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Chapitre 5

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Chapitre 5
Ça y est, le gardien arrive en voiture. Je viens de le voir se garer, je descends les escaliers
le plus vite possible et sors en vitesse de la maison. Je cours vers le musée. Je prends un ton
suppliant :
- Bonsoir, excusez-moi, je pourrais entrer ? Cet après-midi, j'ai visité le musée avec ma
classe et j'ai perdu mon téléphone portable. Est-ce que vous voulez bien que l'on jette un coup
d’œil ensemble, vite fait ?
Le gardien a sursauté quand je lui ai parlé, j'ai dû le surprendre, il n'y a pas grand monde
rue Boieldieu, le soir.
- Bon, d'accord mais rapidement, je n'ai pas vraiment le droit de laisser rentrer quelqu'un.
Je vais t'accompagner, on va le chercher, ton portable.
- Merci, c'est vraiment super gentil de votre part.
Je rentre avec le gardien dans le musée silencieux et désert. Il fait sombre, le gardien a
une lampe torche, je le suis, un peu inquiet au milieu de toutes ces ombres qui bougent sur les
murs et nous suivent. Je me lance :
- C'est vous qui étiez là, quand le tableau a été volé ? Est-ce que la police a des indices ?
- C'est bien moi, en effet. À ce que je sais, la police n'a pas grand-chose. Moi, je n'ai rien
vu, j'ai été assommé. Quand je me suis réveillé, il n'y avait plus de lumière, je voyais trouble, j'étais
tout étourdi. J'ai aussitôt appelé la police. Voilà, c'est tout, y a rien à ajouter.
- Mais le tableau qui a été volé m'intrigue. J'ai la maquette du bateau qui est sur ce tableau
justement. J'ai mené ma petite enquête et un de mes ancêtres a un lien avec la fille d’Édouard
Manet. C'est trop bien, non ?
- Bon, où il peut bien être, ton portable ? J'ai pas que ça à faire, moi.
Le ton sec du gardien m'impressionne.
- On n'y voit rien, grogne-t-il.
C'est vrai qu'on n'y voit rien ! J'aimerais bien qu'il y ait plus de lumière pour mieux le voir, ce
gardien qui semble ne pas vouloir parler du tableau volé. Et puis, il est costaud, ce gardien, il est
grand, il a l'air sportif et pas forcément commode... Qu'est-ce qui m'a pris d'inventer ce
mensonge ? Je frissonne en suivant mon guide improvisé. De toute façon, dans le noir, je ne sais
même plus où on est, je ne connais pas assez le musée, moi, pour m'y promener sans lumière
comme si j'étais chez moi.
On est arrivés devant une armoire électrique sans que je sache très bien où on est. Le
gardien enclenche quelques disjoncteurs et le musée s'éclaire. Ouf ! Je respire mieux et j'en profite
pour examiner, l'air de rien, le principal témoin du vol. Dans son costume noir, il a l'air sévère, mais
après tout, ça fait partie de son travail.
- Bon, où es-tu allé ? Qu'on retrouve vite fait ton portable, que tu partes d'ici, grommelle-t-il.
- La prof nous avait donné un questionnaire à faire, alors je suis allé dans toutes les salles,
mais surtout celle de l'exposition des peintres impressionnistes.
On parcourt le musée dans le désordre. Je tente de reparler du tableau.
- Il doit valoir cher, le tableau qui a été volé... Manet, c'est un peintre hyper célèbre ! Il a fait
des tas de tableaux très connus. J'ai fait des recherches pour le cours d'arts plastiques, c'est
vraiment pas mal ce qu'il faisait. En fait, j'en connaissais déjà, des tableaux qu'il a faits, mais je ne
savais pas que c'était lui... et maintenant que je fais presque partie de sa famille, ça me touche un
peu !
- Hum, tu causes trop... et puis, tu sais pas de quoi tu parles. Y a pas que Manet, Monet ou
les autres. Ils ne sont pas les seuls à avoir peint en extérieur. Seulement eux, ils n'ont pas hésité,
quitte à trahir des copains, ils ont tout fait pour se faire exposer. Il y a d'autres peintres qui
mériteraient d'être exposés ici aussi...
Le gardien s'interrompt, il marche plus vite encore, je sens bien qu'il ne veut pas que je
traîne. Il se frotte sans cesse les mains, qui deviennent de plus en plus rouges. Il s'impatiente.
- Bon, on ne le trouve pas, tant pis. Tu rappelleras demain, je vais te donner le numéro, ils
l'ont peut-être trouvé en faisant le ménage. Moi, j'ai pas accès au bureau et puis, j'ai pas le temps.
On est arrivés devant l'accueil, le gardien se penche au dessus du comptoir et attrape une
petite carte de visite du musée. Il prend un stylo dans sa poche, grommelle en grattant le dessus
de sa main qui a frotté sur le tissu. Il tire sur la manche de sa veste noire comme pour se calmer et
avoir l'air plus sérieux. C'est raté, la manche reste froissée et il manque un bouton. Il continue à se
gratter nerveusement, la paume de la main, cette fois.
- Tiens, file, rentre chez toi.
- Et ne te monte pas la tête avec Manet, c'est pas le seul peintre qui ait fait quelque chose,
alors...
J'empoche la carte de visite qu'il me tend, bredouille quelques remerciements qu'il écoute à
peine, tout pressé qu'il est de me voir partir. Je rentre à la maison sans faire de bruit. Mes parents
sont devant la télé et ne m'entendent pas rentrer. L'air innocent, je vais leur souhaiter bonne nuit et
monte dans ma chambre. Je pense réfléchir au vol du tableau mais la journée a été longue et je
m'endors avant même d'avoir réfléchi sérieusement.
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