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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence

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Auré Lysia
Aedenia_ LIVRE I/
Luminescence
Publié sur Scribay le 23/06/2016
Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
À propos de l'auteur
Tout d'abord, je me présente: Aurélie, 17 ans, lectrice acharnée, écrivain amateur et
lycéenne à mes heures perdues. Sur Booknode, je suis Amylove43!
Je vous propose mon récit en cours: Aedenia. Une histoire de fantasy, de vie, de
mort, de secret, d'amitié, d'amour... le tout sur une note d'humour!
À propos du texte
LE TRAILER: https://www.youtube.com/watch?v=x44ih9Ha_OY
Voici ce qui m'est arrivé : Je suis morte.
Certes, mais JUSTE un peu, ne paniquez pas!
Ce serait plutôt à moi de paniquer, en fait.
1) J'ai des ailes et des oreilles pointues.
2) Je suis dans un monde bizarre qui ne ressemble pas du tout au paradis.
3) Mon frère est dans le coma.
4) Mon père m'a donné un pendentif bizarre qui semble à l'origine de tout ce cirque.
5) ET JE SUIS CENSÉE ÊTRE MORTE, BON SANG. Pas perdue dans un monde qui
semble ne songer qu'à une seule chose: la guerre!
Egalement disponible sur:
BOOKNODE: http://booknode.com/forum/viewtopic.php?f=33&t=234923
WATTPAD: https://www.wattpad.com/story/53094557
FYCTIA: http://fyctia.com/pages/35192
Licence
Tous droits réservés
L'œuvre ne peut être distribuée, modifiée ou exploitée sans autorisation de l'auteur.
Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Table des matières
Prologue
Chapitre 1_ Réveil
Chapitre 2_ Mensonges
Pensée -exaspérante- de Loki Faveyrial
Chapitre 3_ Euphorie
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Prologue
Commençons par le commencement: Je me présente
A ma naissance, il y a fort à parier que mon père ait pris le premier dictionnaire de
grec ancien qu'il avait sous la main -ma mère pensant certainement à autre chose
que "Ma fille sera si belle, si intelligente, si sensible... Il lui faut un prénom à la
hauteur de son destin!"
Non, sa pensée devait sûrement être limitée à un: "Aaaahhh! Ces gosses me font
souffrir! C'est le dernier, je le jure!"
En fait, avant ma naissance, ma mère et mon père ont beaucoup hésité concernant
mon prénom. Etant fans de mythologie, j'étais prédestinée à avoir un prénom aux
sonorités anciennes et exotiques, dignes des grands jeux vidéos. Plus encore sachant
que mes géniteurs vénèrent non pas le Christ, sinon je me serais sûrement nommée
Marie -et cela aurait été un soulagement- mais ils adoraient les dieux... Grecs. Et
nordiques.
Alors, mon prénom finirait forcément par un A et comporterait obligatoirement un Y.
Au lieu de chercher la simplicité (changer Marie, un prénom ordinaire, en Marya,
c'est pas compliqué, bon sang) ils ont été trouver un prénom dans je-ne-sais-quel
bouquin ou mythe. Même Wikipédia ignore ce que mon prénom signifie ou l'histoire
de son personnage mythologique.
Sachez dans ce cas que mon prénom est celui d'une des cent (ou cinquante, les mecs
qui ont écrits les mythes n'ont apparemment jamais pensé à se concerter pour être
un minimum compréhensibles) Néréides de la mythologie grecque. Les Néréides,
c'est une bande de nanas superbelles, qui chante et tisse au fond de l'océan à
longueur de journée. Des filles géniales qui respirent sous l'eau, tout le contraire de
moi qui n'aime pas nager et est extrêmement maladroite: j'ai plus de chance de tuer
quelqu'un avec les épingles que de tisser quoique ce soit.
Bref, mes parents avaient le choix entre des milliers de prénoms plus ou moins en
rapport avec la mythologie. Athéna, ou Artémis, même si c'était spécial, c'était
connu. Même Aphrodite, c'était mieux. Ou Calypso. Et s'ils voulaient, il y avait les
dieux nordiques: Freyia, déesse de l'Amour et de la guerre, par exemple... C'était
bien, non? Freyia... Il y avait un Y et un A, que demander de plus? Ce n'était pas
Marya non plus, mais voilà quoi: ils l'avaient, l'originalité.
Ben non. Mon prénom comporte de quoi gagner un Scrabble en moins de dix
secondes avec son méga combo de A, de S et de Y.
Pour vous préparer psychologiquement, sachez que mon frère s'appelle Loki, comme
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
le dieu nordique de la ruse. Non, mon frère n'est pas un chien, on lui a déjà fait le
coup et il ne trouve pas ça drôle du tout. (Moi, par contre, j'adore cette blague, et je
ne m'en lasserais jamais.)
Moi, sa petite soeur de onze mois, me nomme...
Nan, essayez de deviner, ce sera plus amusant.
Comment ça, je suis frustrante?
Bah! De toute façon, vous ne trouverez jamais.
Roulements de tambour...
Bonjour,
Je m'appelle Lysianassa Faveyrial,
Et je suis actuellement âgée de seize ans.
Ravie de vous rencontrer, je vous assure...
Je parie que vous avez lu le prénom au moins deux fois de suite pour être certains de
ce que vous lisez. Pire, vous avez peut-être même tenté de le prononcer mais votre
langue n'a pas réussi à suivre le mouvement. Eh non, je ne blague pas, j'aurais limite
préféré m'appeler Zelda!
Voici donc mon histoire...
Et je vous signale que ce n'est qu'après avoir lu intégralement ce qui suit, que vous
serez en mesure de penser que je consomme des substances illicites!
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Chapitre 1_ Réveil
PARTIE 1: Acta est fabula
La femme eut un sourire. J'eus du mal à déterminer ce qu'il voulait dire. Il paraissait
à la fois cruel, mais aussi pensif et rêveur.
Ce n'est qu'au bout d'une dizaine de secondes que je parvins à savoir pourquoi cette
femme me mettait mal-à-l'aise.
Elle portait une robe noire qui semblait être un assemblement de tissus et de cuir.
Sa peau d'une blancheur laiteuse paraissait illuminer les ténèbres. Son visage, sans
aucune ride, était beau, mais d'une beauté cruelle. Elle avait une longue chevelure
noire qui comportait aussi quelques rares mèches argentées. Ses yeux étaient d'un
noir glacial, et il y brillait une lueur intense et fiévreuse.
Mais le plus étrange n'était pas là. Lorsque la femme tourna la tête, je lui découvris
des oreilles fines et pointues. Quand elle se leva, deux ailes immenses se
redressèrent dans son dos. Elles étaient fines et parcheminées. Ce n'était pas des
ailes faites de plumes et de duvet, comme on pouvait. Elles ressemblaient à celles
d'une chauve-souris: d'une peau fine, qui semblait douce.
Un homme s'avança. Petit, le cheveu gras et le regard d'une souris apeurée, il
semblait étrangement soumis à la femme. Il possédait les mêmes ailes qu'elle et les
mêmes oreilles. Court sur pattes, il s'agenouilla devant la femme qui le contempla
froidement.
-Maîtresse, dit-il d'une voix chevrotante.
-Parle, ordonna-t-elle. Tout est prêt?
-Oui, chuchota-t-il.
-Quand le corps sera-t-il disponible?
-Le sept novembre à vingt trois heures trente-et-une, marmonna-t-il en tendant un
parchemin à la femme.
Cette dernière le déroula lentement. Je ne vis pas ce que le papier montrait, mais la
femme ébaucha un sourire, dévoilant une dentition parfaite.
-Enfin, murmura-t-elle pour elle-même. Je vais enfin pouvoir me venger...
L'homme la regardait avec crainte. Lorsqu'il prit la parole, sa voix avait un ton
persuasif.
-C'est une belle jeune fille, n'est-ce pas? Digne de vous accueillir, Maîtresse...
La femme fronça les sourcils, puis hocha la tête.
-Oui, tu as raison. Tu peux être fier de toi, tu as bon goût. Et toi? Tu as choisi une
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
nouvelle enveloppe charnelle?
L'homme se mordit la lèvre inférieure. Il avait des dents jaunâtres, rien à voir avec
celles, immaculées, de celle qu'il appelait sa maîtresse.
-Oui, le frère de cette jeune fille.
-Lysianassa... dit une voix extérieure, comme dans un souffle.
C'était un timbre de voix étrange. Je l'avais déjà entendu. Mais il avait un accent
bizarre, qui semblait ancien et méconnu.
La scène commença à s'effacer.
La femme eut un sursaut. Elle se redressa, et tira une épée du fourreau qu'elle
portait sur le côté.
-Nous avons de la visite, dit-elle, tournant sur elle-même avec une grâce féline.
Dans son mouvement, le parchemin tomba à terre. La voix se fit plus insistante, plus
pressante:
-Lys! réveille-toi! s'exclama-t-elle dans une langue que je ne connaissais pas mais
comprenais parfaitement.
Je vis, alors que je reprenais conscience, le portrait qui était dessiné sur le papier.
***
J'ouvris des yeux flemmards.
Cela faisait seize longues années que je me réveillais après une nuit de sommeil, et
je ne m'étais toujours pas habituée à cette sensation: l'impression que rester à jamais
dans son lit, c'était la meilleure chose au monde et que cet instant arrêtait le temps
et effaçait tous vos quelconques problèmes...
J'en étais là de mes spéculations matinales et habituelles. Et bien sur, la réalité
s'imposa à moi avec violence. Je hais ma vie, parfois.
-Lysianassa! Debout!
Je soupirai et m'enfouis sous mes couvertures en gémissant. Alors que tout mon
cerveau pensait : Laissez-moi tranquiiiiille!!!, ma bouche et ma raison, les
traîtresses, s'exclamèrent d'une seule voix:
-Je me lèèèève!
Je me redressai, donc, avec la sensation que jamais je ne retrouverais mon bienaimé, mon lit à la tendresse infinie...
Je tâtonnais pendant quelques secondes à la recherche de mes lunettes tout en
pestant contre ma (certes légère, mais horripilante) myopie. Une fois les verres en
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
face de mes yeux, je contemplai un instant ma chambre. Les murs étaient blancs et
bordeaux. En face de mon lit trônait ma bibliothèque adorée qui était désormais trop
étroite, si bien que mes livres se chevauchaient les uns les autres. A l'instar de ce
meuble, ma chambre était un bazar indescriptible. Mon bureau était dans le même
état que je l'avais laissé hier soir: mon ordinateur désormais éteint était enseveli
sous le nouveau t-shirt que j'avais essayé. Des stylos traînaient un peu partout, ainsi
que des crayons de papier et ma gomme en forme de panda (oui, de panda, vous avez
parfaitement lu). Sur ma chaise, il y avait un jean sale dont je m'étais servi la veille
pour aller faire du vélo avec Loki ainsi que mon écharpe Serdaigle.
Moi et mon frère étions deux fans de Harry Potter, et nous avions donc chacun
décidé de notre maison. Moi, la maison de la créativité, de l'intelligence et, surtout,
de l'imagination. Loki, lui, avait son écharpe Serpentard qu'il réussissait à faire
passer pour un accessoire de l'équipe de foot de Saint Etienne lorsque mon père
l'emmenait aux matchs.
A chaque fois, je l'imaginais au stade, braillant "Allez Sainté, allez Sainté!!" en
agitant son écharpe verte, et une fois je m'étais écroulée de rire en entendant un des
potes de mon frère lui demander si son accessoire était un collector de l'équipe. Loki
avait répondu très sérieusement à l'affirmative, et cela m'avait achevée. Les amis de
mon frère s'étaient sans doute demandés pourquoi Lysi-machin-truc (mon surnom.
Tellement poétique, n'est-ce pas?!) s'était soudainement transformée en dinde (je
glousse affreusement quand je rigole. C'EST HORRIBLE!!!), mais mon fou rire était
tel que j'avais mis une éternité à me calmer. En effet, à chaque fois que je regardais
mon frère, celui-ci avait un air tellement sérieux que je m'étranglais une seconde
plus tard. Je m'étais demandée à plusieurs reprises si Salazar Serpentard aurait été
d'accord: que sa maison serve de source d'inspiration aux fans moldus de sport
moldu. Certainement pas.
Je tirais pensivement sur mon haut de pyjama -un t-shirt rose pale que je n'osais plus
porter en public essentiellement à cause de son slogan qui semblait hurler: I love
Justin Bieber. Star que j'avais appréciée pendant très exactement une semaine, avant
de récupérer soudainement mon cerveau que j'avais débranché par mégarde.
Je portais également un leggings noir trop petit ainsi que des chaussettes jaunes
bien chaudes à poussins -j'avais toujours les pieds gelés et cela m'empêchait de
dormir. J'étais donc déguisée de si bon matin, et mon air ensommeillé faisait toujours
rire Eliott, alias mon petit cousin débile, lorsqu'il venait dormir à la maison et nous
coller aux baskets.
C'était sans doute pour cette raison que Loki apparut dans l'encadrement de ma
porte, un grand sourire aux lèvres, me disant de sourire.
Un flash et un cri indigné plus tard, mon frère, mort de rire, m'invita à descendre
comme si je n'étais pas en train de le poursuivre dans la maison avec mon arme à la
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
main -mon dictionnaire d'anglais, pour être plus précise.
J'abandonnai rapidement la poursuite, sachant que ça ne servirait à rien et que de
toute façon, quoi qu'il arrive, je reverrais la photo sur Facebook lors de mon
anniversaire, dans une semaine. Je retournai dans ma chambre, maudissant mon
frère pour la forme. Je laissai choir mon dictionnaire sur mon bureau, et pris dans
mon armoire de sous-vêtements, des chaussettes noires et fines, une chemise fine
blanche, un débardeur noir et uni, et pour finir un simple jean slim bordeaux.
J'aimais avoir une tenue à la fois élégante (à mon humble avis), confortable et assez
sobre. Mais si j'avais une apparence propre et soignée au lycée, j'étais une véritable
tornade chez moi. La preuve: j'avais une chemise pour sortir, mais je portais du rose
et du jaune pour dormir. C'était le cas pour plusieurs domaines: j'avais l'image
parfaite de l'intello avec mes lunettes, mon air timide et silencieux devant les profs,
mon langage pouvant être soutenu à l'écrit, le fait que je ne sois pratiquement jamais
en retard et tant d'autres choses... Mais je pouvais être une vraie furie: tantôt pleine
d'adrénaline, tantôt disant tout et n'importe quoi, pouvant parfois me montrer
extrêmement têtue.
Mais il y avait un truc qui ne faisait que me freiner encore et encore, quitte à ce
qu"on me prenne pour une folle ou une débile, pour être plus honnête.
Je réfléchissais trop. Enormément.
Le plus souvent, je pesais mes mots, je peinais parfois à les trouver. Si je ne les
choisissais pas avec soin, j'avais peur de blesser. Lorsque je ne parvenais à ni l'un, ni
l'autre, j'avais l'impression de perdre le contrôle de moi-même, ce qui était très
désagréable.
Car c'était là l'unique chose que je sache faire et que l'on me reconnaissait. Les mots
étaient mon salut, la seule chose que je sache presque maîtriser à merveille.
J'étais trop faible physiquement, et je détestais ça. Je n'étais ni rapide, ni endurante.
Lorsque je faisais un parcours épuisant en accrobranche par exemple, ce n'étaient
pas mes muscles qui me soutenaient à la fin du parcours noir, mais ma détermination
et ma réflexion.
En clair, voici quatre de mes qualités: je pouvais me montrer déterminée dans les
situations extrêmes, je savais réfléchir, je savais manipuler les mots et employais
donc parfaitement le sarcasme et l'humour quand je le désirais (c'est mon avis, libre
à vous de penser qu'il y a mieux, comme humour).
Par contre, niveau défaut, il y avait du lourd. J'étais vexée parfois pour un rien, il
n'était pas rare que je broie du noir. Je ne pardonnais jamais facilement. J'étais très
lente à réagir, pesant toujours le pour ou le contre pour rien ou pensant tout
simplement à quelque chose de débile n'ayant aucun rapport avec la question que
l'on me posait. Mon temps de réaction entraînait les gens à penser que j'étais
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
totalement stupide ou niaise.
***
Dans mes pensées, je heurtai mon père qui descendait déjeuner. Il vit que je n'étais
toujours pas habillée et soupira en souriant malgré lui -il avait l'habitude.
-Ta mère est proche de l'apoplexie, Lys, me dit-il en me faisant un clin d'oeil
malicieux. File à la douche, et peigne-moi ça.
Il désigna le sac de noeuds que j'avais probablement pour cheveux. Je passai la main
sur mon crâne, constatant qu'en effet, j'allais prendre une éternité pour tout défaire.
Je commençais à croire que mes cheveux étaient des organismes indépendants: ils
vivaient leur vie, se fichant complètement de quoi j'avais l'air par leur faute.
-Oui, chef, répondis-je en imitant le salut militaire.
Mon nom fut à nouveau hurlé dans toute la maison.
-Si elle continue, la maison finira par s'écrouler sous ses cris, marmonnai-je.
Mon père ébaucha un nouveau sourire, le sourire dont j'avais hérité.
-Si tu ne la tues pas avant.
Voyant que je ne me pressais pas, il me murmura:
-Plus qu'aujourd'hui, et ensuite tu es en weekend. Et tu sais bien qu'on t'a autorisée
à sortir avec tes amis la semaine prochaine. Ce serait bête que ta mère décide de
revenir sur sa décision, non?
Son argument fit mouche.
-Je fonce, m'exclamai-je.
J'arrivais dans la salle de bain. Prenant ma douche en un éclair, je songeais à mon
rêve. Depuis toute petite je faisais des rêves étranges où je voyais des gens étranges
faisant des choses étranges ou parlant étrangement. Mais là, la femme m'avait paru
dangereuse, très dangereuse. Mais je me sentais également proche d'elle, ce qui ne
m'était jamais arrivé avant. Et cette proximité me faisait peur, une peur qui me
semblait ancienne, comme inscrite dans mes gènes: la peur de la proie devant le
prédateur, je suppose.
C'était comme si cette femme représentait certes un danger, mais pour moi en
particulier, ce que je ne comprenais pas.
Je ne voyais vraiment pas ce que j'avais avoir avec elle... Après tout, j'étais une fille
normale -enfin, une fille qui essayait d'être normale pour être plus précise. Mon livre
préféré était La Voleuse de Livres, mon film préféré était La Grande Vadrouille, je
haïssais les épinards au même titre que je haïssais Sophie, une fille populaire et
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
aimée de tous sauf de moi, qui me le rendait bien. J'adorais manger de la pizza au
saumon et à la crème fraîche et jamais l'idée de courir nue dans la rue en hurlant:
"LES COCCINELLES SONT DES COLÉOPTÈRES!" ne m'était venue à l'esprit.
Alors oui, j'estimais que j'étais normale.
Pourquoi avais-je l'impression d'être la proie qu'on traquait avec un acharnement
animal?
Je me séchai, enfilai rapidement mes vêtements. Puis j'agrippai une brosse et
commençai à me torturer le crâne.
Enfin, je rassemblai mes cheveux en une queue de cheval, croisant au passage mon
propre regard au travers du miroir. Cheveux noir de jais. Yeux verts comme les
feuilles d'une forêt entière. Teint très pâle, limite vampirique. Lèvres minces et nez
fin.
Je me rendis alors compte que le portrait dessiné sur le parchemin de mon rêve était
le mien.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Chapitre 2_ Mensonges
-Ca va? T'es blanche comme pas possible.
-Ouais...
Nous étions au self du lycée, au beau milieu de la rumeur des conversations, du
cliquetis des couverts et du frottement des chaises contre le sol. Je pris un plateau et
commençai à faire mon choix. Ma meilleure amie, Odèle, me fixait tout en prenant un
yaourt d'un geste machinal.
-N'empêche que... reprit-elle d'un ton insistant.
-Pêche, la coupai-je avec un petit sourire.
Je cherchais surtout à la faire taire. J'avais du mal à assimiler la vue de mon propre
visage dans mon rêve. Odèle me regarda un instant, l'air abasourdi.
-Hein? De quoi tu parles?
-Ton yaourt, il est à la pêche. Tu détestes la pêche.
Elle fronça les sourcils.
-Et alors?
-Quoi, et alors? répétai-je. Tu hais la pêche. Personne ne peut la haïr plus que toi. Si
la pêche était une personne, tu ferais tout ton possible pour l'éviter ou lui pourrir la
vie.
Je lui pris le yaourt des mains, en choisis un autre et le lui déposai sur son plateau.
-Tiens, vanille. Un bien meilleur choix pour ton système digestif particulier.
Je poussai mon plateau, et portai mon attention sur d'autres plats très apétissants. A
prendre avec humour, évidemment.
-Epinards ou chou-fleur? me demanda la femme qui servait.
-Euh... balbutiai-je, la tête vide. La même chose.
Je désignai Odèle qui faisait comme si de rien n'était et quémandait une escalope de
dinde aux épinards.
Jacqueline (la serveuse, renommée par nos soins, à Odèle et moi. Bon choix, n'est-ce
pas?) haussa un sourcil et plongea sa louche dans la boue verdâtre et dégueu qu'elle
nommait épinards et que moi j'appelai "Bouillie dégueulasse dont la probabilité
qu'elle finisse dans mon estomac était proche de zéro pour cent", ou BDP0% pour les
intimes. Une fois que Dinde fut allongée sur BDD0%, je tapai mon code pour signaler
au lycée que oui, je m'alimentais, et que oui, mes parents allaient payer ce que je
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
prenais. Puis je rejoignis Odèle qui venait de trouver deux places face à face de
libres. Nous nous installâmes et commençâmes notre festin infâme.
Entre deux bouchées de viande, je lui racontais mon rêve. Elle ne put s'empêcher de
frissoner à la fin de mon récit.
-C'est bizarre, marmonna-t-elle en trapant le bout de sa fourchette dans ses
épinards. Je veux dire, encore plus bizarre que toutes les autres fois. Tu vois ton rêve
d'où, en fait?
-Du côté, un peu comme si j'étais debout à quelques pas de la femme.
-Et il y a quoi dans la pièce?
Je réfléchis quelques secondes avant de lancer:
-C'est un peu, tu sais, comme dans un film avec des chevaliers. Au début, la femme
est...
-Donnons-lui un surnom, décida ma meilleure amie.
Ce genre de pensée était typique de nous deux, surtout en pleine conversation.
-Cruella, dis-je au tac-au-tac.
-Ok, donc tu disais...
-Ben, Cruella est assise sur une sorte de trône en velours rouge, je crois. A côté
d'elle il y a une sorte de table, et sur cette table sont disposées des bougies. Mais ces
bougies éclairent superbien, presque comme des néons.
-Et le reste? Genre les murs, s'il y a une fenêtre...
Je laissai bruyament tomber ma fourchette contre mon assiette et me pris le crâne
entre les mains.
-Nan, je m'en rappelle plus.
-Ou alors le sol? Il est fait de pierre ou de bois...?
Je réfléchis quelques secondes.
-C'est une pierre qui ressemble à du marbre, mais elle est d'un rouge vermeil. Du
coup, à la lueur des bougies, c'est comme s'il y avait du sang sur le sol qui ruisselait.
Odèle fronça le nez:
-C'est glauque, jugea-t-elle. Et le plafond?
Je restai pensive, puis secouai la tête.
-Je ne sais plus. Il est noir, mais j'ignore de quelle matière il est fait.
-OK. Bon, laisse, c'est déjà bien assez bizarre.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Je hôchai la tête sans conviction. Odèle tortillait pensivement une mêche de cheveux
roux foncés entre ses doigts. Je contemplais ses lèvres pulpeuses, son visage rond et
avenant, son regard bleu céleste avec envi. Elle avait plus de formes que moi qui
était trop maigre, et ses cheveux formaient une masse bouclée que j'adorerais avoir.
-Tu as pensé à le dire à tes parents? reprit-elle au bout de quelques minutes.
Je soupirai.
-Non, et puis de toute façon c'est pas trop important.
Elle me contempla un instant avec l'air de quelqu'un qui découvre que les souris
parlent.
-C'est peut être important! s'exclama-elle. Et si ce sont des extraterrestres qui visent
à attaquer la Terre? Et si...
-Attaquer la Terre? ricanai-je. Avec quoi? Des lances? Contre la bombe nucléaire et
les frappes aériennes? Laisse tomber.
Je ne pus m'empêcher d'ajouter avec un ton faussement théâtral et pompeux:
-Nous, fiers Terriens, sommes d'une grande puissance.
-Une grande puissance qui massacre sa planète, marmonna Odèle.
Mon amie était une grande partisante du développement durable et de
l'environnement. Chez elle, tout était bio. Toutefois, ça ne l'empêchait pas de manger
de la viande, plus rarement que moi, par contre -genre une fois tous les trois jours.
Elle disait à qui voulait l'entendre qu'elle se ferait bientôt végétarienne.
Personnellement, je n'y croyais pas trop : le saucisson de sa tante était tellement bon
qu'il devrait être interdit.
-Bref, dis-je en soupirant. Hors de question de dire quoi que ce soit à qui que ce soit,
c'est tout.
-Je le dirais à ta place, sinon... commenca-t-elle.
-Laisse faire, je te dis.
-Eh, Lys! Odèle! interpella quelqu'un dans mon dos.
Je me retournai et poussai un profond soupir. Emilien, un ami de mon frère,
s'approcha de notre table. Il nous demanda avec un air très sérieux:
-C'est quoi votre animal préféré?
-L'ornithorynque, répondis-je sur le même ton.
-Le lynx, dit honnêtement Odèle en même temps que moi.
Bon, en fait j'adorais les loups, mais l'ornithorynque avait une classe que les autres
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
animaux n'avaient pas. L'animal avait un bec de canard, une fourrure, et un nom
assez compliqué choisi spécialement pour que les gens relisent et redisent le mot au
moins deux fois pour être sûr de l'avoir bien lu et prononcé .
Il était comme moi, en gros. Bizarre et avec un nom compliqué.
-Note, ordonna Emilien à un gars derrière lui -un quatrième d'après moi.
Mon amie fronça les sourcils.
-C'est pourquoi en fait?
Emilien eut un sourire un peu fou... Non, complètement cinglé, en fait.
-Un sondage. Etant donné que la plupart du temps, plusieurs personnes nous
donnent leurs résultats en même temps, on invente des animaux en mélangeant deux
noms. Et comme certains disent n'importe quoi, comme toi, Lysianassa, par exempleça donne des noms trop marrants.
-C'est pas un sondage, ça. C'est un truc complètement con, rétorqua Odèle d'un ton
qui me fit éclater de rire.
Il eut un geste faussement dédaigneux qui signifiait très clairement que peu
importait.
-Et ça sert à quoi? questionnai-je ironiquement.
-A emmerder les gens. Et devine quoi?
Il me regarda soudainement dans les yeux avec le regard du Professeur Tournesol.
-Ca marche!
-Youpi, commenta Odèle d'un ton à la fois déprimant et méprisant.
-Vous voulez des exemples? Nous avons en troisième position l'Autruphin. En
seconde place le Chamanda. Et au sommet du classement, le votre: le fier, l'unique,
l'Ornithonlynx!
Il fit une courbette, attendant certainement des applaudissements. Moi et Odèle
échangeâmes un regard excédé.
-Bra-vo, fit ma meilleure amie en détachant chaque syllabe. Quelle preuve de génie.
-Je vous en prie.
-C'est pas un peu... Hum, zoophile? plaisantai-je.
-Zoophile? Mais pas du tout! Et d'ailleurs cette remarque venant d'une canibale
devrait être interdite.
-Pardon?
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Le regard d'Emilien fit la navette entre moi et Odèle.
-Ben ouais, une dinde mangeant de la dinde, c'est terrible comme histoire.
Il partit dans un grand rire. Je levai les yeux au ciel. C'était très drôle, sauf pour la
concernée, c'est-à-dire moi. Je cherchais mes mots, essayant de trouver de quoi le
faire taire. Ne trouvant rien, je choisis la grossièreté:
Un geste obscène fut mon salut.
Pour être plus exacte, il n'eût pas l'effet excompté: mon doigt pointé fièrement en
direction du plafond ne fit que redoubler le rire de cet idiot.
***
Le soir même, le dos courbé par mon sac pesant six tonnes (je n'exagère pas: je
n'avais pas pu résister à l'envie d'emmener avec moi un roman de cinq cents pages
que je n'avais même pas feuilleté en fin de compte), j'ouvrais la porte d'entrée de
chez moi. Mon frère était à sa séance de judo, comme tous les vendredis soir, ce qui
expliquait pourquoi j'étais seule.
A peine arrivée, mon portable afficha l'arrivé d'un SMS d'Odèle.
Je me préparais un verre de grenadine avec un bol de Chocapics. Je m'installais sur
la table, dépliant mon classeur d'anglais tout en piochant dans mes céréales. Je les
aimais tellement que j'inventais toutes sortes d'expressions et de jurons avec. A
chaque fois que j'en trouvais un nouveau, Odèle l'écrivait dans un cahier qu'elle
gardait toujours précieusement près d'elle et qu'elle ne montrait au public que lors
d'une occasion spéciale -fêtes, anniversaires...- et cela l'amusait beaucoup. Quand
elle avait un coup de blues, elle me disait qu'elle regardait toujours dans le cahier et
que cela lui redonnait le sourire.
C'était rien que pour cette raison que je la laissais tout noter.
Toujours est-il qu'Odèle m'envoya ce message-ci:
"Je t'ordonne de tout raconter à tes parents. Ce n'est pas la première fois et
surement pas la dernière. Si tu continues à le garder uniquement pour toi et moi, on
finira toutes les deux en asile. Et j'ai pas envie de finir en hôpital psychiatrique, je
suis trop jeune. Peut-être d'ici quelques années, mais pas tout de suite. Bref, dis-le,
ou je le fais!!"
Je lui répondis au quart de tour d'un très bref:
"Non, et je t'interdis de dire quoique ce soit!"
Un léger bip m'indiqua que mon amie avait bien lu le SMS. Je vous assure que je pus
entendre le soupir d'exaspération qu'elle poussa de ma maison à la sienne -malgré le
fait qu'elle soit de l'autre côté de la ville.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Toutefois, elle avait raison sur une chose: ce n'était pas la première fois que je
rêvais de trucs bizarres. Et certainement pas la dernière, vu la suite des évenements.
Car Odèle m'envoya une heure plus tard une capture d'écran sur laquelle figurait un
clavier qui venait de terminer le message suivant:
"Madame, je souhaiterais vous avouer quelque chose. Il s'agit de votre fille. Depuis
de nombreuses années, elle fait des rêves très étranges. Elle voit ces scènes et
parfois certaines se réalisent une semaine plus tard. Voilà, je voulais vous en faire
part. Bises, Odèle."
Le numéro qui allait recevoir le message était celui de ma mère.
Je jurai, traitant ma meilleure amie de tous les noms.
"J'envoie si tu ne dis rien."
"Tu crois sérieusement qu'elle va te croire?!"
"Tu veux qu'on tente l'expérience?"
A mon tour, je soupirai.
"C'est bon, t'as gagné: je vais lui dire ce soir."
***
Deux heures plus tard, alors que j'étais allongée dans le canapé entrain de réfléchir
sur le sens de la vie -non, en fait je venais juste de terminer une saga géniale et
j'étais littéralement dévastée- la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau et Loki et ma mère
pénètrèrent dans la pièce. Mon frère m'obligea à m'asseoir correctement avant de
s'affaler à son tour, visiblement épuisé.
-J'ai dû courir le long du chemin si je voulais ne pas être en retard à mon cours,
grommela-t-il.
Je haussais un sourcil:
-Comment ça se fait? Un des parents devait bien venir de chercher, non?
-A croire qu'on m'ait oublié, soupira mon frère en haussant le ton au niveau du
dernier mot.
Ma mère, qui s'occupait déjà avec des documents administratifs, lui jeta un regard
mi-désolé, mi-exaspéré.
-Je t'ai déjà dit que j'étais navrée, dit-elle.
Ah, une chose à propos de ma mère: elle a un accent bizarre. Mais genre, vraiment
bizarre. J'ignore pourquoi, ni dans quel pays on avait un tel accent, mais ma mère ne
réussissait pas à prononcer les "r". Les autres lettres, ça allait, mais seul le R
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
l'embêtait. Donc en public elle faisait tout pour éviter les mots contenant un R. Mais
y en a un paquet, des mots avec des R, alors elle essayait de les rouler, comme en
italien, par exemple. Sauf qu'elle n'y arrivait pas.
Donc, son "je suis navrée" se transformait en "je suis navet".
Et lorsque Loki était agacé, il adorait lui rappeler son problème d'élocution.
-Maman, tu n'es pas un légume, dieu merci.
Elle leva les yeux au ciel et se retourna.
-Par toutes les Entités d'Aed...
Je la vis secouer la tête.
-Les dieux de quoi? demandai-je, curieuse.
Elle reprit en m'ignorant totalement.
-Par tous les dieux, pourquoi ai-je des enfants si têtus?
-Ce doit être à cause de ton mari, railla Loki en souriant.
La conversation s'arrêta là, rien de plus ne fut dit le restant de la soirée.
***
"Ca y est, tu lui as dit?"
"Oui"
***
J'étais une grande menteuse.
Je parie que c'est à ce moment là que j'ai commencé à creuser ma propre tombe.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Pensée -exaspérante- de Loki Faveyrial
J'ignore ce que ma sœur vous a dit au sujet d'elle-même ou me concernant. Sachez
que Lysianassa pouvait être un grande menteuse quand elle le voulait.
Elle vous a sans doute déclaré qu'elle n'aimait pas l'eau, et c'était vrai. Qu'elle était
une grande bibliophile? Oui, c'était vrai ça aussi. Qu'elle avait des visions? Bon, je
n'étais pas dans sa tête, mais la suite des évènements montre qu'elle disait vrai.
Mais vous a-t-elle dit qu'elle et moi étions des patineurs expérimentés?!
Ah, je vous en bouche un coin!!!
N'en voulez pas à ma sœur. Le sujet est devenu sensible suite à une dispute avec
notre mère. Lys mettait tellement de passion dans le patinage qu'elle en délaissait
ses études. En effet, si moi je parvenais à garder un certain niveau, ce n'était pas le
cas de ma sœur. Elle était en échec scolaire. Nous avions dix ans lorsque nos parents
avaient décidé que plus jamais nous ne retournions sur la glace. Cela avait été un
véritable déchirement pour nous deux. Mais nos parents refusèrent mordicus de
nous laisser continuer à patiner. Les études étaient très importantes pour eux.
Nous adorions glisser sur la glace en faisant des pirouettes. Par contre, si moi
j'aimais la vitesse -et par conséquent chutait régulièrement avant d'acquérir un bon
niveau-, Lys n'était jamais tombée au sol, elle qui pourtant pouvait être très
maladroite. C'était comme si elle était née sur la glace.
Alors, je ne vous dis pas la tête qu'elle a fait quand elle a appris ce que nous parents
avaient prévu...
***
Une fois par mois, le samedi ou le dimanche, les parents insistaient pour que nous
fassions une "sortie familiale" tous les quatre. Cela consistait à aller dans un endroit
qu'un de nous adorait et d'y passer un moment en famille. Le mois dernier, c'était au
tour de notre mère. Elle avait décidé de nous emmener au Louvre dans la partie
mythologie -comme toutes les fois ou presque où c'était son tour. Bref, étant donné
que ce mois-ci était celui de Lys -son anniversaire était dans une semaine et nous
étions sensés le passer avec des amis-, elle aurait dû choisir, normalement
Mais non, cette fois-ci nous n'irions pas à une quelconque fête du livre, dans une
librairie ou un quelconque endroit où il y avait des tas et des tas de livres. Il aurait
mieux fallu, si vous voulez mon avis.
Nous mangions chinois, ce jour-là -nous étions le samedi 1er novembre. J'ignore si
vous avez déjà gouté les chips aux crevettes, mais c'est juste excellent: à la fois
craquant et fondant... miam.
Je finis ma chips, donc, et me redressai. Lysianassa faisait de même et nos parents
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
nous regardèrent en souriant moqueusement, visiblement amusés de nous voir ainsi
synchronisés.
-Bon, c'est quoi la suite du programme? demanda ma sœur.
Ma mère prit un air mystérieux, mon père lança:
-Qui te dit qu'il y a une suite?
-Moi, rétorquai-je, sarcastique. Je sais tout, je vois tout et j'entends tout!
Lys se tourna vers moi en déclamant d'un ton pompeux:
-Ô grand manitou, toi qui as la science infuse, dis-moi quelle est la suite du
programme.
Je lui fis un sourire, et rien que ce sourire lui fit regretter de m'avoir dit que je
détenais la science infuse. J'en étais sûr, vu sa tête. Je tendis l'oreille d'une main
faussement tremblante:
-Comment? Jeune pucelle, parlez plus fort. Certes le grand manitou a la science
infuse, mais pas une bonne audition, malheureusement.
Elle soupira, décidant que la conversation sur ma science était terminée avant
même d'avoir commencé et questionna à nouveau les parents.
-Alors?
-On va aller en Antarctique aider les bébés phoques, je ne pus m'empêcher de lancer
à nouveau d'un ton très très sérieux.
Evidemment, on m'ignora totalement.
-Tu verras, mais tu vas adorer, répondit mon père tandis que ma mère me jetait un
regard aigu.
Lysianassa eut un sourire.
-On va aller à la libraire? C'est génial!
Je poussai un gémissement comique. Mes parents secouèrent la tête. Alléluia!
pensai-je tandis que Lys affichait une moue déçue.
Nous nous levâmes. Mon père s'en alla payer l'addition.
***
La voiture s'arrêta devant un gigantesque bâtiment. Je jetais un regard ahuri à mes
parents. Je n’en revenais pas. Pour de la surprise, c’était de la surprise !
-La patinoire?
Du siège devant moi, ma mère hocha la tête, se tournant vers Lys:
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
-Oui, je pensais que ça te ferait plaisir...
-Tu rigoles?! s'exclama cette dernière, l'air à la fois choqué et ravi. Je ne pouvais pas
rêver mieux!
Elle sortit de la voiture. Je la suivis immédiatement, enthousiaste.
-On fait la course? lui demandai-je.
Elle me dévisagea. Je m'attendais à ce qu'elle me réponde que nous n'avions plus
cinq ans -l'âge auquel nous avions commencé le patinage- mais elle eut un sourire
nostalgique. Et partit immédiatement dans un sprint.
-Et le top départ, c'est pour les chiens? m'écriai-je en m'élançant derrière elle.
-Non, pour les imbéciles! répondit-elle en riant par-dessus son épaule.
Je la rattrapai fissa. J'avais toujours été plus rapide qu'elle. Quand j’arrivai sa
hauteur, je la forçai à s'arrêter en lui prenant le bras et lui fis une clé que j'avais
apprise en judo.
Elle faillit choir au sol mais je la rattrapai à temps.
-Qui as-tu traité d'imbécile?
Son visage s'illumina. Je connaissais ce sourire. J'avais exactement le même lorsque
je lançais une raillerie -mon activité préférée.
-Oh, ce n'était pas toi. Juste l'écureuil qui passait par là.
Ce fut à mon tour de la dévisager. Elle finit par avoir une grimace, m'indiquant
clairement qu'il était temps que je la lâche. Je ne m'exécutai qu'après lui avoir dit:
-Cette blague était nulle, tu en as conscience?
-Oui, désolée d'avoir ridiculisé l'humour avec mon ignorance, proclama-t-elle en
agitant son bras pour calmer la douleur -je n'avais pourtant pas serré fort. Mais
sachant que l'humour même est l'art de ridiculiser et de se ridiculiser, je trouve que
cette conversation n'a aucun sens.
Je souris. Elle plissa les yeux, se demandant sans doute comment j'allais répondre. Il
restait une centaine de mètres avant d'accéder au bâtiment. Je répondis donc dans
un haussement d’épaules :
-C'est pourquoi je vais gagner cette course.
Et à mon tour, je partis sans demander mon reste. Lys, devinant qu'elle n'avait
aucune chance, me traita de gamin dans mon dos. Elle avait raison, mais toutes les
fois où nous étions allés à notre cours de patinage, nous avions fait une course.
C'était stupide, inintéressant, futile et tout ce que vous vouliez, mais je considérais
ça comme une tradition.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
***
Quelques minutes plus tard, je glissai mes pieds dans les patins. Cela me fit un choc.
Des sensations vieilles d'il y avait huit ans me revinrent en mémoire. Le spectre
d'une douleur à mon poignet droit signala sa présence, me rappelant la fois où je
m'étais cassé l'os du poignet -un de mes exploits malheureux dont je n'avais retiré
aucune leçon puisque six mois plus tard mon bras gauche qui avait pris cher à son
tour.
Je me redressai en chancelant un peu au début et parcourus quelques mètres sur de
la vieille moquette avant d'accéder à la glace. Je pris appui contre le rebord qui
entourait la patinoire. C'était comme si mes pieds se réadaptaient à la sensation de
glisser.
Lys me rejoignit. Elle aussi se retenait au bord, mais je sentais qu'elle était fébrile.
Nos parents n'avaient pas enfilé de patins et nous firent signe de là où ils s'étaient
postés, c'est-à-dire dans des gradins d'où ils pouvaient tout voir.
Je tendis ma main à ma sœur et lui proposai:
-On fait un tour?
Elle me rendit mon sourire et me prit la main.
-C'est parti.
Nous commençâmes à glisser. Mes réflexes acquis il y a des années me revinrent.
Mon corps agissait de lui-même. Un coup d'œil en direction de ma sœur m'apprit que
c'était aussi son cas.
Nous étions émus comme si nous venions de retrouver un ami que nous n'avions pas
revu depuis longtemps. C'était un peu le cas, en quelque sorte.
Je serai la main de Lys et nous prîmes de la vitesse. Il n'y avait quasiment personne
sur la glace, mis à part un couple et trois enfants qui chahutaient. Une lumière
artificielle éclairait tout de son éclat qui me sembla vif et cruel.
-Prête? demandai-je, fébrile.
-Prête, répondit-elle dans le même état que moi.
Sans en dire plus, mais étant tout deux persuadés que nous pensions tous deux à la
même chose, nous nous lâchâmes et nous retournâmes en même temps. Nous
avancions à reculons, désormais. Nous comptâmes ensemble dix secondes avant de
reprendre la marche avant et se prendre par la main à nouveau.
Nous échangeâmes un sourire. C'était comme si nous retrouvions une complicité
ancienne que nous avions perdue sans nous en rendre compte.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Une vague de nostalgie déferla entre nous deux. Elle nous enveloppa en sembla à
deux doigts de nous noyer. Je refermai mes doigts autour de ceux de Lys. Ils me
semblèrent si petits et si fragiles maintenant, alors qu'ils étaient tellement
semblables aux miens autrefois. Cette découverte me fit prendre conscience du
temps qui avait filé entre nos doigts entremêlés. Je n’avais aucune envie de me
retrouver dans le futur alors que je venais juste de retrouver une petite parcelle de
mon enfance. Mais la réalité se fichait totalement de ma nostalgie : dans quelques
mois, je serai majeur. Nous passerons le bac. J’irai à la fac. Je quitterai ma sœur et
mes parents. Nous partirons tous les deux chacun de notre côté, Lys et moi. En ce
moment, c’était bien la dernière chose dont j’avais envie.
Je soupirai. Nous échangeâmes un regard. D'un commun accord, nous nous
lâchâmes.
Immédiatement, nous reprîmes nos habitudes comme si nous ne les avions jamais
perdues. Lys continua sa route sur un seul pied tandis que je faisais des zig zag sans
me soucier le moins du monde que l'un de nous tombe: ça ne risquait pas de nous
arriver, maintenant.
***
Nous continuâmes ainsi pendant deux heures, virevoltant sur la glace. Nous avions
l'impression de voler.
Puis, mon corps me rappela à l'ordre: j'étais épuisé, mes pieds et mes jambes étaient
douloureux. Et, surtout, j'avais faim.
-Tu ne veux pas faire une pause? demandai-je à Lys alors qu'elle venait d'exécuter
un saut.
Elle secoua la tête.
-Non, je compte en profiter un maximum.
J'opinai. Je la comprenais parfaitement: cette journée était exceptionnelle et ne se
renouvellerait pas avant longtemps. Je rejoignis le bord et sortis. Une fois de retour
sur la moquette, je m'asseyais tant bien que mal et retirai mes pieds des patins avec
une grimace. Je me frottais un instant, à la fois soulagé et déçu: si je n'avais pas eu
aussi mal, j'aurais sans doute continué à patiner pendant encore des heures.
Tout en soupirant, je rendis les patins et repris mes baskets. Je fis le tour de la
patinoire et vins à la rencontre de mes parents: ils étaient perdus dans la
contemplation de Lys qui continuait à tournoyer à présent seule sur la glace.
En silence, nous continuâmes à la regarder. Sa chevelure sombre flottait derrière
elle telle une tache d'encre sur du papier immaculé tandis qu'elle filait comme si elle
effleurait seulement le sol.
23
Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
-J'avais presque oublié à quel point ta sœur était douée, murmura ma mère
doucement, comme si le fait de crier briserait l'enchantement.
Elle avait les larmes aux yeux. Je hochai la tête, pensif. Je ne pensais pas que voir
Lys patiner provoquait une telle réaction chez elle. Elle regardait sa fille avec une
nostalgie étrange. Encore une fois, je remarquai à quel point ma mère et Lysianassa
se ressemblaient. Elles avaient exactement le même regard, les mêmes cheveux, le
même visage. Tout ce que Lys avait de mon père, c'était légère sa myopie et son
mètre soixante-dix. En effet, ma mère était plus grande et moi j'avais justement
hérité de sa taille. Je possédais pour ma part les yeux bruns de mon père et son
visage.
Ma mère détourna le regard de Lys comme si le fait de la regarder patiner lui était
insupportable. Mon père, dans un geste de tendresse, l’enveloppa dans une longue
étreinte qui évanouit l’expression chagrine de sa femme. Les voir ainsi me faisait
toujours plaisir, et je remerciai à chaque fois le ciel que mes parents soient toujours
aussi attachés l’un à l’autre malgré la routine et plein d’autres choses à cause
desquelles les histoires d’amour ne duraient jamais longtemps en ce monde.
Toutefois, pendant rien qu’une seconde, une pensée absurde effleura mon esprit.
Mes parents avaient semblés si tristes… Mais tristes comme s’ils avaient partagés
quelque chose de beaucoup plus fort, de beaucoup plus important que leur amour.
Comme s’ils partageaient un secret. Je chassai cette impression immédiatement et la
mis sur le compte de mon imagination débordante. Mes parents s’aimaient parce
qu’il en était ainsi. Point.
Je frottais pensivement le pendentif que mes parents m'avaient offert pour mes dixsept ans. Il était en or blanc avec des sortes de paillettes argentées qui le
parsemaient dans des endroits stratégiques. Il représentait un flocon de neige de
quelque centimètres seulement, et en son milieu était sertie une pierre ressemblant
à un saphir.
Au début, je rechignais à le porter car il paraissait inestimable et j'avais la
malheureuse manie de perdre tous mes bijoux, quel qu'ils soient. Mais mes parents
avaient insisté, le porter semblait pour eux d'une grande importance. Depuis, le
pendentif ne me quittait plus, enfilé à une chaine en argent.
Je revins à la réalité lorsqu’un son léger parvint à mes oreilles. Ce bruit était
pourtant quasiment inaudible, mais il attira mon attention comme le ferait un gong.
Je me levai d’un bond.
Mon sursaut alerta mes parents. Ils se redressèrent à leur tour. Nous mîmes tous
quelques secondes avant de comprendre ce que nous voyions.
Lys était inconsciente, au sol.
24
Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Mon sang se glaça. Je ne compris pas pourquoi, mais voir ma sœur ainsi étendue au
sol me terrorisa. Je n’avais même pas la force de hurler. Alors je murmurai :
-Lys…
C’était tout ce que je pus faire sur le coup.
Mes parents eurent un mouvement étrange. Sans se concerter, ils se placèrent dos à
dos et firent le même geste : une main tendue vers l’avant et l’autre semblant
chercher quelque chose au niveau de leur hanche.
Je ne m’en formalisai pas. Ma sœur s’était évanouie. Ce n’était pas normal.
Puis, enfin, il me sembla que l’étau invisible qui me tenait ainsi immobile depuis le
début se desserra. Sans même m’en rendre compte, je partis en courant. Mes
parents semblèrent vouloir me retenir, mais je les ignorai superbement. J’enjambai le
rebord de la patinoire. Une fois les deux pieds sur la glace, je faillis tomber à la
renverse. Mes baskets neuves glissaient comme si elles voulaient s’échapper à tout
prix. Je franchis la distance me séparant de ma sœur aussi rapidement que je le pus.
Ma démarche était tellement gracieuse que j’étais sûr que Lys exploserait de rire si
elle me voyais en cet instant précis. Mais lorsque je parvins enfin jusqu’à elle, ma
sœur était toujours inconsciente.
Elle était affreusement pâle. Ses cheveux foncés contrastaient terriblement avec la
blancheur mortelle de son visage et de la glace. J’esquissai un geste hésitant en
direction de sa chevelure parsemée de morceaux de givre.
-Lys, murmurai-je. Lysianassa.
J’ignorai comment je devais me comporter, et cette ignorance me rendait dingue. Je
ressentis le besoin impérieux de faire quelque chose, n’importe de quoi. Je
m'agenouillai près d'elle, abasourdi et perdu. Pendant un instant, je m'inquiétais de
l'absence des lunettes qu'elle portait presque en permanence avant de me souvenir
qu'elle avait des lentilles, aujourd'hui. Sans savoir comment agir autrement, je posai
ma main contre le front de Lys.
Je frissonnai. Sa tête était brûlante de fièvre.
J’ignore ce qui se passa en moi à ce moment précis.
J’ignore pourquoi ma main se crispa contre ma sœur.
Et j’ignore totalement pourquoi je me suis mis à trembler comme une feuille
survivant miraculeusement au vent hivernal.
Toujours est-il que j’hurlai un ordre. Mon cri se répercuta dans toute la patinoire. Il
sembla avoir été prononcé par quelqu’un d’autre. Quelqu’un de froid. Quelqu’un de
dur. Mais à la fois quelqu’un de sauvage. Et d’horriblement malheureux. Je devenais
dingue ou quoi ?
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
-LYS ! REVIENS, MAINTENANT !
Je me rendis compte que ma main tremblait, elle aussi, mais restait crispée,
agrippée à la veste de ma sœur au moment où la peau fraiche de ma mère rencontra
la mienne. Je me plongeai dans un regard d’un vert émeraude étrangement limpide.
-Doucement, Loki, dit-elle. Doucement.
Mon père, de son côté, caressait les cheveux de Lys dont les yeux papillonnèrent.
Soudain, je fus comme vidé : je faillis m’effondrer mais ma mère me retint. J’étais
essoufflé. Je respirai fort. Lys se redressa, semblant stupéfaite de se retrouver aussi
bien entourée, mais aussi étrangement déboussolée.
-Qu’est-ce qui se passe ? Je… Je me suis endormie ?
Elle prononça ces mots sans trop y croire, comme si elle cherchait surtout à nous
convaincre –et à se convaincre elle-même par la même occasion.
Ma mère secoua la tête.
-Non, tu t’es évanouie. Tu n’as pas assez mangé ? Tu as tes menstruations ?
Lys la fusilla du regard tandis que j’assistai à cette scène qui me semblait irréelle.
-Maman ! s’exclama-t-elle sur le ton du reproche.
L’intéressée haussa un sourcil.
-Quoi ? C’est normal d’en parler. Alors ?
- Non, ce n’est pas ça… Je suis juste… tombée, c’est tout.
Cette réponse me mit dans une colère sourde et incompréhensible. Cette réponse
pouvait sembler satisfaisante pour un gars qui venait juste d’entendre parler de
l’intimité très intime de sa propre sœur, non ? Eh bien… Non.
Je jetai un regard noir à ma sœur. Ma voix vibra d'une colère qui m'était totalement
inhabituelle.
-Tu n’es pas tombée, Lys. C’est pas possible. Tu ne tombes jamais.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Chapitre 3_ Euphorie
Je jetai un coup d'œil à mon portable pour vérifier l'heure. C'était la même qu'il y
avait quelques secondes. Je soupirai en laissant mon téléphone sur ma table de
chevet. Le temps me semblait tellement long...
Hier, après le patinage, mes parents avaient exigé que je me repose. Ce qu'ils
n'avaient pas précisé, c'est que c'était aussi valable pour toute la journée du
dimanche. Que m'était-il arrivé, donc? Un truc de dingue. J'étais entrain de patiner oui, parce que je patine. Et là... J'avais eu un rêve. D'accord, on ne peut plus
vraiment parler de rêve puisque j'étais consciente l'instant auparavant. C'est
d'ailleurs pour ça que je ne comprends absolument pas ce qui m'est arrivé. Je
patinais et... Tout s'était assombri autour de moi.
Le petit homme chauve était apparu, et avait déclaré à Cruella:
-Ma dame... J'ai décidé de modifier le Passage.
Cruella s'était levée et avait dévisagé son... esclave? sous-fifre? collègue?
compagnon malsain? sans cacher son mépris. L'ombre de la colère était passée sur
son visage tel un orage de mauvais augure dans le ciel.
-Sans m'en parler, avait-elle dit sur le ton de la constatation.
La constatation, chez elle, m'avait paru très dangereuse.
-Je suis navré, ma dame, avait répondu simplement le petit homme en s'inclinant
profondément.
Cruella avait contemplé sa courbette. Elle avait eu un mouvement bizarre de la
main: elle avait pointé son interlocuteur de son index et de son auriculaire en
repliant tous les autres doigts. Sa main avait fait un geste plongeant vers le sol. Elle
m'avait semblée concentrée et savait apparemment ce qu'elle faisait. Il y avait eu
comme un coup de vent alors que la pièce était close -la scène s'était déroulée au
même endroit sombre que lors de mon dernier rêve. Le visage du petit homme s'était
crispé: je ne savais comment, mais la femme l'avait empêché de se redresser. Sa
révérence s'était approfondie. Il avait poussé un grognement sourd. Un voile s'était
déposé devant son regard. Ses genoux s'étaient dérobés sous lui, et il s'était retrouvé
face contre terre, crachant ses poumons. Il avait rampé douloureusement contre le
sol en bredouillant des excuses.
La satisfaction s'était peinte sur le visage de la femme. Dans un mouvement qui
avait paru herculéen pour lui, le petit homme s'était redressé, s'agenouillant.
-Qu'as-tu modifié, donc? avait-elle demandé comme si rien ne s'était passé.
-La date, l'heure et le nombre de personne pouvant Passer.
27
Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Cruella avait croisé les jambes, visiblement très intéressée.
-Alors? J'espère que c'est pour une bonne raison.
-Eh bien... J'ai repoussé l'heure car ainsi nous pouvons considérablement élargir le
Passage. J'ai pensé qu'avoir un escadron entier serait beaucoup plus intéressant que
vos deux meilleurs soldats, vous et moi. Nous serons plus puissants et votre
vengeance sera d'autant plus terrible.
-Quand?
-Le 8 novembre à 4h pile.
Cruella était restée pensive un long moment. Puis elle avait eut un sourire qui ne
m'avait pas rassurée du tout.
-Tu penses bien, mon cher. Tu penses très b...
Elle avait été interrompue par la même voix étrange qui m'avait réveillée la dernière
fois. Elle avait tout d'abord murmuré mon nom. La femme s'était redressée, et dans
le même mouvement ses ailes avaient eu un battement fébrile.
-Qu'est ce que c'est que ça?
Sa main droite avait produit un succession de gestes incluant à chaque fois
l'auriculaire. La vision était devenue plus nette et j'avais eu l'impression qu'un
encrage m'emprisonnait. Je m'étais sentie envahie par la panique. L'ombre d'un
sourire acéré avait traversé le visage de Cruella.
-Tiens, un esprit égaré... Quel est ton nom?
La sensation s'était accentuée. J'avais eu le besoin impérieux de me réveiller... Tout
de suite.
-M'espionnes-tu? Répond!
Une pensée m'avait échappé: Je ne vous espionne pas! J'ignore comment, mais la
femme m'avait entendue.
-Pourquoi es-tu là, dans ce cas?
Je ne sais pas...
-Quel est ton nom?
Je...
Puis, la voix était revenue, tonitruante:
-LYS ! REVIENS, MAINTENANT !
Sans savoir comment je m'étais alors sentie libre. Ensuite, mes paupières s'étaient
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
soulevées et j'avais signé mon retour dans la réalité.
***
Mon père pénétra dans ma chambre, le visage livide, rompant le fil de mes pensées.
Il prit une profonde inspiration comme si le fait même de respirer lui était difficile,
tout à coup.
-Lys, ta mère est très malade. Je l'emmène à l'hôpital.
Soucieuse, je plissai le font.
-Que se passe-t-il? Qu'a-t-elle?
Mon père se mordit la lèvre inférieure, un tic dont j'avais hérité.
-Elle s'est évanouie deux fois de suite et a vomi le contenu du déjeuner.
-J'espère que ce n'est pas grave, murmurai-je.
Cette nouvelle me fit frissonner. Dans la famille, nous n'étions que très rarement
malades, quasiment jamais en fait. Les seules fois où l'on avait emmené mon père ou
mon frère à l'hôpital, c'était parce qu'ils avaient des os cassés. Mon père s'était brisé
les phalanges au cours d'une bagarre où il avait voulu séparer deux belligérants. Il
avait d'ailleurs détesté le fait de ne plus avoir pu utiliser sa main droite pendant des
semaines -une éternité, selon lui. Mon frère, quand à lui, s'était retrouvé le poignet
en écharpe plusieurs fois de suite à cause de ses chutes en patinage.
-Bonne chance! souhaitai-je à mon père qui sortit de ma chambre.
Quelques minutes plus tard, j'entendis le crissement des roues de la voiture sur le
gravier. Je me levai en m'étirant. Enfin, la liberté! Je savais que ce n'était pas très
moral de profiter de l'absence urgente de mes parents, mais je ne pouvais pas m'en
empêcher: j'en avais assez de ce repos forcé où je n'avais même pas le droit de lire.
Non mais!
Je rejoignis le salon et me vautrai sur le canapé aux côtés de Loki, qui jouait à un jeu
sur son téléphone.
-T'es pas sensée te reposer, toi? me fit-il remarquer l'air de rien.
-J'en ai marre de me reposer, rétorquai-je. Il faut que je fasse un truc, n'importe
quoi.
J'avais soudain un besoin énorme de me défouler. Je voulais oublier mes rêves ou
mes visions (peu importe) à tout prix, et éviter de penser que la date dont Cruella et
le petit homme parlaient était dans une semaine, lorsque je sortirais avec des amis,
notamment. En plus, ils avaient parlé de moi et de mon frère comme si nous n'étions
que les sujets d'une opération orchestrée minutieusement. Ils avaient discuté d'un
plan, d'une vengeance. Cela me concernait, puisque Cruella avait sous-entendu
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
qu'elle m'avait choisie. Ou plutôt, choisi mon enveloppe charnelle. Je frissonnai à
l'idée de ce que tout ceci voulait dire. Et le Passage? Qu'est-ce que c'était que ce
truc?
Tout à coup, tel un signe du ciel ou d'une quelconque divinité ou bien peut-être des
illuminatis (ben quoi, c'était un grand hasard, quand même!), la sonnette fit ce
pourquoi elle existait: elle... sonna.
Nous échangeâmes un regard étonné: personne n'était censé venir nous rendre
visite aujourd'hui. Loki poussa un soupir et se leva pour ouvrir. Je fus surprise en
voyant Emilien et Stéphane -un autre ami de mon frère- entrer en trombe. Ils étaient
joyeux et paraissaient surexcités. Emilien et Stéphane étaient deux frères, tous les
deux blonds aux yeux bruns, presque noirs, et, surtout, fans de football. Ils étaient
plutôt petits, tant et si bien qu'au lycée nous les surnommions les Hobbits.
-Tu viens? demanda Emilien à Loki.
Mon frère fronça les sourcils:
-Où ça?
Les deux garçons échangèrent un regard et, synchronisés, ouvrir leur veste sur un tshirt vert. Loki écarquilla les yeux, tellement surpris que ses amis eurent un petit
rire.
-Vous plaisantez? Hors de question que j'aille au match, mes parents sont partis à
l'hôpital et je dois surveiller ma sœur.
-Eh! protestai-je.
Je n'avais pas deux ans, je pouvais très bien me garder toute seule. Les trois gars
ignorèrent superbement mon intervention.
-Allez, Loki, s'teu plait, fit Stéphane d'un ton suppliant. On a qu'à dire que... C'est
pour mon anniversaire?
-Ton anniversaire est dans six mois, abruti, rétorqua froidement Loki. Non,
franchement les mecs, je peux pas.
-Allez! On a l'abonnement de Yannis, il a vraiment pas pu venir, lui. Comme ça, t'as
même pas à payer la place. Viens!
Loki soupira.
-C'est pas la question, mon père en a déjà un, d'abonnement. L'argent n'est pas le
problème. Comme Yannis, je ne peux pas venir, ok?
-C'est bon, tu peux bien laisser Lys ici!
-Merci de parler de moi comme d'un animal de compagnie, Steph, répliquai-je,
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
sarcastique. Merci beaucoup. Si Yannis est pas là, c'est qui qui conduit?
-Moi, fit Stéphane.
Le Hobbit agita les clés de la voiture de ses parents sous mon nez. Je le dévisageai.
-Je suis censée te faire confiance pour nous emmener tous là-bas? A toi?
La bouche de Stéphane s'ouvrit mais avant qu'il n'eut le temps de protester, mon
frère intervint:
-Nous? souligna Loki en haussant un sourcil.
-Ben oui. Vous avez bien un abonnement en trop et vous voulez aller au stade. Donc
je viens.
-Lys, je ne suis pas sûr que...
-C'est bon, tout va bien. De toute façon, je veux me défouler.
Si mon frère paraissait embarrassé, l'idée plaisait aux Hobbits, qui hochèrent la tête
avec un air sérieux. Emilien observa:
-Ca, pour te défouler, ça va te défouler. Il te faudrait juste une écharpe.
-Une... écharpe? Pour quoi faire? Et puis quoi encore?
-Tu verras, mais si tu comptes nous accompagner, il t'en faut à tout prix une.
J'éclatai de rire.
-Parce que vous croyez que Loki en a une de l'ASSE, vous?!
-Ben oui.
Je secouai la tête. J'avais déjà mal aux zygomatiques.
-Bref, je vais fouiller dans les affaires de mon père, je devrais la trouver rapidement.
Tu vas chercher ton collector, Loki?
Mon frère me fusilla du regard. Moi aussi, je t'aime...
***
Une quarantaine de minutes plus tard, nous étions tous quatre dans la voiture,
cherchant une place de parking du regard. Stéphane pianotait sur le volant en jurant
dans sa barbe tandis que nous autres, Loki, Emilien et moi, nous amusions à nous
écrier à chaque fois que la voiture faisait cinq mètres: "LA! Là, Stéphane, tu vois
pas?" Cela ne faisait que renfrogner davantage notre victime dont la phobie semblait
être le retard.
Pour ma part, je me demandai si je n'avais pas fait une erreur en m'embarquant
avec eux pour le premier match de football de ma vie. Je n'aimais pas le foot, et
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
pourtant j'avais sauté sur cette occasion: qu'est ce qui n'allait pas, chez moi?
Pendant ce temps, les trois garçons entreprirent de combler mes lacunes non
seulement au sujet du football, mais aussi, et surtout, au sujet des supporters.
Il existait des associations, disons. En premier, il y avait eu les Magics Fans qui
avaient été créés par... ben, des fans, en 1991. Leur slogan était "En vert et contre
tous" (notons le jeu de mots formidable). Ils avaient un "emblème" (je crois qu'on
peut appeler ça comme ça) qui était, me semblait-il, composé d'un crâne portant une
écharpe verte. Ils s'étaient installés dans le Kop Nord, qui était l'une des tribunes.
Un an plus tard, les Green Angels, une autre association de supporters avait été
créée. Leur slogan était "Partout toujours". Leur emblème était une sorte d'Indien
qui portait, lui aussi, une écharpe et d'ailleurs je pense que c'était une OBSESSION,
chez eux, les écharpes... pourtant il faisait pas si froid à Saint Etienne.
-Bien sur, il y a d'autres équipes de supporters, mais je pense que ça te suffit pour
l'instant, expliqua Emilien en hochant sa tête blonde. Mais sache qu'il y a plein
d'organismes afin de permettre aux supporters de se déplacer dans toute la France
et à l'étranger pour accompagner l'équipe, et d'avoir des maillots, des écharpes...
-C'est hyper organisé, observai-je.
-Oui, renchérit Loki. Ces associations de fans ont été créées pour avoir une certaine
cohésion entre tous les spectateurs. C'est d'ailleurs grâce à ces associations qu'il y a
des animations dans le stade, des accessoires pour les supporters, tout ça tout ça. Tu
verras, assister à un match au Chaudron, c'est pas rester assis et regarder des mecs
courir après une balle. Ca n'a rien avoir.
Stéphane interrompit notre discussion avec une exclamation ravie. Il se gara aussi
rapidement qu'il le put afin d'empêcher, selon lui, qu'un autre lui pique sa place, tout
en détachant sa ceinture. Loki et Emilien sortirent avant même que la voiture ne se
soit tout à fait immobilisée.
Les garçons se dirigèrent vers le Chaudron comme des tornades. Je les suivis en
trottinant, impressionnée. Une armée de personnes portant toutes au moins un
vêtement vert -écharpes vertes pour la plupart, tee-shirts verts comme Steph et
Emilien, sacs à dos verts, casquettes vertes alors que le soleil se cachait derrière les
nuages, ...- prit d'assaut le stade Geoffroy Guichard en cet après-midi. J'entendis des
chants. Déjà... Dans quoi m'étais-je embarquée?
Nous nous mêlâmes à la foule. J'imitai les garçons et, après avoir passé les portiques
et m'être fait fouiller par une femme qui me fit étrangement penser à un furet, nous
montâmes des escaliers en béton. Puis, lorsque nous arrivâmes au sommet, le terrain
se dévoila sous nos yeux.
Je suivis les garçons sans détacher mon regard de la pelouse qui luisait,
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
flamboyante. De la musique résonnait. Une voix commença à énoncer les joueurs
adverses. Puis, vint le nom du premier footballer de l'ASSE. Et là, ce fut l'apothéose:
le stade explosa.
J'écarquillais les yeux. Les supporters hurlaient le nom de chaque joueur de leur
équipe comme des guerriers prêts à partir massacrer leurs ennemis. Chacun levait
les bras au bout desquels il tenait son écharpe, comme on pourrait brandir fièrement
une banderole au slogan choc.
Loki et les Hobbits s'installèrent le plus proche possible du milieu en criant comme
les autres. Je découvris que dans cette tribune, personne ne s'asseyait. Tout le
monde montait sur les sièges. Il eut une véritable ovation lorsque la voix énonça le
nom de l'entraineur. Puis, ensembles, toutes les écharpes tournoyèrent et les chants
et le match débutèrent.
Il y avait tellement de chose à voir, à entendre, à sentir que j'avais l'impression que
mon crâne était en surchauffe. Des drapeaux s'agitaient aux couleurs de l'équipe: en
vert, en noir, en blanc. Un tambour rythmait les chants afin que vingt mille
personnes -sans compter ceux qui étaient dans les tribunes sur les côtés- puissent
chanter en chœur.
La foule toute entière semblait ne former qu'une seule personne. Quand un joueur
adverse tombait, des jérémiades se faisaient entendre:
-Il n'a rien!
Quand un footballer de l'ASSE se rapprochait des buts pour marquer, il y avait des
cris d'encouragement:
-Allez!
Au bout d'un moment, le gardien des cages parvint à arrêter in extremis le ballon
qui faillit donner un point en faveur de nos adversaires. Je vis que certaines
personnes avaient enfoui leur visage dans leurs mains en voyant arriver la
catastrophe. Le foule soupira de soulagement. En chœur, nous hurlâmes le nom du
gardien, comme en remerciement.
Il y eut des gestes, des tas de gestes. Nous sautillâmes de face comme de dos. Loki
et Emilien, chacun de leur côté, me prirent par les épaules pour sauter tout en
chantonnant d'une voix grave: Stéphanois, stéphanois, eh, eh! Puis ils me
relâchèrent.
Puis, vint un truc qui me sidéra.
Le Kop Sud commença, levant un bras comme pour saluer la tribune d'en face:
-Nous nous sommes des Stéphanois!
Puis elle se tut. A mon grand étonnement, le Kop Nord répéta:
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
-Nous nous sommes des Stéphanois!
Le mouvement de bras des supporters donnait l'impression d'une vague humaine
verte, noire et blanche envahissant la tribune. Le Kop Sud se redressa:
-Oh Lyonnais bande pédés!
J'écarquillai les yeux. Ils avaient le droit de faire chanter des insultes à tout un
stade?! Je n'étais pas sûre que les Lyonnais apprécient ce qu'on disait sur eux. Le
père d'Odèle était Lyonnais. Bon sang, si elle savait... Le Kop Nord répondit. Loki, les
Hobbits et tous les autres reprirent:
-Pour voir notre équiper gagner! (Le Kop Nord fit écho. Le Kop Sud asséna:) On va
tous vous enc...!
Je donnai un coup de coude à Loki pendant que la Kop Nord répondait et que le
stade tout entier explosait en Oh oh oh oh...
-Tu chantes des insultes avec papa lorsque tu vas à tous les matchs, et ce depuis tes
sept ans. C'est une blague?!
Mon frère éclata de rire.
-Tu préférais une autre rime? Du genre, on va vous le mettre dans le fessier?!
Je dus me retenir de rire comme lui, c'est à dire, comme une idiote fière d'elle. Loki,
hilare, reprit devant mon air sérieux:
-Ne t'inquiète pas, il y a une autre rime qu'on apprend aux enfants. C'est: Tous
ensemble on va chanter!
-Tu me rassures, dis-je en levant les yeux au ciel.
-Allez, profite un peu de ces paroles pleines de sagesse! plaisanta mon frère.
-Tu viens d'insulter le père de ma meilleure amie en public! m'écriai-je sans
m'empêcher de sourire. Et je dois te laisser faire, espèce d'hurluberlu?
Je compris pourquoi le stade Geoffroy Guichard de Saint Etienne se nommait le
Chaudron: la foule se muait en une mer verte indomptable et les cris résonnaient
comme les bulles d'une potion plus ou moins miraculeuse dans le chaudron d'une
sorcière. Et surtout, il faisait chaud. A force de gesticuler, de bouger, de crier, on
avait mal aux jambes, aux bras, à la gorge. Comme si le chaudron était au dessus
d'un brasier.
Au bout d'un moment, un joueur vert fit une faute. L'arbitre lui asséna un carton
jaune. Il y eut de longs sifflements venimeux dans tout le stade. Lors de la mi-temps,
mon frère me montra comment on pouvait produire un son aigu en mettant deux
doigts dans la bouche. Il me fit plusieurs démonstrations tandis que trois candidats
tentaient de gagner un chèque en marquant un but. Ils perdirent tous les trois et
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
cédèrent la place à de jeunes footballers qui firent une démonstration de leur talent.
Un commentateur à la voix enjouée citait les noms de chaque jeune joueur qui
étaient tous moins âgés que moi. Cela devait être impressionnant de marquer devant
tant de monde. Des écrans géants affichaient des pubs. Les publicitaires ne laissaient
rien au hasard et ne perdaient pas leur temps. Le nombre de spectateurs présents
fut annoncé: nous étions trente mille cinq cent quarante neuf à avoir fait le
déplacement.
Puis, la mi-temps prit fin. Les véritables joueurs retournèrent sur le terrain. Tout le
monde se leva pour continuer à les acclamer comme des cinglés.
A nouveau, un échange entre les tribunes eut lieu. Les supporters
m'impressionnèrent par leur vivacité. Ce fut cette fois-ci la Kop Nord qui commença.
Loki s'accroupit, ainsi que tout le Kop Sud.
-Po po po lo po po!
En face, ils se baissèrent. A notre tour, nous nous levâmes, le bras droit levé. Et
nous répondîmes par la même chose.
Trois fois de suite, nos voix résonnaient dans tout le Chaudron. Trois fois de suite,
les deux tribunes se répondirent. Trois fois de suite, chacun à leur tour, les
supporters se levaient, et se baissaient. L'écho de nos voix devait s'entendre à des
kilomètres aux alentours du stade.
Nous nous levâmes tous ensemble. Deux mille personnes se mirent à hurler:
-Saint Etienne, allez, allez, allez! Saint Etienne, allez, allez, allez! Saint Etienne,
allez, allez, allez!
Nous recommençâmes le chant quatre fois. Je ne pouvais m'empêcher de sourire
tout le long. Après tout, je m'éclatais. J'oubliai tout pour me concentrer sur ma voix,
sur mes sifflements nouvellement acquis, sur mes gestes. Je me défoulais, et ça me
faisait un bien fou.
Pour finir, le stade entonna un chant mythique que j'avais déjà entendu deux ou
trois fois même en me tenant éloignée de tout ce qui avait un rapport avec ce sport
que je trouvais stupide.
-"Dans les vestiaires avant de rentrer
Pour commencer à nous échauffer
Tous en chœur nous chantons
On est les rois du ballon !
Quand on arrive sur le terrain,
On les entend frapper dans leurs mains.
Avec eux nous chantons,
Saint-Etienne sera champion.
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Aedenia_ LIVRE I/ Luminescence
Allez!
Qui c'est les plus forts?
Évidemment c'est les Verts!
On a un bon public,
Et les meilleurs supporters!
On va gagner,
Ça c'est juré,
Allez!
Allez!
Qui c'est les plus forts?
Évidemment c'est les Verts!
Nous on joue au football,
Et on n'a pas de frontière.
Main dans la main,
On va plus loin, plus loin!
Allez,
Alleeeeeeez les Verts!
Les supporters sont venus de loin,
Ils sont fidèles, ils nous aiment bien!
Ils font sauter les bouchons,
Quand Saint-Etienne est champion!"
***
J'entamais une dernière fois le refrain en souriant. Maintenant, je me fichais
totalement du match. D'ailleurs j'oubliai déjà contre qui l'ASSE jouait. J'oubliai le
score. Tout ceci rien que pour garder en mémoire le souvenir du bras de Loki qui
entourait mes épaules.
Ce fut l'un des plus beaux moments de ma vie.
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