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Brexit, Bremain… ou Brexrien

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Au coeur des marchés
13 juin 2016
«Brexit, Bremain… ou Brexrien»?
L
e référendum du 23 juin pour le maintien ou la sortie
de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE)
semblait être il y a encore quelques semaines un
non-événement, un «Brexrien». La raison allait l’emporter pour le Bremain, pas de Brexit.
Mais c’était sans compter sur l’aspect émotionnel lié
au sentiment d’indépendance du Royaume-Uni. «God
Save the UK and not the EU!». Aujourd’hui il ne s’agit
plus d’un choix rationnel, pesant le pour et le contre
économique d’une sortie de l’UE; il s’agit d’un vote de
positionnement vis-à-vis de ce Bruxelles administratif
qui étouffe les singularités, d’un vote d’indépendance,
d’un vote presque helvétique. D’ailleurs, jamais les
Anglais ne s’étaient autant intéressés à la Suisse et à
son évolution en dehors de l’UE, en soulignant la bonne
santé de notre pays hors de l’UE, mais en oubliant
inconsciemment la période de vaches maigres de notre
économie entre le non à l’Europe et la signature des
bilatérales avec l’UE.
L’issue du référendum est donc impossible à appréhender, les sondages ou les bookmakers ne permettent
aucune conclusion et tout investisseur se retrouve dans
une situation inconfortable, face à un événement sans
probabilité précise, mais dont les conséquences négatives sont immenses.
Certes, un Brexit ne changera rien immédiatement, le
commerce anglo-européen continuera, et la Livre continuera d’exister, comme l’euro. Néanmoins, un Brexit
changera réellement la relation des citoyens européens
vis-à-vis de Bruxelles. Le Brexit montrera que l’UE n’est
pas immuable et que l’on peut s’opposer à Bruxelles.
Les marchés pourront alors se focaliser sur leur obsession phobique préférée, l’éclatement de la zone européenne. Nul doute que la BCE affûte déjà sa planche
à billets pour pallier à toute remontée des taux sur les
dettes des Etats périphériques, au risque de voir l’euro
s’affaiblir fortement.
Comme à chaque crise de l’euro, les devises refuges
que sont le dollar et le franc s’apprécieront, provoquant
une nouvelle baisse des rendements obligataires dans
ces devises. Mais cela ne constituera pas une bonne
nouvelle ni pour l’économie suisse ni pour la bourse
suisse ultrasensibles à la surévaluation du franc. De
même la BNS sera confrontée à un nouveau challenge
et se demandera quel est le niveau maximum possible
des taux négatifs, sachant que la doctrine le fixe à environ -1%…
Si le scénario du Bremain semble plus favorable,
puisque à l’inverse du Brexit, il n’y a pas de raison de
s’enthousiasmer non plus: les actions et les obligations
sont chères. Face à ces incertitudes, et cette asymétrie
des risques, en sachant qu’investir c’est surtout savoir
gérer les risques plutôt que de prendre des paris, la
notion de préservation du capital est aujourd’hui essentielle, que ce soit dans la partie actions ou devises des
portefeuilles. Et même si le 24 juin débouche sur un
Brexrien.
13 juin 2016 | Article de Michel Juvet, Analyste financier et Associé de Bordier & Cie, paru dans
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