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Antigone, de Jean Anouilh - Collège Vieux Port à Marseille

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HDA - « Strophes pour se souvenir » d'Aragon
œuvre écho
Français : Mme Mélère (3ème3)
Antigone, de Jean Anouilh
(1ère représentation le 4 février 1944)
I. Biographie de l'auteur et contexte de création de l'oeuvre (Wikipedia) :
Jean Anouilh est un écrivain et dramaturge français, né le 23 juin 1910 à Bordeaux (Gironde) et
mort le 3 octobre 1987 à Lausanne (Suisse). Son œuvre théâtrale commencée en 1932 est
particulièrement abondante et variée : elle est constituée de nombreuses comédies souvent grinçantes
et d'œuvres à la tonalité dramatique ou tragique comme sa pièce la plus célèbre, Antigone, réécriture
moderne de la pièce de Sophocle.
Antigone et l'Occupation. A l'été 1941, Anouilh et sa femme se réfugient à Salies-de-Béarn, où ils
resteront jusqu'en février 1942. Tous deux tentent de protéger Mila, femme juive d'origine russe. Ils
l'hébergeront plusieurs mois dans leur appartement de l'avenue Trudaine à leur retour à Paris.
C'est en pleine Occupation allemande qu'Anouilh fait jouer deux pièces noires, tout d'abord Eurydice,
créée le 18 décembre 1941, puis Antigone, créée le 4 février 1944, toutes deux au théâtre de l'Atelier
dans une mise en scène, un décor et des costumes d'André Barsacq, avec sa compagne Monelle Valentin
dans le rôle-titre.
Les "deux" premières d'Antigone (Anouilh), celle antérieure à la Libération, le 13 février 1944, comme
celle postérieure à la Libération, le 29 septembre 1944 furent, toutes deux, des succès. La pièce est
jouée 226 fois en un peu moins d'un an.
II.
Description de l'oeuvre
1. De l'Antigone de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) à celle d'Anouilh
Antigone appartient aux légendes attachées à la ville de Thèbes. Elle est l'une des enfants nés de l'union
incestueuse du roi de Thèbes, Œdipe, et de sa propre mère, Jocaste. Antigone est la sœur d'Ismène,
d'Etéocle et de Polynice. Elle fait preuve d'un dévouement et d'une grandeur d'âme sans pareils dans la
mythologie. Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit
mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fn de son
existence et l'assiste dans ses derniers moments. Puis, Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une
nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères, Etéocle et Polynice, se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel
à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux
frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir. Il ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit
qu'il soit donné une sépulture à Polynice, coupable à ses yeux d'avoir porté les armes contre sa patrie
avec le concours d'étrangers. Ainsi l'âme de Polynice ne connaîtra jamais de repos. Pourtant, Antigone,
qui considère comme sacré le devoir d'ensevelir les morts, se rend une nuit auprès du corps de son
frère et verse sur lui, selon le rite, quelques poignées de terre. Créon apprend d'un garde qu'Antigone a
recouvert de poussière le corps de Polynice. On amène Antigone devant lui et il la condamne à mort.
Elle est enterrée vive dans le tombeau des Labdacides. Plutôt que de mourir de faim, elle préfère se
pendre. Hémon, fls de Créon et fancé d'Antigone se suicide de désespoir. Eurydice, l'épouse de Créon,
ne peut supporter la mort de ce fls qu'elle adorait et met fn elle aussi à ses jours.
La pièce de Sophocle commence lorsqu'Antigone décide de braver l'interdiction de son oncle Créon et
d'ensevelir le corps de son frère Polynice : elle informe Ismène de son dessein ce qui donne lieu à un vif
échange d'arguments entre les deux sœurs.
2. Les personnages de la pièce Antigone d'Anouilh :
ANTIGONE : Sœur d'Ismène et Fiancée de Hémon
CREON : Oncle d'Ismène et d'Antigone, Père de Hémon, mari d'Eurydice
HEMON : Fiancé d'Antigone, Fils de Créon et d'Eurydice
ISMENE : sœur d'Antigone
LA NOURRICE
LE CHOEUR
LES GARDES
LE MESSAGER
3. Résumé de la pièce Antigone d'Anouilh :
Le Prologue, personnage héritier du chef de choeur (Anouilh reprend cette tradition grecque qui consiste à
confer à un personnage particulier un monologue permettant aux spectateurs de se rafraîchir la mémoire. Le
Prologue replace la pièce dans son contexte mythique), présente les protagonistes, leurs caractères et leurs
rôles. Il résume également la légende de Thèbes.
Antigone rentre chez elle, à l'aube, après une promenade nocturne, elle est surprise par sa nourrice qui
lui adresse quelques reproches. Le dialogue donne lieu à un quiproquo : la nourrice soupçonne Antigone
d'être allée retrouver un garçon, d'avoir trahi son fancé, tandis qu'Antigone évoque son escapade avec
beaucoup de mystère mais n'en dira pas plus. La nourrice sort et Ismène tente de dissuader Antigone
d'ensevelir le corps de son frère Polynice et ainsi d'enfreindre l'ordre de Créon. Antigone n'entend pas
devenir raisonnable.
Antigone se retrouve à nouveau seule avec sa nourrice. Elle pense à la mort, la nourrice la réconforte.
Ensuite arrive Hémon à qui elle prie de lui pardonner pour la dispute de la veille. Hémon la réconforte
en lui déclarant son amour. Elle demande cependant à Hémon de garder le silence et lui annonce qu'elle
ne pourra jamais l'épouser. Là encore, la scène prête au quiproquo : le spectateur comprend
qu'Antigone pense à sa mort prochaine, tandis qu'Hémon, qui lui n'a pas percé le dessein d'Antigone, est
attristé de ce qu'il prend pour un refus.
Ismène essaie encore une fois de convaincre Antigone de renoncer à son projet, mais elle apprend qu'il
a déjà débuté. Un des gardes du roi arrive alors pour annoncer à Créon que quelqu'un à recouvert de
terre le corps de Polynice. Créon ne veut pas que la nouvelle se répande.
Le choeur intervient pour donner sa vision de la tragédie. Antigone se fait arrêter par un garde pendant
qu'elle recouvre pour la seconde fois le cadavre, elle est emmenée chez Créon qui est prêt à la sauver
et oublier l'affaire. Antigone refuse et se révolte, elle veut sa mort.
Ismène arrive, elle veut mourir avec sa soeur, elle est prête aussi à aller recouvrir le corps de Polynice
mais Antigone refuse. Créon appelle la garde qui emmène Antigone. Hémon supplie son père de
l'épargner mais il refuse car c'est elle qui voulait mourir. Hémon s'enfuit.
Antigone reste seule avec un garde, elle lui dicte une lettre qu'elle veut adresser à Hémon. Le messager
annonce la mort d'Antigone ainsi que celle d'Hémon. Le Choeur apprend ensuite à Créon que sa
femme Eurydice s'est donnée la mort en apprenant la mort de son fls. Il ne reste plus que Créon et ses
gardes...
III.
Analyse de l'oeuvre :
1. Composition de l'oeuvre :
a) Prologue : L'illusion théâtrale est brisée par la présence sur scène de tous les personnages avec le
prologue : si certains semblent ignorer la tragédie qui se noue, d'autres songent déjà au désastre
annoncé.
b) Quiproquo entre la nourrice et Antigone : Cette dernière ne veut pas dévoiler le motif de son
escapade nocturne et répond allusivement aux questions de la nourrice de telle sorte que celle-ci
l'accuse d'avoir perdu sa virginité avec un « voyou » puis fnit par s'accuser elle-même d'avoir failli à son
rôle en ne la protégeant pas. Antigone fnit par la rassurer sans pour autant révéler son geste
(l'enterrement de Polynice)
c) Dialogue entre Ismène et Antigone : Ismène multiplie les arguments pour convaincre Antigone
d'abandonner son dessein : elle ne veut pas mourir ; elle est plus réféchie ; leur oncle est le roi et doit
donner l'exemple ; elle exhorte sa sœur à la prudence, avoue son manque de courage mais Antigone
refuse ces conseils de sagesse. Elle n'entend pas devenir raisonnable. Quand Ismène lui demande si elle
n'a pas envie de vivre, Antigone rétorque par une série de questions oratoires : « Qui se levait la
première, le matin, rien que pour sentir l'air froid sur sa peau nue ? Qui se couchait la dernière seulement
quand elle n'en pouvait plus de fatigue... »
d) Dialogue entre Créon et Antigone : C'est la grande confrontation entre le roi et Antigone. Le roi
souhaite étouffer le scandale et ramener la jeune flle à la raison. Il se caractérise par de longues tirades
du roi.
- Dans un premier temps, Antigone affronte Créon qui tente de la dominer de son autorité. Il la
soupçonne d'abord d'espérer sa clémence puis l'accuse d'être « l'orgueil d'Oedipe » et de chercher à le
contraindre à la tuer.
- Puis, il justife les obligations liées à son rôle d'homme d'état qu'il compare à celui d'un ouvrier ou d'un
capitaine de bateau (métaphore flée). Antigone reste sourde à ses arguments.
- Créon révèle alors les véritables visages de Polynice et d'Etéocle et les raisons de leur ignoble confit.
Cet éclairage révolte Antigone qui semble prête à renoncer et à se soumettre. Mais c'est en lui
promettant un bonheur ordinaire avec Hémon (métaphores sur la beauté de la vie), que Créon ravive
son amour-propre et provoque chez elle un ultime sursaut.
- Antigone rejette ce futur inodore et se rebelle à nouveau. Elle choisit une nouvelle fois la révolte et la
mort. Un renversement dans la prise de parole s'opère alors puisqu'elle s'adresse à Créon avec des
propos de plus en plus méprisants (« Cuisinier »), se met à le tutoyer et rit de lui. Créon fnit par appeler
les gardes et la condamne.
e) Le chœur s'adresse directement au public. Il commente les événements en exposant sa conception
de la tragédie qu'il oppose au genre littéraire du drame. Le chœur dévoile les recettes de l'auteur non
sans une certaine ironie : "c'est cela qui est commode dans la tragédie... C'est minutieux, bien huilé, propre,
reposant, gratuit... On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre... C'est tout. Après on n'a plus qu'à
laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul."
- La tragédie présente des personnages royaux qui se démènent face à « la trahison, la mort, le désespoir,
les éclats, les orages et les silences » en vain. Il n'y a aucun espoir d'en échapper. Une fois que « le ressort
est bandé », « on n'a plus qu'à crier, à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire (…) pour se le dire à soi, pour
l'apprendre soi. (…) Il n'y a plus rien à tenter. »
- Plus tard, le chœur essaie d'intercéder en faveur d'Antigone d'empêcher sa condamnation à mort. A la
fn, il s'adresse au public et constate avec une certaine ironie la mort de nombreux personnages de
cette tragédie : "Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris." La mort a triomphé de presque
tous. Il ne reste plus que Créon dans son palais vide. Les gardes, eux, continuent de jouer aux cartes,
comme ils l'avaient fait lors du Prologue. Ils semblent les seuls épargnés par la tragédie.
2. Message et démarche de l'auteur :
a) (Source : Wikipedia) Faut-il accorder une portée politique à la pièce ? Anouilh n'a
offciellement pris position ni pour la Collaboration ni pour la Résistance et il est vraisemblable qu'il
n'ait eu, jusqu'à la création d'Antigone qu'une vague idée de ce qu'était réellement la Résistance. Pour
autant, un faisceau d'éléments amènent à voir dans Antigone une forte allusion aux excès ou aux drames
de la Collaboration (plus qu'à une apologie de la Résistance). Plusieurs dizaines d'années plus tard,
Anouilh donne des explications allant dans ce sens. Ainsi, il écrit dans La Vicomtesse d'Eristal n'a pas reçu
son balai mécanique :
« Antigone, commencée d'écrire le jour des terribles affches rouges, ne fut jouée qu'en 1944 (...) Plus
perspicace, un écrivain allemand (...) alerta, m'a-t-on dit, Berlin, disant qu'on jouait à Paris une pièce
qui pouvait avoir un effet démoralisant sur les militaires qui s'y pressaient. »
Toujours à l'appui de cette thèse, on retiendra la 4 e de couverture d'Œdipe ou le Roi boîteux (écrite par
Anouilh en 1978 et publiée en 1986) :
« L'Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc
soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affches rouges. Je l'ai ré-écrite à ma façon,
avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre. »
Autre indice allant dans ce sens, le 14 septembre 1942, Anouilh écrit à Barsacq :
« S'il en est encore temps avant de donner Antigone, relisez le manuscrit en pensant à la censure et si
vous repérez des phrases dangereuses (les affches, le discours du chœur à la fn), envoyez-le moi. Il
vaut mieux que cela ne soit pas tripatouillé sur le manuscrit qu'on enverra. »
- Malgré cela, quelques critiques et résistants ont voulu voir au contraire dans Antigone une apologie de
la collaboration. Parmi les faits reprochés à Anouilh à la Libération : son amitié pour Pierre Fresnay, les
textes publiés dans des journaux collaborationnistes et son soutien actif à la demande de grâce en
faveur de Brasillach. Parmi les ennemis d'Anouilh fguraient Armand Salacrou et le journal clandestin Les
Lettres françaises qui écrivit : « Antigone est une pièce ignoble, oeuvre d'un Waffen-SS". Anouilh restera très
longtemps marqué par ces accusations, qu'il considérait comme profondément injustes.
- A contrario, pour les tenants de l'interprétation anti-collaborationniste, la plus couramment répandue
aujourd'hui, le personnage d’Antigone, inspiré du mythe antique, mais en rupture avec la tradition de la
tragédie grecque, devient l'allégorie de la Résistance s'opposant aux lois édictées par Créon / Pétain
qu'elle juge iniques. Si l'allégorie est réelle, le parti de l'auteur n'était vraisemblablement, lui, acquis à
aucun des deux camps.
b) Anouilh a choisi de laisser Créon développer longuement ses arguments qui tendent à laisser
penser qu'il n'a pas eu le choix, que gouverner n'est pas simple et qu'il ne peut donc revenir sur la
décision de ne pas enterrer Polynice afn de sauver Antigone. Par ailleurs, Antigone apparaît comme une
fgure de la Résistance, prête à mourir pour son idée, tandis qu'Ismène revêt celle de la majorité
silencieuse sous l'Occupation (un parallèle avec les deux personnages de Matin Brun a été mis en
lumière). Or la cause d'Antigone a perdu de son sens dans la mesure où la dimension religieuse –
présente chez Sophocle – n'apparaît plus du tout chez Anouilh dans un monde sans dieu. Antigone agit
comme une enfant qui aurait voulu ne pas grandir et a voulu mourir. Elle semble agir de façon égoïste,
pour elle et sa famille, par orgueil comme le lui reproche Créon, alors que ce dernier agit pour la cité
de Thèbes. Il doit faire revenir l'ordre dans la ville après que Polynice l'a attaqué pour reprendre le
pouvoir à son frère.
Qui donc d'Antigone ou de Créon a raison ? La question n'est pas vraiment tranchée au moment du
dialogue entre Antigone et Créon. C'est le but antique du théâtre, d'amener les spectateurs à
s'interroger sur des problèmes qui se poseront à eux dans leur vie.
Cependant, à la fn de la pièce, Antigone paraît magnifée par sa mort, y compris aux yeux de Créon.
Anouilh semble quand même avoir fait son choix : celui d'Antigone comme fgure de la Résistance au
pouvoir établi.
Défnition de la Tragédie : Elle présente un héros, opposé à un ensemble (une foule, une
structure sociale, le monde, une idée obsédante) et qui doit souffrir, les péripéties de cette épreuve se
réduisant à un discours organisé selon des formes quasi rituelles. Il se livre en aveugle au destin qu'il
s'est construit tout exprès pour justifer un sort joué d'avance et dont il détient inconsciemment la clé.
Si le héros tragique est le représentant des anciennes lignées royales, il est mis en question par le
choeur au nom des nouveaux principes de la cité. (Dictionnaire des littératures, Larousse)
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