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Chapitre 7 - Collège Gustave Courbet

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Chapitre 7
Après une bonne nuit de sommeil, la matinée au collège est passée super vite. Je n'ai pas
beaucoup écouté les cours, j'étais trop occupé à réfléchir à mon enquête.
J'ai décidé d'aller voir M. Bécourt, mon ancien tuteur, cet après-midi ; j'ai le temps vu qu'on
est mercredi. Je lui montrerai mes indices et je lui expliquerai mon hypothèse. On verra bien ce
qu'il en pense.
Après un rapide déjeuner à la maison, je regroupe les indices dans mon sac à dos et je file
au commissariat. Je salue l'officier à l'accueil et lui demande si je peux voir le lieutenant Bécourt.
L'officier l'appelle au téléphone puis me dit de monter dans son bureau : il a un peu de temps, il
peut me recevoir.
- Bonjour, Monsieur. Je m'excuse de vous déranger mais j'ai quelque chose d'important à
vous dire : j'ai des indices à vous montrer et une hypothèse pour l'affaire du tableau volé.
- Bonjour Florian, j'espère que ça en vaut la peine, je n'ai pas beaucoup de temps à te
consacrer. Vas-y, je t'écoute.
Je sors les indices de mon sac et je lui explique mon raisonnement. D'après moi, le gardien
de nuit est coupable.
Gustave Bécourt reste silencieux quelques instants, il examine les indices. Il fronce les
sourcils, semble hésiter. Il se tourne vers son ordinateur, consulte un document. J'attends, sans
parler, un peu stressé, fébrile à l'idée d'avoir raison.
- Oui, ton raisonnement se tient. Je viens de relire la déposition du gardien de nuit. Ça vaut
le coup de retourner lui poser d'autres questions, il y a des points à éclaircir. Tu veux venir avec
moi ?
- Avec plaisir, réponds-je, content de participer à l'enquête et fier de mes déductions.
Nous montons dans la voiture de M. Bécourt, il préfère y aller en toute discrétion. Après un
trajet de quelques minutes, nous nous garons dans une rue étroite, devant une maison aux
briques rouges.
- Tu viens avec moi, tu me laisses gérer la conversation, tu n'interviens pas, tu te contentes
d'observer. Ouvre l’œil mais sois discret.
J'acquiesce, très concentré, c'est une mission sérieuse, il ne faut pas tout faire rater.
La sonnette de la grille ne semble plus fonctionner, nous rentrons dans le jardin pour aller
frapper à la porte. Gustave Bécourt frappe trois coups fermes. Peu de temps après, la porte
s'ouvre. Jérémy Gades se tient dans l'embrasure de la porte, en survêtement noir et T-shirt blanc.
Il a l'air endormi, comme si on venait de le réveiller.
Le lieutenant présente son insigne.
- Bonjour, lieutenant Bécourt, vous vous souvenez de moi ? On s'est vus après le vol du
tableau, M. Gades.
Jérémy hoche la tête, l'air maussade.
- J'ai encore quelques questions à vous poser, pour éclaircir des détails. Pouvons-nous
entrer pour discuter, s'il vous plaît ? enchaîne mon ancien tuteur.
Jérémy s'écarte de la porte pour nous laisser entrer. Nous nous retrouvons dans un couloir
assez sombre. Heureusement, la porte de la salle à manger est restée entrouverte et ça apporte
un peu de lumière. Pendant que le lieutenant pose ses premières questions, j'observe ce qui nous
entoure. Rien que de très normal : un meuble à chaussures, un grand miroir, un porte-manteau,
une pendule, des baskets qui traînent, une veste de survêtement. Ça sent le renfermé et la sueur.
J'observe notre suspect. Il a les mains qui tremblent un peu, sa respiration s'accélère et
devient saccadée. Il est en train de raconter une nouvelle fois le déroulement de la nuit du vol. Je
sens qu'il hésite ; je croise le regard du lieutenant et je vois qu'il a aussi remarqué cette hésitation.
- Redites-moi où vous vous êtes réveillé après avoir été assommé, demande le lieutenant
d'un ton froid.
Le gardien de nuit déglutit, il reprend sa respiration, il se frotte la joue, semble chercher
dans sa mémoire, il essaie manifestement de gagner du temps et de reprendre son calme.
Brusquement, un reflet de soleil sur le miroir m'éblouit. Je cligne des yeux. Ce n'était qu'un
rayon de soleil hivernal qui s'est glissé entre les nuages gris. Machinalement, je regarde le miroir,
comme si j'y cherchais l'origine de cette soudaine lumière. Des couleurs qui s'y reflètent attirent
mon regard, ce que je distingue m'intrigue. Il y a quelque chose d'accroché au mur de la salle à
manger, quelque chose qui me semble familier. Je fais un pas de côté, pour mieux voir, par la
porte restée ouverte, le mur de la salle à manger. Je n'en crois pas mes yeux ! On dirait le tableau
volé ! Mais ce ne sont pas du tout les mêmes couleurs ! J'écarquille tellement les yeux que le
lieutenant me regarde, presque fâché. Il jette un coup d’œil sur ce qui m'a fait réagir et comprend
aussitôt.
Il demande à Jérémy Gades :
- Pouvons-nous nous asseoir dans la salle à manger pour poursuivre cette discussion ?
L'homme se dirige vers l'autre pièce, nous le suivons. En entrant dans la salle, Gustave
Bécourt fait aussitôt une remarque sur le tableau :
- Expliquez-moi l'origine de ce tableau, M. Gades, voulez-vous ?
- C'est un tableau de famille, c'est mon ancêtre qui l'a peint au XIXe siècle, et on se le
transmet de génération en génération. Il n'y a pas que Manet, voyez, qui a peint de belles choses.
Maintenant, si vous n'avez plus rien à me demander, je ne vous retiens pas.
- Avouez que c'est étrange, cette ressemblance avec le tableau volé. Qu'en dites-vous ?
- J'en dis que... rien ne m'oblige à vous répondre... sortez de chez moi, s'énerve notre
individu.
- Ne le prenez pas comme ça, tempère le lieutenant. On discute, je trouve pourtant que le
tableau que vous avez est beaucoup moins réussi que celui qui a été volé. Tout le monde n'est pas
artiste. Il ne suffit pas de gribouiller avec un pinceau pour faire une œuvre d'art
- Sortez de chez moi ! Pour qui vous prenez-vous ?!!! Vous n'avez rien compris à l'art, vous
êtes de vrais crétins, de sombres idiots ! Je l'ai volé, ce tableau, et c'est pas une grande perte pour
l'art ! Manet n'a rien à faire dans un musée, bande de cons ! Il a arnaqué tout le monde avec son
tableau ! Mon ancêtre a peint le tableau avant Manet, et l'autre lui a pris son idée. C'est un plagiat !
Je ne supportais pas de voir ce tableau admiré au musée ; alors dans la nuit de jeudi à vendredi,
je l'ai décroché, je l'ai caché dans le faux plafond des toilettes du personnel. Après j'ai coupé le
courant et j'ai fait semblant d'avoir été assommé. Je vous ai appelés pour signaler le vol et assurer
ainsi mon alibi.
- Le faux plafond, j'avais bien compris, mais le tableau n'y est plus ! le coupé-je.
- Bien sûr, rétorque Jérémy, je l'ai déplacé lundi soir, en reprenant mon travail. J'avais
l'intention de le détruire cet après-midi mais vous êtes arrivés avant que j'aie fini d'organiser ça. Je
pensais pourtant que mon plan allait marcher, j'avais tout prévu. Je ne comprends pas comment tu
as pu remonter jusqu'à moi.
- C'est des coïncidences ; d'abord j'ai mis la main par hasard sur le plan du musée que
vous aviez annoté.
- J'ai dû le perdre dans le noir ; après avoir coupé le courant, je me suis cogné contre le
panneau d'accueil. J'ai ramassé tous les plans vite fait et je les ai remis en place, je ne savais pas
que le mien était dedans. Je pensais l'avoir perdu ailleurs.
- Avec le plan, j'ai cherché ce qu'indiquaient les croix. J'ai découvert les toilettes ; grâce à la
laine de verre, j'ai pensé au faux plafond. Quand j'ai soulevé la plaque qui était mal remise, j'ai vu
que la laine de verre avait été écrasée, comme si on avait caché quelque chose là. En remettant la
plaque, j'ai fait tomber un bouton, noir, comme ceux de vos tenues au musée. Et la laine de verre
m'a irrité les mains. C'est là que je me suis rappelé que les vôtres aussi étaient toutes rouges, le
soir où je suis venu chercher mon portable...
- ...que tu n'avais pas vraiment perdu, si je comprends bien... marmonne le voleur.
- Mais grâce à ça, j'ai récupéré une trace de votre écriture, que j'ai pu comparer à celle du
plan du musée. Vous voyez : que des coïncidences.
- De toute façon, je ne regrette pas d'avoir volé le tableau. Mon ancêtre méritait aussi d'être
reconnu. C'est injuste qu'il n'ait pas été retenu lors du Salon officiel de 1874. Je voulais réparer
cette erreur.
- M. Gades, intervient Gustave Bécourt, au vu de ce qu vous venez de dire, je vous place
en garde à vue à partir de maintenant. Je vais appeler des collègues pour qu'ils viennent
perquisitionner votre domicile. Nous allons vous emmener au commissariat.
Nous repartons ; maintenant que le vol a été découvert, Jérémy Gades semble abattu mais
soulagé que tout soit terminé. Arrivés au commissariat, Gustave Bécourt me félicite pour ma
perspicacité, il me dit que j'ai l'instinct du détective. Maintenant l'affaire est officielle, je ne peux pas
rester pour la suite, je rentre chez moi, fier et heureux. Je vais avoir plein de choses à raconter à
mes parents au dîner !
Vers 18h30, le lieutenant passe me donner les dernières nouvelles : la police a retrouvé le
tableau dans le grenier de Jérémy, intact parmi les œuvres de son ancêtre.
Au dîner, je discute avec mes parents et leur raconte tout ce qui s'est passé. Je me fais un
petit peu disputer parce que je ne les ai pas prévenus et que je suis sorti sans permission. Ça
aurait pu être dangereux. Néanmoins, ils sont soulagés que tout se soit bien passé et ils sont fiers
de moi ! Au dessert, je monte chercher l'arbre généalogique que j'ai fait pendant mon enquête et je
montre à mes parents que notre famille est liée à Joséphine Sacats que je soupçonne être la fille
cachée de Manet. Mes parents sont enthousiastes, ils veulent qu'on fasse plus de recherches sur
notre arbre généalogique. On fera ça aux prochaines vacances.
Lorsque je monte me coucher, je suis heureux et fier de moi. Je rêve d'être un grand
détective mondialement connu plus tard !
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