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Commentaire de Cinna de Corneille (II, 1) – Bac blanc le pouvoir
Copie d’Alexandre LECROART, 1ère S 2
Le XVIIème siècle est considéré comme l’âge d’or du théâtre français et Pierre Corneille est
l’un des dramaturges les plus célèbres de cette époque. Il est l’auteur de la tragi-comédie Le Cid en 1636
et il a connu à la fois les périodes baroque et classique de son siècle. Il écrit Cinna en 1641, une pièce
historique se déroulant au temps de l’empereur romain Auguste. La première scène de l’acte II voit
Auguste se livrer à une tirade en présence de ses proches Maxime et Cinna dans lequel il développe sa
perception du pouvoir, auquel il vient d’accéder. Quelle conception du pouvoir Auguste exprime-t-il ?
Pour répondre à cette question, nous allons d’abord étudier de quelle façon Auguste a pris le pouvoir,
puis la désillusion que ce pouvoir une fois pris a provoquée et enfin, nous analyserons la destinée de
hommes de pouvoir.
Dans cette tirade, Auguste se livre à un état des lieux de son pouvoir actuel et à une rétrospection
sur son ambition. Tout d’abord, l’empereur de Rome insiste sur l’importance du pouvoir qu’il détient,
il emploie par exemple des adjectifs mélioratifs tels que « souverain » « suprême » « illustre » « haute ».
On remarque aussi la présence de termes globalisants à valeur hyperbolique tels que « tout le monde »
ou encore « sur la terre et sur l’onde », « sans borne ». Toutes ces expressions visent à montrer l’étendue
du pouvoir qu’il détient, qui lui permet de commander à tous, comme le prouve aussi les phrases
injonctives au subjonctif du début « que chacun se retire et qu’aucun n’entre ici », renforcées par les
impératifs s’adressant à Maxime et Cinna. Auguste a donc une liberté de décisions et d’agissement totale
en sa qualité d’empereur. Il ne partage pas en outre cette puissance comme le prouve l’abondance des
pronoms de la première personne du singulier « je » « me » ou le possessif « mon ». Il existe de plus
une opposition entre lui et les autres notamment dans ce vers « ce pouvoir souverain que j’ai sur le reste
du monde ».
Puis, ce pouvoir absolu est expliqué par l’ambition qui l’animait, dont on retrouve le champ
lexical avec les mots « désir » « ardeur » et « ambition ». En outre, cette concrétisation a été difficile
comme le montre le verbe « qui m’a coûté » et l’expression hyperbolique « tant de peine et de sang »
où l’adverbe vient accentuer les deux termes suivants. Le rapprochement entre ces deux mots, l’un lié
aux sentiments et l’autre réaliste – ce qui s’appelle un zeugma- permet de montrer que les épreuves
traversées sont autant morales que civiques. Le vers « j’ai souhaité l’empire et j’y suis parvenu » résume
par sa construction binaire la situation passée d’Auguste et son état actuel de toute puissance. Le passé
composé employé exprime un temps révolu et définitif.
Le pouvoir d’Auguste se trouve dons être la résultante d’une ambition toute aussi forte à
destination du commandement suprême.
Toutefois la position d’Auguste semble changée : Auguste est entré dans une phase de
désillusion par ses responsabilités, ses ennemis et ses méconnaissances personnelles. En effet, Auguste
est passé de l’ambition à la désillusion : la proposition « n’est que de ces beautés dont l’éclat éblouit et
qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit » généralise le pouvoir de manière métaphorique et fait
comprendre que l’exercice du pouvoir, à présent n’est plus un objet de désirs pour Auguste, la négation
restrictive montre le peu d’importance de ces illusions. Le chiasme « d’une contraire ardeur son ardeur
est suivie » montre qu’une inversion des sentiments s’est opérée chez l’Empereur. Le présent de vérité
générale « est » montre une généralisation de la désillusion, Auguste est un exemple d’une thèse qui
concerne tous les détenteurs de pouvoir. Jouir du pouvoir est vide de sens. L’usage des adjectifs indéfinis
« quelque objet « et « quelque désir » montre cette idée. L’ambition et la désillusion sont alors
illustrées par l’image de deux verbes antithétiques « monté » et « descendre » qui séparés par une virgule
montrent l’immédiateté rythmé de plus par un vers binaire.
De plus, Auguste évoque l’aveuglement qu’entraîne le pouvoir sur ceux qui désirent se
l’octroyer. Ainsi le démontre la métaphore des « beautés dont l’éclat éblouit », le pouvoir représente
cette beauté mais l’éclat attire et aveugle celui qui détient le pouvoir. La double négation « point de
plaisir sans trouble » place la situation réelle du pouvoir, où tout est illusoire : la satisfaction est liée
aux plaintes. Le pouvoir est ainsi traité par Auguste comme une notion abstraite, dont la seule
concrétisation est la possibilité de l’exercer, mais sans avoir ni pourquoi ni comment, ni dans quels buts
précis. Son projet semble vide de sens comme l’exprime la négation « je ne l’ai pas connu » : il a été
aveuglé.
Enfin, si ce pouvoir pèse tant sur sa personne c’est à cause des multiples contraintes qui s’y
rapportent. Elles sont énumérées par Corneille sur trois vers par des groupes nominaux contenant des
adjectifs hyperboliques « effroyables » « éternelles » et « mille », les substantifs qui les accompagnent
font partie du champ lexical des peines « soucis » « alarmes » « mort » et « troubles », renforcés par la
locution adverbiale « jamais de repos ». Le pouvoir incarne des responsabilités et sont antithétiques du
terme « charmes », restes des pensées d’Auguste avant sa prise de pouvoir. Il les subit sans les combattre
comme en témoigne l’expression « j’ai trouvé pour ». L’autre contrainte formelle est celle de ses
« ennemis » qui voudraient le renverser, c’est peut-être cette pensée qui induit l’adjectif péjoratif
« importune » à la présence d’un « courtisan flatteur ». Cette personne peut être un ennemi voulant
séduire l’Empereur pour profiter de sa condition ou pour se débarrasser d’un tyran.
Auguste ne semble pas capable de jouir du pouvoir car il ne s’en est pas fait une idée réaliste
et s’est retrouvé face à une adversité insoupçonnée.
L’empereur romain aborde aussi le thème du destin à travers des exemples historiques, et en tire
les conclusions qui terminent son introspection. L’exercice du pouvoir en effet n’étant pas conforme
aux prévisions d’Auguste, il se penche alors sur le destin qui pourrait être le sien. L’empereur cite alors
deux exemples de dirigeants romains aux pratiques et aux morts contraires, ces deux antithèses offrent
un parallélisme de construction en un rythme binaire « l’un » « l’autre » puis entre les adjectifs « cruels »
et « aimé » pour Sylla et « débonnaire » et « assassinat » pour César. Ces deux exemples au sens latin
du terme (montrer, donner à voir) montrent la grande incertitude qui habite Auguste à ce moment-là de
sa vie : il est en proie au dilemme tragique cornélien : un tyran finit ses jours sereinement, un homme
plus doux se fait assassiner. Ces destins sont contraires et extrêmes, il les rejette avec la métaphore
« miroir trompeur ». L’aveuglement dont il faisait preuve a été percé à jour, à présent il semble plus
lucide mais l’incertitude jaillit de nouveau avec le parallélisme « Et pour où l’un périt, un autre est
conservé », il est encore dans une incertitude totale puisque l’Homme, quel qu’il soit, n’a pas de pouvoir
sur son destin.
Par ailleurs, Auguste parvient dans cette longue tirade à caractériser son parcours et la situation
à laquelle il fait face à l’instant de la pièce. Il s’agit donc d’une tirade explicative dans laquelle le
personnage fait part de ses doutes à ses deux proches qui font silence à ses côtés. La désillusion du
pouvoir et l’absence de certitudes quant à la manière de gouverner sont au cœur de ses interrogations.
« L’ordre du destin qui gêne nos pensées » est une invitation à penser sa vie par rapport à sa situation
présente d’où l’insistance de tirade sur les peines et les difficultés. Plongé dans le plein exercice du
pouvoir, Auguste est en proie aux doutes et aux incertitudes.
Ainsi, l’extrait que nous venons d’étudier révèle ainsi la véritable nature du pouvoir et les
désillusions que peuvent apporter sa quête aveugle, alors même que celle-ci est menée à bien. Elles
révèlent la fascination qu’exerce le pouvoir sur les hommes, au travers d’un personnage historique de
premier plan, ce qui induit une généralisation des principes édictés et une réflexion sur le destin et son
importance dans la pensée humaine. Nous pouvons rapprocher ce texte de la pièce d’Alfred Jarry, Ubu
Roi, qui traite aussi du pouvoir mais de manière caricaturale et satirique par le personnage de Père Ubu
dont l’ambition, la violence et la bêtise sont lourdes de sens.
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