gai ce matin, lui dit-elle en tenant sa pâtisserie entre les
mains. Que chantes-tu là ?
— Bof, j’sais pas vraiment Mounette. Figure-toi qu’hier soir, j’ai entendu cette
rengaine en passant près du bâtiment bleu, et non seulement j’me suis couché avec,
mais j’me suis en plus réveillé avec. Impossible de me l’enlever de la tronche. Tu vois
le truc ?
— Oui oui, je vois bien… sourit-elle en déposant le gâteau sur la table.
— T’avoueras quand même que c’est super bizarre ?
— Oui oui, en effet, j’avoue que c’est très bizarre, approuve Lynette en songeant au
style de musique apprécié d’ordinaire par son fils.
La chaleur du four a coloré le visage de la pâtissière. Les joues rouges, elle retire ses
maniques, essuie avec son tablier la buée sur ses lunettes, vérifie que sa minivague
est bien en place, puis va refermer la porte de sa gazinière avant de revenir vers son
garçon en le regardant d’un drôle d’air.
Lynette ne saurait dire quoi, mais il y a ce matin quelque chose d’inaccoutumé chez
Josué. Elle ne sait ce que c’est précisément, même si le simple fait de fredonner de
telles paroles, lui parait déjà totalement fou et plus que surprenant. Il faut dire que
pour le subir au quotidien, Lynette a une bonne connaissance de ce qui sort
d'ordinaire de la bouche du garçon. D’ailleurs, en repensant à ces chants plaintifs, à
ces textes mordants et agressifs, à ces paroles qu’elle juge provocatrices et
irréligieuses, et à ces rythmes lourds ponctués de grognements, son sang se glace
dans ses veines.
— J’espère que ce truc va pas me rester dans la caboche toute la journée…
grommelle le garçon.
9
Canaan
Lynette n’ajoute rien de plus. Cette mère aimante et attentive, soucieuse de
l’équilibre de son fiston et rêvant qu’il soit en paix avec lui-même et le reste du
monde, est à la fois songeuse et partagée. Partagée, car ce rêve a un coût. Partagée
car chaque jour il lui faut sacrifier ses habitudes de vie et ses principes au profit du
seul bien-être de Josué.
D’une nature optimiste, Lynette est convaincue que la rébellion du garçon n’est que
temporaire ; que son goût pour le morbide n’est qu’une lubie passagère et que son
attitude irrévérencieuse lui passera comme tout le reste {6}. Pleine d’espoir, elle
s’attend à ce qu’il change de comportement et, fixée sur cette échéance, elle fait
taire ses frustrations.
« Mmm… adulte en devenir… Chantier en construction, se dit-elle en soupirant. Que
Josué déteste les règles et adore provoquer, au fond quelle importance ? Après tout,
l’anticonformisme c’est de son âge et il faut bien que jeunesse se passe. Tout ça n’est
qu’une question de temps. En prenant de la maturité, il s’apaisera et deviendra
quelqu’un de bien, parce qu’au fond c’est juste un garçon malheureux. Un garçon
pas plus mauvais qu’un autre… »
Cette chère Lynette, si tolérante et si large d’esprit pour son fiston. Elle et Edward
forment la paire en matière de tolérance. Tous les deux sont partisans de la liberté
d’expression et proclament le droit à la différence sous toutes ses formes.
Compréhensifs et indulgents, ils respectent les goûts et les opinions contraires aux
leurs. En tous les cas, en ce qui concerne Edward. Bien connu pour être un bosseur
et un chic type, c'est un homme au caractère doux qui ne se mêle pas des affaires
des gens.
Dans le quartier, Edward se résume à être ”un bon gars ”ou “une bonne pâte”.
Lynette quand à elle, très sociable, toujours prompt à discuter et à prendre des
nouvelles des uns et des autres, est très appréciée pour sa gentillesse et sa nature
débonnaire.
Enfin,
était
vrai
jusqu’à
ce
que
débarque
un beau
matin
etl'a
vienne
chambouler
sa
vie
et sa
conception
deinespérée
la
vie.
Oui,
car
en
prenant
une
place
centrale
au
sein cela
de
leur
famille,
le
garçon
aJosué
fait
chavirer
le
cœur
deet
Lynette
etSauf
rendu
mère.
faut
dire
qu’après
tant
d’années
d’attentes,
de
déceptions
successives
et
renoncements,
cette
adoption
était
pour
Lynette.
Ayant
renoncé
à de
la
maternité,
avait
vu
ce
placement
comme
une
sorte
de
miracle.
que,
réfractaire
àelle
tout
ce qui
a jeune
trait
au
divin,
elle
remercia
la
chance
le
hasard
qui
font
si
bienIlles
choses.
Bienheureuse Lynette !
Quel bonheur ce fut pour elle, d'enfin se réaliser en tant que mère !
Quel bonheur de pouvoir transmettre son savoir, donner son amour, chérir et
protéger !
Lynette pris ce nouveau rôle très à cœur. D’ailleurs, à peine apprenait-elle qu'elle
accueillerait un orphelin, qu'elle se promit de l'aimer et de lui donner le meilleur.
Quel bouleversement !
Ne plus être uniquement femme et épouse, mais devenir maman à part entière, a
bien évidemment impacté le caractère et la personnalité de Lynette. Les premiers
10
Canaan
jours à trois dans leur maison, Lynette délaissa son rôle d'épouse et de femme au
foyer pour se concentrer sur son "petit". Un “petit” pas si petit que ça (puisque jeune
adolescent), mais un “petit” traînant avec lui de grandes douleurs du passé. Des
douleurs que dès le départ, elle a tenté de guérir de mille manières et tente encore
aujourd’hui d’apaiser.
Que d’amour pour Josué !
Elle qui pendant des d’années a désespérément souhaité s’occuper d’un enfant sans
en avoir l’opportunité, et qui par dépit avait fini par enterrer son désir, déborde
d’amour pour son garçon. Sans trop le lui montrer (car il déteste ça), elle reconnaît
volontiers qu’elle l’aime plus que de raison. Ses sentiments pour lui sont excessifs et
parfois… exagérés.
D’ailleurs, bien loin de son image de femme chaleureuse et ouverte, Lynette s’est
transformée en lionne pour protéger son écorché vif d’adolescent. Seulement, en
cherchant à le préserver et à le protéger au maximum, elle ne s’est pas rendu
compte que sa tolérance a diminué au profit de la méfiance. De même, par
amour pour Josué et par peur qu’il ne lui arrive malheur, l’anxiété a fait son lit en
elle.
La fragilité ne l’a guère épargné. Fragile, Lynette l’est devenue aussi. Elle l’est
devenue à mesure que son fils a pris en âge et que ses frasques se sont durcies. On
dit bien que "grand enfant, grand souci". Lynette en sait quelque chose. Au fil du
temps, elle s'est fait de plus en plus de mouron pour son garçon. Sans y prendre
garde, par son inquiétude permanente, elle a fait naître et grandir en elle un
maelström d’émotions qui l'ont fragilisé.
Une chose est sûre, cette tornade émotionnelle s'est déclenchée à l'instant précis où
Josué a franchi le seuil de ses bras.
Appréciée de beaucoup, Lynette possède une particularité tout à la fois, amusante et
agaçante. En effet, soucieuse d'être comprise, elle conclue ses phrases par des “tu
vois ce que je veux dire ?” ou par des “tu comprends ce que je veux dire ?”.
Vouvoiement ou tutoiement s’adaptant en conséquence, son tic de langage découle
d'un complexe intellectuel. N'ayant suivi que de courtes études en décoration,
Lynette s'imagine plus bête qu'elle ne l'est. Ainsi, sans faire de distinction ni adapter
son discours, elle s’adresse à ses interlocuteurs de manière identique, les obligeant
de façon claire ou entendue, à valider ses propos. À cause de ce sentiment
d'infériorité qu’elle traîne depuis des lustres, converser avec la Terre entière est
parfois vécu par Lynette comme un challenge et un défi.
Vous voyez ce que je veux dire ?
11
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